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auteurs, sur la question de savoir si les bruits de cette régiop se passent dans les artères ou dans les veines; je laisserai la chose se débattre entre les physiologistes que cela peut intéres* ser, et je me contenterai de raconter le fait, comme j*ai toujours cru l'entendre, sur la région des artères, coïncidant avec la puU sation et avec la vibration artérielles, sans aucune apparence de rapport avec la respiration, ni avec le pouls qu*on a appelé veineux.
Or, les bruits dont j*ai parlé tout à Theure pour la région de la base du cœur, pour les points du thorax correspondant aux orifices aortiques, peuvent se trouver dans la crosse de Taorte et sur le trajet des carotides, avec presque tous les mômes caraotères que j*ai indiqués plus haut : pulsations sonores, pulsations prolongées, bruits boiteux d'un type alternativement claqué et frotté, souffles prolongés presque jusqu'à devenir continus, doux le plus souvent, quelquefois rudes comme des bruits de rabot ou de scie, ils offrent tous les timbres, tous les rhythmes décrits plus haut pour le cœur. La seule particularité à noter sur ce sujet, c'est que ces bruits sont plus fréquents et plus universels dans les chloroses que leurs analogues au cœur; et, par conséquent, que leur présence y est plus facile à saisir, plus aisée à observer et souvent plus caractéristique de la maladie» IVailleurs, on peut encore les rencontrer semblables sur le trajet de plusieurs grosses artères, les axillaires, les brachiales, les crurales et même quelquefois sur des troncs artériels moins volumineux et placés superQcieltemenl. Outre ces bruits communs au cœur et aux vaisseaux, il y a encore deux sortes de bruits particuliers aux carotides, qui s'observent seulement dans la chlo* rose et surtout dans la chlorose très avancée, ce sont les bruits auxquels M. le professeur Bouillaud a donné les noms de bruit de diable et de bruit de mouches, a cause de la ressemblance frappante qu'ils ont avec le ronflement rhythmé du joujou dési-* gné par le premier nom et avec le bourdonnement que font entendre les insectes désignés dans le second. La présence bien constatée deVun de ces bruits, leur apparition alternative, leur manifestation même très momentanée au milieu des souffles ou des bruits indiqués en premier lieu, décident sans aucune hésitation la réalité de la chlorose. Ces variations des bruits artériels
M MALADIES ItnnEUSES GÉNÉRALES.
sont en effet très communes dans cette maladie, suivant llieure éù jour, le rq)Os ou Texercice que vient de prendre le sujet, l'émotion qu'il éprouve et mille circonstances impossibles à prévoir. Mais il suffit que ces variations se rencontrent, que les plus caractéristiques des bruits chlorotiques se montrent quel- ^efois, que les plus ordinaires se suppriment pendant que le maliule fait un effort pour que le diagnostic local soit assutfé. A plus forle raison, si l'on peut joindre à ces moyens physiques de reoonnatlre la maladie, les preuves de physiologie pathologique dont nous parlerons plus loin.
L'examen des veines superficielles chez les chlorotiques montre ees vaisseaux en deux états différents. Ils sont pleins et dessinés MUS la peau dans quelques cas exceplionnels, plus souvent diex las hommes que chez les femmes, plus souvent dans la cbloraat d# Tàge de retour que dans celle de la jeunesse, plus soovent dans le début de la chlorose que dans la chlorose confirmée, presque toujours dans la chlorose saturnine. Les veines se reneontrent, au contraire, aplaties, vides, presque exsangues, à un degré plus ou moins avancé, dans les chloroses confirmées de teus les âges et des deux sexes, dans la plupart des chloroses de femmes jeunes ou seulement adultes, dans presque tontes celles que signalent des accidents nerveux chroniques. Ces chloroses forment toutes ensemble une immense majorité dans Tespèce.
Les sujets chlorotiques avancés présentent souvent un désordre notable dans les exhalations séreuses; ils sont exposés à des infiltrations notables. La plus commune de ces infiltrations est edle des pieds et du bas des jambes. On y trouve alors tous les signes d'une anasarque partielle. Cette infiltration très commune chez les chlorotiques de tous les âges, et surtout chez les femmes chlorotiques à l'âge de retour, n'entraîne pas d'autre inconvénient que les inquiétudes qu'elle donne aux malades et la difficulté de la marche, des longues stations debout, et d'un sentiment de douleur et de fatigue dans les jambes. D'autres infiltrations séreuses moins communes entraînent des inconvéments plus graves. Je rappellerai à cet égard :
1* Celles des séreuses articulaires qui quelquefois se montrent brusquement et disparaissent de même , et quelquefois persistent
avec une grande ténacité. J'en ai observé des exemples remar* qnaUes chez de jeunes sujets de Tun et l'autre sexe, surtout pout les artîculaiions des genoux.
2* Celles des séreuses viscérales du cceur» simulant Tendocardite ou la péricardite. Dans la seule autopsie cadavérique du chlorotique que j'ai fisite, je trouvai un peu de sérorité dans la cavité du péricarde. Celles des plèvres, si faciles à provoquer dan^ les anémies artificielles; celles du péritoine qui arrivent surtout lorsque les csdèmes des membres inférieurs ont acquis un grand développement, et quand la gène de la circulation et de la respiration est devenue très grande par l'extrême appauvrissement du sang.
t* Celles enfin des séreuses intracràniennes qui donnent si souvent lieu à des accidents épouvantables du côté du cerveau et des fonctions nerveuses dérivant de ce centre des volitions, des MnsaUons et des mouvements volontaires.
Si je tenais à remplir ce livre d'observations particulières de malades, je pourrais apporter des exemples personnels i l'appui de chacune de ces affections. Les premières sont trop faciles i constater, et trop simples pourque je croie devoir y insister d'une manière particulière. Nais la dernière mérite une mention et une insistance spéciales. Je pourrais citer bien des exemples de malades chez qui l'on a vu survenir, à la suite de chlorose bien constatée, des paraplégies, des hémiplégies, des (laralysies partielles du mouvement et du sentiment, des altérations momen* tanées de la mémoire, de l'inteUigence, des affections, des attaques épileptiformes et même tout à fait épileptiques, toutes maladies que la marche des accidents, que l'étude suivie des ma* lades, que le succès^d'un traitement bien conduit ont souvent forcé d'attribuer a des épanchemenls plus ou moins rapidement produits dans les séreuses qui enveloppent le cerveau et la moelle épinière. J'en citerai plus loin de nombreuses preuves quand je traiterai des affections nerveuses les plus graves ; j'en pourrais ici rapporter de nombreux exemples qui se sont passés dans une salle d'hôpital, ou qui ont eu pour témoin des médecins nombreux de Paris ou de la province. Je me contenterai d'un fait qui est encore sous mes yeux , et qui mérite d'être ici consigné sous plusieurs rapports, et particulièrement parce qu'il
montre mieux que tous les autres, quelle gravité les accidents peuvent revêtir quand ils intéressent les séreuses, dont il s*agit, et par conséquent les fonctions du cerveau.
Une dame habituellement sédentaire, très grasse, peu et difficilement réglée, approchant de l'âge de retour, éprouva un chagrin très violent par la perte subite de son mari qu'elle affectionnait beaucoup, et par Tobligation où cette perte la mit , de gouverner elle-même des affaires difTiciles dans lesquelles elle n*avait été jusque-là qu'une auxiliaire utile. Elle eut à la suite une gêne notable de la respiration, de violentes palpitations et un désordre incroyable des mouvements du cœur. D'après le conseil de M. Amussat Qls, qui lui donnait des soins, elle consulta M. le professeur Bouillaud. Cet habile explorateur constata la réalité d'un désordre extrême dans les battements du cœur, et par conséquent dans le rhythme du pouls ; mais il ne reconnut aucun désordre matériel de l'endocarde ni du péricarde; point d'hypertrophie ni de développement du volume du cœur; aucune lésion des gros vaisseaux voisins a leur origine. La mollesse des pulsations artérielles, la facile dépression du pouls, le caractère des bruits carotidiens, les circonstances antérieures, l'étude de l'ensemble de la constitution, autorisaient à diagnostiquer une chlorose et des palpitations nerveuses. Le traitement fut prescrit en conséquence.
Malheureusement pour la malade, elle ne voulut pas s'y tenir, et elle demanda d'autres conseils à l'homœopathie. Je ne connais pas la drogue mystérieuse qui lui fut ordonnée , et il importe peu de savoir si elle le fut à la douzième ou à la trentième dilution ; si elle en avala par jour une ou plusieurs fractions de dix-millionièmes de grains; toujours est-il qu'après avoir vu les jambes se gonfler tous les soirs, par un œdème de plus en plus développé, elle fut un jours prise brusquement d'accidents cérébraux formidables.
La tête s'embarrassa, l'intelligence s'annihila brusquement ^ la parole fut supprimée ; le côté droit du corps frappé d'hémiplégie incomplète; les jambes perdirent le mouvement ; les urines et les matières fécales s'échappèrent incessamment sans que la malade s'en aperçût; et des convulsions épileptiformcsi avec contorsion du visage, morsures à la langue, écume sanguinolente
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rendue k la fin de Taccès, vinreiil ajouler udc gravité plus grande au pronostic. Cet élal,déjà si grave, à ianl de litres, était encore rendu plus pénible par un étouffement presque continuel, et par une inquiétude extrême qui obligeait la malade à se relever, à se rouler, i s*agiter continuellement. On avait été obligé de rétendre sur plusieurs matelas par terre, et ses accès épileptifonnes la reprenaient dix^ douze, et quinze fois au moins dans les vingt -quatre heures.
Le médecin homoeopalhe essaya, dit-on, d^arrèter ces acci* dents; puis voyant qu'il n*oblenaitrien, il déclara que la malade allait mourir dans les vingl«quatre heures, et par conséquent qu'il n'avait pas de raison pour revenir. Les prières réitérées de la famille ne purent en tirer une autre réponse ni de meilleurs secours.
C'est alors que les parents et les meilleurs amis de la malade prirent i son insu, et malgré sa répugnance connue pour une médecine plus raisonnable, le parti de la mettre entre les mains des médecins qui l'avaient déjà vue et conseillée. M. Bouillaud et M. Amussat pensèrent que le devoir le plus sacré et le plus mo*ral de notre profession les obligeait à accepter k charge qui leur était offerte, avec les plus vives instances, au nom d'une famille ainsi abandonnée. Ils virent la malade, constatèrent la gravité de sa position, la forme singulière des accidents qu'elle éprouvait, rapprochèrent leurs souvenirs et reconnurent une liaison entre les symptômes présents et ceux qu'ils avaient observés, eu égard aux désordres du pouls et des battements da cceur, aux prédispositions, à rinfillration du tissu cellulaire, i la mollesse des pulsations artérielles, et ils jugèrent à propos de me faire appeler en tiers.
A notre première entrevue, toutes les circonstances antérieures médicales et morales furent rappelées et examinées ; les symptômes mentionnés furent constatés de tous points, et nous conclûmes : 1* qu'à la suite de cette chlorose, reconnue pendant l'état de santé relative qui avait précédé la maladie ac« tuelle, les palpitations, les œdèmes observés, les étouffements, avaient été la conséquence naturelle et simple de l'état général ; 2* que les peines vives ressenties par la malade avaient aggravé
son état, en troublant de plus en plus les fonctions répara** , * • - ^
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trices, et en appelant le cerveau à une activité plus grande ; 8"* que les accidents cérébraux, de forme si éminemment nerveuse, actuellement observés, étaient la conséquence de cet état physique et moral , et suivant toute probabilité -d*une sorte d*œdème ou même d'épanchement séreux dans les mé^ ninges.
De ce que les accidents actuels se montraient sans symptômes précurseurs du côlé du cerveau ; de ce quMls offraient une grande variabilité dans certains moments de la journée; de ce que les symptômes d^hémiplégie et de paraplégie montraient de temps en temps une rémittence notable, et qui n'avait point de rapport saisissable avec les attaques d'apoplexie; de ce que la mutité persistait aussi absolue, même dans les courts instants où la malade semblait bien comprendre ce qu'on lui disait; enfin de la persistance des désordres du pouls et de la respiration au milieu des phénomènes cérébraux, nous conclûmes qu'il n*y avait point de lésion locale fixe, de déchirure du cerveau ou de production anormale qui vint le léser. Tout le traitement fut institué en conséquence.
Application de ventouses sèches a la nuque et le long du rachis, quelques-unes de ces ventouses scarifiées derrière le cou et les oreilles, lavements purgatifs très actifs, usage habituel de pilules drastiques, dont les effets furent observés et calculés avec soin, dragées de digitaline à 0,001 au nombre de trois chaque jour, administration fréquente de calomel à doses fractionnées pour purger un peu et surtout pour exciter une salivation , frictions mercurielles sur le cou et le haut delà poitrine pour arriver au même résultat, cataplasmes sinapisés promenés sur les membres inférieurs, puis large vésicatoire volant entre les épaules. Tels furent les moyens employés progressivement, et sous Tinfluencc desquels nous vîmes notre malade revenir a la vie. Peu i peu l'intelligence se retrouva, puis les paralysies s'amendèrent, puis les accès épilepliformes s'améliorèrent en ce sens surtout que la malade y conservait de plus en plus de la sensibilité i la douleur. Ils devinrent avec le temps plus incomplets encore, plus courts, puis disparurent tout à fait. C'est alors seulement que la parole commença de revenir, d'abord difficile, embarrassée, lente, puis, enfin, plus nette et plus facile. Toute para-
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lysiê ÉVftit oessé; la parole élait assez facile; le sommeil passable; la digestion en voie de noiable amélioration ; rintelligenee très nette; les accès épiloptiformes absolument disparus, quand f ai cessé de voir la malade. Je ne Taisais plus de doule qu'elle oiarchàt à grands pas vers un rétablissement définitif.
Je n*bé8ite pas à regarder cette observation comme un exemple de ce que peut être une infiltration séreuse du cerveau ou des néflingeSy dans la chlorose où se rencontre une compticatioti de cette nature. Jai vu et je citerai plus loin d'autres exemples de paralysies partielles produites, à mon opinion, par la même sorte de complication. Je n'en ai point rencontré où les accidents aient été plus généraux et aient mieux présenté les pbases que je crois propres à celte maladie.
Chez les femmes, la fonction menstruelle a toujours tenu une large place dans la chlorose; et il faut ajouter que le plus souvent on a mal compris l'importance de ses désordres.
Les règles manquent ou demeurent insuffisantes dans le plus grand nombre de cas; on s'est imaginé que la maladie venait de ce que la fonction périodique se faisait mal. On a créé une certaine atonie de matière, ou un caprice du sang qui ne se portait point, comme il Vaurait dû, vers cet organe, et de là toutes sortes de conseils, de médications le plus souvent contraires au but qu'on voulait atteindre, dans la médecine moderne presque aussi fréquemment que dans la médecine du temps de Molière.
