‹ Traite pratique des maladies mentalesChapitre 161 sur 172 · DE LA FOLIE SIMULÉE · texte numérisé non relu

DE LA FOLIE SIMULÉE

passer pour aliénés, éviter une condamnation qia'ils savent imminente : le premier soin du médecin légiste, dans les cas de cette nature, doit être de s'enquérir des motifs et des conditions spéciales qui pourraient pousser un individu à la simulation; une fois ce point éclairci, on procède à l'examen médical.

En général rien n'est plus difficile à simuler que la folie : les individus qui veulent se faire passer pour aliénés partent de cette conviction populaire que tous les actes des fous sont extravagants et déraisonnables, que leurs discours offrent une complète incohérence, qu'ils ne peuvent répondre deux mots sensés aux questions qu'on leur adresse/Aussi les voit-on se livrer à des actions ridicules et évidemment affectées, et mettre leurs paroles en complet désaccord avec les questions qu'on leur pose. Si on leur demande leur âge, leur profession, leur domicile, ils feront des réponses absurdes, composées de mots rassemblés au hasard, et sen;blant indiquer qu'ils ne soupçonnent même pas le sens des phrases qui sont prononcées devant eux : or rien de semblable n'a lieu, même dans la folie aiguë ; un aliéné, quel que soit son état, répond à quelques-unes des questions qui lui sont adressées, surtout lorsqu'on sait réveiller ou fixer son attention. Ses réponses peuvent être empreintes de délire, incohérentes, mais elles se rattachent toujours par quelque côté, au point sur lequel on l'interroge. Cherche-t-on à faire lire ou écrire les simulateurs, leur soumet- on des pièces de monnaies, leur demande-t-on l'heure, le jour, le mois, l'année, on n'obtient que des phrases absurdes, sans suite et sans lien, dans lesquelles ils prennent le contre-pied de tout ce qu'on leur demande et se laissent aller à des inconséquences et à des contradictions systématiques qui mettent bien vite sur la voie de la vérité le médecin expérimenté.

11 faut en outre savoir que dans celte forme de simulation qui offre de lointaines analogies, soit avec la démence, soit

APPLICATIONS MÉDICO-LÉGALES

avec l'imbécillilé, les sujets en arrivent en quelques heures, en quelques jours, à l'incohérence , et font des réponses niaises et absurdes, alors même que quelques jours auparavant ils jouissaient de l'intégrité de leur raison ; bien plus, ils répondent sensément pendant quelques heures, et reviennent ensuite à l'incohérence, selon les besoins de la cause. Or, on sait que la démence et l'imbécillité ne se développent pas ainsi instantanément, et qu'une fois développées, elles suivent une marche qui exclut toute intermittence.

Toutes les fois que' la simulation se présente dans de semblables conditions, le diagnostic ne saurait offrir de sérieuses difficultés; il n'en serait plus de même si un individu ayant quelques notions sur la fohe venait à simuler non pas un affaiblissement de l'intelligence, mais une idée délirante, une hallucination. Comment constater l'allégation d'un homme affirmant entendre une voix qui le pousse à des actes de violence et d'homicide? Que dire d'un sujet qui se renferme pendant des mois entiers dans un silence obstiné, et dont on suspecte l'état mental?

Dans l'impossibilité de préciser à l'avance toutes ces variétés de simulation, contentons-nous d'indiquer les règles générales qui doivent servir de guide à l'expert dans l'examen médico-légal des cas de cette nature. Il doit, avant tout, s'enquérir des antécédents héréditaires du sujet, des premiers phénomènes morbides qu'il a offerts, car jamais la période prodromique ne fait défaut, et de toutes les circonstances qui ont précédé, accompagné ou suivi l'acte incriminé. Dans l'interrogatoire, il amènera la conversation sur des sujets capables d'émouvoir, en ne perdant jamais de vue l'expression de la physionomie et des gestes, et en dirigeant les questions selon la voie que le prévenu trace lui-même par ses réponses. Un ou deux interrogatoires suffisent rarement; il faut, dans les cas douteux, que le sujet soit mis en obser-

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