‹ Traité pratique des maladies nerveuses (volume 2)Chapitre 30 sur 33 · CHAPITRE ÏY · texte numérisé non relu

CHAPITRE ÏY

DE LA CHORÉE

Définition. — La chorée a été appelée pendant longtemps danse de Saint-Guy y depuis Bouteille1 on lui a donné plus souvent le nom par lequel nous la désignons ici. C’est une des plus singulières maladies convulsives que nous offre l’étude des affections nerveuses. Un sujet d’ailleurs bien portant , jusque-là exempt de désordres notables dans les fonctions sensitives ou locomotrices, perd tout à coup la puissance qui lui est naturelle de régulariser pour un but donné les mouvements musculaires, et offre dans ses grimaces, dans ses gesticulations désordonnées , le tableau d’une confusion sans but et sans volonté. Avec cela, l'intelligence est généralement à peu près conservée ; les fonctions se feraient toutes bien, sans le désordre musculaire apparent qui tourmente le patient. Telle est la chorée dans son ensemble.

Dn ision. — * Pour décrire plus convenablement cette maladie, nous devons la distinguer en deux espèces : la chorée aiguë et la chorée chronique . C’est surtout à propos de cette dernière que nous insisterons sur certaines variétés que la maladie peut présenter, en raison

' Bouteille, Traité de la Chorée , ou Danse de Saint-Guy , 1810. \ vol. in-8.

de la diversité des parties dont les muscles sont spécialement affectés.

Chorée aigue. — Elle est beaucoup moins commune que l’autre, et cependant les exemples n’en sont pas absolument rares. J’en ai vu quelques-uns, même des plus graves, et j’avoue que ces cas m’ont laissé un des souvenirs les plus affligeants que puisse donner l’étude des maladies.

Symptômes. - — La cborée aiguë peut débuter de deux manières : tantôt elle éclate brusquement au milieu d’une santé que rien ne semblait prédisposer à un pareil changement ; tantôt au contraire pendant le cours d’une chorée chronique. Dans l’un ou dans l’autre cas, elle se reconnaît à la violence du désordre ou des convulsions, aussi bien qu’à la généralité que ces symptômes affectent. Le tronc est tiraillé en tous sens ; il se roule et se tord sur lui-même de la manière la plus effrayante ; les membres sont en proie à une gesticulation désordonnée incessante ; la figure est livrée aux grimaces les plus imprévues; la bouche se tord, se ferme, s’ouvre, se déplace; les traits se froncent ; les yeux s’ouvrent, se ferment inégalement, se dirigent dans tous les sens et sans aucune concordance dans leurs mouvements ; toutes les rides se montrent et s’exagèrent; il devient impossible au malade de prendre, de saisir, de soutenir, de diriger vers un point déterminé les corps environnants ; il ne peut ni porter à sa bouche, ni avaler, ni mâcher les aliments solides ou liquides ; il ne parvient qu’avec la plus grande peine à articuler quelques syllabes incohérentes, ou à rendre par surprise le son et l’articulation de quelques mots. La défécation, l’évacuation des urines, se font avec la plus grande gêne et au milieu des mouvements les plus bizarres ; le repos est impossible et le sommeil ne parvient pas à suspendre l’agi-

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tation du malheureux choréique. Ou bien il ne dort pas du tout, ou bien son sommeil est entremêlé, incomplet, coupé à chaque instant par des convulsions. Souvent la langue est mordue parmi les mouvements qui l’agitent dans la bouche , pendant que les mâchoires se resserrent ; quelquefois même elle est coupée. J’ai vu un malheureux choréique qui s’était ainsi déchiré avec les dents toute la lèvre inférieure rentrée malgré lui entre les arcades dentaires.

La respiration est gênée, inégale, précipitée, haietante, à cause des troubles occupant le diaphragme et les muscles intrinsèques de la poitrine; toute station est impossible et on a même souvent beaucoup de peine à contenir les malades dans un lit en auge préparé exprès pour eux. Des contusions de toutes sortes peuvent accompagner cet état.

Dans ce désordre universel, il est assez difficile de savoir ce que deviennent les facultés intellectuelles. Les malades paraissent bien comprendre à peu près ce qu’on leur dit; mais il est impossible de savoir nettement si leur intelligence est entière. La réponse, l’explication même par gestes leur sont impossibles ; l’espèce d’impatience , dont leurs convulsions sont accompagnées , est souvent le seul signe positif qu’ils donnent de leur conscience conservée.

A mesure que le mal fait des progrès, tous les symptômes augmentent, et, s’il n’y a pas d’amélioration, les malades peuvent finir par mourir au bout de deux ou trois jours, asphyxiés, d’une part, parce que les muscles respirateurs ne remplissent plus leur rôle ordinaire, et, d’autre part, parce que le cerveau finit par s’engouer de liquides séreux surabondants et cesse à la fin de transmettre la vie dans les organes. Ce résultat, cette marche fâcheuse, sont sans contredit peu communs dans cette maladie ; mais je les ai vus,* et

par conséquent je puis les regarder comme possibles et les prévoir ici.

Dans d’autres cas, il y a, au bout d’un temps plus ou moins long, une rémission progressive dans les symptômes et le malade finit par entrer dans l’espèce de chorée que nous décrirons tout à l’heure sous le nom de chronique. Bouteille parle d’un cas qui commençait tous les jours à midi pour finir à six heures du soir. M. Ilufz a vu un fait pareil à l’hôpital des Enfants h

Anatomie pathologique. — Les lésions cadavériques rencontrées dans des cas de ce genre sont fort insignifiantes. Dugès, Ollivier, MM. Rufz, Ghérard de Philadelphie et Rostan n’ont rien trouvé dans dix autopsies qu’ils ont faites. D’un autre côté, Prichard ( The London Medical Repository, n° 121) rapporte trois cas dans lesquels il a noté l’épanchement méningien du rachis ; M. Ferrus accuse des altérations diverses des tubercules quadri-jumeaux ; M. Monod l’hypertrophie de la substance corticale du cerveau et de la moelle épinière, etc. ; on a enregistré encore une grande abondance du fluide céphalo-rachidien; dans quelques cas une sécheresse notable de ces organes ; un peu d’injection piquetée de la substance blanche ; une teinte rosée de la substance grise; tout cela ne prouve pas grand’chose, et je pense, avecM. Blache, qu’il est impossible d’assigner à toutes ces lésions leur véritable rapport de causalité. La plupart d’ailleurs ne sont-elles pas tout simplement l’effet de l’affection qui, après des mouvements musculaires si violents et si continus, s’est terminée par une véritable asphyxie ? L’anatomie pathologique me semble ici, comme dans les autres

1 Rufz , Recherches sur quelques points de l’histoire de la chorée chez les enfants. Archives de médecine , 1834. T. IV, p. 215.

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affections nerveuses , variée, inégale, incertaine, peu probante ; nous la laisserons de côté.

Pronostic. - — il doit être grave de plusieurs manières. D’abord la maladie peut se terminer par la mort , j’en ai vu des exemples; puis elle peut, en se maintenant trop longtemps dans le degré que je viens de décrire, amener par le défaut d’alimentation, et parie manque de repos et de sommeil, des lésions plus ou moins sérieuses dans des organes importants; elle se termine quelquefois, au dire de Georget, par l’aliénation mentale , l’épilepsie ou l’hystérie.

