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CHAPITRE V

Je réunis dans le même chapitre les convulsions des enfants et celles des adultes, en raison du peu d'importance de ces dernières, et sans vouloir pour cela établir un lien de parenté entre ces deux formes de convulsions.

PREMIÈRE SECTION. -> Convulsions des enfants.

Ces convulsions (convulsio puerilis) sont un des dangers les plus communs et les plus graves qui menacent la petite enfance. Elles peuvent se montrer dans une foule de circonstances différentes, mais surtout lorsque le petit enfant est tourmenté par le travail de la période, pendant laquelle poussent les vingt dents de première formation. Il est important de tenir compte de ces circonstances, qui peuvent suggérer des moyens prophylactiques. C'est pour cela que nous allons les rappeler.

Causes. — De ces circonstances, les unes sont inhérentes au sujet affecté, même en faisant abstraction des cas dans lesquels des altérations matérielles de l'encéphale ou de ses enveloppes amènent le mal. En tête de celles-ci, nous devons placer une constitution trop sanguine et trop pléthorique^ lorsque surtout la tête prend un développement exagéré. Baumes a insisté, avec raison, je crois, sur cette prédisposition, qui paraît plus douteuse a MM. Guersant et Blache. Les convulsions sont fort communes chez des enfants qui n'ont jamais été malades et semblent profiter à souhait d'une nourriture abondante, prise avec voncité.

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Les enfants, après ceux-ci, qui sont le plus sujets à celle nia- Udie sonl les enfants nerveux, soit qu'ils aient pareux-niCmes celle disposition, soit qu'ils en aient hérité de leur mère ou de leur père. Baumes a cité plusieurs cas rcniiirquables A'Itéréditv.. J'en ai rencontré moi-miïmc du très notables. On reconnaît cetlu complexion, chez les petits enfants, à leur sommeil agité et sou- Tent comme suspendu par de l)rusques soubresauts de tous les membres, à de fréquents grincomenls de dents, à une grande susceptibilité pour être impressionnés par les corps étrangers avec lesquels ils sont mis en rapport, à une excessive mobilité de caractère à laquelle, par un singulier conlraste, se joint une sorte de taciturnité que leur âge ne semble pas comporter, enlin souvent à une intelligence plus précoce et plus nette que celle des autres enfants; toutes remarques qui s'accordent avec une 4 physionomie à part, dans laquelle se retrouvent déjà la plupart I des signes qui décèleront plus tard Télat nerveux. ! A cdté de ces enfants, nous devons citer encore ceux qui sont excessivement 'colères. De quelque part que ces colères leur tiennent, soit qu'ils aient été trop souvent contrariés, soit qu'ils aient toujours été trop vite satisfaits, soit enûn que leurs pré- .1 dispositions morales seules produisent ce résultat, certains enbnts ne peuvent pas se plaindre, attendre, pleurer, sans entrer {l'en colère jusqu'à se pâmer, comme disent les nourrices. Cette ifimoison portée un peu plus loin peut aller jusqu'aux convulj :^ns et dans quelques cas s'en distinguer avec peine. Ili D'une autre part, la iwarrilure est capable d'influer souvent l'^cl beaucoup sur la production de cette maladie. Si l'alimenta- I lion est trop abondante et Irop plantureuse, elle peut d'abord t&vorîser la production de la plétiiore sanguine, dont nous avons «jigiialé plus haut le danger. Cela peut arriver avec le biberon 1 (nal gouverné, comme avec la nourrice, mère ou non, de l'en- \%ai. Mais je dois noter cependant que cela survient beaucoup inoins souvent avec le biberon, parce qu'on peut à volonté et I par l'addition d'une plus ou moins grande quantité d'eau chaude ftMde sucre, faire varier les qualités nutritives, la température |èl la quantité du liquide alimentaire, toutes circonstances qui itc nri>lent merveilleusement aux lactations dillieiles dans les- 1 auel)^ la science a essentiellement besoin d'intervenir, pour re-

