‹ Traité pratique des maladies nerveusesChapitre 4 sur 96 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

DE l'état nerveux.

Je n'ai pas cru devoir employer un autre nem pour désigner l'affection dont je veux ici parler, parce que celui-cî, consacré par l'usage et bien compris de tous, m'a semblé suffisant et convenable pour signaler l'ensemble des symptômes qui caractérisent la maladie, pour en rappeler la nature ; et qu'en même temps il ne préjuge rien sur les théories qu'on en pourrait donner. Si Ton suppose ici, comme je crois qu'on doit l'entendre tout simplement, un trouble des fonctions nerveuses sans lésion matérielle des centres nerveux et de leurs dépendances^ appréciable à nos sens; si l'on veut admettre, avec Amédée Dupau (1), de l'éréthisme nerveux-, ou, avec M. Cerise, une surexcitation nerveuse; si l'on imagine, avec l'école dite physiologique, que toutes ces maladies ne sont point une simple modification des fonctions du système nerveux, mais une irritation vasculo-nerveuse qui s'élève souvent jusquà Vinflammation (Fourcade- Prunet) ; si enfin on conserve la fantaisie d'accuser soit Vatonie, soit Virritation de la fibre, soit le racornissement des nerfs, le nom d'état nerveux conviendra toujours aux désordres de fonctions et de sensibilité, a la mobilité, à la solidarité, à la généralité des symptômes, à la similitude de causes, a l'absence de lésion matérielle, à Timpressionnabilité exagérée dont nous allons faire l'étude dans ce chapitre. Nous aurions pu facilement febriquer, avec quelques mots grecs ou latins concassés, une dénomination savante pour en doter celte maladie, et nous donner la petite gloire d'avoir grossi les glossaires d'une inutilité de plus; ou bien encore, nous aurions pu nous contenter de celles qui existent déjà, telles que névroses ou névropathies. Nous avons craint, si nous adoptions ces dernières dénominations, déjà employées dans des sens très divers, de nous voir bientôt entraîné nécessairement à des discussions de mots, à des explications oiseuses et fatigantes. Pour Tautre cas, nous n'avons

(1) Amédée Dupau, De V&éihisme nerveux, Montpellier, 1819, io-S, p. 30.

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pis compris Favantage qu*il y aurait à ne pas parler français ; et, quoique M. Caritidès ait dit à propos des mots que: € Ceux quon habille en grec ont bien meilleure mine, » nous avoiis con« serve le nom vulgaire dV/a/ nerveux pour cette première espèce. Les détaib dans lesquels je vais entrer me disculperont, je Tespère, de n*avoir point eu la pensée d'indiquer par une déno* mination nouvelle, à quel organe ou a quel système d'organe la maladie doit être relativement rapportée.

L'état nerveux constitue, à peu près, ce que M. Cerise a désigné sous le nom de névropathie protéiforme. Cette affection avait été, avant Robert Whytt, à peu près complètement mise de côté dans les traités sur les vapeurs, l'hystérie et l'hypocbondrie, et perdue parmi les symptômes des maladies nerveuses d'une autre espèce. L'école de Montpellier (1) a bien essayé d'en faire un élément. M. Cerise enfin a compris l'importance qu'il y avait d'étudier spécialementcette maladie, pour laquelle il a cru devoir proposer le nom que je rappelais cidessus. Nous avons jugé, comme eux tous, qu'il y avait justice et utilité à lui restituer une place dans notre cadre, et nous l'avons mentionnée en tète de toutes, les autres par plusieurs raisons im|K>rtantes, sur lesquelles nous croyons nécessaire de donner quelques explications.

D'abord, cet étal maladif est incontestablement le plus commun des troubles qui se révèlent dans les fonctions nerveuses ; il est peu de personnes qui n'en soient accidentellement affectées; presque toute l'espèce humaine y est sujette, au moins dans cer*^ lains moments de la vie ; certains individus malheureusement doués ne vivent pour ainsi dire pas dans une autre atmosphère. Celte fréquence serait déjà un motif suffisant pour placer l'état nerveux en première ligne; il y en a d'autres encore plus sérieux.

Par exemple, il est impossible de s'occuper des maladies nerveuses sans remarquer que presque toutes ces affections ont eolre elles une certaine ressemblance, des liaisons de famille, si je puis m'exprimer ainsi; et, quand on y regarde de près, on voit

(I) Aodabert, ComsidénUUms générales tur l'éUU nerveux, Montpellier, 1810, «M, p. S.

i MALADIES NERVEUSES GÉNÉRALES.

que ces liaisons, ces ressemblances résultent presque toujours de l'état nerveux, sur lequel la plupart de ces maladies sont superposées. C'est pour avoir négligé cette considération que mes devanciers, au milieu de bonnes et d'excellentes remarques particulières, nous ont laissé un désordre, un chaos dans lequel il est impossible de reconnaître ce qui appartient à chacune des maladies nerveuses ; par exemple, à Thystérie, à l'hypochondrie, à l'état nerveux, à toutes les autres névroses, qui ont avec cellesci quelque chose de commun. Voilà pourquoi Whytt, qui a si bien reconnu et rassemblé toutes sortes de symptômes d'affections nerveuses, partage ensuite sans raison ses malades en trois classes uniques: les nerveux, les hystériques, les hypochondriaques^ pourquoi Sydenham veut que Thystérie soit hypochondrie chez les hommes, et, réciproquement, l'hypochondrie des hommes devienne hystérie pour les femmes. A mesure que nous avancerons dans notre travail, on verra comment la classiOcation méthodique, que nous adoptons ici, nous empêchera de tomber dans cette source de confusion et d'erreurs; on comprendra toute l'utilité qu'il y a pour le médecin d'avoir bien déterminé Y état nerveux, et par conséquent appris à le reconnaître partout où il existe, même quand d'autres affections nerveuses d'un caractère plus spécial viennent s'y ajouter.

Enfin cette première nuance des maladies nerveuses, à cause de sa fréquence dans l'espèce humaine, et de la communauté qu'elle comporte avec le plus grand nombre des autres affections ses congénères, me parait la meilleure et la plus rationnelle introduction dans l'étude que nous en allons faire. Je trouve encx)ve sous ce rapport un grand avantage, pour l'auteur et pour le lecteur, à commencer ainsi par bien examiner le terrain sur lequel nous aurons à marcher ensemble ; nous aurons gagné Tavantage immense de ne pas revenir incessamment sur nos pas; nous aurons évité mille redites inutiles, et préparé un fond sur lequel nous n'aurons plus qu'à superposer ce qui aura besoin d'être mis en relief. Je regarde, en un mot, ce chapitre comme une des bases les plus solides sur lesquelles on puisse élever le reste de l'édifice.

Symptômes. — Commençons par exposer les symptômes propres à l'élat nerveux, tel que je l'entends.

ÉTAT herveux. 6

Une des choses qui frappent le plus la personne qui étudie un malade en proie à l'état nerveux, est la disposition morale dans laquelle on le trouve et qui lui prête un caractère tout particulier. L*état nerveux est presque toujours accompagné d'une irritabilité extrême. Un rien, un mouvement, un bruit, une parole, à plus forte raison une contradiction, une contrariété, suffisent pour la faire éclater. Si le névropathique parvient à se contenir et à réprimer, pour un moment, l'explosion de l'emportement ainsi provoqué, ce n'est qu'un peu de cendre jetée sur un feu allumé; l'instant d'après, l'embrasement se fera jour, malgré tous les efforts de la raison, malgré les intentions les mieux arrêtées de se tenir sur ses gardes. L'irritabilité est en général d'aot^nt plus grande que l'état nerveux est plus prononcé, quelle qu'eo 5oit d'ailleurs la cause.

Outre ces éclairs d'emportement si difficiles à contenir, ces malades présentent souvent encore une forme propre d'irritabih'té, une autre nuance du même malaise. C'est une susceptibilité, une sorte d'emportement contenu, un mécontentement intérieur, toujours sur le point d'éclater au moindre prétexte. On s aperçoit que le malade, mal disposé pour lui-même et pour les autres, voit d'un mauvais œil tout ce qui se passe autour de lui ; on sent qu'il se tient prêta traduire en injure tout ce qui le blesse; et tout le blesse.

Au milieu de celte excessive irritabilité, de cette susceptibilité si ombrageuse, les personnes tourmentées par le malaise que je viens de décrire, sont le plus souvent aussi promptes a se passionner, à s'attendrir ; elles versent pour le moindre motif des larmes abondantes , et même rencontrent des sujets de s'attendrir et de pleurer, là où une raison plus ferme maintient facilement son empire sur la sensibilité. Cette exagération morale, ee symptôme d'un certain commencement de trouble dans l'intelligence, va quelquefois jusqu'à présenter un peu de ressemblance avec ce qu'on observe dans le progrès de quelques affectioDS cérébrales matérielles, des ramollissements du cerveau à la suila des hémorrhagies. Mais cette ressemblance s'arrête à quelque apparence extérieure ; au fond les signes sérieux ne sont fês du tout les mêmes.

De leur côté, les malades ont conscience d'une sorte de ma-

laise qui les rend Iristes et moroses. Ils éprouvent vers Tépîgastre, quelquefois à la gorge, un serrement tout à fait analogue à celui qu'on éprouve dans le chagrin. Cette sensation imprime à leurs pensées et à leur manière d'être une forme presque semblable à celle des gens affligés. Ils s*y trompent eux-mêmes, et ne cessent de dire qu'ils sont oppressés comme si quelque grand malheur les avait frappés ou les menaçait. Ils se demandent d'où vient cette tristesse inexplicable, et ne peuvent parvenir à s'en rendre compte, jusqu'à ce qu'enfin une vive distraction, une diversion imprévue viennent dissiper tout ce malaise et donner la véritable mesure de la cause qu'on cherchait.

Dans certains cas fort communs, les névropathiques, dont nous parlons, demeurent en proie à un découragement dont on ne peut les faire sortir; le jour comme la nuit la tristesse les accable sans qu'ils puissent dire pourquoi, et sans que rien, même dans leurs plus solides et leurs plus raisonnables affections, soit capable de les en distraire ; pour eux la veille est anxieuse et le sommeil leur devient impossible ou plein d'agitation. J'ai donné des soins à un homme auparavant plein de fermeté et de courage, dont les journées étaient devenues, à cause d'un état nerveux provoqué par des excès de plaisir et de travail, pleines de ma* luise et d'ennui, dont les nuits étaient toutes accompagnées d'horribles angoisses, de terreurs insupportables pendant la veille aussi bien que pendant les courts instants de sommeil qui lui étaient possibles.

Dans des cas moins tristes, c'est une irrésolution insurmontable, qui, entre autres symptômes physiques ou moraux, donne à rétat nerveux un cachet tout particulier. Je ne pourrais citer, à ce sujet, un exemple plus frappant que celui observé chez une dame étrangère pour laquelle j'ai été consulté. Horriblement tourmentée de la crainte d'avoir une maladie de Vutérus, il lui a fallu plusieurs mois pour se décider a l'examen dont elle avait reconnu très raisonnablement la nécessité et qui devait être fait par une femme. Une fois rassurée contre cette affection, plusieurs mois lui ont encore été nécessaires pour demander avis contre les désordres nerveux excessivement incommodes qui la faisaient souffrir. Jamais son mari, depuis Icdébulde sa maladie, n'a pu obtenir qu'elle fût prête pour une heure donnée, ni même deux

tTAT IfERYirX. 7

OU trois heures après lemomenl convenu. Pour toute résolution à prendre, manger, s'habiller, se lever, se coucher, garder près d'elle ses enfants ou les placer dans une maison étrangère, agir, en un mot, soit en matière habituelle et sans importance, soie dans les choses qui méritent examen, réflexion et résolution se*' rieusement prise, on la trouve toujours hésitant, différant, regimbant contre la nécessité de prendre un parti. D'ailleurs, une fois qu'elle est parvenue à vaincre cette irrésolution et qu'elle a commencé à marcher dans une voie, il n'y a plus de raison pour qu'elle s'en détourne ou s'arrôte.^II faudrait pour cela prendre une détermination, et sa maladie veut qu'elle trouve plus simple et plus facile de ne rien changer à une habitude contractée.

