‹ Traité pratique des maladies nerveusesChapitre 19 sur 96 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

PI l'épilbpsii.

bis GÉNÉRALE. — Cette maladie a été connue dès l'enfance de Fart, et désignée sous une foule de noms différents. Hippocnte, Arétée, Alexandre de Tralles en parlent sous les noms de ttpii V9Û90C, ctpôv voovïfiot, maladie sacrée. Aristote l'appelle ispoDjfTov vboDfMT, mal d'Hercule ; Cœlius Aurelianus irac^ixov iroOnfMi, maladie des enfants. Arétée raconte qu'on la nommait anciennement elephmitiasis . C'était le morbm major de Celse, morbm

250 MALADIES DUES A UNE AUGMENTATION DE l'eXCITATION NERVEUSE.

comitialis de Pline, morbus lunatictis de Caelius Aurelianus, divinatio de Serapion, morbus convivalis^ commesseUis^ men^ salis, viridellus^ vttriolattds, mercurialis^ sonticm^ cadueus^ fœdîASy sideraius^ scelestus, dœmoniacus^ dei ficus ^ asiralisy insputatus ; lues deifica, apoplexia parva^ cadiva gutta^ eaduca passioj cataptosis, epilepsia, le haut mal, le mal de terre, le mal des enfants^ le mal caduc, le mal de Saini-Va^ lentin ou de Saint-Jean, répilepsie enfin, dénomination qu'elle avait reçue chez les Grecs, et qu'on lui conserve encore de préférence, parce qu'elle désigne cette affection, sans aucune partialité pour les théories que représentent quelques-uns des noms que nous venons de rappeler.

Il faudrait invoquer presque tous les livres de médecine si l'on voulait énumérer tous les auteurs qui se sont occupés de cette maladie. Nous ne citerons que les principaux. Tels sont Hippocrate, Cœhus Aurelianus, Celse, Arétée, Galien, Oribase, Aétius, Alexandre de Tralles, Paul d'Égine, Avicenne, Mercurialis, Amatus Lusitanus, Rivière, Thomas Willis, Pison, Baillou, Horstius, Marcellus Donatus, Ettmûller, Sennert, Quercitan, Untzer, Pechlin, Wepfer, Boerbaave, Frédéric Hoffmann, Van Swieten, Tissot,Dehaen, Lentin, Cheyne, Stahl, Porlal, Esquirol, Louyer-Villermay, Georget, MM. Calmeilet Maisonneuve, Bouchet et Cazauvieilh, Beau,Moreau,Delasiauve, Herpin, Marshal-Hall. Presque tous ces auteurs ont donné de bons aperçus généraux, ou d'excellentes descriptions de la maladie, tout en accomn^odantles faits aux idées de leur temps ou à leur propre doctrine. Cette affection est si singulière dans ses manifestations qu'on doit s'attendre en effet à la trouver partout bien observée, mais aussi presque partout tiraillée dans le sens des théories acceptables pour le siècle et le monde où les auteurs ont vécu. Les dénominations nombreuses que j'ai rappelées en commençant, donnent, presque toutes, la mesure des idées qui ont successivement régné sur sa nature et ses causes intimes.

Comme la plupart de ces idées ont été des jeux d'esprit plutôt que des données utiles pour la pratique, je demanderai au lec* teur la permission de laisser de côté toutes ces théories» et de me borner a exposer, en attendant mieux, ce que nous savons de positif sur cette maladie.

DE l'épilbpsie. 351

Je le ferai avec d'autanl plus de soin, que je la regarde comme une des plus graves parmi les afféclions qu*on doit appeler nerveuses.

