CHAPITRE VIII
Des hallucinations et désillusions. — Hallucinations. — Définition. — Descrip-
■ lion. — Fréquence relative et mode d'association. — Physiologie pathologique. — Des ra|tports de l'hallucination avec la folie : Hallucinations compatibles avec la raison ; des hallucinations dans les diverses formes de folie. — Étiologie : causes prédisposantes ; causes occasionnelles de l'ordre moral et de l'ordre physique. — Diagnostic et pronostic.
Illusions. — Définition. — Division. — Description.
Traitement des hallucinations et des illusions.
ARTICLE I
DES HALLUCINATIONS
§ I. — néfinilion.
Les hallucinations sont des sensations externes ou internes perçues par le malade en l'absence des excitants spéciaux destinés à agir sur nos sens. Leur histoire appartient à la syniptomatologie de la folie, mais l'importance exception- ,nelle de ce phénomène exige qu'on lui consacre un chapitre à part que nous n'avons pas voulu, en raison de son étendue, intercaler au milieu de l'étude de la pathologie générale de la folie.
A l'état physiologique, trois conditions sont nécessaires ipour la production d'une sensation. 11 faut : 1° l'impression 'médiate ou immédiate d'un corps ambiant sur un organe isensible; 2° la transmission de cette impression au cerveau par les nerfs conducteurs ou par l'axe encéphalo-rachidien ; 3° sa réception au cerveau, lequel en a conscience, et croit irrésistiblement à l'existence et aux diverses propriétés du corps qui s'est ainsi révélé à lui : c'est là ce qu'on appelle la perception, bien différente de la sensation, laquelle n'est pas autre chose que l'impression brute, non réfléchie, non perçue. (Condillac, disons-le tout de suite pour éviter toute méprise, appelait sensations impressions perçueSj'^et telle
^«^^ DES HALLUCINATIONS
a été la cause d'une foule de malentendus dans la discussion de ce sujet.) Or, dans Thallucination les deux premiers temps manquent : la sensation est perçue sans qu'il y ait eu impression sur les sens, sans que cette impression ait été transmise au cerveau.
l'illusion, que nous étudierons plus tard, diffère de l'hallucination en ce qu'elle a son point de départ dans une impression réelle, modifiée ensuite par la réaction d'un cerveau en délire ; c'est une sensation transformée.
Un individu, alors qu'autour de lui tout est en réalité dans un profond silence, entend des voix qui le menacent, lui donnent des ordres, l'appellent traître et assassin : voilà une hallucination de l'ouïe; un autre prend le bruit du vent, le son des cloches ou des cris lointains et inarticulés, pour des voix injurieuses qui le poursuivent et l'obsèdent : voilà une illusion du même sens.
Il est peu de symptômes qui aient, autant que les hallucinations, attiré l'attention des médecins aliénistes. Leur formes si diverses, leurs connexions avec le délire, leur physiologie, tout a été étudié et analysé à des points de vue divers. Avant d'exposer le résultat de ces recherches, décrivons tout d'abord les divers aspects sous lesquels ce symptôme peut se présenter.
Tous les sens peuvent être atteints d'hallucinations : les hallucinations de Vou'ie sont de toutes les plus comm.unes, et se rencontrent dans les deux tiers des cas. Les malades entendent des bruits de soufflet, des bruits de cloches, quelquefois même des sons musicaux. J'ai vu une femme: hallucinée qui, dans certains moments, ravie en extase, entendait les concerts des anges et une musique céleste que rien no pouvait égaler. Mais les voix sont de toutes les formes d'hallucinations la plus commune ; elles sont nettes, distinctes, parfaitement semblables à la voix articulée nor
niale, et rien n'égale la précision avec laquelle les malades les décrivent. C'est parfois une voix bien connue, celle d'un parent, d'un ami, d'un ennemi; parfois au contraire une voix inconnue dont le timbre varie : celle d'un homme, d'une femme, d'un enfant. Bien différentes des voix vagues et confuses qui, partant de l'abdomen, du cœur, de l'épigastre, sont, nous le verrons plus tard, des hallucinations purement intellectuelles, les véritables hallucinations de l'ouïe ont leur point de départ en dehors de l'individu. Tantôt les voix semblent venir d'une personne présente à laquelle naturellement le malade attribue les paroles qui résonnent à son oreille; tantôt des murs, des rideaux, d'une armoire, d'un arbre, d'un animal ; et telle est chez le patient l'ardeur delà conviction, que, bouleversant ce qui l'entoure, il cherche par tous les moyens possibles à mettre la main sur ces personnages cachés qui l'obsèdent et qu'il désigne habituellement par des termes vagues et indéterminés : ils me disent des injures, on me menace, ce sont eux qui me tourmentent.
