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CHAPITRE PREMIER

DE LA PARALYSIE SIMULTANÉE DU MOUVEMENT ET DU SENTIMENT

La paralysie, dont je parle ici, doit être distinguée avec soin de celles beaucoup plus communes qu’amène une altération matérielle du système nerveux central. La perte du mouvement et de la sensibilité peut être très-semblable à la vérité dans les deux cas; mais, la cause prochaine des deux maladies étant entièrement différente, toutes les inductions pronostiques et thérapeutiques, qui suivent nécessairement les conditions de leur origine, seront toujours fort dissemblables, souvent tout à fait opposées. C’est donc une chose trèssérieuse que l’étude des paralysies, auxquelles ce chapitre est consacré.

Définition. — J’entends désigner ici toutes ces paralysies, dans lesquelles on voit en quelques parties se supprimer le mouvement musculaire volontaire et s’éteindre la sensibilité, sans que l’on puisse attribuer cet état à une altération matériellement appréciable de la partie paralysée, ou d’un point supérieur du système nerveux. Je ne veux pas dire qu’il n’y ait rien de changé matériellement dans les organes ni dans les centres nerveux; mais seulement que dans les cadavres d’individus ainsi affectés, on ne reconnaît aucune explication anatomique satisfaisante du désordre fonctionnel qui a existé pendant la vie; que, pendant la vie et la durée des symptômes, on a recueilli dans les causes, dans la marche des accidents, dans l’étude de l’ensemble des autres fonctions, toutes les présomptions raisonnables que vient ultérieurement justifier l’examen nécroscopique. Les écoles anatomique et organique peuvent nier cette définition et provisoirement se rejeter sur les faits

qui seront acquis plus tard, ou qui pourront s’ajouter à la science. C’est un terrain sur lequel je ne veux pas les suivre. Je me tiens à celui que nous connaissons, tout en faisant des vœux et des efforts pour l’agrandir et le bien cultiver. Je me contente de ce que je vois, au lieu d’hypothèses que le passé et le présent ne justifient pas, et que l’avenir peut tout aussi bien détruire que consolider. En pathologie, la paralysie nerveuse est un fait révélé à chaque instant par l’étude des malades. Je n’ai pas besoin d’aller plus loin; ce que j’en connais me fournit des renseignements utiles pour la traiter et suffisants pour en bien établir le diagnostic, pour en prévoir la marche et les conséquences. On sera fort heureux, quand on en saura plus; mais, provisoirement, les médecins auraient tort de ne pas faire un bon usage de ce qu’ils ont acquis. C’est ce que nous pratiquons tous les jours, dans toutes les parties de notre science.

Symptômes. — La paralysie nerveuse peut prendre beaucoup de formes très-différentes les unes des autres. Nous allons insister un peu sur toutes ces nuances de la maladie, à cause de l’importance que prend le diagnostic, quand il s’agit de régler le traitement, et parce que nous avons vu de nombreux exemples où l’erreur au début avait conduit le médecin aux résultats les plus déplorables.

11 n’est pas rare de rencontrer des paralysies nerveuses générales. Les hystériques, les cataleptiques, les extatiques, les chlorotiques en fournissent de nombreux exemples. Tantôt, la paralysie générale dure seulement quelques instants, quelques heures; c’est le plus commun : tantôt, elle se conserve pendant des semaines, et même, à des degrés variables, pendant des mois.

J’ai vu une jeune fille (j’en ai parlé plus haut en

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différents endroits) qui tombait deux ou trois fois par jour dans une insensibilité et une immobilité complètes ; elle était alors parfaitement insensible partout. On pouvait la pincer, la piquer, la tirailler dans tous les sens, sans qu’elle s’en aperçût; on pouvait lui mettre du tabac dans les narines, sur les conjonctives, sur la langue, sans qu’il en résultât apparence de sensibilité , ni éternument, ni larmoiement, ni même rougeur et injection de la muqueuse; on pouvait lui faire inspirer par le nez de l’ammoniaque assez concentrée, sans aucun effet; les membres étaient partout souples et flasques, comme ceux d’un mort en qui la rigidité cadavérique est passée. Puis, au bout d’un temps plus ou moins long, quelquefois une heure, quelquefois douze, quinze, dix-huit heures, les membres se roidissaient; la sensibilité revenait à la face, au cou, sur le thorax, au ventre, et dans les membres; tous les sens s’éveillaient; la malade sortait de l’insensibilité et de l’immobilité qu’elle avait eues, et se retrouvait vivante et agissante, comme tout le monde. Pendant ses accès de paralysie universelle, le pouls était régulier et faible, ondulant, comme à l’ordinaire; la respiration lente et faible, mais complète; la coloration restait pareille à celle des meilleurs moments de la santé de cette jeune fille. Elle n’avait jamais eu , et ne nous a jamais montré d’attaques hystériques régulières. La chlorose qui existait en même temps que le mal nerveux pour lequel elle était entrée dans mon service, datait, comme ce dernier, d’une vive impression que cette jeune fille avait éprouvée à l’enterrement d’une de ses amies. Les accès, lors de son entrée à l’hôpital, se répétaient à peu près tous les jours et souvent plusieurs fois dans les vingt-quatre heures, ou bien ils se soutenaient même pendanttrentesix heures sans interruption; puis ils se sont éloignés, ils ont diminué de longueur; ils ont été quelquefois

remplacés par des accès de névralgies diverses, et particulièrement par une névralgie intercostale qui dura plus de huit jours. La malade est sortie enfin parfaitement guérie et.de sa chlorose, et de ses accès de paralysie nerveuse générale, et de ses névralgies. Le traitement qu on lui a fait subir a été fondé sur les bases que nous exposerons plus loin en parlant de la thérapeutique de cette maladie.

J’ai vu, chez d’autres malades, se prolonger beaucoup plus longtemps les paralysies générales, dont les accès de la jeune malade, citée plus haut, ont présenté un abrégé. J’en ai vu durer plusieurs jours. Les léthargies , dont parlent les auteurs , ne sont pas autre chose ; la science a conservé des histoires de cette espèce que nous ne devons pas oublier et qui constituent une des variétés les plus remarquables des paralysies générales nerveuses.

Une autre sorte de paralysie générale nerveuse n’est pas moins remarquable. Elle ressemble d’une manière frappante aux premiers temps de la paralysie générale progressive qu’on a désignée souvent sous le nom de paralysie des aliénés . Dans ces cas, la paralysie au lieu d’envahir, comme celle de tout à l'heure, des centres vers les extrémités, semble marcher au contraire des extrémités vers les centres; elle débute par les jambes, puis les mains, les cuisses , les bras, le tronc, le visage, la bouche, la langue. Elle commence par un engourdissement avec faiblesse et rigidité des parties affectées; puis elle devient une véritable paralysie musculaire, avec insensibilité tactile, accompagnée quelquefois de sensations extrêmement douloureuses, quand on provoque le système nerveux de certaines manières. Cette espèce, beaucoup plus grave que la précédente, est aussi beaucoup plus lente dans sa marche et conduit à des désordres fonctionnels beaucoup plus fâcheux, si on

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ny remédie pas à temps. Je pense, pour mon compte, qu’on a fini souvent par prendre pour des aliénés des malades qui n’avaient eu d’abord qu’une paralysie de cette espèce, accrue avec le temps, et terminée, comme cela a lieu quand la maladie ne s’arrête pas, par un affaiblissement de l’intelligence et de la mémoire, puis enfin par une abolition presque complète de ces facultés. C’est aussi une maladie fort longue ; mais dans les commencements surtout on peut la distinguer de la paralysie des aliénés. La conservation des facultés intellectuelles fait alors entre les deux une grande différence. J’en ai vu un cas sur une jeune dame d’une aristocratie étrangère, dans lequel cette similitude et cette distinction se sont conservées plusieurs mois à ma connaissance. Je l’ai depuis lors perdue de vue, et je regrette de ne pouvoir dire ce qui est arrivé.

On a vu quelquefois des paralysies générales et partielles chez de jeunes enfants tourmentés par des vers. Ces cas sont excessivement rares; l’absence de symptômes propres à une altération matérielle du système nerveux et l’expulsion de ces entozoaires feront reconnaître la nature du mal, et en indiqueront suffisamment le remède.

Une autre sorte de paralysie générale résulte d’un empoisonnement saturnin porté à certain degré. Cette paralysie débute par les extrémités, s’empare d’abord des mains, puis des pieds et gagne successivement jusqu’au tronc; la sensibilité tactile et le mouvement volontaire se perdent progressivement dans les parties atteintes. La diminution, puis la perte du mouvement musculaire dominent en général tout le reste, quand la maladie est arrivée à un certain degré. J’ai vu de ces malades en qui la paralysie avait ainsi gagné les muscles du tronc et ceux de la phonation, de manière à

rendre tout mouvement impossible ; la voix même s'était éteinte; la sensibilité était nulle. Le malade en proie à tous ces désordres présentait le plus affligeant spectacle. Les fonctions digestives étaient restées parfaites au milieu de toutes les autres affaiblies ou anéanties; l’appétit s’était très-bien conservé; mais l’excrétion fécale était devenue très-rare et très-difficile; l’excrétion urinaire n’était plus sentie et se faisait au hasard ; le pouls était lent et faible; la respiration rare et incomplète, les sens engourdis, l’intelligence obtuse ; la sensibilité de la peau limitée à la face et au cou ; la myotilité nulle, excepté yers les mêmes parties. Le fait de paralysie saturnine, que j’ai sous les yeux en décrivant cette paralysie générale, a été à la vérité le plus complet que j’aie vu; mais il n’est pas rare d’en rencontrer, parmi les malades empoisonnés itérativement parle plomb, d’autres presque aussi remarquables par la violente atteinte qu’en ont reçue la sensibilité et la motilité des bras et des jambes tout à la fois. Cette espèce de paralysie générale se montre chez les mécaniciens ajusteurs qui manient beaucoup le rouge de plomb, beaucoup plus que chez les peintres, et chez les ouvriers des fabriques de céruse.

Dans tous ces cas, il me semble jusqu’à présent impossible de voir autre chose qu’une paralysie nerveuse généralisée. Jusqu’à démonstration du contraire, les symptômes et la guérison de ces maladies m’empêchent de supposer une altération matérielle locale dans les nerfs des parties ainsi frappées et à plus forte raison dans les centres nerveux.

Les paralysies nerveuses, qu’on pourrait, par opposition avec toutes celles dont nous venons de parler, considérer comme partielles , sont beaucoup plus communes et par conséquent méritent plus encore, s’il est possible, d’attirer l’attention du médecin.

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Sans cloute, il faut bien se garder de prendre pour nerveuses des affections paralytiques partielles produites par quelque altération matérielle du système nerveux local ou central ; mais la faute ne serait pas moins lourde, si on considérait cette paralysie toujours comme l’expression d’un de ces désordres locaux. L’erreur de pronostic qui deviendrait bientôt évidente, et les inductions thérapeutiques vicieuses qui auraient été tirées d’une supposition mal fondée, seraient également préjudiciables au médecin et au malade. 11 est donc important de se tenir bien en garde, et de se rendre un compte rigoureux de la marche de la maladie et des antécédents, toutes les fois qu’un doute pourra s’élever sur la matière dont nous traitons ici.

J’ai rencontré des hémiplégies, des paraplégies parfaitement caractérisées, qui n’étaient pas autre chose que des affections nerveuses. Il me semble impossible de voir la chose autrement, quand elle arrive chez des sujets habituellement en proie à des affections nerveuses de toute espèce, actuellement tourmentés par une chlorose grave ou par des névralgies, pris tout à coup de l’hémiplégie ou de la paraplégie dont je parle, puis au bout d’un temps variable, débarrassés, comme par enchantement, de leur maladie, et retombant, peu après, dans une autre forme de leur mal nerveux. Les sujets hystériques, chlorotiques, toute la grande famille des gens nerveux présentent des exemples incontestables des paralysies dont je parle.

On en rencontre à chaque instant des exemples qu’il faut bien se garder de confondre avec des maladies d’une autre nature. Ce sera une paralysie partielle de la face ou de quelques-unes de ses parties, d’une ou de deux mains, de certains doigts d’une main, une paralysie de la vessie, du rectum, d’un membre inférieur, de la langue, d’une épaule, avec ou sans contracture,

avec ou sans sensation douloureuse; et la forme, la marche, les circonstances concomitantes de la maladie doivent, dans le plus grand nombre des cas, éclaircir tons les doutes sur sa nature.

Je donne dans ce moment des soins à un jeune médecin dans ce cas. En voici l’observation écrite par luimême. Je la consigne ici d’autant plus volontiers qu elle offre un tableau presque complet de la maladie qui fait l’objet de ce chapitre.

M. V . issu d’une famille dans laquelle on compte

du côté de son père des collatéraux atteints d’affections nerveuses graves, et un grand-oncle goutteux du côté de sa mère, a eu des convulsions jusqu’à l’âge de quatre ou cinq ans. Après une de ces attaques vers quatre ans, il resta bègue. Il avait douze ans, qu’il ne prononçait pas encore d’une manière intelligible. Il avait des tics nerveux, occasionnés par des soubresauts involontaires et des spasmes des muscles du cou et delà figure. Pendant l’enfance, une peur ou la moindre contrariété faisaient battre le cœur, de manière à empêcher la respiration ; ce bégaiement augmentait alors au point d’empêcher tout à fait de parler. À cause de tous ces accidents et des mauvais traitements que cela lui attirait, l’enfant restait continuellement isolé et chagrin; et ce chagrin se changeait en surexcitation nerveuse.

De douze à quatorze ans, état de langueur avec mouvement fébrile continu , inégalité de digestion , et tuméfaction de la rate, par suite d’habitation dans un pays marécageux.

De quinze à dix-huit ans, vertiges traités par des saignées à blanc et des bains froids. Le malade en devint chlorotique, mais fut guéri pendant dix ans des principaux accidents nerveux. De dix-huit ans jusqu’à vingthuit, c’est-à-dire jusqu’à la fin de 1845, il n’y eut plus que quelques émotions violentes, des battements de

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cœur auxquels le malade a toujours été sujet, et d’atroces migraines qui se terminaient toujours par quelques tranchées et quelques évacuations alvines.

En 1 843, le malade eut beaucoup de tracasseries qui lui causèrent souvent de violents battements de cœur, et des spasmes musculaires, suivis d’un grand affaissement. Néanmoins il souffrit et se fatigua beaucoup sans grand dommage.

Mais en 1845, la surexcitation nerveuse devint telle qu’il suffisait de la moindre chose pour provoquer des battements de cœur, avec des spasmes violents.

Dans l’été de cette année, il avait d’emblée des moments d’affaissement pendant lesquels il se trouvait dans un état de résolution comme après une syncope. Vers ce temps, des malheurs, des chagrins, des désordres de famille vinrent l’assaillir de tous côtés , en même temps que des pertes considérables d’argent changèrent sa position sociale.

Vers la fin de l’été de cette année, survint un sentiment de lassitude un peu douloureuse dans la région lombaire de la colonne vertébrale, surtout le matin en s’éveillant; puis bientôt une abondante diurèse, qui ressemblait presque à du diabétès. Deux saignées améliorèrent momentanément cet état.

Dès ce moment survinrent des pertes séminales encore rares, mais qui fatiguaient déjà beaucoup.

Un peu plus tard commença une douleur fixe dans la région du cervelet et vers le trou occipital. Au bout d’un mois ou six semaines, cette douleur dégénéra en un état aigu assez violent, mais sans délire. On fit successivement trois saignées, on mit vingt-cinq sangsues à la nuque et on administra un éméto-cathartique. Le malade resta chlorotique, pâle, exsangue, mais sans douleur et se croyant guéri.

Mais peu à peu la douleur revient et s’établit fixe, pon-

gitive, avec des pulsations dans la région du cervelet et la partie cervicale de la moelle. Le point le plus douloureux était vers le trou occipital.

Dès ce moment se développa la série des phénomènes qui suivent, dans l’ordre de leur apparition.

Hiver de 1845 à 184G. Je cite les paroles mêmes de M. V . : «Les pertes séminales deviennent plus fré¬

quentes,- elles ont lieu à froid, et causent une espèce d’anéantissement, de prostration.

(( Des névralgies faciales du coté gauche, ayant leur plus grande intensité vers l’oreille et le front, se lient à la douleur de la région occipitale, l’exaspèrent, et passent à l’état chronique. Ces névralgies deviennent si intenses que, quelquefois durant dix à quinze jours, elles m’empêchaient de lire ou d’écrire.

(( Quelques hallucinationsdel’oreillegauche,* pourcela, il fallait que l’oreille fût appuyée sur le lit et échauffée .

(( Un peu de faiblesse du côté gauche, sous forme d’hémiplégie incomplète; douleurs à forme rhumatismale dans le bras gauche; douleur dans l’articulation coxo-fémorale du même côté. Cet état du côté gauche, plus gênant que douloureux, est tout à coup remplacé par des accès d’hémiplégie. Je dis accès faute d’un mot plus juste; cela ne ressemblait pourtant en rien aux accès de fièvre intermittente. Ces accès duraient ainsi depuis quelques heures jusqu’à un et deux jours, avec une intensité très- variable.

(( Sans vouloir faire une relation absolue de cause à effet, il est positif que les pertes avaient une influence très-grande sur ces accès; les pertes étaient en plus ou moins grande quantité, selon l’exaspération de la douleur du cervelet, de la moelle allongée, et de la région occipitale. Après plusieurs pertes dans la nuit, l’hémiplégie et la coxalgie étaient sûres pour le lendemain matin.

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« S’il y avait action, il y avait aussi réaction, c’est-àdire que, si, d’une manière évidente , la douleur du cervelet provoquait des pertes, si ces pertes occasionnaient des accès d’hémiplégie; à leur tour les pertes augmentaient la maladie du cervelet, et les accès aggravaient le désordre général.

«Dès que les accidents furent ainsi envoie de progrès, vinrent des hallucinations de la vue; tous les objets se déplaçaient, surtout les objets brillants ou polis qui miroitaient; l’œil gauche était plus sujet à cette erreur que le droit, ce que j’attribuai aux douleurs névralgiques qui avaient leur siège du côté gauche.