médier à des dispositions natives ou récemment acquises. La chose est beaucoup plus difficile à gouverner, quand l'enfant est mis au sein pour toute nourriture, parce que lanière ou la nourrice, si elles sont bonnes, ont bien de la peine à résister aux cris de Tenfant; elles pensent qu*il demande le sein, parce qu'elles sentent souvent la nécessité de se débarrasser elles-mêmes du liquide qui surabonde et les gène. Quand elles sont mauvaise^, c'est-à-dire négligentes ou trop peu pourvues de lait, TincoQyénient est autre, mais non moins grave; la faim tourmente l'enfant, le rend nerveux, colère et par conséquent l'expose i plusieurs causes accidentelles de convulsions. Que sera-ce quand la nourrice aura pris une nourriture surabondante et qui lui occasionnera des indigestions? Quand elle aura choisi des aliments excitants? abusé du café? des alcooliques? des plaisirs de toutes sortes? que sera-ce surtout quand elle se sera laissée aller à des emportements? quand elle aura brusquement subi quelque impression morale, <}uelque simple contrariété, quelque douleur imprévue, môme quelque joie vive? L'histoire de Tart et la pratique de tous les médecins sont pleines de faits qui confirment ce que je dis ici. Il n'y a pas une de ces conditions à laquelle je ne puisse rattacher le souvenir d'enfants auparavant bien portants, pris tout à coup de convulsions, et ultérieurement délivrés de ce mal, quand ils ont survécu, et qu'on a pu éloigner de leur bouche la cause manifeste du danger qu'ils ont couru.

La funeste efficacité de toutes ces circonstances pour produire la maladie est beaucoup plus assurée encore, si le nourrisson est justement dans cette époque critique où se fait là première dentition. Pendant ce temps, les enfants sont ordinairement souffreteux, malingres, nerveux par-dessus tout. Depuis le moment où les germes des dents se développent, grossissent et se font place dans les os maxillaires supérieur et inférieur, jusqu'à celui où ils percent les gencives, il semble qu'il se fasse vers la tête une sorte de fluxion sanguine plus abondante. La dentition exerce son influence sur tous les organes céphaliques, et le cerveau est un de ceux qui se montrent le plus dans la dépendance du travail d'évolution, qui se fait alors vers les parties supérieures de l'enfant. Presque toujours, pendant cette période, les enfants sont nerveux dans toute l'étendue du mot, et pour peu

qu'une autre cause accidentelle vienne s'ajouter à celle-là, les convulsions sont à craindre. C'est l'âge qui exige, sous ce rapport, la plus attentive sollicitude, d'abord pour prévenir toutes les causes générales dont nous avons parlé ci-dessus, ensuite pour prémunir l'enfant contre les convulsions elles-mômes. Nous reviendrons sur tout cela, en parlant plus loin du traitement.

[n faut encore mentionner parmi les causes, certaines maladies diathésiques, connées ou acquises, dont la première enfance n'est pas exempte, telles que la scrofule et la syphilis ; ou certaines maladies inflammatoires, localisant des altérations organiques, soit sur les centres nerveux, soit sur l'appareil digestif; ainsi que l'action de certains médicaments, des vomitifs par exemple, en raison de l'étroite sympathie qui relie les fonctions de Vestomac et celles du cerveau. J'en dirai autant de l'excitation transmise par le grand sympathique, lorsque des vers, surtout chez les enfants élevés à la campagne, séjournent dans les intestins et les irritent.]

Symptômes. — [ Quelquefois la convulsion est annoncée par des signes précurseure ; l'enfant n'est pas encore malade, que déjà on le voit menacé. Son sommeil moins long et plus léger est interrompu par des cris plaintifs; il tressaille fréquemment sans cause connue. Il y a des grincements de dents ; les bras exécutent quelques mouvements brusques et involontaires; les doigts s'écartent les uns des autres; les pouces seuls se portent en dedans. Les mains se dirigent machinalement vers les narines et y opèrent un frottement particulier. La contraction des angles des lèvres donne lieu au rire sardonique (Brachet, Convulsions des enfants). Puis bientôt à l'occasion d'une contrariété, d'une frayeur, les mouvements spasmodiques se prononcent davantage.]

Les yeux sont déviés en sens contraire; l'un est tiraillé brus-* quement dans une direction, l'autre dans une autre; ou bien l'axe visuel de Tun d'eux est changé, de manière à produire en un instant quelqu'une des variétés du strabisme. Les paupières participent aux mouvements convulsifs des muscles intrinsèques de l'œil -, elles sont agitées de mouvements involontaires et rapides, partiels ou généraux, qui les changent de forme, les ouvrent ou les ferment en totalité ou en partie; tantôt elles sem-