Les hallucinations de l'ouïe consistent souvent en interpellations personnelles : on adresse aux malades des reproches sur certains incidents de leur vie passée ; on les accuse de quelque méfait, on leur crie à haute voix un secret qu'ils s'étaient toujours efforcés de conserver. Dans quelques cas, les hallucinations consistent en des ordres donnés impérieusement : la voix défend de manger, de s'habiller, de marcher; elle ordonne de se jeter par la fenêtre, de tuer, et ces ordres ! finissent presque toujours par entraîner chez l'aliéné des actes irrésistibles conformes aux avertissements émanés de celte puissance inconnue. Bien rarement les hallucinations de l'ouïe annoncent au malade des choses agréables; cepen- I dant, dans certains cas, elles soutiennent le pour et le contre, et reflètent les combats de la conscience ; une voix conseille le bien, l'autre le mal. Certains aUénés s'entretiennent
'^•^^^ l^liS HALLUCINATIONS.
«uccessivDineiit avec trois, quatre ou même dou/e ou <iuiiize interlocuteurs invisibles dont ils prétendent distinguer aisémentlesdilTérentes intonations; mais il est dignede remarque que les hallucinations de l'ouïe, à mesure qu'elles deviennent moins intenses, perdent de leur précision; les voix sont alors confuses, inarticulées, et l'halluciné ne peut en saisir le sens. Elles deviennent également moins distinctes quand la langue dans laquelle elles se produisent est peu familière au malade. Esquirol rapporte (1) l'histoire d'un halluciné chez lequel les voix se servaient indistinctement de toutes les langues de l'Europe ; une seule était entendue moins nettement parce qu'elle empruntait l'idiome russe que le malade parlait moins distinctement que les autres. M. Cerise a cité un fait semblable ; j'ai observé moi-même un jeune homme halluciné parlant très facilement l'anglais, l'italien et le français, mais ignorant l'allemand. Or pendant un voyage de plusieurs semaines qu'il fit en Allemagne, ses hallucinations disparurent presque complètement.
Le plus souvent les deux oreilles perçoivent à la fois les hallucinations; il est cependant quelques cas fort rares où les malades n'entendent les bruits que d'un seul côté. M. Moreau parle d'une jeune ahénée qui disait entendre de l'oreille droite seulement le bruit d'une voix imaginaire (2). Il rapporte aussi le cas d'un malade de Bicêtre qui entendait des sons fantastiques, tantôt par l'oreille droite, tantôt par l'oreille gauche, et jamais par les deux à la fois (3). M. Calmeil cite des cas analogues (li). Ces hallucinations, auxquelles M. Michéa donne la désignation impropre d'hallucinations dédoublées(5),ontune certaine importance au point de vue
(1) Des maladies mentales, t. II, p. 160.
(2) Psychologie morbide, p. 331.
(3) Ouvr. cilé, p. 356.
(4) Diciionnaire en 30 vol.. Hallucinations. (i)) Michéa, Du délire des sensaLions, iK 106.
UliSClllFTION. *i35
de kl théorie de l'iiallucinatiou, et nuus aurons occasion de les rappeler; mais s'ils semblent donner une grande importance à l'intervention de l'organe sensorial dans la production jde riiallucinalion, n'oublions pas que la surdité est loin d'être incompatible avecrhallucinalion ; bien plus, que la plupart des aliénés qui sont sourds finissent tôt ou tard par être hallucinés de l'ouïe.
, Les hallucinations de la vue sont moins graves au point de vue du pronostic; elles sont aussi variées à l'infini. Tantôt les malades voient des ombres, des fantômes vagues, mal dessinés; tantôt au contraire les visions sont plus nettes §t plus précises, et se comportent exactement comme des objets dont l'existence est réelle. Gruthuisen a vu des cas dans lesquels ces images couvraient les objets extérieurs; dans d'autres cas, sous l'influence d'un strabisme momentané, ces images étaient vues doubles et de grandeur naturelle : ce sont des personnages dont les traits sont connus^ des animaux effrayants, des diables, des créatures fantastiques. J'ai soigné une jeune femme hystérique qui, pendant plusieurs mois, voyait devant elle la mort, telle que les peintres la représentent, et la voyait avec tant de netteté, qu'elle aurait pu, disait-elle, reproduire son portrait. Une autre refusait de manger parce qu'elle apercevait des yeux, des figures me^ naçantes sur tous ses aliments. Dans le délire alcoolique, les hallucinations de la vue prédominent: les malades voient autour d'eux, sur leur lit, sur les murailles, des animaux, des chiens, des chats, des rats, des serpents, des lézards, des grenouilles, et ce symptôme, que nous décrirons plus tard avec soin, est tout à fait pathognomonique de l'intoxication alcoolique.
Au lieu d'être isolées, les hallucinations de la vue peuvent s'associer entre elles et s'enchaîner de manière à constituer une série de visions se rattachant à la même idée prédominante. C'est ce qu'on observe dans l'extase, et surtout dans
DES HALLUCINATIONS
les récits qui nous onlélé transmis sur les sorciers du moyen î^ge. Pendant l'extase où ils étaient jetés par la mandragore ou la belladone, des scènes entières se déroulaient devant leurs yeux; ils voyaientle démon, etassistaient aux cérémonies du sabbat qu'ils décrivaient plus tard avec des détails infinis.