« Pendant plus d’un an , de 46 à 47 , il m’a été impossible de marcher droit; si je prenais le milieu de la rue, au bout de cent pas j’étais sur le trottoir de gauche. Était-ce un effet de l’hémiplégie du côté gauche, ou un effet de l’affection de la moelle allongée ?

« Quelquefois, lorsque la douleur occipitale était trèsviolente, elle s’irradiait dans tout le cerveau; j’éprouvais un sentiment de compression du haut en bas, suivant les jours, comme s’il y avait un corps interposé entre le cerveau et la voûte du crâne; dans ces momentslà, j’oscillais sur mes jambes comme un homme ivre, ou un animal blessé à la tête.

« Il m’est arrivé, par le seul fait d’une distraction, d’un courant d’air frais, de sentir tout ce cortège de douleurs s’évanouir, la tête devenait fraîche, l’intelligence libre; ce bien-être durait ainsi, depuis quelques heures, jusqu’à un et deux jours.

« Si j’avais le malheur de me coucher sur le dos, la région occipitale posée sur un oreiller de plume, la tête s’échauffait, il y avait de suite une aggravation de la douleur et de tous les symptômes pathologiques. De même si , m’asseyant sur un fauteuil, je me renversais en arrière, et appuyais la tête sur le dossier, la

région occipitale s’échauffait; il en résultait que je devenais meme incapable de causer, de suivre une conversation ; toute la tête devenait douloureuse ; je perdais la conscience des perceptions et par suite du monde extérieur , la mémoire s’arrêtait. Si un choc, une secousse ne venait mettre fin à cette léthargie sans sommeil, elle se terminait par une perte séminale. J’avais la conscience de cette infirmité , mais je ne pouvais la surmonter. Personne ne s’en est jamais aperçu ; même lorsqu’il y avait une perte séminale, je conservais assez de volonté pour ne rien laisser paraître sur la figure.

(( Le moyen que j’employais pour arrêter ces crises et toutes les exacerbations de douleurs de l’occiput était celui-ci : j’allais prendre un bain, je vidais la baignoire, je me mettais à genoux dedans, j’ouvrais à moitié le robinet d’eau froide, je mettais la tête dessous, et m’administrais ainsi une douche froide, aussi longue que je pouvais la supporter. Ce moyen me réussissait, une douche suffisait pour une amélioration de plusieurs jours.

a Plus tard la douleur devint d’intensité constante, sans exacerbation notable; alors les douches n’y firent plus rien.

« J’ai vécu ainsi de \ 845 à \ 848, trois ans, avec ce cortège d’accidents morbides : 1° hallucinations de l’ouïe, outre l’erreur perçue par l’oreille gauche; dans les grandes douleurs du cervelet, il me semblait entendre des bruits confus derrière moi; 2° hallucinations de la vue, point de perception constante d’un objet toujours le même, mais les objets fixes me paraissaient sautiller; 3° pertes séminales; 4° accès d’hémiplégie; en trois ans j’en ai eu plus de deux cents; 5° névralgies qui m’empêchaient de lire ou d’écrire; 6° douleurs quelquefois atroces; 7° coxalgie du coté gauche; 8° impossibilité de marcher droit.

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« Dans les prodromes de la maladie, la saignée m’avait réussi; en février 1846, je voulus me faire saigner, pour calmer un peu les cuisantes douleurs que j’éprouvais ; mal m’en prit; je ne pouvais plus mettre ma cravate, ni manger; les muscles des bras avaient des spasmes à forme choréique ; cela dura plusieurs jours, jusqu’à ce que le sang fût revenu à ses quantité et qualité normales; de plus, pendant dix ou douze jours, je fus d'une poltronnerie telle, que j’avais peur d’une ombre.

« Malgré ce mauvais résultat, j’essayai une nouvelle saignée en novembre ou décembre 1 846 : les accidents choréiques ne reparurent pas, mais l’effet général fut plutôt mauvais que bon.

« Dans l’été de 1 847, je fus obligé de rester au soleil ; d’abord l’insolation augmentait mon malaise; une fois que j’y fus accoutumé, elle me faisait du bien; sous l’influence d’une vie active au soleil, ma position s’améliora.

a Vers la fin de 1847, j’étais mieux, tous les phénomènes pathologiques avaient diminué d’intensité, je me croyais en voie de guérison ; je revins à Paris le 25 février 1848, après la proclamation de la république.

« J’arrivai à Paris le 25 février 1848, à quatre heures du matin; pour la première fois je sentis les jambes roides et lourdes, ce que j’attribuai au froid dans la diligence ; vers les cinq heures et demie j’entrais aux bains du Pont-Neuf. Je ne sentis pas l’eau chaude à la partie inférieure du corps, ce qui me fit craindre de suite un commencement de paraplégie. Cependant, deux ou trois jours après, il n’y paraissait plus rien.

« Du 25 février 1848 au 12 juin, j’ai éprouvé ainsi quatorze à quinze accès; il n’y avait pas augmentation progressive dans l’intensité; après un fort en venait un petit, sans retour périodique, ni cause appréciable, si ce n’est les pertes séminales.

T. II

« Entre chaque accès, il restait un peu de roideur ; j’étais lourd ou plutôt fatigué, en marchant j’avais souvent l’air d’un choréique y je relevais les jambes vite, comme si j’avais marché sur un fer chaud; cela était surtout remarquable dans la dernière période. A chaque accès cet état anormal augmentait , bien que l’accès disparût; lorsque j’avais beaucoup marché, que j’étais comme on dit échauffé, cette roideur disparaissait, pour revenir aussitôt que je m’étais reposé.

« Cinq à six jours avant le dernier accès de paraplégie, la vessie ne se vidait qu’avec lenteur et pas tout à fait, les intestins cessèrent de fonctionner, les matières fécales par suite de cette atonie formaient des masses solides, qui restaient en place, jusqu’à ce qu’un purgatif vînt provoquer les mouvements péristaltiques. Il est bien entendu que sous l’influence combinée des pertes séminales et de l’affection nerveuse, l’impuissance devint à peu près radicale.

« Aussitôt que les choses commencèrent à prendre cette tournure menaçante, je posai un grand emplâtre stibié, d’après l’avis de M. Nélaton ; et, de mon chef, je me fis faire une très-copieuse saignée.

« De chute en chute, j’étais arrivé au 12 juin 1848; toute la journée j’eus des mouvements choréiques assez énergiques, dans le membre pelvien gauche; à huit heures du soir je sortis sur le quai Voltaire ; les spasmes choréiques allaient toujours croissant; tout d’un coup je fus pris d’un accès à forme hystérique , qui commença par la contraction fibrillaire des muscles du périnée vers la prostate, puis de la vessie et des muscles abdominaux; la vessie se vidait involontairement à petits jets, par saccade, à chaque nouvelle contraction. J’étais dans une anxiété extrême; on me ramena chez moi, je me mis de suite sur mon lit.

« Au moment même le Dr Colas venait me voir, il me

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proposa de placer sur l’heure une volée de cautères à la pâte deYienne. Pour m’y décider, on appela M. Lallemand , qui vint tout de suite, et conseilla après M. Colas un cautère entre chaque apophyse.

«Je dormis beaucoup là-dessus, peut-être d’un sommeil un peu comateux. Le lendemain, à mon réveil, il me semblait que j’avais été roué, battu avec une verge de fer; la partie antérieure des deux cuisses était surtout douloureuse et sensible au toucher . La prostate paraissait plus que doublée, presque triplée de volume, elle faisait saillie en repoussant les muscles du périnée, qui avaient perdu de leur ressort; la vessie ne se vidait plus du tout et se laissait distendre par l’urine; les intestins étaient aussi inertes que sur un cadavre. Au bout de quelques jours il se fit une réaction ; les intestins d’abord distendus se contractèrent et se vidèrent avec d’autant plus de facilité, que les sphincters n’opposaient aucune résistance; la vessie se contractait aussi et se vidait par saccades , à petits jets, goutte à goutte ; les contractions de la vessie étant provoquées non par la quantité, mais par la qualité de l’urine.

« Chaque fois que ces contractions avaient lieu, elles étaient accompagnées ou précédées de spasmes des muscles abdominaux , avec des frémissements fibrillaires qui s’irradiaient jusqu’aux genoux et aux malléoles ; on dirait un commencement d’hystérie. Cela persiste encore et ne fait qu’augmenter en sensibilité.

« Certains muscles des cuisses et des jambes se contractent avec énergie, pendant que leur congénère reste dans l’atonie ; il en résulte que celui qui se contracte entraîne le corps de son côté; de là impossibilité de tenir l’équilibre.

« Le lendemain ou surlendemain de l’accès du 1 2 juin,

M. Nélaton revint me voir avec M. Beau ; il fut convenu qu’au lieu des cautères potentiels de M. Lallemand, ils

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me poseraient des coups de feu, ce qui fut fait quelques jours après, le 28 ou le 29 juin. Le chloroforme qu’on m’avait fait inspirer , produisit une sédation, dont le bon effet se continua plusieurs jours; mais le cautère ne fit rien; rien d’appréciable.

« M. Uicord, vers le 1er juillet, me conseilla contre la maladie de la moelle une série de vésicatoires sur la colonne vertébrale, avec l’iodure et des pilules mercurielles à l’intérieur , par mesure de précaution en cas de vice syphilitique. L’iodure me donna un dévoiement fort désagréable dans ma position. Je mis les vésicatoires aux jambes et aux cuisses, et les pansai avec de l’onguent mercuriel, et posai sur la colonne vertébrale un grand emplâtre stibié. Cette médication n’eut pas plus de succès que le cautère au fer chaud.

« Vers le 1 6 juillet, M. Briquet pense que les bains de vapeur, les fumigations, les douches constitueraient le traitement le mieux approprié, le plus convenable. Quelques jours après, M. Foville fut de l’avis de M. Briquet, et me conseilla les bains de vapeur.

(( Après M. Foville, M. Rostan aussi conseilla les bains de vapeur; mais pour lui la maladie reconnaissait pour cause une hémorrhagie, une apoplexie de.la moelle , qui eût été améliorée de suite par les saignées à la Broussais.

« En août, M. Trousseau venait d’avoir un succès avec la belladone; j’en pris à dose croissante jusqu’à trouble de la vue ; comme sédation, elle eut d’abord un bon résultat; mais comme elle produisit une atonie des intestins, avec le dévoiement, ie la suspendis en janvier 1849.

« En février et mars 1849, j’ai repris la belladone sur nouvel avis de MM. Trousseau et Briquet, jusqu'à quarante cinq centigrammes par jour; elle produisit derechef un dévoiement atroce, qui dégénéra en choléra.

« Avant le choléra, je commençais à marcher, je mon-

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tais et descendais très-bien un escalier, je me promenais un quart d’heure avec un soutien pour tenir l’équilibre. Après le choléra, je ne pouvais plus poser les pieds à terre; je n’ai pas encore réparé le mal qu’il m’a fait. M. Rostan disait à ce sujet à sa clinique , et on imprimait dans les journaux, où je l’ai lu , que le choléra agissait sur le centre nerveux, à preuve, c’est qu’un paraplégique en voie de guérison avait été ramené à son point de départ par le choléra.

« Sur l’avis de M. Gendrin, j’ai fait des frictions à l’onguent napolitain jusqu’à une affreuse salivation, sans succès aucun.

« Après le choléra, j’eus un redoublement d’étincelles électriques ; elles partaient toutes comme des ganglions du grand sympathique, allaient vers les extrémités inférieures; chaque étincelle faisait produire au membre un mouvement convulsif. Je dis étincelles électriques, à cause de la parité ou de la ressemblance d’action. 11 faut que j’explique en détail ce que c’est que ces étincelles, et leur manière de se produire et d’agir.

«Pour plus de clarté dans mon exposé, je vais les diviser en deux ordres : 1° celles qui avaient leur point de départ dans les ganglions du grand sympathique ; 2° celles qui avaient leur origine dans un point de la peau.

« 1° Pour une cause souvent inconnue, un point du grand sympathique devenait tout à coup douloureux ; ce point paraissait correspondre à des ganglions qu’on trouvait avec la main grossis plus du triple de leur volume normal; cette douleur était vive, et saisissait comme si on avait piqué ou posé un fer rouge; à l’instant même, de ce point partait une étincelle électrique, ou une sensation agissant comme une étincelle électrique, qui suivait un trajet direct jusqu’au genou ou à la cuisse; dans son trajet elle provoquait des spasmes de tous les mus-

clés qu’elle rencontrait; ces spasmes étaient quelquefois très-violents et se produisaient avec la même rapidité que si on m avait touché avec une bouteille de Leyde.

« Lorsque ces étincelles avaient leur origine dans le petit bassin, elles paraissaient suivre le trajet du couturier ou des psoas et iliaque, qui leur servaient de conducteur jusque dans la cuisse ; là elles sautaient sur un autre muscle, ou successivement sur plusieurs, jusqu’au genou ; elles ne franchissaient jamais le genou sur les tendons qui vont s’insérer en arrière du tibia, et forment la région poplitée; au contraire, elles franchissaient cette articulation toujours en avant sur les côtes de la rotule.

^ Une fois le genou franchi, l’étincelle n’allait jamais sur les muscles de la région postérieure de la jambe ; toujours, ou presque toujours, sur ceux qui sont logés entre le tibia et le péroné ; ces muscles se contractaient et faisaient osciller le pied avec énergie.

« L’étincelle allait mourir dans l’articulation tibiotarsienne, en provoquant une dernière contraction dans les petits muscles propres du pied.

«Tous les muscles que l’étincelle rencontrait sur son trajet, éprouvaient un spasme; l’articulation franchie restait douloureuse; et là où elle allait s’éteindre, il restait souvent un peu de picotement, de démangeaison.

« Il y avait aussi un phénomène secondaire, c’est que les tendons et les gaines des tendons des muscles qui se contractaient ainsi violemment, devenaient douloureux, comme dans la luxation.

« Lorsque les étincelles avaient leur origine dans les fosses iliaques , elles franchissaient le rebord de l’os des iles, en faisant un point douloureux sur la crête de cet os; ce point douloureux était un temps d’arrêt trèscourt, un instant mathématique ; de là, elles prenaient les fibres d’un des fessiers, se dirigeaient sur le côté externe

PARALYSIE DU MOUVEMENT ET DU SENTIMENT

de la cuisse, suivaient une courbe enspiralepourallersur le côté externe de la rotule ; une fois le genou franchi, elles allaient s’éteindre dans les muscles de la région antérieure du tibia, ou dans le pied, selon leur énergie.

«Après le choléra, j’avais de ces étincelles qui provoquaient dans tous les muscles de l’articulation coxofémorale des contractions tellement violentes, que l’articulation en restait douloureuse, malade, et que j’ai souvent dû craindre une fracture du col du fémur, une luxation spontanée, ou une phlogose consécutive de la cavité cotyloïde.

« 11 y a eu de ces spasmes de tous les muscle s de Tarticulation coxo-fémorale, et en même temps de tous ceux du même côté de la gouttière vertébrale, et de la région sacrée; le bassin en entier était renversé, relevé de ce côté sur un arc formé en travers par les vertèbres lombaires. Dans ce cas, la colonne vertébrale ne pouvant résister à la secousse, était tordue comme dans le tétanos; seulement cette torsion, au lieu d’être en arrière, était sur un côté, et bornée à la fin de la région lombaire.

« Ces étincelles étaient infiniment plus fréquentes la nuit que le jour ; ce qu’on pourrait attribuer avec quelque raison à la chaleur du lit ; cependant, j’en ai eu de très-fortes dans les mois de novembre et décembre 1848, dans des moments où f avais froid .

« Ces étincelles n’avaientsouvent aucune cause appréciable; d’autres fois, au contraire, la cause occasionnelle était si évidente, que je pouvais les produire ou les faire cesser presque à volonté y voici dans quelles circonstances.

« Depuis que je suis paraplégique, si je n’ai pas la précaution de débarrasser les intestins avec des purgatifs, les matières fécales s’accumulent dans le colon transverse, surtout dans la fosse iliaque gauche, moins

dans la fosse iliaque droite. Je note ce fait, parce qu’il a eu une conséquence assez curieuse.

« L’intestin ainsi rempli pèse sur les ganglions elles parties sous-jacentes; c’est des points ainsi comprimés que partent les étincelles; en vidant les intestins par un purgatif, on évite la volée d’étincelles qui résulterait de la compression exercée par les matières qu’ils contiennent.

« Le choix du purgatif n'est pas indifférent; si je me sers de pilules drastiques qui irritent l’intestin, il en résulte quelques étincelles, et un grand malaise avec légers spasmes des muscles de toute la région pelvienne ; si, au contraire, je me sers d’un purgatif salin , de limonade magnésienne par exemple, le malaise est trèsléger, et il n’y a point, ou presque point d’étincelles.

« Lorsque les intestins n ont pas été vidés depuis plusieurs jours, et que le colon est distendu, il se fait une réaction; le colon finit par se contracter et se vider, contre et malgré la volonté ; cette réaction est toujours précédée d’une volée d’étincelles, quelquefois durant toute une nuit.

(( Avant d’avoir le choléra, il me suffisait de mettre, en m’endormant, la main sur la région abdominale; le poids et la chaleur qu’elle produisait, créaient sur la paroi opposée une source d’étincelles , un véritable foyer électrique, j’étais éveillé en sursaut par les spasmes ; j ôtais ma main, et tout rentrait dans l’ordre normal, ou du moins dans le cours de la maladie.

« Les étincelles qui partaient ainsi du grand ou du petit bassin, mais toujours des points où se trouvent des ramifications du grand sympathique, allaient toujours vers les extrémités inférieures, même dans le cas où dans leur trajet elles provoquaient des spasmes des muscles fessiers et de la gouttière vertébrale dans la région lombaire. Enfin, elles ne remontaient jamais , suivaient

PARALYSIE DU MOUVEMENT ET DU SENTIMENT

toujours la direction nerveuse des voûtions qui vont du centre sensorial et intellectuel vers les organes , du centre à la périphérie.

« J’ai noté queles matières fécales s’accumulaient plus souvent dans la fosse iliaque gauche, que dans la droite ; il en résultait que c’était un foyer permanent d’étincelles. Ces étincelles, parties de la fosse iliaque gauche, allaient toujours dans le membre du même côté; de sorte que la jambe gauche a eu plus de deux fois autant de spasmes que la droite. Dès le début la jambe gauche était la plus infirme; elle va mieux que l’autre. Ne peut-on pas attribuer cette différence en mieux aux étincelles et aux spasmes, qui en définitive ont entretenu dans les muscles la vie, la nutrition, la contraction et la souplesse?

