Rétablissement complet (deux portions
ili et 25. Agitation, sueurs et frisson dans la nuit. Plus de traces d*alba« mine (sulfate de quinine 0sr,50. Continué les Jours suivants jusqu^au 29. Sans retour de frisson .
6 novembre. La malade sort en parfaite santé, ne conservant aucune trace des accidents qu'elle avait éprouvés.
Au n* 32Û de la salle Sainte-Monique, dans mon service, k Thôpital Beaujon, est couchée la nommée Fous (Marguerite), âgée de dix-oeuf ans, reçue le 17 juin. F^lle a accouché dans les derniers jours du mois de mai.
Elle a été affectée, il y a un an, d'une chloro-anémie très prononcée, pour laquelle elle a été traitée, dans le même service, par les préparations ferrugineuses ; un mois a sufû pour la rétablir dans uu bon état de santé.
L'accouchement a été heureux ; cependant, il y a eu, après la couchei une perte de sang assez abondante, mais de peu de durée. L'allaitement a eu lieu jusqu'au moment où ont paru les accidents dont il va être question.
1^ Le 11 juin, quinze jours après la délivrance, elle a été prise, sans cause connue, sans prodromes, d'une perte complète de connaissance, acoonpagnée de convulsions. L'attaque a duré environ une demi-heure, et a laissé après elle une hémiplégie du côté gauche, affectant surtout le bras, qui était complètement immobile, sans altération de sensibilité. La nuit fut néanmoins assez bonne et sans délire.
Le 12, à dix heures du matin, nouvelle attaque d'un quart d'heure de durée; d'autres attaques se reproduisent les jours suivants» avec persistance de l'hémiplégie et d'une céphalalgie aiguë occupant surtout la Croot Eut, lors de rentrée k l'hôpiul (17 juin) :
DC L*ÉCLAM1>S1E. Sâ7
MIeur anémique des plus prononcées, teint terreux et terne. La malade ]N>rte Temprelnte de la misère, d*u ne détérioration constitutionnelle profonde, d*UQe extrême faiblesse. Plaintes continuelles arrachées par Paculté des douleurs de tête. Intelligence parfaitement saine. Hémiplégie gauche, complète au bras, incomplète au membre inférieur ; conservation intacte de lasensibilité; paupière supérieure gauche paralysée; rœll reste en tr*ouvert, fiand le droit se ferme complètement. Pupilles dilatées; vue trouble, swiout du côté gauche. La langue se lire droite. Pouls petit, 80 ; peau généralement froide. Toux fréquente, sans crachats ; quelques râles muqueux. Ces phénomènes pouvaient bien en imposer, et faire croire à un ramollissement cérébral. La résolution complète, sans contracture, avec conserntion de la sensibilité dans le c(^té paralysé, la conservation de rintelligmoe se prêtaient merveilleusemeiit à cette supposition.
liais la ciroonstance commémorative d*un accouchement récent, bien qv*U D*y.' eût (aucune trace d'cedème, appela mon attention sur rurine« Cbauffé et traité par Facide nitrique, ce liquide offrit, dans Tun et Tautre CM, un précipité abondant d*albumine. Dès lors, Tidée d*une apoplexie iéreuse albuminuriquef aveé attaque d*éclampsle, prédomina dans mon esprit, et jMnstItual le traitement en conséquence.
le prescrivis une potion avec 10 centigrammes de tartre stibié et 30 grammes de sirop d'ipéca, fractionnée par cuillerées k bouche prisas d*beure en heure. Vomissements abondants à plusieurs reprises.
18. Faciès meilleur; traits moinsaltérés; regard plus franc; Toeil gauche se ferme comme le droit; le bras gauche peut se soulever; mais les doigts se peuvent serrer; la parole, embarrassée la veille, est devenue plus libre; aéplialalgie toujours vive, quoique diminuée; pouls k iO/i ; retour de la chaleur aux extrémités; pas de sommeil ; urines peut-être un peu moins albumineuses. (Même traitement.)
