CHAPITRE II
DE L*HTSTÉRIE.
Dénominatcon. — Celle maladie a reçu plusieurs noms différenls, selon les théories diverses dont elle a été le sujet, et surtout selon les idées qu*on s'est failes sur le siège qu'elle occupe, sur la nature du désordre qui lui est propre, et sur les organes qui la subissent primitivement ou secondairement. On Ta nommée, à tous ces points de vue, hystérie, hystéricie^ hysténd^me^ passion et affection hystériques^ affection utérine^ suffocation de la matrice^ étranglement de F utérus, mal de mère^ maux de fierfs^ attaques de nerfs^ vapeurs hystériques ou utérines^ utérocéphalie^ cérébropathie spasmodique ou convulsive. L'exposé de cette nomenclature suffit pour faire deviner les idées théoriques, les hypothèses dominant les écrivains, qui se sont donné ainsi successivement la tâche d'ajouter un nom de plus à tous ceux dont l'histoire de la médecine est enrichie ou encombrée. J'aurais pu facilement allonger encore beaucoup ce recueil de mots plus ou moins hybrides, si je me faisais un point dlionneur de ne rien laisser perdre d'un glossaire tombé en désuétude. J'ai voulu seulement rappeler les principaux noms, ceux qni font mieux comprendre les bases importantes sur lesquelles ont porté les systèmes admis, ceux surtout qui sont encore à présent consacrés, jusqu'à un certain point, dans la théorie et utilisés dans la pratique.
Cette nomenclature, qui laisse encore dans un juste oubli la théorie d'Highmore sur la gène au cours du sang dans le cœur et les poumons, et celle de Stahl, qui plaçait cette gène dans la veine porte, rappelle suffisamment les classes principales dans lesquelles nous avons a ranger nos prédécesseurs.
Les premiers, par ordre de date et par le nombre, sont, comme l'indiquent les dénominations que nous avons rappelées, les médecins qui ont placé dans la matrice le siège de celte maladie : Pylhagore, Empèdocle, Plalon, Hippocrale, Arètée, Celse, Galien, Aétius, Paul d'Egine, Ambroise Paré, Mercurialis, Forestus, Sennert, Zacutus Lusitanus, Horslius, Rivière, Michaelis,
EUmuIler, Alberti, Diemerbroeck, Chesneau, Vésale, Morgagni, Aslruc, Hoflmann, Freind, Chambon, Pressavin, Sauvages, Cullen, Pujol, Pinel,Louyer-Villermay,Lisfranc;puisMiM. Dupârcque, Dubois (d'Amiens), Landouzy, Fourcade-Prunet, Piorry, Musset el leurs disciples. En un mot, le plus grand nombre des médecins et des philosophes ont accusé la matrice de tout le mal. Les plus simples, les plus primitifs dans leur croyance, incriminent matériellement Tutérus. Hippocrate raconte que cet organe se déplace, remonte réellement jusqu'au cou de la malade et rétrangle, àmoinsqu*on ne le repousse d'en hautpardebonnes odeurs, auxquelles il est fort sensible'. Dans des &ges plus avancés, on se demande si cette maladie ne consiste pas dans la rétention d'une semence viciée? Ou bien on imagine, avec Diemerbroeck et Chesneau, des vapeurs malignes qui s'élèvent de la matrice; puis, avec Pujol, Broussais, Lisfranc, une inflammation chronique de la matrice; enfin, avec M. Musset, une névrose de l'utérus.
'- Une autre classe de médecins, sans abandonner Tulérus, est frappée des accidents généraux communs dans cette maladie, et se montre disposée à admettre, avec MM. Boisseau et Roche, je dirais presque avec M. Andral, une irritation simultanée de l'utérus et de Tencéphale -, ou bien on suppose, avec Hoffmann, Aslruc, Gullen, Baumes, Louyer-Villermay, Broussais, MM. Landouzy, Dubois, Piorry, Duparcque et Fourcade-Prunet, que l'utérus réagit sympathiquement sur le système encéphalo-rachidien. Parmi ces derniers, les uns veulent, comme M. Louyer- Villermay, un trouble nerveux^ une exaltation de la sensibilité organique de ce viscère, sans aucune altération de tissu; d'autres expliquent à peu près comme M. Fourcade-Prunet, les attaques d'hystérie par l'irritation de l'appareil utérin chez les femmes.
Nous devons opposer à toutes ces théories, dans lesquelles Inlérus est mis en cause, celles dans lesquelles le système nerveux général est incriminé. Telles sont celle de Sydenham, qui suppose l'affaiblissement et Valnxie des esprits animaux ; celles de Whylt, de Tissot, de Bocrhaave, do Van-Swieten, accusant divers [loints de départ et diverses affections des nerfs du basventre, et secondairement de tout le système; celle de Lorry,
supposant une mobilité cxlrômc du système nerveux exalté ou affaibli; celle de Baulin, faisant porter des vapeurs sur le sys* tème nerveux, tantôt d'un côté, tantôt de Tautre; celle de Pomme, célèbre par le racornissement des nerfs ; celle de Bichat, resté seul du côté du système nerveux ganglionnaire; et enfin celle dont Charles Lepois a eu le premier Thonneur, et qui voit dans rhystérie une affection idiopathique du cerveau. Cette idée, soutenue par Willis, adoptée par Georget, est encore étendue et patronnée par Brachet (de Lyon) et M. Bostan. Lies opinions de M. Andral (1) s*en approchent plus que d'aucune autre; M. Forget s'y est rangé dernièrement.
On voit par ce rapide exposé que, quelles que soient les hypothèses mises en avant sur la cause première, les médecins se partagent, pour ce qui regarde cette maladie, en trois camps, inégaux en nombre, mais tout trois défendus par des noms honorables. Ceux qui placent primitivement dans l'utérus le point de départ de la maladie, ceux qui généralement en trouvent le siège dans le système nerveux général, ceux enfin qui supposent une sorte de parallélisme entre les deux systèmes avec réaction réciproque.
I^ place où j'ai rangé ce chapitre indique assez où penche mon opinion; et j'espère que les développements dans lesquels je vais entrer suffiront pour la justifier.
[ Cette exposition des différentes hypothèses à l'aide desquelles des auteurs rccommandables ont prétendu expliquer la nature ou les causes essentielles de l'hystérie n'a pas seulement un intérêt hislori(]ue : ce ne peut être sans quelque ap** parence de raison, que les uns et les autres ont placé exclusivement le point de départ de la maladie dans des systèmes d'organes si différents, et cette divergence d'opinion laisse pressentir que la vérité se trouve peut-être dans la fusion de toutes les doctrines qui ont tour à tour dominé la névropathie dite hystérique.
L'hystérie n'a certainement pas pour siège exclusif l'utérus, le cerveau, les systèmes nerveux ganglionnaire et rachidien, le sang, le fluide nerveux lui-même, plus ou moins altérés ou
(i) Andral, Cours d9 paihohgiû <fi(eme, 2* édition, 1848, t. IQ, p, SS9.
ttYSTÉRie. 191
troublés dans leurs foncUons. Non, un seul de cesl instruments que la vie met en jeu, quels que soient son importance et son état de maladie, n'est pas la cause unique des troubles nerveux qui dans leur ensemble constituent TafTection hystérique ; il faut avant tout, dans cette maladie, cette sympathie pathologique, ce consensus qui est la loi des névroses convulsives. ]
Je me contente à présent de faire mes réserves sur le nom d*%5/^ieque j*ai laissé à la maladie. L^histoire de notre science m*a enseigné depuis longtemps à donner la préférence sur tous les autres aux noms insignifiants. Les noms qui ont eu quelque prétention ou scientitique ou systématique ont été successivement jugés et démonétisés par les siècles et les théories qui sont venus après. Toutes ces désignations ambitieuses ont été classées parmi les grosses erreurs ou parmi les prétentions ridi« cules. Les noms insigniGants pour la théorie et pour la pratique, ou ceux queTusagea rendus tels, sont au contraire seuls restés, et servent encore pour désigner des maladies bien déterminées, au moins dans leurs symptômes. C'est a ce seul titre que j'emploie celui A'hystérie. Malgré la signification bornée qu'il porte avec lui, il est connu, il est usité pour définir l'ensemble et les détails des phénomènes de cette maladie. C'est un assemblage consacré de syllabes, que je respecte à cause de son âge, et parce que toutes les fabrications de mots me semblent niaises quand des mots nouveaux sont inutiles, ou odieuses quand ils peuvent devenir une source d'erreurs. Je dis hystérie^ uniquement pour être entendu , comme pour d'autres maladies je dis goutte, choléra, syphilis, variole, etc.
Définition. — La maladie à laquelle on a donné ce nom est Wi état nerveux habituel dans lequel se fnonirent le plus souvent [des douleurs rachialgiques^ intercostales y épigastriqueSy et sus-ovariennes ; des paroxysmes caractérisés par une sen^uUion particulière d'étranglement y uiie gêne de la respiratian ; des convulsions cloniques dans les muscles animés par les nerfs cérébro-spinaux ou sy?npathiqueSy et dans les cas les plus graves, des paralysies de la sensibilité et de la
motilité. ]
Cette définition de la maladie me parait sudisante pour la bien caractériser, et la distinguer complètement des autres affec-
lions nerveuses, qui ont avec elle' quelques Iraîls de ressemblance. A mesure que nous descendrons dans les détails de Tliisloire de riiystérie, on verra qu'elle en présente sommairement les principaux signes, tout en laissant à la nature la latitude qu'elle s'est réservée de varier, de multiplier, d'isoler les symptômes caractéristiques de la maladie.
La réunion de ces principaux traits qui appartiennent à l'hystérie, qui la caractérisent essentiellement, me paraît suffisante pour décider contre la localisation de la maladie dans l'utérus ; et il me semble qu'il n'est pas malaisé de prouver que cette réunion de symptômes est seule légitime et nécessaire.
Examinons les conditions du fait et comparons-le aux théories. Je ne dirai rien de celle d'Higmore, de Stahl, de Chaussier, de Pomme dont l'imagination a fait tous les frais.
Je ne triompherai pas non plus de celle d'Hippocrate. Personne ne croit plus, avec lui, que la matrice se déplace, remonte à la gorge et produit ainsi rélranglement hystérique ; personne n'écrit plus, comme dans le bon temps, que la matrice est un animal enragé dans un autre animal plus enragé encore ; mais quelques médecins, mOime aujourd'hui, pensent que Taffeclion hystérique dépend de l'utérus ; et ils la traitent parles bonnes et les mauvaises odeurs, sans trop savoir pourquoi.
J'ai déclaré que je ne partage pas leur conviction, ou plutôt que je me sens entraîné à l'atlaquer nettement. La théorie est d'une grande importance pour la pratique. Examinons donc la raison d'ôlre de celle que je repousse.
C'est une maladie des femmes, dit-on. 11 est incontestable qu'elle se rencontre beaucoup plus communément chez les personnes du sexe ; mais il n'est pas douteux non plus qu'elle se voit chez des hommes. Je suis sûr, pour mon compte, de l'y avoir observée plusieurs fois avec tous ses symptômes, sans aucune exception , boule , étouffement , convulsions , etc. M. Forget affirme la même chose; et Hoffmann, avant nous, avait déjà fait la même remarque, et cité des faits à Fappuî.
Les femmes hystériques sentent une boule partir de la ma* trice^ qui remonte à la gorge et produit la suffocation. On accorde bien que celle boule n'est pas matériellement l'organe
lui-même qui se déplace, mais une sensation nerveuse tirant de Vorgœie son point de départ. Il faut répondre, pour être dans le vrai : d*alK>rd, qqe des femmes réellement hystériques n*ont jamais senti cette boule; ensuite que cette sensation, quand elle existe, part beaucoup plus souvent de fépigastre que de la région utérine -, enfin qu'elle se fait sentir aussi chez (|uelques hommes, ce qui suffit pour détrôner Tutérus.
Les accès hystériques tourmentent plus les femmes au mo» ment de leurs règles^ les unes avant, les autres après, quelquesunes pendant Tévacuation périodique; puis les femmes hystériques sont renwrquables ou par l'excès de la perte de sang^ ou au contraire par le manque relatif de Vhémorrhagie utérine. Qu'est-ce que cela prouve? que les femmes sont plus nerveuses dans toutes ces circonstances. C'est un fait qu'on ne peut pas nier ; leur état nerveux, dans ces moments, exagéré, les rend plus aptes à la maladie hystérique ; et plus facilement elles en éprouvent alors les paroxysmes. C'est extrêmement simple et rationnel. Il leur arrive, dans ces conditions, précisément ce qui leur est ordinaire toutes les fois qu'il leur survient une perte de sang abondante par quelque voie que ce soit, un ébranlement moral quelconque, une cause de surexcitation nerveuse, et rien de plus.
Je ne veux pas nier que l'organisation de la femme, que son rOle dans notre vie sociale, que la plupart de ses prédispositions morbides, toutes choses décidées par la présence de l'utérus, ne la rendent pas beaucoup plus apte que les hommes à contracter et à manifester certaines maladies nerveuses. Mulier propter uterum est id quod est y comme on l'a dit. Mais ce n'est pas une raison pour localiser dans l'utérus une maladie qui ne se trouve pas chez la femme seule, bien qu'on rencontre une certaine cûiQcidence entre la maladie et la menstruation.
Vâge pendant lequel l'utérus est actif chez la femme^ et qui est aussi Cage te plus commun pendant lequel se montrent les lijfstérieSj ne prouve pas beaucoup plus. D'abord, il est certain que cette maladie se rencontre avant (John Tilt) (l)ct fort souvent après Tàge ou la femme estmenstruée; ensuite, est-ce que cet
il) « Id this respect my observations are confirmed by Landouzy, who saya I. 13
19A MALADIES Dt}£S A UNE AUGMENTATION DE L*EXGITAT10N NERYEUSfi.
âge n'est pas précisément celui des affections nerveuses de toutes sortes, à quelques exceptions près? Est-ce que ce n'est pas le temps où les passions, les désordres de toute espèce, au physique et au moral, les excès de peines, de plaisirs, de fatigue, de travail, ont lieu? N'est-ce pas le temps où l'intelligence et la sensibilité ont acquis tout leur développement? Ne trouve-t-on pas dans l'élude de la maladie une coïncidence bien plus constante avec toutes ces causes , qu'avec une excitation de la matrice, qu'avec un trouble quelconque dans les facultés de cet organe primitivement modifié ?
On invoque encore certaines affections matérielles de l'utérus chez les femmes hystériques, des engorgements, des déplacements, des irritations de cet organe. Je conviens que ces altérations se rencontrent dans cette maladie, mais j'ai vu des cas dans lesquels les lésions de l'utérus n'ont pu être invoquées qu'après des explorations injustilîablcs, qu'après des traitements topiques que rien n'autorisait, et dont l'application a quelquefois porté le mal au dernier degré de violence.
Je ne puis reporter ma pensée sur ce sujet, sans me rappeler avec une profonde ailliction l'histoire lamentable d'une jeune malade à laquelle j'ai donné longtemps des soins, pour une hystérie des plus graves. Des accidents nerveux de forme hystérique, assez bénins, s'étaient montrés vers l'âge de la puberté. Malheureusement pour elle, on demanda l'avis d'un médecin habitué à regarder les maux des femmes comme dépendant presque toujours de lésions de l'ulérus. Il fut d'avisqu'il fallait examiner cet organe ; la résistance de la malade, l'inquiétude des parents, firent appeler en consultalion les principaux médecins et chirurgiens de la ville : ceux-ci se rangèrent à l'avis de leur collègue, et la jeune malade subit l'application du spéculum ; puis comme on trouva, dil-on, un peu d'anté flexion, on pratiqua une cautérisation avec le nitrate d'argent. Le jour môme, attaques hystériques des plus violentes, et presque sans relâche, suffocations
that hc lias observcd symploms indicating Ihc influence of Uie geacrative organs upon the ncrvous system long bcforc flrst menstruation, and even berure lilUe giris had any idca or sex, and I havc met wilh wcllmarked cases of pscodo- Darcolism in girIs of 8 or 9 years of âge, thougli lirst menstruation was delayed to li or 15. » [The change of Ufe m Heallh and disease. LondoD, 1857, p. S73.)
HYSTÉRIE. i9b
incessantes, loux, fièvre, douleurs de tôle telles que la malade se la frappait incessamment avec son poing comme avec un marteau ; paraplégie avec douleurs excessives le long du rachis et daqs les membres tour à tour convulsés ou en résolution ; photophobie ou insensibilité ù la lumière, paralysie des paupières. En un mot, collection de tous les plus eflrayants symptômes d'hystérie qui durèrent ou simultanément ou successivement pendant plus d'un an avant qu*on m'amenât la malade de sa province ; qui ne cédèrent qu'en partie après plusieurs mois d'un traitement énergique que je lui fis suivre avec beaucoup de soin, et dont quelques-uns subsistent encore même aujourd'hui et menacent continuellement cette pauvre victime d'une nouvelle recrudescence.
Tous les faits ne sont pas, heureusement pour les malades, d'aussi tristes commentaires des théories exclusives. Mais, sans avoir d'aussi déplorables conséquences dans le plus grand nombre des cas, la théorie que j'attaque en entraîne assez d'autres fâcheuses pour que je la rejette en principe, et ne veuille, même pour cette maladie, accorder à Tutérus que sa part légitime d'inQuence.
Oui, l'état habituel ou momentané de l'utérus doit être ici pris en considération ; oui, l'utérus, surtout chez la femme adulte, étant appelé â remplir un rôle très important, il faut s'attendre à le voir exercer sur le reste de l'économie de vives et fréquentes sympathies ; oui, sur ces sujets névropathiques, son empire doit se trouver marqué plus encore qu'ailleurs. Mais toute cette grande intluence de l'utérus n'est pas dillcrente de celle que les autres organes exercent chacun en proportion de leur importance physiologique chez les malades. La cause prochaine de l'hystérie ne réside pas moins dans le système nerveux tout entier. Tout le prouve : sa généralité, son existence dans les deux sexes, son développement en dehors de toute lésion des organes générateurs, sa dépendance des causes morales, sa coïncidence commune avec l'état nerveux, de quelque source qu'il provienne. C'est là qu'aboutissent en réalité tous les faits et toutes les théories les plus avancées dans la science physiologique. C'est là que doit se trouver, a mon sens, le véritable point de départ de la médecine appelée à soulager et â guérir un mal
196 MALADIES DCES A UNE AUGMENTATION DE l'eXCITATION NERVEUSE.
si commun, si fâcheux, et, je dois ajouter, si souvent rebelle, parce qu'on suit une méthode vicieuse de traitement.