Même quand les accès' en sont rares, quand ils laissent entre eux de longs intervalles de santé en apparence complète, on ne peut s^empècher de plaindre sérieusement les malheureuses victimes de ce mal. Presque partout et toujours rebutées de leurs semblables» impropres i la plupart des fonctions civiles ; privées, a cause de leur maladie, des liaisons les plus attachantes et les plus douces de la famille, elles ont encore sans cesse au dedans d elles, même pendant les courts plaisirs et les distractions momentanées qui leur sont possibles, la crainte de leur mal qui ne les quitte pas'. Cette inquiétude incessante s'ajoute aux autres causes qui contribuent à leur gâter le caractère. Une sorte de fatalité, attachée à leur maladie, a été cause que, dans les premiers temps historiques de noire science, et encore depuis, les peuples et même les hommes de Tart ont accusé de ce mal quelque influence sacrée, comme le prouvent certains noms, dont Hippocrate a le premier démontré l'absurdité. Arétée, ce grand peintre des maladies, a fait entrer dans la description qu'il donne des épileptiques, leur morosité, leur isolement volontaire ou forcé, leur caractère bizarre. L'épée de Damoclès, dont on parle si souvent, n'est rien en comparaison de la maladie épileplique; et, si Ton peut citer quelques hommes exceptionnels, comme César, Mahomet et Pétrarque, que cette infirmité n'a pas condamnés à une vie obscure et misérable, on est forcé de reconnaître que presque tous les épileptiques sont voués à ce qu'il y a de plus amer dans les souffrances physiques et morales.

C'est pour cela que les médecins de tous les temps se sont beaucoup préoccupés de leur état, et que, dans l'absence d'idées positives sur leur mal, ils ont accumulé les hypothèses, depuis tes idées d'expiation des mages, jusqu'au principe astral, mercuriel, acide ou vitriolé des alchimistes, jusqu'à l'irritation cérébrale de la doctrine physiologique.

C'est pour cela qu'ils ont demandé à tout, même aux choses les plus révoltantes, des moyens empiriques de guérison. Tout

a été tenté : non-seulement les moyens rationnels que les

ibéories de chaque époque ont indiqués, ou les remèdes raison-

nables dont rexpérimen talion pratique a autorisé l'essai, mais encore les moyens les plus bizarres et les plus excentriques. Malheureusement aussi, il faut le dire, cette multitude de tentatives, depuis les remèdes les plus innocetits jusqu'aux opérations les plus graves, depuis la médecine la plus consciencieuse jusqu'aux exorcismes ou aux conjurations magiques, n'a pas produit grand'chose. La multitude des remèdes (certains auteurs en énumèrent plus de trois cents ^ F. Henning en a rempli plus de 160 pages in-i'') prouve leur impuissance; et, à défaut d'un spécifique que nous devons toujours vivement désirer et que nous pouvons encore, je le crois du moins, raisonnablement espérer pour certains cas, nous sommes forcé de demander à l'étude accessoire du malade et de la maladie, des indications thérapeutiques rationnelles.

Aujourd'hui, c'est là, presque exclusivement, que le médecin cherche quelque secours pour son malade. C'est par là qu'il peut espérer de dégager et d'utiliser les éléments d'une curabilité relative, quand elle est possible. On ne fait plus avaler du foie humain, de la poudre ou de l'huile de crâne humain, du sang de pendu ou d'assassiné; mais on tâche de lutter, par une application bien entendue de la physiologie, contre la malheureuse prédisposition des épileptiques. Du reste, si quelque spécifique se rencontre, s'il arrive qu'on détermine bien les conditions dans lesquelles il est applicable, nous nous hâterons de l'employer, et nous proclamerons bien haut le service immense qui aura été rendu à l'humanité.

Pour éclairer l'étude de cette maladie, et en s'approchant le plus possible de la cause première, se donner les meilleures chances de succès dans le traitement, les auteurs que nous avons cités plus haut ont classé diversement les épilepsies. Par exemple, et pour ne citer que les classifications en rapport avec les idées à présent soutenables, Cheyne avait divisé l'épilepsie en céri-broie et sympathique^ la première dérivant exclusivement du cerveau, la seconde d'origines diverses, suivant la fonction ou l'organe primitivement lésé. Cheyne reconnaissait dans cette seconde classe des épilepsies stomachique^ hépatique^ ner^ veuse, utérine y a dolore. ,

Au même point de vue, Maisonneuve a divisé Fépilepsie en

DE l'épilepsie. 253

idiopathique et sympathique. Dans Tépilepsie idiopathique» il distingue cinq espèces ainsi désignées : épilepsie connécy spontanée^ pléthorique^ humorale et morale. L*épilepsie sympathique est ou une irradiation des parties externes^ ou gastrique y ou intestinale^ ou vaporeuse.