«Vrai ou faux, c’était là mon raisonnement, lorsque je voulais provoquer des spasmes artificiels avec la strychnine, contre Vavis de M. Rostan et M. Trousseau. Cela ne me réussit pas.

« 2° J’ai dit qu’il y avait aussi des étincelles qui partaient d’un point de la peau. Tout à coup il se forme sur un point de la région pelvienne, le plus souvent à l’épine iliaque ou aux pieds, une sensation pareille à un vif picotement; de là part une étincelle qui suit la peau, mais la surface de la peau seulement, comme si on y traînait un fil de fer un peu chaud y tous les muscles qui se trouvent sur son trajet se contractent au fur et à mesure qu’ils sont impressionnés. Ces étincelles superficielles ne font jamais un long trajet, elles vont dans tous les sens et provoquent des spasmes assez légers en comparaison des autres.

« Pendant le choléra, on m’avait mis cinq sinapismes, et on laissa ces sinapismes cinq à six heures de suite à la même place; après qu’on les eut enlevés, on frictionna partout avec un Uniment ammoniacal; il en ré-

sulta cinq escarres. Les plaies s’enflammèrent aussi vivement que s’il n’y avait pas eu de paraplégie, et furent plus de deux mois à guérir.

« Chacune de ces plaies devint le foyer d’une foule de petites étincelles, qui ressemblaient plutôt à un courant qu’à des étincelles; à chaque pansement il fallait être deux, un pour tenir la jambe qui était dans des spasmes continuels, un autre pour poser l’appareil. Cela dura ainsi jusqu’à guérison des plaies. »

Tel était l’état déplorable où se trouvait M. Y. .. quand il s’est remis entre mes mains.

Il ne présente aucune apparence même rétrospective d’hémiplégie; il n’a plus d’hallucination de l’ouïe; les oscillations des objets lui semblent beaucoup plus rares que par le passé; les selles sont toujours difficiles ; les urines ne peuvent guère être longtemps retenues, ni expulsées avec régularité; le sommeil est assez bon, excepté quand le malade est tourmenté malgré lui par des idées métaphysiques ; l’appétit est bon, mais les forces sont très-diminuées ; la face est œdématiée et bouffie ; les carotides laissent très-bien entendre un souffle chlorotique; le pouls est faible, mais régulier; la sensibilité de la peau des membres supérieurs est normale ainsi que la myotilité des mêmes parties. Mais les membres inférieurs un peu atrophiés sont dans une sorte de paraplégie du mouvement et du sentiment. Les mouvements sont brusques, saccadés, désordonnés, et ne se font pour ainsi dire pas sous l'influence de la volonté. La sensibilité tactile y est diminuée de façon que le malade ne sait pas s’il est dans son lit, entre ses draps ou dehors, s’il est dans son pantalon ou nu. Il n’y a pourtant pas d’engourdissement douloureux des pieds.

Dans cet état, je ne peux pas voir autre chose qu une affection nerveuse, compliquée de chlorose et d an-

PARALYSIE DU MOUVEMENT ET DU SENTIMENT

hémie, et je dirige le traitement en conséquence, avec un raisonnable espoir de succès.

Je conseille au malade l’usage journalier des pilules de Vallet, deux à chaque repas; d’une petite cuillerée de magnésie décarbonatée à la fin du dîner; chaque matin un bain à une température de vingt à vingt-deux degrés, supportéaussi longtemps quepossible ; une nour riture aussi substantielle que l’appétit le permettra et je lui applique tous les trois ou quatre jours l’électricité au moyen de l’appareil de Breton. Dans les commencements, pour exciter surtout la sensibilité de la peau des membres inférieurs, je promène sur ces parties un pinceau métallique en communication avec l’appareil pendant que l’autre pôle est mis en contact avec d’autres parties du malade, et surtout vers la partie inférieure du tronc au moyen d’une éponge bien mouillée.

Au bout de six semaines de ce traitement, les jambes ont repris partout leur sensibilité à peu près normale ; en même temps le faciès, le pouls et les facultés intellectuelles se sont améliorés. La face a cessé d'être blafarde et comme œdématiée. Le pouls a repris de la force et les souffles chlorotiques ont disparu du cœur et des carotides. Les idées sont plus nettes, et le malade est plus maître de se soustraire à ses rêveries métaphysiques.

A compter de ce moment, tout en continuant le traitement général sur le même plan et d’après les mêmes vues, je cherche à réveiller partout la force musculaire, et j’emploie exclusivement deux éponges mouillées pour transmettre aux muscles le courant électrique dont je me sers. Tantôt je promène les pôles sur tous les muscles de la partie inférieure du corps, et tantôt je les fais agir sur la région périnéale, anale et vésicale. Dans plusieurs séances, j’introduis une sonde dans la vessie et je m’en sers comme conducteur pour trans-

mettre le courant dans cet organe, que je vois alors se contracter plusieurs fois avec force, et expulser à plein jet burine qu’il contenait. Intercurremment,, je fais prendre quelquefois un peu de strychnine en pilules qui en contiennent chacune un demi-centigramme; ou bien je la fais administrer en frictions sous forme de sulfate incorporé dans soixante parties d’axonge. Sous l’influence de ces traitements suivis avec persévérance pendant plus de six mois, la sensibilité a continué de se refaire, et elle est devenue parfaite ; la marche avec une canne a pris assez de force et de solidité pour permettre au malade d’assez longues promenades à pas réguliers. Il est remarquable néanmoins qu’au moment où il se lève pour marcher, des contractions musculaires partielles et désordonnées dans les deux jambes lui donnent d’abord une vacillation très-analogue à celle d’un choréique ; au bout de quelques pas, ce désordre musculaire

spasmodique se régularise, et M. Y . peut se mettre

à marcher sans troubles pendant assez longtemps. Il traîne un peu les jambes et on s’aperçoit que les pieds ne se comportent pas pour la flexion et l’extension avec toute la vivacité convenable; mais aussitôt qu’on le demande,^!. V... montre q u i l peut àvolonté les fléchir et les étendre. Il se soutient facilement sur une seule jambe.

L’expulsion de l urine se fait à volonté maintenant ; mais avec une grande lenteur; puis quand elle a ainsi commencé, il y a grande difficulté à l’arrêter. C’est ce qui fait que le malade ne se livre volontiers à cet exercice que dans le bain. Il y urine presque tous les jours même deux fois. Quand il en éprouve ailleurs le besoin, il préfère se sonder pour en finir plus vite et ne pas se salir.

Les défécations sont faciles et naturelles.

Les érections complètes sont revenues à plusieurs reprises.

PARALYSIE DU MOUVEMENT ET DU SENTIMENT

Il est évident pour moi que ce malade est en voie de guérison et qu’après quelques mois encore de traitement méthodique suivi avec persévérance, il sera rendu à la santé. Il a lui-même conscience du mieux-être qu’il éprouve chaque jour, et la comparaison de son état actuel et de ce qu’il éprouvait auparavant l’encourage assez, malgré quelques oscillations fâcheuses, pour qu il persévère à subir les ennuis d’un traitement si long et quelquefois si pénible.

Toutes les paralysies partielles nerveuses, plus ou moins pareilles à chacune de celles qui ont été décrites dans l’observation ci-dessus, ont quelque chose de particulier dans leur début , dans leur marche , dans leur durée, dans leur complication, dans leur disparition , qui empêchera toujours de les confondre avec les affections semblables d’une autre nature.

Début. — Les paralysies partielles débutent en général d’une manière assez brusque; quelquefois commençant par un simple engourdissement qui s’élève rapidement jusqu’à la paralysie presque complète du sentiment et du mouvement; d’autres fois se montrant dans le principe sous cette dernière forme. Dans d’autres occasions, la paralysie du mouvement est complète de prime abord, et en même temps, au début, il y a exaltation vive de la sensibilité superficielle de la partie paralysée; puis cette sensibilité peut se transformer rapidement en une abolition complète de la même fonction. La venue du mal nerveux ne se péut pas prévoir; pas plus que la forme du début n’indique les circonstances ultérieures de la maladie. Il est bon seulement que le médecin soit prévenu de toutes ces circonstances, parce qu’elles lui sont utiles pour diriger sa thérapeutique et surtout pour établir son pronostic général.

Marche. — La marche des paralysies partielles n’a rien de déterminé à l’avance. Le plus grand nombre,

30 LIVRE il. DES MALADIES NERVEUSES SPÉCIALES.

après avoir acquis leur maximum d’intensité en peu de temps, se tiennent ainsi stationnaires plus ou moins longtemps; puis prennent une marche décroissante, avec quelques oscillations, jusqu’à disparition complète. Cependant j’ai eu occasion d’en observer plusieurs fois, qui, rapidement établies, disparaissent aussi avec une rapidité incroyable. îl n’y avait pour ainsi dire pas de degrés entre la paralysie et le rétablissement de la santé.

Ces changements peuvent arriver d’ailleurs après une durée très-variable, depuis quelques heures jusqu’à des mois. On en rencontre de toutes ces sortes dans les chlorotiques et dans les hystériques, en qui les paralysies partielles s’observent le plus souvent. Elles ont une durée beaucoup plus fixe, quand il s’agit des paralysies générales de la seconde et de la troisième forme et des paralysies locales qui en dérivent. Ces maladies venues lentement et progressivement, s’en vont aussi d’un pas lent et méthodique. Elles suivent à cet égard la condition du mal originaire dont elles dépendent.

Quant à ce qu’on pourrait appeler les complications des paralysies partielles, ce sont presque toujours des désordres symptomatiques résultant de la cause première qui a amené la maladie; des troubles, des convulsions, des étouffements, des palpitations hystériques, ou bien l’ensemble des désordres chlorotiques ; d’autres foisl’expression complète d’une affection rhumatismale; d’autres fois enfin, les accidents ordinaires des empoisonnements métalliques et surtout de l’intoxication saturnine. Toutes ces complications résultent, comme on le comprend, de l’identité de cause, et au lieu de déranger par leur apparition le médecin de sa voie, ne font au contraire que l’affermir dans sa marche, et fortifier ses opinions sur la maladie. Quant aux complications étrangères à l’essence de la maladie, elles peu-

PARALYSIE DU MOUVEMENT ET DU SENTIMENT

vent se rencontrer ici tout aussi bien que dans toutes les autres affections. Elles n’ont d’autre importance spéciale que celle de leur nature d’abord; et ensuite, que celle des modifications que d’une part elles doivent apporter au traitement de la paralysie, et que, d’autre part, elles-mêmes doivent subir sous ce rapport, à cause de la présence antérieure de la paralysie et du désordre souvent général qui la cause.

Elles se terminent le plus souvent par la guérison , soit que cette guérison vienne lentement et méthodiquement, comme dans les paralysies générales ou partielles causées par le plomb ou de forme rhumatismale ; soit qu elle ait lieu brusquement par disparition complète, par déplacement ou par changement de forme morbide, comme dans les paralysies d’origine hystérique ou chlorotique.

La paralysie générale ou partielle de forme progressive, c’est-à-dire avec faiblesse et roideur, engourdissement et douleur des extrémités, et progressivement des parties plus centrales, présente en général un pronostic beaucoup moins rassurant. J’en ai guéri quelques-unes de celles qui occupaient seulement les extrémités, les mains, les bras, les pieds, les jambes; je n’ai jamais vu guérir même une seule de celles qui avaient envahi plus loin. Quant aux paralysies saturnines, je les ai toujours soulagées, et guéries, lorsque le temps m’en a été laissé par la volonté des malades; à moins que quelque autre affection intercurrente, saturnine ou autre, ne vînt enlever le sujet pendant le cours du traitement. Je dois prévenir seulement que, dans ces cas, il faut une longue volonté de poursuivre le traitement et une insistance infatigable, avec une bonne méthode.

Ce que nous devrions dire ici des formes de ces maladies résulte si complètement de ce que nous allons établir au point de vue du diagnostic, que ce serait ris-

quer un double emploi que d*en traiter séparément; je regarde le diagnostic comme si important, que j’aime mieux accumuler sur ce point toutes les données nécessaires. Le pronostic et le traitement, c’est-à-dire la véritable médecine tout entière, reposent sur cette base. On n’y peut donc donner trop d’attention.

Diagnostic. — D’abord les paralysies ne peuvent être confondues avec aucune autre sorte de maladies, empêchant le libre mouvement, et altérant la sensibilité des membres. Ce qui constitue la maladie dont nous parlons , l’impossibilité de faire obéir à la volonté la plus énergique les membres frappés, l’abolition plus ou moins parfaite de la sensibilité, sont deux choses qui ne se retrouvent nulle part ailleurs. Les membres pourront bien ne pas se remuer, parce que le mouvement est douloureux ou matériellement impossible dans certaines maladies ; la sensibilité pourra bien être en même temps momentanément éteinte, troublée ou exaltée. Mais dans tous les cas, qui ne sont pas de la paralysie, le malade aura conservé la conscience de son pouvoir sur le mouvement par la volonté, de la perception de tout ce qui met en jeu la sensibilité. Dans cette maladie, au contraire, le malade juge et les assistants reconnaissent que certaines parties sont soustraites, pour le mouvement, à l’empire de la volonté ; et, pour les sensations, à la conscience nette des impressions. Les paralysies sont donc faciles à distinguer de toutes les autres maladies.

Pour compléter le diagnostic qui nous intéresse, il nous faut apprendre à séparer les paralysies nerveuses des autres paralysies qui occuperaient les mêmes parties, et présenteraient avec elles des analogies. Celles qui pourraient ressembler aux paralysies nerveuses sont : les paralysies progressives dites des aliénés; celles qu’amènent les épanchements des membranes

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séreuses dans lesquelles les différentes parties du système nerveux sont incluses; les paralysies résultant d’altérations organiques ou au dedans de ce système ou placées aux environs , de manière à le comprimer ou à l’envaliir; celles que produisent les hémorrhagies ou les phlegmasies intéressant la pulpe nerveuse ou les parties immédiatement voisines, de manière à empêcher les fonctions du système nerveux central ou de ses dépendances. Je vais indiquer rapidement à l’aide de quels signes on pourra s’y reconnaître.

Les paralysies progressives, dites des aliénés, et qu’on pourrait souvent aussi appeler des vieillards , ont une marche progressive constante, que les paralysies générales nerveuses présentent très -rarement; elles sont accompagnées, dès le début, d’affaiblissement, de trouble notable des facultés intellectuelles, de la mémoire; tandis que, dans les paralysies nerveuses, si la mémoire est quelquefois troublée momentanément, elle se retrouve souvent; les autres facultés de l’intelligence ou se soutiennent ou montrent même une exaltation remarquable. La paralysie progressive des vieillards ressemble sous beaucoup de rapports à celle des aliénés, et dans la plupart des cas n’en peut pas être distinguée; celle dont je traite ici se rencontre en général à un âge tout à fait différent ; les désordres de l’intelligence, communs au début de l’autre, ne se montrent ici que dans les degrés extrêmes de la maladie. La paralysie nerveuse a des exacerbations , des rémissions ; elle se modifie sous l’influence du traitement; elle s’arrête, elle guérit quand elle est encore partielle ; l’autre au contraire est progressive sans presque aucune rémission; elle dure et se soutient, quoi qu’on fasse; quand elle se suspend comme paralysie, les désordres de l’intelligence, qui continuent, tiennent toujours le médecin en éveil sur la nature du mal; elle marche vers la tert. ii. 3

minaison fatale, dès son début, malgré tous les efforts de l’art; la science la plus attentive et la meilleure ne peut pas se flatter de l’enrayer dans ses progrès, une fois qu’elle a commencé d’envahir une partie. La paralysie nerveuse, la plus semblable aux paralysies progressives, débute par quelque partie; et, quand elle fait des progrès, s’étend de proche en proche dans les parties supérieures ou dans les parties congénères du système nerveux; l’autre au contraire débute par presque toutes les parties à la fois. Qu’elle ait commencé par les extrémités, ou par les organes de la parole, ou par le trouble de l’intelligence, ou par quelques insensibilités locales, on ne tarde pas, en observant attentivement les malades, de trouver dans les autres parties du système nerveux des désordres révélateurs de la nature du mal.

En réunissant tous ces caractères comparativement, on ne pourra guère être exposé à confondre avec la paralysie progressive des aliénés et des vieillards la paralysie nerveuse générale qui lui ressemble le plus , celle qui attaque quelquefois des sujets sains d’esprit et d’âge adulte seulement, qui montre en eux une marche progressive, qui présente à la fois et de la paralysie et de la rigidité dans les membres, de la douleur et de l’insensibilité dans les mêmes parties; l’erreur de diagnostic sera d’autant plus sûrement évitée, qu’on observera en même temps avec la paralysie d’autres symptômes nerveux plus ou moins graves , plus ou moins variables; qu’on sera mieux éclairé sur les antécédents; qu’on sera plus sûr de la cause qui aura produit le mal.

Les autres formes de paralysies nerveuses générales, celles qui se montrent chez les hystériques, chez les chlorotiques, chez les individus empoisonnés par le plomb, ne peuvent amais être confondues avec les para-

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lysies générales progressives d’aucune espèce , et à cause de leur cause facile à apprécier et à cause de leurs symptômes, de leur marche; toutes circonstances frappantes, dont la connaissance ne fait jamais défaut.

Certaines paralysies nerveuses partielles pourraient être confondues avec les phénomènes du début des paralysies progressives d’un autre ordre. Mais il faut noter d’abord, que cette erreur ne pourrait durer que pendant un certain temps, les unes et les autres ne tardant pas à prendre une marche tout à fait différente. Les paralysies nerveuses ou guérissent, ou restent, ou s’aggravent. Les autres s’aggravent incessamment, et envahissent toutes les fonctions et successivement toutes les parties du système nerveux. Elles ne guérissent pas, elles ne restent pas stationnaires; leur accroissement a quelque chose de régulier que les nerveuses ne présentent jamais. Générales ou partielles, les paralysies nerveuses peuvent donc être distinguées dans presque tous les cas des autres paralysies dites progressives, quand même elles ont avec elles quelque ressemblance de forme et à plus forte raison dans tous les cas où ces similitudes n’existent en aucune façon.