Tous ces cas sont certainement les moins communs ; mais enfin ils existent, et ü y a nécessité d’en tenir compte pour le pronostic. Nous devons ajouter encore que, là où elle ne se montre pas avec toute cette violence, la chorée aiguë est remplacée souvent par une chorée chronique ou par des tics convulsifs. Ces tics et chorées, par le trouble qu’ils comportent dans des fonctions très-importantes, et par leur durée opiniâtre, deviennent encore souvent une chose trèsfâcheuse. Les chorées chroniques succédant à la chorée aiguë sont celles qui montrent le plus de tendance à revêtir l’une des formes sérieuses de la maladie.

Traitement. — Le traitement de la chorée aiguë est quelquefois fort embarrassant, surtout quand il s’agit de sujets nerveux, affaiblis par des privations ou par des excès, et chez lesquels aucune indication ne se montre dominante. Sydenham conseille les saignées et les purgatifs ; Cullen y veut de la méthode et emploie les mêmes moyens bien indiqués; Bouteille est un peu plus avare de sang, et se borne à deux ou trois petites saignées; M. Ferrus a conseillé des sangsues au haut du cou en arrière ; d’un autre côté , M. Guersant trouve rarement indiquées les émissions sanguines. Quelques sangsues, selon Prichard et Rickerand, puis t. ii. 33

les vésicatoires et les cautères, ou, selon Chrétien, Strambio, Byrns, des frictions irritantes le long du rachis ont été employées avec succès. Les drastiques ont été conseillés par Hamilton, essayés par MM. Guersant, Breschet, Laennec. La valériane a été préconisée par Spangenberg et Bouteille ; l’assa-fœtida par Bayle et M. Jadelot. On a invoqué aussi Lopium, l’acétate de morphine, l’acide hydro-cyanique , la belladone, le datura-stramonium , le musc, le camphre, l’oxyde de zinc, l’oxyde de cuivre ammoniacal, la solution arsenicale de Pearson, le nitrate d’argent, les préparations mercurielles, le sulfate de quinine, les cantharides. Le sous-carbonate de fer a été administré par Elliotson, dans une centaine de cas, et par M. Baudelocque, avec succès.

Je crois que le plus grand nombre de ces auteurs ont eu raison suivant le milieu dans lequel ils ont

observé.

Voici pour mon compte comment je me gouvernerais :

J’emploierais d’abord des bains, quand ils sont possibles; de l’opium porté aussi loin que le permet la tolérance essayée du malade; des affusions froides quand elles ne suffoquent pas immédiatement dans les premiers essais qu’on en fait avec précaution. Ces premiers moyens, d’abord, m’ont semblé utiles dans le plus grand nombre des cas. Si, au milieu de tout cela, on voit se faire quelque congestion cérébrale, si on peut sentir un pouls ou développé ou fréquent, ou surtout dur, si on entreprend de traiter un adulte ou un su jet jeune et capable de supporter quelque évacuation sanguine, une saignée, qu’on répète au besoin, peut contribuer à redonner du calme, et à pousser le sujet dans une autre forme de chorée. Les évacuations sanguines sont quelquefois alors difficiles à faire à cause des mouvements involontaires du malade ; les applica-

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lions de sangsues, de ventouses, de topiques quelconques, sont presque toujours impossibles. 11 faut prendre toutes les précautions possibles pour qu’elles ne fassent, pas courir au malade un nouveau danger.

Tous les autres moyens que nous avons énumérés plus haut peuvent rencontrer suivant les cas leur moment d’application. L’opium et ses succédanés quand le système nerveux est surexcité ; les drastiques quand on juge qu’il y a utilité à provoquer des évacuations alvines, ou à dériver sur les intestins ; les révulsifs le long du rachis , s’il y a probabilité de quelque irritation de la moelle épinière ou de ses membranes - le sulfate de quinine, quand on rencontre une apparence de périodicité comme les deux cas que j’ai rappelés plus haut; le sous-carbonate de fer quand la chlorose domine. Tous ces moyens me semblent en leur temps rationnels et utiles à conseiller ; mais j’avoue que je n’ai jamais rien recueilli de bon de la valériane , de l’assa-fœtida , du musc ni de l’oxyde de zinc. L’oxyde de cuivre ammoniacal, la solution arsénicale de Pearson, le nitrate d’argent, les préparations mercurielles, les cantharides, me semblent plutôt avoir été invoqués dans des tentatives désespérées, que sérieusement et raisonnablement conseillés sur des données scientifiques.

Si l’idée, lancée par Bright, adoptée et soutenue dernièrement par M. See, finit par se montrer d’accord avec le plus grand nombre des faits, sous le rapport de la chorée et du rhumatisme, il en pourra sortir quelque donnée utile pour le traitement, même dans la chorée aiguë. L’usage méthodique du sulfate de quinine ou de l’iodure de potassium donnera probablement alors une ressource précieuse , dans les cas bien déterminés. Je ne connais pas, jusqu’à présent, de fait de chorée aiguë guérie en. conséquence de cette idée

théoriquement admise; mais elle est si récente qu’il n’en faut pas encore désespérer.

Chorée chronique. — Elle a une marche toute différente de celle que nous venons de décrire.

Symptômes. — Elle débute en général par des mouvements involontaires partiels. Pendant des semaines, même quelquefois pendant des mois, tous les symptômes se bornent à quelque bizarrerie dans les gestes ou dans la marche, à un peu de contorsion du visage, quand on rit ou quand on parle, aune sorte de mobilité contraire aux besoins, à la volonté, aux occupations de celui qui commence à être malade. Peu à peu tous ces phénomènes prennent plus d’intensité et alors les caractères de la maladie commencent à se dessiner. Les personnes qui entourent le malade sont étonnées des grimaces continuelles qu’il fait sans le vouloir, de sa gesticulation continuelle, bizarre et sans rapport avec ses paroles et ses impressions. On craint clans sa marche incertaine et titubante de le voir tomber ou se frapper contre tous les corps environnants; on se récrie contre la maladresse insolite de ses mains, contre sa prononciation vicieuse et irrégulière de certains mots, contre ses hésitations brusques ou ses paroles précipitées sans raison. Puis, à mesure que la maladie marche et se développe, ce qui n’était qu’une sorte de bizarrerie inexplicable devient un phénomène décidément morbide, et on retrouve jusqu’à un certain point, tous les caractères de la chorée, sinon la plus aiguë, au moins la plus complète. Avec moins de turbulence, de vivacité, de généralité, d’ensemble, tous les mouvements convulsifs dont nous avons parlé plus haut se retrouvent; ils tourmentent moins les malades, parce qu’un plus grand intervalle de repos les sépare; parce qu’ils s'accomplissent avec moins de violence et sont un peu plus retenus par la volonté; mais ils offrent le môme type de désordre,

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d’irrégularité, d’indépendance. Quand on les arrête d’un côté en maintenant le membre convulsé, ils se répètent ailleurs, et semblent donner à la maladie une compensation pour ce qu’on lui soustrait de la personne.

Durant la veille, cette chorée se montre avec plus ou moins de violence ; tantôt elle semble se suspendre pendant plusieurs heures ; tantôt elle redouble et approche de la forme aiguë. Sous l’influence de la moindre émotion morale, elle se modifie ou en bien ou en mal, et il suffit que la volonté soit mise en jeu pour que les convulsions choréiques soient maintenues ou au contraire exagérées, à cause de l’impatience qui saisit le malade. Dans les cas les plus bénins, le sommeil suspend presque complètement la maladie; dans les autres au contraire la chorée se conserve même pendant le sommeil ou rend celui-ci impossible; la préhension, la mastication, la déglutition des aliments peuvent se faire, mais avec une certaine précipitation; il semble que le malade s’empresse de saisir un intervalle de mouvement coordonné entre tous les mouvements involontaires dont il se sent la proie. L’intensité de ces désordres donne la mesure de celle de la maladie.