Esquirol a présenté une classification plus nette et plus complète ; elle résume assez d'indications importantes pour être mentionnée d*une manière spéciale. Il partage les épilepsies en trois classes, selon qu'elles sont idiopathiques^ sympathiques ou symptomatiques . Les épilepsies idiopathiques lui semblent résulter ou d*une cause extérieure, ou d*un vice de conformation, ou d'une affection morale. L'épilepsie sympathique vient par l'appareil digestif, par l'appareil sanguin, par les vaisseaux blancs, par les organes génitaux ou par les parties extérieures; enfin \t% épilepsies symptomatiques, par des désordres spéciaux, et il cite des phlegmasies cutanées, Téruption des dents. M. Delasiauve (1) adopte la classification suivante : l"" épilepsie essentielle ou idiopathique 2» épilepsie symptomatique (d'une lésion cérébrale)^ S"" épilepsie sympathique.

M. Beau, dans ses Recherches statistiques pour servir à f histoire de l'épilepsie et de l'hystérie (2), distingue avec plus de soin que ses prédécesseurs Tattaque et le vertige épileptiques, et donne surtout une bonne description sommaire de ce dernier état, tout en faisant remarquer qu^il varie, pour ainsi dire, autant que les individus, et, sauf quelques exceptions, qu'il reste toujours semblable chez le même sujet.

Je conviens que ces divisions des épilepsies ne manquent pas d'utilité ; elles s'accommodent, d'une part, a l'état de la science, et, d'autre part, aux besoins de la pratique ; mais je suis obligé de reconnaître, d'un autre côté, qu'elles sont loin de renfermer toutes les formes, de les rationnaliser^ elles rapprochent des espèces extrêmement éloignées les unes des autres, elles prêtent largement aux hypothèses ; elles ne précisent pas les indications.

J'ai cru qu'il était plus logique et plus conforme à l'étal actuel

(I) Traité de V épilepsie, , 1851, 1 vol. in~8.

(2; Archives de médecine, 1826; 2* série, t. XI, p 328.

ibh MALADIES DUBS A UNE AUGMËI^tATION DE L^EXCITATION MBRVÉUSE.

de notre science, de fixer tout simplement l'attention sur les causes de la maladie en général et de la convulsion en particulier, puis sur les symptômes, les altérations pathologiques, puis enfin sur le diagnostic, dans le but de faire sortir de l'ensemble de cette exposition la loi des indications thérapeutiques. Je terminerai par quelques réflexions sur les moyens empiriques dont on a jusqu'à présent vanté l'usage.

Causes, — M. Delasiauve (1) distingue trois classes dans les causes de l'épilepsie : elles sont constitutionnelles y hygiéniques ou pathologiques. Dans les premièreô, il mentionne V hérédité ^ la congénitalitéy le tempérament, le sexe et Vdge; dans les secondes, les saisons, les professions, lès habitudes^ YéduccUiàn^ le régime^ les plaisirs sexuels, la continence, les impressions physiques et morales; enfin, dans les troisièmes, les substances irritantes ou délétères, les suppressions, les répercussions, les déperditions, les règles, grossesses, accouchements^ les cachexies, les maladies, les névroses, les lésions organiques.

Sous ces titres, qui renferment, comme on le voit, presque toute la pathologie humaine, il recherche Tinfluence que chacun de ces objets d^étude peut avoir sur la production de j*épilepsie. Il note que dans chacune de ces circonstances on a vu et dû voir les causes de quelques épilepsies.