Voici les observations que l'étude approfondie de la chlorose m'a permis de faire. La diminution des règles sous le double rapport de la quantité et de la qualité du sang perdu, est le phénomène le plus commun que présente la menstruation dans la chlorose. L'écartement insolite des époques, les douleurs utérines, le désordre dans la périodicité viennent ensuite. En troinème lieu, il faut noter soil l'aménorrhée complète, soit les écoulements menstruels sanguins trop prolongés, trop abondants, trop répétés, soit enfin les pertes blanches excessives qui lient uae époque menstruelle à l'autre, ou qui prolongent l'écoulé^sent périodique par une apparition prématurée et par une prolongation morbide.
Le premier degré appartient à la chlorose commençante ; le
second degré se Irouve surtout dans la chlorose confirmée, et dans la chlorose de l'âge de retour. Le troisième degré indique , à la fois les chloroses les plus graves, les plus compliquées, les plus longues à guérir. Les premières décèlent seulement un commencement d'altération dans la composition du sang; les secondes un degré plus avancé du même mal et de plus un état pathologique plus fâcheux de Téconomie; les troisièmes une véritable cachexie contre laquelle il faudrait invoquer toutes les ressources de Thygiène , toutes celles de la médecine bien entendue, et en même temps toute la rigueur d'une méthode infatigable dans sa persévérance et dans sa direction une fois bien déterminée.
Je ne dois pas oublier de mentionner ici, comme propres a la dernière espèce de chlorose, certaines marbrures comme ecchymotiques qu'on observe quelquefois sur le visage ou les membres des chlorotiques, les véritables ecchymoses qui leur surviennent spontanément, les suintements sanguins sur la langue, dans toute la bouche, dans le nez, dans les bronches, devenant môme de véritables hémorrhagies. Mes élèves en ont publié des observations remarquables.
Tels sont les signes certains, essentiels, auxquels on peut et Ton doit reconnaître les chloroses ; là où ils se trouvent, même a un degré peu prononcé, cette maladie existe. Je ne crois pas qu'elle ait jamais lieu sans qu'elle se manifeste par plusieurs des caractères rassemblés ci-dessus.
Il y en a d'autres qui s'y trouvent communément, mais qui n'y sont point essentiels, et par conséquent que je crois devoir mentionner ici seulement comme accessoires. Je veux parler des difficultés de digestion, des désordres nerveux, de la coloration propre aux chlorotiques.
Les difficultés de digestion souvent cause de chloroses ^ peuvent aussi bien en devenir conséquence; j'ai vu l'un et l'autre fait et souvent j'aurais été embarrassé pour dire si U dyspepsie avec toutes ses complications était cause ou effet, si je n'avais pas été en môme temps convaincu que cette détermination nepouvaitrien changera ma manière d'agir. Cause ou eSet^ la dyspepsie, la gastralgie, la constipation, la chlorose devaient être combattues et guéries. Je ne mentionne donc ici ce phétto*
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mène que pour en faire voir les rapports avec la chlorose, au point de vue de la symptomatologie.
Il en est de même ])Our les troubles nerveux. Il y a peu de chloroses où ces désordres ne se rencontrent pas, désordres dans les fonctions respiratoires, circulatoires, cérébrales, spinales» nerveuses. Ce traité en fournira de tous côtés la preuve. Nais je me contente ici de mentionner le fait comme moyen utile de supposer la chlorose, de la prévoir et même de la reconnaître. Je ne peux pas aller maintenant plus loin, sous peine de m*engager a ce sujet dans toute cette étude pathologique prématurée.
Enfin, la coloration qui a fait donner a cette maladie le nom qu'elle porte, se trouve ici rangée par moi dans les caractères accessoires propres à la faire reconnaître, parce que bon nombre de malades présentent cette coloration à un degré si léger, qu'on peut sérieusement en nier la présence. En général, les chlorotiques ont le teint jaune verdàtre, surtout pour l'ovale inférieur de la Qgure ; leurs lèvres sont peu colorées, leurs gencives sont à peine rosées. Quelquefois, tout le teint est remarquablement jaunâtre ; les chloroses saturnines vont même jusqu'à une teinte, qui a fait donner à cette maladie le nom d'ictère saturnin. Mais dans beaucoup de faits, bien dessinés d'ailleurs, les choses ne sont point ainsi. Les hommes chlorotiques, les jeunes Qlles chlorotiques et surtout les femmes qui ont cette maladie a Tàge de retour, montrent souvent de belles et fraîches couleurs. Il ne faut pas se laisser prendre à ce signe, surtout si le sujet subit soit par la présence du médecin, soit par toute autre cause, la moindre émotion morale. Rien ne rougit plus vite et plus qu'un chlorotique au début.
D'ailleurs, certaines pâleurs cachectiques du cancer, du scorbut, des ulcérations chroniques des intestins, des maladies de vessie, simulent si bien la chlorose avancée, que je n*ai pas pu ne pas mettre dans les caractères équivoques de cette maladie, tout ce qoi regarde la coloration des malades. Au point de vue positif et aflirniatif, comme au point de vue négatif, ce signe ne m*a jamais paru mériter une autre place dans l'étude symptomato* logique et diagnostique de la chlorose.
r Je devrais m'étendre ici sur les causes de l'état nerveux, qui , m même titre que la chlorose, trouvent leur raison d'être dans
J^k MALADIES NERVBUSBS GÉNÉRALES.
des étals particuliers du sang. Je n*en dirai toutefois que quelques mots, me réservant d*en parler plus longuement quand j'aborderai rétiologie de chaque maladie nerveuse en particulier.
On comprend facilement quelle influence morbide doivent avoir sur le système nerveux les altérations du sang, le$ vices connés ou acquis, qui agissent d*une façon permanente et impriment à la longue sur toute Téconomie un cachet spécial de débilité et de souffrance. Quelles prédispositions n*oiïrent pas en effet, aux maladies nerveuses, ceux que la diathèse syphilitique, par exemple, a frappés dans le sein ma* lernel^ qui sont fatalement condamnés au lympbatisme, à la scrofule, et qui ne peuvent réagir contre les causes incessantes qui troublent les organisations les plus robustes? Autant en puisje dire de ceux qui portent en naissant le germe plus ou moins dégénéré, abâtardi, mais néanmoins redoutable du rhumatisme, de la goutte, du vice dartreux, et dont les fonctions fréquemment perturbées se compliquent d'affections nerveuses diverses. Si cette pathogénie acquise par droit de naissance doit être prise en considération, combien à plus juste titre devrons-nous tenir compte de Tinfluence directe des maladies qui se développent avec toute leur acuité, sur des sujets jusque-là doués d'un état de santé satisfaisant? Ne voyons- nous pas tous les jours la fièvre typhoïde et le rhumatisme laisser après eux un ét^il. nerveux, qui bientôt se complique de névropathies plus nettement caractérisées? De là ces états morbides irréguliers, indéfinissables, qui frappent à la fois sur les fonctions psychiques, sen« sitives, motrices; exaltent les unes, dépriment les autres, et offrent l'étrange assemblage de Thyperesthésieet de l'anesthésie, du spasme et de Tamyosthénie ; le tout enté sur des vésafiies plus ou moins fugaces, mais incontestables.
L'étude de la pathogénie nerveuse mérite donc ^e fixer toute notre attention, et c'est en remontant, autant qu'il nous est pos-? sible de le faire, eu égard à nos ressources d'analyse, à cea causes premières, que nous pourrons instituer une médicaiioQ rationnelle et par conséquent efficace.]
Les causes dont je viens de parler ont amené l'état nerveux, surtout en laissant la sensibilité hors de proportion avec les forces; des souffrances pareilles existent encore chez des sujets
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qui B^auroDt été ni débilités, ni anémiés, mais qui se trouve^ root naturellement ou accidentellement, malgré une vie organique et musculaire très active, doués d'une sensibilité exagérée. Que ce soit le résultat d*une éducation mal gouvernée, de mauvaises habitudes, ou seulement d*un tempérament primitif mal pondéré, on voit assez souvent dans le monde des hommes et souvent des femmes d*une apparence vigoureuse, en qui cette sorte de cause exerce un grand empire.
C'est un fait qu'on rencontre à chaque instant dans notre siècle surtout. De toutes parts on sent, on voit, on reconnaît une surexcitation, une sorte de tension exagérée de Tintelligencei des passions, de l'activité humaine, qui donne lieu à des étals nerveux violents, explicables seulement par la cause dont je parle. Nous ne sommes plus des Sybarites amollis, de ces gens qu'une feuille de rose mal pliée dans leur lit empêchait de dormir# mais, au milieu de Taclivité dévorante qui tourmente les gêné*rations contemporaines, on retrouve des exemples presque pareils; seulement ils sont placés à un autre degré de Téchelle, et arrivés presque au même résultat, parce qu'on a exagéré outre mesure notre vie nerveuse. La disproportion entre le sentir et les autres fonctions est la même -, elle est seulement déplacée, et conserve son exagération relative.
D'ailleurs, chez nous comme chez eux, elle peut être innée et résulter d'une prédisposition originaire. Combien ne voit-on pas d*enfants manifester dès leurs plus tendres années Texcès de iiensibililédont je parle! Je puis aflirmerque je ne me suis guère trompé, quand j'ai prédit pour ces enfants que j'avais étudiés, la future apparition de tous les symptômes de l'état nerveux. Cet état ne devait être que la conséquence d'une sensibilité hors de proportion avec les autres fonctions et les développements ordinaires de l'âge.
Dans tous ces troubles de l'organisation et souvent aussi parce qu'elles provoquent et amènent ces désordres, les causes mœ^ales doivent tenir une grande place pour l'étude de l'état nerveux. Elles concourent en effet a le produire de deux manières : elles tendent, d'une part, à altérer les fonctions nutritives, d'où pourra s'ensuivre la débilitation dont nous avons parlé, avec ou sans anémie ou chlorose ; et, d'autre part, elles exaltent outre me-
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sure le système nerveux. II y aurait de quoi faire un gros livre sur ce sujet; nous allons tâcher de n'exposer que les faits principaux qui regardent la médecine des maladies nerveuses.
Pour le faire avec méthode, nous distinguerons les causes morales en celles qui altèrent la nutrition^ celles qui exaltent la sensibilité^ et celles dont Veffet mixte se compose de ces deux éléments.
Je crois légitime de ranger parmi les premières^ la plupart des troubles moraux chroniques, les chagrins, la jalousie, Tenvîe, la haine, Tavarice, toutes ces longues passions qui s'emparent d'une intelligence, la tourmentent incessamment, et l'occupent malgré le temps, la distraction, la raison, la conscience; dont on a dit avec justesse qu'elles rongent ceux qui y sont en proie. Alors la digestion languit, le sommeil est troublé, la respiration souffre, et le dépérissement qui s'ensuit amène inévitablement Tétat nerveux.
Dans la seconde classe, celle des causes morales qui exaltent la sensibilité, viennent se placer toutes les affections vives: la colère, la joie, le saisissement, les éclats de tous les fanatismes. Cette action serait à peu près nulle dans un sujet non prédisposé. Mais, pour peu que les prédispositions convenables existent, Texallation de sensibilité, que causent ces mouvements brusques, suffit pour décider un état qui n'était encore qu'en puissance, et n'avait pas eu occasion de se révéler.
Viennent enfin les causes morales, que j'appelle mtx/e5, parce qu'elles sont un mélange des affections morales aiguôs et chroniques, et parce que leurs effets sont doubles, suivant l'état de l'organisation dont elles s'emparent, et suivant les circonstances de bien et de mal, d'activité ou d'abattement qu'elles comportent. Telles sont les passions du jeu, de l'ambition, de l'orgueil, de l'amour, les exaltations du fanatisme ou religieux, ou pa« triotiquc, ou philosophique. Ici l'action peut être chronique, car ce sont des passions qui durent; et aiguë, car elles sont pleines de péripéties, d'angoisses et de surprises. Par conséquent, elles déterminent des effets doubles. Elles brisent une constitution incapable de les supporter; elles exaltent, au contraire, celle qui se sent des forces pour marcher au but de ses désirs.
Au milieu de ces secousses, auxquelles est sans cesse en butte
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rbomme civilisé, il est facile de prévoir quel développement doivent prendre les états nerveux. Les individus, isolément battus par toutes ces tempêtes, y succombent après une lutte plus ou moins longue. C*est ce que montre Thistoire morale de Thomme dans tous les temps. L'influence de ces passions est bien plus marquée encore, quand elles saisissent et tourmentent, non plus des individus, mais des peuples, des générations tout entières. Dans tous les siècles, aussitôt qu'une idée est semée parmi Tespèce humaine, qu'elle devient une passion générale, une vie nouvelle pour une société; ou bien quand une civilisation avancée permet à toute passion de se produire, de se mouvoir, d'élever ses prétentions et de les satisfaire, les états nerveux se multiplient d'une manière frappante. C'est le temps où les philosophes ont beau jeu de vanter, par opposition, les vertus, le calme et la paisible santé de l'homme des champs, ou mieux encore de l'homme sauvage. C'est le temps où les médecins voient apparaître ces épidémies convulsives, ces sortes de monomanies qui transportent des nations tout entières, qui donnent en mille endroits les mêmes hallucinations, les mêmes craintes, les mêmes désirs, les mêmes convulsions, les mêmes folies, ou bien au milieu de sociétés plus corrompues ou plus amollies, les mêmes vapeurs. L'histoire de toutes les civilisations abonde en exemples de ce que je dis ; la conscience de toutes les personnes passionnées est pleine de souvenirs qui confirment mes paroles.
L'observation des malades montre aussi chaque jour, que des causes matérielles peuvent donner lieu à l'état nerveux. Toutes les maladies longues, toutes les maladies graves, toutes celles qui altèrent la nutrition, et surtout celles qui attaquent à un certain degré les centres nerveux, peuvent conduire à cet état plus ou moins prononcé. Ici l'état nerveux n'est qu'un accompagnement obligé d'un mal plus grave, il n'en est qu'une conséquence; mais il n'exige pas moins toute l'attention du médecin. Il la mérite même doublement: d'une part, pour que celuici sache positivement à quoi il a aflaire, et n'aille pas confondre des symptômes nerveux avec des symptômes semblables d'altérations plus profondes ; et, d'une autre part, pour qu'il tâche d'y remédier avec connaissance de cause, car ce mal nerveux est un mal sérieux pour le [latient; quelquefois même c'est la partie la
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plus pénible de toutes ses souiïrances. Ce sont des phéDomenes dont il faut tenir grand compte dans les convalescences et sur-^ tout dans celles qui se prolongent.
D'après tout ce que je viens de dire, on conçoit facilement que les âges doivent présenter des particularités, comme causes de ]*état nerveux.
Renvoyant à l'article du sexe ce qui regarde particulièrement les différents âges de la femme, je dirai seulement ici ce que j'ai remarqué sur l'état nerveux dans le cours ordinaire de la vie.