De même que les hallucinations de l'ouïe, les hallucinations de la vue peuvent ne se produire que d'un seul côté. Marcel Donat a connu une malade qui voyait sans cesse passer devant ses yeux des araignées, des spectres, des tombeaux. Ces visions ne se manifestaient que lorsqu'elle ouvrait l'œil gauche, le droit étant fermé. Une jeune épileplique, avant d'avoir des attaques, apercevait une roue dentée, au centre de laquelle se trouvait une figure hideuse : l'œil gauche seul était frappé de cette vision (1).
A côté de ces faits, dont l'importance théorique est inconleslable, n'oublions pas de mentionner la fréquence assez grande des hallucinations de la vue chez les ahénés aveugles.
Les hallucinations de Vodorat et du goût, communes au début de la fohe, coexistent fréquemment avec un état saburral des voies digestives,et entraînent avec elles le refus d'ahments. Les malades sentent des odeurs d'arsenic, d'ammoniaque, de vapeur de charbon, l'atmosphère est empestée, les ahments sont empoisonnés ; bien rarement ils croient respirer des odeurs suaves, et trouvent à leurs aliments une saveur exquise inaccoutumée.
Ces hallucinations sont habituellement fugaces, passagères. J'ai observé cependant chez un hypochondriaque que j'ai perdu de vue, et qui est probablement resté incurable, une singuhère hallucination de l'odorat qui persista pendant des années entières. Il était convaincu qu'il exhalait une mauvaise odeur; que cette odeur infectait ses habits, sesmeubles, la maison et tous les endroits oîi il séjournait
(1) Maisonneuve, Oiservalions sur l'épUepsie, p. 295.
(DESCRIPTION. 237 quelques instants. Il analysait et décrivait ces exhalaisons, se fâchant contre ceux qui comhattaient son opinion, et en était arrivé à fuir le monde, à vivre isolé, changeant à chaque instant de vêtements, de place et de domicile.
Les hallucinations de la sensibilité générale sont très c ommunes. On voit des malades qui, soit pendant l'état de veille, soit au moment du sommeil, se sentent pincés, piqués, lorturés de mille façons. M. Calmeil parle d'un halluciné qui, à chaque instant, se frappait les membres et tout le corps, cherchant à tuer des rats qu'il sentait courir entre ses vêtements et la peau. Berbiguier (1) croyait que des farfadets allaient et venaient continuellement sur son corps. Pour se défendre contre leur puissance, il imagina de les saisir sous son hnge avec dextérité, et de les fixer à ses matelas avec (les miniers d'épingles, ou bien il les mettait en bouteilles.
D'autres malades ressentent des secousses, des commotions ({u'ils cherchent à expliquer par le magnétisme ou l'électri- ( lté; quelques-uns se sentent transportés dans les airs, emportés avec la rapidité d'une flèche. M. Calmeil rapporte l'observation d'un vétéran qui se sentait chaque soir clouer f dans une bière, emporter sur des bras d'hommes par une voie souterraine, de Gharenton à Yincennes, où une messe des morts lui était chantée dans la chapelle du château. Les mêmes personnages invisibles le rapportaient ensuite et le déposaient dans son ht.
Chez quelques-uns, on constate des hallucinations de la sensibilité interne qui offrent un cachet tout particulier et sont peut-être d'un pronostic plus grave. Ils se croient dédoublés, ou bien se sentent grandir et rapetisser. Tout le monde sait avec quelle richesse d'images les hypochondriaques décrivent leurs innombrables douleurs : ils sentent leur cerveau se dessécher, leurs nerfs se racornir, leurs
(I) Tome l", p. \ 2(S.
DKS HALLUCINATIONS.
inlesliiis se tordre, et dans leurs descriptions si vives il v a bien évidemment aulre chose que de simples conception délirantes.
Enlin les hallucinations, surtout chez les femmes, peuvent avoir leur siège dans Vappareil génital. Oui n'a vu des^ hallucinées se plaignant le matin d'avoir été outrageusement' violées la nuit par tel individu (ju'elles désignent nominativement? Qui n'a lu les récits des sorcières entrant en comiTierce avec le diable, et racontant les souffrances que leur faisaient éprouver sa semence froide et son pénis rugueux? Plus d'un auteur rapporte des observations d'ahénées se croyant enceintes, éprouvant toutes les douleurs de l'enfantement, parlant des enfants qu'elles viennent de mettre au monde, et chez lesquelles ces hallucinations se sont reproduites un certain nombre de fois.
§ 3. — Fréquence relative et mode d'a«isocia(i»n.
^ Les hallucinations peuvent être bornées à un seul sens ou s'étendre à plusieurs sens à la fois.
Sur 106 cas d'aliénation mentale avec hallucinations, recueillis par M. Michéa, ce médecin distingué a trouvé 68 fois des hallucinations limitées à un seul sens, et fois des hallucinations étendues à plusieurs sens à la fois.