19 juin. Peu de vomissements; quelques selles sous Tinfluence de la potion de la veille ; mouvements du bras plus libres, plus étendus; moins de eéphalalgie; vue un peu trouble, avec Impossibilité de distinguer les objets I plus de quatre ou cinq pas ; pupilles un peu dilatées, la gauche un peu plus que la droite; moins de céphalalgie; diminution notable de Talbumine dans Turine. (Même traitement).
21. Des évacuations abondantes oui lieu par le haut et par le bas. La paral^e disparaît La malade a pu faire un nœud de sa main gauche. Céphalalgie moindre; vue toujours trouble; urines rougeâtres au moment de réniasion, contenant k peine des traces d'albumine; pouls à 92; chaleur lonnale. K la pftieur anémique succède une teinte rosée des lèvres et des joues.
Jusqu*au 23, le mieux continue ; la malade se lève, fait le tour de son lit, mrche un peu dans la salle; elle n*accuse qu'un peu moins de force dans le bras gauche, un peu de céphalalgie et du trouble de la vue. L'albumine I disparu; le faciès est remarquable par le teint de fraîcheur et de santé fH*U a repris. (Suspension du urtre stibié.) 2A. Peu de céphalalgie; vue trouble; bon état, du reste. (Potion stlbiée.)
SAS M ALàDIBS bues a une augmentation de L^BXCITATION MBRirBUSE.
25. Sauf un peu de trouble dans la vue, sans dilatation des [Nipilles, il ne reste aucun symptôme encéphalopathique; la malade se lève et foit son lit elle-même. La guérison peut être considérée comme assurée.
Des faits heureux, obtenus au moyen de divers autres agents thérapeutiques employés avec sagesse, ont également été introduits dans la science, et ne doivent point être oubliés dans la pratique. Au premier rang, parmi ces^agents efficaces, je dois citer le chloroforme.
[Les accoucheurs sont encore divisés sur la question d*application du chloroforme aux diverses périodes de l'accouchement, mais il faut reconnaître que la grande majorité tend à accepter son emploi, surtout depuis que la pathogénie de l'éclampsie permet de mieux remonter aux causes organiques des phénomènes morbides, et d'apprécier le danger d'appauvrir par des saignées répétées un sang déjà peu riche en éléments réparateurs.] Le fait suivant, que j^emprunte au Médical Times^ novembre 18i|9, est surtout propre à montrer l'avantage qu'on peut retirer, dans un cas donné, de l'usage du chloroforme :
« Une femme primipare, en travail depuis six ou huit heures, fut prise de convulsions puerpérales, pendant que la tète de l'enfant était encore dans le bassin. On lui fit une saignée de 625 grammes. Les accès se calmèrent pendant une heure. Alors réapparition des accidents et nouvelle saignée de 500 grammes. Voyant que le travail ne marchait pas, et que l'enfant était mort, le chirurgien se décida à terminer l'accouchement par Tapplication du crochet. Il y eut immédiatement du calme; mais neuf heures après, les convulsions reparurent. Nouvelle saignée de 875 grammes, un vésicatoire à la nuque, une goutte d'huile de croton, un lavement purgatif. Les convulsions ne furent nullement modifiées; et lorsque M. Sedgwick fut appelé, trente-six heures après le commencement du travail, la malade était dans un accès convulsif; le cou était gonflé, la face livide et congestionnée, les conjonctives étaient injectées; du mucus écumeux et sanglant s'échappait de la bouche ; l'utérus était mou et dilaté. On résolut de lui faire respirer du chloroforme. En une minute, elle fut endormie et dans un état de calme parfait. Dix minutes après, l'utérus s'était contracté et avait pris le volume d'une tète de fœtus. On continua le chloroforme pendant vingt^cinq miDOtes
DE L*ÉCLAMPSie. SAÔ
sans inlerruption ; puis on Tinlerrompît pendant quinze ou vingt minutes, pour le continuer pendant trois heures et demie, avec des interruptions toutes les dix ou quinze minutes. Pendant les inhalations, la malade était parfaitement calme, la respiration profonde, le pouls plein, la peau d'une bonne chaleur. Les accidents ne se sont pas reproduits, et les suites de couches ont marché comme à Tordinaire. >
On voit que, chez cette malade, on n avait pas fait moins de trois saignées, et tiré moins de 1125 grammes de sang, sans avoir agi sur les accès convulsifs, qui étaient restés aussi intenses et aussi continus qu'auparavant.