Division. — [Toutes ces considérations conduisent naturellement à distinguer parmi les hystéries celles qui sont essentielles ou primitives^ de celles qu'on doit considérer comme symptomatiques ou consécutives. J'entends par la première espèce, ioutes les hystéries qui se montrent chez certains sujets sans qu'on puisse accuser ni les lésions de Tutérus, ni les désordres généraux ou locaux de la santé réagissant sur le système nerveux. La seconde espèce doit comprendre les hystéries, bien plus nombreuses, qui sont une conséquence des désordres organiques ou fonctionnels constatés chez des sujets qui sans cela n'auraient jamais eu d'attaques d'hystérie. La première espèce est propre à certaines constitutions malheureusement privilégiées, et que le sexe féminin a seul jusqu'à présent ofTert à mon observation ; la seconde espèce, qui s'observe aussi chez l'homme, se développe à l'occasion soit de lésions matérielles variées de diflërents organes, et particulièrement des organes génito-urinaires, soit de longues cachexies ou d'affections mo« raies qui altèrent plus profondément la nutrition.
Je préfère celte division à celles qui ont pour base ou les symptômes prédominants, ou les causes les plus importantes de la maladie ; je la trouve plus pratique que la division empruntée à la localisation des phénomènes hystériques tracée par Raulin, et établie par Sauvages, qui admettait : !• une hystérie chlorotique ; 2* par débilité ; S'» une hystérie succédant aux (lueurs blanches ; 4"* succédant à l'obstruction des viscères; 5* une hystérie stomachique; &" une hystérie libidineuse. Je la préfère à la division en hystérie pléthorique et nerveuse de Boivin et Dugès; à celle de Louyer-Villermay, en hystcricisme (Cullen) et hystéroépilepsie ; à celle de Landouzy, on hystérie sans convulsion et avec convulsion -, à celle des auteurs du Compendium de médâ' cine, en idiopathique, symptomatiques et hystéro-épilepsîe; enfin à celle de Brachet, en hystéricisme, hystérie accidentelle, et hystérie constitutionnelle : s<ins que pour cela je m'illusionne au fond sur la valeur de toutes les divisions qu'on peut établir aujourd'hui a propos de l'hystérie.
Causes. -« Il importe de distinguer dans l'hystérie, les causes
de la nmladie dans son ensemble^ des causes de la convulsion hystérique; les premières amenant à établir un traitement réellement curatif quand il y a lieu, les secondes conduisant dans la pratique à une médication prophylactique ou d*une application immédiate.
Quant à Tétude des causes de la maladie dans son ensemble, je regarde comme capitale la distinction que j'ai faite plus haut entre les hystéries essentielles primitives et les hystéries consécutives^ symptomatiques. Je dois avouer que nous savons bien peu de chose qui puisse nous satisfaire en ce qui concerne les causes de Thyslérie essentielle. Alors même que nous tenons compte des causes générales, indépendantes de Undividu ; de Tinfluence des climats, des saisons, des institutions sociales, po« litiques et religieuses ; de l'instruction et de l'éducation, du mariage, des professions ; en un mot, de l'influence de l'hygiène dans son ensemble sur le développement de Tétat nerveux hystérique. Nous ferions également une large part aux prédispositions congénitales et idiopalhiques à l'hérédité, etc., que noire incertitude quant à l'étiologie essentielle serait encore fort grande. ] Je dirai seulement que des femmes en apparence fortes, pleines de vie, offrant dans leur constitution autant de similitude avec les hommes que leur sexe en puisse comporter, bien nourries, bien menstruées, vivent sujettes à des attaques d'hystérie et peuvent présenter tous les accidents que cette maladie comporte. Une malade couchée dans mon service de FHôtel-Dieu (annexe) m'a offert à la fois tous ces attributs, et tous ces symptômes dans un degré remarquable. Il n'est pas rare dans le monde d'en voir des exemples, à propos desquels les médecins accusent souvent le défaut d'exercice, une vie intempeslivement sédentaire, ou l'abus des délicatesses, du confort^ et en même temps des plaisirs de la société. Il est certain que toutes ces fautes d'hygiène contribuent en pareil cas à entretenir et à augmenter la maladie ; mais il me paraît démontré iQSsi qu'elle peut exister sans cela, et malgré toutes les plus sages précautions pour la prévenir ou la faire disparaître. Je crois qu'en ce point il faut accuser seulement une excessive Misceptibilitc nerveuse. Il arrive, à un antre degré de force et de puissance, pour ces constitutions, ce qui se montre chez cer-
108 MALADIES DUES A UNE AUGMENTATION DE l'EXCITATION NEBVEUSB.
tains sujets dont nous nous occuperons tout à Thcure, ce défaut d'équilibre entre le système nerveux et les autres fonctions de l'organisme. On a pour traiter ces sujets une ressource de moins que contre les autres espèces d'hystérie; et par conséquent on ne devra pas s'étonner que ce fait et la tjiéorie me conduisent tout à l'heure à en poser le pronostic comme plus fâcheux que dans toutes les autres hystéries.
Je range parmi les hystéries symptomatiques ou consécutives toutes celles qui se développent à la suite de maladies d*organ€» ou dedétériorationschroniques delà constitution. C'est dans cette classe que doivent se trouver tout naturellement les hystériesqui sont venues à la suite de lésions de l'utérus; déplacements, mobilités insolites, changements de position relative, engorgements de cet organe et de ses dépendances, catarrhe des muqueuses génitales, érosions, granulations plus ou moins marquées du col utérin. Jcdoisajouter aussi que ces hystéries se montrent encore chez les hommes à la suite de pertes séminales involontaires, et dans les deux sexes, après de longues affections de l'estomac, des reins, après certaines névralgies. Mais on les observe surtout quand la constitution a été longtemps détériorée, affaiblie, soit matériellement par une de ces maladies organiques que je viens de rappeler, soit par les inquiétudes morales qu'elles ont occasionnées, soit, enfin, sans lésion localement déterminable, par une de ces diathèses comme en amènent la chlorose, la syphilis, et toutes les affections générales qui empêchent la nutrition et la réparation régulière des organes. C'est là, d'après mon observation, que se trouvent les causes de beaucoup les plus corn* muncsde la maladie hystérique, et il faut dire aussi qu'on y reiH contre les plus heureuses sources du traitement qui les guérit. Nous verrons, quand nous parlerons de la thérapeutique de cette maladie, combien cette mine est riche et féconde qour qui sait y puiser.
Pour ce qui est des causes de la convulsion hystérique^ elles se manifesteront chez les sujets névropathiques par tempérament ou par cachexie acquise, d'une forte ou d'une faible constitution ; toutes les fois que la puissance nerveuse sera trop vivement excitée, ce sera à l'occasion d'un chagrin, ou d'une émotion vive quelconque, d'une surprise des sens, d'une brusque
modification dans la vie uutrilive, de fatigues portées au delà des limites qu'impose la constitution ; d'une excitation cérébrale causée et entretenue par l'imagination, par la lecture; à l'occasion d'affections morales vives ou désordonnées, ou maintenues et réprimées, et d'inquiétudes comme en comporte notre vie sociale.
C'est ce qui en place l'apparition vers l'âge ou les enfants peuvent commencer à sentir vivement les impressions; c'est ce qui entretient cette disposition surtout pendant Tàge adulte ; c'est ce qui fait qu'on la rencontre moins chez les vieillards que leur expérience des hommes et des choses a rendus plus calmes, et que les modifications de l'âge ont faits beaucoup moinsnerveux. Il est remarquable aussi que ces affections ne se montrent plus alors que chez ceux qui ont conservé les attributs d'un temps plus jeune ; parmi les femmes, chez celles qui sont restées impressionnables ; pai^mi les hommes, chez les artistes, les gens de lettres, ou les vieux garçons qui ont abusé de la vie, etconcen* Iré sur eux-mêmes tout ce qui leur reste de sensibilité.
Je dois ajouter, d'ailleurs, que dans l'un comme dans l'autre sexe, la propension à user, ou môme V abiis du plaisir vénérien De m'a presque jamais paru, quoi qu'on en ait dit, une cause spéciale de l'attaque d'hystérie. Cette cause d'excitation nerveuse ne m'ajamais montré uneautre influence que celle physiologique que je viens de décrire en deux mots; et l'hystérie, quand par exception elle s'est ainsi développée, a été tout simplement un produit semblable à celui qui serait résulté de toute autre cause, agissant dans le môme sens sur d'autres organes et par d'autres voies. L'excitation cérébrale m'a toujours paru et bien mieux prouvée, et bien plus acceptable, comme cause capable de produire la convulsion.
Rien ne m'a semblé plus commun, dans la recherche des causes occasionnelles des attaques hystériques, qu'une forte impression morale, surtout de celles qui remuent vivement le système nerveux. J'y ai rencontré peu d'exceptions ; et les cas les plus graves que j'ai vus m'ont toujours présenté au début, ou quelque vif chagrin, ou une existence physique et morale malheureuse, ou, et c'est le plus ordinaire, une vive émotion ou une violente firaveur. Chez les femmes, cette dernière cause agit d'autant
200 MALADIES DUES A UNE AUGMENTATION DE L*EXCtTATION NERVEUSE.
plus qu'elles sont en raison du voisinage de Tépoque menstruelle, plus nerveuses et plus irritables. Dans l'un comme dans Tautre sexe, d'ailleurs, les attaques d*hystérie ont en quelque sorte des habitudes de retour, ou pour des causes semblables, ou à des époques de temps, de jour, d'heure presque périodiques, dont il est sage de tenir compte.
Quand le mal éclate en dehors de ces circonstances reconnues par l'observation, on ne peut ni le prévoir ni le prévenir. Les accès hystériques arrivent parce que le sujet est hystérique. Voilà tout.
[ Quant à l'enchaînement des phénomènes pathologiques qui, arrivés à leur summum de perturbation, provoquent la convulsion hystérique, tous les observateurs ont cherché à l'interpréter, en mettant à profit les connaissances anatomiques et physiolo* giques de leur temps, et l'on ne peut méconnaître la prescience d'Aétius , disant : « Nam ad cerebrum per nervos affectio transit.,, » de Paul d'Egine : « Aura quœdam prava ad sttpe^ riora transit,,, > de Sènnert : « Sed siibtilissimus vapor^ aura^ vel spirituSf vi et efficacia potens attollitur,,. » de Willis et de Sydenham : « La convulsion résulte de la distribution inégale des esprits animaux... » de F. Hoffmann : « Quorum partium spasmodicœ constrictiones postea ifi nervos vicinos ossis sacri et lumborum sese insinuant^ et^ ob consensum totius medulke spinalis, nerveas membranas gradatim occupafit àpartibus inferioribus ad superiores, sensim paulatimque sepropagmido. . .» d'Astruc : « Les reflux sympathiques portent les esprits animaux dans les muscles du larynx^ du pharynx^ de la langue ; de là les étranglements,., > de Cullen : « // est évident que les pa-roxysmes de l'hystérie commencent par une affection spasmodique et convulsive du canal alimentaire^ qui de là se communique au cerveau et à une grande partie du système nerveux. »
Tous ces auteurs ont donc entrevu la cause réelle de l'attaque d'hystérie, qui n'est autre, comme les travaux des physiologistes modernes tendent à le prouver, qu'une action récurrente, réflexe, ou de circulation nerveuse, dont le point de départ réside vers les régions les plus diverses du système nerveux. On ne peut nier, en cITel, si l'on donne aux mots leur valeur relalive, quant aux connaissances anatomiques et physiologiques du temps, que les
HY8TÉU1Ë. 201
reflux sympathiques d'Aslruc, par exemple, ne résument, et les hypothèses vaguement exposées par ses prédécesseurs, et Tidée plus nette que nous nous faisons aujourd'hui de la transmission des impressions par la circulation nerveuse, qui relie sympathie quement entre elles les fonctions des différentes branches de Tarbre nerveux.
D*autre part, quand on analyse avec soin les nombreuses observations d'hystérie publiées par les auteurs, on constate que toutes les régions de l'économie pathologiquement excitées peuvent être le point de départ de l'attaque, et il me serait facile de citer plus d'un fait authentique à Tappui de cette assertion. Ainsi, à l'appareil cérébral se rapportent comme cause immédiate de l'attaque, les vives émotions de tristesse et de joie ; aux sens de la vue et de Toule, réagissant sur le cerveau et sur le cœur, les douloureuses impressions que font naître les névroses, les frayeurs, le spectacle de sentiments et de passions trop violemment excités; et surtout l'efTct mystérieux de l'imitation, quand d'autres hystériques sont subitement prises de convulsions. N'a-t-on pas constaté vingt fois dans les hôpitaux, que l'arrivée du personnel médical excite les émotions les plus secrètes et les plus diverses chez les hystériques de la salle, et qu'il suffit que l'une d'elles tombe en convulsion, pour que toutes les autres succombent a leur tour sous l'eflet des sensations qui les agitent? A l'appareil olfactif se rapporte l'impression désagréable de certaines odeurs fortes ; a l'appareil digestif, la perversion du goût, les gastralgies, les enléralgies, le vomissement, la pneumatose, les coliques de diverses natures, l'irritation produite par la présence des vers ; les vives douleurs provoquées par la défécation , surtout en cas de iissure à l'anus, comme j'en ai en ce moment un exemple soumis à mon observation. A l'appareil de la circulation se rapportent la cardialgic, la fluxion turgescente et douloureuse de certains organes par un visa tergo spécial: la perturbation névrosique que produit la saignée sur la masse du sang et sur le cerveau. A l'appareil génito-urinaire, les vives et brusques excitations menstruellement provoquées dans les ovaires et l'utérus, les névralgies de ces organes, leur inflammation, les opérations pratiquées sur le col utérin, les déplacements de matrice, les compressions excr-
202 MALADIES DUES A UNE AUGMENTATION DE l'eXCITATION NERVEUSE.
cées par les pessaires, les douleurs néphrétiques et vésicales, et chez rhomme, Tinflammation du canal déférent, la ponction dans rhydrocèle compliquant répididymite, etc. Disons enfin que rhyperesthésie générale, viscérale, musculaire ou cutanée, est souvent une cause immédiate des convulsions hystériques, lorsqu'elle est portée jusqu'à Talgésie. J'ai sous les yeux, en ce moment, des hystériques qu'on met à volonté en convulsion en exaltant avec le bout du doigt les douleurs permanentes qui ont pour siège les muscles, ou mieux les filets nerveux qui animent les muscles petit oblique et transverse. Le résultat est le même quand la perturbation ncvrosique est excitée soit à Paide du courant électrique, soit par l'application du chloroforme ou d'un vésicatoire sur les points douloureux.
Nous pouvons donc établir en loi, que toute excitation exagérée, ou portée jusqu'à la douleur chez les sujets diathésiquement prédisposés à la convulsion^ peut dans certains cas en provoquer le développement^ quel que soit d'ailleurs le centre nerveux primitivement aftecté ou algésié; car s'il est vrai de dire que le point de départ a plus fréquemment pour siège le plexus hypogaslrique ou les organes génito-urinaires contenus dans le petit bassin, il faut reconnaître aussi que la surexcitation des plexus solaire, cardiaque, cervical, du centre cérébral et des branches rachidionnes sensibles, peut être cause de la convulsion. Le sujet hystérique est une sensitive que l'exaltation douloureuse des impressions psychiques, affectives, et de la sensibilité animale ou viscérale jette en convulsion. « Non unam sedem habet, sed totius corporis est. > (R. Mead.) ]
Symptômes. — Les symptômes observés chez les hystériques ont besoin d'être distingués en deux classes : ceux de l'état nerveux, qui ne leur manquent presque jamais, avec ou sans lésion d'organe, et particulièrement de l'utérus, et ceux de l'hystérie proprement dite.
Quant aux lésions d'organes, et notamment de l'utérus, nous n'avons rien de particulier à noter. Il n'y a là qu'une question de diagnostic et d'examen anatomi(|ue et symptomatique ordinaire. S'il existe un désordre de cette espèce, il faut le bien étudier, parce (ju'il sera nécessaire de le combattre en même temps qu'on fera la thérapeutique de l'hystérie elle-même. De
deux choses Tune : ou ce désordre aura été suffisant pour produire rhystérie, et la guérison ne s'obtiendra que quand on aura rendu Tétat normal à Torgane intéressé ; ou ce désordre n'aura été qu'une complication, un accessoire, un accident pendant la maladie principale, et alors on aura toujours rendu aux malades un service éminent en les guérissant de cet épiphé- Domène douloureux ou gênant, en môme temps qu'on les aura soignées au fond.
Je n^ai rien à dire de plus sur ces lésions et sur les symptômes qui les décèlent. Tout médecin instruit a vu et étudié suffisamment cette matière. Je m'étendrai un peu plus sur ce qui regarde l'état nerveux habituel dans l'hystérie.
La description minutieuse que nous avons donnée plus haut des symptômes de ce désordre nerveux les doit toujours faire aisément reconnaître par le médecin, appelé à les démêler de ceux de l'hystérie proprement dite.
Je me crois seulement obligé de faire remarquer que les auteurs ayant pour la plupart mêlé dans leurs descriptions des affections hystériques les signes de l'état nerveux avec ceux de la maladie qui les préoccupait, le plus grand chaos règne encore sur la matière. Comme ces deux affections existent souvent ensemble, que fréquemment la seconde vient compliquer la première, la confusion a été d'abord très naturelle. Puis elle s'est niaintenue, grâce aux auteurs des monographies, parce que l'esprit humain tend toujours à englober dans son sujet tout ce qui le touche de loin ou de près, et grâce aussi aux opinions qui attribuent l'un et l'autre de ces états morbides à la matrice.
Mais l'analyse des symptômes ne permet plus aujourd'hui de les enchevêtrer dans des descriptions vagues de ce qu'on a appelé maux de nerfs, vapeurs, etc. -, il est possible de remonter à la source distincte, de signaler la forme particulière de chaque espèce, de les reconnaître isolément par un diagnostic fixe, quand elles se trouvent ensemble, de saisir et de satisfaire se' parement les indications qui leur sont propres.
Cette distinction est d'une grande importance dans la pra* tique ; car s'il est vrai que Tétat nerveux et l'hystérie marchent très souvent ensemble, il est certain aussi qu'il n'est pas rare
20A MALADIES DUES A UNE AUGMENTATION DE l'eXCITATIOM NERVEUSE.
(le les rencontrer séparés. Combien de malades, surtout parmi les femmes, présentent des signes non douteux d'hystérie, sans donner jamais occasion de les surprendre dans Tétat nerveux? Combien de malades des deux sexes passent leur vie dans un état nerveux, sans que jamais rhystérie les assaille ? C*est cette fâcheuse confusion qui a autorisé Sydenham à dire, que Fkys^ térie des femmes est F hypochondrie chez les hommes. C'est elle qui a présenté partout l'hystérie comme un protée, une chimère, quelque chose d'indéfinissable. La distinction sur laquelle j'insiste, outre qu'elle est nette et physiologique, a l'avantage de séparer et de régulariser les indications. Pourquoi ferait-on subir le traitement del'élat nerveux à un sujet qui n'offrirait que des signes d'hystérie? Que viendrait prétendre l'hystérie , là où l'état nerveux existerait sans elle?
Brachet, après avoir énuméré tous les symptômes communs de l'hystérie, dit : « Il nous a été facile de voir qu'ils n'avaient pas tous la même valeur, qu'ils ne concourent pas tous également à faire caractériser la maladie, et que si les uns étaient essentiels, les autres n'étaient qu'accessoires. » Il regarde le globe comme le signe pathognomonique de l'hystérie ; puis viennent après, dans son opinion, les convulsions cloniques.