Je dois dire que cette dame présente en même temps une foule d'autres symptômes, les plus graves de Fétat nerveux porté i l'extrême, et que j'ai vu peu de sujets qui en fussent plus affeo* tés. Mais, dans des degrés moindres, ce caractère symptomatique dont je traite ici se montre souvent assez dessiné, pour que j'aie cru devoir en faire une mention spéciale.

Tous ces désordres n'empêchent point d'ailleurs ces malades de conserver toute leur raison et la conscience la plus nette de leurs actes et de leurs aflections ; ils se rendent parfaitement compte de ce qui leur arrive et se jugent très bien eux-mêmes, Don-seulement pour l'état et le moment présent, mais encore par comparaison avec les dispositions morales qu'ils se sont con* nues dans d'autres temps. Ils trouvent aussi bien que personne les contrastes que présentent leurs dispositions morales aux dif« férentes phases de leur vie et de leur maladie, et ne manquent pas d'évoquer ces souvenirs pour s'en tourmenter.

La facilité avec laquelle tous ces malaises de l'esprit se changent, se transforment, se remplacent, se multiplient, est d'ailleurs une des manifestations assez communes de Tétat nerveux. Pour beaucoup, ce varium et mutablle semper semble être la loi morale par excellence, et leur caractère, comme leurs actes» influencés par la maladie, semblent n'avoir pas d'autre raison

d'être.

Les personnes, ainsi tourmentées, ont beau faire , elles obéissent malgi*é elles à la loi de leur nature. Non pas qu'elles aillent jusqu'à se livrer, saus le savoir, à des écarts que réprouveraient

leur raison, leur éducation et leurs habitudes; elles se comportent à cet égard comme tous les autres membres de la famille humaine ; mais, dans des limites encore raisonnables, elles se montrent beaucoup plus impressionnables, plus expansives, plus changeantes que les autres ; un rayon de soleil les égayé, un nuage les assombrit; l'étal électrique de l'atmosphère les tourmente, les excite ou les accable ; les aiïections douces et bonnes, aussi bien que les plus tristes ou les plus vives, les trouvent éminemment accessibles; les occupations trop sérieuses, les choses trop continuées les effcayent, les repoussent ou les fatiguent à l'excès. Elles se livrent avec passion aux entraînements de leur cœur, de leurs sens, de leur esprit ; elles se dévouent avec courage; mais ce n'est que dans les grandes occasions, que quand leur système nerveux est monté à un haut diapason, qu'elles peuvent soutenir l'effort qu'elles ont commencé.

Alors on est étonné de la puissance que la volonté leur donne, des efforts qu^elles peuvent faire, des épreuves de toutes sortes qu'elles sont capables de supporter. Rien n'est plus admirable que cet état nerveux quand il est au service d'une bonne tète et d^un bon cœur. J'en ai connu des exemples prodigieux. Il faut que j'ajoute aussi, que, la où manquent la tête et le cœur, cet état nerveux est une des misères les plus tristes qui affligent l'espèce humaine. Alors la raison ne réprime rien, ne corrige rien, ne gouverne rien ; les affections sont nulles ou absurdes, et toute la machine n'est plus conduite que par un sensualisme dégoûtant dans l'état de santé, ou que par un égolsme déraisonnable dans l'état de maladie. Les névropathiques sont par excellence les gens des extrêmes, surtout au moral.

Les symptômes de Tétat nerveux ne sont pas moins bien dessinés dans les dispositions physiques.

La tête souffre de différentes manières. Quelquefois elle est seulement lourde, fatiguée, comme pleine outre mesure; d'autres fois elle semble vide; dans quelques moments, il y a de la céphalalgie plus ou moins vive, des douleurs vagues dans la peau du crâne; des pressions, des serrements aux deux bouts d'un des diamètres de la têle; une pression accablante sur un des points du sommet, des tempes, du front ou de Tocciput ; plus souvent encore des bouffées do chaleur qui montent à la figure, au cou,

ÉTAT KERVECX. 0

à toales les régions de la tôle et se répètent plusieurs fois en peu de temps. Ou bien ce sont des étourdissements, des vertiges, une vacillation singulière dans la marche ; la chose va même quelquefois jusqu'à une sorte de bouleversement complet, dans lequel la personne incommodée ne peut plus se baisser, se relever, se tourner ou remuer brusquement sans un désordre plus ou moins grand dans la tète, ou encore sans perdre complètement la no» tîon de sa position et des objets qui l'entourent. Enfin, les malades accusent des battements, ressentis ou vers le siège connn des artères ou quelquefois vers des parties dans lesquelles ces causes de battements n'existent pas ; ou bien des douleurs aiguës momentanées, qui traversent la tèle rapidement et n'y laissent sentir qu'un instant leur passage.

Les sens et la locomotion restent rarement sans participer au trouble général. Ainsi: ,

Là vue peut présenter les phénomènes les plus singuliers*, elle devient obtuse et faible, ou au contraire d*une acuité et d'une lucidité remarquables; la lumière platt ou au contraire est pénible et mémo douloureuse ; la vue du mouvement augmente le plus souvent le malaise. J'ai vu nombre de malades, auprès de qui toute espèce de déplacement d'objet était devenu insupportable pendant les crises, surtout si ces déplacements avaient quelque chose de régulier ou de monotone, ou bien s'ils se faisaient avec un |)eu de brusquerie. Tantôt il y a perception de lueurs, de fonnes vagues qui n'existent pas matériellement autour du malade; d'autres fois les objets prennent une configuration et une apparence qui ne sont point les leurs, ou bien on les voit doubles, ou bien on juge mal de leur él^ignement.

Il n'est pas rare que de véritables hallucinations viennent s'ajouter aux symptômes de l'état nerveux, quand il est porté fort loin. Une dame à qui je donnais des soins, voyait autour d'elle des têtes plus ou moins nombreuses chaque fois que son système nerveux était plus tourmenté que de coutume. Un homme, parfaitement sain d'esprit d'ailleurs, avait conscience d'une étoile, qui le conduisait, chaque fois qu'il avait à prendre ane détermination sérieuse.

L'ouïe est troublée a sa façon. On entend d'une manière confuse ou Ton perçoit des sons a peine appréciables pour les oreilles

iO MALADIES NERVEUSES GÉNÉRALES.

en bonne santé. Puis ce sont des bruits étranges qui fatiguent Toreille, le bruit des grandes eaux, d*un bourdonnement, d^un sifflement, d'un vent plus ou moins violent, le bruit des battements artériels perçu avec exagération. J'ai connu beaucoup de malades pour qui ce dernier bruit était insupportable, surtout pendant le silence de la nuit, quand ils avaient la tète sur l'oreiller.

> L'odorai peut être aussi notablement modifié. C'est, je crois, le sens qui acquiert le plus souvent, dans cette maladie, un degré excessif de sensibilité. On est à chaque instant frappé de la susceptibilité que peut prendre alors ce sens. La chose va même quelquefois jusqu'à exiger des précautions spéciales de la pari du médecin dans ses prescriptions. Une odeur bonne ou mauvaise suffit pour aggraver ou modiGer notablement l'état nerveux. On ne manque pas d'ailleurs d'exemples de sensations olfactives no^ tablement perverties. Ce sont» ou des odeurs connues qui produisent sur les malades une impression toute différente de celle que généralement on leur attribue, ou des sensations par l'odorat sans que rien les explique.

Le sens du goût est communément le dernier dérangé de cette manière ; et, s'il occupe une part notable dans les troubles i\\3\ appartiennent a l'état nerveux, ce n'est pas au point de vue des erreurs de perception dont il est susceptible ; il est généralement altéré dans les sensations beaucoup moins que dans les appétences. C'est une autre sorte de dépravation. Comme nous nous en occuperons plus tard, nous nous bornerons seulement •à en dire ici quelques mots.

En général, les choses aigres et acides sont vivement désirées par les malades dont nous parlons, non pas à cause du bien que cette sensation peut leur faire, non pas par une sorte d'instinct médicateur, mais par une véritable perversion du goût. Cette appétence des acides est un des caractères dominants de certains états nerveux; cependant ce n'est pas un caractère universel. L'on trouve au contraire des exemples où les acides sont insupportables. La perversion du goût va dans quelques cas plus loin ; nous dirons plus tard jusqu^oii elle peut être •portée.

•'. Enfin le toucher^ ce sens pour ainsi dire matérieU a aussi sa

ÉTAT NBRVBUX. il

part dans les troubles dont l'état nerveux a coutume de s'ac-« compagner. Tantôt il devient obtus ou presque nul dans certains organes et pour un temps plus ou moins long; tantôt au con<* traire il prend par places une susceptibilité incroyable. Un simple contact, un frottement doux y deviennent de véritables dou« leurs. Je donne des soins à une dame excessivement nerveuse qui présente ce phénomène au plus haut degré, soit le long d*un bras, d'une jambe, d'un des côtés du corps ou de la figure, loit dans presque toutes les parties de l'enveloppe cutanée. Nous reviendrons amplement sur ce sujet, quand nous nous oooiperons plus tard des maladies qui intéressent spécialement la •ensibilîté. Nous nous bornons à indiquer ici, comme d'ailleurs cela a lieu le plus souvent dans Tétat nerveux, les simples modi** ficatîons de sensibilité que presque tous ces malades présentent. Nous en ferons une étude plus approfondie, pour les cas où ces modifications constituent par elles-mêmes une véritable ma«/ ladie.

D'autres fois, la sensibilité tactile oDre quelque particularité fort curieuse. Ainsi pour quelques personnes dans l'état nerveux, il est pénible de toucher certains corps, des métaux, du papier, du velours, de la gaze, tandis que le contact de toute autre sorte d'objet leur est indifférent.

Nous devons placer immédiatement à côté de ces désordres propres à l'état nerveux, ceux que les malades éprouvent dans les organes de la locomotion. Rien n'est plus variable dans cette Hialadie que la puissance locomotrice. Aujourd'hui les malades peuvent se livrer aux plus grands efforts ; ils peuvent, stimulés qu'ils sont, supporter des fatigues longtemps soutenues ; demain ils ne se ressembleront plus ; un rien les fatigue et les abat, jusqu'à ce qu'une nouvelle cause les oblige à montrer toute l'énergie rfont ils sont capables. C'est à eux surtout qu'on doit appliquer cette locution proverbiale: < Ils ne connaissent pas leur force ».

J'ai donné des soins à une dame névropathique par excellence, qui, lors de la révolution de Juillet, avait pu suivre à pied pendant plusieurs heures son mari, odicier dans la garde royale chassée de Paris, et je si^is de source certaine que dans les monents ordinaires, elle est incapable môme de se promener pen-

12 MALADIES NERVEUSES GÉNÉKALES.

dant une heure sans fatigue. Je crois devoir, pour les paralysies nerveuses de la locomotion de toute espèce, réserver [)Our un chapilre à part lout ce qui regarde celte maladie, ainsi que je l'ai fait tout à Theure en parlant de la sensibilité. Qu*il me suffise de dire ici, que les états nerveux graves présentent souvent une diminution locale plus ou moins marquée delà contractilité musculaire.

Presque tous les malades dans Fétat nerveux sont aSectés de tics, de mouvements convulsifs involontaires de quelques muscles isolés de la face ou des membres. Quelques-uns présentent une petite ressemblance avec les choréiques, soit par les grimaces qu'ils font, soit par quelques bizarreries dans leur pose, dans leurs allures, dans leurs gestes, dans leur prononciation. . Enfin, un dernier phénomène qui est propre à ces malades et que je crois devoir placer après ceux qui dépendent de l'innervation cérébrale, c'est l'inégale distribution du calorique dont leur corps est doué. Je ne veux pas faire ici une dissertation sur les origines de la chaleur propre aux animaux, et surtout aux différentes parties dont leur corps se compose : prenant le fait tel qu'il est, je note seulement que, dans l'élat nerveux, le phénomène offre souvent des particularités très notables. Tantôt le calorique se dégage nvec abondance; les malades se plaignent de brûler partout, et on sent très chaudes les parties sur lesquelles on pose la main ; ailleurs le dégagement et la sensation du calorique sont limités exclusivement dans certaines parties, ou constamment les mêmes ou au contraire incessamment variés; d'autres fois, au contraire, c*est le froid, un froid local très caractérisé et indépendant de la température extérieure, qui les tourmente. Chez quelques-uns les phénomènes de la caloricitése modifient incessamment, soit avec possibilité de reconnaître au dehors la réalité du froid, soit sans aucune modification extérieure appréciable et les choses restant renfermées dans la perception exclusive du sujet affecté.

