DIAGNOSTIC DE LA. FOLIE
Le diagnostic de la folie repose : 1" sur l'examen directe du malade, 2° sur ses antécédents.
Une connaissance approfondie des symptômes de la Iblis' est sans doute la meilleure condition pour arriver prompteraent à un diagnostic sûr; mais si l'on veut éviter de se perdre au milieu de questions oiseuses et embarrassées, ill faut y joindre encore une certaine méthode dans le moded'interroger et d'examiner. Cette méthode ne peut suppléer au tact médical, fruit de l'habitude et de l'expérience, mais> elle sert de fil conducteur et empêche de s'égarer trop loin..
Les malades autres que les aliénés vont d'eux-mêmess trouver le médecin; ils indiquent le point douloureux, ilsénumèrent leurs souffrances; ils racontent le début delà» maladie, sa marche, sa durée et toutes les circonstancesqui l'ont accompagnée. Ici rien de semblable, puisqu'un des< premiers caractères de la folie est de s'ignorer elle-même,, et que l'ahéné proteste constamment contre la désignationi de malade qui lui est attribuée : il faut donc l'examiner sanssa participation et souvent même malgré lui.
Mis en présence d'un aliéné, le médecin doit, avant touti interrogatoire, prendre une idée exacte de l'état extérieur'de son malade ; le geste, l'attitude, le regard, l'expressioni des traits, l'état des vêtements, rien ne doit lui échapper,, car chaque indice extérieur a sa valeur. Ce premier coup' d'œil suffît déjà pour constater si le sujet est déprimé oui
DIAGNOSTIC DE LA FOLIE. l^l
,,.xcilé, s'il esl au contraire dans un élat normal d'activité.
Une fois cet examen terminé, on procède à l'interrogatoire. On demande au malade son nom, son âge, son lieu de naissance, s'il est marié, s'il a des enfants. On s'informe de sa profession, des gains qu'il peut, réaliser, de sa manière de vivre. Est-il bon ouvrier? quels sont ses projets pour l'avenir? Les premières réponses permettent de constater l'état de la parole, le degré d'intelligence du sujet, l'intégrité ou l'affaiblissement de la mémoire, et il est rare qu'elles ne mettent pas sur la voie d'un trouble intellectuel, d'une idée délirante. L'exploration sera plus complète et plus approfondie dans le sens où l'on aura saisi quelque fâcheux indice. Si la mémoire semble atteinte, on demandera des dates, on fera faire des calculs relativement aux époques, aux distances; si des idées de persécution semblent se trahir, on suivra cette direction ; on recherchera les hallucinations en examinant tous les sens. Il importe ensuite d'interroger le malade sur la nature du lieu où il se trouve, sur les causes qui l'ont fait séquestrer et lui ont fait quitter son domicile, sa famille, ses occupations. La manière dont il apprécie sa situation jette le plus grand jour sur son état mental et révèle quelquefois des idées délirantes jusque-là cachées. Quand l'ahéné se tient sur la défensive, on essaye de gagner sa confiance en semblant accepter ses idées, en se montrant prêt à prendre sa défense dès qu'on sera éclairé sur les détails de sa position. Si ce moyen échoue, on peut chercher à l'irriter, mettre en doute sa véracité, l'accuser d'être venu à l'hospice par paresse; la colère lui fera quelquefois trahir involon^ .tairemenfsa pensée. Enfin, s'il refuse obstinément de répondre ou si ses réponses laissent du doute dans* l'esprit, il est bon de suspendre provisoirement tout diagnostic et de ne revenir au malade qu'après l'avoir fait observer plusieurs jours : des surveillants inteUigents et expérimentés, vivant au miheu des aUénés, rendent sous ce rapport au médecin
J'-^ DlAGNOSTlt; DE LA TOLIE.
les plus grands services; avec de l'habitude, ils arrivenl à saisir des nuances, à constater des faits qui ne se produisent que d'une manière passagère dans le cours de la journée, et leurs renseignements, quelquel'ois même leurs appréciations, ne sont jamais à dédaigner.
L'examen des fonctions organiques, du pouls, de la langue, du sommeil, des digestions, des fonctions respiratoires, se fera suivant la méthode ordinaire, en se souvenant que chez les aliénés les réactions sont moins vives, et que la constatation des maladies organiques exige une attention plus soutenue; un mouvement fébrile qui ne s'explique pas par l'intensité du délire, est le premier symptôme qui doit donner l'éveil et faire soupçonner l'existence d'une complication.
Le complément indispensable de l'examen d'un aliéné, complément sans lequel il est souvent impossible d'établir un diagnostic, consiste dans la recherche exacte des antécédents et des symptômes qu'il a offerts avant d'être présenté au médecin. Existe-t-il des aliénés dans la famille? quelles sont les causes probables de la maladie? quels sont les premiers symptômes qui ont fait soupçonner un trouble intellectuel? quelles sont les extravagances qui ont motivé la séquestration? Le malade a-t-il commis des actes de violence? a-t-il eu des idées de suicide ? Le médecin doit d'ailleurs se tenir en garde contre les appréciations qui lui sont soumises, surtout lorsqu'il s'agit de parents consanguins du malade, qui souvent, portant en eux des traces encore peu accentuées, mais non douteuses, de l'influence héréditaire, jugent de la manière la plus fausse et la plus singulière les faits qu'ils ont été à même d'observer. M. Moreau a insisté avec raison sur cette particularité (1). 11 y a plus que de l'erreur, dit-il, dans leur manière de voir, mais bien une véritable adhésion aux idées délirantes du malade, adhésion qu'ils ne s'avouent
(1) Psychologie morbide, p. 181.