Les hallucinations limitées à un seul sens se sont ainsi répart ies :
Hallucinations de l'ouïe 27
— de la vue 24
— du toucher 4
— du goût 2
— de l'odorat 1
Sans donner ces chiffres comme ayant une valeur absolue, nous pouvons dire cependant qu'ils représentent d'une manière approximative la fréquence comparative des diverses hallucinations. Ils mettent surtout en .évidence un fail
FRÉQUENCE RELATIVE ET MODE d'aSSOCIATION. '239
que la pratique confirme chaque jour, c'est-à-dire le nombre relativement très considérable des hallucinations de l'ouïe et de la vue.
.'Dans les Zi8 cas où les hallucinations se sont étendues à plusieurs sens, voici, d'après le même auteur, comment elles se sont combinées : Les hallucinations de la vue et de l'ouïe se sont montrées réunies 27 fois ; celles de la vue et du tact, 6 fois; celles de l'ouïe et du tact, i fois; celles de la vue et du goût, 1 fois; de l'ouïe et de l'odorat, 1 fois ; de l'odorat et du tact, '1 fois; de l'ouïe, de la vue et du tact, 5 fois; de la ine, de l'odorat et du tact, 1 fois; de la vue, de l'ouïe et de l^odorat, 1 fois; de la vue, de l'ouïe, de l'odorat et du tact, Il fois.
Quand l'hallucination est limitée à un seul sens, les autres sens ne sont pas complices de la fausse perception et servent jiisqu'à un certain point à la rectifier. C'est ainsi qu'un malade halluciné de la vue, mais frappé peu gravement encore, avance les mains vers la vision qui l'obsède, cherche à s'as- Stûrer de son existence, et ne percevant que le vide, arrive à péconnaitre son erreur; quand la fohe est grave, quand les fausses perceptions se systématisent et s'étendent chaque I jour, les hallucinations gagnent aussi de proche en proche et envahissent successivement tous les sens. En général, c'est l'ouïe qui est la première atteinte, les autres sens se prennent consécutivement et dans la direction des idées délirantes prédominantes. Un individu croit à des ennemis qui le poursuivent. Un jour il entend leurs menaces, bientôt il les verra, il sentira les coups et les souffrances qu'ils lui infligent, il percevra la saveur des poisons qu'ils mêlent à ses ahments, l'odeur méphitique des miasmes qu'ils dirigent contre lui. Quand l'hallucination est ainsi complexe et systématisée, les malades font de grands efforts d'imagination pour attribuer à une cause logique toutes ces sensations inexplicables qui leur arrivent. Ils parlent de ventriloques, de porte-voix,
DES HALLUCINATIONS
d'influences éleciriques ou magnétiques; ils croient que les murs et les plafonds sont creux et recèlent des ennemis; ils en arrivent î\ admettre l'existence d'êtres mystérieux qu'ils entendent, qu'ils voient et par lesquels ils sont martyrisés de mille laçons; beaucoup d'entre eux se croient possédés du diable et lui attribuent toutes leurs souilrances. Berbiguier avait ses farfadets qu'il regardait comme la cause de tous ses maux. Un malade d'Esquirol parlait de ses bavardes ; Socrate avait son démon. J'ai encore dans mon service de Bicêtre un halluciné, malade depuis plus de dix ans, qui écoute les ordres et les avertissements d'un personnage invisible qu'il appelle Subtil. Subtil lui parle, le tourmente, le félicite et dirige son existence.
§ 4. — Physiologie pathologique.
Sans aborder encore l'analyse psychologique de l'halluci nation, si nous recherchons quelles sont les facultés qui lui fournissent ses éléments constitutifs, nous arrivons à constater que ces derniers proviennent tous, tantôt de la mémoire, tantôt de l'imagination, tantôt de ces deux facultés à la fois,
^ ° Ils proviennent de la mémoire, car souvent les hallucinations de l'ouïe, de la vue, de l'odorat, rappellent des sons, un timbre de voix, un visage, une odeur déjà connus duj malade et dont le souvenir fournit les éléments avec um exactitude parfaite. Dans beaucoup de cas ce point de départ se constate avec une grande netteté. « Au début de mes études?médicales, dit M. Andral (1), je fus vivement frappé de voir dans un des coins des salles de dissection de la Pitié, le cadavre d'un enfant à demi rongé par les vers. Le lendemain matin, en me levant et m'approchant de la cheminée pour rallumer mon feu, je vis ce cadavre; il était bien là. Je sentais son odeur» infecte, et j'avais beau me dire qu'il était impossible qu'il.
(1) Andral, Pathologie interne, t. Hl, p. 184.
PllYSIOLOGIE PATHOLOGIQUE. 5Zil
en fiit ainsi; celle liallncinalion dura un quart d'heure.
