MARCÉ. - MAI.. MENT
L'opium el ses principes sont, d'après le même auteur, les s
substances narcotiques, qui comparativement ont le plus iî de puissance curative; la jusquiame vient après; la bella-
done a un peu moins d'action que la jusquiame; le datura li
stramonium et la mandragore marchent sur la même ligne. : D'
La digitale, par son action spéciale sur le cœur, modère
l'activité de la circulation, et peut aider à calmer une vive I
agitation. Cox l'a vantée outre mesure comme un des meil- ^
leurs remèdes contre la folie. Quant aux antispasmodiques, h
comme la valériane, l'éther, le camphre, ils répondent à ni
quelques indications spéciales, mais leur action est trop fugi- k
tive pour servir de base à une méthode de traitement. , t
7° Suif ate de quinine . — Le sulfate de quinine a été vanté 1
comme hyposthénisant dans les cas de vive excitation. On \
sait en effet qu'à haute dose ce médicament amène un ralen- i
tissement du pouls très notable; il détermine en même ff
temps du tintouin, de la surdité et même des phénomènes i
cérébraux plus graves qui doivent détourner de l'adminis- a
trer aux aliénés à des doses très élevées ; mais comme anti- cf
périodique il jouit parfois d'une remarquable efficacité. Je l'ai ni
employé avec succès dans des paroxysmes réguliers d'agi- el
tation survenant pendant le cours d'une manie ou d'une % paralysie générale et simulant une fièvre intermittente à
forme pernicieuse. Donné à la dose de 1 gramme par jour, |
il a pu, dans des cas de ce genre, arrêter le paroxysme et ^
débarrasser la maladie première de cette grave complication. ^
Dans la manie ou la mélancohe franchement intermittente, i
quelle que soit la longueur des périodes, il est moins efficace, pr
et à côté de quelques succès on a noté bien des cas où il se
avait échoué complètement. î U
2" Alimentalion.
V alimentation des aliénés doit être soumise à certaines règles. A moins de complication fébrile, la diète est rarement indiquée; dans tous les cas il importe qu'elle soit peu
sévère et peu prolongée. Sans doute les paralytiques qui, arrivés à la troisième période, ont un appétit insatiable, engraissent beaucoup, et par cela même offrent une disposition spéciale aux congestions et à la pléthore, doivent être nourris de viandes légères, de légumes et d'aliments peu excitants, car chez eux le moindre excès de régime amène des complications fâcheuses; mais à part cette exception, il tant que l'alimentation des aliénés soit tonique et réparatrice. Les maniaques les plus agités, les mélancoliques, les monomaniaques ont besoin de repas réguliers et abondants dans lesquels les féculents ne doivent entrer que pour des proportions raisonnables ; ce régime est le seul qui puisse prévenir 1 les diarrhées chroniques et le scorbut qui font encore tant de ravages dans certains asiles. M. Billod a remarqué qu'en douiLlantla ration de vin de ses malades, il prévenait les manifestations de la cachexie pellagreuse. Le médecin de l'établissement des quakers, près d'York, le docteur Thurnam (1), a fait ressortir dans ses tables statistiques l'influence qu'exer- ,cent les aliments trop peu nutritifs sur la longévité des aliénés. Il a pris pour point de départ une série d'établissements et les a groupés en deux catégories : dans l'une il a rangé ceux où le régime était convenable, dans l'autre il a compris ceux qui laissaient à désirer sous le rapport des ahments. Or, voici les résultats curieux auxquels il est parvenu. Il a constaté que là où les malades étaient bien nourris, on obtenait Zi3,70 guérisons sur 100 malades, tandis que dans les autres étabhssements la proportion n'était que de 37,75. Quant aux premiers, la mortaUté était de 9,35 pour 100; pour les seconds, elle s'élevait à iZi,5/i pour 100. Le docteur GonoUy ' rapporte qu'à Hanwell on est arrivé à un résultat qui conlirme les calculs de M. Thurnam : la quantité de nourriture ayant été augmentée, les sorties, qui n'étaient que de 22
(1) Voy. Guislain, l. III, p. 309.