En même temps les fonctions intellectuelles reçoivent certaines modifications. Ici , ce sera la mémoire qui fera défaut; là au contraire elle aura pris une puissance et une fidélité insolites. Le malade aura plus ou moins d’esprit qu’à son ordinaire, et il sera devenu sujet à des originalités dont rien jusque-là n’a donné l’idée. Il sera excessivement éveillé ou engourdi contre son habitude.

Les choses se maintiendront dans cet état pendant un temps plus ou moins long, et qui peut se prolonger même pendant plusieurs années; puis on verra peu à peu la volonté reprendre l’empire sur tous les mouvements, et la maladie suivre en rétrogradant la marche inverse à

celle qu’elle avait prise dans la période ascensionnelle. De temps en temps, on pourra rencontrer des exaltations dans la maladie, ou des moments de repos remarquables ; et il faut pendant longtemps encore après le mieux le plus décidé s’attendre à revoir quelques-uns des mouvements involontaires, ou des bizarreries, comme ceux qui ont signalé le début de la maladie.

Anatomie pathologique. — La mort n’étant jamais la terminaison naturelle de la chorée chronique, on conçoit mieux encore que pour la chorée aiguë combien les ouvertures de cadavres apprennent peu de chose sur les lésions matérielles qui précèdent, occasionnent,, ou accompagnent la maladie. Quand un choréique succombe à quelque maladie intercurrente, on peut trouver chez lui les lésions propres à la dernière affection ; jusqu’à présent on n’a rien rencontré qui puisse servir à caractériser anatomiquement la maladie qui nous occupe. Nou s ne sommes pas plus avancés ici que sur les autres maladies nerveuses.

Complications. — Nous le sommes plus en revanche sur les complications les plus communes avec lesquelles la chorée est liée. 11 en est même quelques-unes qui sont si communes qu’on est autorisé souvent à se demander si elles n’en sont pas les causes ordinaires. Tels sont le rhumatisme et la chlorose .

La coïncidence du premier avec la danse de Saint-Guy, quoique notée par quelques bons auteurs, avait été invoquée dans quelques ouvrages étrangers, et était demeurée ou douteuse ou presque inaperçue par les médecins français, lorsque M. le docteur See en a fait le sujet d’une recherche spéciale, particulièrement à l’hôpital des Enfants malades. 11 est arrivé à reconnaître qu’un très-grand nombre de faits démontrent l’étroite liaison qui existe entre ces deux maladies. Depuis que ses recherches ont été répandues, les résultats qu’il en avait fait connaître

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ont été confirmés par des observations nombreuses dirigées dans ce sens.

Pour mon compte , deux exemples de cborée qui ont été soumis à mon observation m’ont permis de constater tout récemment ia réalité de cette complication. D’après ce que j’ai vu , j’hésiterais encore à affirmer qu’elle soit aussi commune que M. Seelepense. Maisjene crains pas de signaler l’importance de ce fait quand il existe, au point de vue du pronostic et du traitement.

La seconde complication, que je crois encore la plus ordinaire de toutes, même chez des sujets antérieurement rhumatisés, est la chlorose, aussi bien chez les hommes que chez les femmes, chez les jeunes gens que chez les adultes. C’est probablement en raison de ce fait que cette maladie est plus commune chez les filles que chez les garçons et à l’âge de six à quinze ans.

Après la chlorose viennent les pertes séminales volontaires ou involontaires ; puis l’innombrable famille des maladies nerveuses de toute espèce. Nous verrons, en parlant tout à l’heure des causes et du traitement, de quelle importance deviendra l’étude de ces complications. Bornons-nous, pour le moment, à faire sentir l’influence qu’elles ont aussi sur les terminaisons et le pronostic de la maladie.

Pronostic. — > La chorée chronique , dans des cas fort rares, ne se termine pour ainsi dire pas. M. Blache ne l’a jamais vu guérir, quand elle occupe seulement quelques muscles. Certains vieillards sont choréiques jusqu’à la fin de leur vie; certains sujets presque idiots le demeurent toujours; mais ce sont là des exceptions. Le plus ordinairement la guérison arrive, grâce à une médication bien entendue; et il ne reste plus rien de la maladie, excepté une prédisposition aux affections nerveuses, surtout quand la chorée était accompagnée d’une chlorose bien décidée , ou quand elle a été la

suite d’habitudes de masturbation excessives et prolongées.

Ce que nous venons de dire des terminaisons de cette maladie implique un pronostic en général bon et favorable au point de vue de la conservation de la vie de l’individu; sous d'autres rapports, celui des facultés intellectuelles et morales, des forces physiques, de la promptitude de la guérison, on comprend combien il peut varier; il est absolument différent suivant les sujets, les causes, les âges, les habitudes, et je dois dire aussi, suivant la médication à laquelle on aura recours.

Je ne puis m’empêcher, à cet égard, de rapporter un fait dans lequel mon pronostic a été heureusement trompé, et qui m’a, depuis, servi plusieurs fois d’enseignement utile. Une malade âgée était entrée dans mon service à l’Hôtel-Dieu annexe avec une chorée des plus fortes; elle était en proie à des convulsions violentes et désordonnées , surtout quand elle s’appuyait sur les deux pieds; pour se tenir debout, elle était forcée, disait-elle, de se poser sur un pied, le gauche ou le droit, peu importait; ainsi placée, elle était immobile et solide; si elle posait les deux pieds à terre, elle était immédiatement livrée, pour la marche et par tout le corps, à un accès violent de chorée. En même temps, elle rapportait qu’elle avait, la nuit, des accès de catalepsie; elle avait été somnambule, et même elle avait servi à beaucoup d’expériences faites autrefois par des médecins très-distingués , qui avaient fini par croire à ce qu’on nomme le magnétisme. Elle racontait là-dessus des faits très-étonnants , dont elle avait été l’héroïne. Naturellement peu crédule, je la laissai dire et la fis observer attentivement. Il me fut démontré que les catalepsies nocturnes étaient un conte fait à plaisir ou une prétention au moins fort exagérée. Pour sa chorée, je ne

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pus jamais ni la prendre ni la faire prendre en défaut.

Je me mis donc à traiter cette maladie par les bains tièdes prolongés, par les bains froids, par tous les moyens réputés antispasmodiques, et, au bout de trois ou quatre mois, je n’avais rien obtenu, quand elle voulut sortir de mon service, soit parce que mon traitement n’améliorait pas sa position, soit parce qu’il lui déplaisait, soit enfin parce que je laissais voir du doute sur les expériences de somnambulisme artificiel dont elle avait été le sujet, et sur la réalité de sa maladie, puisqu’il m’était prouvé que sa prétendue catalepsie était au moins une illusion. J’avoue que, dans ce moment, j’a- vais fini par croire à la réalité de la chorée, et je la regardais dès lors comme incurable. Quelques semaines après, cette malade rentra à l’Hôtel-Dieu annexe et fut placée dans le service de M. Requin. Ce collègue la traita immédiatement parles pilules dites de Vallet, et, en moins d’un mois, il me la fit voir guérie de sa chorée. Elle resta encore une quinzaine de jours à l’ hôpital et finit par en sortir marchant comme tout le monde et s’appuyant solidement sur les deux jambes. Je n’avais pas employé sur elle les substances ferrugineuses, probablement parce que, préoccupé de mes doutes sur la véracité de la malade et de la vérification de ses assertions, j’avais négligé de bien rechercher si quelque état chlorotique ne produisait pas cette chorée. Mon pronostic et ma thérapeutique s’étaient ressentis de mes doutes, et un médecin plus confiant a obtenu une guérison qui m’avait échappé.