[Les anesthésiques comptent aujourd'hui des succès si nombreux en leur faveur, en Angleterre, en Allemagne et en France, que la statistique en serait longue et difficile; je me contenterai de citer, parmi ceux qui ont eu à s'en louer, Qi. Braun (loc. cit.), qui, dans 16 cas, a dompté les convulsions éclamptiques et obtenu une complète guérison. Simpson (1), Channing (2), Seyfert (3), Chailly Honoré, Scanzoni, Sedywick (à), Wieger, Meisinger (5) , Hoogeweg (6), Leudet, Dediambre (7) et autres.]
Un autre mode de traitement doit se trouver aussi quel* quefois dans Yinfluence morale que le médecin peut exercer sar la mère. Les médecins sont^trop portés à puiser seulement leurs moyens d'action dans les officines, pour que j'hésite à leur mettre sous les yeux le fait suivant qui m'a été communiqué par M. le docteur Debout :
c Une jeune dame, m'a dit cet honorable confrère, femme d'un de mes amis, capitaine dans la garde nationale, se trouvait à peu près au terme de sa grossesse lors des journées de juin ; cette grossesse avait été très heureuse, et rien ne faisait prévoir des accidents, lorsque l'émeute, en se concentrant dans le clos Saint-
(I) Simpson, ÀncBsthnia, or the emplayment of chloroform^ etc. PhiladelphU, 1SI9, p. 207.
(2} ChtooiDg, A TreaHse on Eiherhation, Boston, 1848.
(3) Seyrert, Wien, med. Wochensch, 1853, Nr. 12.
(4) Scdjwick, BuU. de Thm-., i8.%0, p. 83.
(5) Meisinger, Wiener mediz. Wockenschrift, 1853, Nr. 40.
(6) Hoogeweg, Pr. Verhandl. Zeil., 1852, Nr. 51, and 1853, n" 51.
(7) DeduuBbre, Gaz. hebdomadaire, 1855, n* 5.
S5Û MALADIES DtlËS A tNE AUGMENTATION DE L*EXCITAT10N MERVKOSE.
Lazare, vint éveiller un peu d'inquiétude chez elle. Elle haUtait le faubourg Poissonnière, et par conséquent elle entendait le bruit du canon et même celui de la fusillade. Son mari était toute la journée sur le lieu du combat, et ne revenait qu'à de longs intervalles. Je laisse à juger de l'inquiétude que ces circonstances venaient faire naître dans son esprit, et de l'influence qu'elles durent avoir sur la production des phénomènes que je vais rapporter.Xes douleurs se manifestèrent plusieurs jours avant le terme que nous •avions calculé. La rupture de la poche des eaux se fit prématurément, et l'accouchement eut heu a sec, comme disent les sages-femmes. Cependant tout allait bien, malgré une présentation parle siège. Lorsque le siège de l'enfant eut pénétré dans la cavité pelvienne, soit que cette jeune femme eût entendu la nouvelle qu'on était venu nous donner, que le mari avait été fait pri« sonnier par les insurgés, soit que l'accès, comme il arrive quelquefois dans les accouchements primipares, apparût sans qu'on pût le rapporter à aucune cause, une véritable éclampsie, cette complication si terrible de l'enfantement, vint m* alarmer. Nous n'avions nul secours à attendre, toutes les boutiques de phar^ macie étaient fermées ; pas de lancelle ni de forceps ; prisonnier moi-môme, puisque la circulation était interdite dans le quartier, force me fut de chercher dans les phénomènes qui gagnaient d'intensité, une indication à remplir. Or, voici ce que j'observai : A l'inverse de ce que les auteurs ont écrit, le trismus était plus prononcé dans les intervalles laissés par les contractions utérines, l'excitation provoquée par les douleurs faisait cesser tous les phénomènes éclamptiques. Je résolus en conséquence d*éveiller l'attention de cette jeune femme aussitôt que les douleurs cessèrent, en parlant de son mari, de Tenfant qui allait naître, etc. Cette excitation morale fut couronnée de succès^ i l'aide des doigts introduits dans le pli des aines de l'enfant, je hâtai la marche de l'accouchement. Après chaque douleur, une conversation animée et afTectueuse enrayait le développement des accès convulsifs, et la délivrance vint enfin me tirer définitivement d'inquiétude. Le mari arriva sur ces entrefaites, et mcoD accident ne vint contrarier les suites ordinaires de la parturttion. »