M. Moreau, dans son Mémoire sur YÉtiologie de l'épilepsie, couronné par l'Académie impériale de médecine, étudie, compare et critique avec soin les causes attribuées à cette maladie; il finit par donner à Thérédité, entendue dans le sens le plus large, une importance extrême, au moins comme cause prédisposante.

Je demanderai la permission de ne suivre dans leur classification étiologique ni l'un ni Tautre de ces auteurs, qui ont du reste, à leur point de vue spécial, si amplement traité la matière ; je tâcherai de prendre la question à un point de vue plus général, tout en profitant des renseignements fournis par nos honorables confrères. La raison de cette manière de procéder se trouve pour ainsi dire dans la conviction où je suis, que bon nombre des points rappelés par M. Delasiauve comme causes ont

(i) TraUéde Vépilgpsle, 1854, p. 185-

DB L*ÉPILEMIB. 255

été de simples coïncidences de fails; et, d'une autre part, que M. Moreau a porté plus loin que je ne peux raccepter, rextension possible du mot hérédité.

Je me bornerai à rappeler ici les causes qui m'ont semblé avoir l'importance la plus incontestable dans la production de répilepsie.

A ce point de vue, je crois devoir mentionner V hérédité en première ligne ; non pas que tout fils d'un épileptique -soit destiné à le devenir un jour, et à plus forte raison qu'on en soit préservé par cela seulement qu'on ne compte dans ses ascendants aucun épileptique; je veux dire seulement qu'on a raison dans le monde quand on regarde comme une très fâcheuse prédisposition à cette maladie une descendance épileptique. Zacutus Lusilanus a connu un père épileptique, dont huit fils et trois petits-fils le furent. Bœrhaave a vu mourir épileptiques tous les enfants d*un père qui Télait. Georget cite un père épileptique qui engendra huit enfants tous épileptiques. D'après ce que i'expériencem'a enseigné, je ne crains pas d'avancer qu'il n'y a pas de maladies plus sujettes à la transmission héréditaire que les maladies nerveuses, et l'épilepsie est tout à fait dans ce cas. Descendre d'un épileptique est une grave prédisposition ; c'en est encore une fâcheuse que de compter dans ses ascendants immédiats des sujets atteints d'affections nerveuses graves ou de troubles notables de l'intelligence.

M. Moreau (1) va même jusqu'à dire : < En résumé, les troubles nerveux, à quelque ordre qu'ils appartiennent, sousquelque forme symptomatique qu'ils nous apparaissent, depuis les plus simples jusqu'aux plus complexes, ne prédisposent pas moins à répilepsie que l'épilepsie elle-même; » et il en donne en preuve les recherches statistiques suivantes : 12A faits recueillis par luimême a Bicétre, à la Salpètrière ou en ville ; 2A0 observations recueillies à la Salpètrière par M. Calmeil; total, 36A. Et je constate par les chiffres que, sur iôà malades, il y avait parenté plus ou moins éloignée dans la proportion suivante : 1/6 pour les parents épileptiques; 1/20 pour les parents hystériques; 1/9 pour les parents aliénés; 1/9 pour les parents para- Ci) Mémoire cité (CMion, t. VUI, p. S7 ; 22 jnUlet, 1S54).

256 MALADIES DUES A UNE AUGMENTATION DE L*EXCITATION mOlVBIlSS.

ly tiques ou apoplectiques; en tout, à 1/10 près, pour la moitié des malades.

Les autres cas n'avaient aucun rapport appréciable avec les maladies nerveuses et cérébrales.

Ces chiffres, que je me garderais bien de regarder comme la loi mathématique qui règle les affinités des affections nerveuses de toutes sortes avec celle qui nous occupe, montrent du moins d'une manière frappante combien elles se tiennent par l'hérédité.

Les faits recueillis de toute part démontrant la parenté qui existe entre toutes ces affections sont trop communs pour que j'aie besoin d'y insister davantage. Il n'y a pas de médecin un peu attentif qui n'en ait vu des preuves frappantes.