Toute réflexion faite, je pense que cette malade, qui avait l’habitude d’en faire accroire aux médecins crédules, exagérait son mal et ses souffrances,- mais je pense aussi que sa chorée, dont elle tirait parti pour exciter la compassion ou l’admiration, tenait à un état réel de chlorose que les pilules ferrugineuses ont guéri.

Causes. — Les causes de la chorée sont quelquefois tout à fait inconnues ; et la maladie peut venir sans que le médecin sache s’expliquer comment. Ainsi, MM. Rufz, Dugès, Spangenberg et Blache ont remarqué que la chorée est plus commune dans les mois les plus chauds de l’année, quoiqu’elle soit rare aux Antilles; elle a été épidémique, au dire de Pline, dans l’armée de Germanicus, et dans la Hollande, en 1373, d’après Mézeray. Mais ce sont là les cas les moins communs. Les plus ordinaires sont ceux où des causes pour ainsi dire évidentes ont donné lieu au développement de la maladie. Il faut, par exemple, remarquer, en premier lieu, que cette maladie arrive le plus souvent chez de jeunes sujets, chez des enfants approchant de la puberté et présentant tous les caractères des constitutions délicates et nerveuses. On doit noter encore , avec M. See1, qu’elle se montre souvent avec ou après de véritables attaques de rhumatisme aigu et plus souvent chronique. Quand elle survient dans un âge plus avancé, c’est encore sur des sujets, présentant ce double cachet, qu’elle sévit, aussi bien que quand elle attaque des vieillards. C’est un fait général et dont il est possible souvent de découvrir l’origine. Ainsi, chez les premiers choréiques dont j’ai parlé, la masturbation pour les deux sexes, les pertes séminales involontaires chez les jeunes garçons faibles; chez les adultes, les excès vénériens et les pollutions qui souvent en sont la conséquence; chez les femmes qui se forment, chez celles qui sont formées et dont les règles coulent trop souvent et trop abondamment, la chlorose avec tous les états nerveux qu elle comporte; chez les vieillards, les abus de toute espèce avec la débilité matérielle et l’excitabi-

1 See. Mémoire sur la chorée publié dans les Mémoires de V Académie nationale de médecine , in*4, 1850. t. XV.

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lilé nerveuse qu’ils amènent, fournissent aux explications rationnelles des bases satisfaisantes. Un tempérament disposé aux rhumatismes , une constitution originairement délicate et nerveuse, puis quelques-uns des abus ou des maladies que je viens de résumer, il n’en faut pas plus, pour que la chorée se montre, particulièrement dans la forme chronique. Four compléter l’étiologie, j’aurai tout dit, quand j’aurai rappelé en outre que le mal peut encore être la conséquence de tout ébranlement violent et permanent porté sur le système nerveux, soit par les circonstances matérielles environnantes, soit en raison de la susceptibilité du sujet, soit par les causes morales, frayeur, colère, contrariétés, jalousie, etc.

Traitement. — Le traitement de la chorée chronique consiste à calmer le système nerveux, d’une part, et, d’autre part, à redonner à la constitution ce qui lui manque; ou enfin à traiter le rhumatisme quand il existe. Ce sont là, jusqu’à présent, les trois principales indications sur lesquelles doit se régler la conduite d’un médecin méthodique.

Les moyens que la science met à sa disposition au premier point de vue sont les suivants :

Des bains , répétés autant que le permettent les forces du malade, et au besoin additionnés de gélatine, de soude ou de bicarbonate de soude, de principes sulfureux ou de sel commun; tièdes, si le malade ne peut pas les supporter autrement; ou, ce qui vaut mieux, quand on n’a rien à craindre pour la poitrine et les affections rhumatismales, frais sinon froids; Bupuytren disait qu’il n’était pas de chorée qui résistât aux bains froids donnés par immersion ou par surprise. Voici comment il exécutait sa méthode : « Le malade est saisi par deux hommes qui lui tiennent l’un les deux bras, hautre les deux jambes et qui font passer rapidement tout son

corps entre deux lames de l’eau froide contenue dans une baignoire. Ce passage ne dure qu'un instant, et doit être répété cinq ou six fois dans l’espace d’un quart d’heure ou vingt minutes à peu près. Cette immersion dans l’eau froide produit un spasme des plus violents des muscles et particulièrement de ceux de la poitrine. La sensation que le malade éprouve est des plus désagréables; il croit à chaque instant qu’il va étouffer; mais l’habitude diminue un peu cette sensation pénible. Après cette immersion, on essuie les malades avec soin, et on les fait promener et prendre un exercice assez violent pendant une demi-heure, une heure. Au bout de quelques jours une amélioration notable se fait presque constamment remarquer, et, après un temps quelquefois très-court, quinze jours, un mois, par exemple, une chorée durant depuis quelques années est tout à fait dissipée. »On trouve, dans les Archives \ deux faits de guérison dans lesquels la méthode ainsi exposée a complètement réussi.

On a conseillé aussi et employé avec succès des affusions d’une température tolérable sur la tête et le long du rachis; des frictions sèches ou légèrement aromatiques, ou fortement alcoolisées, depuis la nuque jusqu’au bas de la colonne vertébrale;

Des potions dans lesquelles on fera entrer en proportion convenable pour le cas et le sujet, les préparations opiacées , helladonées ou jusquiamées j

Des poudres d 'oxyde de zinc, à' oxyde de bismuth mêlées d’un peu à' ipécacuanha et dé extrait de laitue ou de racine de belladone ;

Enfin toute la famille des eaux distillées, dites antispasmodiques; Y électricité proposée par Deliaën et employée avec succès par M. Andrieux ; la galvano-puncture

1 Archives de médecine , 4 830, t. XXIV, p. 4 31.

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par laquelle M. Bally a obtenu une guérison remarquable b les bains sulfureux conseillés par M. Baudelocque et employés par MM. Baffos, Bonneau, Jadelot et Guersant;

Et enfin l’usage du tartre stibié à doses rasoriennes, sur lequel Breschet a publié trois observations de succès2.

Faut-il mettre au même rang un agent conseillé dernièrement par M. Trousseau, le sulfate de strychnine , porté jusqu’à la dose nécessaire pour calmer par une sorte de tension tétanique la mobilité musculaire exagérée? J’avoue que je n’ai pas essayé ce moyen, et qu’il me paraît a priori plus que singulier. Remplacer par des convulsions tétaniques universelles les convulsions partielles et désordonnées des choréiques, sans s’inquiéter de la cause interne, de la nature réelle de la maladie, sans savoir si l’irritation spéciale que la strychnine va porter sur les centres nerveux agira pour ou contre la maladie, me paraît une grande témérité; j’ajoute que les faits rapportés parM. Trousseau ne m’ont pas prouvé du tout la bonté et l’efficacité particulière de sa méthode, et que les essais qui, à ma connaissance, ont été tentés pour vérifier les siens lui ont été tout à fait contraires.