M. Baillarger a rapporté l'histoire d'une malade qui, Iraversant une rue, fut blessée à la tête et renversée par un pot de fleurs tombé d'une croisée. Après être restée plusieurs jours en stupeur et avoir vu guérir un érysipèle qui s'était formé autour de la plaie, la malade semblait entrer en convalescence, lorsqu'elle commença à éprouver une hallucination des plus bizarres. 11 lui semble tout à coup recevoir encore le pot de fleurs comme au jour où elle a été renversée. La douleur lui arrache un cri, et à peine elle a été frappée, qu'elle entend bien distinctement le bruit du po't qui se brise en éclats sur le pavé. Elle reste un instant dans un tremblement général avec de fortes palpitations, puis, I quand elle est un peu remise, elle cherche autour d'elle les fragments du pot brisé et s'étonne de ne pas les trouver. Cette hallucination si pénible du toucher et de l'ouïe se répète dix, quinze, vingt fois par jour, et chaque fois avec les mêmes circonstances.
Voilà deux exemples remarquables, et l'on pourrait en citer bien d'autres, dans lesquels la niémoire fournit à elle Seule tous les éléments constitutifs de l'hallucination.
2" Quelquefois c'estdans l'imagination que sont puisés exclu- Isivementles éléments de l'hallucination; et alors les conceptions délirantes, avec leurs variétés infinies, avec les créations innombrables que peut enfanter un esprit en délire, précéidant presque toujours la production de l'hallucination, lui communiquent la richesse et la vivacité de leurs couleurs. M. Michéa (1) rapporte l'histoire d'une couturière de vingthuit ans qui se trouvait à la Salpêtrière, atteinte d'érotomanie. ^lle était éperdument éprise du prince de Joinville. Elle pensait exclusivement à lui, au point qu'avant son entrée à l'hôpital, elle abandonnait la couture, son unique ressource, et
(I) Micliéa, Du délire des serisalions, IS/iS, p. 59.
MARCli. ~ MAL. MF.NT.
2/i2 DES UA.1.LUCINATI0NS.
Stationnait ou rôdait tous les jours, du matin au soir, aux alentours des Tuileries, dans l'espérance de voir sortir ou rentrer le prince et de lui déclarer son amour, soit verbalement, soit par écrit. A la Salpètrière elle entend des voix qui parlent du prince, et lui disent : « Monseigneur est en ce moment à sa toilette.. . Monseigneur va au bal. . . Monseigneur va à la chasse. . . Monseigneur s'embarque demain sur la Belle -Poule. » Voilà des hallucinations dont le point de départ est exclusivement dans l'imagination.
3" Enfin, dans la grande majorité des cas, pour peu que l'hallucination soit complexe et provienne d'individus dont l'éducation a reçu quelque culture, c'est à la fois et dans la mémoire et dans l'imagination qu'elle va puiser ses éléments constitutifs. La réunion de ces deux éléments s'observe chaque jour dans la pratique, même pour des hallucinations fort simples; mais parfois aussi elle donne heu à une richesse d'images, à une fécondité d'idées dont on retrouve un exemple remarquable dans l'observation suivante que j'emprunte à M. Faire t (1) :
Un homme d'un âge mûr, d'une grande richesse d'imagination et d'un esprit très distingué, s'imagina pendant les grandes chaleurs de l'été, et au miheu d'une belle journée, assister à la formation du monde. Placé au sommet d'une tour élevée, il croyait dominer sur toute la nature et contempler toutes les puissances qui travaillaient à la création du monde. Dcins son imagination la création s'opérait d'unQ manière assez conforme à celle qui est racontée dans le Écritures, mais il s'y mêlait des fables assez semblables à celles qui remplissent les hvres orientaux et certains contes des Mille et une nuits. Par exemple, au sommet de la tour sur laquelle il était placé, habitaient des génies et des fées qui en partaient pour aller vivifier la nature et être dans les
^^1) Falret, ouvr. cité, p. 148.