L'enfant ne connaît guère Tétat nerveux. Bien que la sensibilité soit grande et très mobile a cet âge, que les forces musculaires n'y soient pas encore développées, que le cerveau y soit fort actif, la nutrition et le développement matériel l'emportent en général sur toutes les autres fonctions. J*ai vu néanmoins de$ enfants, même fort jeunes, atteints d'une manière remarquable du mal que je décris ici ; mais je n'ai observé de pareils exemples que sur des sujets souffreteux, délicats, entachés en quelque façon d'un vice nerveux héréditaire. A part ces constitutions maladives et exceptionnelles, les enfants échappent aux causes les plus actives de Télat nerveux. Ils ont en apanage d'autres maladies nerveuses plus caractérisées. Celle-ci est d'un autre âge.
En eflet c'est avec l'âge adulte que cet état se rencontre le plus souvent. Je ne crois pas, d ailleurs, que ce soit par la faute de la constitution qu'il en arrive ainsi, mais bien plutôt parce que c'est l'âge où toutes les causes les plus actives de l'état nerveux viennent fondre sur nous, lorsque nous ne courons pas Dous-mémes au-devant.
Puis la vieillesse arrive avec sa lenteur des réactions organiques, avec sa connaissance des hommes et des choses, avec sa torpeur nerveuse ; un intervalle de repos nous reste entre la vie et la mort, la vie, c'est-à-dire les passions, le mouvement, le bonheur, la souffrance; et la mort, c'est-à-dire l'abolition complète de ce qui a été tout pour nous pendant un certain temps.
L'état nerveux est donc presque exclusivement propre à l'âge adulte, de quinze ans à soixante. Avant et après, il se rencontre i peine, et les rares exceptions qu'on en voit sont presque toujours expliquées par des maladies. L'état normal ne le comporte pas encore ou ne le comporte plus.
ÉTAT NBRVBUX. 6§
Sous le rapport du sexe, pendant Tenfance et pendant la vieillesse, il n'y a guère de différence a faire entre Thomme et la femme. La remarque relative aux âges s'applique alors aussi bien i Tune qu'à Faulre des deux moiliés du genre humain. Pour l'état nerveux, dans Tenfance on n'est encore d'aucun sexe, dans la vieillesse on n'en est plus ; mais dans l'âge adulte, dans l'âge de l'état nerveux, les rôles sont bien différents : la femme y jouit d'un triste privilège.
Ce n'est pas à dire que les hommes échappent à l'état nerveux ; les uns y sont disposés par leur constitution, les autres parleurs maladies, d'autres enfin par une foule de causes que nous avons déjà indiquées ou que nous rappellerons plus tard ; mais toute! ces causes sont propres aux femmes aussi bien qu'à nous, et en outre il y en a qui leur sont particulières, qui agissent presque toujours môme sur les mieux portantes ; c'est de celles-là que je veux parler ici. Voici à cet égard ce que démontre l'observation de tous les jours.
A cause de la maternité, qui est leur fonction finale, les femmes se trouvent dans plusieurs conditions organiques singulièrement prédisposantes à l'élat nerveux. Elles se forment pour devenir aptes à la maternité; elles sont soumises périodiquement au flux menstruel; elles sont enceintes^ accouchent et nourris^ sent: enfin, elles subissent la transition nécessaire entre les fonctions de leur maturité et le repos de la vieillesse. Nous allons examiner ces diverses périodes au point de vue de l'affection qui nous occupe.
Quoi qu'on ait dit sur l'époque où se montrent les premières iN^Tis/ru^s et quoi qu'imaginent encore à cet égard les romanciers et les gens du monde, cette fonction s'établit, en général, sans qu'aucun désordre appréciable la précède ou l'accompagne. Le plus souvent, une jeune personne, qui n'a pas été prévenue, est surprise par sa première menstruation ; il est assez ordinaire que rien, en elle, n'ait éveillé à cet égard l'attention soupçonneuse même de sa mère. Quand la jeune fille sait à quoi elle doit s'attendre, l'apparition du sang est le seul fait insolite qui se révèle dans son existence. Quelques coliques seulement annon* cent son nouveau rôle dans la vie. Son entourage se doute à peine de ee qui vient de se déclarer ; c'est là le cas le plus commun.
60 MALADIES NEKVEt'SES GÉNÉRALES.
Mais il y n aussi des exceptions, et ces exceptions sont particulièrement é noter pour nous. Dans le premier cas, l'état de santé régulière ne laisse aucune prise à Tétat nerveux , même pendant les premières règles ; dans le second au contraire, l'état nerveux se montre plus ou moins marqué , à Tépoque où la menstruation a coutume d^apparaltre. Gela peut arriver par trois raisons: ou les règles ne se montrent pas au temps, aux époques et en quantité convenables; ou, ce qui est plus rare, elles sont trop abondantes*, ou enûn, ce qui est plus rare encore, elles ne se montrent pas du tout. Dans toutes ces conditions, l'état nerveux ne manque guère. Nous allons pour le moment laisser de côté tout ce qui regarde^la régularité de la fonction, pour ne nous occuper que de ce qui est propre à l'époque de l'apparition.
Or, à cette époque, à laquelle il serait téméraire d'assigner aucun âge fixe, à cause des différences qu'y apportent les climats, la constitution, les habitudes, les jeunes filles ne sont encore que des enfants, en qui le développement organique commence à prendre tout son essor. Alors celles, en qui doivent dominer les accidents nerveux, commencent à révéler le germe avec lequel elles ont vécu. C'est à ces organisations que s'appliquent les écrits, les discours de tous les historiens de la femme qui ont fait, au sujet de cet âge, tant de remarques et de descriptions exagérées, sur lesquelles on a fondé tous les romans aux héroïnes de quinze ans. Il est certain qu'avec des prédispositions nerveuses bien développées, la jeune fille se trouvera, de prime abord, dans toutes les conditions de la femme nerveuse bien ou mal menstruée ; mais il n'y aura rien de plus, rien de moins, comme état organique. Jemc peux donc que renvoyer pour ce point aux remarques qui regardent la menstruation.
A cet égard, l'étude de la femme nerveuse est pleine d'intérêt. Même lorsqu'elle ^^\, parfaitement réglée, elle éprouve de notables modifications pendant la menstruation ; elle en présente de plus frappantes encore quand cette fotiction se fait mal.
Dans le premier cas, tous les médecins remarquent qu'à mesure de l'approche des règles, l'humeur change un peu, devient plus irritable et plus susceptible, la volonté plus exaltée, les sens beaucoup plus impressionnables, la disposition aux phénomènes
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ner\eux bien plus prononcée, sous quelque forme que ces phénomènes se révèlent ; puis, les règles venues, progressivement, tout rentre dans l'ordre, jusqu*à ce qu'un nouveau retour du même malaise soit suivi de la même fonction. A l'époque dont je parle, quelquefois des phénomènes nerveux insolites se manifestent. Ce sont ou des bouffées de chaleur à la tète, ou des douleurs vagues dans quelques parties du corps, le plus souvent dans les reins, les cuisses et le bas*venlre. Ces douleurs en général modérées et supportables, vont dans quelques cas exceptionnels jusqu'à simuler des crises de névralgies, des douleurs de péritonite, jusqu'à causer des défaillances. Alors il arrive quelquefois que la susceptibilité nerveuse soit portée à un point i peioe croyable, pour les sens extérieurs comme pour toutes les perceptions intérieures; puis, la fonction régulièrement remplie. Tordre habituel reprend son empire.
Dans la seconde hypothèse^ celle où la fonction se fait mal, il arrive en général de deux choses Tune: ou il y a pléthore sanguine ; les phénomènes de l'état nerveux ne sont guère compatibles avec cet état, que dans les ras où la pléthore est surtout cérébrale; ou au contraire il y a celte sorte d'anémie à laquelle on a donné le nom de chlorose. Celle indisposition n^est guère sans présenter en même temps tous les caractères de l'état nerveux. A quelque cause que la chlorose soit due, soit alimentation vicieuse, soit évacuation sanguine immodérée, soit respiration insuffisante, soit enfin causes morales ou physiques, elle a pour attributs presque tous les symptômes que nous avons assignés plus haut à l'état nerveux. Des phénomènes analogues ont lieu quand les règles sont trop abondantes ; seulement il faut remarquer que, dans le premier cas, les règles ne viennent pas parce que le ^ng y est insuffisant; dans le second cas, le sang devient insuffisant parce qu'elles ont trop coulé : pour l'état nerveux le résultat est le même, et l'insuffisance du sang est, avant comme après, une des causes les plus positivement démontrées des accidents nerveux.
On la retrouve surtout dans les femmes à qui les règles manquent complètement. Soit que quelque grave maladie ait empêché la menstruation de s'établir au moment de la puberté, soit qu'un vice de conformation ait mis un obstacle insurmontable i
ÔS MALADIES MBRVEtJSES GÉNÉRALES.
révacuatioti périodique, soit enfin qu'après quelques époque^ régulièrement parcourues, il y ait eu une suppression, devenue à la longue et avant le temps définitive, i*état nerveux ne manque guère, et presque toujours s'accompagne de quelques phénomènes insolites.
Ainsi je connais une dame dans ce cas, que des maux nerveux protéiformes tiennent presque toujours, et qui offire une singularité des plus étranges. Toutes les fois qu'une femme menstruée l'approche ou la touche, elle éprouve un malaise indéfinissable, une sorte de mal de cœur, de disposition à la défaillance qu'elle ne peut décrire, mais qu'elle reconnaît toujours fort bien. Quand les femmes qu'elle fréquente sont en tout autre état, elle n'éprouve rien de leur voisinage. Cette sensation la tient au courant de la santé périodique de ses domestiques, de ses parentes et de ses amies.
La médecine de l'état nerveux a donc chez les femmes une indication de plus que chez les hommes, l'évacuation menstruelle, qui donne en quelque façon d'une manière régulière la mesure de l'état du sang.
On sait pourtant que la menstruation est loin d'être la même chez toutes les femmes; mais on sait aussi qu'elles ont presque toutes une habitude de menstruation qui ne peut guère se déranger sans entraîner des changements dans leur santé. Tous les médecins ont remarqué d'ailleurs que les femmes les plus menstruées ne sont pas celles qui paraissent les plus sanguines et les plus fortes. Les femmes hommasses et barbues ne le sont guère ; les femmes grêles et nerveuses le sont au contraire beaucoup, soit pour la durée, soit pour Tinlensité : cette menstrua^ tion abondante, qui résulte peut-être de leur état nerveux, est encore une des causes qui contribuent à l'entretenir ou i l'exagérer.
A la grossesse appartiennent, comme on sait, une foule d'accidents nerveux particuliers. Je ne veux pas en exposer ici le détail. Je me contente de faire remarquer que ces accidents se bornent, dans quelques cas, à une sorte d'exagération des phénomènes nerveux et physiques ou moraux préexistants; d'au'très fois, au contraire, ils sont une addition prévue aux troubles nerveux divers dont la femme était tourmentée. Ajoutons
ÉTAT ItBATKtIX. 61
que, dans le plus grand nombre des faits, la grossesse est une cause de modifications dans l'état du sang, qu'elle l'appauvrit, quecertains éléments protéiques, entre autres l'albumine, s'y dé*veloppent en prédominance, que des accidents nerveux apparais* sent, là où ils étaient inconnus ; et aussi que, parfois, elle les suspend, là où ils avaient l'habitude de se montrer. Double preuve de l'influence de l'état de l'utérus sur le système ner*> veux.
L'éclampste pendant r accouchement ^ les convulsions de toutes sortes à la suite de cette fonction, l'excessive susceptibilité ner^ reuse dont se trouve douée la femme récemment accouchée, et qui doit réglementer, pour ainsi dire impérieusement, les soins dont elle a besoin, sont autant de preuves de l'état lierveux dans lequel cette fonction les jette par elle-même, indépendamment des pertes qui peuvent s'ensuivre et qui suffiraient encore sou* vent toutes seules à produire l'état dont je parle, s'il n'existait pas déjà .
J'ai traité une jeune femme qui, à la suite de pertes excessives pendant un accouchement laborieux et de la fièvre venue après, i été frappée, entre autres accidents, d'une véritable idiotie. Elle avait perdu le jugement, la mémoire, les affections, et, pour linsi dire, toute activité cérébrale, quand elle a été amenée dans mon service à l'hôpital Beaujon. L'examen attentif et suivi de cette malade m'a permis de bien constater qu'elle était essentiellement chlorotique au plus haut degré. Elle a été traitée en conséquence ; et, à mesure que la chlorose a guéri, l'intelligence, les sentiments, le jugement, la mémoire et l'activité sont re* Tenus. Après quatre mois environ de traitement, elle s'est retrouvée à peu près dans les conditions normales qui existaient avant Taccouchement.
L'allaitement^ outre les causes morales de trouble auxquelles i! expose la femme, devient, pour beaucoup, une cause de maladie nerveuse. Les hommes de lettres, plus ou moins philosophes, ont beaucoup déclamé sur l'allaitement maternel. Ils ont dit que la femme est faite pour nourrir ses enfants. Oui, comme lliomme, mâle et femelle, est fait pour remplir toutes ses fonctions. Hais ils ont oublié que Thomme et la femme sont deux êtres abstraits, et que chacun de nous n'est pas propre à toutes
6i MALADIES NEBVEUSE8 GÉNÉRALES.
les fonctions dévolues a Tespèce. Quel avantage ces écrivains trouvent-ils, /M>tir l'enfant^ à sucer un lait insuffisant en quantité, insuffisant en qualité nutritive, vicié par les maux physiques et moraux dont la mère est atteinte, par les fatigues, les insomnies, les dérangements que ne peuvent impunément subir ni ses forces, ni sa volonté, ni môme ses affaires? Quel avantage trouvent-ils, />oz/r la mère^ à remplir incomplètement un devoir au-dessus de ses forces? \\ entreprendre ce qu'elle ne pourra pas achever? à épuiser le peu de vie, dont elle jouit, pour un enfant qui proGterait mieux d'un autre lait? à se précipiter enfin dans tous les malaises d'un état nerveux, qui la fera souffrir, qui nuira au développement d*un enfant qu'une vache aurait allaité avec autant de profit, à Tavenir d*un ménage dont toutes les ressources physiques et morales ont si souvent besoin d'être ménagées? Incontestablement on a raison de conseiller l'allaitement à toute mère capable de bien nourrir son enfant sans se nuire; mais il me parait contraire à toute raison de le demander à une mère chez qui les conditions physiques et morales rendent Tallaitement dangereux pour elle ; et, à plus forte raison, quand il peut le devenir pour elle et pour Teniant. A ce point de vue, il m'a toujours paru qu'une prédisposition à l'état nerveux est une excuse suffisante pour ne pas le permettre, et j'ai vu plusieurs fois, quand le contraire avait eu lieu, se développer des états nerveux plus ou moins graves, qu'on aurait bien fait d'éviter pour la mère et pour les enfants.
Une dame, à qui je donne des soins habituels, a été frappée de paralysie des paupières de l'œil gauche, parce qu'elle s'est obstinée à continuer, malgré mes conseils, un allaitement qui la fatiguait et l'avait jetée dans une chlorose manifeste. Elle a guéri rapidement par la cessation d'une lactation abusive et par l'usage du proto-carbonate de fer et d'une bonne nourriture.
