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CHAPITRE Y

Nous avons indiqué, au livre précédent, certains cas dans lesquels il y a perte du sentiment, sans qu’elle soit accompagnée de la paralysie du mouvement. ïci nous avons à dire quelques mots de la disposition justement inverse, c’est-à-dire, de ces maladies dans lesquelles le mouvement estaboli, pendant que la sensibilité subsiste.

Nous devons dire de ces faits, comme nous l’avons déjà fait remarquer à propos de ceux que nous venons de rappeler, qu’ils sont beaucoup moins communs que les cas dans lesquels la double fonction est intéressée; on les observe néanmoins dans différentes circonstances notables. Nous allons rappeler celles dans lesquelles ils peuvent se produire par simple maladie nerveuse.

Causes. — La plus ordinaire de ces paralysies de mouvement, où la sensibilité est conservée, est celle dans laquelle la portion motrice connue d’un nerf est affectée; par exemple, quand l’affection occupe la portion dure de la septième paire. Cette paralysie entraîne l'immobilité d’un des côtés de la face, suivant le trajet connu du nerf facial. La paralysie de l’un de ces côtés est générale, quand la portion supérieure du nerf est affectée; elle est limitée, dans les autres cas, aux muscles animés par des branches naissant au-dessous du point intéressé. 11 suffit pour le premier cas qu’un gonflement se produise sur la ligne que parcourt ce nerf au sortir du cerveau, dans son canal osseux, au travers du rocher ou le long de son passage à la région

parotidienne. De même, si une affection catarrhale ou rhumatismale vient à le frapper ou ses enveloppes, vers les mêmes régions, les mouvements sont suspendus dans la partie de la face à laquelle il se distribue, sans que la sensibilité soit amoindrie. Ce que la nature nous montre souvent pour ce nerf, ce que F anatomie nous explique complètement, on conçoit bien que la pathologie nous le représente aussi pour d’autres nerfs, dont les portions motrice et sensitive sont anatomiquement moins bien séparées. Les expériences des physiologistes ne laissant point de doute sur les propriétés spéciales des racines antérieure et postérieure des nerfs rachidiens, on comprend sans peine aujourd’hui que les causes, agissant isolément sur les unes ou les autres de ces racines, y déterminent, suivant leur nature, la perte du mouvement ou du sentiment. De là les résultats observés soit chez des blessés, soit surtout chez des individus soumis à des affections rhumatismales ou nerveuses.

Les chlorotiques des deux sexes, les névropathiques, les gens qui travaillent dans l’humidité, montrent ainsi fréquemment des paralysies partielles ou des paraplégies plus ou moins complètes du mouvement, aussi bien que du sentiment; ces personnes, jusque-là très-bien portantes, exposées à des humidités trop prolongées dans des appartements malsains, dans des lits et des alcôves anti-hygiéniques, ceux qu’une pluie froide, imprévue et abondante aura surpris et trempés, subissent assez souvent des influences pareilles. La paralysie de certains mouvements peut se trouver encore dans les vieilles syphilis constitutionnelles, quand les os et les parties fibreuses seront malades, turgescentes aux points qui répondent au passage de la racine motrice du nerf; dans des gouttes occupant les mêmes régions ou envahissant ces mêmes portions de nerfs ; dans quelques hys-

téries d’une forme insolite, dans des affections par empoisonnement comme les paralysies ou les paraplégies saturnines.

Symptômes. — Dans tous ces cas, à quelque cause générale ou locale que la paralysie soit due, les symptômes locaux sont toujours les mêmes. La portion de la face ou des membres paralysés pour le mouvement conserve, à très-peu près, toute sa sensibilité, mais elle cesse d’agir sous l’influence de la volonté. Rien n’est plus ordinaire, par exemple, que de rencontrer une paralysie du mouvement, pour une moitié du visage, à la suite de quelque influence rhumatismale ou catarrhale exercée sur ce côté de la face et particulièrement sur l’oreille qui en dépend. J’en ai vu aussi des exemples dans des cas de syphilis invétérées, quand il y avait maladie du rocher; j’en ai rencontré de momentanées dans quelques cas exceptionnels d’hystérie. Je n’oublierai jamais, en particulier, deux faits que j’ai observés de paralysie faciale à la suite de chlorose. Là rien n’a jamais pu laisser même soupçonner aucune altération matérielle sur le trajet ou autour de la portion supérieure du nerf facial, et la paralysie du mouvement a été cependant des mieux dessinées.

Le premier de ces cas s’est rencontré dans le commencement de ma pratique médicale, et pendant que les opinions broussaisiennes régnaient presque sans partage dans la science.

