‹ Traite pratique des maladies mentalesChapitre 61 sur 172 · CONDITIONS QUI INFLUENT · texte numérisé non relu

CONDITIONS QUI INFLUENT

rechules cL une persistance opiniàli-e dans l'aljus des boissons toxiques. H est inutile de revenir sur ce que nous avons dit plus haut des folies dites sympathiques ; leur existence en etïet n'est prouvée, dans l'immense majorité des cas, que par l'issue même de la maladie ; mais toutes les fois (lue l'on sera en droit de croire à une semblable étiologie, le pronostic sera d'autant plus favorable que la cause à laquelle est liée l'existence de la fotie pourra plus facilement être attaquée.

5° Complications. — Les complications de la folie suffisent parfois à elles seules pour lui imprimer un cachet d'incurabilité : l'épilepsie a, sous ce rapport, une gravité exceptionnelle; elle donne aux accès d'agitation le caractère de la fureur, et hate le développement de la démence. L'hystérie comporte des accès plus lacilement curables, tout en offrant une gravité réelle au point de vue des rechules et de l'état nerveux consécutif.

6" Formes. — La manie, exempte de toute complication et dans les conditions les plus favorables, présente au moins 7 guérisons sur 10 malades. Si la manie aigur guérit parfaitement, l'excitation maniaque est plus grave; la manie suraiguë peut entraîner la mort, mais, une fois la période dangereuse passée, elle donne un grand nombre de résultats heureux. Quant à la mélancohe simple, elle offre des chances presque aussi favorables, mais la fréquence des complications dans cette forme de maladie mentale rend d'une manière générale le pronostic un peu plus grave.

La démence entraîne toujours avec elle l'incurabilité. La monomanie bien nettement dessinée peut guérir, mais elle doit toujours inspirer des craintes sérieuses; quant à la paralysie générale, bien qu'il existe certains cas de guérison apparente que nous discuterons plus tard, ils sont relativement si rares, que le diagnostic de cette maladie entraîne presque constamment avec lui l'incurabilité et la mort.

SUR LK l'UONOSTiC LA FULllî. 153

Oael.iues symptômes ont par eux-inômes et indépendamment de toute l'orme morbide une certaine valeur au point de vue de l'avenir : c'est ainsi que les hallucinations, lors^ qu'elles viennent à prédominer au milieu du délire, en dehors de tout état aigu, constituent un symptôme inquiétant; il en est de même des impulsions irrésistibles, des idées de iranslbrmations corporelles chez les hypocliondriaques, du mutisme prolongé, de l'absence persistante des sentiments affectifs. Le délire qui a trait exclusivement à des préoccupations religieuses se complique facilement d'hallucinations, de pratiques dangereuses, de privations et de souffrances que les malades s'imposent volontairement, et devient promplement incurable. Le délire ambitieux éveille tout d'abord l'idée d'une paralysie générale, et ce n'est qu'après de longues hésitations et un examen attentif des symptômes concomitants, qu'il sera permis de modifier la gravifé du pronostic. Quant aux idées de suicide et au refus d'aliments survenant chez des monomaniaques, ils sont d'un fâcheux augure, autant à cause de la gravité de l'état mental qu'en raison des dangers que court la vie des malades.

T Marche. — Une invasion brusque , une aggravation L-apide des symptômes qui en quelques jours atteignent leur summum d'intensité, laissent de grandes chances de guérison. Lorsqu'au contraire la maladie s'est développée graduellement, avec lenteur, et ne fait décidément explosion qu'après une longue période d'incubation, il est à craindre que les désordres intellectuels ne soient plus graves. Si les symptômes restent longtemps stationnaires, si l'état du malade se présente avec une immobilité parfaite, c'est là un signe inquiétant, à moins qu'une période d'excitation ne vienne modifier l'aspect de la maladie et son pronostic. Les inlervalles lucides sont toujours d'un bon augure dans la période de déclin d'une maladie aiguë : ils

li>Zl COiNDlTlONS QUI IWl-LUli.NT SUIi J.E l'HOiNOSTlC.

se rapprochent, se proloiigenl et se transiorinent bientôt en une convalescence franche ; mais il faut bien se garder de confondre les intervalles lucides avec les simples rémittences qui ont une si grande importance dans l'étude de la paralysie générale.