C'est surtout à propos de l'dge de retour que nous avons à noter Tinfluence de la fonction menstruelle sur l'état nerveux.
Presque toutes les femmes, qui arrivent a cette époque, passent par l'état nerveux à différents degrés. Cet état se montre grave quelquefois, surtout chez les personnes sanguines et nerveuses. La durée en est, en général, indéterminée. Tantôt c'est l'affaire de quelques mois; tantôt le trouble dure des années,
surtout lorsque d'autres causes intercurrentes viennent ajouter leur influence à celle de la crise qui se fait dans la physiologie de la femme. Il est rare que cet âge se passe sans que Tobservateur reconnaisse au moins quelques-uns des traits les plus caractéristiques du malaise que nous éludions.
Je dois ajouter ici, qu*à cet âge surtout il importe de le bien reconnaître, et de le distinguer des désordres qui auraient lieu par le fait d'une pléthore momentanée, fort commune aussi chez les femaies dans Tàge critique. La distinction dont je parle est d'autant plus importante, qu'elle conduit d'un côté ou de l'autre ides traitements souvent très différents, pour ne pas dire tout opposés. Heureusement, il suffit le plus souvent d'être prévenu pour se tenir sur ses gardes, et se gouverner convenablement, au milieu des écueils dont le médecin est alors entouré.
L'état du pouls, la variabilité du trouble dans les fonctions importantes, l'excitabilité générale fournissent au praticien de précieux signes, joints à quelques particularités de constitulion, d'habitudes, d'antécédents. Il est presque toujours possible, i l'aide de ces données, de régler raisonnablement sa conduite ; de déterminer à propos, quand il est nécessaire, quand il est teulement utile, de tirer du sang en plus ou moins grande quantité; quand au contraire il faut s'en abstenir, et se rejeter sur h piste des accidents nerveux.
C'est un point sur lequel je me propose de revenir au long quand je parlerai de la thérapeutique. Il doit suffire, ici, de ^ire sentir toute l'importance de l'âge critique, comme une des causes les plus communes et les plus efficaces de l'état nerveux.
[L'influence de la ménaupose sur le développement des né** TTOses, n'a point échappé au docteur John Tilt (The change oflife in healih onde disease^ London, 1857) qui a consacré surtout le onzième chapitre de son excellent ouvrage à l'étude de ces maladies. Je regrette seulement qu'il ne se soit pas étendu plus longuement sur l'état nerveux , voire même sur la nervous irriiabiiiiy^ qu*i\ a constatée quatre cent cinquante-neuf fois sur cinq cents femmes arrivées à l'âge critique. ]
A côté de ces dérangements physiologiques, il faut, en raison de leur fré(|uence, classer d'autres causes moins nutu- I. 5
06 MALADIES NERYBtJSBS GÉNÉRALES.
relies ; je veux parler des abus auxquels les deux sexes sont exposés.
Ces abus sont de toutes sortes. Pour l'espèce humatae, /vivre c'est sentir, c*est user; malheureusement il n'est pas toujours facile de distinguer la limite qui sépare Fuser de Fabuser; et, pour les gens à prédisposition nerveuse, l'appréciation de cette limite est encore plus difficile que pour les autres. D'une part, ils sont plus avides de l'exercice de toutes leurs facultés ; et, d'autre part, cet exercice, porté trop loin, leur est plus particulièrement préjudiciable. Cette règle une fois posée, il est facile de traduire en précepte ce que l'expérience des faits nous enseigne.
Or, voici ce que j'ai vu de plus positif pour la production de l'état nerveux, sous l'influence des abus.
Vabus en fait de nourriture : peut avoir lieu de plusieurs manières.
Que ce soit pour une cause ou pour une autre, par nécessité ou par goût, il peut y avoir abus parce que la nourriture est insuffisante. Tantôt l'abus viendra de ce qu'elle ne contient pas assez de matières animales, tantôt de ce qu'elle est trop peu abondante ; dans l'un comme dans l'autre cas, l'abus conduit auX mêmes désordres nerveux. Il y a donc abus dans certaines règles religieuses, dans certaines abstinences, dans certains régimes, à plus forte raison dans certaines misères. Tous les abus de celte manière conduisent presque sûrement à l'état nerveux.
D'autres fois l'abus prend une forme différente. La nourriture, et j'entends par là les boissons aussi bien que les aliments solides, est suffisante; mais elle est trop souvent mélangée de substances propres à exciter le système nerveux. Usage excessif du café, du thé et surtout de thés verts, des vins qui rendent nerveux comme certains vins blancs, certaines liqueurs, certains cidres, condiments trop stimulants, mets vulgairement désignés sous le nom d'échauffants, tous ces agents employés en excès suffisent, avec quelques-unes des prédispositions que nous avons déjà étudiées, pour développer l'état nerveux.
Enfin, en ce qui regarde les aliments, nous pouvons encore aller plus loin. 11 n'y a même pas besoin que les aliments soiait
*TAT NBAYBUX. 67
insuffisants ou stimulants, il suffit qu'ils soient mal appropriés. Qui ne sait avec quelle facilité Tabus des acides amène Tétat nerveux, chez quelques personnes qui les recherchent avec pas-* sioD? Je dois ajouter ici qu il ne faut pas s*en prendre toujours aux acides matériels qu'on avale en nature ; il suffit, pour cerliines personnes, de prendre des aliments susceptibles dans l'es* lomac d*une active acidification. Je connais une dame que tour* mentent non-seulement les acides les plus ordinaires et les plus innocents de la cuisine vulgaire, mais encore ceux qui se produisent incessamment dans son estomac. Elle ne peut pas avaler impunément du lait parce qu'il aigrit, du sucre ou des mets sucres par la même raison ; elle digère mieux une côtelette que le plus simple bonbon ou la crème la mieux préparée.
Ces abus sont assez communs dans toutes les périodes de l'existence des sociétés humaines. Ceux dont il me reste à parler appartiennent plus spécialement aux sociétés civilisées.
C'est là en effet que sont ordinairement possibles les excès de veilles^ de travail^ de plaisirs qui conduisent à Tétat nerveux. Les veilles, quand elles sont trop prolongées, ({u'elles empiètent trop sur le sommeil nécessaire, qu'elles le déplacent, d*une manière forcée, pour le remplacer par des occupations fatigantes où le système nerveux est surexcité de toutes les ma* oières ; le travail intellectuel, surtout quand il est poussé trop loin, poursuivi avec trop de persévérance et au milieu d*une ex-* citation cérébrale qui rend seule cet abus possible ; les plaisirs qui multiplient et gaspillent l'action nerveuse, sont autant de causes flagrantes du désordre qui nous occupe. L'excitation cérébrale nous soutient quelques instants au milieu de ces excès ; puis bientôt les forces viendraient à nous manquer, si nous n'invoquions pas tous les moyens capables de nous procurer encore une énergie factice ; et de là aflaiblissement de toute l'économie ; excitation exagérée du système nerveux \ et pour peu que cela fte répète, état nerveux plus ou moins complet et irrémédiable, H l'on ne remonte à la source.
Puis souvent, à tous ces abus, il faut ajouter celui d'un sexe m:ec l'autre. Il suffit de vivre dans le monde pour voir que presque tous les excès dont je viens de parler conduisent a celui foe je désigne maintenant. Que le rapprochement des sexes soit
un bul OU sculemenl une occasion, il est incontestable qu'il est en général facilité, multiplié, provoqué par les veilles, les plaisirs et toutes les surexcitations, même celle du travail. Il est aussi démontré, par l'observation physiologique, que l'influence du concours des sexes sur le système nerveux est dans ces conditions plus grande et plus vive. Que sera-ce donc quand ces rapprochements trop multipliés s'ajouteront encore à tout le mal déjà produit ? quand une excitation nerveuse continuelle sera entretenue pour provoquer de nouveaux sacrifices? quand la vanité demandera encore des efforts, alors que la passion sera satisfaite? quand la variété d'objets, quand les infâmes ressources du libertinage seront invoquées pour réveiller des sens épuisés et devenus impuissants? quand, le corps étant usé, tous les dévergondages de l'imagination seront mis en action et, pour ainsi dire, matérialisés ?
On conçoit, sans que j'y insiste davantage, la terrible action que cette excitation nerveuse, aidée de la perte de force qui suit l'acte vénérien trop répété, doit avoir pour amener l'état nerveux. Cela suffit dans les conditions ordinaires de l'organisme et au milieu de la vie d'ailleurs la plus régulière; que sera-ce quand cette cause s'ajoutera à toutes celles dont j'ai parlé plus haut, et particulièrement aux dernières que j'ai rappelées ! Que sera-ce quand toutes ensemble elles fondront sur un sujet pirdisposé comme on en rencontre si souvent dans le monde? Que sera-ce enfin quand cet ensemble de causes développera son action au milieu d'autres troubles nerveux déjà préexistants, et ayant marqué de leur cachet toute la constitution?
[ Il faut ajouter aux désordres nerveux que de trop fréquentes excitations volontaires de l'appareil génital développent dans , tout l'organisme, ceux qui résultent tout aussi infailliblement des ^ pertes séminales nocturnes et diurnes : ([ue de fois je suis re- ^ monté il la cause latente d'un épuisement nerveux dont on cherchait en vain Texplication, en fixant l'attention du malade sur une spermatorrhée jusque-là méconnue ! Il est môme dos sujets chez lesquels le simple éréthisme permanent de cet appareil devient à la longue une cause de consomption nerveuse, par Tinsomnie ' qu'il produit, par la fatigue que laisse après lui une sorte de } priapisme nocturne, qui résiste ù l'action fi douteuse des anli*
ÉTiT MiRYEL'X. 60
aphrodisiaques, mais que je suis cependant parvenu à calmer dansées derniers temps, en conseillant Tusàgede la lupuline et du bromure de potassium. ]
Ce que je viens de dire ne regarde pourtant que les adultes, des constitutions complètes, des tempéraments formés; pour développer cette étude des abus autant qu'il est nécessaire, je dois dire quelques mots sur une cause plus pernicieuse et plus commune encore chez les jeunes sujets ; je veux parler de la masturbation.
On a déjà redit bien des fois tout ce que ce détestable abus de soi-même comporte de dangers pour la santé et pour l'intelligence. J'ai vu un enfant de' quatre ans mourir a la suite des excès de masturbation auxquels il s*était livré; son frère, plus âgé de trois ans, n'a échappé au même sort que par la surveil** lance continuelle de son père, et encore est- il demeuré horriblement rachilique et presque idiot; des exemples analogues ne maiiquent pas dans la science; mais, même en dehors de ces exemples effrayants, il importe encore de tenir compte des effets de ce vice sur le système nerveux. Presque toujours ceux qui y ont été adonnés restent bizarres, quinteux, mélancoliques; ils ont et conservent tous les attributs des gens nerveux à l'excès; en niéme temps leur état physiologique en a ressenti l'impression, et toutes les maladies nerveuses trouvent en eux des sujets mer* veilleusement prédisposés.
Tout cela se comprend malheureusement trop bien. Pendant le temps où toutes les forces naturelles auraient été nécessaires pour suffire à leur développement, ils les ont prodiguées ainsi que leur activité nerveuse. Aussi prennent-ils une apparence et une encolure qui leur est propre, et qui se ressemble presque dans tous. Leur constitution générale s'est détériorée; leur faciès laisse deviner le vice qui les ronge; la mémoire et l'attention leur manquent; puis, à la longue, arrivent tous les symptômes de Tétai nerveux, qu'on attribue trop souvent a la croissance; et en outre, des affections nerveuses plus graves, depuis le simple tremblement et la chorée jusqu'à Tépilepsie.
Ce que je viens de dire ne s'applique pas seulement aux petits jsarçons; les jeunes filles qui ont le malheur de tomber dans ce dfplorable vice en souffrent peut-être encore plus. Leur tempe-
rament plus faible, leur système nerveux plus impressionnable, en reçoivent de plus rudes atteintes ; et l'on en voit assez souvent qui portent ainsi toute leur vie la peine d'un entraînement irréfléchi pendant leur enfance.
Je n'oublierai jamais l'hisloire et le faciès d'une dame pour laquelle j'ai été consulté. Elle avait pris en pension des habitudes de masturbation insurmontables. Sortie de là, elle avait continué à s'y livrer malgré tous les conseils, tous les efforts de sa raison et de sa volonté. Mariée, et malgré toute l'affection qu'elle avait pour son époux, les approches conjugales ne la satisfaisaient pas si elles n'étaient accompagnées de masturbation exercée par elle-même; puis, en dehors de ces satisfactions bientôt insuffisantes, elle se livrait plusieurs fois par jour à son penchant désordonné. Elle en vint à se faire horreur i elle-même. En même temps aussi, son vice continuant à la dominer, elle devint de plus en plus faible, incapable de travail, de distraction, de volonté. Les fonctions réparatrices languirent; l'appélit, le sommeil disparurent; elle devint à la longue et partout infiltrée, et elle succomba, épuisée, jusqu'à la fin /ossata, comme Ta dit Juvénal, necdum saiiaia.
Je n'ai jamais vu et je n'aurais jamais imaginé d'exemple plus affreux des ravages que peut produire cet abus de soi-même, sur une constitution d'ailleurs primitivement bonne et forte.
Outre toutes ces causes, il faut tenir compte encore de ['habitude en général dans la production de l'état nerveux. Il n'y a pas de maladie plus sujette à devenir une habitude que celle-ci. Il suffit, en fait de symptômes nerveux, qu'un d'eux ait eu lieu à plusieurs reprises pour qu'il se répète au même temps et daos les circonstances analogues. C'est un fait dont les physiologistes ont tenu compte, et qu'il ne faut pas perdre de vue dans la pathologie nerveuse.
Puis il faut encore noter une sorte de contagion qui lui est propre, celle de YimitcUion. Il suffit qu'une maladie nerveuse se montre et frappe dans une réunion quelqu'un des assistants, pour que parmi ceux-ci, en temps opportun, des symptômes se déclarent tout à fait analogues. On a noté plusieurs fois que l'épilepsie peut se transmettre de celte manière ; que quelquefois la chorée se communique ainsi quand les sujets y sont
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conyenablement disposés. J'en pourrais dire autant de presque toutes les maladies nerveuses, et tous les auteurs sur la matière en rapportent des preuves frappantes. J'y ajouterai, pour mon compte, que j'ai souvent reconnu, par expérience* combien lo voisinage des hypoehondriaques est dangereux pour toutes les personnes prédisposées à la même maladie. J*ai vu des personnes nerveuses devenir hypoehondriaques par la conversation d'un malade de cette esp^, et quelquefois j'ai été obligé de séparer même le mari et la femme, quand cette maladie avait frappé gravement Tun des deux, pendant que l'autre y montrait seule* ment de la propension. C'est de cette propriété qu'on se sert quand on veut, dans l'industrie de ce qu'on nomme magnétisme animal, fertre éprouver à une personne nerveuse et crédule des symptômes analogues à ceux qui se développent sous ses yeux dans un sujet soi-disant magnétisé.