[L'action efficace de l'ammoniaque dans les convulsions puer-
DE L*ÉCLAIIPSIE. SM
)érale8 aété signalée par le diocleur Koning (d'Dtrecht). Le fait suivant, rapporté par M. le docleur Vanoje (journal t'Obser" xUion^ 18 septembre 1850), vient justifier l'emploi que les iccoucheurs hollandais font de ce médicament*, il montre, de ilus, le danger d*avoir recours dans certains cas aux émissions languines ; je le reproduis à ce double litre :
Je fus îDvité par une accoucheuse k me rendre chez le nommé Louis Van ^ei* pour assister sa femme en mal d*enfant, et prise, me disait-oUt rhémorrhagie utérine et d*autres accidents. A mon arrivée, Taccouche- BBent était terminé; mais la femme se trouvait dans un état si grave que e crus son existence très sérieusement menacée. Gomme ]*al néanmoins été use! heureux pour la sauver, et que je crois devoir attribuer mon succès à in traitement spécial, dont la plupart des auteurs ne font pas mention, et pii pourtant me semble mériter dïHre mis k 4'épreuve, J*ai pensé faire chose itile en publiant cette observation. Je la rapporterai avec tous Tes détails |«e j*ai pu recueillir.
La femme Van Nevel, Sophie Van Tyghem, ûgée de 27 ans, est primipare. Qleest d'une constitution moyenne, et a toujours jouid'uneexcellentesanté. Devenue enceinte, elle a continué de se bien porter jusque vers la moitié de u grossesse; à partir de cette époque, de légers accidents sont survenus : lea pieds et les jambes ont commencé à s*enfler; la respiration est devenue noiiis facile; les selles, régulières jusque-là, ont été retardées; et une Mitaine difficulté a accompagné la miction. Ces symptômes, pour lesquels on n*a pas jugé nécessaire de consulter un médecin, loin cependant d*augmonter à mesure que le terme de la grossesse approcha, semblèrent diminuer au contraire, de manière que, peu avant l*accouchement, la jeune femme, à part un peu de malaise et Fœdème des extrémités inférieures, n*avait qu'il se féliciter de sa santé.
Ce fut le S juillet, à une heure du matin, que les premières douleurs de Teofantementse firent seutir. Elles marchèrent convenablement, et n^offrl- KDl rien de particulier. A huit heures, la sage-femme fut appelée; elle trouva Sophie Van Tyghem dans un état satisfaisant, et constata une ^onna position de la tète et une dilatation du col utérin suffisante pour faire opérer une délivrance prompte et heureuse. Il n*en fut point ainsi. A dix hrares, une légère hémorrhagie se déclara sans cause connue, et fut bientôt Mivie de quelques légers mouvements convulsifs, dont la sage-femme ne oomprit point Tiraportance. L'écoulement de sang, assez peu abondant, se répéta de loin en loin ; mais une heure et demie environ plus tard, un accès ouivulsif beaucoup plus prononcé se manifesta, et dura à peu près dix mi* nates. La sage-femme n'avait jamais vu pareil accident; cependant elle n'en fut nullement effrayée et se fia à Texpulsion du fœtus, qui, dans son opinion, ne pouvait tarder à se faire. Son espoir fut trompé. A midi et
demi une nouvelle hémorrhagie survint, et immédiatement après, un
aoxs convulslf si intense que celte fois tous les assistants furent saisis
S52 MALADIES DUES A UNE AUGMENtATlON DE L*EXClTAT10lf NSâYEOSS.