îivanl cello arnélioralion du ré|j;imo, ont alleint le chidre île 28, et la mortalité, qui était de 11,69, est descendue à 8,50. ■ Ces faits, ajoute Guislain, sont concluants; on les invoque chaque fois qu'il s'agit d'indiquer le régime auquel doivent être soumis les aliénés.
La préparation des aliments n'offre rien de spécial. Cependant, pour les paralytiques, pour les déments et les idiots qui avalent gloutonnement,' mâchent à peine, et chez lesquels les muscles du pharynx n'ont plus leur contractilité normale, il est prudent de faire un grand usage de viandes hachées dont la déglutition est plus facile, et de ne donner une houchée nouvelle que lorsque l'autre a franchi le pharynx. On évite de cette façon l'accumulation d'aliments dans l' arrièregorge, ou l'introduction de morceaux volumineux qui s'engagent dans le larynx et déterminent la mort par suffocation.
Lorsque le malade refuse obstinément toute nourriture, il en résulte une complication très grave qui nécessite l'intervention active du médecin. Nous devons sur ce sujet entrer dans quelques développements.
3° Alimenlation forcée.
Le refus d'aliments est un symptôme observé principale-ment dans le délire mélancolique général ou dans certains^ (léhres partiels. Il se rattache, soit à des hallucinations, soitt h des conceptions déhrantes : les malades perçoivent dans^ les aliments qu'on leur présente une odeur et une saveuiT empoisonnées, ou bien encore ils entendent une voix qui leur défend impérieusement de manger. J'ai vu une dame quii faisait d'incessantes difficultés pour prendre ses repas, parce' qu'elle voyait sur son assiette, au milieu des ahments, des^ yeux qui la regardaient avec fixité. Quelques-uns se croienll ruinés et refusent de manger, craignant de ne pouvoir payei leur nourriture ; d'autres sont poursuivis par des idées religieuses et s'imposent des jeûnes exagérés, d'autres, enfin..
(Ml proie à des idées de suicide et ne pouvant réaliser leur projet à cause de la surveillance qui les entoure, ont recours au seul moyen qui reste à leur disposition, et ils en usent avec une persévérance et une volonté à peine croyables. Il n'est pas rare de voir des malades s'opposer à toute alimentation par suite d'idées délirantes hypochondriaques : leur estomac ne peut rien digérer, l'œsophage, la gorge sont bouchés ; ils n'ont plus d'intestins, plus de bouche, ils ne peuvent rien avaler; ils sont morts, et n'ont plus besoin de nourriture.
En présence d'un malade qui refuse de manger, le premier soin du médecin doit être d'examiner le pouls, la lano-ue et toutes les fonctions, et de voir s'il n'existe pas quelque lésion organique latente, avec ou sans mouvement fébrile, qui contre-indique une ahmentation que le malade refuse alors par un véritable mouvement instinctif : aller plus loin sans cet examen préalable, serait commettre une faute grave.
Quand le malade rejette les aliments sous prétexte qu'ils ont une mauvaise saveur, comme cela arrive au début dea manie ou de la mélancolie, l'examen de la langue fait souvent constater des enduits bilieux ou muqueux qui sont bien évidemment le point de départ de cette illusion du goût, qu'un purgatif ou un vomitif, administrés à propos, font disparaître; mais arrivons aux cas plus graves où le refus d'aliments est dégagé de toute complication et tient uniquement à des idées délirantes systématiques.