Une seule des maladies nerveuses à ma connaissance se trans* met par contagion; c'est la rage. Là toutes les preuves d'une contagion existent en même temps que celles de la nature pu* rement nerveuse de la maladie ; mais pour toutes les autres, ce mode de transmission, cette causalité, ne me parait pas soutenable, à moins qu'on ne regarde comme une contagion ce que je viens de dire de l'imitation.
Enfin, une dernière cause de Tétai nerveux me reste à citer, et je dois dire que je la regarde comme une des plus commune^ et des plus sûres. Celle-là suffit, j'en ai eu souvent la preuve, pour développer la maladie, lors même que toutes les autres ont manqué : je veux parler de V hérédité,
La provenance héréditaire ne me parait, en effet, nulle part mieux prouvée. Presque toujours les enfants issus de parents névropatbiques éprouvent, aux âges convenables, des désordres nerveux de l'une ou de l'autre sorte. On est frappé à chaque instant, dans la pratique de la médecine, de la filiation qu'on est forcé d'établir entre des atfections nerveuses de famille. Ce n'est pas que ces maladies soient toutes les mêmes ; que, par exemple, un père ou une mère hypoehondriaques, hystériques, névralgiques, aient infailliblement des enfants frappés d'un mal pareil ; mais presque toujours des troubles nerveux plus ou moins graves se retrouvent dans les générations de ces sortes de m^*
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lades, et le médecin a besoin d*en tenir un compte sérieux pour le pronostic. Il est juste d'admettre d'ailleurs que ces accidents arriveront d'autant plus sûrement qu'en outre de l'hérédité, des causes occasionnelles ou constitutionnelles, ou morbides, ajouteront de nouvelles chances aux développements du germe transmis. ^
[ Je regrette de ne pouvoir m'étendre plus longuement sur cette source inépuisable des maladies nerveuses, que perpétuent des alliances contractées trop souvent malgré les avis que nous sommes tous appelés à donner aux familles. C'est surtout dans l'organisation du système nerveux, dans celle du blastème où il puise les éléments de son développement, que la consanguinité transfuse son prototype, et bien que les maladies diathésiques soient essentiellement héréditaires, l'état nerveux l'emporte de beaucoup sur elles, dans Tordre de fréquence de sa transmission aux descendants. ]
Telle me semble devoir être l'étude des causes de l'état nerveux. J'ai mentionné toutes celles qui se sont oflertes a mon observation; mais je n'ai point la prélt^ntion d'avoir épuisé ce sujet.
Pour le plus grand nombre, il m'a paru suffisant de les indiquer et de rappeler le rapport qu'elles ont avec le sujet qui nous occupe; il en est d'autres, comme la chlorose par exemple, sur lesquelles j'ai cru devoir m'appesantir davantage. Dire la chose sans autre renseignement, c'aurait été couvrir et autoriser par le silence une foule d'erreurs pratiques, dont je vois journellement ces malades devenir victimes. J'ai voulu appeler sur ces points principaux l'attention des médecins qui me feront l'honneur de me lire ; j'ai voulu que chacun pût reconnaître comme moi la cause essentielle, le point de départ du mal ; enfln je me suis attaché à donner sur tous les signes qui peuvent faire remontera la connaissance de ces causes, des renseignements proportionnés a l'importance que cette connaissance prend dans la pratique. Là se trouve presque toujours le Gci'ov t«, le quid ignotum, comme disent les modernes, qui accompagne le plus souvent les maladies nerveuses et particulièrement l'état nerveux dans ses manifestalions les plus graves et les plus longues. J'ai fait tout oc qu'il a dépendu de moi |>our éclairoir ce points et je ne vejx
ÉTAT NbRVËUX. /S
pas quitter ce sujet sans le recommander encore une fois a la réflexion des médecins, qui veulent par-dessus tout guérir ou du moins soulager leurs malades .
Pronostic. — Dans le plus grand nombre de cas, le pronostic de l'état nerveux n'a pas une très sérieuse gravité, du moins pour ce qui regarde le danger immédiat de mort. Cette maladie ne menace pas la vie tant qu'elle ne conduit pas à des désordres secondaires qui altèrent définitivement les principales fonctions réparatrices. Mais les souffrances, les langueurs, les maladies de cet état, sa persistance opiniâtre, sa longue durée, sa capricieuse résistance aux médications le plus habituellement heureuses, son influence fâcheuse sur les dispositions morales du sujet, en font une des maladies les plus désagréables et les plus chargées d'ennuis et de douleurs.
L'état nerveux le moins fâcheux de tous, est celui qui se montre sur les sujets naturellement les moins préparés à subir son empire exclusif; celui qui se développe dans les conditions d âge et de sexe, qui promettent la plus prompte et la plus sûre réparation des forces radicales du sujet. L*état nerveux chez les hommes, surtout arrivés a Fâge adulte, chez les femmes a Tâge de retour, esta la fois et plus long et plus pénible que dans les conditions contraires. S'il est dû à un long et progressif affaiblissement, dont la cause soit difficile à déterminer, il prend une gravité beaucoup plus sérieuse que s'il s'agissait d'un cas pour ainsi dire aigu et facilement appréciable dans ses causes et dans sa nature intime.
Dans les circonstances indiquées plus haut se trouvent tous ou presque tous les cas, dans lesquels l'état nerveux passe à des aflections nerveuses ou organiques sérieuses. Sous ce rapport, et comme prédisposition à des maux plus grands, il peut quelquefois être considéré comme un mal dangereux. J'ai cité plus haut des exemples qui le prouvent. Mais je ne crois pas qu'il soit juste d'aller chercher autre part le danger de Tétat nerveux; et je demeure de plus en plus convaincu qu'avec un médecin sage et edairé, ces malades, s'ils veulent bien s'astreindre à être dociles et persévérants, trouveront habituellement un soulagement notable â leurs maux; et pourront mOme arriver avec un peu de temps à une gucribou acceptable, je veux dire à souffrir beaucoup
moins, à prévenir les invasions ordinaires des plus mauvais moments de leur maladie, à vivre enHn à peu près comme tout le monde, autant que les gens nerveux bien portants peuvent le faire.
Traitement. — De ces conditions du pronostic, de notre description de l'état nerveux et des investigations auxquelles nous avons eu soin de nous livrer sur les causes de cette bizarre maladie, on peut facilement induire que la thérapeutique n'en peut être ni simple, ni sûre. Il y a tant de variations dans les symptômes de ce mal, que le médecin sent plus que jamais la nécessité d*éclairer nettement son diagnostic, d'étudier tous les organes, toutes les fonctions, toutes les maladies comparables avec l'état présent, avant d'établir ses indications thérapeutiques, pour en utiliser méthodiquement toutes les ressources. Rien n'est plus variable que les apparences, les symptômes, le point de départ de l'état nerveux ; rien n'est plus inégal et fantastique, si je puis le dire, que la manière dont l'organisme ainsi influencé répond aux sollicitations de l'art. Et néanmoins, au milieu de tout ce désordre, de quelque origine qu'il sorte, l'état nerveux est un ; on a affaire à un système sentant, vivant, dont toutes les fonctions sont dénaturées, alanguies ou exagérées; a une balance dont l'équilibre est presque impossible. Il est par conséquent plus important ici que partout ailleurs de chercher à réunir les indications thérapeutiques autour de quelques règles fixes, de se faire, pour chaque cas, une bonne méthode de traitement. C*est le résultat de mes réflexions et de mes expériences sur ce sujet que je veux tâcher de coordonner.
Avant tout, un principe à poser est celui-ci : en matière de maladies nerveuses, on ne peut trop se presser de porter remède au mal; soit qu'il commence déjà, soit qu^il se montre seulement imminent et qu'on ne fasse que le soupçonner, il faut se hâter, et se jeter au-devant, pour prévenir l'habitude, qui est, surtout pour les fonctions nerveuses, une seconde nature. Ajoutons, en second lieu, que, dans toutes les occasions où une cause connue de névropathie aura été mise en jeu, le médecin ne devra jamais la perdre de vue pour la thérapeutique, afin de ne pas risquer, en combattant les symptômes, de porter aide à la cause, et favoriser ainsi l'état général, dont il aurait fallu tenir un plus grand
ÉTAT NBRTEUX. 71
eompte. On peut poser en fait, qu*on aurait évité le plus grand nombre des états nerveux, si on s'était toujours convenablement attaché à en tarir les sources, en même temps qu'on en étouffait les manifestations. L'observation de ces deux règles générales est rigoureuse, toujours pour la prophylactique et pour le traitement des maladies dont nous nous occupent?, et particulière* ment pour celle qui fait l'objet de ce chapitre.
Résumons maintenant les indications spéciales contre l'état nerveux. Elles me paraissent de trois sortes. Il faut : 1* fortiâer l'ensemble de l'organisme ; 2* calmer le système nerveux ; 3* re* monter, dans le présent, à la cause, et la détruire pour assurer l'avenir. En satisfaisant à la première indication, on rétablit partout l'exercice régulier des forces et des fonctions, on constitue un antagonisme puissant contre le système nerveux surexcité, ou on le remonte quand il fait défaut. En satisfaisant a la seconde, on ôte à ce système une partie de l'activité mor* bide qu'il avait prise. Enfin, en satisfaisant à la troisième, on va au-devant des retours du mal ; ce n'est plus seulement au mal présent, actuel, qu'on porte remède ; on empêche qu'il ne revienne ou ne s'aggrave. Par les deux premières indications, on avait soulagé; en suivant celle-ci, quand on le peut, on guérit.
Différents moyens rem\iMsseni h première indication; nous allons examiner les principaux, et signaler les cas dans lesquels il y a plus de profit à les employer.
En tête de ces moyens doit être étudiée P alimentation. Je n'ai pas besoin de me répandre en préceptes d'hygiène sur la valeur connue, sur les quantités relatives des aliments, sur les quantités de matières avalées et digérées dont chaque personne, et particulièrement chaque personne dans l'état nerveux, a besoin. Je pose seulement en précepte, qu'il faut, dans cet état, conseiller la plus grande quantité et la meilleure qualité possibles des aliments. L'appétit quelquefois, le plus souvent les besoins de l'estomac, le résultat immédiat obtenu bien plus fréquemnient encore, donnent au médecin des règles dont il saura profiter. Il y a seulement un premier point sur lequel je ne peux pas appeler trop sérieusement son attention, c'est la spécialité de la digestion cbet les gens en état nerveux. Chaque remarque a cet
7() MALADlfclS M!:H YEUSES GÉNÉRALES.
égard est féconde en indications qu'il n'est pas permis de négliger.
D'abord dans toutes les dispositions nerveuses, il y a un fait constant, certain : la souffrance que causent les acides à tout le système nerveux. Les acides introduits dans l'estomac, ou ceux qui s'y trouvent en excès par le fait de la digestion, produisent cet effet au maximum. Recherchez donc des aliments qui n'augmentent pas ou ne produisent guère cette disposition; profitez des travaux modernes sur le rôle des aliments, et vous serez étonné des résultats que vous obtiendrez. Pour moi, j'avoue que j'ai plus gagné pour le traitement des affections nerveuses par mes recherches sur la digestion, que par toutes les autres études auxquelles je me suis livré. Voici ce que j'ai vu :
Toutes les fois qu'on laisse prendre à un malade, dans l'état dont nous étudions les indications, soit des acides qu'on dit rafraîchissants, soit du sucre qui se transforme si vite en acide lactique, soit des alcools si rapidement brûlés, il souffre; et son malaise, quel qu'il soit, augmente notablement. Quand on laisse ingérer des choses de difficile digestion, capables de provoquer une supersécrétion acide dans l'estomac, la même chose arrive. Cela se fait encore chez les malades, en qui l'irritation sécrétoire, sans doute a cause de la disposition nerveuse de l'estomac, est trop active sous l'influence d'un aliment quelconque. Alors on éprouve a l'épigastrc, delà chaleur, unbrùlement, un poids; on a des rapports gazeux, ou bien des rapports aigres, par lesquels les malades se sentent quelquefois comme brûler le gosier : pendant ce travail, il y a de la somnolence ou du trouble de la tète ; de la fatigue dans les membres, de la pesanteur et manque de force; si l'on dort, le sommeil est pénible, les rêves fatigants; si l'on veille, la moindre contention d'esprit est impossible ou laborieuse. Les maux des gens nerveux sont augmentés, et le sentiment en est tel, que leurs plaintes en paraissent souvent exagérées. Au milieu de tous ces phénomènes, il suffit dans les cas les plus ordinaires d'employer un remède très simple. Un peu de magnésie calcinée introduite dans l'estomac, quelques gorgées d'eau de Vichy et surtout d'eau de Fougues, une ou deux cuillerées d'eau de chaux dans une tasse de lait sucré, quelques décigrammes de sous-nitrate de bismuth ou de carbo-
nate de chaux saturent immédiatement Texcès d'acide, et tout rentre presque dans Tordre. La bouche n*est plus aigre, le creux de l'estomac chaud, la digestion pénible, la tète pesante. Un si léger changement, conseillé à propos, a suffi pour obtenir tous ces résultats a la fois.
Des faits de cette nature se sont répétés sous mes yeux tant de foisy que je ne crains jamais de les prédire aussitôt que je peux les entrevoir. Ils m'ont été démontrés tant de fois si vrais et si sûrs, que j^en ai tiré des conséquences pratiques très importantes, surtout dans la curation de Fétat nerveux.
Conseillez, c'est ce que la pratique et la théorie m*ont ensei* gné, des aliments, comme les viandes faites, blanches ou rouges, qui nourrissent bien; qui, en quantité modérée, utilisent pour ainsi dire tout le principe fermentescible et tous les acides sécrétés pour la digestion stomacale ; mêlez-y un peu de fécule sous quelque forme que ce soit, les fécules laissant l'estomac tranquille; évitez toutes les substances ou acides ou facilement acescentes. Et toutes les fois que des gaz en excès distendront l'estomac ou sortiront par la bouche; que des «rapports aigres, que l'aigreur de la bouche, que la chaleur de l'épigastre vous prouveront une surabondance diacides dans le ventricule, faites prendre dans un peu d'eau sucrée une petite quantité de poudre de magnésie décarbonatée, de craie ou de blanc de bismuth. Faites boire aux repas de Veau de Fougues, de Bussang et autres solutions alcalines, et la digestion se fera sans malaise ; la nutrition générale ne tardera pas à s'en ressentir. Vous pouvez même, dans quelques cas faciles à prévoir, conseiller par provision d'avaler les mêmes remèdes aussitôt les repas terminés ; et en peu de temps vous verrez une assimilation indolore et suffisante vous conduire plus vite et plus sûrement au but dont je parlais, en recommandant une bonne et solide alimentation. On pourrait encore conseiller aux malades, pour remplir la même indication, ou des eaux de Vichy mitigées, bues dans le repas, ou bien une demi-douzaino de pastilles au bicarbonate dé soude, mangées pendant la sonlTranco. Mais je crois avoir remarqué que le résultat est plus assuré avec la magnésie, avec la chaux ou avec les eaux à base de chaux, comme celle de Fougues, qu'avec les eaux ou les «els à base de soude, comme les produits
78 MALADIES MBRVBOSES GÉNÉRALES.
de Vichy. C'est un point sur lequel Texpérience ne me laisse pas de doute.