Ce que Brachet considère comme accessoire, je vais plus loin que lui, je le regarde comme distinct. Incontestablement cela se rencontre ensemble ; incontestablement il y a des liaisons entre le principal et les accessoires, mais ces liaisons sont communes entre beaucoup d'aflections nerveuses et cependant ne les doivent pas faire confondre. Je suis convaincu que la pratique gagnera singulièrement à bien observer la limite qui sépare les uns des autres, et particulièrement l'hystérie, de l'état nerveux. Nous avons déjà pu nous assurer des ressources qu'elle fournit pour ce dernier état tout seul, nous allons voir aussi qu'elles ne manquent pas pour l'hystérie, mêlée ou non, mais distinguée de l'état nerveux.
D'après ce que je viens de dire, je n'ai pas besoin de revenir sur la symptomatologie de ce dernier état. Que d'autres phéno« mènes nerveux existent ou n'existent pas en même temps, ils ne changent pas d'expression ni de valeur ; ils gardent leur importance en s* associant à des caractères nouveaux et reconnais*
sables : voilà tout. La descriplion en a été faite plus haut, et j'y renvoie. Ici ce sont les phénomènes hystériques que nous devons envisager et décrire.
[ Ces phénomènes hystériques, subordonnés aux causes premières qui en provoquent les manifestations, n*ont point une marche régulière : chez certains malades ils sont annoncés par des prodromes ; chez d'autres, les sujets pléthoriques par exemple, ils apparaissent quelquefois subitement et avec violence.
Je neveux pas établir dans les symptômes les trois degrés de Louyer-Villermay, maisje crois utile d'esquisser au moins à grands traits les accidents que présente l'état hystérique simple, l'bystéridsme, avant quel'état hystérique conGrmé, avec convulsions, ait réuni ceux des accidents qui donnent à la maladie son individualité pathologique.
Quiconque a vu des hystériques sait parfaitement découvrir les signes précurseurs de la maladie dans un groupe de phénomènes qui, pris isolément, sont de peu de valeur, mais qui, associés, tranchent le doute dans lequel laissent si souvent les maladies nerveuses. La constitution, la diathèse hystérique a son cachet gravé sur l'ensemble des fonctions psychiques, sensitives, motrices, nutritives, circulatoires, génératrices, etc. Si le regard, d'ordinaire expressif, brillant et humide, discrètement caché sous des paupières demi-closes, ou fixe et largement ouvert, ne trahit pas les secrètes émotions de l'âme; si des questions qui reportent le souvenir aux joies ou aux infortunes du foyer domestique ne révèlent pas une surexcitation psychique ; si Ton n'est pas frappe de la bizarre et vive impressionnabilité du sujet qui, sans motifs plausibles, pleure, rit et s*emporte ; si le moindre propos et Uapparilion d'une personne intimement connue ou môme étrangère ne jettent pas le sujet dans un malaise parfois indéfinissable, il faut descendre àl'exaoien de la sensibilité qui préside au tact et à In douleur; et si l'hystérie a déjà sourdement perverti la névrosité, on découvrira, comme déjà Sydenham, Cullen, Copland, Ândral, Henrot, Piorry, John Tilt, Romberg et autres l'avaient constaté, et comme M. Briquet Ta surtout mis en évidence, une hyperesthésie qui aura pour siège les gouttières vertébrales, les espaces inlcrf05(aux,Ie centre épigastrique, les parois abdominales inférieures
206 Maladies dues a une augmentation de L^EXCiTAtiOM NfiRVBUSE.
et luléralcs, etc., principalement du coté gauclie; et si une près* sion est exercée avec la pulpe du doigt sur ces diverses régions, elle y produira de la douleur, douleur hystérique^ qui a pour siège les muscles de ces différentes régions. D'autres fois, on constatera, non plus Thyperestliésie , mais Tinsensibilité et I^malgésie, tant sur la peau que sur les muqueuses. D*autres fois, enfin, par une de ces étranges oppositions dont semble se jouer cette névrose, on rencontrera réunies sur le même sujet Thyperesthésie et Tanesthésie, Talgésie et Tanalgésie; phénomènes contradictoires que nous retrouverons, d'ailleurs, quand nous parlerons des paralysies proprement dites.
Ces troubles delà sensibilité, cette byperesthésie céphalique, rachialgique, épigaslrique, intercostale, abdominale ; cette insensibilité, ou ces paralysies locales ambulantes, ne sont pas des signes constants de Thystéricisme avant Tattaque, mais ils ont au début de la maladie une importance dont il faut tenir compte, sans toutefois l'exagérer comme on Ta voulu faire. ]
Il n'est pas un médecin ayant vu et examiné de près quelques hystériques, qui n'ait été étonné, en effet, du sérieux avec lequel un docteur a pris acte de la découverte qu^il avait faite d'une insensibilité locale quelconque inhérente à toute hystérique pendant la durée de sa înaladie. Ce serait un caractère pathognomoniquedans toute la force du mot, s*il était constant. Malheureusement, il n'est pas mieux établi que l'innocuité du traitement que le même médecin conseille contre cette maladie. 11 s'agit d'un gramme d'extrait aqueux d'opium que les hystériques avalent dans les vingt-quatre heures, non-seulement avec impunité, mais encore avec grand profit, puisqu'elles guérissent en peu de jours.
Je sais, je suis sûr que l'insensibilité locale attribuée a toutes les hystériques n'est pas conforme a la réalité, et je n'abuse pas assez dédaigneusement de leur misère et de leur vie pour conseiller, les yeux ouverts, un pareil remède.
[ Aux hyperesthésies périphériques se joindront quelquefois des névralgies réelles, des migraines, surtout à l'approche de la menstruation ; des fourmillements passagers dans les membres, une disposition à la fatigue. Chez d'autres malades, les troubles des fonctions digestivcs seront en prédominance, et Ton cou-
hYstÉRiË. 207
statera lous les plicnomènes iicrvoiix de la dyspepsie, les douleurs gastriques, la perversion du goût, le senliment d'une oppression ascendante, s^étendant du diaphragme et de l'estomac à l'oesophage, au pharynx et au larynx ; la production exagérée des gaz dans l'estomac et les intestins (1) ; enfin, la constipation ; et comme Tétat de la digestion a une influence directe sur les quantités du sang, et l'état de celui-ci sur les organes dans lesquels il circule^ on observera une disposition aux palpitations, à l'hyperesthésie des fibres musculaires du cceur. Enfin, certaines perturbations dans les fonctions de l'appareil génital éclaireront encore sur la nature de la maladie en voie de développement.
Telles sont, chez les jeunes filles, une sensibilité exagérée, non
plus musculaire et superficielle, mais profonde, des régions hypo-
gaslrique, utérine et ovarienne ; chez les femmes adultes et mères,
de véritables névralgies du plexus sacré, liées à des maladies de la
matrice ou des ovaires, et provoquant des douleurs erratiques
violentes. On ne perdra pas de vue non plus, que si l'époque de
la ménopause peut arrêter la marche de l'état hystérique, chez
celles qui y sont prédisposées par une constitution iymphatico-
œrveuse, elle fait quelquefois naître cette maladie chez les
femmes d'une constitution vigoureuse, abondamment mens-
truées, et jusque-là quelque peu névrosiques.
Tels sont les principaux phénomènes nerveux que présentent pendant un temps très variable les sujets menacés des convulsions hystériques. Je ne nrarrète pas sur les signes fournis par certaines idiosyncrasics hémophiliques, qui conduisent infailliblement à rhystérie confirmée, si Vjûi\ ne va au-devant de la maladie en provoquant de fréquentes évacuations sanguines (2j ; ni sur l'importance de la suppression de certaines maladies cachectiques, entre autresdela plique (Itomberg).
(t) J'ai traité, il y a quelques mois, une jeune personne habitant aux Thèmes, Afée de seize ans, qui allait à grands pas vers rhystérie confirmée, car aucun ngne afaot-courear ne faisait défaut, et dont la pneumalose avait pris un tel dévHoppmeot, qa*elle ne pouvait se montrer en public sans avoir à rougir des rwilioteiBenU iodiscrets qui accueillaient sa présence.
(2/ M. Cazalis in*eu a montré un curieux exemple dans sou service à la :it]|iéirière.
208 MALADIES DUES A UNE AUGMENTATION DE l'eXCITATION NBMVEUSfi.
Tous ces signes précurseurs, apprécies à leur juste valeur, tiendront le praticien en garde contre Taggravalion d'un état déjà suffisamment dessiné ; mais il est des sujets chez lesquels les prodromes diffèrent totalement de ceux énumérés, ou qui même manquent complètement. Les secrets tourments de Tâme et du cœur se révèlent alors chez des natures fortes et vigoureuses, nourries par un sang riche, animées par un système nerveux peu sensible en apparence aux excitations locales; pour qui Tactivilé et le travail sont un besoin, dont les passions sont impérieuses, et chez lesquelles le système nerveux, prédisposé d*une façon particulière, n*at(end qu'une occasion fortuite pour se jeter dans les désordres hystériques les plus violents. ]
Quoi qu'il en soit, le sujet malade éprouve, au commencement de son accès, un redoublement quelconque des phénomènes nerveux qui le tourmentent. Le plus souvent, une, deux ou trois heures avant Taccès, la personne qui en est menacée éprouve à Tépigastre une gène indéfinissable : c'est un poids comparable à ce qu'on ressent quand on a un gros chagrin ; une gène du creux de Testomac qui le rend un peu douloureux à la moindre pression; un étouiïement avec respiration pénible et suspirieuse; souvent il faut ajouter à cela des bâillements réitérés qu'on ne peut pas réprimer, ou un hoquet fatigant, ou des pleurs et des rires inexplicables. Tous ces phénomènes indiquent un léger degré de Tattaque hystérique, et se répètent a diverses reprises pendant qu'elle dure et dans les intervalles de repos que laissent les convulsions.
Quand cet état a duré pendant un temps plus ou moins long, la scène change. Des convulsions s'y ajoutent, convulsions précédées ou non, accompagnées ou non, d'étranglement. Il n'y a pas d'ordre absolu dans la manifestation de ces symptômes ; leur apparition, leur durée relative, leur succession irrégulière ou leur coïncidence ne peuvent pas ôtre prévues ; ils existent ou peuvent exister , voilà tout ce qu'on en doit dire.
L^étranglement a lieu de deux manières. Tantôt c^est une sensation tout à fait semblable à celle que causerait une boule, un morceau, un globe, d'un volume Variable suivant les personnes, qui partirait ou des environs du nombril, ou de Tépigastre, et remonterait pins ou moins vite vers la gorge. Dans
son trajet, il ferait sentir un étoulTement de plus en plus fort, dont le maximum aurait lieu quand ce corps étranger serait arrivé au larynx. Alors surviendrait le véritable étranglement, tout à fait semblable, en effet, à une suffocation. Les malades font un effort incroyable pour respirer, et c'est alors aussi que se montrent en général les plus grandes convulsions.
Dans les cas les plus ordinaires, il n*y a pas de sensation de boule; les malades éprouvent seulement dans la poitrine, et particulièrement derrière le sternum, une angoisse pénible ; puis ils sont pris dans la gorge d*un resserrement très prononcé, d'où résulte la suffocation, suivie, comme plus haut, des efforts les plus considérables pour respirer, et le plus souvent encore des plus grandes convulsions.
Dans Tun comme dans Tautre cas, la gène de la respiration, arrivée à ce point, donne un caractère tout spécial à cette fonction. Le thorax semble faire un grand effort sans résultat pour faciliter l'introduction de l'air; pendant cet effort, la respiration paraît comme suspendue ; puis brusquement, comme si la résistance était tout a coup vaincue, une inspiration bruyante a lieu, avec un cri plus ou moins retentissant et produit par inspiration. Mais l'introduction de l'air ne se fait qu'un instant -, elle est insuffisante; et l'effort thoracique et toute la série des mêmes phénomènes se reproduisent ainsi pendant un temps plus ou moins long.
En même temps, disions-nous, on observe des convulsions divei*scs. Tantôt ce sont les muscles moteurs de la lOle qui se convulscnt, et alors ou elle tourne de droite à gauche et de gauche à droite avec rapidité, ou elle se renverse violemment en arrière, ou plus rarement elle se replie sur le thorax. Tantôt ce sont les muscles de la face ; alors ces convulsions semblent occuper en même temps et d'une manière assez fixe tous les muscles d'une partie. Les mâchoires sont violemment serrées Tune contre l'autre; les oreilles ou les ailes du nez, ou les IcvrtS, sont relevées ou retirées en haut ou en arrière; les veux deviennent fixes et immobiles dans une certaine position : il semble quelquefois qu'ils veuillent sortir des orbites à cause di-s convulsions dos paupières. Puis, c'est le thorax qui se montre immobile et convulsé partout, ou les meuibres dont 1. 14
les divers plans musculaires se tendent et se roidissent. En général, ces dernières convulsions ont lieu des deux côtés en même temps ; les deux avant-bras et les poings se serrent sur répigastre, le thorax, ou vers la gorge, comme si le malade voulait les y enfoncer, ou celui-ci saisit les corps à sa portée et les presse avec violence, comme s'il voulait faire preuve de toute sa puissance musculaire. Ce sont, en général, de grands mouvements dans lesquels on reconnaît la contraction suivie et complète de tout un muscle ou de tout un plan musculaire.
Au milieu de ce désordre des mouvements, Tintelligence reste entière pendant la plus grande partie de l'attaque^ ce n'est guère que quand l'accès est porté au maximum, et que l'étranglement est presque complet, que la perte de connaissance arrive, et elle n'est que momentanée. La crise de suffocation une fois terminée, peu à peu la connaissance revient en même temps ou même avant que le reste des fonctions rentre sous l'empire de la volonté.
Dans ces convulsions, il arrive quelquefois, mais par exception, que la résistance des sphincters soit vaincue, et que les matières fécales ou les urines soient expulsées. Mais cela n*alieu que dans les cas les plus graves, et beaucoup moins souvent que dans réclampsie et dans Tépilepsie.
Pendant l'accès, il y a souvent des complications de douleurs locales vives et mal déterminées, qui se font sentir brusquement, puis disparaissent avec une aussi grande rapidité.
Ce sont des éclairs de douleurs, de véritables névralgies, parcourant les membres ou certaines parties d'un membre ; dans la région utérine ou dans la poitrine, des pointes aiguôs, brûlantes, déchirantes; dans la tôte, des déchirements ou des élancements, comme si on y enfonçait un clou, ou bien une pression excessivement pénible dans les orbites, ou des douleurs dans les oreilles. D'autres fois les souffrances qui accompagnent les attaques d'hystérie prennent une forme plus régulière, pour ainsi dire permanente, pendant toute ou presque toute la durée de l'accès.
Rien n'est plus ordinaire, par exemple, que d'entendre les malades accuser dans la tète les douleurs les plus violentes. Les souffrances y prennent un tel caractère qu'inslinGlivement les
malades en recherehenl la cause, et exercent sur la parlie endolorie une compression en tout autre moment insupportable, ou se frappent avec violence et ne trouvent de soulagement que dans cet étrange procédé de sédation. La jeune personne dont fai parlé au commencement de cet article, passait ordinairement dans ses grandes crises, deux, trois et môme quatre ou cinq heures à se frapper avec le poing fermé Tune ou Tautredes bosses pariétales au moins douze ou quinze fois par minute, et les coups qu'elle se donnait résonnaient comme si elle avait frappé avec un marteau. Elle racontait après ses crises que cette percussion violente ne faisait que lui doimer un peu de soulagement et ne lui causait aucune douleur locale.
Lies douleurs de tète ont manifestement quelque chose d*analogue avec celles qu'éprouvaient à Tépigastre les convulsionnaires deSaint-Médard, et qui n'étaient soulagées que quand on les frappait vigoureusement sur celte région avec une bûche. Ces violences extérieures paraissent cahner les hystériques, comme le fait toute vive excitation, le courant électrique, par exemple.
Dans d'autres cas, les désordres céphaliques sont d'une autre sorte; ils attaquent de plus près les racullé? inlolUTtuelles. Les malades sentent la mémoire leur manquer, ou bien perdent en quelque façon la possibilité de se gouverner suivant les lois ordinaires de leur raison et craignent de tomber dans une véritable folie.
Il arrive souvent que les douleurs au lieu d'occuper un siège fixe et précis, se répandent dans toutes sortes de parties, et s'y maintiennent pendant toute la durée des accès. J'en ai observé lie nombreux exemples. Chez une malade, dont je \ais transcrire l'observation malgré son étendue ; elles étaient localisées aux extrémités des doigts, el de plus, elles étaient le point de départ des convulsions ; Vaura htjsterica des auteurs.
ThiboiJt (Adolphine), femme Rameau, vingt-deux ans, journalière; en- Vitt le 5 avril 1851 salle Sainte-Claire, n» 61. Hôpital Bcaujon.
Antécédents, — Son père et sa mère vivent encore, et n'ont jamais rien cpniii^é d'analogue à son état actuel. Jusqu'à Page de douze ans elle a iMjiMin été malade: convulsions dans Tenfance; variole et rougeole, f apm ce qu^elle a appris de ses parents. Réglée à quatorze ans; chaque
212 MALADIES DUKS A UNK AUGMENTATION DE l'eXCITATION NEftVEUSE.
mois la perte sanguine est très abondante, régulière, et dure buU jours. Au bout d'un an, la menstruation cesse d'avoir la même régularité, et en même temps des étouffements, de^ essoufflements, des douleurs d*estomac sans palpitations ni toux fatiguent la malade. Mais au bout de quelques mois tous ces accidents disparaissent spontanément, les règles se régularisent et la santé redevient bonne jusqu*à Tâge de vingt et uu ans. A cette époque, grossesse et couches heureuses, mais suivies d'abcès du sein et d*aocès de fièvre revenant à heure fixe tous les deux jours pendant trois mois. Quinze jours après la disparition de cette fièvre d'accès , douleur vive aa pied gauche exagérée par la marche et y mettant obstacle ; cette douleur a pour siège Tarticulation tibio-tarsienne, et ne s'accompagne ni de rougeur, Di de tuméfaction sensible, ni de fièvre. Elle cesse d'elle-même au bout de quinze jours ; peu après, le bras gauche est devenu le siège de douleurs fortes, contusives, surtout aiguës aux articulations et rendant les mouvements impossibles, ou tout au moins difficiles, sans rougeur, sans tuméfaction, sans fièvre ni aucun trouble général. Cette douleur a complètement disparu au bout de deux mois. Depuis lors la santé a été très bonne jusqu'en novembre 1850, sauf des palpitations et des étouffements.