360 MALADIES DUES A INE AUGMENTATION DE L*EXCtTAT107( NbRVEUSE.

blent presser l'œil au fond de Torbile, et tantôt au contraire cet organe saillant parait vouloir sortir de sa cavité. Les muscles de là face entrent aussi en contorsion, et impriment aux différents points de cette région toutes les expressions dont leur direction et leur position les rendent capables ; ici, presque tous les muscles prennent part à la convulsion, ou plusieurs ensemble, ou chacun à leur tour, et donnent au visage les formes les plus bizarres ; là, le mouvement se renferme concentré, circonscrit, dans une partie ou un des côtés de la face, et maintient plus ou moins longtemps Tespèce de déformation à laquelle il préside. Les membres participent le plus souvent à la constriction spasmodique, et ils sont agités en totalité ou en partie d'une sorte de trismus ou régulier ou irrégulier, qu'il est impossible de confondre avec des mouvements coordonnés. Le tronc, surtout dans sa partie postérieure, se roidit et se renverse, la tête est portée en arrière, et, dans les cas heureusement les plus rares, les muscles respirateurs ne restent pas étrangers, à ce désordre. Alors la respiration devient difficile ou même impossible^ une sorte de cyanose générale a lieu, et si rétat convulsif ne cesse pas, l'enfant peut brusquement mourir par asphyxie.

Marche et terminaison. — Il ne faut pas croire d'ailleurs que les symptômes suivent toujours dans leur développement la régularité que je viens de leur prêter dans cette description. Leur évolution la plus ordinaire est bien celle que je viens d'indiquer ; mais il y a une foule de variétés et pour les parties successivement envahies, et pour les parties exemptées, et pour la violence avec laquelle le mal se fait voir. Ainsi, il n'est pas rare d'observer d'abord des convulsions dans les jambes, dans les bras, dans h's mains; d'en rencontrer, qui se bornent presque absolument à certaines parties. Quelques convulsions partielles ou générales agitent à peine les parties qu'elles envahissent; d'autres au contraire les secouent ou les main tiennent avec violence. Les unes sont passagères, fugaces, les autres persistent pendant des heures, des jours, des semaines, et même finissent quelquefois par laisser des strabismes ou des convulsions permanentes de la face, longtemps encore après qu'elles ont disparu.

CONVULSIONS DES tNFAMS ET DES ADULTES. 36l

Les accès de convulsions débutent en général brusquement, se nnaintiennent pendant quelques heures avec des alternatives de repos ou de déplacement des mouvements convulsifs, puis cessent comme ils ont commencé. Ils débutent par quelques parties très limitées, et successivement envahissent tout ce qu'ils doivent atteindre ; puis à un certain moment se suspendent pour un temps plus ou moins long. Ces convulsions se reproduisent généralement, et les récidives, si on n*y porte pas remède, sont souvent beaucoup plus graves que Taccès du début. Quelquefois les accès sont séparés par plusieurs jours d'intervalle, jusqu'à ce que se fasse ressentir la cause qui y a donné lieu ; plus ordinairement, ils se répètent à des intervalles beaucoup moins éloignés, surtout quand Fart n'a pas pu réagir activement contre la cause essentielle à laquelle les convulsions sont dues.

Dans les cas les plus graves, les convulsions se répètent avec intensité d'heure en heure, de quart d'heure en quart d'heure, de minute en minute ; en môme temps elles étendent leur empire, envahissent progressivement toutes les parties, et, si elles ne sont pas arrêtées, se terminent par une sorte de rigidité générale, suivie bientôt de la mort.

Dans les cas les plus heureux, au contraire, les spasmes diminuent progressivement d'étendue, de violence et de continuité; puis peu à peu ne se montrent plus qu'à de rares intervalles, et enGn disparaissent tout à fait. Alors les accès reviennent seulement après plusieurs jours, plusieurs semaines d'interruption, ou même ne se remontrent plus du tout.

Nous avons déjà indiqué deux des terminaisons possibles des convulsions chez les enfants, la guérison et la mort, La guérison est heureusement de beaucoup la plus ordinaire, surtout quand les convulsions sont purement nerveuses; la mort néanmoins est possible, même dans ce cas, et arrive quelquefois par suite de Fasphyxie que déterminent les convulsions des muscles inspirateurs du diaphragme, des intercostaux et même de la glotte. Mais, outre ces deux terminaisons extrêmes, il y en a d'autres encore qu'on pourrait appeler intermédiaires; je veux parler des cas dans lesquels la maladie principale guérit en laissant des traces notables. Ainsi bon nombre de strabismes no rc-

362 MALADIES DUES A UNE AUGMENTATION DE L*EXaTATIO!l NERVEUSE.

connaissent pas d'autre cause; bien des tics de la face ont dû leur origine à des convulsions éprouvées dans l'enfance ; quelques personnes gardent pour toute la vie des mouvements involontaires dans les muscles de certaines parties affectées de convulsions violentes pendant leurs premières années. Beaucoup de bègues ne doivent pas chercher ailleurs que dans les convulsions enfantiles la raison de leur infirmité.

