AGENTS MÉCANIQUES. — MALADES A IDÉES DE SUICIDE
cinq années on lui passa la sonde irois fois par jour, et pendant ce laps de temps il resta plein de force et de vigueur, persévérant dans ses refus avec une opiniûlreté incroyable, ot conservant sur une foule de points une étonnante netteté d'esprit.
h" Agents mécaniques et moyens de traitement répondant à certaines
indications.
Outre le refus d'aliments, on observe chez les aliénés certaines tendances, certains symptômes qui deviennent le point de départ d'indications curalives spéciales.
1" Malades à idées de suicide. — Les malades dominés par des idées de suicide seront soumis à une surveillance d'une rigueur exceptionnelle; on ne les perdra pas de vue un seul instant, on les placera dans des salles occupées par plusieurs malades, et l'on fera en sorte que des gardiens, nuit et jour, veillent près d'eux : on répétera jusqu'à satiété, pour stimuler le zèle des gens de service, qu'un seul instant d'inattention peut causer quelque malheur. Les malades de cette nature seront logés au rez-de-chaussée ; on ôtera les rideaux du lit; on fera disparaître les clous, les crochets, les cordes, les couteaux, les fourchettes, les bâtons et tous les instruments tranchants. Quand les tentatives de suicide sont incessantes; quand le malade dirige tous ses actes, toutes ses combinaisons vers la réalisation de cette idée, il ne faut pas hésiter à le priver de l'usage de ses mains à l'aide de la camisole : la nuit surtout, il faut surveiller tous les mouvements et se tenir en garde même contre l'apparence du sommeil et de l'immobilité. On a vu des aliénés s'étrangler dans leur lit, à l'abri des couvertures, sous l'œil de deux gardiens. Un jour, rapporte Guislain (1), un aliéné s'est pendu dans la cour de l'asile de Gand, en présence de plus de vingt per-
(1) Guislain, Leçons sur les phrénopathies, t. lU, p. 252.
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sonnes. 11 se reposait nonchalamment contre une porte de communication. Soudain un aliéné s'écrie : « Voyez, voyez, il est mort. » On se retourne, on remarque que le patient a la figure noire et les genoux fléchis; on accourt : on aperçoit autour de son cou une cravate qui était passée à un petit crochet enfoncé la veille dans la porte contre laquelle il était appuyé. Il avait eu soin, avant de s'étrangler, d'abaisser la visière de sa casquette, de manière que tout d'abord on ne pùt observer l'altération manifestée dans ses traits.
Chaque praticien pourrait rapporter plus d'un fait tout aussi extraordinaire.
2" Onanistes. — Les onanistes ne peuvent être garantis de leurs propres excès qu'à l'aide d'une exacte et rigoureuse surveillance. Pendant la nuit cette surveillance devient à peu près impossible ; aussi, après bien des tentatives infructueuses^ est-on presque toujours forcé de recourir aux moyens de contrainte : les bras seront munis d'une camisole à longues manches, lesquelles seront fixées sur les parties latérale^ du lit; les jambes seront maintenues écartées, et il sera quelquefois utile de soulever les couvertures avec un cerceau, afin l'éviter tout frottement.
3° Gâteux. — Les aliénés gâteux, c'est-à-dire ceux qui laissent échapper involontairement l'urine et les matières fécales, exigent des soins tout spéciaux, si l'on veut prévenir la formation des excoriations et des eschares qui arrivent si promptement à mettre leur vie en danger.
Outre des soins de propreté minutieux, outre des lotions ivec des hquides astringents, des applications fréquentes de poudres desséchantes, comme la poudre de riz ou la poudre de lycopode, on emploie avec avantage divers appareils qui atténuent les fâcheuses conséquences de cette infirmité et >urtout des urinoirs de formes diverses, de caoutchouc ou de utta-percha Comme il est difficile que, pour des malades prives d intelhgence et incapables d'exercer une surveillance
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exacte, ces appareils remplissent complètement le i)ut qu'on ge propose, la confection des lits exige quelques dispositions spéciales : quelques-uns ont à leur partie inlérieureie! une sorte de tiroir où arrivent les urines et les matières fé^ cales après avoir traversé une ouverture pi-aliquèe dans lasj matelas. Mais le plus souvent on se contente de faire coucher les gâteux convenablement munis d'alèses sur des matçlas de paille, de balle d'avoine, de zostère, que l'on a soin de renouveler fréquemment; ces diverses substances absor^ bent promptement l'urine, permettent la circulation de l'air et sont d'un prix peu élevé. Au lieu d'en faire un matelaf; épais, il suffit quelquefois de les disposer en un coussi mince et très large placé sous le siège et séparé des matel ordinaires par une toile imperméable ; le malade se trouv couché plus mollement, et les parties inférieures du Ut so suffisamment protégées. Enfin, le lit hydrostatique d'Arnott, qui consiste essenliellement en une étoffe imperméable r posant sur une masse hquide qui se prête à tous les mouv ments et à toutes les saillies du corps, est pour les gâteu un excellent appareil, mais son prix très élevé empêcher toujours d'en généraliser l'usage.