Certaines paralysies, avons-nous dit, dépendant d’épanchements séreux au dedans ou autour du système nerveux central, pourraient être confondues avec les paralysies dont nous nous occupons ici.

Mais dans les paralysies qu’on nous permettra d’appeler séreuses , la maladie au début n’aura point été une paralysie; il y aura eu des signes d’excitation inflammatoire, puis d’oppression du système nerveux par le liquide épanché; ou bien des suffusions liquides dans le tissu cellulaire ou dans d’autres séreuses, donneront 1 éveil sur la nature du désordre qui se passe vers les centres nerveux. Lamarche de la maladie suffira le plus

souvent pour distinguer les deux cas, et pour donner au praticien attentif des indications diagnostiques et thérapeutiques suffisantes.

Les maladies, différentes au début, le seront encore pendant l’état. Des douleurs, des plaintes particulières, surtoutpendant les changements de position, feront souvent reconnaître la paralysie séreuse. Les mêmes symptômes ne se rencontrent que très-rarement dans les paralysies nerveuses, et, dans celles-ci, on ne retrouve pas l’oppression du système nerveux que comportent, après les douleurs et l’excitation du début, les épanchements séreux comprimant l’encéphale ou la moelle de dedans en dehors ou de dehors en dedans.

Ces circonstances suffisent le plus souvent, quand il s’agit d’épanchements séreux intracrâniens ; les autres pourront encore être reconnus par la tumeur, par la douleur au moyen du palper, par l’étendue de la paralysie; là où quelques-unes de ces particularités pourra être saisie, l’erreur deviendra de plus en plus impossible.

Des altérations de différentes sortes ou au dedans ou autour du système nerveux, produisent encore des paralysies, dont il faut aussi bien poser le diagnostic; le pronostic et le traitement en dépendent également.

On distinguera les paralysies nerveuses générales des autres paralysies semblables, résultant de productions cancéreuses dans les centres nerveux ou autour, par les douleurs spéciales que les affections cancéreuses déterminent dans les parties dépendant du point où le cancer existe ; par le désordre de l’intelligence, quand la production cancéreuse se développe dans le cerveau ou le cervelet; par quelque tumeur le long du rachis, quand c’est la moelle épinière qui souffre de la présence de cet hôte formidable; en tous les cas, par la marche des accidents propres aux cancers, par les symptômes

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intercurrents qui en feront une maladie toute différente des paralysies nerveuses générales saturnines, des paralysies nerveuses mobiles , s’il est permis de parler ainsi, et même des paralysies nerveuses progressives. Ces dernières ont, il est vrai, un peu plus de ressemblance que les autres avec la paralysie résultant de quelques productions accidentelles dans le système nerveux central; mais en étudiant bien la marche et la forme des accidents, les réactions qu’ils provoquent, et surtout les désordres concomitants dans les autres régions, on peut souvent arriver à préciser convenablement le diagnostic.

Ce que je viens de dire des affections cancéreuses s’applique en général, la douleur exceptée, aux autres productions accidentelles développées dans les centres nerveux. Tubercules, kystes de différentes sortes, isolés, en grappes, tumeurs lipomateuses ou sarcomateuses, toutes ces productions déterminent des accidents évidemment issus des centres affectés, et delà se déployant sur les extrémités du système nerveux, tandis que le plus souvent dans les paralysies nerveuses progressives les accidents commencent par les extrémités remontant vers les centres. Cette remarque commune, la fixité du point de départ dans beaucoup de paralysies par productions accidentelles, le développement parallèle d’altérations pareilles, de kystes, de tubercules dans d’autres parties, fournissent au médecin des renseignements suffisants pour diagnostiquer une paralysie d’origine organique; des accidents nerveux, ou concomitants, ou antécédents, acquis ou héréditaires, l’aident presque toujours à reconnaître la nature nerveuse des autres paralysies générales.

Quant aux 'paralysies nerveuses partielles , elles seront suffisamment distinguées par leur marche et leur mode d’apparition, par leur simultanéité avec d’autres acci-

dents nerveux, et surtout par l absence de toutes les causes organiques qui pourraient produire, dans une partie, des paralysies bornées. Dans ces paralysies, le diagnostic local est presque toujours possible, parce qu’on peut presque partout examiner le trajet connu des nerfs sur qui se ferait sentir l’action d’une production accidentelle, et surtout parce que cette production accidentelle serait, en dehors de la paralysie, reconnaissable par ses signes propres.

Restent enfin à séparer des paralysies nerveuses celles que causent les inflammations partielles ou les hémorrhagies dans le système nerveux central. Les phlegmasies ou hémorrhagies qui occuperaient quelques points de ce système en dehors du crâne ou du rachis ne pourraient laisser aucun doute à un observateur un peu attentif; nous devons donc nous borner à parler de celles qui occupent le cerveau ou ses annexes.

Dans les phlegmasies de ces organes, la paralysie, ordinairement bien circonscrite et fixe, est accompagnée de contracture dans les membres paralysés, de douleur quand on veut les étendre et les remuer; la paralysie nerveuse ne comporte pas de contracture ; elle peut bien être accompagnée de convulsions et de roideurs momentanées, mais ces convulsions de formes reconnaissables, ne ressemblent nullement aux contractions de la phlegmasie cérébrale. Les phlegmasies rachidiennes donnent aussi lieu à des paralysies locales ; mais la douleur locale quelquefois perçue par le malade luimême, appréciée presque toujours par le médecin explorant le rachis et appuyant successivement sur toutes les apophyses épineuses des vertèbres, suffit presque toujours pour fixer le diagnostic. En ajoutant à ce signe commun, ceux qu’on tire de la fixité de la paralysie, de sa délimitation bien déterminée, de sa marche, delà forme des accidents concomitants, on arrive presque

PARALYSIE DU MOUVEMENT ET DLT SENTIMENT. ,39

toujours à un diagnostic certain entre la paralysie nerveuse et la phlegmasie des centres nerveux qui lui serait comparable.

Aux phlegmasies succèdent les ramollissements blancs avec paralysie. La contracture manque alors le plus souvent et la paralysie simple pourrait être confondue avec la paralysie nerveuse, si on n’avait pas les antécédents, si la paralysie nerveuse ne présentait pas une marche toute différente, si elle se limitait d’une manière aussi nette, si elle n’avait pas des inégalités que l’autre ne comporte pas, si l’état de l’intelligence était le même, si des accidents nerveux de différentes sortes ne la compliquaient et ne l’indiquaient pas, si les causes générales capables d’amener l’une ou l’autre de ces affections n’existaient pas, si enfin l’examen du malade, de sa physionomie, de son port, de ses autres fonctions, ne donnaient pas des raisons péremptoires pour se décider en faveur de l’une ou de l’autre maladie.

Quant aux hémorrhagies dans les centres nerveux, cause de beaucoup la plus commune des paralysies, elles ont lieu avec ou sans ramollissement cérébral. Avec ce ramollissement, elles rentrent dans les maladies dont nous venons de parler et les règles du diagnostic d’une de ces maladies comparées aux paralysies nerveuses, restent les mêmes, en y ajoutant encore les remarques qui concernent les hémorrhagies sans phlegmasie, sans ramollissement cérébral. Dans ce dernier cas, la fixité du désordre comparée à la condition contraire qui est propre aux paralysies nerveuses; l’invasion rapide sinon subite du mal dans toute son intensité, au lieu de l'envahissement progressif des paralysies nerveuses; la grande étendue qu’il occupe dans le système nerveux et qu’il y conserve, au lieu de la distribution limitée, incertaine, bizarre qu’il affecte dans les paralysies nerveuses; ledéplacement fréquent, rapide qu’il offre dans

ces dernières maladies, au lieu de l’inamovibilité qui lui est propre quand il y a hémorrhagie ; la différence même très-grande que comporte la curation des paralysies sans matière, et celle des paralysies dans lesquelles un corps étranger interposé dans les centres nerveux aura pu se modifier, se résorber, s’organiser , s’enkyster ou disparaître pour faire place à une véritable cicatrice; tous ces caractères suffisent pour distinguer ces maladies les unes des autres.

Il faut encore ajouter que, dans ce parallèle, nous n’avons rien dit de l’étude de la constitution des malades, si souvent différente dans l’un et l’autre cas; du sexe, qui mérite tant de considération dans l’étude de certaines maladies nerveuses; de l’âge, qui place les maladies nerveuses de l’âge adulte et de la jeunesse, si loin des maladies organiques, phlegmasiques ou hémorrhagiques du cerveau, apanage ordinaire de l’âge de retour; de la vie morale des sujets affectés, et surtout des résultats obtenus par un traitement bien entendu, appliqué avec intelligence dans les cas douteux, comme moyen utile à la guérison et en même temps comme moyen capable d’assurer le diagnostic.

Avec toutes ces données, avec celles dont nous avons fait plus haut l’énumération, il me semble impossible qu’un médecin prudent commette une erreur préjudiciable au malade. Il serait difficile surtout qu’il y persistât; et comme ces paralysies, quelles qu elles soient , sont toutes des conséquences d’altérations générales ou locales fort lentes à guérir, je crois qu’un médecin sage aura toujours le temps de s’éclairer, de comparer avec son opinion première les résultats qu’il aura pu obtenir, et de fixer ainsi son diagnostic , son pronostic et son traitement.

Anatomie pathologique. — Les ouvertures de corps n’ont rien enseigné de particulier relativement aux pa-

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ralysies nerveuses; ce n est pas sur cette partie de la science que nous devons nous appuyer pour fonder le pronostic, mais sur l’étude des causes de la maladie; c’est pour cela et parce que l’étude de ces causes est de la plus grande importance pour le traitement que nous l’avons renvoyée ici.

Causes. — Ces causes sont presque toujours d’un ordre général et elles disposent à la maladie par leur action sur l’ensemble du système. Nous ne devons pas nous étonner par conséquent, de trouver parmi elles, au premier rang, Y état nerveux . C’est cette cause qui produit le plus des paralysies de la première espèce que nous avons décrite, de celles qui se déplacent, qui envahissent brusquement ou disparaissent de même, qui tantôt s’emparent de presque toute la personne, et tantôt sur le même sujet, se limitent à quelques parties, même étendues. Parmi les causes de cet état, qui en reconnaît tant de diverses, les deux plus fécondes en paralysies sont la chlorose et V hystérie y pour les autres, la paralysie nerveuse est une conséquence seulement possible et observée, mais exceptionnelle ; sous l’influence de la chlorose et de l’hystérie, elle est, j’allais presque dire, commune.

Dans la chlorose avancée , des phénomènes nerveux plus ou moins graves ne manquent guère; les paralysies plus ou moins étendues sont un des phénomènes qui se dessinent alors le mieux. On les rencontre fort souvent et sous toutes sortes de formes, et on peut s’attendre à les voir se modifier de la manière la plus singulière. J’ai sous les yeux l’observation d’une jeune fille, à qui on avait fait une grande peur pendant qu’elle avait ses règles. Ses menstrues ont été immédiatement supprimées, elle a perdu en même temps connaissance au milieu de convulsions violentes; à la suite, elle était restée malade, faible, sans appétit, et sujette à des atta-

ques de convulsions hystériformes, avec perte complète de connaissance. Ces convulsions, que j’ai plusieurs fois observées, n’avaient rien d’épileptique. Cette fille jusque-là forte, pléthorique, bien colorée, resta privée de ses évacuations périodiques, se décolora et devint éminemment chlorotique. C’est dans cet état que je commençai à la soigner. Dans les commencements, les attaques hystériformes revinrent plusieurs fois, puis elles furent remplacées par d’autres accidents nerveux, Pendant sept ou huit mois qu’elle fut soumise à mon observation, cette jeune fille me montra presque toutes les paralysies dont les chlorotiques peuvent être affectées. Tantôt c’était une paraplégie avec tout son cortège; puis la paraplégie se dissipant, était remplacée le mois suivant par une hémiplégie complète du côté droit; l’hémiplégie disparue, la paraplégie recommençait ou bien un embarras manifeste de la parole , ou une hémiplégie d’un bras ou d'une jambe seulement.

Une autre jeune fille également chlorotique, mais devenue telle sans brusque secousse, avec une diminution graduelle de ses règles , était remarquable par une extinction complète de sensibilité avec abolition du mouvement volontaire, qui se répétaient quelquefois plusieurs fois par jour, et d’autres fois se continuaient pendant deux ou trois jours. Cette jeune fille, au bout de six semaines de traitement, cessa de tomber dans ses attaques de paralysie générale ; mais perdit complètement la parole pendant plus de quinze jours. L’intelligence était conservée ; le mouvement musculaire aussi et la sensibilité partout normale; mais la parole était impossible. Dans les huit premiers jours , la malade ne pouvait ni ouvrir la bouche ni sortir la langue; on était obligé pour la nourrir de lui faire avaler des liquides ou des pâtes molles; la matière alimentaire portée jusqu’à la base de la langue, la déglu-

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tition s'opérait ; autrement elle ne se faisait pas. Au bout de quelques jours , la malade put ouvrir la bouche, quand on le lui demandait; puis elle remua un peu la langue, puis elle bégaya, enfin la parole plus distincte lui revint, ainsi que tous les mouvements de la langue. Mais d’autres phénomènes nerveux, de moins en moins graves, remplacèrent jusqu’à la guérison ceux dont je viens de donner une idée.

J’ai cité ces deux exemples, à cause des bizarreries des transformations de la paralysie ; j’en pourrais rapporter un grand nombre, si je voulais raconter toutes les paralysies définies et fixes qui peuvent se montrer chez les chlorotiques. La chlorose, de quelque cause qu’elle résulte, faiblesse radicale de la constitution, pertes excessives ou de menstrues, ou de lait chez les nourrices, alimentation insuffisante, excès ou privations, chagrins ou apathie, est une des causes les plus communes de paralysies nerveuses, soit générales ou ou moins fort étendues, soit partielles.

L hystérie est, après la chlorose, une des causes les plus ordinaires du mal dont je parle. Beaucoup d’hystériques n’ont point de paralysie et n’en ont jamais éprouvé; mais il est peu d’hystériques gravement atteintes de leur mal, en qui quelque paralysie n’ait été observée. Tantôt elle reste et dure plus ou moins longtemps après une attaque régulière d’hystérie; tantôt elle la précède et en forme pour ainsi dire le début ; d autres fois elle se montre et se maintient pendant quelque temps en dehors des attaques, des convulsions, des étranglements qui forment le paroxysme de la maladie. Dans ces paralysies, on observe souvent à la fois l’abolition du mouvement et celle de la sensibilité. Il est plus rare que l’une de ces deux formes de désordre nerveux se rencontre seule. Je ne saurais dire pour ces cas laquelle est plus ordinaire, de celle qui intéresse

la sensibilité ou de celle qui arrête le mouvement. Je me suis déjà expliqué sur ce sujet en traitant de T hystérie.

Cela n’a rien d’extraordinaire, puisque l’hystérie est une des crises communes de l’état nerveux dont nous avons donné la description, et que cet état nerveux, de quelque forme qu’il soit et de quelque origine qu’il résulte, est la grande cause des paralysies sans matière. Les manifestations extrêmes de cet état sont ou une attaque dite hystérique, et c’est la plus commune; ou une paralysie momentanée ajoutée à l’attaque convulsive, ou se montrant isolément chez des sujets affectés le plus ordinairement de la crise nerveuse convulsive. La première des jeunes filles dont j’ai parlé avait offert le double phénomène de chlorose et d’hystérie; la seconde n’a jamais rien présenté qui se rapportât à cette seconde maladie.

Une autre cause fréquente de paralysie nerveuse est le rhumatisme. Le corps étant en sueur, on est mouillé et refroidi brusquement, sans pouvoir se réchauffer après , et une paralysie véritablement rhumatismale peut s’ensuivre. J’en ai rencontré des exemples non douteux pour quelques paralysies générales , et des preuves nombreuses pour les paralysies partielles. Dans quelques cas, la paralysie a une forme aiguë; les exemples semblables sont bien plus communs pour les paralysies chroniques. Les gens qui travaillent la partie inférieure du corps dans l’eau, qui vivent et couchent dans des endroits humides et mal aérés, offrent à chaque instant des paralysies chroniques et partielles des parties exposées à l’impression du froid humide. Les ouvriers des ports, les blanchisseuses, les mariniers, les individus que la misère et le défaut de prudence exposent à des logements humides , ténébreux , salpêtrés, ou que leur profession condamne à de pa-

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reilles conditions hygiéniques , comme les tisserands dans certains pays, offrent de nombreux exemples de paraplégies et de paralysies partielles. Je ne crois pas qu on puisse dans tous ces cas démontrer une altération matérielle du système nerveux , quoique les symptômes de paralysie locale soient des mieux caractérisés.

A côté de ces causes, en raison de l’analogie des symptômes et des liaisons qui existent entre les origines, nous devons signaler certaines pertes excessives, certaines alimentations , certains empoisonnements et quelques épidémies.

Les pertes dont nous voulons parler sont de toutes les sortes.

Les paralysies nerveuses arrivent à la suite des excès de travaux de l’intelligence, des excès de fatigue musculaire, tout aussi bien que des excès vénériens. Un peu moins souvent à la suite des premiers, d abord parce qu’ils sont plus rares , et ensuite parce qu ils amènent plus difficilement l’état d’anhémie et d irritation nerveuse, dont les autres sont souvent suivis. Mais pour être moins communs, ils ne sont pas moins réels et moins prouvés. La paralysie, qui se présente alors, est en général, comme toutes celles dont nous allons parler, de forme progressive. Elle commence par les extrémités et gagne successivement en montant vers les centres ; elle s’accompagne souvent de douleurs dans les parties engourdies, surtout dans les muscles qui les meuvent, et suit la marche que nous avons indiquée.

Celles que causent les fatigues musculaires doivent être distinguées avec soin de la paralysie qui serait la conséquence d’une véritable myélite, à la suite d efforts musculaires excessifs. Au début surtout, la distinction des deux causes sera nécessaire, à cause de la différence des traitements; passée à l’état chronique, cette para-

lysie offre bien moins de diversité et surtout d’opposition dans les indications. Les signes de la myélite dans le premier cas, l’absence complète de ces signes dans le second , et la connaissance de Tahus commis mettront le praticien attentif sur la voie et régleront sa conduite.