A celte époque, un matin, celte femme éprouve subitement un refroidissement considérable au bout des doigts, sans avoir été cependant exposée à une basse température. Les extrémités des doigts deviennent d'un rouge sombre avec couleur violacée des ongles, et sont le siège d'une douleur vive, analogue à celle de Vonglée. Ces accidents sont plus vifs le matin, disparaissent dans la journée, puis le soir et pendant la nuit le froid douloureux est remplacé par une chaleur brûlante et intolérable. Dans ces moments l'eau froide calme les souffrances, mais les excite au contraire dans la période de froid. Ces symptômes prennent graduellement plus d'intensité : au bout de quinze jours le froid devient permanent, et les extrémités des doigts ont une teinte d'un rouge violacé foncé passant au noirâtre en certains |)oinls. L'hypereslhésic devient également beaucoup plus vive, et le moindre contact excite des douleurs atroces et détermine des convulsions sur lesquelles je reviendrai. Tous ces accidents sont surtout aigus dans la main gauche. M. Robert, consulté, croit au premier abord qu'il va survenir un ou plusieurs panaris; mais, après un examen plus attentif, il conclut k l'existence d'une altération des artères, et fait appliquer quarante-quatre sangsues dans la paume de k main et sur le bout des doigts, en trois fois, puis des cataplasmes laudanisés et prescrit des potions élhérées. Les accidents furent calmés sans être guéris. A la même époque, l'extrémité du nez prend une teinte violacée comme les doigts, et chaque matin quelques gouttes de sang s'échappent des narines. La malade quitte le senicc de M. Robert après trois semaines de séjour. Quinze jours après, ses douleurs redoublent et sont accompagnées de convulsions fréquentes, pour lesquelles on est forcé de l'attacher. Admise dans le service de M. Iluguler, on lui applique du laudanum sur le bout des doigts. M. Huguier considère les accidents comme symptomatiques d*une affection du cœur : cette opinion était basée sur l'existepoe de rio*
lenlcs palpitations, d'un bruit de souffle au cœur et sur le fait dos douleurs articulaires antécédentes, ainsi que je Fai appris de M. Huguier lui-même. En Tespace de quinze Jours, il fait pratiquer cinq saignées de quatre palettes diacane, puis appliquer des vésicatoires et des cautères à la région préoordiale, et ordonne de la digitale. L*ensemble de cette médication paraît amender les douleurs, sans amener aucun changement dans les autres accidents localisés dans les doigts, et ne modiûc nullement les palpitations et le souffle du cœur. Sur la fin de janvier 1851, le pourtour du pavillon de Toreille droite prend la même teinte que les doigts, et il s'y déclare de la douleur et de la cuisson, qui disparaissent dans le courant de mars. La naïade sort du service de M. Huguier vers la fin du même mois, soulagée» mais non guérie. Les douleurs des doigts et les convulsions ap|)araissent de DouTeau, et elle entre dans mes salles, où Tétat suivant est constaté (5 aTHi 1851).
La malade est petite, sèche, peu colorée sans être pâle ; ses cheveux sont Doirs, ses yeux bruns; elle est gaie, facile à émouvoir, irascible et très vive.
Elle se plaint de vertiges fréquents, de bourdonnements dans les oreilles» de quelques céphalalgies rares. L*appélit est bon, mais elle préfère des sublances peu nutritives et surtout des mets acides à la viande. Pas de douleurs d^estomac; les digestions se font bien ; constipation habituelle. Pouls petit, très dépressible, essoufflements, palpitations; bruit de souffle au premier temps, ayant son maximum dMntensité à la base.
Les extrémités des doigts des deux mains présentent une couleur violacée qui se voit aussi sous les ongles, et occupe la presque totalité de la phalangette, mais en décroissant de Textrémité vers la mnin. Cette teinte, plus marquée à la main droite qu*à la gauche, s*étend un peu plus le long du bord interne des doigts qu'en aucun autre sens, et se prolonge le long du bord interne de la main et du tiers inférieur de Tavant-bras. Les extrémités des doigts sont très froides, la peau en est ridée et comme desséchée. Une pression, même peu considérable, y détermine une douleur vive; cependant la piqûre superficielle d'une épingle n'est nullement perçue, mais elle est sentie avec douleur, si on l'enfonce plus profondément. La sensibilité tactile est perdue au bout des doigts, et la malade ne sent pas rouler une épingle entre eux. Il lui est impossible de ramasser de petits corps, et quand elle les tient, elle les laisse tomber sans s'en douter; toutefois la force musculaire reste tout à fait normale. Ces troubles du sentiment se bornent ù la pul|>e des doigts. L'épiderme du bout des doigts s'enlève graduellement et par petites plaques.
Les extrémités des doigts sont le siège d'une vive douleur avec engourdisleaentet sensation d'un froid intense, comparée par la malade à celle de tomgiée, La douleur s'irradie de ces points jusqu'il l'épaule, sans affecter une Arection particulière en rapport avec le trajet de quelque vaisseau ou nerf. Malgré cette sensation de froid et d'engourdissement, la malade recherche le lipoîd plutôt que le chaud. La chaleur d'un foyer n'augmente cependant pas sensiblement les douleurs; mais lorsque les mains ont été soumises un certain temps à la chaleur du lit, les souffrances sont accrues, puis soulagées
21 à MALADIES DUES A l NE AL'r.MENTVTION DE l' EXCITATION NERVEUSE.
par TexposUion à Tair froid. Parfois ces douleurs prennent une acuité extrême, s'irradient jAus violemment, mais avec un caractère différent vers l'épaule ; alors le moindre contact les rend atroces et détermine DES convulsions. Ccs convulsions sont caraclérisées par des mouvemenls irréguliers des membres, interrompus par une rigidité avec torsion de ces organes, qui fait bientôt place à une nouvelle agitation, telle qu*on Tobserve dans les attaques d*hystérie les plus désordonnées; plusieurs hommes peuvent à peine la contenir. Pas de contorsion de la face, pas de perte absolue de la connaissance ou du sentiment, mais aussi pas de sensation de boule le long de l'œsophage et de la gorge. Cet état d*exagération des douleurs revient par crises d'une heure environ, se renouvelant cinq ou six fois par jour. Chacune de ces crises est marquée par trois ou quatre accès de convulsions. D'ailleurs rien de régulier dans leurs manifestations. Les convulsions ne se montrent qu'à l'occasion des grands accès de douleur, et leur sont consécutives. Pendant ces accès, les extrémités des doigts passent au violet noir et en même temps se réchauffent. Dans d'autres moments, surtout pendant les rémissions des douleurs, elles deviennent parfois d'un blanc mat et comme absolument exsangues.
Tous ces phénomènes sont beaucoup moins marqués à gauche qu*à droite. A droite, l'un des doigts, Vindex^ ne présente aucun de ces symptômes : Il n'est pas cyanose, ni froid, ni desséché; les sensations perçues dans les autres ne le sont pas dans celui-là; la sensibilité y est parfaitement conservée. Les symptômes sont au contraire à leur maximum d'intensité sur le médius de la main droite. Nous avons spécialement noté le fait suivant : pendant les accès on a appliqué du chloroforme sur les doigts de la main droite; les douleurs ont été calmées, mais la cuisson que détermine ce liquide n'a été sentie que par ïindex: or sur celui-là seul aussi s'est formée une phlyctène autour de l'ongle.
L'oreille droite ne présente en ce moment rien de particulier; le bout du nez est légèrement violet et froid, sans douleur.
On ne trouve aux orteils rien de semblable à ce que l'on voit aux doigts. Nulle autre lésion, nulle altération de la sensibilité en aucun point du corps. Pas de douleur spontanée ou développée par la pression le long des apophyses épineuses.
Le traitement ordonné au débuta été : quatre pilules de Vallel par jour, un bain gélatineux tous les jours. Lors des accès, on applique sur les doigts des compresses imbibées d'eau et arrosées de chloroforme ; ces compresses calment instantanément les douleurs.
Î27 avril. Le même traitement a été continué; il y a une amélioration considérable de tous les symptômes. Cependant la cyanose a envahi aujourd'hui par vergeluresla face dorsale de la main droite. Le bruit de souffle du cœur et des carotides est actuellement peu marqué; les palpitations moins (considérables. Même prescription.
à mai. Les douleurs et les autres accidents ont de beaucoup diminué à la main droite, mais ont pris plus d'Intensité à la gauche. Il y a eu hier une attaque de convulsions déterminée par les douleurs de la main gauchie ; U
IITSTÉRIK. 215
D*y eD avait pas eu depuis le 9 avril. Même prescription, et de plus un Juiep avec 30 grammes de sirop de morphine.
15. Les accidents, et surtout la douleur, sont presque nuls à la main droite, mais assez intense à la gauche pour avoir déterminé hier matin un nouvel accès de convulsion. D'ailleurs il n'y a pas eu encore de convulsions en dehors des crises douloureuses, La douleur de la main gauche existe surtout dans trois doigts, pouc^, index et médius. Très bon. état généraL On continue Tusage des bains gélatineux, mais tous les trois jours seulement, et l*usage du chloroforme en compresses.
18. La malade fait remarquer que depuis quelques jours les extrémités cyanosées et froides de la main gauche sont le siège d'une sueur continuelle et froide, qui se reproduit à mesure qu'on l'essuie. Cette sueur rappelle celle des cholériques. Même prescription.
21. Les accidents sont toujours très intenses à la main gauche. Irriga* tions froides continues sur le bout des doigts.
23. Les irrigations froides ont beaucoup calmé les douleurs; mais la malade les ayant supprimées, les douleurs ont pris relativement une plus grande intensité, et il y a eu un accès violent de convulsions. On continue les irrigations. Même traitement, moins les bains gélatineux.
25. Ce matin les doigts de la main gauche ont presque leur couleur normale, et c'est à peine si leurs extrémités présentent une teinte violacée. Ils sont également sans douleur, et la pression n'en détermine que sur l'index. Même traitement.
15 juin. Les irrigations froides ont été continuées; mais leur bon effet n'a pas persisté, et la malade se trouve bien mieux des applications de ctiloroforme, qui ont pour résultat de calmer instantanément les douleurs et de donner aux doigts une teinte d'un blanc mat. La main droite est toujours en très bon état, et depuis que les accidents en ont disparu, la peau des extrémités des doigts a repris son apparence normale et ne présente plus cette desquamation de Tépiderme notée plus haut. Ce phénomène et l'espèce d'atrophie de la peau, de parcheminement qu'on, y remarquait, s'ûhsenent au contraire sur les doigts de la main gauche. On suspend les irrigations. Même prescription.
17. Depuis la suspension des irrigations, les douleurs ont reparu plus violentes; on y revient aujourd'hui.
19. Les irrigations ont été suivies d'une diminution considérable des douleurs. Onctions sur les doigts avec une pommade contenant : axonge, 60 grammes; sulfate de strychnine, 1 gramme. Même prescription.
35. La main gauche va l)eaucoup mieux. Les palpitations et le souffle du orar et des carotides sont presque nuls. Même traitement
10 juillet. Tous les accidents avaient presque entièrement disparu des di*ux mains; hier ils se sont tout à cx)up remoutrésavec une grande intensité, principalement à la main gauche. Aujourd'hui cette main présente seule les traces de la recrudescence d'hier. Il n'y a pas eu de convulsions. Mène traitement.
210 MALADIES DUES A OK AfOMhMATiON Di: l'kXCITATIO^ NERVEL'SE.
25. Il y a depuis quelques jours une amélioration considérable et per* sistante de tous les symptômes.
5 août. L'amélioration s*est maintenue; cependant la cyanose persiste par accès comme autrefois ; mais le contact est k peine douloureux, et les souffrances sont nulles. La sensibité tactile est à peu près normale et la malade peut très bien coudre, ce qu'elle ne pouvait faire en entrant 11 n'y a plus eu d'attaques convulsives depuis le 23 mal. L'état général est excellent, et le souffle du cœur et des carotides a disparu; plus de palpitations. La malade sort aujourd'hui.
Il n*est pas rare que les accidents liystériques présentent dos retours en quelque façon périodiques, soit pour les jours, ou pour les heures du jour où ils se montrent, soit pour la forme et la répétition des crises intermittentes.
J'ai été consulté pour une jeune malade dont les crises m'ont été ainsi décrites par le médecin qui lui donnait des soins :
Il s'agissait d'une jeune personne âgée de seize ans. Elle avait été réglée à onze ans. La menstruation avait été abondante jusqu'à l'âge de quinze ans-, depuis ce temps elle l'avait été beaucoup moins mais toujours régulière. Je laisse parler notre confrère.
Depuis l'âge de quinze ans, ma cliente est atteinte d'hystérie compliquée de l'état nerveux. Elle a eu d'abord des palpitations, et les palpitations ayant cessé, le hoquet, puis des convulsions avec étouffement, enfin de l'hallucinaUon, et aujourd'hui la malade est atteinte douze fois par jour d'attaques Jîystériformes qui se reproduisent périodiquement et dans Tordre suivant (à chaque fois elle sent l'aura partir de l'utérus) :
A six heures du matin, attaque d'anéantissement; la malade ne peut proférer un seul mol, exécuter le moindre mouvement. L'Intelligence est parfaite; durée, dix minutes. — A sept heures, attaque de mouvement; la malade se jette des bras d'une personne dans ceux d'une autre eu tournant, puis se renverse à terre en frappant de la tête, des coudes et des épaules- L'intelligence est conservée; durée, douze minutes.— A huit heures, même attaque compliquée d'étouffement ; durée, vingt-cinq minutes. — A dix heures, même crise; durée, trente minutes; il y a un intervalle de vingt minutes; à onze heures, attaque d'étouffement; durée, dix minutes, puis anéantissement pendant cinq minutes.— A une heure, ta malade est prise du besoin de tourner, et elle valse avec régularité pendant vingt minutes; quelquefois la jambe gauche devient roide pendant celte crise, et reste plus ou moins de temps dans cet étal. — A trois heures, attaque d'étouffement; durée, dix minutes; et anéantissement pendant cinq minutes. —A quatre heures, attaque d'anéantissement; durée, douze minutes. — A cinq heures, attaque d'hallucination de la vue. La malade se tient debout, croit voir de
llYSThlllE. 2J7
objets hideux, pousse des cris, se laisse glisser sur le plancher où elle se frappe la tête avec violence pendant un quart d*heure, puis se relève et est prise d*étoufrement ; il y a constamment hallucination pendant toute la dorée de cette attaque, tous les trois jours cette crise d*hallucinalion avec mouvement se change en crise d*halIucination avec roideur). —A 6 heures, attaque de hoquet. Le hoquet est très rapide, et à chaque hoquet correspond la seusalion d'une douleur violente, aiguë, qui n*a point de siège fixe et va du bras à la tête avec la rapidité de Téclair. La durée de cette attaque esl de dix minutes.
A huit heures, crise de suffocation compliquée de mouvement. Cette crise a trois périodes et dure trente-cinq minutes. D*abord à huit heures, il y a suffocation, mouvement désordonné; la malade se frappe la tète: durée, deux minutes. A huit heures dix minutes, la crise recommence; la malade étouffe , se frappe la tête; cela dure pendant un quart d*heure, et même un peu plus; aussitôt après, Tenvie de se mordre s'empare de la malade; tout son corps se convulsionne; tantôt ce sont les membres inférieurs, tantôt tout un plan musculaire; trois personnes suffisent à peine à la tenir, et cela pendant huit minutes, après quoi et aussitôt après elle se couche sur le plancher et se frappe avec violence la poitrine; c'est de toutes ses attaques la plus affreuse, à cause des coups violents qu'elle se porte sur les seins, le foie, Teslomac; se faire mal, éveiller de violentes douleurs dans cette région est pour elle un besoin auquel elle ne peut se soustraire; il ne faut pas chercher à la retenir, si Ton essaye elle redouble et tout son corps est pris de convulsion ; en outre, la malade ne veut souffrir aucune tentative pour arrêter ou amortir les coups; cela dure dix minutes eoviron, alors la malade se couche, et k neuf heures commence une autre aUaque. — Neuf heures, crise d'anéantissement de dix minutes.
La malade s'endort vers les dix heures, et passe la nuit dans le calme; son réveil a lieu ù cinq heures et son lever à six heures et demie.
Elle ne fait qu'un repas par jour, c'est à cinq heures et demie; ce repas est assez copieux. Elle ne peut, depuis sa maladie, sortir quand il fait soleil ou grand vent sans être prise de douleurs névralgiques accompagnées de hoquet. Cependant cette disposition s'amende beaucoup et même très sensiblement depuis deux mois. Quand elle marche, quand elle monte, quand elle descend surtout, elle est prise de syncopes ou d'anéantissements qui durent quatre ou cinq secondes. Sur son fauteuil, pareille chose lui arrive, mais bien moins souvent maintenant. Cette disposition semble aussi s'amender beaucoup depuis quelques mois.
Je vous ferai observer que pendant toutes ses crises elle conserve son iDtelligence et Tusage de tous ses sens, si ce n'est dans celle d'hallucination où elle ne voit ni n'entend. Tous les mois ou tous les deux mois, elle a eu une ou plusieurs crises nouvelles. Ainsi, depuis trois mois, elle se frappe la poitrine et est prise d'attaques d'anéantissement. C'est toujours après la période menstruelle que de nouvelles manifestations se produisent.
Cest à la suite d'une conlranélé que la première attaque avec convulsion s'est montrée (déjà le cœur était pris de palpitations), puis l'appareil de la
2i 8 MALADIES DUES A UNE AUGMENTATION DE l'eXCITATîON NERVEUSE.
phonation a été envahi, onfin les ôtouffements et rhallucination sont survenus. A cet état de choses, ajoutez les névralgies de toute espèce, photophobie, névralgies de Foule, etc., et vous aurez un tableau assez complet de rétat de cette pauvre malade.
Dans l'histoire de celte névrose, il est question de toux et de hoquets; j'en ai dit un mot aussi à l'occasion de la première personne dont j'ai parlé. C'est qu'il faut, en effet, noter celte disposition à tousser comme un des accessoires possibles de l'hystérie. Tantôt ce sera une toux fatigante, sèche, continue, se montrant dans l'intervalle et au commencement des accès; tantôt la toux deviendra violente, convulsive, éclatante comme un cri poussé avec la plus grande force. On n'imagine pas comment de pareils effets peuvent être supportés sans notable dommage par de semblables organisations.
Cette dernière forme de toux ne se rencontre guère que dans les hystéries les plus graves; l'autre plus calme et plus supportable, quelquefois continue, quelquefois périodique, souvent très persistante quand elle est mal traitée, doit être attribuée à l'état nerveux plutôt qu'à l'hyslérie. Les observations recueillies par M. Lasègue ne prouvent pas autre chose. {Union médicale^ tome VIII n* 55. Rapport de M. Aran sur le Mémoire de M. Lasègue, intitulé De la toux hystérique. Société médicale des hôpitaux de Paris.)
D'ailleurs au milieu de tous ces accidents, même des plus formidables en apparence, la circulation est peu influencée. A part un peu d'accélération, occasionnée par les mouvements et le trouble de la respiration, le pouls conserve son rhylhme; on est étonné du calme relatif de celle fonction, au milieu du désordre général qui se fait voir ailleurs.
La sensibilité peut être conservée pendant la plus grande partie de l'attaque d'hystérie ; c'est un des grands caractères qui la distinguent del'épilepsie. Mais au moment où l'accès approche do son maximum, où les malades ont perdu ou perdent connaissance, la sensibilité s'éteint ou devient très cmoussée, sinon dans tout le corps, au moins dans des portions plus on moins étendues. Il faut encore ajouter que cette perte locale de la sensibilité dure quelquefois pendant toute la durée de l'accès, et même.
