MALADIES ATTAQUANT SPÉCIALEMENT LA SENSIBILITÉ
vue, de l'odorat, de l’ouïe ou du goût; et tantôt enfin elles transforment en véritable névralgie la sensibilité, normalement très-obtuse, des nerfs ganglionnaires. Toutes ces maladies consistent dans des modifications, ou dans une abolition plus ou moins complète de la fonction par laquelle les corps vivants sont avertis des voisinages plus ou moins médiats des corps étrangers. Elles ne peuvent avoir lieu que dans l’organe extérieur chargé de percevoir au dehors l’impression ; dans celui qui conduit cette impression perçue de l’extérieur au centre percevant; ou dans ce centre lui-même, qui percevrait mal ou ne percevrait pas du tout les impressions reçues et transmises.
Nous serions heureux si nous pouvions déterminer toujours avec exactitude à quel point de la route parcourue par les sensations se rencontre l’obstacle ou le désordre de la perception , et s’il faut nous en prendre primitivement aux centres nerveux, aux nerfs, ou aux expansions extérieures de ces derniers organes. Malheureusement, dans un assez grand nombre de cas, la chose reste indéterminée; dans beaucoup d’autres, elle se décide par la présence de désordres matériels non douteux, cause occasionnelle de trouble nerveux; dans la minorité enfin, c’est à l’organe sentant lui-même, qu'existe l’affection que le médecin est appelé à combattre. Nous tâcherons, en exposant ces maladies, de tirer parti de cette considération, et de mettre en saillie l’utilité dont elle peut être pour le traitement. J’y insisterai d’autant plus que j’attribue au manque d’attention suffisante sur cette distinction, ou à l’absence des signes capables de bien faire reconnaître la nature et la place du désordre, les insuccès de tentatives, sages d’ailleurs, là où, dans d’autres occasions, crues pareilles, des moyens semblables avaient donné des résultats beaucoup meilleurs.
Pour l’élude que je vais faire des maladies de la sensibilité j je laisserai de côté tout ce qui sera la conséquence matérielle de désordres organiques ou physiques reconnus, et ne m’occuperai que de ce qui est propre au trouble nerveux. Je ne parlerai des premiers qu’autant qu’il est nécessaire pour les distinguer des seconds, qui ont avec eux quelque analogie.
Je reconnais plus que personne l’intérêt scientifique qui s’attache à tous les beaux travaux des physiologistes modernes sur les nerfs et leurs fonctions directes et réfléchies; mais comme je n’ai pas ici d’autre prétention que de faire de la médecine pratique, on m’excusera si j’évite avec soin tout ce qui appartient au domaine pur de la physiologie.