Quant aux infirmités plus grandes qui restent après des convulsions, telles que paralysies, atrophies de. certains membres, épilepsies, idioties, etc., elles résultent moins de la convulsion en elle-même que de Taltération matérielle qui a donné lieu à ce symptôme. 11 ne s'agit pas alors le plus souvent d^une maladie nerveuse, mais d'une lésion matérielle de l'encéphale ou de ses dépendances par des épanchements aqueux ou sanguins, par des productions accidentelles de diverse nature.

Diagnostic différentiel. — Il importe infiniment par conséquent, à cause de ces terminaisons possibles, à cause des difficultés du pronostic, et surtout a cause de la différence des indications thérapeutiques, maintenant que les symptômes généraux des convulsions de l'enfance ont étéénumérés, de remonter, s'il est possible sur le vivant, à un diagnostic précis de Tespèce à laquelle le mal présent doit se rapporter. En d'autres termes, le problème posé est celui-ci : Des convulsions survenant, est-il possible de déterminer si l'on a affaire à une affection nerveuse ou a une (naladie d'une espèce toute différente? Je n'ai pas besoin d'insister sur l'importance dont peut être, dans la pratique, la solution de cette question.

On reconnaîtra qu'on a affaire à une maladie nerveuse^ quand les convulsions surviendront au milieu d'une santé en apparence parfaite; quand on aura sous la main une cause réelle de trouble nerveux, qui explique l'apparition de ces convulsions ; quand, l'accès passé ou même pendant les intervalles de tranquillité que comportent les convulsions, l'enfant se montrera aussi gai et aussi bien portant que si rien de nouveau n'était survenu; quand, malgré ces désordres, l'enfant ne paraîtra pas dépérir ; quand les brusqueries de la maladie prouveront en elle une grande affinité avec les autres affections de la même classe ; quand enfin l'étude historique de la maladie, des antécédents, de l'hérédité.

donneront un droit légitime de conclure à Yessentialité du mal ' en observation. Au contraire, un élat maladif habituel, de la souffrance, des cris fréquemment renouvelés, de rabattement et Texpression triste de la physionomie, une intelligence extrêmement précoce; ou bien encore, de la stupeur poussée même quelquefois jusqu'à ridiotie, des altérations concomitantes nettement reconnues dans d'autres organes, certains vices héréditaire constatés, une enfance extraordinairement difficile, permettent de conjecturer qu'il y a des altérations matérielles^ des corps étrangers de diverse nature, des kystes^ des tubercules dans le cerveau ou dans les membranes qui Tenveloppent, ou bien que ces parties ont été le siège d'une phlegmasie, qui y a laissé des produits solides ou liquides , capables de comprimer et de gêner le développement régulier de la masse encéphalique. Là où tous ces signes, dans un sens ou dans Tautre, seront réunis, le diagnostic ne pourra guère rester douteux. Quand les caractères seront moins tranchés, le cours de la maladie convenablement observé ne tardera pas à fournir au praticien un ensemble de signes qui le mettra en mesure de reconnaître nettement la nature de Taffection, d*en établir convenablement le pronostic et de formuler à temps une thérapeutique raisonnable. [A peine ai-je besoin do faire remarquer que les convulsions des enfants ne peuvent être confondues avec d'autres maladies nerveuses, Xépilepsie^ par exemple, que lorsqu'elles sont, comme le disent MM. Barthez et Rilliet, générales, violentes et accompagnées de perte absolue de connaissance; car si elles sont partielles, peu intenses, et si la connaissance est conservée, bien que la maladie puisse se répéter à plusieurs reprises, on a tout lieu de croire à une simple convulsion j^i/^nV^. Quand l'enfant perd connaissance et qu'il y a écume à la bouche, le diagnostic est momentanément impossible et le temps seul peut permettre déjuger la question.] — Dans la chorée, les convulsions irrégulières sont désordonnées, les gesticulations ou les grimaces fréquemment répétées. C'est plus qu'il n'en faut pour que le diagnostic ne reste pas douteux. Je ne crois pas qu'il soit possible de confondre les convulsions nerveuses avec aucune maladie autre que celles dont nous venons de rappeler et de comparer les symptômes. Si, d'ailleurs, après un premier accès raconté

36A MALADIES DUES A UNE AUGMENTATION DE l'eXCITATJON NERVEUSE.

par des assistants non médecins, quelques doutes restaient possibles, une récidive ne tarderait pas à fournir plus complètement les éléments d'un diagnostic à l'avance prévu ; et l'observation personnelle une fois éveillée ne tarderait pas à asseoir son jugement sur de plus solides bases. Dans tous les cas douteux, et tout en faisant ses réserves pour le pronostic, le praticien devra s'attacher à pourvoir au plus pressé, d'après les règles que nous allons indiquer.