Je sais, d’ailleurs, que Bardsley, médecin à Manchester, en voulant se rendre compte de beaucoup de remèdes usités contre la chorée , a fait des essais avec la strychnine. Cela lui a réussi quelquefois, dit-il, mais le plus souvent il a échoué. M. Fouilloux3 a publié, en 1841, un fait de guérison qu’il avait obtenue rapidement au moyen de la strychnine. Mais beaucoup d’élèves distingués de nos hôpitaux, qui ont suivi les expériences de M. Trousseau, m’ont affirmé

' Archives cle médecine, 1825, t. IX, p. 73.

2 Gazette médicale , 1832, p. 67.

3 Fouilloux, Recherches sur la nature et le traitement de la danse de Saint-Guy , Lyon, 1817. p. 19; et Gazette médicale, 30 octobre 1811.

que les petits choréiques, soumis sous leurs yeux à ce traitement, ne guérissent pas mieux ni plus vite que ceux à qui la strychnine n’est pas prescrite.

Jusqu’à ce que des faits ultérieurs suffisants aient infirmé ou validé les expériences de M. Trousseau, je pense qu’il est plus sage de chercher à trouver ailleurs que dans une matière médicale hasardeuse des indications moins dangereuses , plus satisfaisantes pour l’esprit, et surtout mieux soutenues jusqu’à présent par l’expérience?

C’est particulièrement dans la seconde et dans la troisième source d’indications que nous avons admises que nous rencontrerons les derniers moyens que j’ai voulu désigner ici.

Pour redonner à la constitution ce qui lui manque, il faut 1° supprimer les habitudes vicieuses, s’il yen a, parce qu’elles seraient une cause de pertes plus grandes que ne pourrait être la réparation; 2° examiner et constater la nature du désordre pour y remédier et rendre la réfection possible; 3° procéder à cette réparation.

1° Le premier conseil a la plus grande importance, quand il s'applique aux masturbateurs dés deux sexes, aux gens épuisés matériellement, et nerveusement surexcités par l’abus de toutes les jouissances de la civilisation, à ceux que des passions désordonnées ont entraînés au delà de ce qu’ils pouvaient faire ou supporter, que des habitudes de luxe et de mollesse ont épuisés et rendus irritables; à ceux qu’une alimentation insuffisante, ou par la qualité ou par îa quantité, prise par choix ou par nécessité, a affaiblis et rendus propres aux affections nerveuses de toutes les sortes.

2° En remontant par une étude attentive de l’organisme à lasource du mal, on saura facilement quel désordre matériel en accuser. Si c’est la chlorose , c’est-à-dire, l’espèce d’appauvrissement du sang qui appartient à

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cette maladie, on se mettra à combattre cette disposition par les moyens dont nous avons déjà fait plusieurs fois le détail ; le fer sous les formes les plus faciles à supporter, deviendra la base de la bonne thérapeutique, et tous les moyens de l’hygiène et de la diététique devront concourir à rendre cet agent plus supportable et mieux accepté par l’économie,* on y joindra l’usage de tous les adjuvants possibles que nous indiquerons tout à l’heure. Si la chlorose peut elle-même s’attribuer à quelque désordre qui la précède et la décide, on devra travailler à dissiper ce désordre, parce que la thérapeutique de la chlorose ne peut alors avoir de succès que quand cette précaution préliminaire a été bien prise.

S’il s’agit de pertes séminales involontaires , on recommandera l’usage des bains froids, salés, alcooliques ou sulfureux; on aura soin de tenir le ventre libre, pour qu’il n’y ait pas d’excitation, de travail, d’effort vers les organes du bas - ventre. On recommandera l’exercice dans le jour, la presque abstinence au moment de se mettre au lit; on donnera à l’intérieur des extraits fortifiants, comme ceux de quinquina, de feuilles de noyer, des préparations ferrugineuses comme les pilules de Vallet, le citrate ou le tartate de fer; on recommandera le travail des mains; on prescrira les bains de mer, les douches surtout sulfureuses sur la colonne vertébrale; on insistera sur l’usage incessant de tous les moyens propres à calmer l’excitation vénérienne, sans épuiser les forces du malade.

S’il s’agit d'un état nerveux , amené par quelqu’une des causes que nous avons indiquées en traitant de cette maladie, c’est aux remèdes alors indiqués qu’il faut avoir recours.

3° Enfin pour réparer la constitution, une fois les prémisses comprises et bien saisies, il importe de relever les forces le mieux possible par une alimentation

bien entendue. Je n’ai pas besoin d’insister ici sur les règles que j’ai tant de fois rappelées. Tout l’art du médecin devra consister à rendre l’alimentation aussi substantielle et aussi abondante que les organes du malade la peuvent accepter. On seconde d’ailleurs T alimentation par un exercice bien entendu, par un bon air, par l’usage réglé des bains, du repos et des mouvements, et on cherche par tous les moyens possibles à tenir le moral dans la disposition la plus capable de ranimer et de bien gouverner le physique.

Enfin quand la chorée sera d’une origine rhumatismale, ou accompagnée d’accidents de cette provenance, il sera sage d’instituer à ce point de vue le traitement. L’expérience ne m’a pas encore appris ce que peut valoir dans ces occasions le sulfate de quinine si heureux contre les rhumatismes aigus; il faut même que j’avoue que dans les deux faits de chorée rhumatismale que j’ai eus récemment sous les yeux, je n’en ai recueilli aucun bon effet, quoique j’y aie insisté dans le premier cas assez pour obtenir une notable diminution dans le volume, exagéré par la maladie, de toutes les petites articulations des mains et particulièrement des phalanges avec les métacarpiens.

M. See dit que Yiodure de potassium jouit pour ces cas d’une efficacité satisfaisante. C’est un fait que je me propose de vérifier par l’expérience; j’y répugne d’autant moins que cet agent thérapeutique me semble convenir à la consti tution de beaucoup de jeunes sujets pris de chorée. Mais je n’ai pas devers moi aucune raison positive pour l’affirmer, même a priori. S’il se confirme, on sera heureux de posséder un bon moyen de combattre cette longue et pénible maladie; s’il échoue, on pourra se rejeter avec confiance sur tous les moyens de traitement usités contre les rhumatismes chroniques, et s’attacher en même temps à raviver, par

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tous les autres agents hygiéniques et thérapeutiques possibles, la constitution détériorée.

Chorées partielles. — Tout ce que nous avons dit jusqu’à présent s’applique à la chorée générale, c’est-àdire, à celle qui peut occuper tous les muscles les uns après les autres , avec une plus ou moins rapide généralité; c’est la chorée la plus ordinaire et celle qu’on désigne pour ainsi dire toujours sous ce nom. il y a cependant d’autres affections que je crois devoir faire rentrer dans ce cadre, celles que je désignerai par les noms de chorées partielles. J’entends par là des maladies convulsives de forme choréique, envahissant seulement sur le même sujet un seul système partiel d’organes locomoteurs; ce sera tantôt un membre seulement, les jambes, les bras, les muscles de la figure, d’un œil, ceux de la prononciation des mots; et tantôt plusieurs de ces systèmes musculaires à la fois, ou ensemble, ou successivement. Il en résultera ou des mouvements irréguliers de ces parties, des inégalités bizarres dans leur position et dans leur direction, ou des singularités dans l’expression dont ils sont chargés. Ici des soubresauts singuliers dans les bras ou les jambes ; là, des contorsions bizarres de la figure; des clignements d’yeux involontaires; ailleurs des mots incohérents prononcés malgré la volonté et sans aucun rapport ni avec le discours ni avec la pensée des malades ; là des bégayements divers, tout différents de ceux qui tiennent à l’impossibilité pour les malades de mettre le système musculaire présidant à la prononciation dans les conditions nécessaires, pour la bonne articulation de certaines lettres ou de certaines suites de lettres.