Le médecin doit commencer par user de toute son influence morale; il doit prier et insister; il promettra une visite désirée, une sortie, une faveur demandée depuis longtemps. Si la prière ne réussit pas, il aura recours à l'intimidation, déploiera un grand appareil de force, menacera de la douche, de la camisole, de la sonde, en fera une description exagérée, et donnera à ces menaces un commence-
'^^^ ALIMDN'I'ATION FOHCKE.
menl (J'eKécuLioli. 11 recherchera dans l'entourage du malade, dans ses goûts et ses penchants, dans la nature du délire, les moyens de le convaincre et de l'émouvoir. Beaucoup finissent ainsi par céder sans qu'on ait besoin de recourir à des moyens violents. Une jeune fille très pudique, très réservée, soignée à Charenton et refusant toute nourriture, fut menacée, si elle persistait dans ses projets, d'être transportée et abandonnée au milieu du quartier des hommes. La terreur qu'elle éprouva fut si vive, qu'elle se mit à manger immédiatement.
Si tous ces moyens sont insuffisants, il faut user de patience et savoir attendre, en surveillant avec soin les effets plus ou moins rapides de l'inanition : les malades qui boivent souffrent beaucoup moins que ceux qui refusent à la fois de boire et de manger ; ceux qui ont de la force, de l'embonpoint, peuvent attendre plus longtemps, car chez eux la nutrition s'opère pendant quelques jours aux dépens des réserves de tissu adipeux. Si l'on reste dans une sage inaction, si on laisse le sujet perpétuellement en présence d'aliments souvent renouvelés, l'aiguillon de la faim finit par se faire sentir, et quelques-uns se mettent à manger d'eux-mêmes, surtout lorsqu'ils ne se croient pas surveillés.
Quand les malades mangent un peu, mais d'une manière irrégulière, il importe beaucoup de ne pas se laisser abuser par les apparences, et de se procurer des renseignements d'une exactitude précise sur la quantité d'aliments ingérés : l'alimentation insuffisante offre en effet de grands dangers, elle entretient une fausse sécurité, et laisse le malade dépérir peu à peu et arriver au terme extrême sans qu'on se soit décidé à recourir aux moyens réellement efficaces. L'accélération du pouls, l'amaigrissement, l'altération des traits, la fétidité de l'haleine, la diarrhée, indiquent que la situation est grave, et je ne conseillerai jamais d'attendre jusquelà avant de recourir à l'alimentation forcée; en agissant de
ALlMEiNTATION FORCÉE. A»-^
meilleure heure on ne court aucun risque, el l'on se prépare des succès beaucoup plus certains.
; L'alimentation forcée peut se faire à l'aide de divers procédés : 1° les uns consistent à introduire l'aliment par la bouche en écartant de force les arcades dentaires ; 2" les autres permettent de porter les matières ahmentaires jusque dans l'estomac à l'aide de la sonde œsophagienne.
r Pour introduire de force les aliments par la bouche, il faut que le malade soit couché, la tête médiocrement élevée, les mains fixées soit par des aides, soit par la camisole ; on se munit de deux cuillers de métal solide, à extrémité mousse et bien arrondie : l'une d'entre elles, poussée de bas en haut entre les arcades dentaires, les écarte par un mouvement qui doit être à la fois lent et énergique ; une fois introduite, elle est apphquée sur la langue, la convexité en haut, de manière à protéger et à maintenir efficacement cet organe tout en forçant la bouche à s'ouvrir ; pendant qu'un aide la maintient dans cette position, l'opérateur porte avec l'autre cuiller des aliments liquides jusqu'au fond du pharynx, et contraint le malade à déglutir, soit en obturant momentanément les narines, soit en pressant de haut en bas sur les côtés du larynx, soit enfin en appuyant avec la première cuiller sur la base de la langue.