Pronostic. — Sous le rapport du pronostic, les convulsions dans la petite enfance sont toujours une chose grave. Ajoutons néanmoins que celles dont la nature nerveuse est bien démontrée sont les moins graves de toutes. Les autres, qui dépendent ou d'une altération matérielle incurable, ou d'une lésion par laquelle le développement normal des organes est empêché absolument, ou notablement gêné, comportent toujours un double danger. D'une part, pour l'avenir, elles menacent le sujet d'une mort plus ou moins prochaine, ou d'une infirmité déplorable; et, d'autre part, elles laissent subsister pour le présent tout le danger inhérent à des convulsions, dont on ne peut pas diriger ou limiter le cours à volonté. Les convulsions nerveuses ne foot courir que ce dernier périt ; mais il est sérieux, et si nous ajoutons que des convulsions une fois apparues, on ne peut pas être sûr qu'elles ne se remontreront pas ; qu'il y a lieu de craindre, au contraire, qu'elles ne se renouvellent dans des occasions pareilles à celles dans lesquelles elles se sont produites pour la première fois ; on reconnaîtra qu'il n'y a rien d'exagéré dans la forme du langage que nous venons d'employer en parlant du pronostic. Notons néanmoins que parmi les enfants atteints de convulsions nerveuses, il est bien constant que le plus grand nombre survit, même quand les attaques ont été plusieurs fois répétées.

Ces règles générales de pronostic une fois posées, et bien comprises, nous n'avons plus qu'à ajouter quelques remarques applicables aux cas particuliers.

Ainsi, plus les convulsions se répètent avec violence, et plus on doit craindre que l'issue n'en soit immédiatement funeste; si elles sont générales et continues, il faut tâcher d'empéclier qu'elles ne durent, parce qu'alors elles menacent de mort par

asphyxie. Plus elles sonl parlielles, plus elles résullenl d'une cause étrangère à Tenfant, plus elles laissent (l*espoir qu^elles se suspendront bientôt, qu'elles se borneront aux parties qu'elles occupent, qu'elles reparaîtront moins souvent et seulement dans des occasions analogues à celle qui vient de les faire éclater. Si les convulsions sont exclusivement nerveuses, on doit peu craindre qu*elles ne laissent à leur suite des infirmités incurables ; cependant les exemples ne manquent pas de malades restés paralysés, ou convulsés, ou tremblants, ou choréiques, dans quelques parties frappées de convulsions purement nerveuses. L'intensité et la ténacité du mal donneront seules la mesure de la gravité qu^on devra donner au pronostic. Un médecin sage aura toujours soin de se montrer très réservé en le formulant, même quand il se sentira parfaitement éclairé sur la nature du mal.

Anatomie pathologique. — De tout ce que j'ai dit jusqu'à présent, il est facile de conclure que je regarde les lésions anatomiques comme de peu d'importance, en ce qui concerne les convulsions nerveuses des petits enfants. Elles ne peuvent exister que quand les convulsions ont été symptomatiques d'une altération de l'encéphale ou de ses dépendances, ou de toute autre maladie pouvant laisser des traces matérielles, ce qui est assez rare, la convulsion enfantile étant le plus souvent due à des causes passagères.

Trajtement. — Les règles les plus sages et les plus utiles à ce point de vue, se déduisent nécessairement des remarques que nous avons faites sur les conditions dans lesquelles les convulsions se développent. C'est donc par elles que nous devons commencer.

Si \sL pléthore sanguine a produit le mal, c'est a combattre cette pléthore qu'il faut d'abord s'attacher. Il y a pour cela plusieurs moyens. On peut faire à l'instant une saignée générale d'une palette à peu près, et au besoin on pourrait réitérer cette évacuation sanguine, quand l'effet en a été bon et que l'indication s'en présente de nouveau. Ce moyen convient là où la pléthore est générale, le sujet très sanguin et robuste pour son âge. Quand les conditions sont différentes, que la pléthore est presque exclusivement cérébrale, l'enfant d'une force moyenne,

SÔ6 MALADIES DtJfiâ A tlNE AtlGMENÎAtlON DE L^EXaTATION NBRTKCSB.