Une dame, éminemment chlorotique et mal réglée, est prise tout à coup d’une paralysie du mouvement de tout le côté droit de la face. Appelé en hâte, je constate l’état actuel, et, comme il avait été précédé de battements de cœur et d’étourdissements, je conclus qu’il y a rupins sanguin vers la tête , tout en conservant des doutes sur l’existence d’une hémorrhagie cérébrale trèslimitée. Ma malade était excessivement faible et mal

réglée : je me contente de lui faire appliquer deux sangsues à la partie interne et supérieure des cuisses et de prescrire des révulsifs assez énergiques. La petite perte de sang déterminée par les sangsues amène force lipothymies, et la paralysie faciale n’allait pas mieux. Les accidents chlorotiques, au contraire, marchaient croissants. Les étourdissements, les battements de cœur, la faiblesse, l’impossibilité de se tenir debout, la misère du pouls, me firent prendre une grande détermination ; et, malgré la doctrine d’alors, je fais avaler à ma malade des bouillons substantiels; elle se sent ranimée; j’insiste et j’augmente les aliments. Le mieux que j'observe m’encourage, et j’en viens à recommander une alimentation substantielle, du poulet, des côtelettes, des biftecks. Le pouls se relève, la face et particulièrement les lèvres prennent une meilleure couleur, et, pendant ce temps-là, la paralysie disparaît. Un séjour de quelques mois à la campagne, l’exercice et une bonne nourriture achèvent la guérison. Je passai pour avoir fait une belle cure; j’en fus, dois-je le dire, étonné moi-même. Aujourd’hui je pense que le seul mérite que j’aie eu a été de suivre, quoique avec timidité, les indications du bon sens, malgré le préjugé qui comprimait alors presque tous les jeunes médecins.

L’autre faitàpeu près semblable s’est présentée moi, il y a deux ans. Une dame, qui allaitait un de ses enfants depuis près de dix-huit mois, était tombée dans un état chlorotique bien caractérisé. Un jour on m’appelle à la hâte. Elle venait d’être frappée de paralysie du mouvement d’un des côtés de la face. Quand j’arrive, on me raconte qu’une paralysie pareille lui est déjà survenue en province, pendant qu elle était mal réglée ; que le médecin le plus habile de la ville qu’elle habitait en avait eu pour plus de quatre mois à combattre cet accident. Je n’avais pas oublié le fait dont je t. ii. 35

viens de présenter l’histoire abrégée; d’ailleurs j’avais, depuis plusieurs années, porté mon attention sur les maladies nerveuses, et je connaissais bien l’état de chlorose dans lequel ma malade avait été jetée par une lactation trop prolongée et trop fatigante. Je vis immédiatement à quelle affection j’avais affaire, et je n’hésitai pas à rassurer la famille. Au lieu de prescrire des saignées et des sangsues, comme avait fait mon prédécesseur, je recommandai l’usage journalier du protocarbonate de fer, des côtelettes pour nourriture et la suppression de l’allaitement. Je prédis que la paralysie se dissiperait promptement. En effet, au bout de dix jours, il n’y en avait plus; les yeux s’ouvraient et se fermaient ensemble; la bouche était redressée; les joues avaient une consistance et une puissance de mouvement pareilles. Les mêmes soins continués firent disparaître la chlorose, et avec elle tous les autres accidents nerveux.

Dans l’un et dans l’autre de ces faits, aucune espèce de désordre matériel ne s’était révélée; on y voit à plein jour de quelle importance il était de s’occuper moins de l’accident local que de la cause qui y avait donné lieu.

Ne sommes-nous pas autorisé à dire, en effet, qu’en cas pareil, il y a beaucoup moins d’importance à se préoccuper de la localisation du mal, paralysie ou paraplégie du mouvement ou du sentiment, que de sa nature essentielle? L’utilité du diagnostic local, du diagnostic partiel, si bien établi qu’il soit, se bornera toujours alors à fournir à peine quelques renseignements sur le point vers lequel il faudra agir; tandis que le véritable traitement résulte presque exclusivement de la nature bien constatée de la maladie.

Il en est presque toujours ainsi, quand la paralysie du mouvement dépend de la chlorose ou d’un état nerveux ou névropathique quelconque. C’est contre l’état

morbide originaire, que l'attention du médecin doit être incessamment portée. Si la paralysie résulte au contraire de cause rhumatismale , goutteuse, syphilitique 9 les indications, issues de la nature de l’affection primitive, sont moins isolées de celles que fournit le siège spécial qui a été envahi. Alors la connaissance du mal, la solidité du pronostic, le bon gouvernement de la thérapeutique sont établis sur deux choses principales : la connaissance du siège, et l’appréciation de la nature de l’affection qui amène la paralysie quelle qu’elle soit.