- Bien des instruments ont été imaginés pour compléter ce procédé que je viens de décrire dans toute sa simplicité. .Quand les dents sont serrées convulsivement, on peut recourir, pour les écarter, à divers leviers soit de bois, soit d'acier, jOu bien encore à des pinces articulées dont les mors, aplatis dans toute leur étendue, minces et étroits à leur extrémité et garnis à l'intérieur de lames de plomb, peuvent s'introduire entre les arcades dentaires et se maintenir écartés, lorsqu'on rapproche les deux poignées l'une de l'autre. On a aussi préconisé dans ce but l'usage d'un
^^^^ ALIMENTATION FOllCÉL'.
cône tl'ivuiro inuiii .l'un manche et sillonné d'une rainure en vis qui marche du sommet à hi jjase; une l'ois qu'on a trouvé entre les dents le plus petit interstice pour y introiluire la pointe de l'instrument, en saisissant la poignée et Ja faisant tourner sur son axe, on écarte les arcades dentaires avec une force irrésistible, et on les maintient dans la même position tant que dure l'introduction des aliments. Cet instrument, dont les voleurs anglais se servent pour faire sauter les portes, jouit d'une très grande puissance, mais il a l'inconvénient de glisser entre les dents avec trop de facilité.
Pour maintenir la bouche ouverte, on a proposé de remplacer les coins de bois ou de liège par un spéculum oris composé de deux tenettes qu'une vis écarte et maintient immobiles. Enfin, pour introduire les ahments, on peut se servir, au lieu des deux cuillers, d'un biberon de métal dont on introduit le bec très allongé jusque dans l'arriére-gorge. Cet instrument, dont se servait M. Pussin, surveillant de la Salpêtriére sous Pinel (1), est dans quelques cas d'une réelle utilité.
Dans le but de satisfaire à la fois à ces deux indications, M. Billod et M. Belhomme ont imaginé un appareil unique, construit, d'ailleurs, d'après des principes analogues. M. Billod (2) emploie une sorte de spéculum oris muni en arrière d'une gouttière métallique qui déprime la base de la langue, et en avant d'une soupape s'ouvrant de dehors en dedans lorsqu'on introduit une cuiller, et se refermant aussitôt de manière à s'opposer au rejet des aliments : il est bon de fermer les narines au moment où l'on introduit l'aliment. L'instrument de M. Belhomme consiste en un morceau de bois introduit entre les mâchoires et maintenu au dehors par un manche servant de support à un conduit d'argent par lequel le liquide arrive dans l'arrière-gorge.
Ces divers modes d'alimentation forcée suftisent quelque-
(1) Pinel, p. 297.
(2) Bull. del'Acad. de médecine, 1850, t. W, p. 469.
fois pour soutenir les malades, vaincre leurs refus cL moclifier leurs résolutions délirantes. Mais pour peu que la résistance soit énergique et prolongée, on constate au bout de peu jours qu'il est nécessaire de recourir à des procédés plus efficaces ; et en effet, les contractions du pharynx rejettent au dehors une partie des aliments ingérés : dans la lutte désespérée qu'il soutient, l'aHéné dépense plus de forces qu'il n'en acquiert par la petite quantité de nourriture qui arrive à l'estomac, et il marche bien vite, malgré tous les secours, à un dépérissement complet.
C'est alors qu'il convient de recourir à la sonde œsophagienne.
La sonde œsophagienne paraît avoir été employée par Pinel (1), qui s'en servit avec avantage dans un cas où tous les autres moyens avaient échoué, mais ce fut Esquirol qui en générahsat'emploi en donnant quelques règles pour son application (2).
, La sonde œsophagienne doit toujours être faite en tissu souple et flexible ; son diamètre ne dépassera pas 5 millimètres, ses parois seront parfaitement lisses, et à son extrémité inférieure elle sera percée de larges yeux disposés latéralement : une seule ouverture terminale rend le passage delà sonde plus douloureux et s'oblitère d'ailleurs avec trop ■ de facilité. L'extrémité supérieure sera évasée en entonnoir pour s'adapter à l'appareil qui contient le hquide alimentaire.
A moins d'impossibilité, la sonde devra nécessairement être introduite par les fosses nasales ; chercher tout d'abord à la faire pénétrer par la bouche, ce serait se créer inutilement, en raison du rapprochenient des arcades dentaires, un obstacle dont nous avons vu toute la gravité. Arrivée à la face postérieure du voile du palais en suivant le plancher des fosses nasales, la sonde devra se recourber à angle droit,
(1) Traite médico-philos, sur l'alicnalion mcnlalc, p. '297.
