DES DÉSORDRES DU GOUT ET DE L’ODORAT
il perd bientôt l’appétit, et ne manque guère de tomber au bout de peu de temps dans un dégoût effroyable de la vie. J’ai rencontré plusieurs malades arrivés à ce triste résultat, et j’ai été vivement frappé des plaintes incessantes qu’ils faisaient entendre et de la satisfaction qu’ils témoignaient, quand ils sentaient renaître les perceptions qu’ils avaient cru à jamais perdues.
Celui qui a perdu l’odorat est un peu moins malheureux; j’ai néanmoins connu des malades à qui cette infirmité paraissait une misère bien déplorable. Les perversions de ces sensations sont ordinairement moins fâcheuses pour plusieurs raisons ; d’abord elles sont en général beaucoup plus passagères et plus fugitives; puis elles ne laissent pas le sujet dans une indifférence absolue vis-à-vis de tous les corps dont il doit faire usage ; enfin elles sont presque toujours l’expression d’une maladie plus générale, qui guérira, ou qui, en se modifiant avec le temps , ne peut pas manquer d’apporter des changements dans les sensations vicieuses, dont elle est accompagnée.
Dans les cas que j’ai vus, soit que les désordres fussent venus spontanément, c’est-à-dire, sansquel’analyse la plus attentive du fait ait pu me faire remonter jusqu’à une cause, soit qu’ils fussent le résultat de quelque trouble matériel du cerveau ou des membranes qui avait disparu, en laissant seulement l’anesthésie du goût ou de l’odorat comme trace de son passage, le seul traitement dont j’aie eu sérieusement à me louer a consisté dans un emploi énergique des révulsifs.
J’avais soin , avant tout et par-dessus tout , de me conformer aux indications générales d’après les règles que j’ai déjà tant de fois développées. Mais, ce premier point acquis, je ne laissais pas le malade s’engourdir dans la torpeur qui le gagnait. Des cautères aux environs de la nuque , des sétons de la nuque ou du cou , des t. ii. 29
vésicatoires vers les points où les nerfs des sensations sont plus superficiels, étaient ou soigneusement entretenus ou renouvelés et diversifiés assez souvent. J’ai vu plusieurs malades reprendre ainsi une vie qui semblait les abandonner, et dont leur maladie les avait presque absolument dégoûtés.
Je renvoie d’ailleurs aux chapitres de V état nerveux , de f hystérie , de Vhypochondrie, des hallucinations , etc., pour tout ce qui regarde les perversions du goût et de l’odorat qui sont propres à ces maladies. On trouve à peine la maladie dont nous venons de parler indiquée sous le nom dé Anosmie dans le dernier chapitre du livre de Gloquet *. Pour la physiologie de la question, on peut consulter le mémoire de M. Bernard de Villefranche 1 2. L’auteur y a rapporté les observations de Montault, de MM. Barthez, H. Guéneau de Mussy , et les siennes propres , relatives à la diminution du goût dans les paralysies du nerf facial au-dessus de la branche tympanique.