Les organes mêmes en qui la vie nerveuse semble moins active et moins perceptible, sont frappés souvent par le mal qui nous occupe.

La respiration est modifiée par l'état nerveux d'une manière bien singulière. Quel médecin, par exemple, n*a entendu cette

ÉTAT NERVEOX. It

toux, petite, sèche, saccadée, propre a l'état nerveux? Chez ces sujets il suffit de la moindre cause pour la faire apparaître. La plus légère émotion la provoque^ moins que cela, il suffit souvent de la présence, de l'entrée dans un salon, où l'on cause tranquillement, de la personne la plus insignifiante; il suffit qu'il y ait nécessité de prendre part à la conversation la plus ordinaire ; il suffit d*entendre parler autour de soi d'une voix plus haute et plus animée que de coutume. A plus forte raison, cette petite toux se montre-t-elle aussitôt que la moindre émotion, de quelque nature que ce soit, s^ajoule aux causes que je viens d'indiquer. Les mêmes personnes dans l'état nerveux toussent aussitôt que la température s'abaisse ; aussitôt qu'il fait chaud et trop sec; aussitôt que régnent certains vents, certaines bour» rasques ; aussitôt qu'il tombe de la neige ou de la grêle. Puis encore la même chose arrive, quand elles mettent dans leur bouche des substances de haut goût, des acides trop actifs; quand les organes subissent quelques modifications; par exemple, à l'approche des règles chez les femmes ; dans les deux sexes, quand il y a ou pléthore quelconque ou perte considérable de quelque espèce que ce soit.

Les personnes sujettes dans l'état nerveux a la toux dont je viens de parler, sont prises très souvent d^une sorte d'étouffément. Elles sentent que l'air leur manque; elles éprouvent une oppression semblable à celle que leur causerait le manque absolu de respiration. Tantôt c'est à la gorge qu'elles sont prises, comme s'il se faisait un resserrement de la glotte qui empêchât l'air de passer : il y a une sensation vive d'étranglement. Tantôt c'est a toute la poitrine que la gêne est rapportée. Cette partie leur fait l'effet d'être resserrée et de se refusera toute dilatations Tantôt enfin la gêne, l'étouffement a lieu vers la base de la poi* Irine, comme si le diaphragme se refusait aux mouvements qui lui sont propres. Le plus souvent, les étoulTements sont bornés la; ils durent plus ou moins longtemps, affectent plus ou moins péniblement les malades; sous une forme quelquefois comme continue et plus souvent intermittente; mais ce n'est que dans des cas dont nous traiterons plus tard qu'ils vont plus loin et s'élèvent jusqu'à la suffocation. Ajoutons seulement, pour nous borner ici au fait propre à Tétat nerveux, que ces étouffemen($

ât MALADIES tfBRTBUSBS GÉNÉRALES.

86 montrent surtout sous Tinfluence de la moindre cause aussi bien que les toux dont nous venons de parler, el sans que rien, dans rétude de l'organisation, autorise à penser qu'ils soient dus au dérangement matériel de quelque oi^ane dépendant du Bystème nerveux.

- On pense bien que le système respiratoii*e ne peut pas être affecté, comme je viens de le dire, sans que la circulation s'en ressente. Nous devons noter cependant que le trouble, ainsi fnroduit, est moins grand et moins commun qu'on ne le suppo- «erait au premier abord. Pendant que les phénomènes précités se montrent, on peut^ mais il n'est pas sûr qiï'on doive toujours, rencontrer des anomalies notables dans la circulation. Elle ne se suspend pas pendant les oppressions, les toux et les suffo* cations nerveuses; mais elle se montre le plus souvent un peu* précipitée et inégale. Le pouls est vif et vite ; son rhythme est loin de la régularité qu'il devrait avoir. Une dame à laquelle je donne des soins en ce moment, présente ce phénomène au plus baut degré. Il est impossible de rencontrer un pouis plus irrégu* lier dans sa fréquence, et pourtant M. le docteur Bouillaud, qui la soigne avec moi et qui avait constaté le même fait plusieurs odois avant, n'a pas reconnu, plus que moi, une lésion matérielle du cœur. Je m*appuie de son autorité, parce qu'aucun témoi* gnage ne me parait plus probant que le sien , surtout quand il s'agit des fonctions et de l'état matériel de cet organe.

Souvent au milieu de toute cette irrégularité de rhythme, la force des pulsations est très variable ; mais il faut noter qu'avec ce pouls en désordre, presque fébrile, la peau conserve en gé* aérai sa température et sa moiteur normales.

Ceci est pour l'état général du pouls et de la circulation ; il y a en outre des modifications locales dont il est boni de tenir compte.

Dans l'état nerveux, la pulsation artérielle, la circulation veineuse sont loin de se conserver égales aux points divers qu'elles occupent, et où on a Thabitude et le moyen de les juger. La, où quelque douleur nerveuse se fait sentir, la pulsation artérielle devient plus dure et plus forte, les veines s'enllent et grossissent. C'est un fait fort commun, et dont nous verrons plus tard, en iwlaot des névralgies, qu'on peut tirer quelques conséquences

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pratiques utiles pour le traitement. Bornons-nous à constater maintenant que dans l'état nerveux, il y a non*seulement irrégularité de rhythme et de force dans les pulsations artérielles des différentes parties, mais encore modifications locales, circonscrites de la circulation, dans certains points déterminés; nodifications prouvées par les anomalies locales des pulsations artérielles et par les plénitudes plus grandes des veines ou par les injections veineuses des tissus dans lesquels elles naissent. Je B*ai pas besoin d'ajouter ici que les palpitations, ou au cœur ou àTépigastre, accompagnent souvent l'étal dont nous parlons; alors elles ont pour caractère de se réveiller, de s* exaspérer à la moindre cause, surtout morale; elles ne sont pas accompagnées des preuves bien connues d'un désordre matériel soit dans l'or^ gane circulatoire central ou dans Taorte, soit dans les systèmes qui peuvent modifier son action. C'est un point sur lequel je me propose d'insister suOisamment plus tard, et que j'indique seulement ici comme une des manifestations accessoires communes de l'état nerveux.

Quant au système digestifs il mérite une étude attentive; nous aurons plus tard occasion de traiter des troubles nerveux qui lui sont propres^ mais nous ne pouvons pas ne pas mention-* ner ici la modification dont il est ordinairement affecté dans le simple état nerveux : c'est ce que nous allons faire en parcou<rant le tube digestif, depuis le commencement jusqu'à la tin.

La bouche est susceptible de présenter différents phénomènes caractéristiques ayant pour la pratique une certaine importance. U arrive dans quelques états nerveux qu'elle se dessèche presque complètement. Alors la mastication et la déglutition deviennent momentanément ou inutiles ou impossibles. On conçoit tout le trouble que ce désordre peut apporter, d'abord, dans la digestion, et, ensuite, dans toutes les fonctions qui en dépendent. Le plus souvent, c'est vers l'isthme du gosier que cette sécheresse, préjudiciable a la digestion, se fait sentir davantage, et alors il y a dans ces parties un sentiment de constriction, comme si le corps étranger a avaler n'avait jamais dû passer par là.

Dans d'autres occasions, par le fait de Tétat nerveux, les sécrétions salivaire et buccale sont singulièrement augmentées ; des glaires abondantes remplissent la cavité de la bouche et sont à

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chaque instant aval^ées ou rejetées. Rejetées ou par des vomissements comme ceux des femmes grosses ou seulement par expuition, ces glaires épuisent, fatiguent, dégoûtent les malades. Avalées, ces liquides alcalins vont saturer en grande partie les acides nécessaires pour la digestion stomacale, et de là encore des troubles dans les fonctions de Testomac. Pendant certains états nerveux, ces liquides, habituellement alcalins, deviennent acides à différents degrés, soit par une altération particulière de la sécrétion, soit par le mélange d'une certaine quantité de sucs acides remontant de Testomac. On sait enfin que, dans certains cas exceptionnels, les liquides de la bouche sont même encore plus sérieusement altérés; ils deviennent un véritable virus, capables de propager, dans des conditions connues, le germe d'une altération analogue. Je veux parler de la rage, maladie éminemment nerveuse, développée le plus souvent à la suite d'une inoculation par la salive.

Ainsi, par la présence d'un état nerveux, les liquides ordinairement versés dans la cavité de la bouche peuvent changer de quantité, et même de qualité. Nous verrons plus tard que chacune de ces modifications entraîne avec soi ses indications thé** rapeutiques.

Mais ce n'est pas seulement à propos des liquides sécrétés dans la bouche, que l'état nerveux force à reconnaître son influence sur les organes de cette partie. Il arrive souvent qu'elle se fasse apercevoir encore là de beaucoup d'autres manières. Je veux parler des prédispositions à d'autres maladies nerveuses que comporte l'état dont nous nous occupons. Indépendamment des douleurs névralgiques dont les joues, les dents, les gencives sont affectées, des désordres nerveux très variable? peuvent occuper les organes masticateurs. Tantôt par la présence de névralgies faciales la mastication sera devenue impossible ; tantôt la déglutition le sera par un spasme particulier de différents organeSi par une chorée spéciale de la partie supérieure du pharynx ou des muscles de la langue, des joues, du gosier. J'ai dans ce mO' ment sous les yeux un malade qui présente ce phénomène depuis plusieurs mois. Il a la plus grande peine à avaler les aliments qu^il a mâchés, et la gêne qui résulte de cette difficulté est telle qu'il se prive de manger, autant que possible, quoique l'appétit

ÉTAT NEllVEtS. 17

soit bien conservé. Dans d'autres cas, la déglutition des substances alimentaires, même les mieux préparées, sollicite immédiatement un mouvement antipéristallique de l'œsophage, et le malade ne peut plus manger sans vomir; ou bien il tousse aussit<)t que le bol alimentaire touche Touverture de la glotte; oq bien il tousse seulement parce que l'appétit se fait sentir et n'est point satisfait. Ces derniers troubles nerveux appartiennent à ToKophage aussi bien qu'au pharynx et à la bouche. Je connais beaucoup de femmes et quelques homnies, en qui le retard pour un repas habituel ne manque pas de provoquer tous ces symptômes du malaise nerveux qui leur est naturel.

J*ai vu nombre de fois tous ces désordres se reproduire, se suppléer, se remplacer les uns les autres sur des sujets éminem* ment nerveux ; et je crois ôtre dans la vérité en afQrmant que souvent ces désordres, en apparence légers, ont sufQ, avec le temps, pour amener des troubles graves ; soit parce qu'ils rendent la digestion nulle ou laborieuse, et par conséquent s'opposent à une nutrition convenable^ soit parce qu'ils présentent des caractères trompeurs, auxquels des praticiens, trop confiants dans Tanatomisme, accordaient une tout autre valeur que celle qui leur doit être attribuée, et cela toujours au grand détriment des malades.

Mais ces troubles sont encore peu de chose, si on les compare à ceux que l'état nerveux comporte dans l'estomac.

On sait, en effet, quelle influence capitale le système nerveux exerce sur cet organe. 11 est convenablement garni d'aliments, les liquides dissolvants s'y trouvent en quantité et en qualité suflisantes, et voilà que tout à coup la fonction digeslive y est arrêtée. Pour cela, il a suffi du moindre dérangement produit dans les fonctions nerveuses. Une émotion morale subite, une contention d'esprit trop active ou trop prolongée, un peu d'opium, ont suspendu le travail de l'estomac; l'innervation a été troublée, et par elle, immédiatement, malgré la réunion parfaite des autres conditions, la fonction digestive stomacale a été interrompue. Le plus souvent alors il suffit de donner aux choses le temps de se remettre dans le train ordinaire, et la fonction n'aura été que ralentie et momentanément suspendue. Mais, d'autres fois aussi, elle ne se rétablira pas, cl le vomissement arrive pour I. 2

4§ MALADIES MEHVEUSBS GÉNÉRALES.

débarrasser Torgane des corps étrangers désormais réfractuires à sa puissance aiïaiblie. On est frappé de la facilité avec laquelle ces troubles senoanifestent chez certaines personnes nerveuses; mais il est d'autres désordres plus graves auxquels on n'a pas, a mon sens, donné encore toute leur importance. Je veux parler de ceux qui ont lieu spécialement dans la digestion stomacale pendant l'état nerveux.