Sous le rapport des âges dans lesquels l'épilepsie débute, les observations sont tout aussi positives. Dans la statistique recueillie par M. Moreau, sur 995 individus, il y a

87 épilepsies de naUsaoce.

25 épilepsies sarveoaes dans la petite enfance. 281 — — de 2 à 10 ans.

Ce tableau des âges représente en effet assez bien ce qu'Esquirol, Bouchet et Cazauvieilh avaient aussi noté, ce que la pratique nous fait voir. Cependant je crois devoir confesser que dans toutes les conditions d'observation, les chiffres se montreraient les mêmes, et que j\ii peu de conGance dans les conclusions rigoureuses qu'on pourrait asseoir sur de pareilles bases. Decipimur specie recti, c'est ce qu'il faut répondre à chaque instant à ces tentatives de statistique. Qu'est-ce que c'est que des épileptiques de naissance ? Gomment les distinguer des épileptiques qui le sont devenus dans les premiers mois, dans la première année de la vie? Qui a fourni ces renseignements? Comment les premiers diagnostics ont-ils été établis, notés, conservés? Il me semble plus vrai de dire que cette maladie n'est pas commune dans la première et la seconde année de la vie. Il

DE L*ÉPILEPS1E. 257

est assez rare que les enfants en soient affectés au-dessous de (rois ou qualre ans, cependant on en rencontre quelques exemples incontestables ; j*en ai vu qu'il était impossible de confondre avec les convulsions si ordinaires a cette période de la vie. M. ttostan n'a jamais observé, dit-il, un seul cas où la puberté ait euy dans Tun ou l'autre sexe, une influence bien marquée sur la production de Tépilepsie; et cependant il est certain, comme Ta dit Georget, que cette maladie survient beaucoup plus fréquemment après qu'avant la puberté. C'est l'âge de dix à vingt ans qui en présente certainement partout le plus grand nombre de cas. Puis la tendance à l'épilepsie diminue. Les vieillards épileptiques ne sont pas communs, d'une part, parce que ces malades ne vivent en général guère passé l'âge adulte ou l'âge mûr; ensuite parce que chez quelques-uns la maladie se dissipe en atteignant certaines limites de la vie. 11 est plus rare encore de trouver des vieillards en qui cette maladie débute, excepté dans les empoisonnements saturnins; c'est qu'en effet toutes les prédominances nerveuses et les prédispositions qui s^ensuivent s'éteignent en général avec Tâge. Néanmoins ces exemples se montrent quelquefois; j'ai connu deux épileptiques chez lesquels la maladie avait débuté à soixante et onze et à soixante et quatorze ans.

Pour déclarer que le sexe n'y exerce pas d'influence, il faudrait avoir établi, ce qu'on n'a jamais fait, bien entendu, que les hommes et les femmes comptent partout des épileptiques en nombre proportionnel avec celui de la double population masculine et féminine. Il y a plus d'épileptiques, dira-t-on, à la Salpétrière qu'à Bicètre. Mais le diagnostic a-t-il été bien établi? Les hommes épileptiques, en raison de leurs occupations, de leurs excès, se sont-ils conservés comme les femmes? Les femmes De cherchent-elles pas davantage a entrer dans ces asiles de la charité? Les médecins ne se prêtenl-ils pas quelquefois par humanité à confondre avec les vraies épilepsies des symptômes à' une autre nature qui s'en rapprochent par la gravité? Tout ce qui me semble prouvé, c'est que la maladie se présente souvent dans l'un et l'autre sexe, et qu'aucun d'eux ne semble exercer une influence prédominante sur son apparition. Je ne veux i)as dissimuler pourtant que M. Moreau partage à cet égard I- 17

S68 MALADIES DUES A liNE AUGMENTATION DE l' EXCITATION NERVEUSE*

Topinion commune des aliénistes, et regarde la femme comme plus sujette que l'homme à Tépilepsie.