D’ailleurs, les paralysies par suite & efforts musculaires ou trop longtemps ou trop fortement soutenus, sont toujours accompagnées d’une sorte de contracture et de rigidité musculaires facile à reconnaître ; et ultérieurement, à mesure que la maladie avance , d’une sorte d’atrophie, de dépérissement marqué, surtout dans les muscles qui ont été condamnés à l’excès de travail. Cette atrophie consécutive et, en même temps, la bonne conservation des facultés affectives et intellectuelles, aident beaucoup à distinguer cette paralysie de la paralysie progressive. En outre, le lieu d’élection sur les muscles les plus fatigués et la délimitation qu’elle comporte pendant presque toute sa durée achèvent de donner de la certitude au diagnostic, et empêchent définitivement de confondre celle dont nous parlons ici avec la voisine, quelle que soit la ressemblance qu’il y ait d’ailleurs entre elles.

Les paralysies amenées par les pertes séminales , en général de forme pareille à celles que nous venons d’indiquer, et beaucoup plus souvent paraplégiques qiT hémiplégiques, pourront résulter ou d’excès vénériens ou de pertes séminales involontaires. La confession du malade dans le premier cas, ses plaintes motivées dans le second, mettront bien vite le médecin au courant. L’exploration attentive du rachis qui ne lui offrira aucune altération appréciable , la délimitation mal dessinée de la paralysie qui serait toute différente si quelque portion de la moelle était altérée ou matériellement gênée , les douleurs musculaires qui auront précédé et qui accompagneront encore souvent la para-

paralysie du mouvement et du sentiment.

lysie, la constatation du dépérissement de la constitution achèveront de F éclairer sur la nature et sur la cause intime du mal, et lui fourniront pour le traitement les données les plus importantes.

Certaines alimentations pourront aussi amener des paralysies nerveuses; dans ce cas encore, on rencontrera surtout des paraplégies avec douleurs* Tels sont les effets des farines de seigle ou de froment dans lesquelles de l’ergot en masse notable aura été mêlé, des farines de maïs avariées* Ces nourritures insuffisantes et malsaines produiront d’abord des maladies diverses et le plus souvent des maladies spéciales, parmi lesquelles les paralysies, dont je traite. Elles en sont un des termes les plus graves et les plus immédiatement mortels. Mais en dehors de ces conditions tout exceptionnelles, et dans lesquelles il y a, outre l’anhémie produite, un véritable empoisonnement, on peut encore observer des paralysies nerveuses à la suite d’une alimentation mal gouvernée. J’ai cité plus haut le fait de cette jeune dame que l’abus alcoolique avait jetée dans une véritable paraplégie progressive ; elle en était venue là, comme je t’ai dit, en buvant chaque jour deux ou trois bouteilles de vip de Porto, toujours suivant l’usage falsifié avec de l’eau-de-vie, et deux ou trois grands verres de cognac. Ces substances directement absorbées, comme nous l’avons prouvé avec M. Boucbardat dans notre Mémoire sur la digestion des alcooliques et portées en nature dans le sang, ne peuvent pas manquer à la longue, lors même qu’on y est assez habitué pour que l’intelligence n’en soit pas sensiblement altérée, de porter une grave atteinte au système nerveux. C’est ce qui était arrivé chez cette jeune dame; c’est ce qu’on observe dans quelques cas analogues.

11 ne faudrait pas confondre avec ces paralysies, celles qu’on observe chez les personnes qui ont bu du vin fre-

laté avec un sel de plomb, celles qui existaient chez les individus tourmentés de la colique de Devonshire. Dans ce comté on fabriquait beaucoup de cidre et on avait trouvé qu’il était plus doux et meilleur en le conservant dans des vases en plomb; de là les coliques et les paralysies des buveurs de ce liquide adouci mais empoisonné. La colique et les paralysies de Devonshire ont disparu depuis qu’on a pris le parti de conserver autrement le cidre de ce comté. C’est un fait que m’a assuré M. le docteur Macartan qui le connaît.

Le 'plomb est une cause fréquente de paralysie, particulièrement celui qui est introduit par les voies digestives. On ne peut pas affirmer que, dans les manipulations ordinaires, le plomb ne pénètre pas l’organisme par d’autres voies, par absorption de la peau, par 1a, respiration ; mais on est assuré qu’il y entre surtout par la digestion. Tous les médecins de nos hôpitaux savent quelle terrible action ce métal exerce sur les malheureux qui le manient sans précaution. Les paralysies sont certainement une des plus fâcheuses et en même temps des plus communes suites de l’introduction de ce métal dans l’économie. La paralysie saturnine, malgré toutes les recherches qui ont été faites, me paraît encore un de ces mystères de l’organisme vivant qu’on doit considérer et désigner comme trouble nerveux. Cela se passe dans le système nerveux; nous ne connaissons pas de lésion matérielle qui nous explique le désordre fonctionnel ; et la guérison s’obtient par des agents dirigés directement sur le système nerveux. A ce triple point de vue, la classification de la paralysie dont je parle n’est pas douteuse, pas plus que l’activité et la réalité de la cause.

Je ne dois pas oublier de faire remarquer encore ici que parmi ces paralysies saturnines ou générales ou partielles, il y a des différences qui correspondent aux va-

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riétés d’empoisonnements dont ce dangereux métal est capable. Les paralysies des ouvriers employés aux fabriques de plomb peuvent réunir tous les caractères de ce genre, à cause de la multiplicité des formes sous lesquelles ce poison peut être absorbé. Les peintres ont des paralysies des extrémités, sans désordre apparent, mais avec résolution complète, surtout des extenseurs. Les mécaniciens-ajusteurs, qui manient principalement le rouge de plomb, ont, en même temps que la paralysie, une atrophie des muscles de l’éminence thénar et des avant-bras, avec une sorte de rigidité des articulations, particulièrement pour les extrémités supérieures.

Enfin une dernière cause qu’il n’est pas possible de passer sous silence, c’est la présence de certaines épidémies ; j’ espère pour quelques-unes, comme pour les coliques de Devonshire dont je parlais tout à l’heure, qu’une science plus avancée pourra trouver une explication toute naturelle et toute simple; mais d’abord il pourra se faire, comme pour le mal désigné plus haut, que l’explication scientifique nouvelle ne fasse pas sortir la maladie du cadre nosologique dans lequel elle est entrée ; ensuite, nous ne pouvons pas nous mettre par une prévision toute hypothétique en dehors de la science de notre temps. Contentons-nous donc de prendre le fait tel qu’il est; et, à ce point de vue, le seul raisonnable, on est forcé de noter et de considérer comme nerveuses certaines paralysies observées dans quelques épidémies.

Pour ne pas sortir de ce qui a frappé nos yeux, les médecins contemporains ne se souviennent-ils pas tous de ces paralysies douloureuses des extrémités qui signalaient certains degrés fort avancés de l’épidémie de 1 829, à laquelle on a donné le nom d 'acrodynie, de chi-

ropodalgie ? Ces paralysies marchaient, comme celles T. II. 4

qu’on désigne sous le nom de progressives ; elles étaient accompagnées de symptômes d’un autre ordre, mais la paraplégie n’en était pas moins constante , comme dans certaines formes d’ergotisme, comme dans les intoxications saturnines.

Dans d’autres épidémies, comme celles des convulsionnaires d’Allemagne et de France, les paralysies qui se montraient quelquefois, étaient plutôt des symptômes hystériques ou chlorotiques, provoqués par l’excitation nerveuse générale ; et par conséquent appartiennent plutôt à ce qui regarde ces formes de paralysies, quoiqu’elles se soient montrées épidémiquement. Ce n’était qu’une conséquence de l’état nerveux généralisé par l’exaltation des esprits.

Enfin, d’autres paralysies encore peuvent résulter du développement de quelques maladies : les tubercules , la syphilis j la pellagre , la goutte , les affections cancéreuses. Mais dans tous ces cas, les phénomènes nerveux, ceux delà paralysie, dépendent de la compression, de la désorganisation de quelques parties du système nerveux central, matériellement lésé par une production étrangère. Ce n’est plus une affection nerveuse, et la cause intime constatée implique un traitement spécial de la plus haute importance ; mais c’est une étude en dehors de notre sujet; elle nous regarde seulement en ceci, que le diagnostic en doit être bien posé, avant de se prononcer sur la maladie et surtout avant d’agir pour la traiter.

Les paralysies nerveuses partielles sont plus communes peut-être encore que les générales, dont nous venons d’étudier les causes et les formes. Elles occupent certaines parties seulement et y restent fixées plus ou moins longtemps. J’en ai vu de formes différentes; ici hémiplégiques, là paraplégiques ; tantôt permanentes, tantôt momentanées; fixées chez quelques sujets, mobiles chez

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quelques autres; habituellement avec une sorte de contracture et de rigidité musculaire, et quelquefois au contraire avec une laxité parfaite des parties. J’en ai même observé un cas bien remarquable, et que je ne peux pas m’empêcher de noter ici.

Un jeune homme avait été pris de paraplégie des deux extrémités inférieures, et cette paraplégie était complète, c’est-à-dire, que le mouvement et le sentiment étaient supprimés à la fois, mais avec cette bizarrerie, que le sentiment manquait complètement d’un côté qui avait conservé le mouvement, et que de l’autre côté le mouvement seul était paralysé, la sensibilité ayant persisté comme à l’ordinaire. Le fait est assez curieux pour que j’en consigne ici les détails recueillis par M. Réal, mon interne.

Observation. — Hennequin Luc, âgé de vingt-cinq ans, fondeur en fer ou plutôt mouleur, entré à l’hôpital Beaujon, le 25 janvier 1848. Il est ordinairement bien portant, excepté qu’il est sujet à des maux de tête, surtout quand il est baissé. Il paraît à son aspect extérieur approcher du tempérament propre aux scrofuleux; la figure est grosse, le nez est épaté.

Il y a six semaines, éruptions très-prurigineuses audevant de la poitrine et dans le dos; anorexie. Purgatifs ;

1 appétit revient. Mais un matin le malade s’aperçoit qu’il est faible, vacillant sur les deux jambes; fourmillements dans les cuisses et le haut de la jambe.

Actuellement (25 janvier) et depuis onze jours, la faiblesse motrice est plus prononcée à droite qu’à gauche; le malade, en marchant, traîne cette jambe, et dans la station, il ne peut même pas en soulever le poids jusqu’à angle droit en la fléchissant sur la cuisse.

Au contraire, dans le membre gauche, toute la force est conservée, mais la sensibilité est très-obtuse; et il v a constamment sensation subjective de froid. A droite,

la sensibilité est conservée, et il n’y a qu’une légère sensation passagère de froid à l’extrémité des doigts de pied.

L’excrétion des urines et des matières fécales se fait bien; mais le passage de l’urine, par exemple, ne cause plus la même sensation, ou plutôt cette sensation est devenue très-obtuse.

Aucun phénomène anormal appréciable du côté des sens, de l’intelligence et des membres supérieurs.

Pas de douleur à la pression ni à la percussion en aucune région du rachis.

Le 27 janvier, trente sangsues aux lombes, cataplasmes. Le lendemain le malade dit se sentir un peu mieux, il croit avoir un peu plus de force dans la jambe droite, mais l’amélioration est peu marquée. L’appétit est faible; il y a de la constipation.

Le 30 janvier au matin, éblouissement, nausées suivies de vomissements répétés, pendant les efforts desquels le malade, étant debout, a eu une faiblesse. Le soir tout est rentré dans l’ordre ; il ne reste que de Linappétence. Les deux jours suivants quelques verres d’eau de Sedlitz.

Le 2 février, deux cautères, plus larges et plus profonds que l’on n’aurait voulu, sont appliqués de chaque côté des apophyses épineuses lombaires.

Quelques jours après, le malade commence à accuser de plus en plus de force dans les mouvements du membre inférieur droit; il plie mieux le genou dans la marche , et, ce qui prouve que les extenseurs de la jambe et les fléchisseurs de la cuisse reprennent de l’énergie, la jambe n’est plus projetée en avant et le malade ne s’incline plus en avant et latéralement, pour faire tomber instinctivement la verticale passant par son centre de gravité au-devant de l’articulation du genou, comme il le faisait auparavant, maintenant ainsi cette articulation

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dans l’extension indépendamment de la force musculaire, et prenant un point d’appui solide comme sur une tige rigide.

Graduellement la force revient dans le membre droit; la marche devient de plus en plus naturelle; la jambe peut être fléchie à angle droit dans la station. Cependant le pied droit a une grande tendance à dévier latéralement, à cause de la faiblesse des jambiers et des péroniers.

La sensibilité commence aussi à renaître, mais pas tout à fait aussi vite que la motilité; le malade affirme sentir un peu mieux le contact des corps, quoique encore d’une manière obtuse.

Il sort dans cet état le 1 5 février, devant entretenir ses cautères et se reposer chez lui. Il a été rencontré trois mois après par M. Iléal, à qui il a affirmé qu’il ne ressentait plus rien.

Les parties, le plus souvent affectées de paralysies locales du mouvement et du sentiment, sont principalement les mains avec une partie de l’avant-bras, les pieds, la vessie, puis des portions limitées de la face.

J’en ai vu un seul exemple qui intéressait presque tous les muscles de la face. Je le place ici, quoique la sensibilité fût bien revenue quand la malade entre dans mon service, parce que, dans les commencements, cette fonction avait été troublée en même temps que la myotilité.

Observation. — Paralysie faciale double . — Rosalie Dufont, femme Pancoup , âgée de quarante-deux ans, entre à l’hôpital, le 13 octobre 1848, pour une double paralysie faciale. Elle a toujours été bien portante, bien réglée, excepté à la dernière époque qui a été marquée par un retard de quinze jours, pour lequel retard elle a été saignée une fois. Elle n’a jamais eu aucun des

symptômes qui signalent la chlorose, tels que palpitation, gastralgie, etc.

Vers le 14 août, un samedi, quelqu’un faillit la faire tomber dans un escalier, ce qui lui fit grand’peur. Le lendemain matin, son mari s’aperçut que la bouche était déviée à droite, et que le rire ou toute autre expression augmentait la déviation; la paralysie gauche fut d’emblée à peu près complète; ainsi les muscles orbiculaires des lèvres et des paupières, les sourciliers, les frontaux cessèrent d’agir ainsi que tous les autres muscles de l’expression faciale. Pendant quatre à cinq jours la paralysie resta bornée au côté gauche; pendant ce temps la malade mangeait encore bien avec le côté droit, mais la parole était plus embarrassée et moins nette à cause de la déviation considérable de la bouche. Au bout de ces quelques jours, la bouche s’était graduellement redressée, mais ce n’était pas par le fait de la disparition de la paralysie gauche; l’autre côté était luimême atteint. Dès lors la figure est restée sans aucune espèce d’expression : les frontaux et les sourciliers ne peuvent plus plisser le front; en un mot, toutes les parties de la face sous l’influence du nerf facial n’éprouvent plus que des mouvements passifs. Ainsi les paupières supérieures ne s’abaissent plus complètement, et quand elles arrivent à se clore à peu près, on saisit immédiatement le mécanisme par lequel s’opère cette occlusion; lorsqu’on dit à la malade de fermer les yeux, ce n’est pas la paupière qui vient cacher l’œil , c’est celui-ci qui va se cacher sous la partie supérieure delà paupière; bientôt la surface bombée de la cornée s’abaissant par saccades, entraîne en bas la paupière supérieure; mais il s’en faut toujours au moins de cinq millimètres que les deux bords palpébraux n’arrivent au contact.

11 en est de même des lèvres ; la lèvre inférieure peut être relevée, mais par un mouvement de succion; et

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elle n’obéit qu’à la pression de l’air qui tend alors à pénétrer dans la bouche.

La préhension des aliments liquides et solides était au début tout à fait impossible ; elle est un peu plus facile maintenant à cause des procédés que l’expérience et la nécessité apprennent à la malade.

Les consonnes labiales ne sont prononcées passablement que depuis peu aussi ; mais ce n’est pas par un mouvement actif des lèvres, mais bien par le mouvement des mâchoires qui entraînent les lèvres en totalité.

La malade éprouve dans les deux oreilles une sensation qu’elle essaye de désigner ainsi : de temps en temps il lui semble que quelque chose oscille dans son oreille, et elle entend un petit claquement, comme si, dit-elle, son tympan était dérangé. Cela paraît devoir tenir à la paralysie du muscle interne du marteau qui laisse la membrane du tympan dans le relâchement.

Nous venons de voir que tous les muscles de l’expression sont frappés d’impuissance. Nous ferons remarquer que le voile du palais est le seul des organes, en partie du moins soumis au nerf facial, qui n’ait pas de rapport avec l’expression, et que c’est aussi le seul qui ne soit pas paralysé. Actuellement il est facile de vérifier son action par l’inspection directe. Le péristaphyliri externe tend et relève très-bien ce voile; d’ailleurs, la malade ne nasonne pas et n’a jamais nasonné, ce qui prouve que les fonctions du voile du palais n’ont jamais été troublées. La sensibilité existe maintenant sur tous les points de la face ; mais au début elle a été troublée partout, et surtout à la joue gauche. Le toucher produisait une sensation analogue à celle que causerait une plaie guérie, mais encore endolorie.

La langue et tous les autres organes jouissent de la plénitude de leurs fonctions.

La malade a été débilitée par une saignée et des purgatifs répétés qui lui ont ôté l’appétit et l’ont fait maigrir considérablement. Elle a actuellement le teint décoloré; on entend au premier temps dans l'aorte et surtout dans les carotides un bruit prolongé et frotté qui indique qu’il y a de la chlorose.

Le repos fait du bien à la malade. Les premiers jours de son séjour dans les salles, je lui ai fait subir deux séances de galvanisme, transmis par des éponges mouillées. Ces essais ont causé de vives douleurs, mais n’ont pas du tout contracté les muscles de la face.

La malade voulut sortir le 20 octobre non guérie, ou plutôt non encore traitée, malgré toutes mes instances.

Enfin on observe encore quelquefois une autre paralysie partielle sur laquelle les observateurs modernes ont appelé déjà plusieurs fois l’attention des médecins» Telle est celle qui se produit, ainsi que l’a observé M. Briquet, après un exercice excessif des jambes, des bras, pour les ouvriers dont la profession a condamné ces parties à travailler outre mesure. Telle .est celle des doigts, ou plutôt de certains doigts de la main droite, notée chez les écrivains ou parmi les personnes qui manient continuellement l’aiguille comme les tailleurs, les couturières, etc.