On savait que cette digestion se fait au moyen d'un liquide acide, auquel on avait donné le nom de siic gastrique. Les rec^ierches des physiologistes modernes, et particulièrement celles qui me sont communes avec M. Bouchaidal (1), puis celles de MM. Bernard et Barreswill, ont à présent bien démontré ce qu'est ce suc acide, à quoi il sert, comment il se produit, à quelle sorte d'aliments il s'attaque et ceux qu'il ne modifie pas. Eh bien ! dans l'état nerveux il est susceptible de subir dilTérents changements qui dérangent la digestion stomacale, et, i>ar elle, introduisent dans l'économie un grave élément de désordres.

Ainsi, j'ai vu nombre de fois, pendant des états nerveux bien caractérisés, soit primitifs, soit consécutifs, la sécrétion stomacale manquant absolument du degré d'acidité nécessaire pour dissoudre les matières alimentaires azotées. Ce qui prouvait, pour moi, cet état particulier de la sécrétion stomacale, c'est la nature des liquides et l'état des aliments rendus alors par le malade. Dans ce cas, qu'ils soient à jeun ou qu'ils aient mangé, les malades ne manquent guère de vomir toutes les matières qui sont dans leur estomac, et ces matières sont à peine acides. Plusieurs personnes, à ma connaissance, ont été ainsi plus ou moins longtemps tourmentées de vomissements, rapportés à tort à quelque nuance de phleginasie gastrique. Certaines affections chroniques de la tète, certains états hystériques amènent fréquemment ce résultat; et j'ai constaté que les vomissements ordinaires des fournies grosses présentent souvent les mt'^mes caractères, surtout dans le commencement de la gestation.

Au contraire, dans d'autres états nerveux, l'acidité des liquides de l'estomac est augmentée d'une manière marquée ; et cela, de deux façons. Ou bien la sécrétion, qui est faite dans

(1) Bouchardat et Saodru, Mémoires sur la digestion, io Annuaire de thértÈ- ^^ique, 1843, 1845, Supplément à 1846. 1848.

restomac« soit sponlanéinent, soil sous Tinfluence de la fonction de cet organe rempli, est excessivement acide; ou bien racidilé s'y développe avec une grande rapidité et une grande intensité, aussitôt qu'un corps, capable de transformation acide, est mis en contact immédiat avec les parois de la cavité. Dans les deux cas les phénomènes sont à peu prés pareils. Le malade sent une grande acidité de la bouche et de Tarrière-gorge ; les dents sont agacées; il a, plus ou moins souvent, des régurgitations excessivement aigres, et qui vont quelquefois jusqu'à lui picoter les fosses nasales. En môme temps il éprouve un sentiment de chaleur, d'ardeur plus ou moins brûlante vers l'estomac. C'est à ce malaise, à celte douleur que les anciens avaient donné le plus ordinairement 'le nom de fer chaud. Puis, des pliénomènes cérébraux divers peuvent se manifester. Les plus ordinaires sont un trouble notable, surtout dans la station, dans les mouvements, dans les brusques changements de position de la lùle. Ces mouvements sont accompagnés d'une sorte de verlige lui peu analogue à celui des gens qui ont bu trop d'alcool; la station et la marche sont moins solides, moins fermes qu'a l'ordinaire. En môme temps on peut observer un peu de Irouble pt d*hésitation dans la parole et dans les facultés intellectuelles.

S'il V a un vomissemenl, le liquide rojelé se niontre d'une aci- Jile quelquefois étonnante; l'évacuation du corps étranger, qui irritait surtout le système nerveux, est suivie d'un soulagement immédiat; ou encore le soulagement a lieu, aussitôt qu'avec de la magnésie on a saturé l'acide en excès que renfermait Testomac.

Dans Tetat nerveux, en général, ces dispositions habituelles de Teslomac doivent èlre explorée^ et notées avec beaucoup de soin; j'ai vu souvent des malades fort sculfrants , que j'ai pu guérir à l'aide des seules indications que cette élude de la digestion m'avait fournies.

L*ne di-s choses qui tourmenteiil le plus le médecin et le malade, c'est le défaut habituel et l'irrégularité dans l'appétit. A clia(|ue instant le médecin, qui reconnaît la nécessité de soumeiirc le patient à une alimentation solide et réparatrice, est contrarié par le refus et la répugnance insurmontables qu'on lui oppose; et les malades ne manquent guère de faire entrer pour beaucoup dans leurs plaintes, la répulsion qu'ils ressen-

tent en eux-mêmes conlre les aliments dont on leur démontre rulilitc. Il résulte de ce dérangement de l'appétit une des difficultés les plus communes dans le traitement de Télat nerveux; j'en parlerai plus lard quand je m'occuperai de la thérapeutique.

Un autre malaise de l'estomac, presque aussi incommode pour les malades et aussi fâcheux pour le traitement, accompagne souvent la digestion dans l'état nerveux ; je veux parler de la pesanteur qui se fait sentir a l'épigastre aussitôt que des aliments ont été ingérés. Dans les cas les plus ordinaires, ces pesanteurs sont surtout pénibles lorsqu'on a pris certains aliments, tantôt des mets substantiels, d'autres fois, au contraire, des substances en apparence plus légères et plus faciles à digérer. Dans les états nerveux les plus graves, tout aliment occasionne ce malaise, malgré toutes les sévérités imposées au régime. Jamais la pesanteur sur Testomac n'est plus grande que quand les malades ont mangé des crudités. Si ces crudités sont acides, ou passent à l'état acide par la digestion, la pesanteur peut aller jusqu'à une douleur vive, quelque chose qu'on compare le plus habituellement à une crampe, à un serrement violent de Testomac, a une distension forcée de cet organe, à une occlusion insurmontable de ses orifices et particulièrement de son orifice inférieur.

Cette sensation est un des symptômes qui ont le plus contribué, pendant le régime de la médecine qui se disait exclusivement physiologique^ à établir le règiie de l'universelle gastrite et surtout de la gastrite chronique. Ararticle thérapeutique, nous dirons comment on en triomphe sans appauvrir le régime et en se conformant à des règles plus sévèrement inspirées par l'étude des fonctions digestives.

Enfin, chez ces sujets, le travail spécial de l'estomac ne s'accomplit pas toujours sans une autre sorte de désordre dont bon nombre d'entre eux sont préoccupés : je veux parler des battements épigastriques.

Quelquefois lesmalades s'aperçoivent seuls de ces battements; ils les sentent intérieurement, et ils en subissent une sorte d'anhélation semblable à celle qui résulte des palpitations du cœur; et pourtant la main d'un observateur a peine à vérifier la réalité de la palpitation épigastrique dont le patient se plaint. D'autres

ÉTAT NERVELX. 21

fois, au contraire, ces ballcments sont visibles et facilement appréciables au dehors. Dans quelques cas, j*en ai rencontré d*assez violents pour me laisser craindre au premier examen un ané- Trysme de Taorle, ou tout au moins du trépied de la cœliaque ; puis une observation plus longue, répétée à d^autres moments, suivie surtout après qu'une thérapeutique raisonnée avait amendé ce symptôme , m*a conduit à porter un meilleur diagnostic et a reporter aux désordres nerveux tout simplement, les symptômes qui d*abord m'avaient semblé résulter d'nn mal artériel beaucoup plus grave. Ces cas extrêmes ne sont pas communs; mais les autres ne sont pas rares du tout, à ce point qb'un médecin fort distingué qui s^occupe beaucoup de la clinique des gens de campagne, M. le docteur Macario, a cru devoir appeler spécialement l'attention du monde médical sur cette maladie. Nous en parlerons encore quand nous nous occuperons de la thérapeutique de l'état nerveux, et plus tard des palpitations.

Dans le reste du tube digestif, l'état nerveux présente encore des phénomènes fort remarquables, et par leur fréquence et par les caractères qui leur sont propres. Tels sont les ballonnements subits et opiniâtres^ de la totalité du ventre ou seulement de quelques-unes de ses parties, les accumulations gazeuses qui s\' font et s*y maintiennent, tantôt sous l'influence de la digestion mise en jeu, et tantôt sans que Ton puisse trouver le moindre rapport entre la fonctionet la maladie. Je me propose de revenir plus tard sur ces symptômes, en parlant de certains phénomènes névropathiques communs dans la disposition morbide qui nous occupe.

Ajoutons seulement ici, pour terminer ce qui concerne les voies digestives, que les personnes très nerveuses sont habituellement constipées. A la vérité, chez quelques-unes cette constipation est facile à vaincre, et des moyens très peu actifs y suffisent; mais le plus souvent, au contraire, la constipation des gens nerveux se montre très opiniâtre et il faut en venir aux grands moye|s, c'est-â-dire aux purgatifs sous une forme ou sous une autre. Malheureusement l'ensemble de leur constitution ne s'en trouve pas mieux ; au contraire, j'ai observé, le plus fouvenly que les évacuations artiGcielles un peu abou*

22 MALADIES NERVKUSES GÉNÉRALES.

dantes, comme ces grands moyens en produisent, leur font tort de deux manières : d'une part, parce (|ue cela tourmente leur système nerveux déjà si irritable, et, d'autre part, parce que des évacuations répétées, en les fatiguant, les rendent encore plus nerveux. C'est un sujet qui mérite une très sérieuse attention et sur lequel nous aurons lieu d'insister convenablement eîî parlant plus loin du traitement.

Il ne nous reste plus, pour terminer la symptomatologie, en ce qui regarde les fonctions nutritives, qu'à dire quelques mots sur la sécrétion et l'excrétion urinaires.

C'est une chose bien remarquable ([ue l'altération dont ce? fonctions sont susceptibles pendant l'état nerveux. Pour peu que cet état soit exagéré, il arrive presque toujours qu'elles éprouvent une notable perturbation. Cette perturbation est double; ou bien la fonction d'excrétion est modifiée, ou bien la nature du liquide expulsé a changé. Au premier point de vue, le plus ordinaire est que le besoin d'uriner se fasse à chaque instant sentir avec une vivacité quelquefois excessive. Pour cela, il suffit d'une impatience vive, d'une attente qui inquiète, d'une crainte qui poursuit. Plus rarement , l'excrétion est pour ainsi dire oubliée. Sous le second rapport, celui de la nature du liquide expulsé, le trouble résultant de l'état nerveux est toujours, à peu de chose près, le môme. Les urines sont nerveuses, comme on dit, fet l'on veut désigner par là des urines abondantes, claires, aqueuses, presque entièrement dépourvues des principes ordinaires en dissolution dans ce liquide. On a lieu souvent dYtre étohné, dans l'étude des maladies nerveuses, de la vivacité avec lacjuelle ce besoin se fait sentir, de la quantité considérable de liquide rejeté chaque fois, et de la fréquence avec laquelle le besoin revient. Puis, à mesure que l'état nerveux s'amende, les urines reprennent leur aspect, leur odeur, leur consistance ordinaire; c'est môme un des bons signes sur lesquels se doit baser le pronostic.

Enfin le sommeil, cette fonction éminemment réparatrice, est troublé de mille manières; chez quelques malades^ il est devenu presque nul; chez d'autres, il est si léger que la moindre chose rinlerrompt, avec impossibilité de retour; chez d'autres, si plein de rêvasseries, si peu distinct d-'une sorte de veille, qu'il

ÉTAT NKRVEUX. îS

e${ instinisaiU pour irraire 1rs Torces. Je parlerai pins loin des Irouhlcs 8|)éciai)x dont oette fonction peut iMre affertée; j'aî vonîu mentionner seulement ici les désordres dont elle est susceptible par le fait de l'état nerveux.

Non-seulement les sujets tourmentés par un état nerveux habituel peuvent offrir dans le jeu de leurs divers systèmes d'organes, des désordres comme ceux que je viens de mentionner rapiflement; mais ils éprouvent encore des accidents pour ainsi dire généraux et qui dérivent plus évidemment de la maladie vue dVnsemble.

Tels sont : les spasmes dont ils se plaignent; Tétat de surexcitation nerveuse, organique et cérébrale que provoquent en eux toutes sortes de conditions atmosphéri(|ues ou sociales presque indifférentes pour les autres membres de la famille humaine; les convulsions le plus souvent partielles et momentanées dans lesquelles ils entrent avec la plus grande facilité; les douleurs plus ou nu»ins aiguOs aux(iuelles il me paraîtrait assez juste de réserver spécialement le nom de névropathie. Disons un mot de chacune de ces souffrances.