(tans les cas les plus graves, peut se prolonger pendant lesinlerviilles.
Enfin, l'accès convulsif terminé, toutrentre dansTordre. Il ya bien encore quelques troubles nerveux, des pleurs, des saccades convulsives, des douleurs par-ci par-là> mais le désordre cesse peu à peu, et il ne reste plus qu'un sentiment de lassitude, de fatigue de corps etd*esprit bien naturel après tant de secousses.
Il y a d'ailleurs dans ces convulsions plusieurs circonstances remarquables. Ainsi, les malades conservent sur leurs accès un certain empire. Non pas que cela aille jusqu'à supprimer la maladie; mais ils peuvent la dissimuler jusqu'à un certain point » arrêter leurs convulsions par une volonté ferme, les suspendre pour un certain temps, les transporter sur une autre partie, ou même les laisser remplacer par des douleurs. Je suis sûr d'avoir observé ce fait nombre de fois, et des malades d'une bonne foi non douteuse me l'ont souvent garanti. Il faut seulement ou une vive distraction ou un acte ferme de volonté pour en venir là. D'autres fois, c'est le médecin lui-môme qui peut ainsi modifier l'expression de l'hystérie. Il suffit de maintenir convenablement le membre convulsé, pour voir d'autres parties prendre immédiatement le rôle empêché ailleurs. Ce sont des expériences que j'ai répétées bien des fois dans des attaques d'hystérie et qui m*ont de plus en plus prouvé la généralité de la maladie.
Les accès hystériques chez les femmes ne se montrent guère avant quinze ou dix-huit ans ; mais on en observe encore après soixante. Chez les hommes, on ne peut guère assigner d'âge. Je n'en ai pas vu chez eux avant Tâge adulte. J'en ai rencontré chez des vieillards très nerveux.
[Ce n'est point impunément que les hystériques subissent les ébranlements que les convulsions répétées impriment aux diverses fonctions de l'économie. Il est peu d'organes |)endant la durée de l'accès qui n'en ressentent de douloureuses impressions. Le sang, interrompu dans son cours régulier, altéré dans ses qualités par l'obstacle apporté à l'hématose, congestionne et stupéfie les centres nerveux. Le fluide nerveux lui-même, sans doute inaltérable dans ses propriétés essentielles, en tant que fluide impondérable, mais certainement distribué outre mesure aux muscles livrés aux contractions les plus violentes et les plus
220 MALADIES DUbS A UNE AUGMENTATION DE L* EXCITATION NERVEUSE.
désordonnées, ne porle plus aux différents appareils rexcitalion physiologique que réclame leur libre exercice. Les uns conservent à un certain degré la surexcitation qu'ils ont momentanément reçue; les autres éprouvent une prostration proportionnée à la perte de forces et de surexcitation vitale qu'ils ont dépensées : de là, chez quelques malades, l'extrême impressionnabilité de l'ouïe, de la vue, de l'olfaction, et quelquefois une hyperesthésie générale; chez d'autres, les paralysies les plus bizarres s'é tendant indistinctement aux centres nerveux cérébral, rachidien, grand sympathique et à leurs dépendances, et toujours en vertu des mômes lois qui règlent ce consetisus de sympathie, d'irradiation, de solidarité entre tous les centres, les troncs et les branches des systèmes nerveux moteur et sensilif, et qui président à tant d'autres propriétés vitales. De là, ces amyostbénies, ces anesthésies, ces analgésies hémiplégiques, paraplégiques, hémi-faciales, ou seulement limitées à une moins grande étendue de la peau ou des muscles. De là encore, ces amauroses plus ou moins complètes, ces surdités, celte abolition des sens de Folfaction et du goût, de certaines qualités du tact, de la sensibilité aux divers degrés de température; de là, ces sentiments de froid vers Içsextrémités inférieures, de chaleur, le plus souvent vers les extrémités supérieures. De là, enfin, ces troubles fonctionnels qui offrent tous les signes apparents des plus graves altérations des centres nerveux, et qui feraient hésiter à porter un diagnostic et un pronostic rigoureux, si l'ensemble des phénomènes hystériques n'éclairait et ne tranquillisait l'observateur sur la nature de la maladie.
Ces paralysies s'étendent, avons-nous dit, aux dépendances des centres nerveux ; en effet, certains viscères participent souvent à cette absence de vitalité; ainsi, il n'est pas rare de voir la vessie, le rectum, les intestins frappés d'inertie et cesser plus ou moins complètement leurs fonctions. J'en pourrais citer de nombreuses observations recueillies dans les hôpitaux (voyez plus bas l'observation de la nommée Villefond), ou extraites des auteurs modernes.
Les paralysies hystériques n'ont, d'ailleurs, pas échappé a l'observation de Sydenham, de F. Hoffmann, de Pomme, et, dans ces derniers temps surtout, de MM. Piorry, Macario, Romberg,
Leroy (d'ÉlioUes) fils, elc; elles ont pour caractères leur mobilité, leur instabilité : car elles disparaissent souvent pendant la convulsion, pour passer d'une région à une autre.
Aucun moyen d'exploration ne doit être négligé, comme nous le verrons en traitant des paralysies, dans le but de décrouvrir le siège, l'exacte étendue de la partie affectée, et de savoir, quelles sont celles des propriétés vitales qui sont plus ou moins exclusivement abolies.
Tels sont les principaux phénomènes pathologiques que présentent i titrede symptômes ou de complications, les hystériques tourmentées par de fréquentes convulsions. Mais le tableau serait inachevé, si j'oubliais d'arrêter un moment l'attention sur les malades qui, plus gravement affectées, groupent en quelque sorte dans une unité synthétique toutes ces paralysies partielles, en tombant dans une insensibilité générale plus ou moins absolue, pendant plusieurs heures ou plusieurs jours. Je citerai, comme exemple de cet état syncopal prolongé, Thistoire d'une malade qui était affectée en même temps d'une paralysie de la vessie :
La nommée Villefond (Julie), vingt-deux ans> lingère, est reçue à rhô« pilai de la Charité, salle Sainte-Marthe, n* 26, senice de M. Briquet. Rien i noter chez les consanguins. Convulsions dans son enfance, diarrhée persbstantede neuf à dix sept ans. Réglée à dix-neuf ans, suppression pendaat oeuf mois après cette première menstruation ; vomissements, constipation, maux de tète pendant cette suppression; traitement ferrugineux, appiica- Uoo périodique de sangsues au haut des cuisses, retour des règles mais irrégulièrement, tous les deux ou trois mois. — En juillet 18ôn, elle vomit du sang, le rend par le rectum; elle entre & Thopital Necker où des purgations et des douches ascendantes lui sont ordonnées. 11 apparaît alors de vives douleurs abdominales, du ballonnement, une constipation encore l>lus opiniâtre, puis des convulsions qui reviennent tous les quinze jours et contre lesquellcson emploie le chloroforme au début.
Au mois d*octobre, toujours à Thùpital Necker; nouveaux vomissements et nouvelles selles sanguinolentes : les douches ascendantes qui lui sontad* ministrées sont rendues teintes de sang : urine également sanguinoleutet puis miction difflciie et douloureuse. — Deux mois après, impossibilité absolue d*uriner, douleurs vers les régions rénale et ovarienne gauches» faiblesse dans ia jambe droite, perversion de Tolfaction ; elle est poursuivie par une odeur persistante de chair en putréfaction, qui la rend insensible k rôdeur de toutes les autres substances. — Elle peut travailler à Taiguille, qu*elle sent entre ses doigts, alors même que la vue se porte sur d*autres
SSS MALADIES DUES A tNE AUGMENTATION DE L*EXCITATlON NERVEUSE.
objets. Traitement: sirop de strychnine, teinture de noix Tomique en frictions, douches ascendantes, cathétérisme de la vessie matin et soir.
Elle quitte l'hôpital Neckcr, leZimars 1857, pouvant se sonder elle-même; mais bientôt son appétit se perd, ses digestions deviennent difficiles» ses forces diminuent, elle entre alorsàThùpital de la Charité, le 24 mai 1857. La nuit suivante, elle est prise d'une convulsion, h laquelle succède un sùmmeil léthargique qui dure trois jours, — Elle affirme qu'elle n'entendait rien pendant cet engourdissement général, et qu'elle n'avait aucune conscience de ce qui se passait autour d'elle. — On l'électrise vers les premiers jours de juin dans le but de remédier à la paralysie de la vessie, en plaçant une première sonde électrode dans la vessie, une seconde dans le rectum. — Au bout de deux mois, elle sent les envies d'uriner sans toutefois pouvoir les satisfaire, et si parfois on oublie de Télectriser les besoins d^uriner disparaissent. I^ médication consistait en préparations ferrugineuses, en purgatifs drastiques, en sinapismes, en cataplasmes à la glace, eu lavement à l'eau au-dessous de zéro et en douches ascendantes.
Le premier juillet 1857, quand je prends son observation, je la trouve dans l'état suivant : physionomie gaie et souriante, yeux brillants et humides, joues pleines, pâles et bouffles. — Le décubitus est ordinaire, les membres, surtout les inférieurs, sont bien musclés. — Les sens de l'ouïe, de là vue, de l'olfaction, du goût, remplissent bien leurs fonctions.— Douleurs erratiques dans les différentes régions, surtout vers la tète, le rachis et la paroi abdominale latérale et inférieure gauche. Une légère pression provoque de l'hypercsthésie douloureuse. — 11 n'y a ni engourdissements, ni fourmillements dans les membres; la sensibilité tactile est généralement émoussée, sur la muqueuse oculaireelsur la peau, principalementverslesfaces d'extension.— La malade est fort impressionable; elle donne une importance extrême aux mille petites gènes inhérentes au séjour de l'hôpital ; toute son affection se concentre sur un petit moineau qu'elle tient prisonnier dans un panier, avec lequel elle joue et dont elle partage toutes les joies et toutes les infortunes. Son sommeil est insuffisant et fort léger; ses membres jouissent de leur plein exercice, mais elle ne peut monter et descendre l'escalier sans fatigue. — L'appétit lui manque, elle digère difficilement, est toujours constipée et ressent des douleurs d'entrailles. Elle sent le besoin de la défécation mais ne peut le satisfaire; la difficullé insurmontable d'expulser les matières cause sa constipation. — Respiration bonne, absence de toux. Le pouls est mou, petit, à 75 ; bruit de souffle carotidien et cardiaque au premier temps, palpitations à la moindre émotion. Elle ne peut uriner volontairement, se sonde deux fois le jour, et une fois la sonde introduite lettrine s'écoule par jet; elle est claire et n'a jamais été purulente. Elle sent l'introduction de la sonde seulement à l'entrée du canal de l'urètbre, mais n'a pas conscience de l'introduction du doigt dans le rectum ; elle ne sent pas davantage les lavements froids. Les électrodes mis en place quand ou réleclrisi', font sentir au detk de la vessie et du rectum, par irradiation dans l'abdomen, les plus violentes douleurs; menstruation complètement supprimée depuis un an; dit être vierge, et accuse la sensation d'une boule
qui monle du centre épigastrique au pharynx quand elle est vivement impressionnée, on quand elle doit avoir une attaque couvulsive. — Tout le mois de juillet se passe, sans qu*aucun phénomène notable se présente; le traitement se compose toujours de fer, de purgatifs drastiques, de bains, de douches ascendantes, d'électrisatiou, de lavements froids, de cataplasmes sinapisés au haut des cuisses, de suppositoires au savon et à Thuile de crotoD. Le t> août, les règles apparaissent pendant deux heures seulement. Le 5, application d'un vésicatoire sur la région hypogastrique, qui provoque de violentes douleurs, une vive agitation, des plaintes, puis des larmes. Le lendemain 6, à cinq heures du soir, attaque d'hystérie, convulsions cloniques, oppression, étranglement, délire loquace, puis sommeil comateux. Le 7 au matin, je la trouve insensible à toute excitation soit morale, soit physique, elle ne répond à aucune question, ne sent pas une épingle profondément enfoncée dans Tépaisseur des différentes régions de la peau. * Ses membres s'agitent parfois en mouvements automatiques, elle jette sa tête à droite et à gauche sur son oreiller, ferme et ouvre les paupières en laissant voir le globe oculaire convulsé eu haut; les pupilles sont contractiles; elle crachote, chantonne {tiens, tiens, vetixtu^ veux-tu ; pas moi, à moi ; ré, do^ mi, fa, sol ; apprends ta leçon de musique ; tu n'es qu'une bête, etc., etc.); elle promène dans la bouche sa langue sèche et pâteuse. Les poignets sont le siège d'un petit tremblement convulsif , et les orteils s'étendent et se fléchissent avec agitation ; cet état persiste toute la journée et la nuiL Le 8 au matin, plusieurs vomissements bilieux la sortent de cette torpeur et sont suivis d'un calme relatif; elle demande à être sondée, sans toutefois pouvoir répondre aux questions qui lui sont faites, elle avale de U tisane présentée à ses lèvres. Le 9 au matin, elle dort paisiblement, et se réveille sans manifester d'étonnement et de souffrance; mais quelques minutes après, elle divague, veut vite faire son paquet, veut qu'on la laisse tranquille; elle sent les piqûres d'épingle et s'en irrite. Le 10, elle va mieux, rit de sa mauvaise humeur de la veille, répond clairement à toutes mes questions, se plaintdecourbalures, de douleurs céphaliques, gastriques, articulaires, et dit n'avoir pas été à la selle depuis dix jours ; le pouls est toujours il 75; la difûculté de vider la vessie est toujours la même. Du 10 au 20 août, même traitement et même état; les 21, 22, 23, 2^ et 25, mictions fréquentes et involontaires attribuées à l'électrisation opérée à l'aide d'électrodes garnis d'épongé appliqués sur la région hypogastrique. Le 26, apparition des règles pendant quelques heures. Le 29, peut de nouveau retenir son urine et se sonde elle-même.
Le 9 septembre, application de la ventouse Junod sur la jambe droite. Le 10, sensibilité et douleur à la pression du membre ventouse, qui est tuméûé et gorgé de lymphe et de sang : seconde ventouse Junod k la jambe gauche. Le 11, hyperesthésie algésique au méat urinaire tellement développée, qu'elle ne peut se sonder elle-même, malaise général, oppression, sensation d'un globe ascendant, menace de convulsion, chloroforme, l'attaque avorte. Le 12, nouvelle ventouse Junod à la jambe droite; insensibilité ^enrra/e et torpeur quelques heures après; le chloroforme la réveille par
22i MALADIES DUES A UNE AUGMENTATION DE L* EXCITATION NERVEUSE.
iDoments en la jetant dans le subdélîrium. Le 13 même état, aucun besoin n*e$t satisfait. Le i/i, retour à la vie extérieure, à la sensibilité, à Talgésie; contractions spasmodiques dans les muscles de la face; vive douleur abdominale, la vessie fortement distendue en rend compte ; elle se sonde ellemême. Du 15 au 21, rien de remarquable à noter. Le 22, ventouse Junod à droite. Le 21, ventouse à gauche. Le 2/t, les règles apparaissent pendant quelques heures seulement ; vomissements de matières sanguinolentes après la suppression. Le 25, ventouse Junod; dans la journée deux nouveaux vomissements où le sang se montre plus abondamment. Le 26, vingt sangsues au siège; elle tombe dans la prostration, bien que le {)Ouls soit plutôt relevé et que les joues soient animées, rouges et chaj^des; hypcresthésie générale. Le 27, même état ; trois vomissements, toujours avec matières teintes de sang; sommeil très agité; vive impressionnabilité morale. Le 30, discussion avec rinfirmière de la salle; elle pleure, s'agite, suffoque et veut absolument quitter Thôpltal. M. Briquet signe Fexeal.
Je donne en ce moment des soins à une hystérique, affectée d*abaissement, d^antéversion et de catarrhe utérin, qui, au début de chaque époque époque menstruelle, tombe régulièrement dans de violentes convulsions; chez elle, le rétrécissement du canal de la matrice est tel (elle n*a pas eu d'enfant), que le sang à peine à prendre son cours, et qu'elle ressent d'atroces douleurs tant qu'il n'a pas fait irruption au dehors. Ce retour périodique des crises nerveuses, si intimement lié a Taltération organique locale, portait une atteinte sérieuse à la santé générale, et réclamait un traitement spécial : je voulus, à la demande de la famille, procéder a l'examen du col de la matrice, mais l'impressionnabilité de la malade fut telle, que la simple application du spéculum à l'entrée du vagin la fil inslanlanémont tomber en convulsion. Plusieurs tentatives du n.ùine genre ont eu le môme résultat.
Ce sujet est d'ailleurs un type complet de la maladie dite Ay5térique^ le point de départ est bien ici dans l'utérus; il y a bien l'algésie céphalique, rachialchique, intercostale, épigastrique et hypogaslrique superficielle et musculaire : l'anesthésie se constate sur plusieurs points; il n'y a ni chlorose ni anémie. Les convulsions sont précédées et accompagnées de douleurs utérines, de la sensation d'une boule qu'on perçoit à la main et qui roule dans l'abdomen, boule manifestement due aux contractions spasmodiques de l'intestin, qui s'étendent par l'excitation du grand sympathique abdominal et de la huitième paire, a l'œsophage, au larynx, et qui causent l'étranglement} puis
rîrradiation s'élend de la huitième paire à la moelle, et détermine la convulsion générale. Les accès durent de dix à quinze minutes, se répètent pendant une ou deux heures et a vingt minutes d'intervalle. La malade, dans les intervalles qui st^parent ses accès, présente les phénomènes nerveux hystériques les plus bizarres. Tantôt c'est l'image frappante de la mort : Tinertie est générale, Tanesthésie et Tanalgésie sont complètes; le masque facial est impassible, les parois thoraciques^sont immobiles -, et si le pouls ne battait régulièrement, on douterait de la persistance de la vie. Tantôt les liens qui unissent Tesprit et le corps semblent rompus : le premier, comme dégagé des étreintes de sa terrestre enveloppe, plane dans les régions célestes, et parait animé d'une inspiration divine; le second, abandonné sans frein aux irritations douloureuses CfU perturbent Texcitation nerveuse, se contracture, et la malade tombe dans Textase ou la catalepsie. 11 faut d'ailleurs noter que le subdelirium, l'un des bons caractères de l'hystérie, tient généralement plutôt du rêve raisonné que de la divagation ; l'esprit s'attache avec opiniâtreté aux souvenirs des faits antérieurs, il fait revivre avec une scrupuleuse exactitude des scènes qui dans d'autres temps ont fortement frappé l'imagination. ]
c Rien ne se touche de plus près, disait Diderot, que l'extase, les visions, les prophéties, les révélations, la poésie fougueuses et l'hystéricisme. » C'est qu'en effet pendant les attaques d'hystérie, tous ces troubles psychologiques se montrent quelquefois, surtout quand la maladie s'empare d'un sujet à prédispositions neneuses exagérées. M. Rostan a observé un cas d'aphonie dans des attaques hystériques mensuelles. Jeanroi a vu une malade rester trois jours sans connaissance et sans mouvements. Louyer- Villermay a vu une jeune fille de vingt et un ans demeurer sept jours de suite privée de connaissance et de l'usage de ses sens, sans prendre aucune nourriture.