Dans tous ces cas, la paralysie arrive progressivement par engourdissement, puis par une sorte d’atrophie avec contraction des organes atteints par le mal. Une sorte d’atrophie des membres lésés ne manque guère de se montrer sur la fin de la maladie. 11 semble que le travail local excessif ait déterminé d’abord une sorte d’hypertrophie, puis une phlegmasie locale de tout l’organe, et, comme conséquence forcée, la cessation des fonctions nerveuses régulières, puis enfin la suspension de la contraction normale des membres paralysés.

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Quant aux autres exemples de paralysies partielles que je pourrais citer, ils ressemblent à tous les cas de paralysie d’une autre espèce occupant les mêmes parties. La délicatesse ordinaire du toucher y manque ; la précision et la régularité volontaire des mouvements y font défaut et tous les symptômes dérivent et de la nature du mal et de la fonction finale des organes frappés.

Tout ce que je crois utile d’en dire, c’est que les paralysies avec contractions se rencontrent plutôt chez les personnes qui ont fatigué leurs membres outre mesure, ou chez celles qui ont subi une grave atteinte rhumatismale ; les hémiplégies dérivent plutôt d’une nature hystérique que de toute autre cause; les paraplégies, des excès ou des vives et longues impressions morales. Lejeune médecin dont j’ai rapporté plus haut l’histoire présente un échantillon complet de toutes celles que j ai appelées permanentes, momentanées et mobiles. Je pourrais encore, comme exemple, rappeler à ce sujet une jeune fille dont j’ai dit un mot en parlant de l’hystérie. Ces deux exemples prouveraient que ces affections de formes si diverses peuvent naître dans des circonstances tout à fait différentes. Je me garderais bien de chercher à leur assigner une origine. Iis sont; et pour chaque cas il faut faire l’étude entière du malade au physique et au moral.

Pronostic. — On doit facilement concevoir, d’après tout ce que nous venons de dire sur les formes et surtout sur les causes de la paralysie nerveuse, combien le pronostic en doit varier.

Toutes choses égales d’ailleurs, dans chaque espèce, le pronostic sera d’autant plus grave, que la paralysie sera plus étendue et plus ancienne. Ces circonstances impliquent une détérioration plus grande de l’économie, une action plus grande et plus profonde de la cause; elles doivent en conséquence pour le pronostic

être prises en grande considération. Mais, en dehors de ces deux conditions, le pronostic dépend presque entièrement de la cause; d’abord parce que c’est de là que résulte la nature de la maladie; ensuite parce que c’est là que se trouve la meilleure source des indications thérapeutiques, la plus grande somme des probabilités du succès.

Sous ce rapport, les paralysies chlorotiques sont les moins graves de toutes; la maladie une fois connue comporte des indications bien précises et parfaitement applicables. On doitguérir définitivement dans un temps donné, déterminé par l’intensité de l’affection principe, et par les troubles physiologiques dont la chlorose ellemême peut résulter.

Le pronostic des paralysies nerveuses par chlorose ne devient vraiment grave que quand cette dernière affection est portée à un degré tel qu’on en puisse sérieusement craindre un résultat funeste. J’ai vu une jeune femme chlorotique mourir dans une défaillance qu’avaient provoquée des mouvements trop actifs pour elle; dans des faits plus nombreux, j’ai observé des maladies intercurrentes que la chlorose avait rendues beaucoup plus graves. Enfin on rencontre quelques exemples de personnes quisortenttrès-lentement et trèsdifficilement de l’état précaire dans lequel cette maladie les tient. A ce triple point de vue, et dans les cas exceptionnels que je viens de rappeler, un médecin prudent se tiendra dans une sage réserve pour le danger et surtout pour la durée de la paralysie.

Dans les conditions opposées, qui sont beaucoup plus communes, il pourra, et, consciencieusement, il devra rassurer les familles et surtout les malades.

La paralysie hystérique vient après; non pas parce qu’elle se montre en soi plus tenace et plus constante; mais parce qu’elle est plus sujette à récidives; parce

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que la cause est moins accessible à nos moyens de traitement; parce qu’elle tient, pour ainsi dire, à la constitution et n’est point, comme la précédente, un simple accident de la maladie.

Les paralysies d "origine rhumatismale sont plus tenaces et plus fixes que les précédentes; mais elles n’ont pas encore la gravité et la longévité de celles dont nous parlerons tout à l’heure. Elles participent des unes et des autres. On devra les classer pour le pronostic ou plus près des premières ou plus près des dernières, suivant l’intensité des symptômes actuels; suivant le temps plus ou moins long pendant lequel la cause aura agi, suivant les rechutes ou la nouveauté de la maladie; suivant la possibilité plus ou moins grande d’agir sur le sujet, dans le sens thérapeutique et prophylactique.

Quant à toutes les autres espèces de paralysies provenant de pertes de toutes natures, de vices d' alimentation , à' empoisonnements végétaux ou miner aux, elles sont d’une parties plus difficiles à guérir, les plus longues, et, d’une autre part, les plus dangereuses. Celles qui résultent de pertes , parce qu’on ne peut ajouter et refaire dans l’économie animale qu’avec l’aide de la nature, souvent alors devenue intraitable; celles résultant des vices d’alimentation , parce qu’elles ne sont venues qu’à la suite de longs abus et après une longue résistance de l’organisme; celles des intoxications , à cause du temps nécessaire pour rétablir des fonctions nerveuses ou suspendues ou troublées momentanément, ou peut-être détruites, jusqu’à renouvellement de la partie lésée, on ne sait comment. Le pronostic est dominé dans tous ces cas par les circonstances générales dont nous avons parlé d’abord en traitant des causes de ces paralysies, et ensuite par la netteté du diagnostic, soit quand il défend, soit quand il permet une confiance plus solide dans les moyens à mettre en usage.

Dans les paralysies épidémiques , la connaissance de l’épidémie peut seule faire loi pour le pronostic. Chaque épidémie comporte le sien. Il est impossible d’établir de règle à cet égard.

A peine ai-je besoin de dire que dans les paralysies causées par des désordres matériels , tels que la syphilis, la goutte , les tubercules, le cancer , etc., le pronostic est décidé par l’espèce et l’intensité du désordre, en ce qui regarde chaque espèce. Dans les deux dernières, le mal est jusqu’à présent incurable, à moins qu’il ne s’agisse d’une tumeur cancéreuse qu’on puisse enlever, et encore faut-il se souvenir qu’on est incessamment menacé d’une récidive. Dans les deux premières, dans la première surtout, on peut regarder la paralysie comme une de ces affections où l’art peut triompher. Elle est aujourd’hui l’une des plus communes occasions de guérison , en un temps limité , d effrayantes paraplégies. Mais ce chapitre sort de notre sujet.

Pour les paralysies partielles, le pronostic est soumis aux mêmes lois que pour toutes celles dont je viens de parler en général. 11 sera moins grave toutes les fois que le mal sera plus récent, quand il dérivera d’une source connue et que l’art peut tarir, quand les forces et l’âge physiologique du sujet laisseront au médecin des ressources suffisantes.

On conçoit que toutes ces remarques pour le pronostic, comme celles pour les formes et les espèces de la maladie, regardent exclusivement les paralysies nerveuses. Elles seraient toutes différentes s’il s’agissait des paralysies avec matière. De là la nécessité de s’attacher toujours avec le plus grand soin à bien distinguer ces espèces les unes des autres, et à établir, avant tout, l’application qu’on veut faire de la médecine sur un bon diagnostic général et local. Les anciens ne con-

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naissaient pas assez le dernier; les modernes ne donnent pas assez souvent au premier toute son importance.

Les guérisons définitives, dans toutes les paralysies dont nous traitons ici, n’arrivent en général que lentement et par beaucoup de petites améliorations successives. On ne s’imagine pas par combien de nuances la sensibilité et la myotilité doivent passer pour revenir de la paralysie à la santé.

La sensibilité, d’abord abolie, se réveille peu à peu, reste longtemps confuse, puis prend, si je puis ainsi parler, plus d’intelligence; quelquefois, au moment où l’on se croyait sur le point de toucher à l’état normal, elle dépasse le but, devient exquise jusqu’à la douleur au moindre contact; puis elle finit par reprendre enfin ses limites normales. Le pronostic vers la guérison doit suivre ces diverses nuances, en ce qui regarde la sensibilité. La myotilité, tout à fait impossible d’abord, se réveille aussi peu à peu, se signale au retour par quelques mouvements involontaires, puis par un peu de mouvement inintelligent mais produit sous l’influence de la volonté. La guérison gagnant, ces mouvements sont plus dociles, mieux sentis, enfin mieux coordonnés, jusqu’à ce que l’adresse, c’est-à-dire l’intelligence et l’obéissance dans le mouvement, soient redevenues entières.

Souvent les progrès de la sensibilité et du mouvement sont parallèles, jusqu’à un certain degré; le plus souvent, les unes précèdent les autres et les laissent même longtemps en arrière. Dans tous ces cas, le malade est forcé de reconnaître incessamment toute la distance qu’il y a entre la sensibilité grossière qui fait juger des températures, de la douleur, et celle plus réfléchie qui constitue le toucher, entre l’effort sans intelligence des muscles qui se contractent et l’effort rai-

sonné et coordonné qui constituent l’adresse, la préhension, la sustentation avec volonté. L’état normal n’est rétabli que quand ces deux propriétés se sont rapprochées et confondues. La distance qui les sépare forme l’échelle sur laquelle le pronostic de la guérison doit être gradué.

Le pronostic d’aggravation suit la règle précisément inverse, et devient le plus grave possible quand les fonctions de sentiment et de mouvement sont également abolies, même en présence des excitants les plus actifs, tels que l’électricité.

Traitement. — Les indications pour le traitement des paralysies nerveuses me paraissent sortir de trois sources principales : 1° la nature ou plutôt la cause première de la paralysie; 2° la forme sous laquelle cette maladie se présente; 3° la persistance de certains symptômes. Les indications émanant de la première source dominent nécessairement tout le traitement, depuis le commencement de la maladie jusqu’à sa fin ; elles offrent au médecin les moyens, expérimentalement les plus sûrs, et raisonnablement les plus satisfaisants, pour guérir; elles ne peuvent jamais impunément être perdues de vue. Les deuxièmes indications sont encore capitales, car elles tiennent en quelque sorte de la nature des premières et fournissent pour les applications thérapeutiques des renseignements extrêmement utiles. Les troisièmes constituent les bases d’un traitement souvent nécessaire pour compléter la guérison, après que tous les autres remèdes ont été employés avec le succès qu’ils comportent; c’est le traitement des symptômes survivant pour ainsi dire à la maladie. Je ferai porter sur ces trois points tout ce que j’ai à exposer relativement au traitement de la paralysie nerveuse.

En parlant des causes, nous avons fait connaître celles qu’il faut le plus souvent accuser de produire

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cette paralysie; elles comportent toutes les indications spéciales que nous allons successivement résumer.

Quand la paralysie est la conséquence d'un état nerveux , et les exemples n’en manquent pas, c’est à cet état nerveux qu’il faut s’adresser par un traitement bien entendu. 11 importe alors de remonter à l’origine du mal et d’agir activement contre ce point. Ce que nous avons dit en traitant de l’état nerveux, se retrouverait ici pour ainsi dire dans les mêmes termes; nous ne pouvons qu’y renvoyer, en ajoutant seulement que la paralysie survenue est une raison de plus pour insister avec fermeté sur l’application des remèdes. Plus loin nous dirons comment il faut combattre la paralysie, quand elle persiste, alors que le mal originaire aura cédé.

La paralysie par chlorose estune des plus communes de celles qu’on peut appeler neruewscs; elle est en même temps à peu près celle qui guérit le mieux, quand elle est bien traitée. On sait comment la chlorose est caractérisée, quels signes s’en trouvent dans la couleur; dans l’affaiblissement musculaire; dans les fonctions nerveuses; dans le bruit prolongé, frotté ou soufflé des pulsations entendues aux régions carotidiennes ou jugulaires, dans l’aorte, vers les orifices du cœur, et même sur le trajet des gros vaisseaux artériels des membres; dans les troubles de la circulation; c’est par conséquent une des maladies dont il est le plus facile de constater la présence et de suivre les progrès en mal et en bien. Il faut, quand les désordres nerveux vont jusqu’à la paralysie, se faire une règle . de poursuivre le mal sans relâche, et surtout de le détruire dans sa source, à cause des récidives possibles. Pour arriver là, on est en droit de ne rien négliger du traitement de la chlorose. On fera prendre du fer au moins deux fois par

jour, au commencement ou au milieu des principaux repas; ce sera ou la préparation de proto-sel, connue sous le nom de Vallet , des pilules de citrate ou de lactate du même métal, ou le métal lui-même, soit porphyrisé avec soin, soit obtenu au moyen de l'hydrogène. Comme Faction de ce médicament n’est utile qu’à la condition qu’il soit digéré, on cherchera à en introduire assez pour que la solution s’en puisse faire pendant la digestion; mais il est inutile d’en exagérer et d’en augmenter incessamment les doses. Un ou deux décigrammes du métal, introduits chaque jour dans l’alimentation, suffisent et laissent encore un excès capable de teindre en encre les matières fécales.

On pourra donner encore le fer sous une autre forme, celle d’eaux minérales. Les eaux de Passy, de Forges, de Spa, de Pyrmont, d’Aix-la-Chapelle, y pourront être employées, ou même tout simplement les eaux de Vichy et beaucoup d’eaux gazeuses dont l’acide carbonique en excès tient le fer en dissolution. En même temps qu’on mettra le malade à ce régime ferrugineux, on aura soin de veiller à ce que la digestion se fasse bien; c’est pour cela que les eaux gazeuses seront utiles, surtout celles qui auront en même temps une base alcaline assez puissante comme celles de Vichy, de Pougues, de Contrexeville. Quelques purgatifs légers aloétiques, un ou au plus deux décigrammes d’aloès en pilules, y coopéreront quelquefois; des lavements laxatifs avec 45 ou 60 grammes de miel mercurial, ou avec 30 ou 40 grammes de feuilles de séné, ou bien une vingtaine de grammes de savon ordinaire ou de sel de cuisine y suffiront le plus souvent.

Dans beaucoup de cas, et surtout quand les premiers moments de la digestion seront accompagnés d’une production gazeuse abondante distendant l’épigastre, on se trouvera bien de remplacer tous ces moyens laxa-

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tifs par une petite cuillerée de magnésie calcinée, prise après chaque repas, dans un demi-verre d’eau sucrée, et plusieurs jours de suite, jusqu’à effet laxatif. Ce moyen dissipera très-bien les douleurs d'estomac, aidera à vaincre la constipation et n’empêchera pas du tout la digestion du fer. Je me sers presque toujours de ces deux agents à la fois et m’en trouve très-bien.

Dans le cas où on craindrait trop le relâchement du ventre, ou bien dans des sujets que la magnésie tourmente, on pourra très-bien la remplacer par une, deux, ou trois cuillerées d’eau de chaux, qu’on fera prendre après le repas dans quatre ou cinq fois son volume de lait chaud et sucré. Pour beaucoup d’occasions et suivant les indications fournies par l’état des voies digestives et de la sensibilité, les borborygmes, les gonflements, la constipation ou le dévoiement, ces deux moyens, la magnésie et l’eau de chaux, se remplacent parfaitement bien, et satisfont chacun en leur bon point à des indications secondaires importantes, en même temps qu’ils aident à la digestion et à l’absorption du fer.

L’alimentation sera bonne, substantielle, assez variée pour exciter l’appétit et exercer toutes les puissances digestives. On la proportionnera d’abord à l’appétit et même aux caprices des malades : à mesure que le mieux se fera sentir, on prendra les devants, et on s’attachera plus sévèrement à prescrire ce qu’on jugera plus capable de conduire au but.

On ne négligera pas surtout un excellent moyen , l’usage des bains froids. On commencera par des bains tièdes un peu frais de vingt-six à vingt-huit degrés centigrades ; puis on abaissera progressivement la température jusqu’à dix-huit, quinze, et même douze degrés centigrades. Je n’ai pas dépassé cette température dans une baignoire. Les malades prennent leurs bains d’abord un peu plus longtemps ; trente ou vingt

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minutes dans le commencement des bains frais : on en abrège la durée à mesure que Ton en abaisse la température; cinq, huit, dix minutes au plus du bain à douze degrés suffisent. Un frisson salutaire est alors établi ; on ôte le malade du bain en l’enveloppant de couvertures, on le couche au chaud, on le couvre, et la réaction qui s’établit ne tarde pas à produire un peu de sueur; puis au bout d’une demi-heure, ou d’une heure, un assouplissement général, un bien-être de toutes les fonctions, que le malade ne connaissait plus. On recommande, après, un exercice proportionné aux forces, du mouvement dans l’intérieur, des promenades en voiture, à âne, à cheval, suivant les ressources, les lieux, les habitudes; des distractions, des plaisirs actifs gradués, des travaux qui exigent de la force, des voyages dans des pays à air vif et pur, à soi montagneux, à végétation puissante, à paysages accidentés, et, s’il est possible, à sources minérales sulfureuses ou ferrugineuses. Quand ces grands déplacements seront impossibles, on y suppléera par des campagnes plus rapprochées, par des promenades dans lesquelles on se fera une loi de l’exercice et non pas de la fatigue, par des travaux domestiques exerçant les forces, par des jeux comme celui du billard, par un système bien réglé de mouvement et de repos; et, chez les jeunes sujets, par une gymnastique intelligente, dans laquelle on ne devra perdre de vue ni l’indication générale de rétablir la force, ni l’indication spéciale qui regarde les parties paralysées. Nous en parlerons plus tard, en traitant de la thérapeutique des symptômes.

La paralysie à la suite d hystérie n’est pas rare non plus. Les signes d’hystérie bien constatés, etlavéritable nature de la paralysie confirmée par la comparaison des phénomènes observés avec ceux qui appartiendraient à une paralysie d’un autre ordre, il y a lieu d’abord de re-

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courir au traitement de l’hystérie. L’hystérique, homme ou femme, peut être de deux natures, ou chloroanhémique, ou sanguin et pléthorique avec des symptômes d’état nerveux. On conçoit que dans ces deux cas, les indications soient différentes et même souvent opposées. Dans le premier, nous retrouvons toutes celles dont nous venons de nous occuper, avec la thérapeutique appropriée dont nous avons esquissé les règles; dans le second, au contraire, nous aurons à combattre la pléthore ; dans tous les deux, les phénomènes hystériques devront appeler aussi nos soins.