(2) Esquirol, l. I, p. 662.
ôviter le larynx et suivre la paroi postérieure du pharynx qui la conduit dans l'œsopliage. Examinons successivement les divers obstacles que l'instrument peut rencontrer pendant ce trajet sinueux, et les procédés auxquels il faut recourir pour les surmonter.
Les fosses nasales se laissent quelquelois difficilement traverser par la sonde, soit que les deux narines oflrent une grande étroitesse congénitale, soit que l'une d'entre elles se trouve rétrécie par une déviation de la cloison; dans ce dernier cas il suffît de s'adresser à la narine du côté opposé, tandis que, les deux narines étant très étroites, il ne faut pas craindre d'introduire la sonde avec une certaine force, au risque de fracturer les cornets intérieurs ou de provoquer une hémorrhagie qui n'offre jamais de gravité. Avec un peu d'insistance on réussit presque toujours. M. Thore (1) a cependant rapporté une observation dans laqiftlle les petites dimensions des narines ne permirent pas l'introduction de la sonde par celte voie. Il peut arriver encore que le malade, dans la prévision de l'opération qui doit lui être pratiquée, s'introduise dans les fosses nasales des cailloux ou tout autre corps étranger, mais un examen attentif et l'extraction à l'aide d'une pince feront bientôt justice de cette complication, dont il suffit d'être prévenu.
Arrivée au niveau du bord postérieur des fosses nasales, la sonde détermine par son contact avec le voile du palais des mouvements involontaires de déglutition qui révèlent sa présence. Là elle vient butter contre la paroi postérieure du pharynx, et doit se recourber à angle droit sous l'influence de la pression exercée à son extrémité par la main de l'opérateur, mais ce temps de l'opération offre parfois de sérieuses difficultés.
a. Il peut arriver que l'extrémité de la sonde s'engage
{\)Ann. méd.-psychoL, t. III, p. 347.
dans une des nombreuses lacunes dont est parsemée la muqueuse pharyngienne à sa partie supérieure. Si l'on pousse l'instrument sans précaution, la muqueuse est perforée, l'instrument s'engage dans le tissu cellulaire qui la sépare de la colonne vertébrale, et il en résulte des inflammations rétro-pharyngiennes et des accidents mortels. M. Baillarger a cité un fait où une injection alimentaire fut suivie d'un gonflement emphysémateux considérable, de suppuration et de mort. A l'autopsie, on trouva une déchirure du pharynx et une infiltration purulente allant jusqu'au diaphragme.
b. La sonde, au lieu de se courber à angle droit, peut se replier tout de suite sur elle-même, et revenir soit par le nez, soit par la bouche, où elle est saisie et coupée par les dents.
c. Enfin, quand le sujet résiste avec vigueur, la contraction du pharynx peut être assez énergique pour expulser la sonde ét s'opposer à toute tentative d'introduction. Il suffit pour cela au malade d'élever le larynx comme on le fait pour un mouvement de déglutition, et de le maintenir dans cette position par la suspension à peu près complète de la respiration, ou bien encore de pousser des cris aigus et contintis pendant lesquels la glotte s'élève considérablement et rend moins accessible l'entrée de l'œsophage. Esquirol a cité une observation où la volonté du malade peut ainsi s'opposer à l'introduction de la sonde (1), et des faits semblables ont été observés par MM. Barbier et de Grozant. • En faisant ouvrir la bouche de force, on diminue sans doute l'énergie de ces contractions par le rapprochement des points d'insertion musculaire, mais on ne parvient pas à annihiler complètement cette résistance, qui constitue une véritable comphcation, et ne devient aussi sérieuse qu'en raison de l'impossibilité qu'éprouve l'opérateur de faire suivre avec précision à la sonde la courbure du pharynx ; aussi a-t-on ima-
(1) Tome lei-, p. 613.