[J'aurais pu insister plus longuement sur chacun des principaux symptômes, mais le médecin saura bien donner aux faits signalés à son attention leur valeur réelle : d'ailleurs la plupart des phénomènes que j'ai présentés ici comme des symptômes ou des complications^ seront considérés eu leur lieu et place comme des maladies ; et si j'ai passé rapidement sur l'amaurose, I. 13
sur l'analgésie, etc., dans la description des accidents hystériques, c'est pour éviter des redites, attendu que ces affections seront étudiées spécialement et avec toute l'attention qu'elles méritent.
J'ai pris pour type, dans Texposition des troubles fonctionnels hystériques ceux qui sont propres à la femme; mais j'ai hâte de dire, avant de passer à Tétude du diagnostic et du pronostic, que cette exposition est sous beaucoup de rapports applicable à l'hystérie observée chez Thomme. Les opinions que j'ai émises plus haut, sur la nature et sur le siège variable de l'hystérie, sont vraies pour les deux sexes. Je n'irai pas jusqu'à dire, comme Ta professé un médecin d'hôpital suffisamment connu par ses idées exclusives et absolues, que l'on compte 30 sujets du sexe masculin sur 100 hystériques, mais je peux soutenir que l'existence des vapeurs se rencontre de temps à autre chez l'homme; et que le nombre des observations authentiques publiées dans ces derniers temps, et l'opinion des auteurs qui nous ont précédé, ne doivent laisser aucun doute dans l'esprit de ceux qui n'auraient pas vu par eux-mêmes. Je renvoie, faute de pouvoir m'étendre sur ce sujet, à la thèse de M. le docteur le Goarant, 1868, n** 125, où Ton trouvera un bon résumé des faits publiés jusque-là ; à l'observation prise dans le service de Requin à la Maison municipale de santé, par le docteur H. Desterne, ainsi qu'aux Annales médico-psychologiques.
On pourrait, en puisant à toutes ces sources, faire dès aujourd'hui une bonne description de l'hystérie chez l'homme; je me contenterai de dire, quant aux causes de la maladie en général, qu'on trouverait leur raison d'être dans une prédisposition organique à la sensibilité et à la mobilité nerveuse; dans une hygiène mal réglée, laissant les passions sans frein, la satisfaction des plaisirs charnels sans limites; dans l'épuisement qui succède à de longues maladies cachectiques, à la spermatorrhée, à des excès de travail qui engendrent la chlorose, etc.
Quant aux causes prodromiques et au point de départ de l'attaque, ils sont tout aussi variables que chez la femme. La sensibilité exagérée, localisée aux régions rachidienne, intercostale, épigaslrique, céphalique, conserve ici toute son importance. Tel malade attribue Yaura hysterica à une trop vive
mrsTÉRiE. ^27
impressioDDabililé psychique, à des douleurs céphaliques, à des envies de vomir qui sonl pour lui un signe infaillible de convulsion. L*insensibililé au contact des objets, à la douleur, se rencontre chez Thomme comme chez la femme; et l'attaque elle-même présente une parfaite identité, etquant à l'oppression, a l'élranglement laryngien, aux contractions désordonnées des muscles, et quant à la conservation de l'intelh'gence, à la sécrétion urinaire; et rien ne manque au rapprochement entre les phénomènes pathologiques propres aux deux sexes, pas même la paralysie.
J'ai fait de l'hyslérie une maladie nettement caractérisée par ses symptômes : on comprend cependant que la nature ne s'astreint pas aux exigences de nos cadres nosologiques, et que souvent cette polynévropathie emprunte aux aflTections qui ont avec elle des liens de parenté quelques traits de ressemblance. C'est ainsi que les phénomènes caractéristiques de l'épilepsic, de la chorée, de la nymphomanie, de la catalepsie, apparaissent quelquefois combinés avec ceux de l'hystérie proprement dite. Des auteurs sont allés jusqu'à faire des entités morbides distinctes de ces maladies hybrides ; je suis loin de me rallier à leur opinion, et je pense qu'il suffira d'un simple coup d'œil jeté sur la description de chacune des maladies convulsives pour que robser\'ateur partage ma manière de voir. ]
Diagnostic. — [L'hystérie confirmée a des caractères tellement tranchés, qu'il est toujours facile de la distinguer de l'épilepsic, de l'éclampsie, de l'hypochondrie, elc. : il me semble donc inutile d'établir le diagnostic différentiel de ces diverses iffections considérées dans leur ensemble. La difficulté ne devient réellement sérieuse que quand certains phénomènes de premier ordre font défaut, ou quand des causes complexes réunissent sur un même sujet les signes de maladies dont on a fait <lf^ individualités morbides. L'embarras peut encore se présenter ^propos des symptômes prédominants et des complications. La question de savoir, par exemple, si telle hyperesthésie, si
IMle algésie, ou si telle paralysie de la motilité ou de la scnsittilé est ou non hystérique, prend quelquefois, au point de ^uedu traitement, une sérieuse importance : il suffirait, pour en ^e convaincu, de penser au long martyrologe que fournirait la
228 MALADIES DUES A UNE ALGMENTATION DE L* EXCITATION NBAVEtSfi.
lisle des malheureux malades, purges, saignés, cautérisés, couverts d'exuloires, ampulés par erreur de diagnostic.
Il est vrai que certains auteurs ont tranché en peu de mots ^incertitude que peut oiïrir la réunion des symptômes douteux, en prêtant à Thystérie un caractère pathognomonique par excellence, entre autres Tanesthésie; mais ce signe infaillible n*ayant pas toute la valeur qu*on avait imaginée, des médecins ont cherché d'autres caractères plus constants; et M. Briquet pense avoir découvert dans Thyperesthésie un symptôme d'une tout autre importance que Tanesthésie.
Je rends pleine justice au talent de cet habile observateur ; je sais avec quelle sagacité il remonte des effets à leurs causes, mais je ne peux dire avec lui : « La myosalgie hystérique est Tun » des traits les plus prononcés de l'hystérie, et, comme elle ne
> manque que très rarement, elle peut à elle seule être prise » comme un caractère de cette maladie. Ainsi, partout oix l'on » rencontrera une très vive douleur provoquée parla simple pres- » sion du doigt dans une partie du corps où il ne se trouve pas
> de signes d'inflammation, on peut à coup sûr^ d'après ce seul » siffne^ diagnostiquer avec assurance l'existetice de l'hys-
> térie (1). »
Je me garderai de dire qu'il arrivera au symptôme pathognomonique indiqué par M. Briquet ce qui est advenu à l'aneslhésie, mais je redoute l'hésitation que chacun mettrai l'accepter, en raison de son importance trop absolue ; car la chlorose, certains états névropathiques, présentent, dans des conditions données, l'hypereslhésie en question, et sans qu'il y lit véritablement pour cela hystérie. Ajouterait-on a cet excès de sensibilité dans des régions spéciales une impressionnabililé psychique particulière, que ces signes seraient encore insuffisants dans les cas d'un diagnostic douteux. Établir une loi eo médecine est chose importante et précieuse, je voudrais qua celle annoncée par M. Briquet put recevoir la double consécration du temps et de l'expérience, et qu'elle prit rang dans notre code aphorislique ; mais si j'en juge par la vériGcation que je viens d'en faire (28 mars 1858) sur des épileptiques réunies
(i) Vnhn médicale^ 27 mars 1858, p. 143.
HTSTÉRIE. 229
dans le service de M. Lélut à la Salpétrière, je pense qu'elle nous laissera encore dans Tincertitude. 11 faut, pour que la myosalgie soit un signe infaillible d'hystérie j qu'on ne la constate pas dans des maladies qu'on peut confondre avQC elle, dans l'épilepsie par exemple -, et je dois déclarer que j'ai trouvé sur trois femmes épileptiques l'hy pères thésie musculaire rachiatgique, intercostale, épigastrique et abdominale. II va sans dire que ces épileptiques offraient toutes les garanties d'un diagnostic rigoureux, et qu*il y avait chez elles convulsion tétanique, écume à la bouche, perte complète de connaissance, etc. J'ai pris soin d'ailleurs, guidé par M. Reynaud interne du service, de distinguer les sujets affectés d'hystérie simple, ou d'bystéro-épilepsie. Je suis donc en droit de dire que la loi posée par M. Briquet ne m'a- pas paru avoir toute la rigueur absolue qu'il lui prête. Je dis absolue, car je lui reconnais une importance relative dont nous devons tenir grand compte, puisque le plus grand nombre des épileptiques ne nous a présenté aucun signe de myosalgie, tandis que toutes les hystériques, sauf une seule, et toutes les hystéro-épileptiques étaient, comme a la Charité, tourmentées par Thyperesthésie algésique.
Faisons donc l'application de cette sensibilité musculaire exagérée au diagnostic de Thystérie : disons que, dans la période prodromique, dans Thysléricisme, elle nous fournira un bon signe distinctif; mais disons aussi que tout individu ne sera pas déclaré hystérique par la seule raison qu^il présentera cette sensibilité algésique : autrement, comme on vient de le voir, nous ferions, en suivant les tendances de Georget, de l'hystérie et de l'épilepsie une seule et même maladie. Et ce que je dis de l'épilepsie serait applicable à certaines cachexies, à la chlorose, i certaines intoxications dans lesquelles cette hyperesthésie se rencontre.
L'hystérie a pour caractères, non pas un signe exclusif, mais un ensemble de phénomènes nerveux qui n'appartient qu'à elle seule. Si le même sujet présente Thyperesthésie en question, l'analgésie sur quelques points, une extrême impressionnabilité psychique, l'oppression ascensionnelle, enfin la convulsion, vous pourrez à coup sûr le considérer comme hystérique. Je dis qu'il faut la réunion de ces divers troubles fonctionnels pour que la
230 MALADIES DUES A UNE AUGMENTATION DE l'eXCITATION NERYEUSE.
passion hystérique soil consliluée; car si nous nous en teniods à l'un d'eux exclusivemenl, nous manquerions de critérium, nous classerions parmi les hyslériques des névropathiques prédisposés à des convulsions très variables : autant vaudrait alors ne plus accepter l'hystérie comme une maladie convulsive spéciale, mais comme une diathèse, un état nerveux prédisposant aux convulsions en général : ce que l'on ne pourrait admettre aujourd'hui sans bouleverser les croyances, qui sont pour nous un guide précieux dans la pratique.
Ainsi donc, toutes les fois que vous iixerez votre observation sur un sujet névropathique, impressionnable aux moindres excitations de l'àme ou du cœur, douloureusement afTecté par excès de sensibilité aux régions électives indiquées, et que vous aurez dans l'intérêt d'une famille à formuler votre jugement, laissez une part au doute, à l'avenir, posez un point d'interrogation : car à ce degré, le traitement peut encore arrêter un état nerveux qui dans sa marche progressive irait jusque l'hystérie confirmée, si rien n'y faisait obstacle, si aucune médication efficace n'était conseillée.
Si à ces signes se joint l'anesthésie, ayez encore des doutes ; mais si l'impressionnabilité psychique va jusqu'à faire verser des larmes, si l'oppression pneumogastrique va jusqu'à Tétouffement, l'étranglement, regardez in petto le sujet comme hystérique, mais n'allez pas encore jusqu'à le certifier en médecine légale. Nous devons, puisque nous avons établi des maladies convulsives diverses, fixer les limites en deçà et au delà desquelles elles perdent leur individualité propre. Si enfin à tous ces caractères s'ajoute la convulsion, alors n'hésitez plus, Thystérie est incontestable.
Je sais que celte appréciation rigoureuse des faits est difficile, mais je sois aussi que la logique, la précision, sont les conditions essentielles d'une pathologie sérieuse, et que toute maladie, pour être acceptée comme telle, doit toujours réunir l'ensemble des symptômes sur lesquels on a basé sa définition.
J'ai peu de chose à dire de la distinctionà faire entre Téclampsie et l'hystérie : Téclampsie a ses causes particulières, actuelles, qui en provoquent l'explosion, et qui, en dehors de la forme convulsive, fixent sur sa nature.
Ce n'est pas sans surprise que je vois les auteurs s'évertuer à fixer la ligne de démarcalion qui sépare rhystérie de Thypochondrie. C'est sans doute par respect pour les opinions soutenues par Ch. Lepois, Willis, Sydcnham et autres; car pour nous, maintenant que Thystérie est mieux connue, nous trouvons si peu d'analogie entre l'expression symptomatique de ces deux maladies, que démontrer en quoi elles diffèrent, nous parait inutile. La femme, par Téducation et Tinstruction qui lui sont données, par l'existence sociale qui lui est faite, par les perturbations physiologiques qui surexcitent son système nerveux jusqu'à Tàge critique, se trouve dans des conditions aussi contraires à rtiypochondrie qu'elles sont favorables à l'hystérie. Et si la mobilité de ses impressions se change en une préoccupation constante sur son état de santé ou de maladie, c'est à l'époque où, |)erdant la faculté de devenir mère, elle prend de l'homme la régularité des fonctions physiologiques et la maturité de l'expérience; c'est quand le temps marque enfin son empreinte sur ses traits et ses sentiments. Ou bien, c'est quand douée d'une grande sensibilité, et n'ayant pas été préparée à faire en ce monde une large part aux infortunes et aux chagrins, elle reçoit une de ces blessures qui frappent pour la vie le cœur ou le cerveau ; et alors les paroxysmes de l'hypochondrie, chez elle comme chez l'homme, sont des spasmes que l'intelligence déréglée gouverne; ce sont des plaintes incessantes, des pandiculations, et non de véritables convulsions.
Du reste, ce qui fait une difficulté réelle du diagnostic de l'hystérie, comme de toutes les maladies convulsives, c'est que souvent, en raison de l'action de causes permanentes et complexes, le môme sujet est à la fois épileptique et hystérique : de làrhysléro-épilepsiede certains auteurs (1) ; à la fois hystérique etnymphomaniaque, de là Vhysterica libidinosa; à la fois hystérique et éclamptique, quand à la diathèse hystérique s'ajoute actuellement, pendant la grossesse ou le travail de l'accouchement, la perturbation névrosique éclamptique. Il faut, dans ces
(1) Uoe malade du service de M. Lélut, la Dommée Leroux, en présente en ce Mment un curieux exemple. Elle a d'abord, et iuvariablement, uoe attaque d'épilepiie, tombe dans le sopor, se réveille, puis est prise d*une attaque d*hys- (érie, et chez elle cea d»\ix maiadiM ont leurs caractères types.
23*2 MALADIES DUES A l^E AtGMIiNTATION bE L*ËXCITATIOM NERVEUSE.
cas, renoncer à établir le diagnostic en faveur de telle ou telle maladie, puisque Taffection observée est l'expression d*une dualité morbide.
Il me resterait à fixer les caractères des complications, qui prennent quelquefois autant d'importance que la maladie ellemême, des paralysies par exemple. — Tant que l'hystérie n'est pas nettement accusée, ces paralysies devront être considérées comme essentielles et dues à l'état nerveux prédominant; elles ne seront déclarées hystériques que quand des accès bien et dûment constatés leur auront assigné cette causalité.
Enfin on pourrait être appelé à se prononcer dans des cas d'hystérie simulée ; et l'astuce peut acquérir un tel degré d'habileté, que les meilleurs observateurs s'y laissent prendre. En voici un exemple.
Au mois d*octobre 1857, entre à la Charité, salle Sainte-Marthe, n* 39, service de M. Briquet, une femme de trente-cinq ans, sorte de virago, bien musclée, trapue, d'une physionomie mobile, rusée, éclairée par deux petits yeux gris brillants, qui se plaint d*être tourmentée par des cou* vulsions depuis plusieurs années , et d*avoir un sommeil soronambulique pendant lequel elle se livre à des travaux dont elle n*a nullement conscience. M. Briquet, qui déjà l'a obsenée, confirme en effet ses dires, la considère comme une malade digne de fixer Fattention, en raison de Tassociation de ses troubles nerveux.
Elle dit ne souffrir ni de la tête, ni de Testomac, ni du ventre, elle est bien réglée; la sensibilité est conservée partout, sur les muqueuses oculaire, olfactive, buccale, etc. H y a exagération de la sensibilité à l'épigastre et dans la gouttière vertébrale gauche; Tappétit est bon, elle digère bien, urine et va à la selle régulièrement. Elle annonce qu'elle a une attaque tous les matins à six heures, qui la laisse très souffrante et très fatiguée.
En effet, le lendemain matin, au dire de Tinfirmière, elle s*est levée avec le jour, s'est habillée, est allée prendre dans un coin de la salle une brosse, des chiffons, de la cire, et s'est mise à nettoyer et k frotter les tables de nuit et les planches de lit de toutes les malades; elle a commencé par un bout de la salle, et a passé successivement en revue tous les lits, avec un soin minutieux et avec la plus grande régularité. Un moment avant la visite, vers huit heures, la sœur de service l'a appelée sans en être entendue, puis l'a prise par le bras ; à ce contact imprévu, elle est tombée dans une attaque d'hystérie. La malade, interrogée, soutient qu'elle a fait tout ce travail sans en avoir conscience, pendant son sommeil somnambuUque, et que le moindre attouchement de la part d'une personne étrangère, quand elle est dans cet état, la fait tomt>er en convulsion. Curieux de constater noimAmc rrnsemblo de ces faits, je me rends le lendemain matin I ta silicdf
UYSTÉRIC. 2SS
la malade, et Je la trouve comme elle Pavait fait la veille, occupée à nettoyer Unîtes les tables de nuit; elle va de l'une à Tautrc en déployant une activité extraordinaire; enlève les menus objets qui sont sur ces tables, avec le plus grand soin, les dépose sur le lit, sur une chaise ou sur le parquet, et une fois la table de nuit débarrassée, elle la cire, la frotte avec une ardeur sans pareille, puis elle remet le tout en place avec ordre et précaution. Pendant ce travail, la malade est rouge, animée, surexcitée ; elle semble ne rien entendre et ne rien voir de ce qui se passe autour d*elle, et ma présence ne la préoccupe nullement. M. Briquet arrive bientôt, suivi des élèves ; tout le monde fait cercle autour d^elle et à distance, dans la crainte de la toucher involontairement et de provo<|uer une attaque. Après un examen de dix minutes, M. Briquet, suffisamment édifié sur le travail de la malade, lui prend Tun des avant-bras: immédiatement elle tombe sur le parquet, entre en convulsions cloniques, étend et fléchit les avant-bras, convulsé ses mâchoires, pousse quelques plaintes étouffées, roidit ses membres, mâchonne sa langue entre les dents, et fait mousser la salive. Les yeux ne sont pas conmisés en haut, et les doigts sont étendus et non fléchis, L*altaque a Tapparence hystériformo, et bien qu*elle nous paraisse simulée, Tensemble des témoins la considère comme réelle. Bientôt la malade est portée sur son lit, les convulsions se calment, et elle peut répondre à toutes les questions qui lui sont adressées. — Elle nous dit que le meilleur moyen de prévenir Tattaque convulsive est de la magnétiser; que de cette façon elle s'éveille sans tomber et sans souffrir. M. Briquet lui dit qu'on pourra, puisqu'il en est ainsi, prévenir les attaques, attendu que Pinterne du service, M. Labbé» est très expert dans le magnétisme et qu'il saura rompre le sommeil somnambulique. Le lendemain, en effet, la malade se lève à la même heure, recommence son travail de nettoyage ; tout le personnel médical l'entoure, ft après quelques minutes d'observation, M. Labbé se place devant elle, fait les poses familières aux magnétiseurs qui veulent soustraire le fluide magnétique : aussitôt elle s'arrête, regarde les assistants, parle, détend ses membres et remercie du service qu'on lui a rendu. Tout le monde, d'un commun accord, admire avec emphase la réalité de son somnambulisme : die en est fière et va se coucher. Le lendemain pareille scène se produit, et M. Briquet dit à (laute voix îi M. Labbé de démagnétiser la somnambule d'après le procédé nouveau, autrement énergique, en se plaçant derrière elle. La malade, à ce moment, s'arrête, s'appuie sur un lit, regarde, parle, remercie d'avoir été ainsi tirée de son sommeil et regagne son lit. A partir de ce moment, tout le monde reste convaincu de sa supercherie; M. Labbé, nullement expert dans les passes magnétiques, n'avait exercé aucune inloence sur elle cette dernière fois, puisqu'il s'était abstenu de tout mouvement.
f^ malade fut avertie, le lendemain, qu'elle eût à cesserses manœuvres ridicules, attendu qu'on n'était pas dupe de sa fourberie et qu'elle serait mise i la porte, à la moindre manifestation de somnambulisme ou de convulsion. Cet avis fut compris et eut refUcacité d'un traitement spécifique; à |)artir de ce moment, la guérisou fut radicale.