J'ajouterai ici que l'alimentation animale que je conseille n'est pas toujours possible, tant la présence d'un acide est quelquefois insupportable à l'estomac. Je me suis vu obligé de condamner des malades à de la fécule pour seul aliment pendant un certain temps, de les tenir incessamment sous l'empire de la magnésie *, puis, le temps et les autres moyens agissant, il devenait possible de digérer un peu de viande et de fécule ; les aliments acescents ne devenaient acceptables qu^au bout d'un temps fort long ; les acides quelquefois jamais.
Dans ces cas, il est rare que les laitages, sous quelque forme que ce soit, puissent être supportés; et d'ailleurs le médecin qui veut réparer et augmenter les forces, n'a pas grand intérêt à les donner ; une côtelette mâchée et sucée, môme quand on n'en avale pas la viande, est plus utile qu'une grande quantité de lait, et sera certainement beaucoup plus tôt et beaucoup mieux supportée.
J*ai peu de chose à conseiller relativement a la digestion intestinale; il est cependant une partie de cette fonction sur laquelle il est utile de flxer spécialement l'attention du médecin.
Dans l'état nerveux, les malades, avons-nous dit, sont habituellement constipés ; et, pour beaucoup, le malaise qui en résulte est une grande cause de tourment.
Tout en me refusant à partager l'opinion de quelques médecins qui ont fait de la constipation un point de départ de cette maladie, je pense comme eux qu'il y a grande utilité a combattre ce symptôme.
J'ai remarqué communément que les purgatifs ordinaires, qu'ils soient pris par le haut ou par le bas, ne vont pas bien à ces malades. Ils les font souiïrir, les fatiguent; dérangent, ce qui est grave, la digestion; usent les forces; et quand, ce qui n'est pas le plus commun, ils arrivent au but, on n'obtient qu^un soulagement momentané et qui ne dure pas.
Pour obvier a tous ces inconvénients, je trouve qu'il vaut mieux aller au-devant et préparer de longue main cette fonction à un exercice plus régulier. On arrive là, en insistant, mteie quand il n'y a pas d'autre indication, sur l'usage journa-
ÉTAT NBBVBUl. 79
lier de la magnésie décarbonatée après chaque repas. Le sel laxatif qui se forme dans Testomac avec les acides qui saturent cette base, suffit fréquemment au bout de peu de jours pour amener le résultat qu'on désire. Quand cela ne suffit pas, je fais prendre, tous les matins, un ou deux verres de petit-lait non aigre^ a jeun, ou bien deux tasses de bouillon de poulet ou de veau; en ajoutant a ce régime des bains fréquents, quelques lavements simples ou relâchants, souvent de grands lavements froids, il est rare que je n'obtienne pas la régularité souhaitée pour les garderobes. Ce n'est qu'à la dernière extrémité que j*ai recours aux purgatifs proprement dits. Alors je conseille tout simplement .quelques résines, comme les pilules dites écossaises, quelques décigrammes d*aloès ; je les fais prendre le soir ; et le lendemain, i l'aide de quelques tasses de bouillon aux herbes non acide, ou de bouillon de veau ou de poulet, une ou deux garderobes arrivent sans fatigue et sans dérangement appréciable d'aucune fonction. M. le professeur Trousseau a insisté beaucoup, pour ce qui regarde la régularisation de cette fonction sur Tintluence de l'habitude imposée chaque jour à Tintestin de se vider, et surtout au malade de se présenter sur la chaise à heure 6xe. Ce précepte est utile pour les cas les plus simples ; l'expérience m'a appris combien peu il est efGcace toutes les fois qu'il s'agit de constipations véritablement sérieuses.
C'est le cas de se relâcher un peu pour les sujets nerveux du régime alimentaire fortifiant qui leur est utile ; de leur conseiller quelques viandes blanches et jeunes, des poissons légers, des légumes aqueux. Pomme conseillait alors du bouillon fait avec de très jeunes poulets écorchés vifs. Où peut être l'utilité de ce raffinement atroce ajouté à cette cuisine? Je trouve en général nécessaire de ne faire que mêler un peu de cette nourriture parmi celle plus fortifiante, qui convient mieux aux malades. Dans toutes les autres occasions, je pense qu'il ne faut introduire de ces substances dans le régime, que justement assez pour le rendre agréable. Quand un régime analeptique est trop uniforme, les sujets nerveux ne tardent pas à se lasser de toutes les choses nourrissantes qu'on leur donne, et on perd plus qu'on ne gagne en voulant forcer l'estomac, quand le goût est révolté. A ce point de vue, lorsqu'il importe de se nourrir aussi bien
que possible, je préfère une nourriture variée, qui flatte et entretienne l'appétit, seulement avec cette condition que la concession que je fais n'ira jamais trop loin ; par exemple, pour le cas présent, jusqu'à accorder des mets qui tourmentent le système nerveux ou dérangent la digestion.
Ce sont des malades capricieux et difficiles à bien nourrir; il faut user de tous les moyens de gouvernement qu'ils laissent à notre disposition.
Les modifications que des températures diverses font subir à l'organisation, sont encore une de ces ressources que le médecin doit savoir employer à propos. La chaleur amollit et calme; le froid calme sans irriter. A l'aide de ces deux auxiliaires, le médecin peut beaucoup contre certains étals nerveux. Ce n'est pas à dire qu'en tout état de cause, il pourra invoquer ces ressources ; au contraire, dans un assez grand nombre de cas, il faut subir des nécessités plus urgentes, et plus graves; mais il n'est pas moins vrai aussi que, dans beaucoup d'occasions» on rencontre là des ressources qu'on ne trouverait pas ailleurs.
Le froid pendant l'état nerveux peut être appliqué de plusieurs manières aussi bien que le chaud; il peut agir parla respiration, par la digestion, par l'application générale ou locale. Parcourons ces trois modes.
La respiration d'un air froid et condensé quand il est pur, et que la température n'est pas trop basse, est un bon fortifiant. L'hématose s'y fait mieux ; c'est un excellent moyen toutes les fois qu'il n'y a pas d'ailleurs de contre-indications. Un air tiède et chargé d'humidité convient mieux aux natures sèches excessivement sensibles et impressionnables. Celui-ci est bon pour calmer un malaise présent ; l'autre est plus approprié à l'indication de fortifier qui se représente incessamment en vue de Tavenir. La respiration du froid et du frais a même sur beaucoup d'autres moyens un avantage marqué, puisque son action est en même temps fortifiante et directement sédative.
Une dame de l'Ile Bourbon, à qui j'ai donné des soins, était, dans son pays natal, en proie aux accidents les plus graves de rélat nerveux. Pendant tout le séjour qu'elle a fait en France, au milieu de l'automne et de l'hiver, elle a été presque complètement exempte do ses maux habituels. Ses habitudes et son
régioie n^avaient presque pas changé ; elle se seiilait fodiCée, revivifiée par le froid.
L'étude de la température des mets est d*uDe grande impor-« tance. Combien de fois le trouble de la digestion résiste- t*il i tous les autres moyens pour coder seulement a des aliments froids ! Combien d'estomacs inhabiles à remplir leurs fonctions» de constitutions généralement débilitées ou irritées, que des aliments ou des boissons à la glace refont !
Le froid ainsi employé calme les chaleurs de bouche et d'es* lomac; il active la digestion en tonifiant Torgane où elle se fait» au moins dans sa partie la plus réparatrice; il relève les forces, excite Tappétit, empêche le vomissement dans beaucoup d'occasions, et en même temps produit partout une sédation nerveuse dont presque tous les malades éprouvent le bien-être. Il importe seulement de se tenir autant que possible, par une observation prudente, à Tabri de la réaction que le froid ne manque guère de produire.
Quant aux applications extérieures, c'est là que se trouve le plus grand usage et en général le meilleur eflet des températures. Là se rencontrent à la fois l'humide avec ses effets divers aux différents degrés de température, puis les réactions de toutes sortes qu'excitent les applications générales ou locales qui s'en font.
La manière la plus ordinaire et la plus simple de s'en servir est en b€nns généraux ou locaux. C'est un des moyens dont notre thérapeutique se sert le plus, et je demanderai à cause de cela la permission d'y insister. Je vais parcourir les différentes formes de bains qu'on emploie utilement contre l'état nerveux.
Le plus usité de tous est le bain tiède. On l'emploie avec succès, comme moyen principal, quand il s'agit simplement de calmer un peu d'excitation nerveuse qui n'exige pas d'autre agent plus direct et plus actif; ou comme auxiliaire, quand les autres ressources ont été employées ou le sont encore et demandent quelque adjuvant. Le bain tiède produit presque toujours une sédation rapide et manifeste, et les malades s'en louent en général toujours, à moins de la présence de quelque complication organique qui en détruirait l'effet ou le rendrait dangereux. Les bains tièdes peuvent se répéter assez souvent. Pomme les faisait I. 6
iS MALADIES NERTBUSBS GÉNÉRALES.
prendre tous les jours ou plusieurs fois par jour; il y tenailles malades même pendant sept ou huit heures ; c'est à cette méthode qu'il a dû ses plus grands succès. Cependant il est constant que les bains tièdes affaiblissent; par conséquent, il faut en régler la prescription sur les forces et les habitudes des malades. Dans l'état nerveux, on ne risque rien de les répéter fréquemment ; les malades gagnent en général plus de forces par le calme du système nerveux qu'ils n'en perdent par l'effet débili* tant du bain. Quant à la durée des bains tièdes, elle peut varier beaucoup, depuis une simple immersion jusqu'à huit ou dix heures. On peut citer nombre d'états nerveux, même graves, qui ont dû surtout leur guérison à des bains aussi prolongés et renouvelés presque tous les jours. Le livre de Pomme en est plein.
J'ai vu, pour mon compte, ce moyen convenablement employé réussir nombre de fois, même lorsqu'il y avait une apparence d'irritation bronchique très intense, ou quand les forces^ paraissaient faire entièrement défaut. — Cependant il n'en faut pas abuser.
En général, un bain tiède supporté d'une demi-heure à deux heures, est suffisant pour calmer. Il en faut régler la température et la durée sur l'état du malade, ses habitudes, ses forces, l'effet obtenu, et aussi sur l'indication qu'on veut remplir.
Si les bains tièdes sont un bon moyen de calmer, je ne veux pas, sous le rapport des forces à remonter, les mettre en comparaison avec les bains froids. Ceux-ci sont en effet sous plusieurs rapports un excellent moyen thérapeutique contre certaines conditions de l'état nerveux. On conçoit sans doute combien les effets en doivent varier suivant la température à laquelle on les donne. C'est une question connue d'hygiène. Qu'il me suffise de dire, au point de vue qui m'occupe exclusivement, que les bains variés suivant les habitudes, les besoins, etc., de douze à vingt-quatre degrés dans une baignoire, un peu plus froids dans une rivière où Ton peut se donner du mouvement, sont un très bon moyen de sédation et en même temps de touification. Je connais quelques personnes très nerveuses qui ne peuvent vivre a peu près comme tout le monde qu'a Taide de ce moyen. Ces bains sont répétés tous les jours
ÉTAT NERVELÏ. Et
OU tous les deui jours, excepté, bien entendu, dans le temps des règles pour les femmes.
La première impression qu'on y éprouve est celle d*un froid arec Arisson; puis ce froid diminue, l'eau s'échauffe au contact du corps; on retire la personne bien enveloppée, on la maintient jusqu^A réaction dans des couvertures; et presque toujours, quand la chaleur s'est rétablie, qu'un peu de sueur est venue, comme pour servir de crise a cette sorte de fièvre artificielle, les malades éprouvent une légèreté, un bien-être bien différent de l'état d'angoisse nerveuse qui les tenait avant l'opération. Les bains froids doivent être beaucoup moins prolongés que les bains chauds ; dix, douze,. quinze minutes pour les bains à douze ou quatorze degrés suffisent . Les autres peuvent être d'autant plus longtemps supportés qu'ils sont plus près de la température tiède.
Dans l'étal nerveux, on a peu d'occasions de se servir des bains locaux, des irrigations, desaffusions de différentes sortes. Ces derniers moyens seuls pourraient être conseillés dans quelques cas extrêmes ; et j'aurais aujourd'hui moins de répugnance i les conseiller, en raison de l'expérimentation qui en est faite chaque jour, et du profit qu'en pourraient retirer les malades sous la direction de praticiens prudents et éclairés.
Je n'ai parlé jusqu'à présent que des bains simples. Pour compléter la notion delà valeur de ce moyen, il faut ajouter ici tout ce qui regarde les bains composés. Les uns sont rendus calmants en y ajoutant quelques narcotiques^ les autres, fortifiants et calmants au moyen de la gélatine; ceux-ci, fortifiants et excitants, en les chargeant de ce qu'on nomme principe sulfureux, ou tout simplement de savon ou de soude, ou bien encore en combinant entre eux quelques-uns de ces moyens qui ne s'entre-détruisent pas chimiquement ou physiologique-
ami.
Les ressources de composition, de température, de durée, de répétition, sont, comme on le voit, presque infinies dans ce qui regtrde l'administration des bains. Il est presque impossible de tffiiler convenablement l'état nerveux sans y recourir, et presque toujours on se trouve bien de les avoir employés. Dans beaueoiip de circooslances, je ne vois rien qui leur soit comparable-
pour reiBcacité; el quand on sail s'en servir, on peut par eux seuls suppléer une foule d'agents moins bien acceptés. Ces résultais expliquent les succès que comptent par centaines une foule d*eaux, depuis les bains de mer jusqu'au plus grand nombre des sources minérales ; outre ce qu^elles doivent encore d'une part, aux principes médicamenteux qu'elles renferment, d'autre part au changement de climat que subissent la plupart des malades qui s'y rendent, et enfin à la distraction, au changement de vie dont toutes ces excursions sont accompagnées.
Les immersions, les douches, les affusions froides, les applications immédiates et convenablement prolongées de linges trempés dans de l'eau froide, ou de courants d'eau établis a une température déterminée et basse, sur la surface du corps, tous ces moyens me semblent raisonnablement applicables à la thérapeutique de l'état nerveux. Je n'y mets qu'une condition, c'est que les sujets soient capables d'une réaction rapide et suffisante^ c'est que le froid ainsi appliqué ne les fasse pas trop souiïrir; c'est, surtout, qu'ils se réchauffent facilement, au moyen d'un exercice bien ordonné, de frictions et de massages méthodiquement administrés. Hors de ces conditions, les applications de l'eau froide, sous quelque forme que ce soit, m'ont toujours paru nuisibles et souvent dangereuses; ces conditions bien remplies, l'eau froide bien administrée, l'hydrothérapie bien entendue m'a paru souvent un excellent moyen de calmer le système nerveux, d'en régulariser l'action et en même temps de remonter les forces radicales qui s'affaissaient.