Je ne peux pas m’empêcher d’en rapporter ici deux exemples curieux racontés par 1 tard b

1 Itard, Mémoire sur quelques fonctions involontaires des appareils de la locomotion, de la préhension et de la voix, Arch. de médecine, \ 825, t. VIII.

Observation I. — « M. de M — était en voyage, et venait de quitter sa chaise de poste pour faire quelques minutes d’exercice à pied , quand tout à coup il sentit que le mouvement de ses jambes s’accélérait malgré sa volonté, et que ce mouvement rapide qui l’entraînait droit devant lui, l’écartait de la direction du chemin qui faisait un détour en cet endroit, et se trouvait d’un côté bordé de précipices. La terreur que lui causait un mouvement si extraordinaire et le danger qu’y ajoutaient les localités le frappaient vivement; il voyait bien , ainsi qu’il le racontait lui-même fort plaisamment, quil courait à sa perte ; mais poussé par une force supérieure à sa volonté, il ne pouvait ni s’arrêter ni se détourner, ni se jeter par terre, ainsi qu’il en eut successivement l’idée. Heureusement qu’après avoir franchi diagonalement la partie tournante du chemin, à quelques pouces du précipice , il se trouvait toujours , en suivant la même direction , courir parallèlement à la route, ce qu’il aurait pu faire sans danger pendant quelques minutes. Mais presque aussitôt, l'accès, après avoir duré à peu près deux heures en tout, se termina sans autre circonstance notable qu’un grand sentiment de faiblesse , une sueur générale et une excrétion abondante d’urine. Quelques heures après, M. de M... n’en éprouvait plus le moindre ressentiment. Tel fut à peu près le récit qu’il me fit de ce singulier accident.

(c Je conseillai d’appliquer périodiquement tous les mois douze sangsues au fondement; de prendre de deux jours l’un un demi-bain gélatineux, d’appliquer à l’issue du bain des ventouses sèches le long de l’épine; de faire usage de la poudre de valériane à la dose de deux gros par jour; d’abandonner tout travail de cabinet, et comme médication principale l’application d’un séton au cou.

r Ce dernier moyen qu’un chirurgien célèbre consulté

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quelques jours avant moi avait également conseillé, paraissait à M. de M... devoir être si douloureux et si incommode qu’il ne put jamais s’y décider. Deux nouveaux accès de cette étrange maladie éprouvés peu de temps après, à un intervalle de quelques semaines, et survenus tous les deux dans les promenades publiques éveillèrent de nouveau ses craintes, sans diminuer sa répugnance pour l’exutoire que je lui conseillai de nouveau. Je n’ai plus vu M. de M... depuis cette époque. Mais il y a à peine deux ans (neuf ans après le début de la maladie) que j’ai su qu’il était à peu près dans le même état, et qu’à l’exception de ces attaques de nerfs , quoique déjà fort avancé en âge, il était bien portant, conservant toutes ses forces et toute l’intégrité de ses facultés mentales. »

Observation 11. « Mme de D... actuellement âçée de vingt-six ans fut à l’âge de sept ans prise de contractions convulsives dans les muscles des mains et des bras, qui se manifestaient surtout dans les moments où cette enfant s’exercait à écrire, écartaient brusquement sa main des caractères qu’elle traçait. Après cet écart, les mouvements de sa main devenaient de nouveau réguliers et soumis à la volonté, jusqu’à ce qu’un autre soubresaut interrompît de nouveau le travail de la main. On ne vit d’abord en cela que de petits tours de vivacité ou d’espièglerie qui, se répétant de plus en plus, devinrent des sujets de réprimande et de punition. Mais bientôt on acquit la certitude que ces mouvements étaient involontaires et convulsifs , et on vit y participer les muscles des épaules, du cou et de la face. îlen résulta des contorsions et des grimaces extraordinaires. La maladie fit encore des progrès , et le spasme s’étant propagé aux organes de la voix et de la parole, cette jeune personne fit entendre des cris bizarres et des mots qui n’avaient aucun sens, mais tout cela sans délire,

sans aucun trouble des facultés mentales. Des mois et des années s’écoulèrent dans cet état de choses, auquel on n’opposa que de faibles remèdes, dans l’espoir des changements favorables que pouvait apporter la puberté. Cet espoir fut complètement déçu. Mllc de.... fut alors envoyée en Suisse auprès d’un médecin qui s’était adonné spécialement au traitement des maladies nerveuses qu’il combattait surtout par des bains de petit-lait. Soit par l'effet de ces bains, soit par l’heureuse influence du séjour et de la vie des montagnes, la maladie se dissipa presque complètement ; et quand, au bout d’un an, cette demoiselle quitta la Suisse, elle en revint calme, brillante de fraîcheur, et sujette seulement à quelques tiraillements visibles, mais peu fréquents des muscles de la bouche et du cou. Elle fut mariée à cette époque. Mais le mariage, au lieu de consolider et d’achever sa guérison, comme on l’avait espéré, reproduisit assez rapidement sa maladie. 11 est vrai que Mme de D... n’ayant point eu d’enfant s’est trouvée privée des chances favorables qu’aurait pu lui offrir la révolution physique et morale ordinairement produite parla maternité. Quoi qu’il en soit, cette affection convulsive qui, si l’on en excepte dix-huit ou vingt mois de répit, dure depuis dix-huit ans, ne paraît pas devoir s’user parle temps et semble au contraire faire de nouveaux progrès. Voici quel est son état actuel : les contractionsspasmodiques sont continuelles, non successives, et séparées par de courts intervalles de quelques minutes; quelquefois le repos est plus long, d’autres fois plus court, et il en survient même souvent deux ou trois qui se succèdent sans rémission. Elles affectent surtout les muscles pronateurs de l’avant-bras, les extrémités des doigts, les muscles de la face et ceux qui servent à l’émission et à l’articulation des sons. Parmi les mouvements continuels et désordonnés qu’amènent

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ces contractions morbides , ceux imprimés aux organes de la voix et de la parole sont les seuls dignes de toute notre attention, comme présentant un phénomène des plus rares, et constituant une incommodité des plus désagréables, qui prive la personne qui en est atteinte de toutes les douceurs de la société ; car le trouble qu’elle y porte est en raison du plaisir qu’elle y prend. Ainsi, au milieu d’une conversation qui l’intéresse le plus vivement, tout à coup, sans pouvoir s’en empêcher, elle interrompt ce qu’elle dit ou ce qu’elle écoute par des cris bizarres et par des mots encore plus extraordinaires , et qui font un contraste déplorable avec son esprit et ses manières distingués. Ces mots sont pour la plupart desjurements grossiers , des épithètes obscènes, et, ce qui n’est pas moins embarrassant pour elle et pour les auditeurs, l’expression toute crue d’un jugement ou d’une opinion peu favorable à quelques-unes des personnes présentes de la société. L’explication qu’elle donne de la préférence que sa langue, dans ses écarts, paraît accorder à ces expressions inconvenantes, est des plus plausibles. C’est que plus elles lui paraissent révoltantes par leurs grossièreté , plus est tourmentée de la crainte de les proférer, et que cette préoccupation est précisément ce qui les lui met au bout de la langue, quand elle ne peut plus la maîtriser. Du reste l’état général de sa santé paraît se ressentir fortement de cette longue affection convulsive, comme le prouvent un amaigrissement croissant et la pâleur du teint, bien que les fonctions digestives n’aient pas notablement souffert.

u L’influence de la maladie sur l’état du moral est encore plus sensiblement marquée, et l’on observe ici, comme dans toutes les névroses de ce genre excessivement prolongées, une grande mobilité dans les idées et une légèreté d’esprit et de caractère qui n’appartiennent

qu’à l’extrême jeunesse et qui résistent aux révolutions de l’âge. »

J’en ai observé moi-même un fait remarquable sous plus d’un rapport, dont il me paraît utile de consigner ici quelques détails.

