CAUSES MORALES
AHTICLE II.
CAUSES OCCASIONNELLES
Une observation superficielle tend singulièrement à exagérer l'action des causes occasionnelles ou déterminantes de la folie, mais n'oublions pas que dans l'appréciation des influences étiologiques, on ne doit jamais leur assigner qu'jin rang secondaire. Les causes occasionnelles agissent sur tant d'individus, et le nombre de ceux qui succombent est relativement si peu considérable, qu'il faut de toute nécessité admettre une influence supérieure qui domine toute l'étiologie, et cette influence, c'est la prédisposition, résultat sommaire de toutes les causes que nous avons précédemment énumérées, et surtout de l'hérédité.
Les causes déterminantes de la folie se divisent: 1° en causes morales; 2° en causes physiques.
§ 1. — Causes morales.
Les recherches de Pinel, Esquirol, Hebreard, Georget ont établi la prédominance des causes morales de la folie, et M. Parchappe, revenant sur ce sujet (1), en a donné une démonstration rigoureuse : sur 1000 cas de folie, cet auteur a rencontré Q6!\ fois l'existence de causes morales et 335 fois seulement l'existence d'autres causes. Guislain (2) a rencontré une proportion analogue, c'est-à-dire 66 fois sur 100. Les causes morales sont plus actives chez la femme que chez l'homme; chez elle, on les rencontre 71 fois sur 100, tandis que l'homme présente seulement la proportion de 55 pour 100.
Si M. Moreau de Jonnès (3) est arrivé à établir un résultat
(1) Annales méd.-psych., 1839 et 1843, p. 358.
(2) Leçons sur les phrénopatliies, Gand, 1852, L. II, p. il.
(3) Acad. des sciences, 10 juillet 1843.
DE LA FOLIE. 121
opposé et à admetlre la prédominance des causes physiques, c'est uniquement, ainsi que l'a démontré M. Parchappe, en appelant à son aide des faits erronés, et surtout en considérant comme cause organique de la folie l'idiotie qui est une défectuosité congénitale de l'organisation et qui constitue une maladie tout à fait à part.
1° Les passions et les émotions qui résument en définitive toutes les causes morales de la folie, offrent des variétés innombrables, et il serait ici facile d'accumuler des observations et des faits de toute sorte pour attester leur énergique influence : répétons toutefois que dans l'appréciation de leur mode d'action, il faut avant tout faire la part de l'émotivité des sujets. Tel individu supporte avec fermeté et sans en être ébranlé les émotions les plus pénibles et les plus répétées ; tel autre ne saura pas résister à un revers de fortune, à une déception d'amour-propre peu grave par elle-même, mais atteignant bien vite des proportions considérables en raison même de l'impressionnabilité des sujets.
Fugitives et mobiles chez l'enfant, quoique assez vives, peu accentuées chez le vieillard dont la sensibilité est émoussée, 'les émotions morales et les passions atteignent chez l'adulte leur plus haut degré d'énergie et de profondeur. Elles agissent tantôt en surexcitant outre mesure l'activité nerveuse intellectuelle, comme dans la joie, la colère, la haine; tantôt, au contraire, en la déprima-nt : l'observation démontre que les passions dépressives ont une action bien plus puissante que les passions gaies, et Esquirol avait déjà remarqué que souvent l'on s'était trompé en attribuant à la joie certains cas de folie : un ministre apprend à son parent sa nomination à une place importante; celui-ci, frappé comme d'un coup de massue à l'épigastre, tombe tout à coup dans une lypémanie hypochondriaque; la joie n'était pour rien dans cette maladie, comme tout lè monde le croyait, mais bien le désespoir de quitter