[Autant en dois-je dire des bains de mer. Si le sujet réagit convenablement, ils peuvent faire le plus grand bien; dans le cas contraire, ils fatiguent, usent sans compensation ce qui resta de force, épuisent et par conséquent entraînent mille inconvénients plus fâcheux les uns que les autres. A ce point de vue, je crois qu'il y a une grande importance a déterminer le point du littoral où les bains de mer peuvent être pris. Les mers du nord pour les sujets robustes et d'un tempérament chaud; nos côtes occidentales pour des natures plus molles et moins réagissantes; nos rivages du sud-ouest enfin, pour les personnes encore plus délicates et moins impressionnables. L'eau salée, le mouvement de la mer, l'air du rivasre ne peuvent pas ^tre pris
ÉTAT NERVEtX. 85
seuls en considération ; mais encore Tatmosphère locale, la tem*^ péralure du pays, la sécheresse ou rhumidité de la saison, le confortable de vie, de nourriture dont le malade pourra se trouver entouré, tout cela avec la possibilité d*un exercice agréable, prend une importance d'autant plus grande que les sujets sont plus nerveux, plus faibles, plus impressionnables et surtout qu'ils le sont depuis un temps plus long.
Toutes choses égales d'ailleurs, on réglera avec le plus grand soin la durée du bain de mer, suivant l'impressionnabilité du sujet. Une simple immersion suffit quelquefois pour produire la sédation ou la stimulation désirée, et j'ai vu des malades subir une réaction fébrile qui dépassait les bornes d'une indisposition, pour avoir oublié les recommandations pressantes que je leur avais faites de rester quelques minutes seulement à la mer. ]
L'exercice^ sans fatigue, offre un autre moyen de fortifier f]u*il ne faut pas perdre de vue dans le traitement do l'état nerveux. On conçoit que le genre et la violence de l'exercice doivent singulièrement varier, à cause des forces originaires dont chacun de nous est doué, et a cause des modifications que l'état de maladie y a pu apporter. Mais, cette réserve posée, nous pouvons établir pour règle d'hygiène que, dans l'état nerveux, lexercice doit être recommandé. Exercice en voiture quand on ne peut pas plus, à cheval pour ceux ([ui en ont l'habitude on peuvent la prendre, à pied aussitôt que les forces le permettent; natation dans Ta saison, ce qui sera à la fois un bain et un exercice; gymnastique intelligente et modérée; tout cela ensemble fortifie le corps, développe et excite toutes les fonctions organiques, en même temps que l'esprit y trouve une occupation, une distraction, un plaisir.
Je recommande seulement au médecin de bien surveiller ce moyen de guérison ; presque toujours les malades encouragés i^eulent trop faire; ils croient qu'ils peuvent aller le plus loin possible, et l'on perd ainsi trop fréquemment tout le fruit d'une longue observance. J'ai vu quelquefois, chez des malades qui avaient confondu Texercice et la fatigue, revenir des affections ner^'euses de toutes sortes, qui étaient guéries même depuis longtemps.
L'état nerveux, dont nous nous occupons particulièrement
8fi MALADIES NERVEUSES GÉNÉRALES.
ici, demande que le médecin sache faire une juste part de tous ces bons moyens. Faire trop peu est une chose fâcheuse pour le malade qui a besoin d*employer toutes ses forces; faire trop est encore pire, à cause des recrudescences que cela pourra déterminer, et de Tespëce de relâchement général qui ne manquera pas de s'ensuivre.
C'est en fait d'exercice pendant Tétat nerveux que la règle du juste milieu doit être invariablement observée.
Je ne veux pas dissimuler que, dans ce précepte général ainsi formulé ou plutôt restreint, j*ai surtout en vue certains établissements de gymnastique où Ton cherche à réveiller et à ranimer les forces par l'exercice. Tout en approuvant, comme un médecin prudent doit le faire, le principe ainsi invoqué et le plus souvent appliqué avec un grand succès a des gens & peu près bien portants et qui n'ont besoin que d'être stimulés pour agir, je ne veux pas qu'on oublie dans l'application qu'il s'agit ici de maladie, et, par conséquent, de sujets dont il ne faut jamais dépenser inutilement ni les forces, ni la sensibilité.
J'ai peu de préceptes à donner pour ce qui regarde en général les médicaments.
Pomme, qui vivait dans un temps où la polypharmacie obstruait la médecine, a dû presque tout son succès à la guerre qu'il avait déclarée aux drogues alors en faveur. Les substances résineuses, aromatiques, toniques, qu'il repoussait de toutes ses forces, ont été, de son temps, détrônées en partie, non pas par sa théorie ridicule sur le racornissement des nerfs, mais par les beaux succès qu'il a dus à l'hygiène et au régime calmant auxquels il soumettait ses malades.
Je ne partage pas la haine qu'il portait aux drogues excitantes; mais je tiens singulièrement à ce que le médecin d'aujourd'hui mette sa thérapeutique au niveau des connaissances que nous avons acquises sur la pathologie et surtout sur la physiologie nerveuses.
Une substance quelconque ne devient un bon agent thérapeutique, un médicament, qu'à la condition d'être appropriée au moment, aux conditions données d'un mal. Je dois déclarer ici (|ue je ne connais pas un agent général quelconque capable de remplir» dans tout état nerveux, celte fouctiop de fortilier ^os
exciter. En jugeant la Taiblesse de ces malades, on se sent tou«r jours entraîne à leur prescrire les agents thérapeutiques que la matière médicale comprend sous le nom de toniques.
Les amers, sous toutes sortes de noms et de formes, en corn-* posent la majorité. jMais Texpérience et le raisonnement m*ont appris à m'en méfier. A leur sujet, je ne veux pas recommencer les diatribes de Pomme ou de l'école physiologiqice moderne contre tout ce qui est capable ^'échauffer et d*irrUer; mais je dois dire que ces aniers, quand ils sont simplement doués de cette propriété, ne tardent guère à se rendre insupportables dans les voies digestives, à déranger cette fonction capitale et à aller contre le but; que, quand ils sont amers et aromatiques, ils ont l'inconvénient des amers purs et de plus ils tourmentent le système nerveux; que, quand ils sont alcoolisés, ils sont encore pluç actifs et par conséquent plus difliciles à manier.
L'observation et la théorie m*6nt conduit à conclure : !• Qu'il ne faut pas les rejeter absolument, mais qu^il faut encore moins les employer comme base du traitement fortifiant. 2"" Qu'ils peuvent se montrer utiles, quand on les prescrit momentanément, en passant, dans la co'M.-dition bien définie pour laquelle 00 les recommande, à une dose très ménagée, parce qu'on a affaire à des malades d'une délicatesse extrême. 3^ Qu'ils doivent être re|>iDussés comme principe général, s*il s'agit de les donner constamment, à fortes doses, avec des mélanges qui en augmentent rénergie, sous une forme qui révolte les sens.
Ces préceptes, applicables à l'état nerveux en lui-même, ne mettent d'ailleurs aucun empêchement à ce que le médecin, dans un cas donné, prenne dans l'arsenal thérapeutique l'arme, dont il a besoin, pour combattre une maladie dont Vétat nerveux serait compliqué. Le fer, la rhubarbe, le quinquina, les évacuants de toutes sortes, seront utilement placés dans l'occasion; mais, dans tous les cas, il me parait indispensable de ne pas perdre de vue la disposition primitive du sujet que l'on traite, et de se régler toujours avec sagesse et sur les forces et sur la sensibilité de lorganisme que l'on veut modifier. En un mot, l'hygiène et non la pharmacie me semble bonne à invoquer pour refaire les farces des sujets nerveux ; je ne conseille les ressources de cette dernière qu'avec une extrême réserve, pour les cas spéciaux où
il y a complication, et pendant le temps strictement nécessaire.
Je passe à la seconde indication thérapeutique dans Tétat nerveux, celle de calmer le système. C'est à proprement parler le traitement qui doit soulager le présent.
Nous avons pour cela des moyens de deux sortes ; les uns agissant sur l'ensemble de l'organisme; les autres, étant doués d'une vertu spéciale qui en indique le judicieux emploi. Jetons un coup d'œil sur les agents thérapeutiques de ces deux ordres. •*
En tête des calmants généraux, nous devons parler de Topium. Il serait facile ici de prêter une nouvelle scène â Molière, en nous demandant encore pourquoi l'opium fait dormir. Mais la médecine moderne ne donne plus guère a ses détracteurs Toccasion de nous railler quand nous allons nous attaquer aux causes premières ; nous ne tenons guère à nous expliquer pourquoi les choses arrivent; nous voulons savoir à quelle condition, avec quelle conséquence elles arrivent, et nous pouvons en ce sens traiter sérieusement des effets de l'opium.
Or, nous voyons que, quand on en prend la dose suflSsante, une action est produite sur le système nerveux central, qui Ate la perception de la douleur, d'où que cette perception parte : nous savons qu'un calme général s'ensuivra; nous sommes sûr qu'il y aura de la somnolence, du sommeil même, pendant plus ou moins longtemps. L'expérience aussi nous a appris que de trop petites doses d'opium, au lieu de produire cet effet, déterminent quelquefois, et surtout chez certaines personnes, une excitation nerveuse plus ou moins considérable. L'expérimentation nous a enseigné encore que, pendant l'action de l'opium, le cerveau est plus plein de sang qu'a l'ordinaire, que les fonctions stomacales sont amorties, que le col de la vessie peut être irrité d'une certaine manière, que la peau se trouvera probablement affectée de démangeaisons. Nous nous conduisons en conséquence de toutes ces données, et nous nous servons de l'opium pour calmer, quand ses propriétés connues ne nous laissent rien redouter de particulier du c^té des organes exceptionnels que je viens de mentionner. Meherclè opium sedat! quoi qu'on en ait dit ; mais il faut savoir quand il est convenable de remployer.
L'étal nerveux, dont nous parlons ici, est justement une des
ÉTAT MEHVetX. 89
occasions bien déterminées où Topium est utile. Alors on est presque toujours sûr de l'effet qu'on en obtient; et, à cause de la susceptibilité acquise par le sujet, il n'est presque jamais né« cessaire de forcer les doses. Des pilules, qui renferment de 5 milligr. à 1 centigr. de sel de morphine : une potion contenant, pour 125 grammes de véhicule, 10 centigr. de sel de morphine, qu'on prend par cuillerées a café tous les quarts d'heure; quelques cuillerées moyennes de sirop de pavot, ou diacode; quelques cuillerées à café de sirop d'opium ;«des pilules contenant 25 milligr. d'extrait aqueux de cette substance; quelques gouttes de ce qu'on nomme laudanum de Sydenham ou de Rousseau ; en6n toute préparation analogue contenant tout ou partie active de cette substance, la codéine, par exemple; cela suffit. Le calme qui avait disparu revient, et les phénomènes nerveux rentrent dans Tordre.
11 faut seulement noter qu'il y a des cas exceptionnels, et que les gens à état nerveux ont plus que tous les autres la fâcheuse propriété d'être dans ces cas exceptionnels. Quelquefois Topium les excite. Il faut, quand on le sait à l'avance, le remplacer par un de ses succédanés, que nous retrouverons tout à l'heure dans rhistoire des calmants spéciaux. '
Quelques inspirations de chloroforme suffisent quelquefois pour suppléer l'administration impossible de l'opium. La médecine moderne utilise tous les jours ce moyen ; mais on ne saurait y recommander trop de prudence, vis-à-vis des malades impressionnables dont nous nous occupons. J'ai vu des convulsions pénibles et une vive anxiété suivre quelquefois l'emploi même modéré de cet agent ordinaire de sédation et d'anesthésie.
Après les différentes préparations d'opium comme calmants généraux dans l'état nerveux, et Vusage raisonnable des inspirations de chloroforme, les moyens les plus efficaces sont les bains généraux ; l'action des bains fortifiants est tellement combinée avec leur effet calmant que je n'ai pas pu m'empêcher de parler a la fois tout à l'heure de l'une et de l'autre. Je dois seulement faire remarquer ici que les bains calmants par excellence sont ceux d'une température moyenne. De vingt-quatre à trente di*grps, ces bains ne manquent guère leur effet sédatil. Je ne li-s recommanderai jamais trop contre rélal nnv< u\; ils le cal-
meronl certainement toujours du plus au moins ; à plus forte raison, quand on pourra ajouter quelque autre propriété médicamenteuse ou hygiénique à celle dont je parle.
Je ne dirai qu*un mol, parmi les calmants généraux, d*uDe classe de moyens thérapeutiques, a qui Ton a donné le Dom di antispasmodiques. On avait en grand honneur il n*y a pas encore longtemps, les corps à bonnes odeurs, comme le musc, que les anciens employaient pour rappeler la matrice a sa place qu'elle avait quittée, guivant leurs théories ; les corps à mauvaises odeurs, qui la repoussaient de la place indue qu*eUe était venue occuper, comme Tassa fœtida, le castoréum, la valériane; puis toutes sortes de stimulants volatils et spiritueux, destinés à faire voyager les esprits animaux qui étaient trop lourds et engourdis.
On conçoit qu*il est inutile de réfuter aujourd'hui de pareilles hypothèses. Un médecin raisonnable peut bien chercher à remplir a Taide de quelques rares agents physiologiques, compris sous le titre d^antispasmodiques, des indications bien déterminées; exciter ou engourdir le système nerveux; provoquer ou calmer une crise qui en occupe quelques parties ; seconder ou modérer l'action séd|^ive des autres moyens efficaces dont il dispose; mais il ne va pas perdre son temps à ressusciter toutes ces banalités, qu'on devrait s'efforcer de laisser pour l'honneur de notre art et de notre science dans un éternel oubli.
En revanche, nous avons acquis quelques moyens spéciaux dont nous lirons un meilleur parti. Ces agents ne sont pas encore malheureusement en assez grand nombre, pour que nous soyons sûrs d'en rencontrer pour tous les cas où nous en sentons le besoin; mais nous n'avons pourtant pas sujet de les dédaigner.
En tète, nous devons placer Textrait de feuilles de belladone quia tant d'action sur le système nerveux. Je ne connais pas de médicament plus efTicace, et particulièrement de meilleur succédané de l'opium, contre la plupart des douleurs nerveuses. A doses très petites, sufiisamment répétées, il dissipe merveilleusement les malaises de Tétat nerveux, toutes les fois que ces malaisées se font sentir sur le trajet dos rameaux de la cinquième paire ; quand il y a des étouffements, de la gèqe de la respira-
ÉTAT NBRVBUX. 91
lion ; ou que la sensibilité de Tocil est au |K)int de rendre trop douloureuse la perception de la lumière. Des frictions, avec une pommade dans laquelle la belladone est incorporée, faites le long des parties endolories, ont calmé souvent sous mes yeux des douleurs vagues comme Tétat nerveux en comporte ; enfin un vésicatoire qu'on pansait avec une pommade à la belladone a fré« quemment guéri sous ma direction des toux convubives, que beaucoup d'autres moyens avaient été impuissants à arrêter, et qui tenaient tout simplement à l'état nerveux.