Au lieu de recourir à ces moyens palliatifs trop souvent insuffisants, on a songé à empêcher, chez les paralytiques, 1 évacuations involontaires en les régularisant d'une manièr artificielle. On sait qu'à l'état physiologique la défécatio s'opère, en général, aux mêmes heures, et que cette fonc tion est, sous ce rapport, soumise plus que toute autre a lois de l'habitude : or, en mettant deux fois par jour les p ralvtiques sur une garderobe où ils séjournent une dem heure ou trois quarts d'heure, les selles finissent par venif à heures fixes, et le ht ainsi que les vêtements sont beaucoup plus rarement souillés. Il faut avoir soin en même temps ds faire uriner le malade toutes les deux ou trois heures. A l'aide de ce moyen si simple, on parvient non pas à suppri»^
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mer les gâteux, mais à atLénuer siiiguliéromcnl. les conséquences de leur infirmité, et, sous ce rapport, MiV{. Uonaur clin, Morel (i), Arcliambault (2), Girard, ont obtenu d'exccll(3nts résultats.
Quant fiqx prcpar,ations de noix vomique employées à titre d'adjuvant par M. Girard (3) jusqu'à la dose de 2 centi.grammes c)issou? dans ;50 gramnies de sirop pour réveiller directement la contractilité des sphincters, je n'oserais OR conseiller l'emploi cl]ez les paralytiques. A faibles doses, elles n'ont aucune action; à doses plus élevées, elles risquent l'amener de graves accidents du côté de l'encéphale,
A" Agités. — I^orsque les malades pont violemment agités, on est quelquefois obhgé de recourir à des moyens de con- |t§ntion qui leur enlèvent le hbre usage de leurs mains et de leurs pieds. La camisole, les entraves, le fauteuil et le décubitus forcé sont les moyens le plus généralement mis en usage ifjj^ns ce but spécial.
La camisole, faite de forte toile, lacée par derrière et munie de manches sans fin qui sont ensuite fixées autour du icorps, doit être largement échancrée au niveau du cou et munie, sur les côtés, d'appendices destinés à fixer le malade sur un lit ou sur un fauteuil. Quand l'agitation est peu vive, la camisole peut être réduite à de simples manches réunies à la partie antérieure et qui dégagent presque entièrement le thorax, ou même à un manchon de cuir généralement usité dans les asiles d'Italie. Les (mtraves doivent être disposées telle sorte qu'elles embrassent une surface étendue de la lartie inférieure des jambes afin, de disséminer la pression : glles seront suffisamment garnies et assez longues pour permettre au malade de marcher à petits pas. Quant aux fau-
I (1) More!, Sur la possibilité d'améliorer le sort des gâteux et d'en diminuer lo nombre {Ann. méd.-psych., 1850, p. 72).
: (2) Bulletin de l'Acad. de médecine, séance du 2!i juip Ifjôl, t. S VI, p 9à'> (3) Bulletin de l'Acad. 4e rfiédecm, sparice xlu 1 0 juir> 1851 .
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U^iiils el, îiLix lils destinés à mainteiiir les a^ilés, ils sei'onl solides et scellés aux murs ou au plancher.
Est-il nécessaire de soumettre au décuintus forcé un malade dont l'agitation est indomptable, on entoure le tronc d'une camisole, on maintient les pieds avec des entraves, fi la camisole ainsi que les entraves sont fixées par des liens à des nioi'laises pratirpiées aux deux extrémités du lit. 11 est même quelquefois nécessaire de recouvrir les genoux d'une large bande de -toile passant par-dessus les couvertures el tixée latéralement. Le décubitus forcé est, d'une manière • générale, un déplorable moyen de contention. Il dispose aux i eschares, irrite et fatigue les malades, amène de la constipation, exalte les penchants érotiques, et favorise singulière- j ment les complications viscérales. Il ne faut l'employer que ' dans des cas exceptionnels, et ne jamais prolonger son emploi au delà de quelques heures; nous ferons cependant une exception pour les malades qui s'épuisent dans une agitation sans fin, se nourrissent mal, se refroidissent, etsuccom- l beraient debout si on les abandonnait à eux-mêmes : pour j ceux-là , le repos forcé au lit est quelquefois un moyen de salut. !
Je ne citerai que pour mémoire divers autres moyens ' mécaniques employés jadis dans le traitement de la folie. ; Darwin (1) imagina la première machine rotatoire, et conseilla de faire tourner l'aliéné placé dans une couchette, la tête trouvant à la circonférence et les pieds au centre du mouve' ment. Gox (2) employait un fauteuil suspendu par quatre' cordes à un crochet mobile, auquel on a substitué plus tard un fauteuil de bois solide tournant sur un pivot. La rotation, soit verticale, soit horizontale, amène des syncopes avec pà leur delà face et ralentissement du pouls, des vomissements' des évacuations involontaires: c'était, disait-on, un puissant sédatif qui calmait les malades les plus agités, et provoquait t
(1) Zoonotnie, t. IV, p. 507.
(2) Cox, Pracl. Observ., traduct. de Reil, p.