Lorsque la marche de la maladie, au lieu d'être continue, est franchement intermittente, le pronostic est sérieux. Trois ou quatre accès de manie survenant à intervalles réguliers donnent encore une grande proportion de guérisons, mais si la périodicité date déjà de quelque temps, si la régularisation des accès est parfaite, les succès deviennent infiniment plus rares et en tout cas ne surviennent qu'au bout d'un temps très long.

Une terminaison brusque d'un accès de folie ne peut être regardée comme favorable que si l'accès a été très court : dans le cas contraire, la disparition instantanée de tous les symptômes indique une convalescence imparfaite, et doit tenir en garde contre une rechute prochaine ou contre l'existence d'une périodicité jusque-là méconnue, faute de la connaissance des antécédents.

8° Durée. — Plus une maladie mentale a duré, plus elle est grave : sur 27 guérisons, Guislain (1) en a compté 5/i dans le premier semestre, 29 dans le deuxième; pendant toute la seconde année il n'a compté que 8 guérisons, pendant la troisième 2, pendant la quatrième h. et ces proportions doivent être regardées comme conformes à l'observation commune. DcjàEsquirol avait posé en règle générale qu'au delà de la deuxième année les chances d'incurabililé étaient très considérables. On voit cependant des aliénés se rétablir après quinze ou vingt ans de séjour dans des asiles. Pinel a cité l'histoire d'une femme qui guérit au bout de vingtsept ans de réclusion et de manie : « Son délire et sa

(1) Leçons sur les phi ënopathics. Gand, 1852, t, II, p. 265.

l'HOl'OUTION DES l.UÉHISONS ET DES RECHUTES. 3 03

liueur ouL été conliuus durant cet espace de temps, au point de déchirer ses vêlements, de rester nue, et de se barbouiller de saletés les plus dégoûtantes. Au moment de la cessation de son délire, elle a paru sortir comme d'un I ,-ve profond, et a demandé des nouvelles de deux enlants en bas âge qu'elle avait avant son aliénation, et elle ne pouvait concevoir qu'ils fussent mariés depuis plusieurs années (1). » J'ai moi-même eu l'occasion de constater une guérison après dix années de maladie.

Telles sont les conditions qui permettent de porter un pronostic heureux ou défavorable sur la terminaison d'un accès de folie. Il importe maintenant de rechercher quel est, d'une manière générale, le résultat des moyens de traitement.

ARTICLE II

PKOPOKTION DES GUÉRISONS ET DES KECHUTES.

D'après une statistique anglaise citée par Ferrus (2), sur 19 516 aliénés il y a eu 5918 guérisons. Le rapport de Desportes sur Bicêtre et la Salpôtrière donne sur l'2 592 malades 5075 guérisons. Enfin Esquirol, dans son établissement privé, a compté 173 guérisons sur 335 malades. Mais il est probable que ces chiflres soumis à une analyse sévère donneraient une proportion de guérisons beaucoup moins élevée.

En prenant la moyenne de huit années dans les asiles de Bicêtre et de la Salpêtrière, nous trouvons (3) qu'il y a pour les hommes 1 guérison sur 5,75, et pour les femmes i guérison sur 8,06. En déduisant de ce chiffre le nombre des rechutes, on trouve à peu près 1 guérison sur 6,Zi3 pour les hommes, 1 sur 12,14 pour les femmes, et en moyenne

(1) Pinel, ouvr. cUé, p. 88.

(2) Diclionnaire en 30 vol., art, FoME.

