‹ Traite pratique des maladies mentalesChapitre 164 sur 172 · RELATIVES A LA MANIE · texte numérisé non relu

RELATIVES A LA MANIE

de Gastelnau (1), ont rapporlé des observations qui prouvent qu'un égarement momentané de l'esprit, un délire mamaque passager pouvaient se manifester avec le moment des plus vives douleurs de l'enfantement et coïncider soit avec l'expulsion du fœtus, soit avec l'expulsion du placenta. Ces faits peuvent donc se rencontrer, mais ils sont infiniment rares, et il faudra dans la pratique une réunion de circonstances bien probantes pour arriver à démontrer qu'il a existé au moment de l'accouchement un accès passager d'aliénation mentale. « Je ne connais pour ma part, dit M. le professeur Tardieu (2), et j'ai vu aujourd'hui plus de trois cents cas d'infanticide, pas un seul fait probant qui démontre que sous l'influence de la douleur de l'enfantement une femme ait été prise d'une fureur homicide transitoire et ait tué son enfant... » Lorsque les femmes convaincues d'infanticide se défendent en disant qu'elles ont perdu la tête, qu'elles ne savent ce qu'elles ont fait, le devoir du médecin légiste est de n'établir la foUe qu'indépendamment des faits de l'accouchement, et sur des preuves certaines.

3° La folie transitoire peut consister en une impulsion irrésistible de très courte durée, se développant presque instantanément chez un individu sain d'esprit en apparence, et disparaissant après la perpétration de l'acte. Rien de plus déUcat en médecine légale que l'appréciation des faits de cette nature, qui exigent de la part de l'expert une grande lucidité d'exposition et une démonstration bien nourrie s'il veut entraîner la conviction de ceux qui l'écoutent. Il faut, dans l'examen médical, s'appuyer non-seulement sur les règles que nous avons indiquées, mais encore sur les caractères spéciaux assignés à la monomanie impulsive. On appréciera les motifs et le but probable de l'acte, le récit du malade, ses impressions, ses explications, son attitude ;

(1) Ann. d'hyg. publique et de méd. légale, 1851, t, XLV, p. 215, 437,.

(2) Ibid. Paris, 1859, t. XII, p. 236.

APPLICATIONS MÉDICO-LÉGALES

on cherchera s'il a présenté quelques-uns des symptômes physiques propres à la monomanie impulsive; enfin, et ce point est capital, on se livrera à une enquête sévère sur ses antécédents héréditaires, sur son caractère, ses hahitudes intellectuelles, sa manière d'être, sur tous les incidents de sa -vie capables de jeter quelque lumière sur ce sujet. Il est impossible qu'en suivant cette marche on n'arrive pas à un ensemble de preuves capable d'établir l'affirmative ou la négative sur des bases irrécusables.

h° Ce que nous avons dit sur l'influence toute spéciale de Vétat intermédiaire à la veille et au sommeil nous dispense de revenir sur cette cause d'égarement momentané de l'esprit ; des hallucinations développées pendant le rêve ou même dans l'état d'assoupissement, ont pu se prolonger pendant l'état de veille et devenir la cause d'actes homicides dont il existe plus d'un exemple, et dont l'exécution ne saurait entraîner aucune imputabilité. Il reste entendu que les circonstances accessoires, telles que la nature de l'acte incriminé, l'intérêt que l'inculpé peut avoir à le commettre, le mode habituel de réveil et les antécédents héréditaires doivent toujours être pris en considération dans l'examen de ces faits d'aiUeurs assez rares,

6° ^intoxication par certaines substances narcotiques détermine un délire passager qui enlève momentanément toute responsabilité morale, à moins que l'empoisonnement n'ait eu lieu volontairement et dans le but spécial de commettre une action préméditée. Les solanées vireuses, l'opium et quelques autres substances produisent ainsi des actes de fureur dus à des hallucinations ou à un délire complet. Le médecin légiste remontera facilement, en tenant compte des commémoratifs et des symptômes observés, à la cause du délire, et constatera le degré de l'intoxication au moment où l'acte incriminé a été commis.

7° V ivresse peut enfin donner lieu à un accès de folie

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