PHYSIOLOGIE PATHOLOGIQUE. 2/l3
différents mondes les minisires du Très-HaiiL. Jl voyait aussi auprès de lui, comme deux œufs énormes qui, placés au sommet de la tour, étaient pour ainsi dire chauffés et couvés par l'ardeur du soleil, et qui, venant à éclore, donnaient naissance à l'homme et à la femme, mais à un homme et à une femme fort supérieurs à ceux que nous voyons et qui ressemblaient plutôt aux habitants du ciel, tels qu'on se les figure, brillants de jeunesse et d'immortalité, portant des ailes et prêts à s'élancer dans les airs. En même temps il se croyait environné de quadrupèdes et d'oiseaux au-dessus des dimensions ordinaires, et dont les formes et les couleurs lui causaient de la surprise, de l'admiration et parfois aussi de la frayeur, quand ces animaux étaient des lions et des tigres ou des bêtes féroces de cette espèce. Il vit aussi le Père éternel, qui lui apparaissait sous la forme d'un vieillard vénérable, plein de force et de vie, siégeant à l'une des extrémités de la tour sur un trône éclatant, et recevant autour de lui jes anges et les génies, auxquels il communiquait ses ordres. Quand ils étaient partis, le Père éternel restait dans une solitude absolue, environné d'une lumière éclatante et voisin des astres. Il tenait à la main un grand livre où étaient écrites les destinées, et ne ressemblait pas mal à la belle figure du Père éternel dans le beau tableau de la Création de Raphaël, ou au Dieu de tous les mondes, tel que le représente l'auteur de la Henriade. Quant aux ministres de ses volontés, les génies, les anges et les fées, ils lui semblaient aller et venir du sommet de la tour dans les différentes parties de l'univers, comme pour y porter la lumière et la vie. 11 les voyait, ou s'élancer de la tour dans les airs et planer sur un ciel bleu au milieu des astres et des étoiles, ou revenir se poser légèrement près de la place où il se trouvait. Les formes sous lesquelles ils lui apparaissaient étaient celles que leur prête d'ordinaire la poésie; elles étaient variées : c'était tantôt la forme humaine, tantôt celle de superbes
2^'^' DES HALLUCINATIONS
oiseaux OU d'autres formes singulières; ils parlaient et étaient doués d'une intelligence supérieure. Quelle était leur langue C'est ce dont notre malade n'avait aucun souvenir. Mais i se rappelle très distinctement qu'il vivait au milieu de ce monde imaginaire, couché sur cette tour élevée, suspendu avec elle au milieu des airs, bercé par le souffle embaumé des vents, et éclairé d'une lumière éclatante qui lui permettait d'observer le cours des astres et le passage de quelquesuns d'entre eux assez près de la place qu'il occupait.
D'où ont pu venir chez ce malade ces idées singulières, dit M. Falret, et comment expliquer cette longue hallucination? Il est possible que cet homme distingué s'étant occupé assez longtemps, dans ses études antérieures, de l'histoire de la féerie, et ayant même écrit sur ce sujet, son esprit en ait conservé une impression profonde, dont les images se sont renouvelées et se sont combinées ensemble pour former ce tableau singuHer et cette explication poétique de la création. Elle est une sorte de mélange confus desidéesdelaBible et de celles de la poésie orientale. Ainsi l'idée de cette tour d'où il dominait sur toute la nature, et du haut de laquelle il contemplait autour de lui tous les mondes, a pu lui venir de la tour de Babel ou des jardins suspendus de Babylone et de Ninive. Peut-être aussi la lecture des Mille et une nuits, et des fables de l'Orient sur la création, a pu lui suggérer l'idée de ces œufs énormes que chauffait le soleil, et d'où il voyait éclore deux créatures humaines. On trouve, par exemple, dans un conte des Mille et une nuits qu'un oiseau gigantesque, appelé le roc, se bâtit un nid au sommet des montagnes, y dépose ses œufs, les y laisse éclore aux ardeurs du soleil, et qu'il en naît des génies. Cette hallucination ressemble beaucoup à cette fable, et les circonstances que nous venons de rappeler en rendent un compte sinon satisfaisant, du moins assez vraisemblable.
PHYSIOLOGIE l'ATlIOLOUlUUE. 2/i5
Après avoir décrit les variétés nombreuses que présentent les hallucinations, après avoir indiqué dans quelles facultés elles puisent leurs cléments constitutifs, pénétrons plus avant et recherchons quel est le mécanisme physiologique de ce phénomène.
Peu de points ont été plus discutés ; on peut cependant réduire à trois les théories admises par les auteurs. 1° Les uns regardent l'hallucination comme se passant exclusivement dans l'organe sensoriel; 2° les autres la considèrent comme un phénomène purement intellectuel; 3° les derniers enfin, tout en regardant certaines hallucinations comme intellectuelles, admettent dans l'immense majorité des cas la présence de deux éléments, un élément sensorial, un élément intellectuel : passons successivement en revue ces trois opinions.
1° L'idée de l'intervention des sens dans la production de l'hallucination devait naturellement venir à l'esprit. Et en eflet, les ahénés entendent, voient, sentent, perçoivent, en lin mot, toutes leurs hallucinations comme s'il s'agissait de ensations réelles. Rien de plus saisissant que leurs réponses lorsqu'on s'évertue à leur prouver que leurs visions n'exisent pas, que les voix qu'ils entendent sont chimériques : mais alors, disent-ils au médecin, je ne dois croire ni à votre existence, ni à vos paroles, puisque je vois, j'entends, je touche ce que vous appelez mes hallucinations, comme je vous vois, vous touche et vous entends.