Los spasmes des gens nerveux sont certainement quelque rhose de très vague pour ceux qui ne les ont jamais éprouvés; c'est un mot prononcé dans une langue qu'ils ne comprennent pas. Néanmoins, il y a sur ce point une entente parfaite parmi ceux que leur disposition maladive a mis à même d'en saisir le sens. Douleur vague dans les muscles, un peu contusive et accompagnée de faiblesse pour le mouvement, répugnance à l'aclivité et cependant besoin instinctif de changer de position physique et morale; malaise dans les systèmes organiques qui ne sont point soumis à l'empire de la volonté, comme s'ils manquaient de quelque élément indispensable pour bien fonctionner ou comme si quelqu'un de ces éléments s'y trouvait en excès; malaise le plus souvent indéfinissable, indescriptible, mais toujours parfaitement reconnu par les malades dans ses oppositions, dans sa marche, dans sa durée, et prenant chez chacun d'eux «ne forme spéciale qui ne change guère qu'avec le temps; tel «»>t en général le spasme. Il faut ajouter que cet état est fort roriimun dans les états nerveux et qu'il va quelquefois jusqu'à constituer une souffrance excessivement sérieuse.

2i MALADIES NERVEUSiîlS GÉlNÉnALES.

J*ai êlé consulté par une dame que le moindre mouvement^ que le moindre effort musculaire sollicité jetait dans un état incroyable de spasme. Il lui était à peu près impossible de quitter son lit depuis plusieurs années; on ne pouvait plus la nourrir qu*en lui donnant de la viande bâchée, parce que le mouvement, Teffort de la mastication lui était devenu impossible. Le moindre dérangement provoquait un état désolant de spasme accompagné de douleurs vagues, multiples, mais excessivement vives, qu'elle et ses proches redoutaient également. Et pourtant c*était une femme dont Tintelligence, la volonté, les affections étaient restées au milieu de tout cela parfaitement saines.

La surexcitation nerveuse se rapproche, dans beaucoup de cas, de ce que je viens d'indiquer sous le nom de spasme; mais elle m*en paraît différer en quelques points dont les malades ont souvent conscience. Qui n'a vu, par exemple, une personne très nerveuse, au moment d'un orage? Malaise général, agitation, tremblement, impatience de toutes choses, impossibilité du calme, de l'attention, du travail de corps ou d'esprit, difficulté de fixer la mémoire, sensations douloureuses dans l'exercice de toutes les fonctions, même celles qui sont le moins dans la dépendance du système nerveux de relation ; c'est tout cet en* semble qui caractérise le mieux la surexcitation nerveuse, dans son état actif. Puis après viennent la langueur et l'accablement, les découragements, les maux de tète, les répugnances pour l'exercice de toutes les fonctions, même réparatrices; les appré* ciations exagérées et plus ou moins oj)iniàtres , soit du mal enduré, soit des contrariétés éprouvées pendant le moment actif de la surexcitation nerveuse.

Les convulsions ne sont pas rares dans les états nerveux spasmodiques portés un peu loin, surtout chez les femmes et quelquefois chez les hommes. Mais ces convulsions diffèrent de celles des hystéries, des épilepsies, etc. Presque toujours elles sont bornées à certaines parties de la face ou des membres ; elles laissent le reste du corps en paix, et après une durée plus ou moins longue, mais en général limitée et presque régulière pour chaque sujet, elles disparaissent à mesure que le calme se rétablit. Elles n'arrivent guère que quand une cause physique ou morale est venue tlonner à Torganisme mal prédisposé une se-

ÉTAT NEnVbl'X. 25

cousse, un élat nouveau; ce n*esl que dans des cas extrêmement rares qu'on en observe d'à peu près permanentes. Alors elles se rapprochent de la cborce partielle chronique plus que de toute autre chose.

Quand nous nous occuperons de Thysténe, nous dirons com« ment des convulsions ainsi produites dans certains états nerveux peuvent prendre tout à fait la forme des convulsions hystériques véritables et quelles modiGcations une semblable origine doit apporter au pronostic et surtout à la thérapeutique.

Tel est l'ensemble des phénomènes propres à cette maladie. Après les avoir ainsi successivement mentionnés, il ne me reste plus qu'à faire remarquer, comme caractère complémentaire, la facilite avec laquelle ces phénomènes se remplacent les uns par les autres; la solidarité qu'ils ont entre eux, et qui va dans les cas les mieux prononcés jusqu'à les montrer tous à la fois en même temps sur le même sujet. Quand ils se présentent ensemble» il est impossible de méconnaître la maladie. Plusieurs réunis, quelquefois même quelques-uns des plus importants isolés, suffisent dans le plus grand nombre des cas pour établir le diagnostic, aussi bien quand le mal est secondaire que quand il est primitif. Je ne chercherai donc pas à établir un parallèle de tous ces symplùmes dans Télat nerveux avec les symptômes analogues dans d'autres maladies. 11 me fiiudrait pour cela parcourir presque tout le cadre nosologique, sans grand profit pour le lecteur. Je plains les malades de celui que les détails dans lesquels je viens d'entrer, nj conduiront pas sûrement au diagnostic des états nerveux les plus ordinaires. Aller plus loin no donnerait pas encore des lumières suffisantes pour éclaircir les faits exceptionnels qu'on rencontre quelquefois parmi les maladies nerveuses.

La description que je viens de faire de l'état nerveux resterait incomplète, si je n'ajoutais pas qu'à chaque instant les troubles fonctionnels mentionnés jusqu'ici sont accompagnés de douleurs nerveuses plus ou moins aiguës, auxquelles il me parait assez juste de conserver le nom de névropathes. J'entends désigner ici une foule de sensations pénibles et fugaces dont un sujet nerveux est atteint, «ans qu'on les puisse rapporter spécialement à aucune maladie bien déterminée. Ce ne sont ^»iis

2t> MALAlMt:S NERVELSKS GÉNÉRALES.

de véritables névralgies, des symptômes criiystérie, etc.; nous nous en occuperons plus tard et décrirons chacune d'elles au chapitre qui la regarde. Je vais tacher de bien faire connaître ici celles qui me semblent dépendre exclusivement de l'état nerveux.

Ces douleurs, ces sensations plus ou moins bizarres, ne sont ni constantes ni fixes. Elles se soutiennent pendant un temps indéterminé ou se transforment avec la plus grande facilité ; c'est une sorte d'exagération, d'excès de l'étal nerveux. Il est peu de personnes vivant dans cet étal qui n'aient été, dans un moment ou dans l'autre, prises de névropalhies; et quand on en a une fois éprouvé, il y a grande probabilité, à moins que la constitution n'ait été changée complètement, qu'on en subira quelque retour.

Il s'agira tantôt de douleurs plus ou moins aiguës et en apparence sans matière. Ces douleurs, que n'expliquent ni un état pathologique, ni une fonction physiologique connus, tantôt occupent habituellement un même membre, une même partie, et tantôt se montrent sujettes à changer de place. Elles ont toujours quelque chose de nerveux, sans être de la névralgie à proprement parler. Ici, ce sera comme un clou qu'on enfoncerait dans la tête, dans le thorax ou dans les membres ; là, comme une flamme qui se ferait sentir en quelque point, puis suivrait le trajet de quelques filets nerveux; ailleurs, on sentira comme une brûlure superficielle momentanée; ou bien, au contraire, comme un refroidissement partiel intolérable; quelquefois, une partie limitée deviendra le siège d'un engourdissement douloureux, ou bien on y sentira un picotement pénible avec troubles singuliers de la circulation locale et de la sensibilité ou de la motilité; ou enfin une portion du système tégumentaire aura pris, pour un temps plus ou moins long, une excessive sensibilité, ou sera frappée d'aneslhésic ou d'analgésie partielles et momentanées. Il arrive quelquefois que ces douleurs se montrent toujours les mêmes sur le même sujet, chaque fois que son état nerveux subit une exaccrbation par quelque cause que ce soit. Plus rarement elles se montrent permanentes et fixes aux mêmes points pendant un temps indéterminé. J'en ai observé cependant qui avaient duré même plusieurs mois.

ÉTAT NEKVKIX. 27

Uaiis de nombreuses circonstances, les névropalhies ne se borneront pas a un phénomène, pour ainsi dire, extérieur ; Thomme intérieur aussi i*era envahi. Il pourra survenir brusquement des êtonOements inexplicables, comme si la respiration manquait, quoique cependant aucun phénomène, reconnaissable à Tauscultation, ne vienne rendre raison de la gène éprouvée dans les poumons. D'autres fois, le désordre va jusqu'à une sorte de suffocation par étranglement. Là où la poitrine restera exempte de tout trouble fonctionnel, c*est dans la digestion que le mal pourra se montrer. L'appétit sera bizarre, ou par son inégalité, ou par le choix des aliments acceptés, ou par la quantité inégale de nourriture que pourra prendre le même malade aux divers instants. Tai connu une dame qui restait quelquefois deux ou trois jours sans rien manger, et d'autres fois restait à table vingt-quatre ou trente-six heures, dormant de temps en temps trois ou quatre heures pendant ce repas si singulièrement prolongé et fort substantiel. Ailleurs, il y aura, sans raison appréciable, un véritable lénesme, ou du rectun), ou de la vessie, qui tiendra le patient dans un étal extrêmement pénible ; ou bien enGn, on rencontrera une inégalité incroyable dans la puissance motrice dont le malade se Irouve doué.

Une des plus singulières et des plus douloureuses manifestations de ce genre est la colique nerveuse. Cette colique n'occupe pas toujours le môme point de l'abdomen; tantôt elle se fait sentir vers l'épigaslre, tantôt vers l'ombilic, les flancs ou riivjKDgastre. Dans le premier cas, il est important de savoir si la colique vient de l'estomac ou de Tare transverse du côlon ; dans le second cas, la connaissance précise du point de l'intestin soufirant est moins nécessaire que celle de la nature nerveuse de la colique. Quand cette colique est une douleur de l'estomac, le malade accuse en môme temps une sorte de mal de cœur, d*angoisse épigastrique, de résolution des forces assez facile à apprécier; la respiration est pénible et douloureuse, et le malade sent néanmoins que cette gêne ne résulte pas d'un empêchement mécanique à l'abaissement du diaphragme. La douleur est profonde et se fait sentir, comme disent les malades, dans le doïi : ils ont le dos collé à la poitrine. Puis viennent, le plus souvent, les régurgitations, alors presque toujours acides, (\ue\(\ues

28 MALADIES Nt;RVEt'SES GEiNERALES.

nausées, quelques baullc-corps. Dans les cas, au contraire, où les coliques occupent I*arc du côlon, les douleurs sont beaucoup plus superficielles. Un toucher, une pression légère les augmentent ; la respiration est moins génce, Tangoisse moins forte, quoique la souffrance soit quelquefois très vive. Dans toutes les autres parties du ventre, ces coliques, sauf le siège, sont les mômes. Aiguës, douloureuses à la manière des névralgies^ elles se montrent instantanément, acquièrent brusquement un summum d'intensité, où elles se tiennent pendant plus ou inoins longtemps, s'accroissent et se relâchent par saccades, puis laissent tout à coup, en disparaissant, le malade dans un état de bien-être indéfinissable, et dont il craint toujours de sortir. Souvent ces coliques varient et changent de place, et presque toujours, elles sont accompagnées ou elles ont été précédées d'autres phénomènes nerveux qui aident à en établir le diagnostic.

La colique nerveuse est fréquemment accompagnée (Tune grande distension de l'intestin par des gaz. Cette distension est facilement reconnue au ballonnement de Tabdomen dans son ensemble ou dans quelque partie, et surtout par la percussion qui permet parfaitement de suivre et de limiter toute la circonscription des organes à explorer. Je dois aJMiter, immédiatement, que dans Tétat nerveux simple, on observe souvent la même pneumatose intestinale, mais sans les coliques, et sans qu'il y ait d'autre trouble apparent qu'un gonflement plus ou moins considérable sur tout le trajet connu du gros intestin, la gêne de la respiration par le refoulement du diaphragme et le sentiment de tension de toutes les parties boursouflées. Cette production gazeuse est probablement une des causes communes des coliques dont sont tourmentés les gens nerveux*, je suis sûr néanmoins d'avoir rencontré fort souvent ces deux phénomènes Tun sans l'autre.