d^effroi. H fut décidé que je serais appelé. Pendant ce temps la fenne perdit abondamment du sang, se plaignit de faiblesse et de fatigue, demanda à dormir, ce qu*on ne lui permit pas. A deux heures, elle mit aa monde un enfant vivant, du sexe masculin, bien conformé, et offrant tous les attributs de la viabilité. Peu ifinstants après Fexpulsion du foetus, une nouvelle perte sanguine eut lieu, et fut suivie d*une seconde beaucoup plus copieuse. Alarmée au dernier point, la sage-femme procéda à Textraction du placenta, qui n'offrit pas la moindre difficulté. Néanmoins un quart d'heure plus tard, il s'écoula une énorme quantité de sang, et la femme fut prise presque immédiatement de nouvelles convulsions, plus intenses et plus prolongées que toutes celles qui avaient eu lieu jusqu'alon. Un quart d'heure environ après leur cessation, j'arrivai, et pus constater ce qui suit : L'accouchée, extrêmement affaiblie, se trouvait dans un état de somnolence presque comateux; sa figure était pâle, livide, son air étonné et son intelligence presque entièrement abolie. Le pouls était petit, plutôt lent que rapide; les pupilles étaient dilatées, et la peau offrait une roolteor sensible. Mon premier soin fut d'examiner la matrice qui, me disait-on, continuait à être le siège d'hémorrhagies fréquentes. Après avoir cherché à en réveiller les contractions, j'y plongeai la main pour en extraire de volumineux caillots qui s'y trouvaient; en ce moment la femme eut une légère syncope, au sortir de laquelle elle me reconnut et me parla ; mais peu d'instants après, il survint un nouvel accès éclamptique, qui fut des plus terribles. Tout le corps se jeta brusquement, et par des mouvements d'ensemble, d'un côté à l'autre, s'agita par des secousses violentes, puis se roidit; la tête se balança, et devint peu à peu immobile en se penchant sur l'épaule gauche ; la face se gonfla et prit une teinte livide, tous les muscles se contractèrent convulsivement; les yeux, après avoir roulé dans leur orbite, devinrent fixes, les pupilles se dilatèrent outre mesure; la bouche, assez fortement déviée à gauche, s'ouvrit irrégulièrement, puis se ferma et se couvrit d'écume ; la respiration, devenue saccadée et ronflante, sembla par moment comme interrompue; il s'établit une roideur tétanique générale. Peu de minutes après, ces symptômes s'effacèrent graduelleroent et firent place à un état soporeux, d'où la malade put cependant encore être Urée.
A quel traitement convenait-il de recourir pour combattre cette affediofi formidable? Évidemment, en présence de la faiblesse toujours croissante, extrême, et de Thémorrhagie utérine qui n'avait pas encore entièrement cessé, il n'y avait pas à songer à des évacuations sanguines. Des applications froides avaient été faites sur la tête, je les fis continuer et n'ayantsous la main que de la teinture de seigle ergoté et de cannelle, j'administrai quelques doses de la première, et fis faire avec la seconde des frictions sur le ventre pour favoriser la contraction convenable de l'utérus, qui offrait toujours delà tendance à se laisser distendre par de nouvelles masses de sang. Mal^ gré ces remèdes, et après une heure environ d'intervalle, les accès éclamptiques se renouvelèrent régulièrement d'heure en heure, et augmentèrent en iAteMilé et eo durée. Je profiui de cette circonstance pour faire vo essai
DE l'^clampsif:. ' 353
thérapeutique que la fin frès prol)ahl«*inent prochaine de la malade me !»einblail justifier 11 m'était venu en mémoirequedes accoucheurs lioliandais avaient obtenu en pareil cas, un excellent effet de remploi interne de rammoniaque liquide. Je la prescrivis comme il suit :
Tf Aq. dest. 250 grammes.
Spir. amm. gtt. cxx.