La puissance de Timitalion dans la production de cette maladie est célèbre dans la science et dans l'opinion des gerts du monde. Chacun a entendu parler des exemples qui ont fait tant d'honneur à Boerhaave, et dont les livres répètent le récit. n est bien certain que la vue d'un épileptique frappe d'une émotion terrible ceux qui sont sujets à cette maladie, et aussi ceux qui y sont prédisposés ; mais j'avoue que j'hésile fort à prendre à la lettre tous les exemples rapportés d'épilepsie par imitation. Je n'ai pas rencontré jusqu'à présent un seul cas d'épilepsie ainsi développé brusquement chez un sujet jusque-là bien portant et frappé de la vue d'un malade en proie à ce mal. Dans nos hôpitaux, où ce spectacle se rencontre assez souvent, on ne voit pas d'épilepsie se développer chez les voisins. On rencontre bien, surtout parmi les femmes, des sujets impressionna* Mes ou hystériques, que le spectacle d'un épileptique jette en convulsions ; mais, d'après ce que j'ai observé, ces convulsions sont plus souvent hystériques qu'épilepliques, et je pense avec satisfaction que dans beaucoup des exemples qu'on rapporte, on s'est laissé tromper par de fausses ressemblances. Probablement on aura parlé d'épilepsie à cause de l'épileptique ou des épileptiques autour desquels ces faits se groupaient, comme une conséquence déduite d'un principe.

J'avoue néanmoins que certains faits ne laissent guère de doutes sur l'épilepsie par imitation.

On peut citer les exemples suivants, consignés par M. IHusset et empruntés à M. Mayer;

« Épilepsie épidémique dans les écoles de Biele/ield en Allemagne. — L'école de Biclefield est bien aérée, non surchargée de chambres ; elle est habitée par les garçons et par les filles a la fois. Une jeune enfant, nommée Arnold, était depuis quelque temps sujette ù des attaques d'épilepsie et avait des accès répétés aux heures des classes ; aussi lui avait-on défendu de revenir aux mômes heures. Quelque temps après, sa santé ayant paru remise, on la reçut de nouveau ; mais le 8 août 1887, les accès reparurent, et la petite malade fut renvoyée chez ses parents. Peu de jours plus lard, une jeune personne de forte santé,

DE l/Ér><LEPSlE. 269

qui rtrâil quelquefois nccompagnô la jeune Arnold a la maison, fui n son tour saisie de convulsions dans Técole. Le 14, deux aulres jeunes filles de douze à quatorze ans furent attaquées de la môme aiïection ; mais cela ne les empêcha pas d'assister à la classe le lendemain. Cependant, à peine leurs devoirs de la journée étaient-ils terminés, qu'elles et trois autres jeunes filles furent prises de convulsions épileptiques. Dès ce moment la contagion se répandit avec une telle rapidité qu'en moins d'une demiheure vingt jeunes filles furent attaquées du même mal. D'abord les enfants commençaient par éprouver un sentiment d'anxiété, ensuite elles devenaient pâles, éprouvaient de l'oppression à la poitrine et leur tête s'embarrassait, les membres présentaient des tremblements, puis survenait la perle de cormaissance ; les pouces se fléchissaient vers le3 paumes, les yeux se renversaietit etlVnfant jelait un cri instantané. Chez les unes, le paroxysme émit de courte durée; chez lès aulres, il durait plusieurs heures. Dans le nombre il y eut neuf garçons; aucune des petites filles n'avait eu auparavant d'accès épileptique, si l'on en excopte Arnold. Chez cetle dernière, d'ailleurs, aucune cause matérielle n'avait été reconnue. La plupcirt approchaient de Tàge de la puberté, et leur tempérament était fort irritable. Quoique l'on défendit aux jeunes personnes malades de retourner à l'école, plusieurs aulres en furent atteintes après elles; on présuma que ces nouveaux cas tenaient au retour de quelques jeunes filles avant leur complet rétablissement. La maladie fut traitée, comme purement nerveuse, avec la valériane, Toxyde de zinc, l'indigo, et généralement sans succès ; car, cinq mois après ce traitement, 1res peu pouvaient être considérées à l'abri de nouvelles attaques. >

Dans ces faits, que j'ai exprès cités textuellement, je ne trouve pas tous les caractères désirables de certitude. Je me demande si ces convulsions ainsi décrites en gros ont été bien épileptiques. Je n'oserai pas répondre par raffirmalive; mais quelques signes probants, comme la perte de connaissance, le cri et l'incurabilité relative, me semblent d'une grande valeur pour assurer le diagnostic. Ces faits me paraissent au moins aussi bien établis que la réalité des épilepsies guéries par le médecin hollandais avec la menace d'un fer rouge.