Les coliques m'ont en général paru beaucoup plus souvent tenir aux phénomènes de la digestion et à la présence des acides dans le tube digestif; la pneumatose, au contraire, m'a semblé plus souvent le produit d'une impression toute nerveuse, dans laquelle les liquides digestifs ne sont pour rien. On est, en effet, a chaque instant frappé de voir ce phénomène se montrer aussitôt

ÉTAT NERVEUX. 2d

qaune personne, dans Tctat nerveux, a avalé quelques bouchées d^un aliment quelconque, et avant que la moindre parcelle de Taliment ail eu le temps de se dissoudre ou môme de provoquer la sécrétion dissolvante. On sait combien les émotions morales sont sujettes à produire ces pneumatoses, quel que soit Tétat de la digestion quand la perturbation arrive. Je n'oublierai jamais qu*un de mes amis, étudiant*en médecine, ne pouvait revenir de rétonnement où il avait été jeté par la quantité incroyable de gaz inodores qui avait été rendue en un instant par l'anus, dans un accès de terreur, causé chez une femme surprise avec lui pendant la nuit. Tout le monde sait combien de fois les personnes nerveuses sont tourmentées par des vents à rendre du haut ou du bas, surtout quand une émotion triste et brusque vient à les assaillir.

Ce que je viens de dire, sur les coliques nerveuses et sur les pneumatoses de même nature, me parait suffisant pour bien caractériser ces phénomènes dans la maladie qui nous occupe. Je pense qu'il n'est pas nécessaire de chercher a établir un parallèle détaillé, entre les affections de celte nature dans le canal intestinal elles douleurs d'une autre espèce qui leur ressemblent; la Gxité des unes et la mobilité des autres, les troubles matériels propres aux premières, et excessivement rares dans les secondes; les circonstances accessoires, si différentes des unes et des autres, me semblent des points si tranchés et si clairs, que je ne crois pas utile d'y insister davantage. Il me parait impossible qu'un médecin un peu attentif les confonde jamais.

Il y a seulement des cas où la confusion de nature serait plus excusable, et sur lesquels il est bon d'être prévenu. Je veux parler de ces coliques exceptionnelles, nerveuses, stomacales ou intestinales, accompagnées d'évacuations excessives, par le haut ou par le bas. Ces superpurgations sont presque toujours causées par la violence des douleurs et par le désordre forcé qu'elles introduisent dans les fonctions sécrétoires ou péristaltiques du tube digestif. Pour ne pas confondre les coliques nerveuses, accompagnées de cet extrême désordre de la digestion, avec toutes celles qui leur ressemblent, il faut d'abord être bien renseigné sur les antécédents du sujet, puis se faire rendre Compte de la marche des accidents. Les superpurgations n*ar-

30 MALADIES NEHVEtJSES GÉNÉRALES.

rivent, dans les cas qui nous occupent, qu'après uw invasion bien caractérisée de la douleur névropathique. Puis on remarque qu'au milieu de ces accidents, en apparence si graves," la circulation reste presque calme et tranquille; le pouls varie à peine ; la chaleur générale de la peau demeure presque normale. Tout le reste de l'organisme se tient pour ainsi dire en dehors du mal qu'on observe. •

Je mentionnerai encore tout près de ces névropathies abdominales de rétat nerveux, celles que quelques femmes ressentent dans la région utérine. J'ai rencontré quelquefois des femmes qui comparaient ces douleurs à celles qu'on éprouve pendant l'accouchement. Une dame entre autres me répétait: « Je sais très bien que je ne suis pas enceinte; je sais que je n'accouche pas, et cependant les douleurs que j'éprouve sont si pareilles à celles que j'ai ressenties dans mes deux accouchemenls,que l'illusion cstcomplète. Je soutiendrais que j'accouche, si je n'étais pas moralement sure du contraire. »

Dans plusieurs maladies pareilles que j'ai suivies, les sensations et les plaintes des malades ont été tout à fait semblables ; elles étaient iiidépcndantes des époques menstruelles, ot liées simplement avec des états nerveux, provenant surtout d'anémie pu de chlorose.

Tout cela pourra se montrer et disparaître, ou se modifier^ se transformer, se remplacer pendant un intervalle très court, ou bien au contraire se maintenir indéfiniment sous la même forme.

Pour bien établir son diagnostic, le médecin, avant d'agir, doit se rendre un compte exact des signes positifs et négatifs de la maladie. Les signes positifs sont ceux que je viens d'indiquer en quelques lignes, les prédispositions nerveuses connues des malades, la nature, la fugacité, la facile transformation, l'inégalité de durée de la douleur. Les caractères négatifs se composent, de l'absence des signes pathognomoniques de toutes les affections de la partie malade, qui présenteraient quelque analogie superDcielle avec les douleurs dont nous nous occupons.

Marche. — Quant à la marche de ces maladies, j'ai peu de remarques particulières à présenter.

Dans ((uelques cas assez rares, elles débutent brusquement,

ÉTAT NilRYEUX, SI

et dès les premiers moments ile leur invasioD, elles se montrent au summum de leur intensité. Cela arrive, quand une vive commotion morale, une cause physique générale ébranlent toui l'organisme. Pour les cas les plus ordinaires, au contraire, Tétat nerveux se développe lentement et par degré; il envahit progressivement toutes les fonctions, et ne prend son développement complet que quand Tensemble de l'organisme a été tout modifié. Cette invasion se fait plus ou moins vite, suivant les prédispositions naturelles, héréditaires ou acquises. J*ai connu des enfants, dont les premières années annonçaient pour Tavenir des prédispositions névropathiques qui ne m*ont point trompé. J*ai observé de ces maladies débutant brusquement sur des sujets jusque-là parfaitement en dehors des conditions organiques qui les peuvent faire prévoir.

Quel que soit d'ailleurs le point de départ, les choses ne se passent pas toujours de la même manière. La maladie se compose ordinairement d*une série d'accidents, tels que ceux que je viens de décrire, sans qu'on puisse trouver entre eux d'autre rap[>ort que celui de la cause commune qui les lie, sans qu'on y observe jamais de régularité, soit pour la durée, soit pour les intervalles, soit pour le développement relatif; ces faits sont les plus communs. Mais il n*est pas rare non plus de rencontrer des caractères évidents de périodicité. Il est peu de sujets aflectés d'état nerveux, chez lesquels on n'ait pu noter un retour périodique de certains accidents; chez lesquels la périodicité n*ait pas été du moins plusieurs fois posée en question. Ainsi on aura observé, tantôt que certains accidents seuls seront revenus à époque Hxe ; d'autres fois que tout le malaise, avec toutes ses expressions diverses, se montrera sous la forme intermittente. La i)ériodicité aura apparu à de courts intervalles, ou bien elle bC sera montrée à des intervalles plus éloignés. Dans ces derniers cas, des mois, des années même auront pu s'écouler entre les accès ; et chacun de ces accès aura occupé une durée de plusieurs jours, de plusieurs semaines, ou même d'un temps beaucoup plus long, pour faire place à un état satisfaisant et complet de ^nté ; la disposition nerveuse restant seule et réveillant à époque iixe la maladie qui semblait assoupie.

[ Un fait remarquable m'a frappé à propos de la périodicité 5

32 MALADIES NERVEUSES 6É>ÉRALES.

c'est que la plupart des malades affectés de maladies nerveuses graves, ont eu antérieurement des fièvres intermiUentes, et je me crois autorisé à dire, que la cachexie paludéenne est parmi les causes prédisposantes des maladies nerveuses, Tune des plus actives, et qu'elle est quelquefois le point de départ de Télat nerveux chez des sujets jusque-là nullement névropathiques. ]

Pour disparaître, les symplômes de Télal nerveux se comportent en général toujours de la même manière : excepté dans les cas d'intermittence périodique bien caractérisée, et où par conséquent il aura été possible de couper brusquement court h la maladie, ce sera toujours avec une grande lenteur qu'ils diminueront et finiront par disparaître. Dans l'immense majorité des cas, ils se maintiendront, jusqu'à ce qu^une révolution heureuse des âges, des conditions physiques et morales, aidée d'une médecine intelligente, parvienne par degrés à les éteindre.

Anatomie PATHOLOGIQUE. — [Il cst de notoriété publique, que quand on vient à examiner anatomiquement le système nerveux des sujets qui ont présenté, même au plus haut degré, pendant leur vie les symptômes de l'état névropathique que nous venons de décrire, on ne découvre le plus souvent aucune lésion appréciable à nos sens. L'examen cadavérique des sujets morts à la suite d'une syncope prolongée, ou de convulsions, pourra, dans des cas donnés, présenter également ce résultat négatif.

Sentir et souffrir, sont des fonctions nerveuses inhérentes à tout être vivant. L'anatomiste ne trouve pas de différence entre un nerf qui a joui d'une vive imprcssionnabililé et un nerf homologue qui a été plus vif à émouvoir. Les organes morts ne rendent pas raison de la perfection plus ou moins grande avec laquelle ils fonctionnent pendant la vie, surtout quand il s'agit d'apprécier la finesse, la délicatesse, la rectitude plus ou moins grande des sensations; ces faits expliquent comment l'anatomie pathologique peut paraître nulle, alors que des troubles notables ont été constatés pendant la vie.

Mais de ce que j'admets des névroses sans lésions organiques appréciables dans le système nerveux, il ne s'ensuit pas nécessairenîenl qu'elles he puissent coexister avec des lésions soit des centres nerveux, soit des liquides^ soit des organes en général \ et après un plus mûr exam^'U, je constate que je voudrais

€Q vaîo dans cet ouvrage négliger les aliéralions générales qui iîennenl sous leur déiieodance la plupart des névropalliies. Les doclrines qui maîntenaieni les névroses, dans le domaine exclusir de la métaphysique, de rimmalériaiité, n*ont pas peu contribué a les faire accepter comme incurables, au grand préjudice des progrès de la pathologie nerveuse et de Tintérèt des malades.

Plus que personne, je tiens compte de la force vitale qui gouverne les actes principaux de la vie, de la névrosité qui préside aux fonctions plus secondaires des organes ; je crois fermement i rimpossibilité de découvrir, dans des cas donnés, les traces des perversions qu*elles subissent et dont l'organisme ressent les douloureuses impressions; mais je ne crois pas ces puissances vitales à ce point absolues, qu'elles soient indifférentes a Tétat des organes dont elles règlent les fonctions, et par organes je n'entends pas un instrument secondaire, tel que Testomac ou le poumon, mais bien tout ce qui a son rôle à remplir dans l'ensemble des fonctions, et à ce titre, le sang entre tous me parait le plus important.

Le sang porte partout avec lui, dans chacun de ses éléments, le principe conservateur de la vie, le blastème, comme Ta fort bien dit N. Pidoux, où chaque système trouve les conditions de sa nutrition, du libre exercice de ses fonctions, et si j'ai fait jouer un rôle si important à la chlorose dans la pathogénie nerveuse, ce n'est pas pour nier les altérations organiques du sang et méconnaître l'intime solidarité qui tient dans une étroite dé« pendance, l'admirable agencement du mécanisme animal.

Ainsi, tout en reconnaissant que l'état nerveux peut ne laisser aucune trace de son passage dans Tensemble de la matière ner* veuse, j'admets que bien rarement l'organisme tout entier se trouvera dans les conditions de la loi anatomique normale, quand Tétat nerveux aura constitué, par sa durée et son importance, un état morbide réel ; que, par conséquent, il est i la rigueur possible de constater des lésions organiques dans les maladies purement nerveuses.

A ce titre, je considérerai comme frappés de lésions organiques, tous les sujets soumis aux influences morbides des dialhèses syphilitique, rhumatismale, goutteuse, herpétique et autres; aux iotoxications en général; que ces lésions soient congéniales ou 1. 3

t& MALADIRft MRUfRCSKS €^.NÉRALES.

«cquises, aiguës ou chroniques, qu'elles réagissent sur Téconomie comme des unités simples ou combinées. Il suffira même, dans tsertains cas, que la pondération physiologique dans les quantités ■ei les qualités du sang soit rompue, qu'il y ait hypérémie ou liypohémie, qu^il y ait prédominance de certains éléments sur les autres, pour que toutes ces conditions antiphysiologiques soient -prises en considération dans la pathologie nerveuse.