Observation ML — • Dans la famille, aucun précédent d’épilepsie, ni de paralysie ; enfant, le malade n’a point eu de convulsion.

A vingt ans, accidents syphilitiques , gonorrhée avec chancres.

De vingt à vingt-cinq ans , il est soldat; deux fois des accidents syphilitiques ; il se fait soigner en ville, sans en prévenir le médecin de son régiment.

A vingt-cinqans, il quittele régiment pour se faire marchand. De vingt-cinq ans à trente, plus de nouveaux accidents syphilitiques, ni d’accidents secondaires , il ne reste aucune trace des syphilis antérieures.

A trente ans le malade est fort, robuste , très-actif, d’un tempérament sanguin nerveux, les cheveux noirs, les yeux bleus, doué d’une grande énergie , secondée par une solide constitution.

Cette année, il apprend tout à coup la mort de son père qu’il aimait beaucoup; l’émotion fut si vive qu’il tomba en syncope, il revint à lui avec une violente douleur de tête.

Durant cinq ans , douleurs de tête continues , atroces, toute la masse encéphalique est douloureuse, sans que cette douleur se localise dans un point du cerveau plutôt que dans un autre; cependant 1 hémisphère gauche semble souvent plus endolori.

Vers la fin , la douleur devient plus intense à la partie inférieure et postérieure, vers le cervelet et vers le trou occipital, sans s’irradier le long de la moelle , sans dépasser la boîte osseuse formée par les os du crâne.

Durant le jour, le malade s’occupait de commerce ,

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mais d’une façon irrégulière ; il ne pouvait fixer son attention sur rien ; il ne pouvait se livrer à un travail suivi; quand la douleur s’exaspérait par trop, la nuit il se couvrait la tête de glace , le lendemain il revenait un peu plus tranquille à ses affaires.

Au bout de cinq ans, survient une névralgie du côté gauche de la tête, qui s’étend à l’oreille et à la partie supérieure de la joue et à la tempe; la douleur est plus intense vers le trou occipital, le malade garde le lit; il a du délire presque toujours; sa mémoire s’altère, il n’a gardé qu’un souvenir vague de cette période de sa vie.

Après six mois passés dans cette atroce position , il est pris dans son lit d’une attaque ; pendant cette attaque, il perd connaissance et reste paralysé de la jambe droite , du bras droit , et de la langue sur ses deux côtés; la paralysie est complète pour cet organe.

Il reste deux mois avec son hémiplégie, les douleurs de tête, la névralgie, délirant et souffrant dans son lit.

Après deux mois de l’attaque, et huit mois de la névralgie, son état paraît s’améliorer, les douleurs diminuent, la névralgie cesse, quand tout à coup surviennent des attaques d’épilepsie.

Les douleurs de tête qui duraient depuis près de six ans, la névralgie qui durait depuis huit à neuf mois sont remplacées par l’épilepsie.

Les crises épileptiques venaient d’abord, quatre, cinq et six fois par jour, le malade ne perdait pas toujours connaissance, mais quelquefois; la figure et les paupières étaient convulsées , il y avait un peu d'écume, même lorsque le malade ne perdait pas connaissance.

Durant les trois années suivantes, la jambe guérit, devient moins roide et obéit à la volonté , tout en conservant des mouvements choréiques; le bras reste paralysé complétememt; la langue articule des sons trem-

blés et convulsifs, qui finissent par ressembler à des mots; la mémoire des faits revient, tandis que la mémoire des mots fait défaut.

Fendant cette période, le progrès est constant, l’améiioration lente, mais continue , successive; les douleurs de tête ont presque disparu; elles ne reviennent que deux ou trois jours avant et après les attaques d’épilepsie; la névralgie n’a laissé aucune trace; les crises épileptiques ne paraissent que tous les mois.

A cette époque, le malade éprouva des tracasseries, des chagrins. Sous cette influence morale, les crises épileptiques redeviennent fréquentes , cinq à six par jour; cet état dure plusieurs mois; enfin l’état moral s’améliore, parce que les tracasseries et les causes de chagrin disparaissent; la tranquillité revient et cette tranquillité tout intellectuelle agit comme sédatif; les attaques perdent de leur fréquence et de leur intensité; au bout d'un an, le malade n’a plus de douleurs de tète, il marche assez bien , les attaques sont rares, une toutes les cinq à six semaines.

11 y a maintenant quinze ans de la syncope; dix ans de la névralgie ; neuf ans et demi de l’hémiplégie ; neuf ans de l’épilepsie; et six ans de la dernière rechute sous l’influence du chagrin.

Dans l’état actuel, le malade est vif, actif, il marche beaucoup, la jambe quoique fonctionnant assez bien reste choréique, le bras est paralysé, la partie antérieure a des mouvements convulsifs et choréiques , il y a quelques mouvements d’ensemble; la langue conserve aussi des mouvements convulsifs involontaires-; de là un frémissement qui rend souvent la parole inintelligible.

L’intelligence est très-nette , la pensée se forme claire et précise dans l’intelligence, il n’y a aucune hésitation de ce côté-là; le malade a conservé la mémoire des faits, de ses pensées, de ses sensations passées; mais

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il a perdu la mémoire des mots; de là une hésitation particulière; ainsi le malade pense , il pense bien, trèssensément, sa pensée est claire et nette, on la voit se peindre dans ses yeux, sur sa figure; mais les mots lui manquent pour la formuler, et faute de mots il reste dans une recherche qui au premier abord ressemble à de l’hésitation.

Quelquefois la pensée existant en lui , les premiers mots lui arrivent pour la rendre sensible; mais bientôt le frémissement convulsif choréique de la langue s’en mêle, et sa phrase bien commencée, finit en un bredouillement qui ne ressemble en rien à celui des bègues.

Il a oublié la valeur des lettres, il ne sait plus les rassembler , il ne peut ni lire ni écrire, il ne sait plus ni lire ni signer son nom; cependant il suit une discussion, écoute et suit la lecture d’un journal, d’un livre; rassemble les idées, les faits émis dans le journal ou dans le livre ; les résume, les comprend, les juge avec sagacité et intelligence.

Il se sert souvent de mots impropres; ainsi en parlant à une femme , il dira monsieur ; à un homme , il dira madame ; en voyant passer un cheval , il dira, oh! le joli bœuf , ou bien ,, le bel homme! En abordant quelqu’un , il voudra saluer, le mot gredin lui viendra, et il dira greclin-gredin.