à tète grosse, à face colorée, à lèvres rouges, il vaut mieux que la déplétion sanguine soit locale. L'application de deux sangsues derrière chaque oreille, au besoin la répétition de cette mesure, remplissent très bien l'indication. On prescrira toujours i l'avance les précautions convenables, pour ne pas dépasser la mesure de déplétion que Ton veut obtenir.

Dans l'un comme dans l'autre des deux cas précités, on adjoindra utilement à l'évacuation sanguine les moyens de déplétion cérébrale qu'indique la physiologie pathologique. On tiendra les petits malades à un régime sévère, c'est-à-dire à une diète presque absolue. Je ne pense pas qu'une diète absolue leur convienne, à cause de l'activité incessante de leurs organes digestifs; il faut, pour satisfaire à la fois aux besoins de l'âge eti ceux de la maladie, prescrire une petite quantité de matière alimentaire, appropriée, étendue dans une grande quantité de liquide ; telle que de l'eau de gomme peu sucrée, du bouillon de poi\let très étendu, du lait coupé de deux tiers ou trois quarts d'eau un peu édulcorée. On enveloppera les extrémités inférieures de cataplasmes simples, ou tout au plus très légèrement saupoudrés de farine de moutarde ; on fera prendre des lavements rendus un peu laxatifs au moyen du miel, de la manne, de l'huile, de la mercuriale. Puis, après Taccès, on prescrira sévèrement un régime diététique et hygiénique propre à prévenir, autant que possible, le retour de la pléthore, cause des convulsions.

Si l'on a aflTaire à un enfant éminemment nerveux^ il faudra s'attacher de longue main à combattre cette disposition ; le meilleur moyen pour en triompher que je connaisse est l'usage des bains tièdes ou un peu frais, répétés, suivant l'état des forces et de la surexcitation nerveuse, tous les jours, tous les deux jours, ou deux fois par semaine ; ils contribuent efficacement à ramener le calme dans ces jeunes organisations. Ces bains seront d'ailleurs au besoin, et suivant l'état du sujet, rendus relâchants par la température, par une addition de fécule, de son, d'herbes émollientes ; ou, au contraire, fortifiants, par du savon, de l'alcool, de la gélatine, ou, tout simplement, quand la chose sera possible, par une température un peu plus froide. Ceque jecon* seille là, comme moyen général, n'empêche pas d'ailleurs, dans

OCmVULSIOlfS DES ENPÀNtS Et DES ÀDtLTËS. S67

le moment des convulsions, de lultcr, par une petite évacuation sanguine locale, contre la pléthore dont le cerveau ne manque pas d'être le siège, et d'appeler à son aide pour arriver au même but les divers moyens révulsifs dont nous avons parlé plus haut, n faut seulement en cela beaucoup de réserve. Il en est de même à Tégard des narcotiques, et particulièrement de Topium sous forme de sirop de pavot blanc, diacode, etc. A moins d'une indication bien formelle, d'agitation extrême, de soufirance, d*insomnie, il vaut mieux s'abstenir d'y avoir recours surtout quand le cerveau laisse craindre quelque appel congestif.

Les règles que nous venons de développer, en ce qui regarde la pléthore sanguine ou l'excitation nerveuse, s'appliquent complètement aux enfants à qui la colère donne des convulsions. Elles satisfont ensemble aux doubles jjidications que présente cet état. Mais outre ces moyens^ auxquels on est forcé d'avoir immédiatement recours quand les convulsions existent, il faut surtout s'attacher à ceux qui peuvent remédier moralement et physiquement à cette disposition de l'enfant. Moralement, une direction sage et bien réglée, dans laquelle il n'y aura ni rudesse ni condescendance déraisonnables, un entourage calme et froid qui ne témoigne ni trop de sympathies pour les petites colères, ni une opposition emportée contre les volontés trop fortement exprimées; une attention incessante, mais qui ne se montre pas trop empressée. Physiquement, une satisfaction suffisante des besoins, une conservation méthodique de la propreté, une alimentation régulière, une application modérée de la chaleur, un exercice suivant les forces et avec les précautions nécessaires pour qu'il n'y ait pas d'accidents, de coups, de chutes. Moralement et physiquement, une manifestation incessante, calme et nette de volonté, d'autorité et de force, voilà ce qu'il y a de mieux pour réprimer de bonne heure la disposition des petits enfants à la colère, et par conséquent pour prévenir les convulsions qui pourraient arriver par l'effet de ce défaut. Les règles du traitement sont tout à fait les mêmes que celles que nous avons indiquées plus haut, à la condition qu'il sera tenu compte, bien entendu , du plus ou du moins de pléthore sanguine, ou de l'excitation nerveuse que comporte la constitution.

