‹ Traite pratique des maladies mentalesChapitre 65 sur 172 · ANATOMIK PATHOLOGIQUE DE LA FOLIE · texte numérisé non relu

ANATOMIK PATHOLOGIQUE DE LA FOLIE

Outre les lésions incidentes qui ont amené la mort, trouvet-on chez les aliénés des altérations anatomiques constantes qui puissent rendre compte des troubles intellectuels observés pendant la vie ; et chaque variété de folie a-t-elle sa lésion spéciale ?

Dans l'état actuel de la physiologie, il est superflu de démontrer que l'encéphale est l'organe des facultés intellecluèlles et des facultés morales, et que de toutes les parties de l'encéphale, c'est le cerveau et principalement les circonvolutions qui président aux opérations de l'esprit : aucun trouble intellectuel ne peut se produire sans que ces organes soient atteints directement ou indirectement. En vain on a dit que la foKe était une maladie de l'âme, une maladie sans matière; l'âme immatérielle ne saurait être malade, et c'est par une étrange erreur de logique que certains spirituahstes ont cru devoir lui assigner des modifications pathologiques analogues à celles des organes et des fonctions de l'économie.

De ce que le siège de la folie est exclusivement cérébral, il ne résulte pas malheureusement que nous puissions, dans l'état actuel de la science, élabhr une relation constante entre les symptômes observés pendant la vie et les lésions du système nerveux trouvées à l'autopsie. A ce point de vue spécial, deux grandes classes doivent être établies dans les maladies mentales : l'une, incurable, caractérisée par une lésion anatomique constante, le ramollissement de la couche corticale avec adhérence des méninges : c'est la paralysie générale ou folie paralytique ; l'autre dans laquelle l'encéphale se trouve souvent altéré, mais jamais d'une manière constante et identique, et à laquelle appartiennent la manie,

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la mélancolie, la mononiaiiie, la démence, c'esl-à-dire les vésanics proprement dites.

Si donc la paralysie générale est constituée au point de vue analomique avec autant de rigueur et de précision que la pneumonie ou la fièvre typhoïde, il n'en est pas de même des autres formes de maladies mentales : nous aurons à étudier avec détail les lésions anatomo-pathologiques afférentes à chacune d'elles; disons seulement ici que ces lésions font quelquefois défaut, même dans les cas où les symptômes ont été fortement accentués, qu'elles sont très variables, très inégales ; en un mot, que la division de la folie que nous avons donnée n'est nullement légitimée par l'anatomie j5athologique.

C'est ainsi qu'après avoir rapporté trente-huit autopsies de fohe aiguë se manifestant par l'état maniaque ou par l'état mélancolique, M. Parchappe (l) arrive à reconnaître qu'il y a une analogie aussi grande que possible, sinon parfaite, entre les altérations cérébrales constatées dans ces deux états; l'hypérémie, les ecchymoses sous-arachnoïdiennes, l'injection pointillée de la substance blanche, la coloration en rouge de la couche corticale, les épaississements et l'infiltration des méninges se rencontrent avec une égale fréquence et dans la manie et dans la mélancohe : aucune de ces altérations prise isolément n'a de valeur spéciale; considérées dans leur ensemble, elles permettent seulement d'affirmer que la folie aiguë est étroitement liée à l'hypérémie du cerveau.

Quant à la stupeur mélancolique, on a essayé de la rattacher à un état organique spécial, l'œdème cérébral ; mais c'est là un essai digne d'intérêt auquel il manque malheureusement une démonstration plus rigoureuse que celles qui ont été données jusqu'ici. La monomanie, les hallucinations

(1) Paicliappe, Traité de la folie, |j. 45.

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jontinconlcslablemeiUles étais qui s'accompagnenL le moins rréqucniment d'altérations encéphaliques de quelque valeur, et en présence de la complexité du délire on se trouve étonné et déconcerté de la nullité des résultats anatomiques.

Dans la folie chronique, dans la démence, s'observe souvent une atrophie cérébrale qui est en général en raison directe de la dégradation de l'intelligence, et qui nous présentera des particularités dignes d'intérêt, mais cette altération n'est pas constante ; elle-même s'associe à des épaississemenls et à des granulations des méninges, à des indurations, à de l'hypérémie, plus souvent à delà décoloration de la substance corticale.

En résumé, il est des vésanies qui ne laissent après elles aucune trace sur le cadavre. La plupart, il est vrai, s'accompagnent d'altérations encéphahques, mais ces altérations sont trop variables par leur nombre, leur importance et leur étendue, pour pouvoir en aucun cas expliquer suffisamment les symptômes observés pendant la vie. Tout en ayant la certitude que les troubles fonctionnels de la folie ont le cerveau pour siège, nous ignorons leur nature intime, etnous sommes arrêtés, dans ce sujet difficile, par d'étroites limites que des investigations ultérieures finiront sans doute par reculer. Le microscope, qui a déjà rendu tant de services dans l'étude de la paralysie générale, ne nous arien dit encore sur l'état des tubes nerveux, des cellules nerveuses et du parenchyme cérébral dans la manie et la mélancohe; nous ne savons rien sur la quantité d'eau, peut-être variable, contenue dans le cerveau, sur l'état des principes chimiques qui entrent dans sa composition. Voilà tout autant de points qu'il faudrait examiner à l'aide des moyens rigoureux que la science met h notre disposition, et tant que ce travail si étendu et si complexe n'aura pas été fait, personne n'aura le droit de dire qu'il ignore la nature intime et la cause de la folie. Bien plus, en voyant des formes de délire aussi distinctes

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