Ainsi donc, Tanatomie pathologique de Tétat nerveux mérite 4e fixer l'attention du praticien, et nul doute qu'elle sera un jour une source de précieuses indications de prophylaxie et de traitement, quand des recherches auront été méthodiquement instituées, dans le but spécial d'en apprécier toute l'importance.]

Causes. — L'étude des causes de Tétat nerveux me parait un des moyens d'analyse les plus puissants que nous ayons pour arriver à la connaissance intime de la maladie, et par conséquent à l'appréciation physiologique des meilleures indications de traitement. C'est pour cela que je crois devoir m'étendrc un peu sur réliologie. Je parlerai des causes sans distinction, des prédisposantes et des déterminantes; une séparation me paraîtrait ici tout à fait inutile. Il suffit qu'une cause dite prédisposante soit momentanément portée un peu loin pour qu'elle se transforme en déterminante. Il suffit qu'une cause dite déterminante ail exercé son influence, pour que l'organisme impressionné réagisse comme s'il était prédisposé depuis longtemps. CSette distinction, pour te cas présent, me semble une hypothèse oiseuse, et j'aime mieux poursuivre tout simplement le fait, en Mregis Iran t les influences sous lesquelles il se produit; c'est là la cause.

En tète des causes de l'état nerveux, je dois placer la /ot- Uêsse. Il suffit qu'on soit faible naturellement ou qu'on se trouve accidentellement aflaibli, pour qu'on se montre sujet aux accidents que je viens de décrire, à des degrés divers, mais néanmoins reconnaissables. Par exemple, certains sujets étaient nés débiles, et l'àgc en les développant ne les « pas rendus relati* vement plus robustes ; ou bien ils étaient nés avec toutes les apparences de la force, mais, dans leur petite enfance, des maladies ont arrêté ou gêné leur développement; ils conservent toujours, depuis ces mauvais jours, la constitution arUficieHa

ÉTAT KERVEUt. S6

que la maladie leur a faite. Ils présentent les uns et les autres tous les attributs d'une débilité plus ou moins prononcée; ils sont au physique et au moral ce que les gens du monde Rommeni avec raison délicats ^ le médecin doit être prévenu qu'il peut se trouver, à chaque instant, aux prises avec les accidents que je viens de décrire comme état nerveux. Dans de telles eonditions, ces souffrances sont, pour ainsi dire, l'élat normal ; elies font, en quelque sorte, partie de la constitution, du tempérament. L*état nerveux originel ou acquis est alors un ennemi ivee lequel il faut vivre, en s'arrangeant de manière i souffrir le moins possible de sa présence.

La faiblesse peut encore amener Télat nerveux, dans d'autres conditions, sous une autre forme, avec d'autres résultats. Le sujet était suffisamment robuste et s'était régulièrement développé, exempt de tous ces troubles. Puis une maladie longue et grave, quelle qu'en ait été la nature, a occasionné une débilité pour ainsi dire factice. Cette débilité persiste lonlemps après que la convalescence s'est franchement déclarée. Alors existe iiD véritable état nerveux, avec tous ses caractères, tous ses changements, tous ses symptômes, tous ses ennuis. Il a seuleaient sur le précédent Ta van tage de durer beaucoup moins long^ temps. La constitution primitive reprend le dessus, si la maladie grave est bien guérie, si Tàge du sujet permet qu'il rappelle ses forces, si toutes les conditions hygiéniques, physiques et morales concourent a ce résultat; à mesure que s^éloigne le moment de la maladie et que les forces reviennent, les symptômes s'amendent. Cet état nerveux n'était qu'un accident de la convalescence; il a disparu quand elle s'est trouvée complète.

En tète de toutes les causes de faiblesse, capables de produire rétat nerveux, je dois mentionner Yanémie et la chlorose, variétés si communes de l'état général dont nous venons de nous eccuper. Que le sang manque sous le rapport de la quantité ou bien qu'il soit appauvri de ses principaux éléments réparateurs et vivifiants, l'effet sur le système nerveux est toujours le même. Ikns l'un et dans l'autre cas, c'est toujours au défaut de ces Principes importants que les symptômes devront être attribués. La seule différence consistera peut-être en ceci que, dans le premier cas, tous les éléments réparateurs manqueront à la fois;

36 MALADIES MERVEtSFS GÉNÉUALES.

et que, dans le second, l'eau et les «els restant suffisants, le fer, les globules ou les substances animales protéiformes font défaut»

Dans tous ces cas, dont il est souvent possible de bien déterminer la nature spéciale, soit à Taide des circonstances antérieures connues, soit à l'aide des symptômes, soit par Tétude des signes physiques, soit par l'examen du sang dans les veines ou du sang tiré de ces organes, de quelque nom qu'on appelle l'appauvrissement du liquide nourricier, l'elTet, au point de vue qui nous occupe, est à peu de chose près identique ; l'état nerveux se présente avec tout son cortège et se maintient d'autant plus longtemps, que les causes d'anémie ou de chlorose ont été plus lentes à agir, et que la réparation du sang se fait plus longtemps attendre.

Quand on examine en eiïet les choses, telles qu'elles se présentent dans la pratique, on est étonné de la quantité de ma- Iq^es névropathiques qui ont emprunté cette disposition à l'anémie ou à la chlorose. C'est au point que les descriptions de ces maladies du sang reçoivent partout leurs principaux traits des symptômes qui sont propres à l'état nerveux, et que le vuU gaire des médecins môle et confond ensemble toutes ces choses. Un de mes bons élèves, M. le docteur Jugand, frappé de tous les faits qu'il a observés parmi les malades de mon service, a cru devoir faire sur ce point sa dissertation inaugurale et insister sur les accidents nerveux qui appartiennent à la chlorose dans les deux sexes (1). ^

Pour peu qu'on y prête d'attention sérieuse, il me semble impossible d^examiner les faits concernant cette maladie sans remarquer combien les distinctions d'origine prennent d^importance et d'utilité, aux yeux du médecin qui sait s'y reconnaître. Il s'agit en effet de prendre l'effet pour la cause, ou réciproquement. On ne peut pas manquer d'obtenir des résultats bien différents, quand on se tient dans la bonne voie; ou quand on s'obstine à traiter Fanémie ou la chlorose, là où l'état nerveux seul a produit tout le mal, ou bien à combattre l'état nerveux, là où il faudrait d'abord s'attaquer principalement à la chlorose ou à l'anémie. C'est malheureusement ce qu'on fait trop souvent.

(1) De la cMùrote dans les deux seores au point de vue des a/feclkms «ffiiemêSf }aiR, I^IM.

Depuis que j'ai coDimencé l*étude pratique des maladies nerveuses et que j'ai entrepris de guérir ces affections, les différents services qui m*ont été confiés à l'Hôtel-Dieu (annexe), à Beaujon et enfin i THAtel-Dieu, n'ont cessé d'offrir toutes sortes de types de ces maladies. Parmi elles, sans contredit, les états nerveux ont été en majorité. Eh bien, il est incroyable, j'allais dire il est affligeant, de voir au milieu de toutes ces histoires de longues souffrances physiques et morales, combien de fois l'intervention médicale a suivi une fausse route. Dans les plus longues et les plus rebelles de ces affections, le sujet fatigué d'essayer de tout, s'est jeté dans les mystères des cabinets qui s'intitulent homoeopathiques ou dans ceux des somnambules, et a achevé d'y perdre son temps, sa santé, et une confiance raisonnable dans l'art de guérir. Si le mal était moins grave, il arrivait beaucoup trop souvent encore que certains accidents nerveux fussent pris pour des maladies matérielles d'organes, et que le traitement institué en conséquence de cette théorie rendit l'état nerveux plus pénible et plus difficile a guérir. D'autres fois l'état nerveux donnant lieu à des symptômes névropathiques plus prononcés que les autres , les médecins avaient abusé ou des antispasmodiques de toutes formes et toutes natures, ou, croyant a l'existence d'une hystérie y faisaient subir à l'utérus une modification qu'on aurait pu et dû lui épargner. Que de gastrites chroni(|ues, que de myélites me sont venues de toutes parts, qui n'étaient que des états nerveux par chlorose aggravés par le traitement !

L'expérience que j'ai acquise à cet égard, me fait un devoir d'insister sur l'appréciation de la cause qui nous occupe à présent, et sur l'ensemble des signes qui la font reconnaître.

La plupart des médecins, d'après les opinions généralement admises sur la chlorose , ne reconnaissent cette maladie que quand ils entendent dans les carotides des sogfQes continus, quand les sujets sont pAles et comme étiolés, avec cette circonstance particulière chez les femmes que les règles manquent, quoiqu'il n*y ait pas grossesse.

Si l'on admettait l'existence de la chlorose seulement dans de semblables conditions, je déclare qu'on méconnaîtrait le plus souvent cette maladie dans une foule de cas où elle existe, et

S8 MALADIES NERVëL'SE8 GÉNÉRALES.

particulièretrient la où elle amène les accidents nerveux les plus formidables. Les souffles continus sont très rares; les sujets chloroliques ont souvent de jolies couleurs, et rougissent mieux et plus facilement que les autres; Taménorrhée peut tenir à une foule d'autres causes, et en outre elle est souvent remplacée par des hémorrhagies utérines fréquentes et abondantes dans la chlorose la mieux confirmée ; ce signe d'ailleurs ne peut pas être invoqué dans les chloroses des hommes, qui sont plus rares, mais dont Texistence n'est pas plus douteuse que celles des femmes.

Pour moi, il y a des signes de chlorose dans une foule de cas qui sont en dehors des règles généralement professées ; celles-d conviennent à certains cas types; mais la connaissance de la maladie doit aller beaucoup plus loin pour être véritablemenl conformée la nature et sérieusement utile. Les cas types sont fortrares, guérissent difficilement, entraînent des désordres d'in* nervation qui laissent quelquefois des infirmités incurables; j'en ai vu un qui a déterminé la mort du sujet. Le devoir le plus important du médecin est d'empêcher les choses d'en venir i cette extrémité, de saisir le mal, aussitôt qu'il est reconnais^ sable, pour le combattre dans le principe sans hésitation, et l'empêcher ainsi de porter plus loin ses ravages.

Pour le reconnaître, pour ainsi dire au début, il y a des signes certains et des signes accessoires. Les premiers ne doivent pas laisser de doute sur la nature du mal et sur sa présence *, les seconds doivent au moins donner l'éveil, et en même teni]^ ib comportent une part active et importante des indications thérapeutiques indispensables à satisfaire.

Les premiers concernent la circulation, les seconds regardent les fonctions digestives et le système nerveux.

Pour ce qui regarde la circulation , nous avons à examiner : l"" le pouls; 2"* les bruits du cœur; 3"* les bruits a la région carotidienne^ &<" l'état de plénitude ou de vatcuité des veines superficielles; b"" les infiltrations séreuses que détermine le trouble spécial de la circulation, ou plutôt l'altération de nature du liquide charrié dans les vaisseaux ; 6* chez les femmes, le dérangement de la menstruation ; 7"* dans les deux sexes, les hémorrhagies dont la chlorose est assez souvent accompagnée. Nous allons jeter un coup d'œil sur chacun de ces sujels.

ÉTAT NBRTBUX. 89

Le pouls. Quand on touche le pouls sur rarlère radiale d'un sujet chlorotique, on y sent toujours un certain degré de mollesse. L'impulsion communiquée i Tarière pendant le pas-^ sage de l'ondée sanguine, ne résiste pas i la pression modérée du doigt de l'explorateur; le vaisseau se déprime facilement^ s'eilaee, même sans qu'il exerce une pression comme celle qui serait nécessaire pour produire cet effet dans l'état normal de la santé.

Ce caractère de mollesse du pouls est indépendant du volume de l'artère; qu'elle soit très petite, comme dans les chlorôaea extrêmes; qu'elle soit volumineuse, comme dans les chloroses commençantes, surtout chez certains hommes, la mollesse du pouls, la facile dépression du vaisseau existent toujours, à des degrés divers, mais toujours à un degré appréciable, par une main expérimentée. La vitesse de la circulation, la fréquence du pouls ne modifient pas non plus ce caractère ; et il faut ajouter que cette vitesse, celte fréquence ne sont pas rares chez ces chlorotiques. Ce sont les sujets qui présentent le plus souvent une amélioration notable de la circulation, en dehors de toute maladie aigoe fébrile.

