‹ Traite pratique des maladies mentalesChapitre 162 sur 172 · DE LA FOLIE SIMULÉE · texte numérisé non relu

DE LA FOLIE SIMULÉE

vation dans un asile où l'on ne perde aucune de ses paroles, aucun de ses gestes; on l'observera la nuit et le jour, et à son insu, car beaucoup d'entre eux cessent leur rôle dès qu'ils se croient à l'abri de tout regard ; en interrogeant les personnes chargées de cette surveillance spéciale, on tiendra très grand compte de leurs appréciations personnelles : les gens de service qui vivent continuellement avec les aliénés finissent par acquérir un coup d'œil qui trompe rarement, et ils distinguent bien vite, au milieu de leurs malades, un individu qui simule la fobe. Après l'avoir vivement harcelé pendant quelques jours, on le laissera peu à peu en repos, de manière à endormir sa défiance et à le surprendre plus facilement; on l'engagera à lire et écrire, on créera pour lui quelque situation embarrassante pour observer sa manière d'agir. Enfin, on ne négligera pas l'examen des symptômes physiques : on peut imiter le délire, mais il n'en est pas de même de certains phénomènes, comme l'insomnie, à laquelle les simulateurs ne songent guère , et qui est pourtant un symptôme si important dans l'appréciation de la folie.

L'examen a du quelquefois être prolongé pendant des mois et même pendant une année entière, ainsi qu'il est arrivé en Allemagne pour le procès de Stockhausen (1), qui a donné lieu à tant de débats contradictoires. Chez des sujets moins tenaces, quelques vigoureux moyens de répression suffisent pour mettre fin à la simulation : des cautérisations au fer rouge, des douches interrompues par un interrogatoire pressant, le séjour prolongé au milieu d'un quartier d'épileptiques, ont amené l'aveu forcé d'une simulation qui avait résisté jusque-là à tous les moyens employés. Je mentionne seulement pour mémoire l'éthérisation vantée par M. Morel dans les cas difficiles ; d'après cet auteur, au milieu du délire

{{) Ann. méd.-psychoî., p. i09.

AITLICVTIOISS MÉDICO-LÉGALES

délcnninû arlificicllemcut par les inhalations éUiéréos, on verrait se produiro des nianifeslaLions en rapport avec l'état mental réel du sujet : mais ce moyen n'a pas été suffisamment expérimenté pour qu'on puisse connaîire sa véritable valeur.

Il est assez curieux de noter que la simulation prolongée de la folie peut exercer une inÛuence fâcheuse sur l'état des facultés intellectuelles : des sujets qui avaient tenté inutilement de se faire passer pour aliénés, ont avoué euxmêmes que clans certains moments ils éprouvaient des verliges et de la confusion des idées qui leur faisaient craindre pour leur raison, et l'on rapporte que deux marins français, prisonniers sur les pontons, ayant simulé la folie pour échapper à la captivité, linirent à la longue par devenir ahénés.

§ 3. — Questions médico-légales relative!^ à la manie.

Manie. — L'accès de manie complet donne rarement lieu à des discussions médico-légales. L'agitation, le délire, sont des symptômes tellement évidents que nul ne peut songer à les contester, et qu'il faut uniquement se mettre en garde contre des essais de simulation, plus difficiles dans cette forme d'aliénation mentale que dans toute autre^ et que l'on découvrira sans peine à l'aide des règles générales que nous avons tracées plus haut.

Mais à côté de l'accès maniaque avec ses symptômes, sa marche et sa durée habituelles, on observe des cas de manie transitoire remarquables par l'instantanéité de leur explosion, par leur disparition non moins subite au bout de quelques heures, de quelques minutes, et enlîn par les actes de violence qui peuvent être commis pendant leur courte durée. Ces accès passagers, d'aulant plus difficiles à étudier qu'ils ne laissent après eux aucune trace, ont été désignés sous le nom général de folie inslantmiéc, folie

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