Pour combattre la pléthore , nous aurons besoin de quelques évacuations sanguines; nous les ferons soit avec la lancette, par des saignées du bras ou du pied, soit avec des ventouses ou des sangsues, que nous placerons au siège, à la nuque ou le long du rachis, suivant les indications locales fonctionnelles ou morbides ; nous recommanderons en même temps un régime de vivre relâchant, et comme disent les gens du monde, rafraîchissant, c’est-à-dire, peu substantiel, aqueux et privé de tous les accessoires qui stimulent le système nerveux ; nous prescrirons des bains tièdes répétés, même une ou deux fois par jour, et prolongés pendant une, deux, quatre et même six ou huit heures.

Contre X hystérie elle-même, compliquée de l’un ou de l’autre état général, nous emploierons, autant que les états généraux'nous le permettront, les narcotiques, tels que la belladone en extrait, l'opium en pilules, en sirop, en potions, en teintures de différents noms, et nous les ferons prendre par la bouche, ou en lavements suivant l’état du malade, jusqu’aux doses déterminant en lui quelque nuance de narcotisme. Ces doses peuvent varier infiniment. Tantôt des quantités presque aussi ridicules que les doses homœopathiques auront un effet narcotique très-prononcé. J’ai vu une malade très-

gravement indisposée par une dose de 3 centigrammes de belladone prescrite à mon insu par un médecin fort distingué qu elle avait consulté en cachette. Tantôt, au contraire, on pourra porter ces doses fort loin sans que l’effet narcotique se montre. 11 arrivera ici le même phénomène dont j’ai parléà proposdes gastralgies; letrouble nerveux empêchera le narcotique d’agir. Mais, malgré cet état exceptionnel, le médecin devra toujours agirde prudence et marcher pour ainsi dire la sonde à la main. 11 essayera son médicament et augmentera méthodiquement les dosesjusqu’à ce qu’il aperçoive quelque signe de narcotisme. C’est là qu’il devra s’arrêter. Dans ces cas d’hystérie, quelques autres moyens m’ont encore paru utiles; un peu d’éther sulfurique en potion; de l’eau distillée de fleurs d’oranger, de l’eau distillée de laurier-cerise, ou bien quelques gouttes d’ammoniaque ajoutées dans un demi-verre d’une infusion légère de ileurs ou de feuilles un peu aromatiques; des lavements préparés avec un jaune d’œuf et vingt-cinq ou trente centigrammes de camphre ; des cataplasmes laudanisés mis sur l’épigastre; tels sont les remèdes qui m’ont paru le mieux agir.

Les prétendus antispasmodiques , les gommes fétides, lassa fœtida, la valériane, le musc, le castoréum, se sont toujours montrés à moi complètement impuissants, et j’y ai renoncé, même pour combattre une simple attaque dTiystérie; à plus forte raison pour remédier à une maladie aussi grave que la paralysie. Un moyen qu’on n’a pas encore assez expérimenté pour le juger définitivement, mais qui m’a paru, dans des cas de paralysie hystérique avec pléthore, jouir d’une utilité marquée, c’est la ventouse Junod. J’ai vu les applications réitérées de cette ventouse, sur les cuisses et sur le bassin, rappeler les règles, diminuer lapléthore des parties supérieures, et faire cesser brus-

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quement des attaques d’hystérie de l’espèce dont je parle. Mais je dois ajouter que les accès d’hystérie ainsi modifiés n’ont pas eu de résultat immédiat sur la paralysie. Particulièrement dans un cas qui m’avait semblé très-approprié à cette indication, la paralysie n’a cédé qu’à la longue et à d’autres moyens, c’està-dire, à l’usage continué des narcotiques, des bains, puis de la strychnine administrée en pilules et en frictions.

Quand une paralysie hystérique existe, on conçoit que le médecin ne se borne pas au traitement momentané de l’hystérie, et au soulagement de l’attaque qu’il a devant les yeux. 11 doit tâcher de remonter à la cause première, et de couper le mal dans sa racine. Il doit surtout se faire une loi de poursuivre la maladie primitive, jusqu’à ce que tout symptôme en ait disparu, ou du moins jusqu’à ce que toute la paralysie soit dissipée. C’est un résultat qu’il obtiendra souvent, en suivant convenablement les conseils que nous donnerons plus loin, quand nous parlerons du traitement de la paralysie comme symptôme. On aura du moins ainsi, sinon l’avantage de guérir une hystérie , ce qui n’est pas commun, au moins celui de faire disparaître une paralysie hystérique, ce qui est déjà beaucoup. On vit très-bien hystérique, quand on ne peut pas mieux faire; 'et avec une paralysie, quelle qu elle soit, la vie est toujours misérable.

Les paralysies par suite d 'alimentation vicieuse demandent d’abord et avant tout le changement d’alimentation. 11 y a néanmoins, pour ce changement de régime, une précaution indispensable à prendre ; il faut que le changement en mieux se fasse par degré et non pas brusquement d’un seul coup. Le médecin devra procéder avec méthode, diminuer les doses de l’aliment vicieux, de l’alcool par exemple, quand c’est de là que

vient le mal , et progressivement le supprimer tout à fait; entourer le malade de toutes les précautions qu'exige l’état dans lequel il se rencontre, et travailler à lui faire accepter un autre genre de vie , tantôt avec une sévérité raisonnée, et tantôt en tolérant de légères et innocentes concessions. En même temps, il cherchera dans l’arsenal thérapeutique des armes contre l'aliment vicieux ingéré. Si c’est l’alcool et ses diverses formes, il emploiera l’ammoniaque en nature suffisamment étendue ou à l’état de carbonate ou de chlorhydrate, à des doses qu’on puisse répéter pendant assez longtemps. S’il s’agit d’aliments exclusifs et insuffisants, il les remplacera progressivement par d’autres plus variés et meilleurs. En même temps, il appliquera à la paralysie les règles que nous établirons plus loin.

La présence de vers dans les intestins a quelquefois produit des paralysies chez les jeunes enfants; c’est à l’expulsion des entozoaires que le médecin devra alors recourir. Ceux-ci chassés , toutes les fonctions rentreront immédiatement dans Tordre. La décoction d’absinthe romaine, des lavements d’ail ou de l’ail pris dans du lait, Tusage de la mousse de Corse, quelques purgations réitérées avec le calomel ou avec des potions huileuses, et, si tous ces moyens échouent, quelques légères doses de kousso (quatre à huit grammes répétés tous les trois ou quatre jours), suffisent le plus souvent pour arriver à ce résultat. Les enfants sont brusquement guéris, comme ils avaient été brusquement paralysés.

Dans les paralysies par empoisonnement , et particulièrement par empoisonnement saturnin, le plus commun de tous et le plus fécond en désordres de l’espèce dont nous parlons, on aura besoin de suivre deux ordres d’indications, celle que donne la présence réelle du poison et celle que fournit la persistance de la para-

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lysie. Nous nous occuperons, comme nous l’avons déjà dit, plus tard de celle-ci; exposons ici seulement ce qui regarde la première, c’est-à-dire, la présence du métal empoisonnant.

Pour remédier à ce danger, on a proposé et mis en pratique différents moyens. D’abord une méthode dite de la Charité, parce qu’elle a primitivement été essayée et consacrée par les frères de cet hôpital. Cette méthode , très-bizarre dans son apparence de méthode sûre et dans ses formules, est une complication des purgatifs les plus drastiques et de l’opium. Elle a pour effet de tourmenter beaucoup les malades, de les évacuer presque toujours abondamment par haut et par bas. Mais elle échoue assez souvent pour qu’on soit forcé de répéter plusieurs fois de suite l’application de la formule. J’ai vu cette méthode, plus ou moins rigoureuse ou modifiée , employée avec un succès mêlé contre les accidents saturnins primitifs. Je ne conçois pas l’utilité dont elle pourrait être contre une maladie comme la paralysie, qui indique un lent et grave empoisonnement, et qui appelle une méthode de traitement à la fois plus sérieuse et plus longtemps supportable.

Ensuite viennent les méthodes plus modernes et plus chimiques qui tendent à neutraliser le poison. Telles sont celles du soufre avalé en nature, de l’acide sulfurique bu en excès, et de l’acide sulfhydrique aussi pris en boisson. Ces trois moyens arrivent en effet au résultat chimique voulu, toutes les fois qu’ils sont mis en rapport avec une solution de plomb; mais je crois qu’employés exclusivement, ils ne délivrent pas l’économie de tout le corps vénéneux, et, en second lieu, qu’ils ne sont pas faciles à administrer sans inconvénient aux doses suffisantes; pas plus que le foie de soufre. Pour parer à ces inconvénients, M. Mialhe a

proposé un protosulfure de fer qui pourrait bien être utile employé convenablement; M. Bouchardat et moimême avons mis en usage un persulfure du même métal, que nous avons expérimentalement démontré être en même temps un bon contre-poison contre le cuivre, l’arsenic, le plomb et le sublimé corrosif1. Je l ai appliqué en grand contre les intoxications saturnines admises dans mon service à l’Hôtel-Dieu annexe et à Beaujon, et je n’ai eu qu’à m'en louer. Sur cent vingtdeux malades reçus en deux ans dans le premier de ces hôpitaux pour maladies saturnines diverses, depuis les crampes et coliques simples jusqu’aux paralysies et aux épilepsies les plus graves, un seul a succombé à l’affection dont il était atteint; tous les autres ont guéri; la majorité en moins de quinze jours, les plus gravement paralysés en moins de huit ou dix mois.

Le traitement a consisté en bains savonneux, destinés à les débarrasser de tout le plomb adhérent à la peau , aux ongles et au système pileux; en quelques purgatifs, nécessités par la constipation et les coliques ; en un peu d’opium, appelé à calmer les douleurs, les crampes et les insomnies; mais surtout en une administration faite chaque jour, matin et soir, d’une cuillerée à bouche d’un magma composé de deux ou trois grammes de persulfure de fer et de sirop simple. Ce moyen, ainsi employé, a pour résultat de présenter incessamment, dans les intestins, à toute molécule plombique déposée ou arrêtée, un corps capable de la rendre insoluble et de s’en emparer jusqu’à évacuation. De cette manière, le foie, qui retient toujours dans ces empoisonnements une masse notable de corps étrangers, peut s’en débarrasser, sans que les radicules de la veine

* Bouchardat, Annuaire de thérapeutique , etc., pour 1844, p. 265.

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porte le reprennent et le réintroduisent dans la petite circulation abdominale.

Pendant qu’à l’aide de ce moyen, le malade est désempoisonné et tenu à l’abri de toute récidive, on peut procéder avec sécurité à la cure des accidents secondaires de l’intoxication. C’est ce que j’ai fait pour les paralytiques, et avec un succès très-satisfaisant, par les procédés que je mentionnerai en traitant de la thérapeutique des symptômes.

Si un empoisonnement métallique d’une autre nature se montrait à moi , je le traiterais par la même méthode générale, c’est-à-dire, par l’évacuation du poison présent dans les intestins; par un usage habituel du contre-poison, et par l’emploi bien ordonné des agents capables de lutter contre la paralysie. Je suivrais la même règle de conduite dans les empoisonnements végétaux amenant des paralysies. Pour la paralysie en elle-même, le traitement ne varierait pas, parce que la maladie ne me paraît pas varier; et, si les contre-poisons connus ne me paraissaient pas assez sûrs, je chercherais à provoquer, à défaut de réaction chimique, une résistance vitale en même temps qu’une évacuation complète du corps ingéré.

Le traitement de la paralysie rhumatismale présente d’autres considérations ; il sort des espèces purement nerveuses, et prend quelque chose de la nature toute différente de la maladie dont il dérive. C’est un phénomène nerveux amené par une cause qui ne l’est pas du tout. La cause veut un traitement spécial ; la paralysie pourra exiger ensuite d’autres moyens qui lui soient appropriés.

Le choix d’une température habituelle moyenne, plutôt chaude que froide, conservée avec soin autour du malade; l’application immédiate sur le corps de la laine ou de toute autre substance propre à conserver

immédiatement la chaleur, et en même temps à s’imbiber sans inconvénient du liquide fourni par la transpiration cutanée ; des bains alcalins fréquemment répétés, des frictions ammoniacales renouvelées matin et soir sur les points de départ de la paralysie; enfin, et par-dessus tout cela, des bains de vapeur, soit généraux, soit locaux, des douches de même sorte, dont on augmentera encore les propriétés en les faisant émollientes, aromatiques ou sulfureuses, selon l’urgence des indications, voilà par quels moyens on pourra combattre avantageusement la disposition ou si l’on veut, la diathèse rhumatismale. Il est bien entendu que ces moyens devront varier, surtout l’usage et la direction de la vapeur, suivant le point intéressé dans 1 affection rhumatismale. On en fera un emploi général, quand la paralysie aura envahi le tronc et les membres, qu elle proviendra de l’action éteinte de la partie supérieure de la moelle épinière ; on l’emploiera moins d’une manière générale, mais beaucoup plus d’une manière locale, quand la paralysie sera bornée à quelque partie limitée, un bras, une main, quelques points des membres inférieurs. C’est alors surtout qu’il sera bon d’insister sur ce dernier moyen; il deviendra d’autant plus sûrement avantageux, qu’il ne s’opposera nullement à l’emploi des agents spéciaux antiparalytiques dont nous parlerons plus loin. Au contraire, le ramollissement et l’excitation légère de la peau que laisse l’usage de la vapeur, favorisera l’absorption des moyens que nous aurons alors à recommander. Le traitement, à l’aide de tous ces moyens, sera continué jusqu’à ce que la paralysie ait complètement disparu.

Quant à la paralysie épidémique, elle suit pour le traitement les conditions de l’épidémie dont elle dépend. Grave et profonde, ou fugace et légère, de nature inflammatoire ou purement nerveuse, isolée ou com-

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pliquée de désordres plus ou moins sérieux dans les centres nerveux, elle reçoit toujours ses plus puissantes indications du principe qui l a engendrée. Le traitement qui la regarde est celui de l’épidémie, et ne peut être tracé à l’avance. Les indications spéciales de la paralysie peuvent même en être modifiées d une manière grave. En général, néanmoins, elles se retrouvent toujours à quelque degré, et il sera souvent bon d’en tenir compte, tout en se conformant avec grand soin au génie particulier du mal qu’on aura à combattre.

Ai-je besoin, enfin, de faire remarquer que dans les paralysies par causes syphilitiques , tuberculeuses , cancéreuses, c’est au traitement de ces affections qu’il faut avoir recours? En vain tenteriez-vous alors contre la paralysie tout l’usage possible des moyens les plus actifs, le désordre local rendrait vos efforts impuissants; c’est donc contre ce désordre qu’il faut diriger toute votre attention. Dans les paralysies par cause syphilitique, vous avez à employer de bons et presque sûrs agents : le mercure, l’iodure de potassium, l’arsenic; cette richesse de la matière médicale vous répond presque toujours du succès dans le» cas bien déterminés. Malheureusement, dans les autres affections, la thérapeutique est restée à peu près impuissante. La paralysie subsistera alors, quoi que vous fassiez, et vous serez heureux encore si vous pouvez, du moins sous d’autres rapports, soulager votre malade. C'est là qu’il faudra presque toujours borner votre ambition légitime, et vous aurez fait beaucoup si vous pouvez parvenir à ce but, car la paralysie sera certainement l’une des moins pénibles complications de la maladie.

La goutte, quand ce sera elle qui sera cause du mal, pourra peut-être encore recevoir quelque soulagement par un usage bien entendu du régime, des alcalis et de la semence de colchique d’automne; mais c’est un

résultat sur lequel il ne faut guère compter dans un degré si grave de la maladie. Dans les autres productions accidentelles, il faut se résigner, se tenir heureux de toutes les douleurs qu’on peut éviter au malade, et des consolations ou des illusions dont on réussit quelquefois à l’entourer.

Les paralysies partielles, quelles qu’elles soient pour leur nature, leur siège, leur permanence ou leur mobilité, rentrent toutes dans les lois générales que je viens de formuler. Le praticien saura très-bien démêler les indications générales qui leur sont applicables, sans que j’y insiste davantage.

Une seconde source générale d’indications est fournie, ai-je dit, par la forme, par l’espèce de la paralysie. Je veux parler de l’apparence particulière sous laquelle elle se montre, quels que soient d’ailleurs son siège, sa nature intime, sa cause première. Ces indications sont à la vérité moins importantes que les précédentes, parce qu’elles ne tiennent pas tant au fond des choses; mais, dans beaucoup de cas encore, elles sont d’un intérêt assez sérieux, parce qu’elles décident dans le choix de certains moyens, et aident notablement à la guérison. Je vais dire en conséquence quelques mots sur les indications de cette espèce qui m’ont le plus frappé dans la pratique.

Des paralysies nerveuses , les unes sont fixes et constantes sur les mêmes parties qu’elles ont une fois envahies; les autres sont en quelque façon mobiles, c’està-dire, qu’elles se montrent brusquement, et disparaissent de même, soit sans apparition de quelque nouvelle paralysie ou de quelque autre symptôme nerveux, soit avec cette sorte de substitution. Les premières sont souvent accompagnées d’une sorte de contracture, de rigidité des muscles et d’engouement des parties fibreuses, dont il faut tenir compte. Cela n’arrive pas aux au-

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très, et les indications locales qui les regardent en sont d’autant simplifiées. L’expérience m’a appris en même temps que les paralysies nerveuses fixes exigent beaucoup plus que les autres une thérapeutique active et spéciale. Elles touchent ou à la variété progressive , ou à celles qui résultent de rhumatismes, d’alimentation vicieuse, ou d’empoisonnement, quand elles ne sont pas le résultat de quelque altération locale matérielle. Dans tous ces cas, la thérapeutique de la maladie principale exige, quelle qu’elle soit, une sérieuse attention, en même temps que la paralysie demande à être activement traitée. Dans le cas contraire, dans les paralysies mobiles, ce symptôme, dénaturé chlorotique ou hystérique, pourrait pour ainsi dire être négligé. C’est au mal originaire, c’est au traitement général qu’il faut s’attacher; tout allant bien d’ailleurs, la paralysie aussi disparaîtra ou du moins sera amendée. Autant en arriverat-il dans les paralysies vermineuses. Les vers expulsés, le malade sera guéri, si du moins les désordres n’ont pas été jusqu’à produire une véritable méningite, entraînant par elle-même une fixité notable dans les phénomènes consécutifs et une thérapeutique tout à fait étrangère à notre sujet.