A l'appui de cette opinion de l'action unique de l'organe ?ensorial, quelques faits physiologiques et pathologiques ont 3té invoqués. On a dit qu'en irritant par un moyen quelconque les nerfs des sensations spéciales, on ne produisait pas a douleur comme dans les autres nerfs, mais bien des sensaions lumineuses pour le nerf optique, des bourdonnements, les sons pour le nerf auditif : on a rappelé que certains états jalhologiques des appareils sensoriaux provoquent de vériables hallucinations, comme, par exemple, chez un sujet
DES HALLUCINATIONS
observé par le tlocleur Guépin (1) : le malade atleinl d'ulcère scrofuleux de la cornée et de rétinile, offrit, pendant la durée de sa maladie, les hallucinations de la vue les plus caractérisées. Enfin, on a insisté sur ces faits vraiment remarquables dans lesquels les hallucinations restent limitées, soit à une seule oreille, soit à un seul œil, ou disparaissent complètement alors que les oreilles sont bouchées ou que les veux sont fermés, comme dans une observation que rapporte Esquirol. '
Tels sont les motifs mis en avant par ceux qui ont adopté ' cette opinion exclusive que les hallucinations résidaient dans ^ les nerfs sensoriaux. Mais des objections d'un grand poids ont été faites à celte théorie : on a rappelé tout d'abord que les hallucinations de l'ouïe et de la vue étaient communes che-z les sourds et chez les aveugles aliénés; bien plus, que des hallucinations peuvent exister là où, après la mort,ranatomie pathologique révèle une désorganisation complète dans une partie ou dans l'ensemble du trajet d'un nerf sensorial. Esquirol (2) a trouvé deux fois les nerfs optiques atrophiés chez des hallucinés de la vue. M. Calmeil (3) a constaté un fait analogue, et M. Foville (/i)dit avoir rencontré chez une aliénée tourmentée par des hallucinations de la vue, les nerfs optiques demi-transparents dans la plus grande parlie de leur épaisseur, depuis l'orbite jusqu'à l'ori-'' gine crânienne du nerf.
Dans tous ces cas, l'hallucination ne peut évidemment siéger dans un organe sensorial désorganisé et incapable d fonctionner.
- Quant aux arguments puisés dans les phénomènes qu$:
(1) Étude philosophique sur l'œil et la vision {Revue philosophique et rel gieuse, janvier 1859, p. 179).
(2) Esquirol, loc. cil., 188-196.
(3) Calmeil, Diclionnai7-e en 30 vol., art. Hallucinations.
(4) Foville, Dicl. de médecinf} et de chirurgie pratiques, art. Aliénatio<* - JJENTALE.
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détermine l'excitation d'un nerf spécial, ils onl. peu de valeur : on ne saurait en elTel comparer des étincelles, des éclairs, des bourdonnements, des sensations vagues et confuses, à une sensation aussi complète, aussi nette que la véritable hallucination.
Et d'ailleurs, si une lésion des nerfs spéciaux était -la cause de l'hallucination, cette dernière évidemment devrait être uniforme, identique avec elle-même, de même que dans larétinite ou dansl'obhtération de la trompe d'Eustache, les malades perçoivent toujours les mêmes étincelles ou les mêmes bourdonnements. Or, il est loin d'en être ainsi : les hallucinations sont mobiles et variables à l'infmi, elles sont toujours en rapport avec les idées, les habitudes, les souvenirs du malade, et procèdent directement de son état intel- ■iectuel. C'est une forme nouvelle et plus grave sous laquelle Se manifestent les préoccupations délirantes du sujet ; c'est, en un mot, comme l'a dit M. Lélut (1), une transformation spontanée de la pensée en sensations le plus souvent externes ; t*est une sorte de délire sensorial dont les illusions ne sont la plupart du temps que le premier degré. ' 2" Il est donc impossible de refuser une part active à l'inlelHgence dans la production de l'hallucination. Mais laut-il, par une exagération opposée, nier que l'hallucination puisse être comparable à une sensation réelle, et la considérer fcomme se rattachant à une modification cérébrale analogue è celle qui, dans l'état normal, accompagne l'action de l'imagination, comme purement intellectuelle, en un mot.
C'est là une opinion que nous n'hésitons pas à repousser • jamais la représentation mentale, même portée à son plus haut degré, n'arrivera jusqu'à la production de ces sensations extérieures au malade, si nettes, si précises, qui constituent l'a véritable hallucination. Le musicien qui, en lisant un air,
(i) Démon de Sacrale, p. 262.
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se représente la valeur des sons et prend une idée exacte de la musique qu'il a sous les yeux, n'arrive à ce résultat que par un elïbrt d'imagination ; mais il n'entend pas réellement au dehors de lui les sons musicaux comme l'iialluciné, il les entend on dedans et en esprit seulement. Et de même le peintre (jui a gravé dans sa mémoire les traits du modèle qu'il est chargé de reproduire, ne les voit pas des yeux du corps comme l'halluciné voit le spectre qui se dresse devant lui ; il les voit des yeux de l'esprit et mentalement, sans (jue jamais il puisse arriver à se les représenter matériellement.