Contre les convulsions qu'on peut appeler héréditaires^ je ne vois pas d'autres règles à suivre que celles qui dépendent en général de la constitution. Dans raccès, ce sera là qu'on trouvera la mesure des moyens à employer ; avant l'accès et au point de vue prophylactique, ce sera là encore qu'il faudra puiser. Il s'agit, au fond, d'apprqprier à l'enfant, dans le cas donné, les règles les plus sages de la thérapeutique et de l'hygiène. C'est à la sagacité du médecin de pourvoir à tout cela, suivant les constitutions, les temps, les lieux, la condition sociale, les occasions, etc.

Les règles de prophylactique sont plus fixes en ce qui regarde la nourriture des enfants, et particulièrement la lacfhtion. Que ce soit le lait delà mère, ou le lait d'une nourrice qui les alimentent, on voit parfois des enfants pris de convulsions, parce qu'ils tettent une femme qui s'est livrée à la colère. Je viens d'avoir sous les yeux un jeune enfant, d'ailleurs d'une très belle santé, dont la nourrice était fort emportée. Chaque fois qu'elle se laissait aller à sa colère, l'enfant était pris de convulsions. Il n'en a été délivré que quand on a suivi le conseil que je donnais de changer la nourrice. J'en dirai autant des nourrices tourmentées par des affections nerveuses, hystérie, névralgie, épilepsie; de celles qui font des excès de boisson, qui prennent des aliments ou trop épicés ou trop acides, ou en trop grande quantité et qui se livrent vivement aux plaisirs de l'amour. J'ai vu des exemples d'allaitement dans ces diverses conditions, et je dois à la vérité de dire que je ne connais rien de plus fâcheux qu'une nourrice entachée de l'un de ces défauts. L'allaitement artificiel, avec un biberon bien confectionné, peut avoir des inconvénients sous le rapport d'une bonne digestion ; mais, en ce qui regarde les convulsions, il présente incontestablement moins de dangers, et me semble, en conséquence préférable, dans tous les cas où des convulsions sont à craindre. Il s'agit seulement de bien régler et la température et le choix de l'aliment, et le moment auquel il doit être donné, suivant la force, l'appétit, le développement et l'âge du sujet, afin que la sécurité à l'égard des convulsions ne soit pas obtenue aux dépens de la bonne digestion.

Enfin, la circonstance sur laquelle nous avions insisté eo der-

CONVULSIONS DES ENFAMS ET DES ADULTES. 3l59

nier lieu, relnlivenieiil aux coiivul>;ioi]s Jes eiifnMts, t-'i/st lu deritilioii. Tlic>rapeuli(|uement parlant, nous nous cunleulororis d« Taire remarquer ici que lélal des enfants, (wiidant cette période, réclame l'emploi bien ordunné de tous les moyens propres i prévenir chez eu\ les troubles nerveux, la pléthore cérébrale, et eiiQii à combattre ces deux prédis positions morbides, quand, établies, elles ont litii par produire l'état pathologique dont Dous nous occupons. Au moment des convulsions, quelques applioatiotis de sangsues derrière les oreilles, l'usage intérieur de quelques décigrummes de calomel lavé, quelques révulsions par des vésicatoires sur les extrémités inférieures, par des cataplasmes légèrement sinapisês; des bains liédes prolongés pendant une, deux, trois heures : tels sont les moyens les plus usités el les plus sages. (Juand les douleurs paraissent vives, un peu de décoction de tête de pavot, un peu de sirop d'opium, ou quelques gouttes de laudanum étendues dans plusieurs petits lavements administrés jusqu'à ce que tendance au sommeil se manifeste; rabslincnce de louL aliment , pour boisson, de l'eau peu surrée à laquelle on aura ajouté quelques gouttes d'eau de fleur d'oranger, tels sont les moyens les plus simples et les meilleurs pour soulager pendant l'accès.