260 MALADIES DIES A l NE At'GMENTATION DE L*E\CITAT10N NERVEUSE.

Je ne nie donc absolument ni Tinfluence du sexe ni celle de rimitation; mais je crois qu'on doit beaucoup les restreindre et se tenir en garde sévère contre une foule d'assertions peu probantes qui existent dans la science.

Une cause beaucoup plus commune et plus avérée que toutes celles dont je viens de parler est la frayeur^ sous quelque forme et dans quelque condition qu'elle ail été produite. Tous les observateurs ont été frappés de la fréquence des épilepsies ainsi occasionnées. Georget a noté que plus des trois quarts des épilepsies sont dues à cette cause ; Esquirol et M. Foville ont établi la même opinion. MM. Bouchet et Cazauvieilh (iircAtve^^^i. de méd,^ 1826, t. X, p. kh) avaient constaté d'ailleurs les causes déterminantes de l'épilepsie sur soixante-neuf malades ; M. Beau avait recherché la cause médiate ou immédiate de la maladie sur deux cent trente-deux malades.

Avec toutes ces observations et les siennes propres, M. Moreau a pu faire un tableau statistique dans lequel la frayeur se trouve pour 31A cas sur hhh faits, où les causes morales ont déterminé le mal ; et encore il n'a pas fait entrer dans ces 31A cas, 11 viols, 7 mauvais traitements, 3 craintes, une peur en rêve, qui sont mentionnés dans son tableau, et qui me semblent, sans tiraillement trop grand , pouvoir être classés parmi les cas où la frayeur a causé la maladie. Il y aurait donc plus des 3/& des cas dans lesquels la frayeur pourrait faire naître l'épilepsie.

En tète des causes que M. Moreau désigne sous le nom de physiques, se trouve, dans le même tableau, l'onanisme. Il y est signalé au moins pour 1/A dans les causes physiques de ce mal étudié à ce point de vue sur 85 épileptiques. Comme je n'ai pas un respect infmi pour la statistique appliquée à la médecine» j'avoue que je serais disposé à attribuer une plus grande part dans la production de la maladie a cette funeste habitude. Après la frayeur, je ne connais rien de plus propre a occasionner l'épilepsie.

Suivant J. Frank, il existe peu de causes d'épilepsie plus fréquentes que celle-là. On comprend l'action redoutable qu'une pareille habitude peut avoir sur le système nerveux, surtout quand cette habitude vient au moment où révolution naturelle

DR l'épilepsik. 261

du sujet demanderait l'emploi exclusif de toutes les ressources de réconomie. La remarque faite dans tous les temps, que la prédominance nerveuse est une des prédispositions ordinaires à celte maladie, emporte en même temps comme conséquence forcée l'influence que Tonanisme y peut avoir. Nous renverrons pour cela à ce que nous en avons dit en parlant de l'état neneux.

rajouterai seulement ici que ma petite expérience personnelle a confirmé pleinement l'assertion de J. Frank sur la réalité Je cette cause. J'ai connu plusieurs épileptiques qui le sont devenus seulement quand ils ont connu et pratiqué la masturba-* tion. Une vive frayeur survenant dans cette condition a suffi pour déterminer Tapparition do la maladie à laquelle le sujet s'était prédisposé. J*ai été souvent témoin des regrets amers qui tour-» mentaient à cet égard plusieurs épileptiques.