3" Dans la véritahle hallucination, il existe donc un élément sensorial qui ressemble à la sensation telle qu'elle est perçue à l'état normal, et qui éloigne l'idée d'un phénomène purement intellectuel. L'intelligence devient sans doute le point de départ des hallucinations, mais elle ne saurait complètement en expliquer la production; si dans la sensation normale le mouvement se produit de dehors en dedans, des organes des sens vers le cerveau, dans l'hallucination, au contraire, il a lieu de dedans en dehors, du cerveau vers l'organe. Telle est en peu de mots la théorie mixte qui admet, dans la production des hallucinations, deux éléments, l'un sensorial, l'autre psychique, théorie que M. Baillarger a surtout développée et défendue, et qui nous paraît fondée sur une observation saine et exacte des faits (1).
Cependant, tout en démontrant la nature et le mécanisme des véritables hallucinations qu'il appelle psycho-sensorielles, M. Baillarger n'hésite pas à admettre une hallucination intellectuelle, ou hallucination psychique, qui ne réclame pas l'intervention des sens et semble plutôt se rattacher à une variété de délire. Il est certains ahénés qui entendent ce qu'ils appellent des voix intérieures, sorte de parole non articulée, communication muette qui ne retentit que
(1) Voy. Baillarger, t. XII, Mémoires de l'Acad. de médecine, p. 273 à 516.
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dans l'âme et qui vient du cœur, de la tête oudel'épigastre. Interrogés sur ce qu'ils éprouvent, ces malades disent très nettement qu'ils n'entendent pas la voix en dehors d'euxmêmes, ils ne peuvent s'expliquer ni sur son timbre, ni sur son accent, ni sur sa direction; ce n'est pas, disent-ils, une voix ordinaire, ils la perçoivent en esprit seulement et causent avec leur interlocuteur par l'intermédiaire de la pensée : aussi, pendant leurs hallucinations, font-ils à la fois les demandes et les réponses, bien différents des véritables hallucinés qui restent immobiles, écoulant avec anxiélé les avertissements qu'ils reçoivent du dehors.
En résumé, les hallucinations purement intellectuelles ne sont pas de véritables hallucinations, c'est une sorte de délire dû à l'exercice involontaire de la mémoire et de l'imagination ; quant aux hallucinations véritables, elles comportent toujours l'existence de deux éléments, l'un psychique, l'autre intellectuel.
11 reste, pour compléter l'étude de la physiologie de l'hallucination, à indiquer les conditions psychologiques qui favorisent son développement. M. Baillarger les a rangées sous trois chefs principaux qui résument pour lui les points importants de sa théorie de l'automatisme de rintelhgence dans la production de l'hallucination. Ce sont: 1" l'exercice involontaire de la mémoire et de l'imagination; 2° la suspension des impressions externes; 3° l'excitation interne des appareils sensoriaux.
Cette dernière condition se déduit logiquement de l'étude même de l'hallucination, mais ne peut se prouver par l'observation directe. Quant aux deux autres, l'expérience de chaque jour démontre leur vérité; et en effet, dans l'immense majorité des cas, les hallucinations se produisent au moment où les sens ne sont soumis à aucune impression extérieure normale, alors qu'il y a absence de volonté, détente de l'at-
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teiilion, alors, on un mot, que rintolligenc.;, ahari(Jonn.'e à elle-même, flolte sans guide et sans soutien. C'est ainsi quft la latigiie de l'esprit à la suite d'une contention prolongée, que les rêves, l'état intermédiaire à la veille et au sommeil^ favorisent la production des troubles sensoriaux. Il ne faut pas croire cependant que cette loi soit absolue : la science possède quelques cas exceptionnels où l'attention et la volonté ont exercé une influence positive sur l'apparition des liailucinations. M. Micbéa cite l'observation d'un jeune monomaniaque qui (1) traduisait immédiatement en fausses perceptions visuelles toutes les idées qui lui traversaient la tète. M. Moreau a consigné l'histoire d'un de ses malades qui se procurait instantanément des hallucinations de la vue : il lui suffisait pour cela d'incliner un peu la tête en avant. Un malade cité par Abercrombie voyait h l'instant les figures qu'il désirait. Jérôme Cardan, enfin, jouissait d'une faculté analogue : Video quœ volo, oculis, non m mentis (2).
Quant à la suspension des impressions externes, elle manque quelquefois, et je suis disposé à attribuer à cette condition physiologique moins d'importance qu'à la précédente. Si dans la majorité des cas, une interpellation, une conversation un peu soutenue arrêtent et préviennent le développement du phénomène morbide, il n'est pas non plus fort rare d'observer des faits, graves il est vrai, dans lesquels, au milieu d'une conversation soutenue, d'un travail qui exige de l'attention, les malades sont brusquement intei'rompus par la production d'hallucinations.
§ 5. — Wes rstpjtort»; «Se l'Iinltucina^ion avec la folîc.
Quelle est la valeur de rhallucination au point de vue de l'aliénation mentale? Dans l'immense majorité des cas, l'hallucination part d'un cerveau déjà malade, et implique par cela
(1) Michéa, ouvr. cité, p. 94.
(2) De rerum varietate. Lugd., t. VIII, p. 410.