Syr. ment. 30 gr.
A prendre toutes les demi-heures une cuillerée.
Le lendemain matin, on vint médire que la malade vivait encore, que la sage-femme était parvenue à lui faire prendre assez régulièrement sa médecine, mais que son état était toujours le même, sauf que les accès étaient on peu moins fréquents et qu'il était survenu de la fièvre.
A ma visite je trouvai, en effet» la femme Van Nevel toujours plongée dans le même sommeil comateux, mais menacée de congestion vers Tencéphale. LatèCe était chaude, la face bleue, le pouls lent et fort, comme si aucune perte sanguine n'avait eu lieu. Ces circonstances me décidèrent, malgré la réâstance des assistants, à pratiquer une petite saignée : mais à peine le rnng eut-il coulé quelques instants^ qu*un accès éclamptique, plus terri^ Ue que tous les précédents, survint. Nous crûmes un instant que la malade était morte. Elle en revint cependant. La veine, dont le sang avait spontanément cessé découler, fut fermée aussitôt ; des frictions stimulantes fnrent énergiquement faites sur la moitié inférieure du corps et quelques grains de calomel furent donnés tout en continuant la mixture ammoniacale. Un lavement fut prescrit, mais non donné, parce qu*on s'était aperçu qoe la malade avait fait une selle abondante pendant Taccès. On s'était aasaré aussi que les urines coulaient convenablement.
A partir du midi de ce jour, on constata une diminution dans l'intensité et la durée des accès, ils ne tardèrent pas non plus à être séparés par des intervalles plus longs. La malade donna quelques signes de sensibilité, laistant voir que ses facultés sensorielles n'étaient plus entièrement abolies. {Même traitement).
Le lendemain matin la femme Van Nevel reste toujours endormie, prilée de connaissance; mais les accès éclamptiques ne sont plus survenus depuis dix heures du soir de la veille. Les seins sont moins flasques, et les kdiies se montrent. Les urines coulent toujours dans le lit. {Continuation ie$ sinapismeSf etc. , ainsi que de la mixture ammoniacale mais prise à ie$ moments plus éloignées,)
Le jeudi il juillet, Tamélioration continue. La malade ouvre de temps en temps les yeux, mais les referme aussitôt. Elle boit facilement. Une légère réaction fébrile sunient le soir.
Ce n*est que le vendredi 12, que la malade revient pour la premère fols idle. Elle a complètement perdu la mémoire, et parait être très étonnée de tout ce qui Tentoure. On ménage ses impressions, et on lui donne quel- I. 23
S5& MALA1)1ESJ)UES A tJNE AUGMENTATION DE L* EXCITATION MERVBUSE.
ques cuillerées de petit-lait. Les jours suivants l'amélioration fit des progrès réguliers et la malade fut guérie de ses convulsions.
On pourrait encore, dans certains cas, à défaut de tout autre moyen, ou quand tout a échoué, mettre à profit l'action hyposthénisante et sédative de l'eau froide.Voici deux faits qui prouvent que l'empirisme est quelquefois ici, comme dans tant d'autres circonstances, d'un utile secours. L'un est extrait d'une lettre insérée dans le Traité des affections vaporeuses de Pomme, le Priessnitz des bains prolongés ; l'autre se trouve dans un numéro du Southern médical and surgical Journal et a été Ireproduit par les i4mia/e5 médico-psychologiques ^ 185&, p.93.