Aussitôt le mot lâché, il s’entend, et sait fort bien qu’il dit mal , que le mot est impropre , mais malgré lui, d’une manière mécanique il le répétera plusieurs fois; ainsi causant avec une femme, il pensera, cette femme est très-bien ; tout d’un coup le mot bégueule lui passe à travers le cerveau , et aussitôt de dire bégueule-bégueule bégueule ; il le répétera ainsi, quoique la pensée soit bien nette en lui, et quoiqu’il sache qu’il ne dit pas ce qu’il pense.

ii y a donc en lui deux difficultés pour exprimer sapensée : d’abord , le défaut de mots ; dans l’état normal, les mots arrivent au fur et à mesure que la pensée se forme ; chez lui au contraire, la pensée se développe entière , puis il cherche les mots; en cherchant le mot propre, il lance le premier que sa mémoire lui fournit ; et il suffit que ce mot soit déplacé pour qu’il le répète plusieurs fois. En second lieu, lorsque les mots lui viennent justes , il ne peut guère observer sa phrase , la langue frémit, s’agite, les sons ne s’articulent plus, et il est obligé de s’arrêter après cinq ou six mots , sauf à recommencer après.

Toutes ces chorées partielles, aussi différentes que les fonctions musculaires dont sont susceptibles les parties du corps humain mues par des muscles de la vie de relation, peuvent se développer de toutes sortes de manières. Tantôt elles viennent progressivement et s’aggravent avec un temps plus ou moins long; tantôt elles se montrent brusquement dans toute leur intensité. Dans le premier cas, elles résultent d’un état général qui prend progressivement plus d’intensité ; dans le second cas, elles sont la suite ordinaire de quelque maladie qui a porté une atteinte sérieuse au système nerveux; ou bien elles résultent de quelque production accidentelle qui gêne en un point finflux nerveux; ou enfin elles sont en quelque sorte congénitales, c’est-à-dire, elles existent par une sorte de prédisposition interne et ne se développent qu’au moment d’évolution convenable. On ne peut guère avoir la prétention de guérir que celles de la première espèce; les autres échappent presque absolument, comme l’a remarqué M. Blache, à nos moyens d’action. C’est sur cette règle que le pronostic en doit être établi. Quant à la thérapeutique des cas dans lesquels nous croyons pouvoir obtenir quelque chose , elle est

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toute fondée sur la connaissance et sur la curabilité probable de l’état général auquel est due la chorée. Il s’agit d’une des manifestations les plus singulières de l’état nerveux ; c’est la thérapeutique de cet état qu’il faut employer ; nous ne pouvons qu’y renvoyer.

Outre ces chorées aiguës ou chroniques, générales ou partielles , il y en a encore une autre variété qu’on pourrait appeler tonique , comme l’a fait M. le docteur Aran dans Y Union médicale, en publiant un fait singulier observé dans mon service à l’hôpital Beaujon : il s’agit d’un jeune homme de vingt-quatre ans, d’un tempérament éminemment nerveux, chez lequel les accidents ont commencé de la même manière que Sydenham l’a décrit, par une espèce de boitement, ou plutôt de rétraction et de rotation en dedans du pied droit, portée si loin, que le malade avait fini par se servir d’un soulier à talon, dont il faisait élever la semelle tous les deux ou trois mois. La frayeur que lui ont causée les émeutes de juin a développé chez lui les accidents d’une hémi-chorée partielle , bornée aux membres supérieur et inférieur du côté droit, et à la face du même côté, avec un peu de bégayement. Il y avait, à ce qu’il paraît, au début, de l’agitation, qui entraînait les membres, tantôt en avant, tantôt en arrière , et même un peu de rétraction du trapèze. Mais, lorsque nous l’avons observé, ce qui nous a frappé chez lui, c’est au membre inférieur la contraction tonique involontaire des muscles du mollet qui tiennent le pied dans une extension forcée , font saillir l’astragale, au point que la peau est très-amincie à son niveau ; et au membre supérieur une extension forcée avec un peu d’agitation du membre. Les doigts sont étendus en éventail ; et si on engage le malade à fermer la main, il parvient, en faisant beaucoup d'efforts, à fermer le quatrième et le cinquième doigts,

puis le pouce, et enfin les autres doigts, soit isolément, soit ensemble. C’est à ce moment que se produit une espèce de balancement entre les muscles extenseurs, en convulsion tonique, et les fléchisseurs, que la volonté veut faire agir. Après une série de contractions sans résultat, les fléchisseurs finissent par l’emporter, pourvu, cependant, que le malade ne soit ni ému , ni intimidé. On facilite beaucoup cette contraction des fléchisseurs en mettant un doigt dans la main du malade , de manière à fournir une espèce de point d’appui aux fléchisseurs, ou peut-être seulement parce qu’on décide de cette manière, en la facilitant, la contraction des fléchisseurs. Mais la flexion opérée, les fléchisseurs entrent à leur tour en contraction tonique, et le malade se livre à des efforts inouïs pour ouvrir la main. 11 y réussit de la même manière que pour la flexion, c’est-à-dire, par des alternatives de flexion et d’extension, qui finissent par donner la prédominance aux extenseurs, lesquels entraînent aussitôt la main en extension forcée. On aide ce mouvement en comprimant légèrement les fléchisseurs.

Dans ce cas de chorée tonique , ce qui constitue la singularité du fait, c’est la contraction des muscles tous ensemble, en même temps que l’action de quelques-uns prédominent.

Depuis le moment où le malade a été vu par M. Aran, l’amélioration a marché d’une manière remarquable ; le pied bot a été presque guéri par des applications d’électricité, qui ont fait contracter tous les muscles de la partie antérieure de la jambe et forcé l’astragale de rentrer à sa place; puis , par une sorte de relèvement forcé du pied au moyen d’un poids ajusté à un étrier et tenant la pointe du pied relevée; par un appareil dextriné qui a permis au malade de marcher comme avec une jambe de bois bien ajustée; et enfin par une

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botte dont la semelle était beaucoup plus épaisse à la pointe que vers le talon. En même temps que ces résultats ont été obtenus pour l’extrémité inférieure, on a tenu constamment sur le bras un vésicatoire pansé avec 3 centigr. de chlorhydrate de morphine tous les jours , et on a promené sur tous les muscles de l’avant-bras, du bras, de la main et de l’épaule, des courants électriques moteurs. Les mouvements de l’épaule sont redevenus naturels et réguliers ; le bras se porte partout où la volonté l’exige ; l’avantbras prend toutes les directions que désire le malade ; la main seule conserve encore quelque chose de sa chorée tonique. Néanmoins le malade peut faire et défaire à volonté un nœud ; il se sert de sa main pour beaucoup d’usages qui lui étaient auparavant interdits ; il peut fermer le poing ou l’ouvrir sans qu’on interpose dans sa main un corps étranger. Ce dernier mouvement se fait néanmoins toujours avec lenteur et avec effort, surtout quand on regarde le malade. S’il est seul et non observé, la chose se passe beaucoup mieux.

Je ne doute pas que, si les progrès en mieux continuent de la même manière , la guérison ne soit bientôt complète et définitive.

L’association de la morphine et de Y électricité me semble avoir produit ici jusqu’à présent un excellent effet; elles ont calmé la disposition aux rétractions et aux contractions musculaires violentes, et en même temps ramené dans toutes ces parties une activité remarquable de mouvement volontaire. 11 y a tout lieu d’espérer que la coordination de tous les mouvements suivra de près le retour de la facilité à contracter les différentes portions des plans musculaires, qui déterminent les mouvements de l’avant-bras et de la main.

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