La forme hémiplégique ou la forme paraplégique des paralysies nerveuses méritent encore une considération à part. La première appartient beaucoup plus souvent aux paralysies fixes qu’aux mobiles, à celles qu’il faut traiter spécialement qu’à celles dont la guérison suit la guérison de l’état général. J’appelle forme paraplégique, celles dans lesquelles les parties de même nom et de même fonction, ou certaines parties unitaires sont intéressées, comme les deux mains, les deux bras, les deux extrémités inférieures à différentes hauteurs, la vessie ou le rectum. J’appelle paralysies hémiplégiques celles dans lesquelles un côté du corps conserve

son intégrité de sentiment et de mouvement. C’est à des cas de cette forme différente que s’applique la remarque spéciale par laquelle je viens de commencer, il en est encore une autre qui dépend de la distinction que je viens d’établir, c’est que les agents locaux, antiparalytiques, dont nous parlerons plus loin, devront être appliqués d’une manière différente dans les deux cas ; au point médian ou des deux côtés de ce point dans les paraplégies ; du côté paralysé dans les hémiplégies; dans le premier cas, parce qu’il faut agir principalement sur le lieu d'où partent les paires nerveuses qui animent les organes paralysés; dans le second, parce qu’il y a nécessité de s’occuper moins d’un désordre dans le cerveau du côté opposé à la paralysie, que du défaut de sensibilité et de motilité, procédant des nerfs eux-mêmes ou de la moitié de la moelle épinière qui les fournit.

Une considération plus grave encore est celle de la présence ou de l’absence de contracture dans les membres paralysés. L’absence de contracture laisse le médecin libre de suivre, sans autre préoccupation, les indications simples que nous avons jusqu’à présent énumérées. La contracture constatée, au contraire, sans rien ôter à la valeur thérapeutique des données que nous avons jusqu’à présent étudiées, exige quelque chose de plus. Elle prouve une sorte d’irritation inflammatoire des points qui dominent les parties contracturées, et elle exige par conséquent une nouvelle part dans la thérapeutique. Si la contracture est aiguë, c’est-à-dire douloureuse, brusquement survenue ; si surtout elle est accompagnée de quelque trouble plus grand qu’à l’ordinaire dans l’état général ou dans les fonctions nerveuses, on aura recours à quelque évacuation sanguine locale, particulièrement vers les points supposés irrités. Quelques ventouses scarifiées, appo-

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sées aux environs, quelques sangsues saignant suffisamment, auront presque toujours le bénéfice de remettre les choses dans l’état où elles étaient avant la contracture. Dans ces occasions, il faudra seulement prendre garde d’aller trop loin. Sanguis nervos frenat, est une règle qu’il ne faut jamais perdre de vue dans la thérapeutique des maladies dont nous parlons. Une évacuation sanguine trop abondante pourrait amener, au lieu du soulagement attendu, une exacerbation marquée de tous les accidents. Pour régler cette matière, on se laissera guider par la nature du désordre d’abord, puis par les antécédents, par l’état général de la constitution, par l’état réel de la circulation, c’est-à-dire, de plénitude et de dureté du cœur et des artères, par la grosseur et la coloration des veines, et enfin par l’activité ou l’inertie des fonctions réparatrices, la digestion et la respiration. Une ou tout au plus deux palettes de sang tiré doivent en général suffire, surtout dans les évacuations sanguines locales. Ce moyen, au besoin répété, satisfait à presque toutes les indications pressantes.

Dans beaucoup de cas, la nécessité de tirer du sang est moins démontrée, soit parce que les accidents ne la font pas nettement reconnaître, soit parce que l’état général y contredit, soit enfin parce que la chose, déjà faite, n’ayant produit qu’un soulagement incomplet, on juge prudent de n’y pas revenir. C’est fréquemment le cas d’employer auprès du point central de la maladie des révulsions plus ou moins puissantes. Dans toutes ces occasions, quand la chronicité domine, je préfère en général les sétons et les cautères à tous les autres moyens. Les rubéfiants simples, quels qu’ils soient, font souffrir, et agissent trop peu de temps ; les vésicatoires ont pour la douleur des inconvénients à peu près pareils, agissent peu, s’entretiennent difficilement, se conservent avec gêne, et sont difficiles à maintenir. Les

moxas de toutes formes causent une douleur d’autant plus vive que les sujets sont plus irritables, et cette douleur est un grand mal, à cause des réactions nerveuses qu’elle amène. Je ne les regarde donc comme raisonnables que quand on n’a pas à redouter ce résultat, quand la sensibilité est devenue assez obtuse pour qu'on ne craigne pas de la réveiller. Les sétons conviennent, quand on veut longtemps entretenir sans douleur une suppuration dans une grande étendue, qu’on veut cette suppuration superficielle et assez abondante, qu’on peut la placer dans des lieux commodes pour l’application et la conservation de ce moyen. Les cautères, quand il faut mettre et entretenir un exutoire en d’autres places moins commodes à panser, quand on veut multiplier à volonté les points suppurants, quand on veut tirer la suppuration d’une certaine profondeur, quand on veut agir sur un point bien déterminé, comme tout cela a souvent lieu aux environs de la colonne vertébrale, depuis le haut de la région cervicale jusqu’à la base du sacrum. On établit ces exutoires pour ainsi dire sans douleur, et on les conserve sans faire souffrir aucunement les malades, ce qui est à considérer dans toutes les maladies nerveuses.

Sous l’empire de ces moyens, conservés autant que la nécessité s’en fait sentir, et secondés par l’emploi itératif et prolongé des bains, on voit peu à peu la contracture chronique se dissiper, la paralysie s’amender, les fonctions nerveuses se rétablir, d’autant plus que rien n’empêche en même temps de recourir à toutes les autres ressources thérapeutiques que nous avons mentionnées. On se trouve même en général si bien de l'usage de ces exutoires que je n’hésite pas à les établir pour peu que la moindre indication les demande, dans tous les cas de forme paraplégique. Je les fais mettre alors vers les points de la moelie épinière d’où émanent les

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nerfs qui se distribuent dans les parties paraplégiées. Jusqu’à présent je n’ai eu que des occasions de m’en applaudir. Je ne m’en abstiendrais que provisoirement, et jusqu’à nouvel ordre dans des constitutions détériorées par la longueur de la maladie, ou par d’autres causes appréciables, auxquelles je croirais devoir d’abord remédier. Je n’ai pas besoin de dire que je ne les conseillerais pas contre les paralysies mobiles, chlorotiques, hystériques, vermineuses ou autres. On a alors quelque chose de mieux à faire. Des révulsifs comme ceux dont je viens de parler n’y seraient tout au plus que comme une pièce mise à côté d’un trou : une faute inexcusable.

Quelques particularités du traitement sont encore indiquées dans certains cas où les parties paralysées sont engorgées primitivement ou secondairement. Cet engorgement est de deux sortes : une première espèce consiste dans une infiltration séreuse plus ou moins grande, toujours fort incommode pour le malade, à cause de la gêne douloureuse que l’on éprouve et des inflammations érysipélateuses ou lymphatiques auxquelles elle expose. On pare à ce désordre au moyen de bandages appropriés, quand ils sont possibles; de la position élevée qu’on donne aux parties; d’onctions grasses propres à les défendre contre l’irritation que ne manquent guère d’y produire les liquides incessamment exhalés; de poudres qui absorbent ces liquides; de soins incessants de propreté. L’autre espèce d’engorgement est plus fâcheuse encore ; elle arrive dans les parties paraplégiées, quelquefois en même temps que la paraplégie, quelquefois • après. Elle consiste en une sorte d’engorgement subinflammatoire de la partie qui la rend rougeâtre, roide, dure, ankylosée en quelque sorte, à différents degrés. C’est le cas de multiplier l’usage des bains généraux et locaux, des fomentations

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émollientes et tièdes, des douches de vapeur, et particulièrement de vapeur d’eau additionnée d’un dixième de vinaigre, d’entourer le membre paralysé de manière à y conserver une douce température et en même temps à retenir autour de lui l’humidité qu’il exhale; de lui donner artificiellement les mouvements qui lui manquent, pour rappeler la souplesse des parties; de le comprimer quelquefois par un bandage qui en refoule les liquides surabondants ; de ranimer les mouvements interstitiels par de douces frictions. Tous ces moyens peuvent être mis en usage en même temps que les autres généraux, ou locaux. Le soulagement qu’en éprouve le malade prouve qu’ils ne sont point à dédaigner, même concurremment avec les agents plus actifs dont nous avons traité, ou dont nous allons faire l’histoire.

Enfin, la paralysie, avons-nous dit, exige quelquefois un traitement spécial, uniquement parce qu elle existe, et qu’il faut réveiller les fonctions nerveuses dans des parties qui en ont été privées. Cela arrive pour les paralysies symptomatiques de désordres matériels dans le système nerveux, beaucoup moins souvent que le vulgaire ne le croit; mais cela est utile surtout contre les paralysies nerveuses, de quelque nature qu elles soient, et sous quelques formes qu elles se montrent. Je terminerai ce chapitre par des considérations pratiques sur les indications et les agents de cette partie du traitement.

Le traitement que la paralysie demande en soi et comme paralysie, diffère peu suivant les espèces. On prendra de bonnes mesures pour se mettre toujours à l’abri de ce qui pourrait aggraver l’état général ou local dont elle dépend; mais cette règle bien comprise et respectée, comme nous venons de le dire ci-dessus, on peut faire entrer avec avantage dans les considérations

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utiles pour le traitement de toutes les paralysies, les éléments suivants.

D’abord le temps. La machine humaine est constituée de telle sorte que quand un désordre quelconque s’y est introduit, elle travaille activement à le réparer. Il s’ensuit qu’en la laissant faire, là où des indications plus pressantes ne se présentent pas, on arrive, parles sages efforts de la nature, au but désiré. C’est là le grand élément de succès de la médecine expectante ; c’est, il faut le dire, sur ce travail que comptent toutes les théories ou toutes les industries qui abandonnent, sous toutes sortes de prétextes et avec toutes sortes de voiles plus ou moins honnêtes, la nature à elle-même. Eh bien, dans les paralysies nerveuses, quand on a rempli toutes les indications qui tiennent à la cause et à la forme de la maladie, il est sage souvent d’attendre, et défaire prendre patience au malade. Pendant ce temps, la nature agit, les fonctions rentrent dans l’ordre, la nutrition renouvelle et fortifie toutes les parties, et le malade se trouve guéri.

Cependant cette expectation, quelquefois fort sage et fort utile, ne suffit pas toujours; le médecin est appelé à intervenir, quand la nature fait défaut. On a alors conseillé différents moyens :

Des frictions excitantes sur les membres paralysés, faites avec des pommades légèrement ammoniacales, avec des teintures aromatiques et camphrées, avec des préparations légères de cantharides; ou même tout simplement des frictions sèches, pratiquées au moyen de flanelles ou de brosses de laine dans le sens des expansions nerveuses; des bains locaux excitants, soit ferrugineux, soit sulfureux, soit tous les deux à la fois; et aux eaux minérales de cette nature, à Schinznacker, à Bourbonne, àNéris, à Bourbon l’Archambaut, à Aix en Savoie, etc., des douches minérales de différentes sortes

et de différentes températures ; des excitations électriques ou galvaniques, soit par des décharges légères de la bouteille de Leyde, soit au moyen de la pile de Volta, ou des appareils électro-magnétiques avec ou sans acupuncture, armés aux pôles d’éponges mouillées, de conducteurs métalliques en cylindres, en olives ou en plaques, en brosses ou en pinceaux métalliques.

Depuis quelque temps, je me sers beaucoup de ce moyen et avec un avantage marqué pour les malades. J’emploie l’appareil confectionné par M. Breton sous le nom d’appareil électro-médical ou l’appareil électromagnétique de M. Duchenne; et, suivant les cas, je me sers, comme l’a conseillé M. le docteur Duchenne, d’éponges mouillées ou de pinceaux métalliques pour transmettre le courant électrique. Le premier procédé fait contracter les muscles pour ainsi dire sans éveiller la sensibilité ; le second au contraire promène sur toutes les surfaces anesthésiées des picotements douloureux capables de réveiller vivement et rapidement îa sensibilité. C’est un agent qu on ne peut pas trop recommander, surtout contre les paralysies nerveuses.

Dans les applications nombreuses que j’ai faites de ce moyen, j’ai presque toujours reconnu que l’action de l’électricité, sur la sensibilité et sur la motilité, se développe de plus en plus, non-seulement pendant tous le cours de chaque séance pendant laquelle on l’applique, mais encore progressivement en comparant les diverses séances les unes aux autres. Le progrès est surtout mieux marqué dans les cas les plus capables de guérison. Quand on trouve dans les deux ou trois premières séances que les muscles ne se contractent pas sous l’influence de l’électricité, et que la sensibilité ne se réveille pas, on doit regarder le cas comme très-grave. D’après les faits que j’ai vus, cette espèce d’insensibilité se montre surtout dans les paralysies saturnines les

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plus avancées, dans celles qui ont amené une véritable atrophie des muscles. Le nombre est très-petit des malades qui guérissent après une affection portée aussi loin; et dans les cas même les plus favorables, il est presque toujours resté quelque trace notable de la paralysie à laquelle on avait échappé.

En ce qui regarde la maladie qui nous occupe ici, je n’ai pas attaché une grande importance à séparer Faction électrique sur la motilité de celle qu’elle exerce sur la sensibilité. Ces deux fonctions étant troublées à la fois, je n’ai pas pensé qu’il y eût grande importance à les séparer pour la thérapeutique. Je n’ai pas reconnu non plus d’avantage à isoler l’action sur les muscles distincts des parties paralysées. J’ai plutôt électrisé en masse et je m’en suis bien trouvé.

Tous ces moyens ont compté de nombreux partisans; ils ont eu tous leur temps de vogue, et, comme on l’a dit de quelques-uns, on a bien fait d’en user pendant qu’ils guérissaient. Aux yeux d’un médecin consciencieux, ce sont simplement des accessoires utiles à ajouter aux moyens radicalement indiqués. Chacun de ces adjuvants, employé au moment convenable, peut coopérer à la guérison, et il ne serait pas juste de leur nier leur efficacité; mais il est sage de n’y compter que dans des limites assez étroites, et après qu’on aura satisfait aux indications principales. Je les ai énumérés dans l’ordre progressif de leur action graduée. Pour en user, ce serait donc à peu près dans cet ordre qu’il faudrait procéder; j’ajoute que ce serait au contraire dans l’ordre inverse, quand on pourrait craindre de porter trop loin l’excitation cérébrale ordinaire à certains sujets.

Je dirai la même chose enfin de l’agent thérapeutique qui m’a montré dans tous ces cas le plus d’efficacité. Je veux parler de la strychnine .

La strychnine est un médicament dont je me sers

beaucoup dans certaines paralysies nerveuses. Je remploie contre toutes celles qui résultent de pertes excessives, quelles qu’elles soient, contre les paralysies hystériques, les rhumatismales, et surtout contre celles que produit l’intoxication saturnine. Je me garderais bien, dans tous ces cas, d’y recourir, si je craignais quelque surexcitation cérébrale ou médullaire; mais cette exception posée, je la prescris à presque tous les malades des catégories que je viens d’indiquer; elle leur est administrée concurremment avec toutes les autres parties du traitement. Je la conseille même dans quelques cas de chlorose avancée, etj’ai presque toujours lieu de m’en applaudir.

On la donne de deux manières; en pilules, à la dose de deux milligrammes tous les jours, et on augmente progressivement cette dose avec beaucoup de lenteur, jusqu’à ce que les maladesressententquelques secousses dans les membres paralysés. Là, on s’arrête ou même on recule suivant l’intensité de l’effet obtenu. Ou bien on emploie la strychnine à l’état de simple base, ou mieux de sulfate, sous forme d’une pommade, avec laquelle on frictionne les membres paralysés Cette pommade est composée d’axongeet de strychnine, dosée de manière à en étendre à peu près cinq centigrammes tous les jours sur la surface qu’on veut exciter. On en use jusqu’à produire aussi les secousses dont j’ai parle tout à l’heure. On a soin de tenir propre la surface de la peau, au moyen de bains savonneux, ou alcalins, ou simples, et on insiste, on augmente, ou on diminue la dose suivant le résultat obtenu. Dans beaucoup de cas, je rends la pommade plus molle en y ajoutant de l’huile d’amandes douces; dans le plus grand nombre, j’emploie la strychnine à l’extérieur et à l’intérieur en même temps.

Je préfère cette méthode à la méthode endermique ordinaire, parce que le contact de la strychnine, em-

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ployée par cette méthode, irrite le derme, détermine souvent des érysipèles ou au moins des érythèmes, et est absorbée d’une manière très-inégale et très-incertaine. Le procédé d’administration que fai indiqué n’a point tous ces inconvénients ; et je regarde la strychnine ainsi employée comme le moyen le plus heureux qu’on puisse invoquer contre la paralysie. C’est un fait d’expérience que je ne puis propager avec trop de chaleur, pourvu toutefois qu’on en veuille bien user avec intelligence, c’est-à-dire, dans les cas, dans les moments, et aux doses convenables.

Les cas convenables sont ceux où la paralysie est simple ou locale, ou au moins sans aucune apparence d'excitation du cerveau et de la moelle épinière. Le moment opportun dans la maladie est seulement celui où les signes de congestion ou d’irritation centrale auront disparu pour faire place à la résolution simple ou à l’abolition de la sensibdité. Enfin pour les doses, j’en suis arrivé à conclure qu’il convient toujours de commencer par les plus petites, qu’on élève à mesure que l’exploration prouve qu’on le peut faire sans danger.

Sous l’empire de ces moyens sagement gouvernés, j’ai vu presque toujours les paralysies s’amender; et j’en ai peu rencontré qui n’aient été notamment améliorées ou guéries quand elles étaient nerveuses.

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