La mollesse du pouls m'a toujours semblé d'ailleurs un bon caractère pour distinguer les anémies chroniques des chloroses. Dans ces derniers temps on a beaucoup discuté sur l'anémie et la chlorose; les uns voulant confondre ces deux états, les autres voulant les distinguer; les premiers s'appuyant sur quelques analyses chimiques du sang, les autres sur des faits de patholc^e.

Pour mon compte, j'ai toujours cru, et je crois encore, qu'il y a impossibilité de distinguer l'une de l'autre : la chlorose aiguë, celle qui se fait rapidement , de l'anémie aiguë, celle par exemple que produisent les grandes hémorrhagies artificielles ou naturelles. Dans l'un comme dans l'autre cas , la matière colorante, les substances protéiformes du sang sont notablement diminuées , tandis que la proportion d'eau est immédiatement rétablie, réparée, ou nécessairement conservée. Mais ces choses ne se passent (ms de même dans l'état chronique. Comparez le pouls d'un phthisique avancé, d'un cancéreux, tous deux manifcsleaieat chroniques, avec le pouls d'un sujet chlorotique non

douteux, et vous reconnaîtrez une différence incontestable. Le phthisique, le cancéreux pourront avoir le pouls petit* même filiforme; mais il ne sera point mou et diffusible comme le même pouls dans la chlorose. C'est ce qui m'explique pourquoi on ne trouve point chez ces sujets, les bruits de soufQe dont nous nous occuperons tout à Theure, tandis qu'on les rencontre aussi bien dans Tanémie aiguë que dans la chlorose.

Reste un point sur lequel je crois encore devoir m'expliquer. M. Beau a fait une théorie de la chlorose dans laquelle cette maladie ne serait qu'une pléthore aqueuse. Si l'on veut admettre, pour soutenir cette théorie, que la chlorose existe parce qu'il y a dans le sang une proportion plus grande que la proportion normale de l'eau en rapport avec les autres principes du sang, c'est-à-dire qu'il y a rupture au profit de l'eau de l'équilibre régulier entre les substances qui constituent le liquide nourricier, j'adopte cette théorie que je regarde comme parfaitement prouvée et vraie. Mais si l'on veut, comme le semblent indiquer ces mots pléthore aqueuse^ insinuer qu'il y a pléthore, c'est4dire plénitude et même plus que plénitude des vaisseaux , mais que cette plénitude est faite par l'excès d'eau existant dans le sang, je ne peux plus admettre cette opinion ; les faits les plus nombreux et les plus incontestables, l'étude des maladies, l'examen des cadavres, m'ont prouvé également que les faits ne sont en aucune façon d'accord avec cette théorie. Les autopsies des chlorotiques citées par les auteurs, celle que j'ai faite moi-même, ont montré tous les vaisseaux vides, exsangues. Le développement minime des artères, l'affaissement et la vacuité des veines, pendant la vie, chez le plus grand nombre des chlorotiques, me semblent des raisons suffisantes pour nier la pléthore chez ces sujets. Les quelques observations contraires qu^on rencontre prouvent seulement que la chlorose et la pléthore aqueuse ne s'excluent pas, ce que j'admets très volontiers: ce qui explique la disposition aux hémorrhagies que présentent certains de ces sujets, et quelquefois aussi celle qu'ils ont aux infiltrations séreuses; mais les faits ne me permettent pas d'aller plus loin, et surtout d'en faire une loi générale, en un mot une théorie de la chlorose.

Enfin un caractère du pouls remarquable chez beaucoup de

èïat nbrvbux. h

chlorotiques se trouve dans la vacuité du rhylbme qu'il préfente. Rien ne se modifie plus vite que la fréquence de leurs pulsations; elles passent en un instant de 60 ou 80 par minute à 100, 115, ISO. Il suffit pour cela d'un peu de mouvement, d*une émotion légère.

Je crois qu'il faut attribuer à la même cause la facilité avec laquelle la plupart des cliloroUques rougissent pour la moindre cause. Je veux parler, bien entendu, des chlorotiques peu avancés. Quant aux autres, cette particularité ne leur manque pas non plus; mais cela se borne i une légère injection rosée des pommettes ou des oreilles. Je reparlerai plus loin de ce caractère, en traitant de la coloration des chlorotiques.

Dans la chlorose et dans Tanémie aiguë, les pulsations du cœur et les bruits des gros vaisseaux offrent des imrticularités importantes à étudier, surtout dans les degrés moins avancés de la maladie. A peine ai-je besoin de rappeler ces caractères pour les cas extrêmes, qui ont pourtant été à ma connaissance souvent méconnus par des praticiens renommés. Mais je regarde comme capital de bien établir ce diagnostic pour les chloroses moyennes, celles que l'expérience m^a montrées plus souvent capables de donner lieu aux états nerveux les plus graves. Pour les affec* tions avancées de cette nature, je ne peux que plaindre les malades des médecins qu'un grand défaut d'attention ou une opinion théorique enracinée, auraient rendus sourds et aveugles devant des signes non douteux d'une maladie avancée; mais j'aurais moralement tort, si je n'appelais pas Tattention de tous les praticiens de bonne volonté sur des caractères dont j*ai appris depuis nombre d'années à reconnaître l'importance.

Dans la chlorose et dans l'anémie aiguës ou chroniques, les pulsations du cœur laissent très bien reconnaître i l'oreille que cet organe n'est ni fort, ni puissant, ni plein d'un liquide abondant et capable de résistance par une quasi-solidité* Le cœur sonne creux pour ainsi dire; l'impulsion, même quand elle est vive dans le moment des palpitations, offre en même temps peu de résistance, ne soulève pas la tête de l'observateur et fuit avec une grande rapidité. Quand il n'y a pas de palpitations, elle est molle, sourde, obtuse, et d'autant plus que la maladie est plus avancée. Les choses vont quelquefois à ce point que le&

kt MALADIES MKIIVfiUSBS G^NÉRALKS.

deux bruils du cœur peuvent ne pas présenter pour 9Àùsi dire de différence d'intensité, et que le second temps ne se distingua plus du premier, que parce qu*ii reste toujours un peu plus bref et suivi d*un silence un peu plus long.

Voilà pour Tauscultalion du cœur à sa partie moyenne et vers la pointe. Les caractères sont plus marqués quand on ausealte vers les oriBces.

Dans l'anémie chronique, amenée par une foule de cachexies, CD ne trouve à ces orifices rien de particulier.

Dans l'anémie par pertes matérielles de sang et daiis les chloroses au contraire, des bruits particuliers sont faciles à re« connaître dans les explorations de la base du cœur.

Si la chlorose ou l'anémie aiguë sont seulement à une sorte de premier degré, les claquements des valvules qu'on entend au premier et au second temps sont presque normaux, mais plus sonores que dans l'état physiologique. Ce caractère, coïncidant avec la mollesse du pouls, indique une disposition marquée vers la maladie ; une tendance vers la chlorose confirmée qui ne tardera pas à se montrer plus grave si des symptômes comme ceux de la gastralgie, du vice de la digestion viennent s'y joindre ; ce qui arrive ordinairement à moins qu'on n^y pourvoie a temps.

Dans une seconde période de la maladie , et par des transi* tiens appréciables à l'oreille, soit chez le même sujets soit sur des sujets différents atteints à divers degrés, les bruits du cœilr ohangent. Le second temps reste bref et sonore; le premier temps devient plus long, pins obscur, plus frotté. Les bruits ont alors quelque chose de parfaitement comparable aux sons qiie produirait une personne en marchant avec une pantoufle de lisière et un soulier; la pantoufle représentant le premier bruit et le soulier le second, avec la supposition qu'il y aurait toujours un silence un peu plus long après le bruit du soulier.

La mollesse du pouls, même quand il parait encore large et développé, est très facile à reconnaître sur l'artère radiale qui s^efface môme complètement dans une pression modérée.

lies caractères indiqués plus haut des bruits cardiaques, sont le plus souvent faciles à reconnaître en auscultant la crosse de Taorte, les carotides et particulièrement la carotide droite.

ÉTAT NHRVKUX. 4I

L*dtéraUoo des bruits du cœur ne va pas toujours au delà du désordre que je viens de signaler. Cbez les hommes surtout^ elle se borne souvent là, pendant la chlorose de la jeunesse aussi bien que dans celle de l'âge mur. Chez les femmes chloro* tiquas à l'âge de retour, les phénomènes cardiaques s'arrêtent aussi assez fréquemment à cette limite. Cependant, je dois prévenir que, même dans ces cas, il faut ausculter le malade à dif* rérentes heures de la journée, après et avant les repas, les exercices, le repos; parce que j'ai rencontré souvent des sujets qui ne présentaient en certains moments que les modifications des bruits signalés ci-dessus, et qui, dans d'autres moments, me permettaient de reconnaître des signes physiques plus avancés^ comme ceux dont nous allons parler.

Dans un troisième degré de la maladie, le premier temps se prolonge; soit qu'il soit d'abord frappé et puis suivi d'un souflBa qui va jusqu'à rejoindre le second temps ; soit qu'il soit remplacé sans choc appréciable par ce bruit de souffle accupant toat îespace ordinaire entre le premier et le second temps. Cette dernière forme signale une altération un peu plus marquée que la première; il arrive souvent que les bruits du cœur, dans ee degré du mal, passent d'une des modifications des sens à l'autre.

Dans cet état, et dans celui dont nous allons parler tout i l'heure, les choses vont quelquefois jusqu'à laisser l'observateur dans le doute sur le point do savoir si ce sont des bruits de chlorose ou des bruits dérivant d'une lésion des valvules. Les localisations des bruits, les formes du souffle, ne décident pas toujours ta question et on ne parvient à asseoir définitivement son jugement que par une exploration attentive réitérée, qui laisse apprécier de grandes différences dans l'intensité, la durée, la forme du souffle chez les cblorotiques ; qui montre au contraire une per-^ sistance plus régulière des mêmes types, s'il s'agit d'une lésion des valvules. D'ailleurs, on arrive presque toujours à se procurer une grande probabilité dans un sens ou dans l'autre, même dani un seul et premier examen, en soumettant les malades à Une expérience bien simple. Pendant qu'on ausculte, on leur demande de faire un effort qui les oblige à retenir leur respiration, comme s'ils poussaient pour aller à la selle, comme s'ils étaient

ai MALADIES ?IERVEUSi£S GÉNÉRALES.

condamnés à ne pas respirer pendant assez longtemps, comme s'ils se préparaient pour un effort quelconque; et, pendant qu'après une large inspiration, la respiration est suspendue, on écoute attentivement les bruits du cœur. Si le souffle estcblorotique, il disparaît au moins en grande partie ; s'il dépend de lésion matérielle des orifices du cœur, il augmente ou du moins se conserve sans changement.

Cette expérience décide le plus souvent la question de prime abord. Mais il y a des cas de chlorose non douteuse, et en même temps de lésions des valvules du cœur. Il faut alors suspendre son diagnostic jusqu'à ce qu'une plus longue observation et une médecine bien conduite aient pu isoler les deux éléments en présence et rendre à chacun ce qui lui appartient. Cette difficuUé d'ailleurs se présente moins souvent dans ce degré de la mttladie que dans celui dont il me reste à parler.

Au quatrième degré de la chlorose et de Tanémie aiguë, les bruits de souffle du cœur deviennent presque continus avec une sorte de battement intermittent, double ou simple, correspondant aux deux temps du cœur. Je n'ai jamais pa entendre, malgré tout ce qu'on a dit ou écrit à ce sujet, de bruit de souffle réellement continu, en auscultant vers la région des orifices du *cœur. Plus loin, je dirai ce que je pense de ces souffles dits continus dans les carotides. Pour compléter ce qui regarde le cœur, je dois ajouter seulement ici que les battements de cet organe peuvent faire entendre des frottements plus ou moins rudes et sonores, qui simulent très bien les frottements produits dans les lésions organiques des orifices du cœur.

Dans ces cas, l'exploration attentive, soutenue et répétée des bruits du cœur, l'expérience indiquée ci-dessus, l'étude attentivedes autres symptômes généraux et locaux, permettent à la longue d'établir le diagnostic , et tout cela se peut faire ainsi sans dommage pour le malade, puisque les deux affections possibles ou même simultanées, n'ont en elles-mêmes rien d'absolument contradictoire pour le traitement.

L'examen des bruits entendus dans la région carotidienne, aide d'ailleurs souvent à poser mieux et plus tôt un diagnostic définitif.

Je ne veux pas entrer dans la discussion établie par quelques

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