Mais il y a encore quelque chose à dire au point de vue particulier de la dentition. Si l'on s'en rapportait aux discours des commères et de quelques médecins, il suffirait, pour amener une guérîson immédiate, de fendre la gencive, et de donner ainsi jour à la dent qui ne peut pas sortir el cause tout le mai. II y a dans ce procédé el dans l'asseriion sur lequel il repose du vrai el du faux, qu'il est à propos de juger et de démêler. Les enfants en qui se fait la dentition sont jelés par cela même dans un trouble nerveux général non douleux ; ils sont de plus, sujets à une sorte de congestion sanguine vers la lêle. L'incision de la gencive ne peut pas remédier à ce double désordre; et sous ce rapport, en préconisant ce moyen, onesl dans le flux. Hais il est vrai que, dans un certain nombre de cas, fjuanii les dents sortent des alvéoles, les gencives sont rouges, Raflées, douloureuses; que celte douleur peut allerjusqu'à provoquer des convulsions; que faire cesser cette douleur, c'est rendre à l'enfant le calme qui lui manquait, el lui donner immé-

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S70 MALADIES DUES A UNE AUGMENTATION DE l'eXCITATIOM MBRVECSE.

diatement le meilleur des soulagements dont il avait besoin. De là on peut tirer facilement sa règle de conduite. Si la dentition n'est pas encore arrivée au point que je viens d'indiquer, votre opération n'est qu'une douleur de plus; elle n'écartera pas les parois de Talvéole, elle ne fera pas sortir la dent en germe ^ tout au plus diminuera-t-elle un peu la douleur locale par la petite évacuation sanguine qu'elle déterminera. Au contraire, l'incision sera éminemment utile, quand la dent, arrivée hors de l'alvéole, poussera, pressera, déchirera par distension la gencive-, quand cette gencive, enllammée, tendue, douloureuse, ferait sans vous un obstacle trop long et trop résistant à la sortie naturelle du corps en évolution.

Ce cas excepté, les convulsions de la dentition doivent rentrer dans le droit commun, et les règles générales leur deviennent seules applicables.

[En résumé, le traitement variera suivant l'âge du malade et les causes probables de la convulsion. Si l'enfant est impressionnable, d'une imagination vive, on évitera avec grand soin tout ce qui peut surexciter les fonctions cérébrales; on se gardera de provoquer ses reparties et ses gentillesses, on ménagera ses émotions de plaisir et de chagrin ; on surveillera la quantité et le choix de son alimentation, et si les signes précurseurs de la convulsion apparaissent, par exemple, après un repas trop copieux, on aura recours à Témétique en lavage, dans le double but de prévenir l'indigestion et d'abattre l'érélhisnie nerveux ; si malgré cette précaution la convulsion suit son cours, on exposera le berceau de l'enfant à un air vif et pur, on appliquera brusquement une éponge imbibée d'eau froide sur le centre épigaslrique; on opérera une révulsion vers les extrémités : et si la perte de connaissance est complète, le trismus très prononcé, les yeux fortement convulsés, on posera pendant la rémission du spasme, une sangsue derrière chaque oreille, ou simultanément, ou Tune après l'autre; et on en laissera saigner les piqûres pendant une ou deux heures, suivant l'état du pouls et la constitution du malade. Cette saignée locale, immédiate, produite dans le voisinage du cerveau, et pendant le sopor qui suit une première convulsion, n'a pas toujours infailliblement prévenu une attaque nouvelle, mais quand celle-ci

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a eu lieu elle a été moindre ; et, si je Tosais, j'attribuerais à celte médication le bonheur de n^avoir perdu jusqu*à ce jour aucun enfant frappé de convulsions, même des plus violentes.

Une fois la rémission obtenue , il faut maintenir Tenfant éveillé, en lui passant une éponge imbibée d*'eau froide sur la figure, attendu que les muscles conservent pendant plusieurs heures une tendance manifeste a se contracter spasmodique* ment, surtout pendant le sommeil comateux qui suit les attaques. Quand l'enfant sera plus calme et reposé, on le plongera pendant vingt minutes dans un bain dont on abaissera insensiblement la température jusqu'à le rendre frais, puis on Tabandonnera à un sommeil réparateur, mais à la condition d'avoir constamment Tœil sur lui, et de le réveiller si le spasme d'abord limité à l'un des muscles des doigts ou de la face gagnait de proche en proche tout un appareil. — J'ai vingt fois constaté l'inconvénient d'abandonner l'enfant aux forces aveugles de l'organisme, au sommeil, tant que la cause qui a provoqué la convulsion est en puissance d'action morbide, et je me suis toujours bien trouvé de joindre à une médication appropriée aux symptômes prédominants, une vigilance de tous les instants.

Je n'ai rien dit du traitement prophylactique à opposer aux causes diatbésiques, qui sont pour l'enfant une menace perma-* nente de convulsions nouvelles ; les diathèses existantes indiquent trop clarirement les moyens par lesquels le médecin doit les combattre, pour qu'il soit nécessaire d'appeler sur ^eux son atten*

tion.]

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