23i MALADIES DUES A UNE AUGMENTATION DE L*EXG1TATI0N NERVEUSE.
Cette habile hystérique simulait l'attaque avec une si complète apparence de réalité, qu'elle avait été reçue et traitée comme telle dans plusieurs hôpitaux ; et si elle avait borné là ses prétentions, sa ruse eût paru encore de meilleur aloi, car elle simulait la myosalgie aux points d'élection, comme elle l'avait vue constater chez les hystériques ses voisines : mais Tabsence de convulsions dans les muscles du globe oculaire, le mâchonnement régulier et inofTensif de la langue, la flexion et l'extension calculées des membres et des doigts, les conditions dans lesquelles se produisait Tattaque, étaient autant d'éléments propres à éclairer les doutes de l'observateur.]
Pronostic. — L'hystérie est une des affections nerveuses qui se prolongent le plus. Il faut donc, quand il s'agit de se prononcer sur la durée de la maladie, se tenir dans une certaine réserve. Mais on peut être, sans témérité, plus affirmatif sur les dangers qui raccompagnent. A moins qu^elie ne soit compliquée de troubles nerveux plus menaçants, comme de paralysies, de névralgies, de névroses, on n'a pas lieu de la considérer comme grave. C'est tout simplement un mal incommode, qui empoche ceux qui en sont atteints de se livrer avec suite à lem*s occupations. Les douleurs sont en général tolérables , et l'accès iini , les malades vivent comme tout le monde, et sans penser, pour ainsi dire, à leur mal passé ou à venir.
Rullier a néanmoins rapporté un cas de mort pendant l'accès hystérique. Les autres cas funestes que l'on a cités sont dus à d'autres causes, ou du moins à des désordres secondaires. Pour mon compte, je n'ai jamais vu personne mourir d'hystérie. Cette maladie est à cet égard très différente de ses -congénères que j'ai citées. Pomme a dit ([uelque part : « Telle qui aurait été déclarée hectique, apoplectique, épileptique ou paralytique, ne se trouvera peut-être qu'hystérique. » J'ai rencontré des faits tellement conformes à cette réflexion du médecin des vapeurs, que je ne recommanderai jamais trop d'y prendre garde toutes les fois que le doute sera possible. Je possède, entre autres, plusieurs observations recueillies par mes internes, qui, trop imbus des idées anatomiques de l'école, et encore trop jeunes d'expérience, avaient cru reconnaître des maladies matérielles là
OÙ l'issue leur a démontré, plus tard, que l'hystérie seule devait être accusée.
Eu ce qui regarde, d'ailleurs, les chances d'incurabilité du mal et celles d'aggravation, je regarde comme très importante la distinction que j'ai établie plus haut entre les hystéries essentielles ou primitives et les hystéries symptomatiques ou accidentelles. Les hystéries essentielles me paraissent douées d'une ténacité beaucoup plus grande que les autres ; elles durent plus longtemps et résistent avec une excessive opiniâtreté aux moyens thérapeutiques par lesquels on tâche de les combattre. Les hystéries symptomatiques, au contraire, présentent presque toujours au médecin des indications thérapeutiques heureuses, quand il sait les saisir; soit qu'il y ait lésion matérielle de l'utérus ou d'un autre organe, soit qu*une cachexie quelconque se soit développée, chlorose, chloro-anémie, syphilis acquise ou héréditaire, dartre, goutte, rhumatisme, état nerveux, on trouve dans la constatation du fait primitif, dans la reconnaissance du véritable point de départ de l'hystérie, une voie à suivre, une méthode de traitement, et par conséquent une raison de diminuer la gravité du pronostic. J*ai presque toujours vu guérir ou s'amender notablement, après un temps et avec un traitement convenables, les hystéries de cetie dernière espèce. Je n'ai pas eu, il s'en faut de beaucoup, le même bonheur contre les autres. Sous l'autre rapport pronostique, les chances favorables m'ont paru se montrer tout autres. Ainsi j'ai vu le plus souvent les hystéries essentielles rester pendant toute leur durée ce qu'elles avaient été dès le début. Les malades, dans ces cas, sont des |)ersonnes habituellement nerveuses, sujettes à avoir de temps en temps des attaques de nerfs. Au contraire, les hystéries symptomatiques exposeut les personnes qui en sont atteintes à des aggravations, à des modifications de plus en plus fâcheuses de leur mal, si on laisse marcher TafTection en voie de développement. C'est la surtout qu'on verra survenir ces paralysies multiples, ces névralgies, ces névroses intraitables, ces toux, ces douleurs, ces incapacités de toutes sortes, dont l'histoire de l'hystérie a été presque partout assombrie. Mais je ne dois pas laisser échapper encore cette occasioti de faire remarquer que la gravité du pronostic résulte moins de l'hystérie (|ue du mal
SS6 MALADIES UtËS A l NE AIGMBNTATION DE L* EXCITATION NERVEUSE.
primilif qui a été le point de départ des accidents; et que les résultats fâcheux proviennent plutôt de la méthode vicieuse qui a dirigé le traitement que de la nature essentielle de la maladie.
Je ne croirai jamais avoir assez travaillé à éveiller sur cette distinction l'attention des médecins.
Anatomie pathologique. — [La distinction que fai faite plus haut entre l'hystérie essentielle et l'hystérie symptomatique laisse entendre qu'on chercherait en vain dans la première des lésions matérielles, et que dans la seconde, la cause organique ne doit laisser aucune trace quand elle est passagère. On peut cependant, dès aujourd'hui, en analysant comme l'a fait M. Landouzy toutes les observations publiées^ ou en lisant avec soin tous les auteurs, dans le but de réunir ce qui peut éclairer sur les causes matérielles de la passion hystérique, localiser dans certains organes les altérations analomiques qu'on rencontre le plus ordinairement : ainsi il est constant que ces altérations ont pour siège, dans l'ordre de leur fréquence, les ovaires, l'utérus, les organes digestifs, puis cérébraux.]
Il faut d'ailleurs ne pas exagérer la valeur des désordres divers qu'on rencontrera à l'ouverture des corps des personnes mortes après avoir longtemps vécu dans l'hystérie ; car ces désordres n'ont rien de constant, et la maladie est bien fixe dans ses symptômes ; ils peuvent difficilement être désignés comme antérieurs ou postérieurs au mal ; ils peuvent être du ressort de la dernière maladie, de celle qui a tué; ils peuvent enfin avoir sourdement marché , commis beaucoup de lésions chroniques et sans avoir donné pendant la vie signe de leur existence, ou du moins sans que Thystérie ait été un de ces signes.
[Mais il s'en faut qu'on puisse établir un rapport de causalité entre les maladies des ovaires et de l'utérus, et la passion hystérique ; on peut môme dire que le cancer, l'afTection incontestablement la plus grave et la plus douloureuse de la matrice, ne se constate pas dans cette névrose.]
Traitement. — Le traitement de l'hystérie doit être envisagé sous un triple point de vue : 1* par rapport à Xaccès en prisence; 2* par rapport à la maladie qui prédispose au retour des accès ; [3* par rapport à ses complications\
Sous le premier rapport^ les moyens que nous avons a con-
seiller ressortent tout naturellement de la considération de ce qui se passe pendant l'attaque. Ainsi, dans le commencement , avant que Taccès soit tout à fait déclaré, il faut renouveler Tair tout autour du sujet tourmenté de prodromes ; le desserrer, po .r lui rendre la respiration plus libre et l'anxiété précordiale moins gênante; lui donner a prendre sur du sucre ou dans l'eau une cuillerée à café d'eau de fleur d'oranger, d'eau distillée de laurier-cerise ou quelques gouttes d'éther sulfurique; essayer à la base de la poitrine, si c'est possible, quelques frictions avec une pommade d'axonge, contenant un cinquième ou un quart d'ammoniaque; présenter à respirer un peu de vinaigre ou mieux quelques sels ou quelques odeurs agréables et pas trop fortes ; appliquer sur le creux de Teslomac ou sur les points douloureux une solution solide d'extrait aqueux d'opium ; conseiller un exercice modéré, surtout en plein air; remettre, quand il y a lieu, le calme dans l'espril ou inspirer le courage, la confiance, la volonté qui commandent aux accès; mouiller ou rafraîchir les tempes et le front; enfin, si c'est possible, tâcher de procurer une vive diversion physique ou morale.
Tous ces moyens peuvent éloigner le développement de l'accès hystérique et quelquefois le prévenir complètement. J'en ai ainsi arrêté assez souvent pour regarder celte thérapeutique prophylactique comme efficace. Mais on n'est pas toujours aussi heureux. Alors, aux moyens précédents, dont on continuera ou modifiera l'usage suivant les circonstances, on en peut ajouter d'autres : le sirop de coquelicot, de pavot blanc, diacode ou d'opium, sera conseillé à petites doses, suffisamment réitérées ; on fera des frictions douces, ou l'on exercera des pressions modérées sur les parties douloureuses ; on facilitera le repos et le calme de la malade par la position qu'on lui recommandera de garder.
Je ne vois pas de raison même pour ne pas appliquer immédiatement, quand il n'y a pas d^aulre danger a craindre, les moyens que Pomme formule dans ces termes :
€ En pareil cas, je fais donner à la malade plusieurs lavements froids d'eau commune, et suivant le cas et la saison, je préfère
Teau a la glace. Ce remède ne manque jamais son effet Si
c\*st une suffocation violente qu'il faille apaiser, et que le flu%
SS8 MALADIES DtJBS A UNE AtGVEIfTATlON DE L*EXGITAT10N MBltVEUSR.
menstruel soit tout à fait supprimé, je fais tremper les pieds dans l'eau froide jusqu'aux genoux. Ce pédiluve suspend ces sortes de suffocations comme par enchantement Je tiens mes malaies au régime blanc et lacté, et dans Teau plusieurs heures entières ; Torage une fois calmé, je les fais sortir du bain pour y rentrer le lendemain, et trois ou quatre heures par jour, quelquefois six, et même plus, s'il le faut. Si tous ces moyens ne suffisent pas pour prévenir et arrêter Tattaque, il faudra se résoudre à prendre seulement les précautions convenables pour qu'elle soit aussi peu fâcheuse et aussi courte que possible. »
On maintiendra pendant les convulsions la personne malade de manière qu'elle ne se fasse pas de mal ; on s'attachera à la soutenir sans la serrer trop fort et sans exiger une immobilité qui deviendrait alors une douleur ; on fera la plus grande attention à se prêter, sans lâcher prise, aux mouvements convulsifs, et l'on redoublera sur toutes les parties souffrantes les frictions médicamenteuses dont j'ai parlé plus haut.
Il m'a toujours paru d'une mauvaise pratique de jeter deTèau froide sur la figure de ces malades, de leur faire des afiusions de même nature, ou de leur donner un bain de surprise. Presque toujours alors les convulsions redoublent, la suffocation augmente, et l'accès arrive rapidement à son paroxysme. Je crois avoir suffisamment constaté qu'il ne se passe pas plus vite, et je suis sûr qu'il est toujours, au moins pour le moment, augmenté de violence. Si l'on veut faire avaler quelque liquide opiacé ou éthéré, il faut avoir l'attention de mettre entre les dents quelque corps non dur qui ne les brise pas et les tienne seulement un peu écartées. Autrement il est quelquefois difficile et souvent dangereux de faire boire.
[ Si les muscles de la mâchoire en convulsion produisent le grincement des dents, et menacent de les fracturer, il faut obtenir leur immobilité en comprimant les masséters, en fixant la mâchoire inférieure contre la supérieure.]
Puis a mesure que l'accès se calme, on insiste sur de légers opiatiques, des boissons d'eau de fleur d'oranger, d'infusion de feuilles d'oranger ou de fleur de tilleul ; on prescrit le repos du corps et de l'esprit.
Je n'ai pas parlé dans tout cela de musc, de castoréum, d'asa
fœtida, de camphre, de valériane, etc., parce que l'expérience m*a prouvé que ce sont les médicaments les moins sûrs qu*on puisse imaginer. Je n*cn ai jamais vu de bons effets, quelquefois même ils se sont montrés nuisibles, et presque toujours ils ont souverainement déplu aux malades. Il s'agit pendant l'accès tout simplement d'en rendre l'attaque aussi supportable que possible, d'en abréger la durée, surtout pour ce qui regarde le moment le plus pénible de Tétouffement, d'empêcher que la malade ne se fasse mal. Tous les moyens que j'ai conseillés plus haut m'ont paru agir dans ce sens; ils sont suffisants; tous les autres, qu'on a décorés du nom d'antispasmodiques, ou manquent absolument le but hypothétique que leur nom indique, on nuisent sous d'autres points de vue.
Quant à l'opium à haute dose, malgré le cas cité en 17Ai par Junker, je ne le conseillerai jamais qu'avec la plus grande prudence, et à mesure qu'on se sera assuré par des expérimentations successives qu'il est bien toléré parles malades. Je connais des hystériques qui éprouvent vivement les effets de ce médicament aux doses les plus minimes; j'en ai vu d'autres qui pouvaient en avaler impunément des doses effrayantes. Ces dispositions doivent être constatées par un tâtonnement sage, avant qu'on se livre à une pratique hardie que nos connaissances toxicologiques et physiologiques repoussent comme règle générale. Un élève en médecine, qui a eu un jour aussi la prétention de guérir les névralgies en introduisant une sonde dans le conduit auditif externe, a raconté qu'il guérissait les attaques d'hystérie en faisant inspirer trois fois par jour 3 ou â grammes de chloroforme. Si cette pratique pouvait prendre, je regarderais comme un devoir de la déconseiller, à cause des dangers sérieux qui pourraient l'accompagner.
[Il y a peu de médications efficaces à opposer a la convulsion quand elle est déclarée, mais il n'en est pas de même lorsqu'une succession d'attaques, séparées par un sommeil comateux, menace de prolonger le paroxysme. On peut dans ce cas faire utilement usage du chloroforme, mais en en stirveillant l'action toxique, et sans oublier que la malade passera par une phase d'excitation qui elle-même provoquera une ou deux convulsions plus violentes peut-être que celles déjà produites, avant
îkO MALADIES DUES A UNB AUGlÉENfAtlON DE L^EXGITATION NEUVEUSE.
de sentir les effets de la période anesthésique ou de calme réel. Des potions antispasmodiques, byposlhénisantes, au valérianate d*ammoniaque uni a la belladone, au tartre slibié, par exemple, m'ont également paru dans ce cas avoir une certaine eiBcacité, et l'on conçoit à priori qu'il en puisse t^lre ainsi, l'absorption gastrique restant possible pendant les quelques heures que peut durer cette surexcitation convulsive.]
Mais en ce qui regarde l'hystérie, le traitement de l'attaque n'est pas la tâche importante du médecin ; il faut combattre la maladie en général^ et mettre obstacle aussi sûrement que possible au retour des accès.
Pomme, qui me parait avoir proche avec une chaleur toute méridionale une thérapeutique utile, surtout dans un temps où l'abus des drogues était universel, fait entrer exclusivement dans le traitement général : « les bains domestiques simples, composés, tièdes, froids; les pédiluves; les lavements rafraichissants, ceux d'èau commune froide et même à la glace , suivant le cas et la saison; les fomentations avec les herbes émollientes; les tisanes rafraîchissantes, Teau de veau, l'eau de poulet; le petit-lait clarifié ou distillé; les bouillons de poulet, de tortue, d'agneau, de mou de veau et ceux de grenouilles; les potions huileuses, adoucissantes et mucilagineuses ; enfin les eaux minérales acidulées, telles que celles d'Yeuset, de Meine, de Wels, de Camaret, de Forges, de Passy, de Calsabissi, etc. Je me garderais bien, dit- il, d'avoir recours aux prétendus antihystériques ou antispasmodiques. »
Tous ces conseils, justifiés souvent par la pratique, demandent à être modifiés aujourd'hui, d'après les idées que nous avons acquises sur Thystérie et les états morbides divers dont elle se complique. J'invoque ici plus ({ue jamais la distinction établie plus loin entre les deux espèces capitales d'hystérie, celle qui est essentielle^ et celle que je regarde seulement comme sympto» matique.
Ainsi, toutes les fois que cette dernière sorte d'hystérie pourra être seulement soupçonnée, il faudra remonter â la cause du mal, ou tout au moins à la connaissance des troubles organiques les plus notables qui le compliquent et l'aggravent. La chlorose, si elle existe, sera attaquée par le for ; la pléthore,
HYSTÉRIfé SAl
par des évâcualions sanguines suffisantes, mais bien réglées ; les néyralgies de toutes sortes seront éliminées avec soin; le calme moral sera entretenu ou rappelé avec la plus grande constance et Tattention la plus soutenue et la plus affectueuse; le calme physique sera maintenu surtout par Tusage habituel des bains froids répétés et prolongés autant que possible, par une nourriture rafraîchissante et pourtant substantielle; par un exercice modéré et bien gouverné, par des récréations sages et pourtant attachantes et agréables ; les promenades, les voyages, réquitation, seront préférés. En môme temps on cherchera a porter remède aux troubles locaux, tels que douleurs, sensations pénibles, engourdissements, fourmillements, qui se montrent i Tavance dans quelques parties.