ALIMENTATION KOUCÉi;.
giné plusieurs inslruments pour obvier ù cet inconvénient.
M. Blanche a introduit dans la sonde un mandrin articulé auquel, à l'aide d'un mécanisme spécial, on imprime une courbure convenable dès que l'instrument a atteint la paroi du pharynx.
M. Baillarger se sert d'une sonde à double mandrin, l'un métallique, recourbé, l'autre élastique, de baleine. On introduit la sonde munie des deux mandrins jusque dans le pharynx ; là on retire le mandrin métallique, la sonde se redresse, grâce au mandrin élastique, et pénètre facilement dans l'œsophage.
Ces deux instruments peuvent avoir une utilité réelle, et ils ont réussi dans des cas où la sonde ordinaire avait échoué; mais comme ils sont assez compliqués, le dernier surtout, je crois qu'il faut toujours débuter par une sonde simple, sans mandrin, et les réserver pour les cas difficiles.
La sonde a franchi le pharynx et a pénétré plus profondément. Est-elle dans l'œsophage ? est-elle au contraire dans la glotte? Il importe de le savoir avec certitude, car une injection alimentaire faite dans les voies aérifères entraînerait de graves conséquences.
Voici à quels symptômes on reconnaît que la sonde a pénétré dans le larynx : tout d'abord le malade est en proie à une grande anxiété, à une toux violente et spasmodique dont chaque secousse repousse vivement l'instrument; lorsqu'on cherche à pénétrer plus profondément, on éprouve au delà d'une certaine hmite une résistance impossible à surmonter. La voix est éteinte et voilée, et lorsqu'au-devant de l'orifice de la sonde on place une bougie allumée, les oscillations de la flamme, correspondant aux mouvements expiraloires, indiquent manifestement un courant aérien. Enfin, si avec le doigt on bouche cet orifice, on détermine une suffocation imminente, le courant aérien se trouvant intercepté. En cas de doute, il suflirait d'inject er avec précaution quel-
qucs golUtes de liquide : la toux et la suffocation provoquées par cette manœuvre feraient voir qu'on a fait fausse route.
Lorsque la sonde est dans l'œsophage, l'absence de tous les signes que nous venons d'énumérer le fait bien vite reconnaître; il n'y a ni toux, ni suffocation; la sonde peut, sans difficulté, être enfoncée à une grande profondeur; une injection ne détermine aucun accident : on pourrait tout d'abord se laisser effrayer par la sortie de quelques gaz venant de l'estomac et expulsés par les mouvements de l'expiration; mais au bout de peu d'instants, ces gaz cessent de se reproduire, et ils ne sauraient simuler longtemps le courant régulier qui parcourt les voies aérifères.
Malgré toutes ces précautions, il s'est produit des méprises, et des injections alimentaires ont été faites dans la trachée; la mort peut être instantanée quand l'injection a été abondante, et M. Baillarger, dans son mémoire, en cite un exemple qui lui a été communiqué. Si au contraire il n'a été injecté qu'une petite quantité de liquide, le malade peut échapper aux premiers accidents de suffocation et en être quitte pour une bronchite passagère.
Il faut savoir d'ailleurs que des accidents de suffocation assez effrayants se sont produits même dans les cas où la sonde n'avait pas pénétré dans l'œsophage : c'est ainsi que le vomissement, survenant après l'ingestion des matières alimentaires, a pu amener subitement la mort par suite du passage d'une grande quantité de ces matières dans la trachée. Dans quelques cas bien moins sérieux, l'opérateur ayant négligé de boucher l'extrémité libre de la sonde au moment où il la retire, quelques gouttes de liquide, refoulées par la pression de l'atmosphère, tombent dans le pharynx et dans la trachée, et amènent pendant quelques instants un râle trachéal plus effrayant que réellement dangereux.