Telles sont, par exemple, les quatre observations de paralysies du nerf moteur oculaire commun à la suite de névralgies de la cinquième paire, publiées parM. Marchai (de Calvi)1.

Le siège décide du plus grand nombre des symptômes, souvent du danger de la maladie, et indique en même temps le point sur lequel il faut agir. La nature du mal prescrit la nature du principal remède convenable , quelles que soient les parties affectées.

Les symptômes paralytiques dépendront tous de la partie du nerf placée au-dessous du point malade; c’est une règle invariable; le danger est calculé suivant l’importance du point malade dans l’ordre des fonctions essentielles; les indications thérapeutiques locales seront gouvernées par la possibilité , la facilité plus ou moins grande d’agir sur le point malade ou sur les parties qui le contiennent.

Les indications basées sur la nature du mal seront et plus nombreuses et plus complexes ; plus nombreuses , puisque les paralysies peuvent dépendre, comme nous l’avons rappelé, de toutes sortes de maladies très-différentes les unes des autres; plus complexes , puisqu'il faut songer au traitement de la paralysie, en même temps

‘ Archives de médecine , 1846 , t. XI, p. 261

qu on poursuit le traitement de l’affection générale à laquelle elle est due.

Je n’en dirai pas davantage sur ce sujet; je ne peux que rappeler ce que j’ai déjà exposé plus haut sur toutes ces matières. Je suis sûr que si je voulais sortir des données générales dont j’ai tant de fois formulé les applications, et prévoir tous les cas particuliers qui pourraient se présenter, je ne rendrais meilleure la pratique d’aucun médecin qui a pris la peine de me lire, et je laisserais encore de côté une foule de cas, dans lesquels la nature se jouerait de nos classifications.

11 y a seulement un point du traitement de la paralysie spéciale du mouvement sur lequel je crois devoir appeler en particulier l’attention des médecins; je veux parler de l’usage de Y électricité.

Grâce aux travaux de M. le docteur Duchenne, on sai t aujourd’hui diriger et employer les courants électriques de manière à mettre en jeu la contractilité sans que la sensibilité soit pour ainsi dire éveillée; on établit à volonté le mouvement dans un muscle ou même dans une portion de muscle. C’est surtout contre les paralysies dont nous nous occupons ici, que cette science et ce pouvoir se montrent utiles. Toutes les fois que le traitement local et général de la maladie primitive n’a pas suffi pour ramener la contractilité normale dans les muscles paralysés, on est conduit naturellement à chercher dans ces parties, pour les raviver, les traces d’une irritabilité qui paraît éteinte ou qui reste engourdie. Alors l’électricité est la plus innocente et en même temps la plus efficace des ressources à invoquer. Que la paralysie soit dans les membres supérieurs ou inférieurs, dans les parties même les plus limitées de ces systèmes de locomotion , ou qu’elle occupe la face comme cela arrive si souvent , il est rare qu’on n’obtienne

pas de bons résultats d’électrisations bien entendues.

Ces effets utiles ne s’observent pour ainsi dire jamais mieux que dans les paralysies dépendant du nerf facial. Toutes les fois que ce nerf a été affecté assez haut pour que tous les muscles de la face d’un côté aient été paralysés , même lorsqu’il n’y a pas de probabilité que le nerf lui-même ait été désorganisé, il est rare que le mouvement se rétablisse bien partout. Les médecins sont chaque jour témoins, par exemple, de la difficulté et de la lenteur avec lesquelles le muscle orbiculaire des paupières reprend toutes ses fonctions. Pendant longtemps l’œil du côté malade se ferme incomplètement, quoique tous les mouvements propres aux muscles intrinsèques de cet organe persistent trèsbien ainsi que la sensibilité. Dans des cas moins nombreux, certains muscles de la face conservent aussi une paralysie plus ou moins complète. Le meilleur moyen de remédier à ce désordre, c’est d’appliquer, sur le trajet connu des rameaux de la septième paire et le long des muscles qu’il doit animer, des courants électriques répétés. En poursuivant ainsi, rameau par rameau, muscle par muscle, la paralysie, il est rare qu’on ne vienne pas à boutde rendre aces parties, mêmeàl’orbiculaire des paupières , tous leurs mouvements normaux, si l’on n’a affaire qu’à une affection nerveuse.

Dans les autres parties du corps et pour des cas semblables, il y a tout lieu d’espérer un succès analogue, si on y met la persévérance convenable. 11 est bien entendu d’ailleurs qu’on aurait tort d'espérer et de promettre une pareille réussite, s’il y avait des raisons de croire que la substance nerveuse eût été altérée profondément ou détruite. L’électricité réveille la sensibilité et la contractilité quand elles sont encore en puissance; elle ne les remplace pas quand elles ont été détruites.

APPENDICE

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