Enfin nous devons mentionner comme une des causes de i'êpilepsie, et peut-ôtre comme la plus fréquente, la production et le développement daîis le cerveau de désordres matériels^ soit que ces désordres aient leur place dans l'organe lui-même, soit qu'ils en occupent la surface ou les annexes. La constatation de faits de ce genre a rempli la science d'études anatomiques sur la cause prochaine de I'êpilepsie, et a conduit quelques auteurs à poser en principe que cette maladie n'a pas lieu sans que quelque lésion matérielle du cerveau y ait donné origine. Il suffit de jeter les yeux sur l'énumération des désordres constatés, pour voir qu'on a pour ainsi dire passé en revue et trouvé toutes les lésions dont les centres nerveux sont susceptibles; on a tant prouvé qu'on n*a rien prouvé, ou plutôt qu'on a seulement établi en bit ceci: une lésion matérielle quelconque produite ou dans le cerveau, ou dans ses enveloppes, peut amener I'êpilepsie ; ce qui De veut pas dire du tout que la maladie ne puisse exister sans ces lésions, ni qu'une lésion quelconque du cerveau soit capable de la produire, ni que l'anatomie pathologique puisse rendre compte du symptôme.

La seule conséquence raisonnable en pratique qu'il me paraisse convenable de tirer de ces faits, est que Ton fera toujours bien, pour cette maladie comme pour le reste des affections cérébrales, de s'opposer de son mieux, quand on le pourra, au dé-

2(52 MALADIES DLES A INKALGUEMATION DE l' EXCITATION NERVEUSE.

veloppement des lésions matérielles dont je parle ; et qu*on sera heureux toutes les fois qu'on aura pu reconnaître quelle sorte de lésion existe, surtout quand celle lésion sera en même temps reconnue de nature à céder à une thérapeutique bien entendue. Dans ces cas, comme l'occasion du mal aura pu disparaître, il est probable qu'en môme temps le ma! cédera: on en a des exemples; mais il est possible aussi que malgré laguérison du trouble matériel, Tépiiepsie, une fois née, continue a se représenter comme si le trouble de son origine n'avait pas cédé : les exemples n'en manquent pas non plus.

Dans celte catégorie, il faut ranger parmi les causes heureuses de l'épilepsie, la syphilis, riiTognerie, certains empoisonnements. L'épilepsie ainsi occasionnée a de grandes chances de guérison, quand on parvient à débarrasser l'économie du mal qui l'a infectée ; mais malgré celle guérison obtenue et prouvée antant que possible par la santé ultérieure, il ne faut pas croire qu'on sera sur aussi de voir céder l'épilepsie. J'ai rencontré des exemples des deux ordres de fails.

Un adulte, bien des fois infecté de syphilis, fut tout à coup frappé d'épilepsie. Le mal résista pendant plusieurs années à tous les moyens employés pour le guérir ; puis un jour un médecin qui l'examinait vit à la surface du corps des taches et des productions évidemment syphilitiques. Ce fut un trait de lumière heureusement saisi pour le malade; car, à compter de ce moment, il fut soumis à un traitement antisyphilitique méthodique, et répilepsie ne tarda pas à disparaître pour ne plus revenir.

J'ai vu depuis un autre exemple d'épilepsie syphilitique, dont je crois devoir consigner ici l'observation.

Un bijoutier, âgé de trente-deux ans, né à Paris, est entré dans mon service k Beaujon, salle Saint-François, n" ô, le 2a août 18ô2.

Ce mala le dil avoir eu quelques maladies d*enfance, sur lesquelles il o^ peul donner aucun délail; depuis il n*a pas fait de maladies graves qui l'aient forcé ù s'aliter; sa santé habiluelle est bonne. A Tige de quinze ans, sans chaudepisse, ei sans qu'on ait observé de chancre, il eut à Taine droite un abcès qui fui ouvert par M. ilicord. U fut guéri auboulde six semaines, sans qu'aucun traitement général eût été pratiqué. Ce fut à cet âge que (,c jeune homme se lança dans les plaisirs de toute sorte auxquels H se

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