[On mettra a profit les indications que nous donnent les hys« tértques elles-mêmes, quand elles cherchent instinctivement pen<» dant les attaques à calmer Thyperesthésie et les douleurs qui les tourmentent, en provoquant une surexcitation locale; on opposera a l'algésie rachialgique, épigastrique, sus-ovarienne, un courant d'électricité énergique transmis pendant quelques secondes à l'aide d'un électrode à pinceau métallique; on appliquera sur les points douloureux des compresses imbibées d*éther, de chloroforme, ou mieux du chloroforme gélatineux ; 00 ira même jusqu'aux vésicatoires, car suivant l'aphorisme, dtiobus doloribuSj etc., le calme succédera généralement à Texaspération volontaire produite par cette médication révulsive et perturbatrice. Mais si l'on avait affaire à ces malades névropaihiques par excellence, sur lesquels on est certain de trouver des névroses en grattant un point déjà hyperalgésié, et qui tombent en convulsion à la moindre irritation portée sur \aura hysierica^ on devrait de préférence avoir d'abord recours i des topiques calmants énergiques, composés par exemple, dVitraitde belladone, d'opium, d'aconit, mêlés à la dose d'un à deux grammes chacun pour 30 grammes d'axonge ; ou encore aux pommades a la morphine et au trentième, au chloroforme et lu dixième.]
On attaquera avec sagesse, mais avec ténacité, toutes les afleclions organiques de l'utérus ou d'ailleurs, dont l'existence pourrait contribuer physiquement ou moralement a entretenir 1. 10
2i2 MALADIES dÙeS A UNE AUGMENtAîlON DE L*EXCITAT10N MBRTEDSE.
OU à aggraver rhystérie. Toutes ces maladies locales suggèrent des indications connues sur lesquelles il est inutile de m'étendre ici. Je crois seulement devoir recommander, dans le traitement qu'on leur opposera, de tenir compte aussi de l'hystérie qui est en présence. Quant à l'hystérie essentielle, nos conseils se borneront aux moyens suivants :
L'usage pour ainsi dire habituel d'un peu d'éther sulfuriqae (quelques gouttes bues dans un demi-verre d'eau sucrée); quand l'hystérie n'est point compliquée, on conseillera les bains â la manière de Pomme, froids ou tièdes, mais longtemps prolongés, suivant la puissance de réaction du sujet; et, si quelque complication existe, médicamenteux ou minéraux. On conseillera les bains de certaines eaux minérales ferrugineuses, quand il y aura atonie ; sulfureuses, quand il n'y aura que faiblesse de la constitution ; alcalines, quand il s'agira surtout d'une sensibilité excessive; salines modérément, quand on aura besoin seulement de bains fréquents qui ne débilitent pas, d'un but de voyage, d'une distraction qui occupe et fasse diversion à toutes sortes de contrariétés ou de peines si souvent causes de l'hystérie; c'en est tout autant qu'il en faut pour soulager au moins les malades. Le régime, la nature, le temps aidant, on enlèvera à ccflte maladie ce qu'elle a de plus pénible et de plus fâcheux; on éloignera notablement, on atténuera les accès, si môme on ne parvient pas à les supprimer entièrement.
Je tiens compte de l'état nerveux, toutes les fois qu'il se laisse apercevoir : et je préfère de beaucoup cette méthode simple et rationnelle de traitement de l'hystérie, aux tentatives hasardeuses qui ont été conseillées et qui le sont même encore quelquefois aujourd'hui contre cette maladie. Qu'il me suflBse, pour faire voir jusqu'où la médicastrie s'est exercée contre ces pauvres malades, de rappeler qu ils ont été soumis à l'acide carbonique, à l'ammoniaque, au sulfure d'antimoine, à l'asa fcjdlida, au castoréum, au musc, au camphre, à l'huile de cajeput, à la jusquiame, au cuivre ammoniacal, au soufre, au zinc, au gui, à l'urine en boisson, aux excréments de chat, de cheval, de vache, de porc, à la viande de loup, a la poudre des organes génitaux du cerf et du taureau, que dirai-je? à tout ce que les modes en médecine ont enfanté de plus bizarre, les théo-
ries, de plus monstrueux, l'empirisme, de plus inexplicable.
Il y a cependant un point sur lequel je re dois pas hésiter à formuler nettement mon opinion. 11 y a parmi les gens du monde, et même encore parmi beaucoup de médecins, une sorte d'article de foi qui fait regarder le mariage comme un bon remède contre Thystérie. Bouvard a résumé cette thèse en disant : Mulieri prœfocatœ vir succulentus; et l'on a poussé cette idée jusqu'à conseiller médicalement contre cette maladie des frictions et des percussions cadencées de la vulve et du vagin.
Tout ce que je peux dire à ce sujet, c'est que j'ai vu, au contraire, quelques cas d'hyslérie provoqués et entretenus par le coït chez des femmes qui n'y étaient d'ailleurs pas sujettes ; et que les auteurs me semblent avoir exagéré le nombre des cas dans lesquels l'usage ou même l'abus des plaisirs vénériens ait imené ou la diminution ou làguérison de l'hystérie.
Les femmes hystériques, si je m'en rapporte à mon expérience et aux confidences que j'ai reçues, ne sont pas en général plus disposées que les autres à prendre une part active aux rapports sexuels; le contraire serait plutôt vrai; et l'hystérie, ({uand elle préexiste, est rarement modifiée par l'emploi de ce prétendu remède. Il est vrai de dire, néanmoins, qu'exceptionnelleroent des désirs non satisfaits occasionnent chez certaines hystériques des affections nerveuses plus ou moins graves, entre autres la nymphomanie. Mais presque toujours ces afTections nerveuses sont d'une espèce qq'on ne doit pas confondre avec l'hystérie. J'en parlerai en temps et lieu.
[ J'ai indiqué les moyens propres à calmer les attaques, à les prévenir, et à combattre la dialhèse hystérique ; mais je crois utile aussi de m'arréter un moment sur les complications, et de donner des avis sur l'hygiène générale qu'on doit conseiller aux hmiiles qui comptent ou peuvent dans l'avenir compter des hystériques parmi leurs membres.
Les complications les plus importantes de rhvstérie sont sans contredit les paralysies; on sait qu'elles peuvent frapper d'inertie les diflérents organes ou appareils qu'animent les nerfs cérébraux, rachidiens, et grand sympathique; qu'elles sont parfois éphémères, mais que parfois aussi elles exigent une médictiîon soutenue. Ces paralysies sont généralement considérées
2A& MALJ^IES DUES A UNE AUGMENTATION DE l'exCITATION NERVEUSE.
comme essentielles, et comme résultant de l'insuffisance de la névrositc chez des sujets qui en font une dépense anormale et par leurs continuelles souiïrances et par les convulsions désordonnées du système musculaire ; aussi comprend-on que Tagent le plus propre à rétablir le jeu des organes, à rappeler le cours du fluide nerveux, j'ai nommé l'électricité, sera aussi le plus efficace. C'est, en effet, ce que l'expérience démontre tous les jours ; et lorsque le courant électrique employé comme accessoire des moyens généraux et avec discernement, reste impuissant, les autres ressources sont généralement insuffisantes.
Je dirai lorsque j'aborderai chacune à son tour Tétude des paralysies des appareils de la vue, de l'ouïe, de l'olfaction, du goût, comment on doit dans chacun de ces cas particuliers employer le courant électrique : mais je puis garantir à l'avance, que nous possédons déjà bon nombre de guérisons obtenues par ce moyen.
Ce que je dis des paralysies des appareils des sens nobles est applicable à Tanesthésie tactile et thermométrique, a l'analgésie, avec paralysies de la motilité. Mais je n'en peux dire autant de l'efficacité de l'électrisation opposée à Tinertie des appareils animés par les branches du grand sympathique; aux paralysies de la vessie et des intestins : l'hystérique dont j'ai donné l'observation page 221 et qui restait après les attaques dans un sommeil léthargique, en est un exemple.
On peut avoir recours, quand le courant électrique est insuffisant, aux excitants pharmaceutiques du système nerveux, aux préparations de strychnine, à l'état d'alcaloïde, de sels, ou de teinture. Mais ces stimulants du système nerveux quels qu'ils soient, électricité, ou strychnine, ne seront toujours que d'une utilité temporaire, si un traitement général, diététique, analeptique, ne concourt pour sa large part à modifier la diatbèse acquise.
Je n'insisterai pas sur les médications spéciales que réclament les autres complications ayant pour siège l'appareil digestif, telles que dyspepsie, météorisme, constipation : on subordonnera le traitement aux causes probables de la gastralgie hystérique, de la pneumatose gastrique et surtout intestinale ; on conseillera
HYSTÉRIE. 2i6
la poudre de charbon, les préparations alcalines, la magnésie. Veau de chaux, les eaux minérales de même nalure, enfin Tusage de la glace intra et extra. La jeune fille dont j*ai dit quelques mots dans la note de la page 207 a été guérie par Tensemble de ces moyens, qui ont aussi leur part d'efficacité contre la constipation. Quant aux palpitations, aux oppressions, à la toux, les préparations de belladone, de digitale en diminueront la fréquence.
Si enfin l'hystérie, comme on le constate le plus souvent, est sous la dépendance de la chlorose^ ou de cet état nerveux dans lequel tombe tout individu que le défaut de nutrition et d'hématose a jeté dans la débilité, on ajoutera au régime ordinaire, et bien plus à titre d'aliments supplémentaires que de médicamentSy les amers et les toniques. On défendra d'une manière absolue l'usage du café au lait, dont les [Parisiennes font un aliment si habituel; on imitera Sydenham, en ordonnant des pilules composées de conserve d'absinthe, d'écorce d'oranges amères, et de limaille de fer ; mais en conseillant le fer on n'oubliera pas qu'il tend à augmenter la constipation, à laquelle sont déjà prédisposées les chlorotiques, et l'on associera au fer pris aux repas, la magnésie à la dose d'une ou de deux cuillerées i café dans un demi-verre d'eau sucrée, le soir ou le matin. Ou bien encore on ajoutera à la masse pilulaire de la poudre de rhubarbe, a dose variable, suivant l'état de la constipation. Je conseille depuis plusieurs années des pilules de 20 centigrammes, composées de poudre ou d'extrait de quinquina, de gentiane, de rhubarbe, de chaque, un gramme ; fer réduit, trois grammes. Ces pilules ont l'avantage de régulariser les fonc« lions de l'intestin, tout en apportant au sang l'élément qui lui manque. Je ne saurais assez dire quels services elles ont rendus aux malades. On peut aussi conseiller au début des repas un petit verre à liqueur de vin de gentiane, ou une cuillerée à bouche de sirop d'écorce d'oranges amères quand il y a inappétence. Je remplace le vin de gentiane par celui de quin- «{uioa, si â chaque époque menstruelle se produit cette céphalée dont se plaignent tant d'hystériques. Si ces préparations ne peuvent être supportées, je commence par l'usage de l'eau de Spa, de Vichy prise au puits Lardy, et, en ce faisant, je n'ai pas
la prétention d'ordonner un Iraitemeut pharmaceutique, je fais de rhygiène, je relève l'organisme j'e calme la névrostbénie produite par une débilité générale.
On augmentera l'efficacité de tous ces adjuvants, en conseillant aux hystériques un exercice gymnastique de plancher, méthodique, propre à disséminer l'influx nerveux sur l'ensembie de l'économie, à équilibrer les forces, à exciter les fonctions d'assimilation et de nutrition, a provoquer un sommeil qui soit un repos réel pour le corps et pour l'esprit; on aura même recours, suivant les cas, soit à l'action sténiqiie, soit à Faction aslhénique de l'hydrothérapie ; et si nous savons faire un emploi judicieux 4c tous ces moyens, nous obtiendrons des guérisons inespérées.
Mais guérir l'hystérie confirmée, remédier à ses complications, ne doit pas être la seule préoccupation du médecin : c'est à la prévenir que doivent tendre tous ses efforts ; aussi donnerat-il aux familles des conseils qu^elles attendent de lui seul. C'est en effet dans Thystérie plus que dans toute autre maladie nerveuse, qu'il est de notre devoir d'éclairer ceux qui nous consultent, sur les conséquences fatales d'une hygiène morale ou physique anliphysiologique.
Si nous devons voir grandir sous nos yeux l'enfant d'un père ou d'une mère hystérique, préoccupons-nous à bon droit de l'influence de rhérédité, protégeons ce rejeton contre toutes les influences sociales qui développeront infailliblement la prédisposition névrosique congénitale. Tenons compte dès la naissance du choix de la nourrice, redoutons les funestes résultais d'un sevrage anticipé ; mettons môme à la ville le nouveau-né dans les conditions de l'enfant des champs : qu'il fasse tous les jours au grand air plutôt deux promenades qu'une seule, et surtout, quand les rayons solaires mettent l'air en vibration, q\, lui donnent un oxygène plus vivifiant; redoutons les convulsions enfantiles et veillons, dans cette intention, sur le choix des aliments et sur le travail critique de la dentition.
Mais nous devons déjà a cet âge nous préoccuper également du travail de l'intelligence, car chez l'enfant a qui tout un monde inconnu se révèle pendant les deux ou trois premières années de sa vie, le cerveau élabore et conçoit dans des proportions
HYSTÉRIB. 247
qu*il n'atteindra jamais dans aucune autre phase de la vie; en effet, tout est excitation cérébrale pour lui, et le tableau si attrayant de la nature, et Texamen de tous les objets inertes et animés qui l'environnent, et le besoin instinctif de faire connaître ses impressions, ses désirs, par un langage mimique et articulé, etc.; et pour peu que la famille soit flattée de voir dans ce nouvel Emile un petit prodige, le système nerveux s*y prêtera au delà de ses désirs, mais en annonçant déjà par des accidents passagers les désordres nerveux que nous aurons un jour i combattre.
Mais admettons que nous ayons conduit l'enfant jusqu'à l'âge de la puberté, et que grâce à la vigilance de la mère, à la sévérité du père toujours tempérées par la douceur et la bonté, nous ayons réussi a faire prédominer les fonctions végétatives, mus-> culaires, sur les fonctions purement nerveuses, affectives, et que nous ayons sous les yeux un sujet robuste quant au corps, intelligent quant à l'esprit, mais peu impressionnable quant au sentiment. Ce résultat est important ; mais craignons de le perdre dans la transition critique qui va s'accomplir ; c'est à cet âge en effet, que les passions vontéclore, que les formes plastiques vont prendre leur expression, que l'éducation et l'instruction vont compléter l'être moral , pensant et sentant ; et c'est à ce moment surtout que fiotre intervention amicale et éclairée est nécessaire, du moins dans le siècle ou nous sommes, dans le milieu où je vis, in aère parisiefisi. Que de pauvres jeunes filles sont en 'effet infailliblement vouées à toutes les souffrances de l'état Derveux hystérique, par cette seule raison qu'elles sont indistinctement soumises aux lois sociales, aux habitudes les plus propres à les rendre névropathiques.
Faisons comprendre aux pères et aux mères l'impérieuse nécesuté de surveiller avec soin tous les actes du jeune enfant qu'ils couvrent de leur tendre sollicitude, car déjà à cet âge, et alors qu'aucune pensée libidineuse n'a encore souillé la virginité de son imagination, il s'adonne souvent aux plaisirs solitaires. Qu'ils mesurent toujours la portée de leurs paroles et de leurs actes devant ce témoin, toujours avide de tout voir et de tout enlendre; qu'ils se gardent principalement de confier son éducatiou et son instruction à ces établissements publics qui soumet-
2A8 Maladies dues a une augmentation de l*eïcitation nerveuse.
tent aveuglément à une règle commune tous les enfants confiés à leur garde, car il faut à cette nature exceptionnellement impressionnable une direction particulière, tenant toujours une juste balance entre la culture de Timagination et celle du jugement. On remplira cette condition , en nourrissant l'esprit de lectures attrayantes mais sérieuses, en donnant une connaissance générale et non exclusive des beaux-arts, de la musique, de la peinture, et de la poésie; en inculquant des principes reli* gieux fondés, non sur le mysticisme, mais sur les lois éternelles de la morale, qui, bien comprises, sont une sauvegarde dans les bons comme dans les mauvais jours de la vie ; en développant les qualités du cœur, en faisant pratiquer avec discernement des actes de charité et de bienveillance, non par ostentation, mais pour obéir a ce sentiment de chrétienne solidarité inné chez tous les hommes. Enseignons enfin à la jeune fille que la pratique de la vertu, Tamour du travail et le voile de la pudeur sont les plus sûrs moyens de plaire ; qu'elle voie toujours la peine à c6té des plaisirs, que son imagination, comme on l'a dit, soit toujours encadrée dans son jugement.
Nous reconnaissons d'ailleurs que la vie sociale a ses exigences ; qu'on lui fasse donc toutes les concessions raisonnables; mais qu^on n'aille pas jusqu'à jeter une jeune fille impressionnable et nerveuse dans le tourbillon des plaisirs ; qu'on ne la conduise pas le matin au prêche et le soir au bal, à ces spectacles, où l'on enseigne bien plus l'art de la séduction et l'oubli de ses devoirs, que la pratique de la vertu ; qu'on épargne i cette jeune imagination les secousses que ces étranges contradictions doivent nécessairement produire ; qu^on veille sur le choix des amies ; qu'on n'initie pas Tesprit et le cœur de cette pupille i des projets d^union, qui, dix fois l'an, font naître de folles espérances et de douloureuses déceptions. Et quand enfin il faudra réunir par les liens sacrés du mariage deux futurs époux, que l'on comprenne Timportance de préférer un mari offrant, par sa constitution personnelle et. sa position sociale, le moins de prise possible aux accidents nerveux et aux revers de fortune, que l'on guide enfin la jeune épouse dans sa nouvelle existence, et la tâche imposée conjointement au médecin et à la famille aura été remplie.
DB L ÉPILËPSIË. 2i0
Je n*âi fait qu'effleurer à grands traits toutes ces importantes questions de la vie de famille et de la vie sociale des prévilégiées de la fortune ; mais quels conseils n*aurais-je pas a donner aux déshéritées de ce monde, si elles pouvaient en tirer profit, à ces malheureuses, que les privations, que le dur labeur, que des habitations étroites et malsaines, que le défaut d'éducation et d'instruction livrent sans défense à tous les troubles fonctionnels qui infailliblement engendrent l'hystérie. Que de jeunes filles déjà moralement et physiquement étiolées avant l'âge, vont a l'autel le cœur ouvert à toutes les espérances du bonheur, reçoi* vent leur premier-né avec une avide tendresse, le nourrissent avec amour, mais qui plusieurs fois mères en peu d'années, et voyant leur jeunesse se flétrir, leurs forces s'épuiser, tombent dans la chlorose, dans l'hystéricisme ; puis bientôt, si la misère envahit le logis, y fixe les tourments, les pénibles discussions et les querelles, se voient contraintes d'abandonner le foyer domestique pour demander à l'hôpital des secours contre une hystérie confirmée. Plaignons ces infortunées ! l'hôpital est pour elles un refuge ; elles y trouvent le repos, un soulagement a leurs souffrances; mais elles y trouvent aussi Tair nosocomial. les cris de la douleur, l'image de leur propre maladie, et quelquefois à leur côté le spectacle de la mort; alors qu'il leur faudrait pour plus sûrement guérir, un air vif et pur, l'oubli de leurs soucis, le lableau riant du bonheur.]