. (3) Voy. Rapports annwls du directeur général de l'assistance publique,. .

l'HUPOHTlON DliS tJUÊRlSONb

1 sur 8,72; on no peut donc espérer, d'après ces cliinVes^ . qu'une gucrison sur 9 malades traités.

Celte stalislique, pas plus que les précédentes, ne sauraiti être acceptée dans toute sa rigueur. Et en elfet, parmi lesdiverses formes comprises sous le nom d'aliénation nientale,. il en est une, la paralysie générale, dont la terminaison est! constamment mortelle, et qui à elle seule penche dans la balance d'un poids considérable. On reçoit en outre, tant à la Salpêtrière qù'à Ricetre, une foule de vieillards tombés en, démence à la suite d'aflections organiques du cerveau, donti l'état est nécessairement incurable, et qui ne devraient pas^ entrer en ligne de compte dans la statistique de la folie.. Aussi les causes d'erreur sont assez importantes pour que; nous ne donnions qu'avec beaucoup de réserve les chiffresindiqués plus haut. Plus loin, en faisant l'histoire desdiverses formes de maladie mentale, nous indiquerons avec plus de certitude la proportion des résultats heureux que chacune d'elles peut fournir.

A côté des guérisons il faut d'ailleurs signaler les redmles ;: et en effet, il n'en est pas de la fohe comme de certaines affections dont laguérison, une fois complète, ne laisse subsister aucune inquiétude pour l'avenir. Ici les rechutes sontt fréquentes et multiples.

On a cherché à évaluer quelle pourrait être leur fréquence? proportionnelle sur un nombre donné d'admissions. Esquirol,, sur 280Zi malades en a trouvé 292 qui en étaient à leur second ou leur troisième accès. Ainsi les rechutes se présen-taient pour lui dans la proportion d'un dixième. Georget at abaissé ce chiffre à un quinzième. Guislain, d'après sesçalculs, est porté à admettre 19 rechutes sur 100 admissions. MM. Schrœder van der Kolk et Feith, dans leursrapports sur les établissements d'aliénés de Hollande, onti trouvé pour les hommes la proportion de 18, et pour les.femmes la proportion de 19 pour 100.. M, Parchappc,,

ET DES REGIIUTES.

Rouen est arrivé h un résultai analogue, 17 pour 100. Le^ chiffres suivants sont extraits de la statistique des asdes de Bicêlre et de la Salpêtrière pour l'année 1859 : Sur un total de 4702 admissions, on compte 205 rechutes et 81 malades réintégrés : ce qui donne, sur 4 00 admissions, 83 malades entrés pour la première fois; 12,0i par rechute et /i,76 par réintégration.

Les 205 rechures se classent de la manière suivante : 93 se sont développées dans la première année de la guérison (70 dans les six premiers mois, 23 dans les six derniers), 39 dans la seconde année, 17 dans la troisième, 12 dans la quatrième, 3 dans la cinquième, 12 dans la sixième, 6 dans la septième, 2 dans la huitième, 3 dans la neuvième, 9 dans la dixième, 3 dans la onzième, 2 dans la douzième, 0 dans la treizième et la quatorzième, 1 dans la quinzième et 3 dans la seizième année. La très grande proportion des rechutes dans la première année qui suit la guérison, et surtout dans les six premiers mois de cette année, est le résultat qui frappe le plus au milieu de cette statistique.

Les rechutes chez les aliénés reconnaissent pour cause, outre la prédisposition, le retour au milieu des conditions qui avaient déjà amené le développement de la folie, les émotions morales prématurées, la misère, le manque de soin.^ et les difficultés que rencontrent souventles malades au sortir del'hôpital pour trouver une position, difficultés qui amènent chez eux le découragement, la défiance et le désespoir. Les mêmes conditions organiques ou climatériques qui avaient amené le développement d'un premier accès influent en général sur la production des autres, et si j'en crois les faits que j'ai observés, c'est presque toujours la même forme de maladie mentale qui se reproduit chez le même sujet dans les accès ultérieurs.

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