<r Le 15 juillet, dit l'auteur de la lettre publiée par Pomme, à une heure de l'après-midi, étant dans ma chambre, j'entends les femmes de mon voisinage, qui allaient, venaient, en criant continuellement : « Elle est morte.» A deux heures, le chirurgien de l'accouchée vint m'appeler. Je me rendis chez la malade que je trouvai expirante, roide comme une barre de fer, le pouls presque éclipsé, les vidanges supprimées, son ventre qui grossissait à vue d'œil, sa gorge resserrée, dans les accidents épilentiques qui se succédaient les uns aux autres. Me voyant dans l'impossibilité de rien faire pénétrer, ni par le haut, ni par le bas, toutes ces parties étant en convulsions, ne pouvant me procurer une baignoire sur-le-champ, vu le cas pressant, fondé sur l'autorité d'un auteur respectable, je trempai des linges dans l'eau froide, dont je couvris le corps de l'accouchée mis i nu, et l'en arrosai : je les renouvelais d'un moment à Tautre. Après plus de deux heures d'un travail si laborieux, n'apercevant aucun mieux, je me fis apporter de l'eau du puits, froide en été presque au degré de la glace. J'y trempai un drap de lit plié en quatre, dont je couvris le corps de l'accouchée depuis la tète jusqu'aux pieds. A l'inslant, elle desserra un peu les dents; je profitai de cet avantage pour la faire boire ; je fis en même temps injecter un lavement de cette eau froide, qu'elle retint, et j'annonçai aux assistants stupéfaits, la guérison. Tout le bourg fut témoin de cette opération ; bien des gens vinrent par curiosité voir, enveloppée de linges trempés dans Teau froide, une nouvelle accouchée que, dans ce pays-ci comme ailleurs, on abreuve de liqueurs cl de cordiaux, lesquels avdenl procuré à
DE l'éclampsie. 355'
tna malade les étranges paroxysmes mentionnés ; car je sus qu'on l*ayait gorgée d'eau des Carmes. »
L'auteur ajoute quelques lignes plus loin : «Si vous doutez de raction de l'eau froide, la première fois que vous rencontrerez quelque femme attaquée de suffocation hystérique, ou de quelque autre accès de pareille nature, appliquez, sur son corps nu, un linge trempé dans l'eau froide, et vous verrez si, comme par enchantement, le paroxysme ne cesse pas aussitôt. »
Le journal anglais rapporte le second fait, comme un exemple de l'emploi des aOusions froides, auxquelles Récamier a dû de si brillants succès. Il s'agit d'une jeune femme de dix-huit ans, primipare., qui fut prise, après plusieurs heures du travail puerpéral à son début, de convulsions partielles, puis de violentes convulsions générales.' Le docteur Booth pratiqua aussitôt Textraction de l'enfant, espérant que la délivrance mettrait un terme aux convulsions, mais elles n'en continuèrent pas moins, se compliquant de perte de connaissance, et résistèrent pendant douze heures à des moyens très énergiques.
Le médecin ne savait plus que faire et désespérait de sa malade, lorsqu'il lui vint à l'idée d'essayer les affusions froides. Il les fit sur tout le corps pendant plusieurs minutes avec de l'eau de puits. Une demi-heure après, la malade sortit de sa stupeur, reprit connaissance et n'eut plus aucune convulsion. Les suites de couches se passèrent bien. — L'eau froide, employée localement contre les congestions cérébrales secondaires qui s'ajoutent quelquefois aux troubles nerveux éclamptiques, est également d'un utile secours. Pour cela , on établit une irrigation continue à l'aide d'un tube faisant siphon et placé au-dessus de la tète de la malade. Cette sorte de douche, rendue aussi froide qu'on le désire par l'addition d'une quantité plus ou moins grande de glace à l'eau contenue dans le récipient où plonge le tube, est hyposthénisante au suprême degré, et s'oppose avec efficacité au retour des paroxysmes. ]
Voilà pour la question médicale. Quant à la question chirurgicale j'adopterai volontiers le précepte posé en principe par M. Chailiy-Honoré (Union médicale^ 7 juin 1858) : « L'art doit intervenir toutes les fois qu'il ne peut exposer la mère à un daoger plus grave que le danger résultant de l'éclampsie, et pro-
voquer Tex pulsion du fœtus : avant le travail, par Taocouchement prématuré artificiel; pendant le travail, par la dilatation du col et par la version ou le forceps.
Qu'on se serve pour cela de belladone en topique , de douches utérines, d'épongé préparée, d'incisions, c'est une question sérieuse d'obstétrique pour laquelle je renvoie aux traités sur Ii matière, comme pour tous les soins à donner ultérieurement à la femme accouchée.