Les aliments que l'on injecte par la sonde doivent être appropriés à l'état général du sujet; on peut se contenter de
bouillons plus ou moins concentrés, ou de bouillons tenant des jaunos d'œuls en dissolution, de lait, de légers potages. Plus tard on a recours à une alimentation plus variée, sans oublier qu'il faut à la ibis, pour que la nutrition soit complète, des féculents, des matières azotées et des matières sucrées. Des hachis pourront sans peine être introduits, si l'on a soin de les préparer dans un mortier par une exacte trituration en se servant de bouillon comme dissolvant; on obtient, par ce procédé, une bouillie parfaitement homogène, n'offrant point de grumeaux capables d'oblitérer la sonde et d'entraver l'opération.
Le liquide à injecter est placé dans un entonnoir adapté à la sonde, ou dans une seringue, ou mieux encore dans un irrigateur d'une capacité suffisante. Rien de plus commode que ce dernier instrument, dont il faut toutefois modérer l'impulsion, de peur que l'estomac ne soit distendu avec une trop grande rapidité. On peut, sans inconvénient, injecter deux fois par jour deux litres de liquide ; si cependant l'estomac semblait se fatiguer, s'il y avait de la diarrhée, des digestions pénibles, on pourrait partager cette quantité en trois repas donnés à intervalles égaux.
Dans le cas où l'état du malade nécessiterait l'emploi de médicaments spéciaux, la sonde, dans l'immense majorité des cas, pourra servir à leur ingestion.
L'alimentation par la sonde est une ahmentation exceptionnelle qui crée par elle-même un danger sérieux : l'absence de mastication et d'insahvation (car on a vu des malades qui rejetaient leur sahve) , le contact d'un corps étranger avec les voies digestives, l'état de torpeur de l'estomac qui accompagne la stupeur mélancolique et rend les digestions difficiles, les luttes que chaque repas amène, finissent par déterminer, au bout d'un temps qui varie entre quelques semaines et deux ou trois mois, de graves accidents
du côté du tube digestif. La langue se dessèche, le pouls s'accélère, la nutrition se fait mal; il survient des vomissements et une diarrhée incoercible qui amènent la mort, et à l'autopsie on trouve des symptômes d'inflammation chronique du côté de l'estomac et du tube digestif. Parmi les sujets nourris exclusivement à l'aide de la sonde, il en est peu. qui résistent au delà de quelques mois, et néanmoins on comprend sans peine quelle ressource immense ce procédé met entre les mains des médecins. Il prolonge la vie, permet de gagner du temps, influe heureusement sur l'état mental en soutenant les forces, et contribue au salut et à la guérison de malades qui sans lui auraient inévitablement succombé.
Bien plus, il peut arriver que certains sujets, placés dans des conditions exceptionnelles, s'habituent merveilleusement à la sonde et en supportent l'emploi pendant une durée de temps à peine croyable. Après des péripéties plus ou moins nombreuses, ces malades finissent par accepter ce mode d'ali- Aientation avec indifférence ou même avec plaisir ; contents de vivre, ou se laissant vivre, tout en observant les conditions f'qu'ils se sont imposées dans leur délire, ils en viennent à faire leurs réflexions et leurs appréciations sur l'instrument, sur les Uquides injectés, sur l'opérateur; ils indiquent leurs préférences et leurs antipathies, et s'accoutument à ce genre de vie avec un inconcevable sang-froid. Quand la tolérance physique accompagne cette sorte de tolérance morale, les sujets résistent pendant des mois et des années entières. Alors le passage de l'instrument ne détermine plus ni douleur, ni malaise, les digestions sont parfaites, et l'assimilation se fait avec énergie. Un journal italien rapporte l'histoire (l'un monomaniaque qui fut ainsi nourri pendant deux ans et cinquante jours ; j'ai moi-même recueiUi l'observation plus extraordinaire encore d'un monomaniaque halluciné auquel le ciel défendait non-seulement de manger, mais encore de parler, de marcher et de s'habiller: pendant près de