Les préparations de jusquiame et de ciguë m'ont paru, sous ce rapport, beaucoup moins efficaces.
Les feuilles de stramoine fumées, leur extrait en pilules, m'ont souvent montré une action utile dans les étoufiTements nerveux, même non asthmatiques.
La poudre de feuilles de digitale, à très petites doses de 6 à 10 centigrammes, agit sur le cœur et en arrête les palpitations.
La poudre de Colombo, à la dose de 20 centigrammes suffisamment répétée, supprime bien des vomissements nerveux, qui cèdent d'autres fois a la potion dite anti-émétique de Rivière, ou à la magnésie, ou tout simplement à Teau de fleurs d'oranger.
Le camphre, plus facile à administrer en lavemen^^ au moyen d'un jaune d œuf que par toute autre voie, calme merveilleusement les irritations nerveuses de la vessie.
Le nitrate de potasse, à petites doses répétées, diminue notablement la chaleur générale.
Avec ces moyens spéciaux, dont les propriétés ne me paraissent pas douteuses, et aidé des agents généraux dont j^ai parlé plus haut, j'ai presque toujours vu Fétat nerveux s'améliorer ou guérir. Le soulagement a presque toujours été sûrement et rapidement obtenu ; la guérison, ou au moins l^amélioration continuée, ne l'a été en général qu'au bout d'un temps plus ou moins long. Nous devons convenir que c'est souvent à cela que s'arrêtent nos prétentions légitimes en fait de maladies nerveuses. Mais, même pour en arriver la, il faut une longue et sage persévérance, aidée d'une méthode bien établie.
La considération de la cause est une des meilleures bases de cette méthode. C'est pour cela que j'ai hâte d'exposer ce que je sais sur cette troisième source d^indications,
02 MALADIES NKRVBUSKS GÉNÉKALËS.
Reprenons les principales causes dont nous avons reconnu rinflncnce pour la production de l'état nerveux.
S\igil-il d'un état nerveux causé par la présence ou actuelle ou antécédente de quelque maladie, on conçoit, du premier coup, que rétat nerveux n'est en quelque sorte qu'un épiphénomène, tme complication, dans laquelle on devra s'attacher à bien distinguer le mal principal, des accidents accessoires et par cela même beaucoup moins graves, qui viennent de survenir. Ces phénomènes nerveux mériteront, certainement d'occuper l'attendon du médecin, parce qu'ils constituent une souffrance nouvelle ajoutée à celles de la maladie originaire*, il sera même encore souvent utile de montrer qu'on s'en occupe, parce que ce pourra être un bon moyen de détourner l'attention du malade de choses plus graves qu'on veut lui cacher. EnBn, même dans ces cas particuliers, le médecin ne devra pas négliger cette occasion de plus, qui se présentera, de mettre physiquement et moralement son malade dans une voie plus facile et plus sûre de guérison. Mais on comprend combien l'usage de tous les moyens, convenables alors contre l'état nerveux, est subordonné à des considérations plus importantes, celles qui dérivent delà maladie primitive. Puis il faut savoir aussi que la guérison de Tétat nerveux n'est souvent possible qu'après celle du mal primordial ; d'une part, a cause de l'importance plus grande qu'il faut reconnaître aux symptômes plus graves ; d'autre part, parce que l'organisme ne répondra convenablement aux moyens employés, que quand les fonctions auront repris leur cours normal; enfin, parce que la thérapeutique de l'état nerveux sera toujours gênée dans ses allures toutes les fois que ses indications ne s'accorderont pas avec celles du mal , cause première.
Dans les cas, de beaucoup les plus nombreux, où l'état nerveux est appelé à jouer le principal rôle, la considération de la cause deviendra plus importante et plus féconde. Elle fournit une large part aux indications thérapeutiques, et au choix à faire entre tous les agents appropriés.
Si l'état nerveux est la conséquence de la faiblesse radicale ou acquise de la coosUtution, d'une diathèse, ou bien d'une chlorose ou anémie générale ou partielle, il est facile de se rendre
ÉTAT MRRVEIJX. 9S
compte de l'influence que la constatation de cette cause viendra exercer sur le traitement. Ce n*est plus un système nerveux qu'il faut calmer, c*est une constitution qu*il faut refaire ; les calmants doivent être presque tous bannis et remplacés par des spécifiques, le mercure, Tiode s*il y a lieu, par des fortifiants et particulièrement par ceux qui répondent le mieux aux besoins réels du malade. Une bonne nourriture, un bon air, un travail ou de Texercice convenable, des amers bien choisis, et le plus souvent le fer, peuvent être ou séparément ou tour à tour employés avec succès suivant les indications.
Si rétat nerveux résulte au contraire de l'excès de la sensibilité relativement aux forces, c'est contre le vice inhérent à la constitution qu'une médecine sage devra s'exercer. Engourdir le système nerveux au moyen des calmants de toutes les sortes, prévenir par des évacuations de toutes natures la pléthore cérébrale là où elle est excessive, éloigner physiquement et moralement toutes les causes présumées d'excitation, telles devien* rient presque toujours alors les indications thérapeutiques, et, le temps venant en aide, on arrive progressivement au but.
Il est bien plus didicilc de l'atteindre quand des causes morales ont été mises en jeu. Nous n'avons pas de bonnes pilules contre le chagrin ; mais nous ne devons pas cependant perdre tout espoir de nous montrer utiles. Aux uns, dont les causes murales auront troublé et dérangé la nutrition, dont les passions et les chagrins longtemps soutenus auront déprimé les forces, nous appliquerons les préceptes par lesquels nous avons débuté et qui tendent à rétablir l'état physiologique^ chez les autres, nous chercherons à calmer la sensibilité devenue excessive pendant les éclats de la passion ; enfin nous ferons un sage mélange de ces doubles moyens toutes les fois que des causes mixtes nous seront révélées. Comme hygiénistes notre rôle et notre puissance seront encore assez beaux ; mais nous devons ajouter aussi qu'il le sera bien plus comme moralistes.
Avec la connaissance qu'il a, non-seulement des organes et des besoins de l'homme, mais encore de son cœur et de ses affections, le médecin saura mieux que tout autre épier et comprendre la passion dominante; il en prendra sa part pour la diriger; il saura quand il faut lui céder, quand il convient mieux de lui
9i MALADIES NERVEUSES CÉNÉRALES.
résister ou de la distraire ; au besoin il en provoquera les éclats en vue du repos et du relâchement qui devra suivre ; plus souvent il en éloignera la pensée, les témoins, les souvenirs, les objets. Il opposera quand ce sera possible Thomme physique et les besoins matériels à Thomme moral ; il les fera marcher ensemble yers un même but; quand il ne pourra pas faire autrement, il i$aisira habilement les moments possibles de diversion ; et les états nerveux pour cause morale ne manqueront pas de s'amender sous les efforts de Tami, là où ils auraient résisté au thérapeutiste tout seul. Pour être assuré de bien remplir tout son rôle dans la maladie qui nous occupe, le médecin a besoin d*ôtre en même temps un sage. Son ascendant moral doit suppléer ou compléter ce qui manque à ses ressources d'hygiène et de matière médicale.
Les indications fournies par Tftge sont beaucoup moins importantes. Elles veulent tout simplement qu'on varie, qu'on modifie les doses des moyens thérapeutiques quelconques que l'on emploie; elles impriment, comme pour toutes les autres maladies, quelques modifications au traitement à cause des tendances physiologiques reconnues dans l'homme aux différents degrés de son évolution ; mais c'est à cela que se borne leur empire, quand on considère l'espèce en général. Ces indications se spécialisent mieux quand on parle à la fois des âges et des sexes.
Nous avons dit que les femmes étaient plus sujettes que les hommes à l'état nerveux ; il en faut conclure d'abord qu'elles sont plus impressionnables et que toutes les actions physiques et morales devront être pour elles plus modérées sous peine d'être excessives; c'est à la fois une règle et une ressource de thérapeutique qui n'est pas à négliger. En outre de cette remarque générale applicable à la femme, seulement à cause de son sexe, viennent tousles préceptes qui regardent les divers états par lesquels elle passe à cause de son rôle de mère. Évolution de la puberté, menstruation régulière, grossesse, accoudiement, allaitement, âge de retour sont autant de phases de sa yie, assujetties comme nous l'avons dit à l'état nerveux, et pleines d'indications d'une rigoureuse utilité.
Aux premiers signes du début dans son rôle social^ la jeune ftUe nerveuse a besoin qu'on l'entoure de toutes les précautions
ÉTAT IfERVEtnC. M
physiques et morales capables de la bien préparer aux fonctions, qu'elle est appelée à remplir. Toute tendance à la chlorose est alors accompagnée d'un état nerveux, important à constater, parce qu'il est un des signes pathognomoniques de l'état général, et important à guérir, parce que, sans cela, il faut s'attendre à voir se dérouler pendant le reste de la vie toute la série des accidents nerveux. A ce double point de vue, l'état nerveux une fois constaté, il faut remonter à la cause ; si la chlorose en peut être accusée, c'est contre elle que le médecin devra porter tous ses principaux efforts. Il aura recours aux préparations ferrugineuses, à l'iodure et au protocarbonate de fer, au citrate, au lactate de la même base en pilules ou mieux en dragées, aux eaux minérales qui en contiennent notablement et cependant pas assez pour révolter le goût et l'estomac ; il conseillera les pains, les chocolats au fer, le fer porphyrisé ou précipité par l'hydrogène. On y ajoutera l'usage habituel de substances telles que la magnésie ou l'eau de chaux après les repas ; quelques laxatifs répétés convenablement pour vaincre la constipation souvent produite par les préparations ferrugineuses; on tiendra la main à un régime fortifiant, quoique combiné de manière à exciter l'appétit; on recommandera instamment les bains froids deux ou trois fois par semaine, et tous les jours un exercice modéré pris à l'air libre. Si l'état nerveux de cet âge résulte de quelque vice de Féducation, le médecin aura besoin de se mon trer à la hauteur de sa mission, et de redresser les mauvaises dispositions physiques ou morales qu'il aura reconnues ; s'il s'agit au contraire d'un désordre matériel quelconque faisant obstacle à l'établissement naturel de la menstruation, c'est cet obstacle qu*il faudra faire disparaître, en secondant la tendance de la nature pour produire dans les organes du bassin une fluxion sanguine, destinée à devenir périodique.
Ces préceptes, qui regardent la première menstruation, sont à peu près aussi applicables à toutes les autres, quand elles ne se font pas bien. Il n'y a donc pas lieu de m'y étendre davantage. Je dois seulement faire remarquer que dans les époques suivantes, il arrive souvent des douleurs excessivement vives dans les reins et la région utérine, qui deviennent pour quelques jeunes personnes une cause pénible de désordres nerveux, quand l'apparition
00 MALADIRS NERVBCSE8 GÉNKR.iLKg.
des menstrues va se produire. Ces douleurs disparaissent souvent après une grossesse; mais, en attendant, elles peuvent faire souffrir longtemps, et il faut les combattre. Je ne connais rien de mieux pour cela que l'usage répété des bains tièdes, quelques jours avant Tapparilion présumée des menstrues; que des cataplasmes émoUients appliqués sur le bas-ventre, ou des vapeurs émollientes en fumigation dans les premières heures des règles. Un exercice bien réglé dans les intervalles, et une bonne hygiène devront aider ces moyens.
L*état nerveux dans la grossesse est dominé par les fonctions que la femme remplit alors; le devoir du médecin est de ne pas perdre de vue le grand but de la nature, la conservation du germe qui se développe. Mais, au milieu de tout cela, il aurait tort de se croire condamné à Timmobilité, quand des phénomènes nerveux très prononcés réclament l'assistance de l'art. Tous les secours généraux que nous avons indiqués plus haut restent à sa disposition, et peuvent souvent lui donner de belles occasions de soulager ses malades; l'état de grossesse devra néanmoins toujours être bien pesé, avant de mettre en pratique quelqu'une des déterminations graves, que des phénomènes nerveux exagérés pourraient souvent inspirer au médecin.
Je ne veux pas laisser échapper cette occasion de m'clever contre l'opinion de ceux qui s'abstiennent, pendant la grossesse, d'adminislrcr les ierr [}g\T\eu\j sous prétexte qu'ils sont emménagogues, et par conséquent qu'ils pourraient devenir abortifs. Je ne les prescrirais pas sans raison; mais toutes les fois que la chlorose se montre môme pendant la grossesse, je n'hésite pas à ordonner le fer, comme si la grossesse n'existait pas. Je n'en ai jamais vu rien résulter de fâcheux.
Le fer n'est emménagogue que parce qu'il guérit la chlorose, et rétablit ainsi une évacuation périodique que la maladie avait supprimée. J'en suis tellement sur que je le prescris dans les cas de perle sanguine périodique trop abondante, toutes les fois que j'ai affaire à desi, sujets affaiblis, anémiés outre mesure; et je m'en trouve parfaitement bien.
Autour d'une femme en couches^ mille raisons, plus sérieuses que l'état nerveux, connnandent les précautions hygiéniques les plus grandes : je ne parle donc ici de cet accident spécial que
ÉTAT Nerveux. 07
pour mémoire en quelque sorte, et pour que le médecin, mis ainsi sur ses gardes, n'aille pas faire une grosse erreur, en prenant et en traitant pour des affections de toute autre nature, des pliénomènes purement nerveux beaucoup moins^angereux et encore assez fréquents.
Vallaitement peut devenir et devient quelquefois, chez les femmes faibles et nerveuses, une cause de grands malaises. Il faut donc dans ces occasions se prononcer à T avance nettement contre Fallaitement maternel , et, quand il est commencé, le suspendre immédiatement et rempécher,dans Tintérét de l'enfant aussi bien que dans celui de la mère. Une remarque que j'ai faite et que je livre aux praticiens, c'est que plus tôt l'allailement est suspendu, et mieux les accidents se passent. J'ajoute qu'alors aussi les agents capables de supprimer la sécrétion du lait rendent les plus grands services. On a remarqué dans certains cas que les préparations iodées avaient cet avantage, et on les a employées avec succès dans ce sens. Un autre moyen m'a réussi, et je le trouve d'autant plus heureux qu'il remplit à la fois deux indications; c'est l'extrait de belladone.
Je donnais des soins à une dame névralgique, qui avait voulu nourrir malgré mon avis. Au bout de six semaines d'allaitement, des douleurs d'estomac, une anorexie presque insurmontable, quelques légères atteintes de névralgie faciale, une faiblesse extrême me donnèrent raison. Je voyais ma malade tombçr à Texcés dans l'état nerveux par débilitation que j'avais craint, et cependant elle s^obstinait à nourrir encore son enfant. Pour combattre les névralgies faciales, je prescrivis un peu de bella* done, en combinant l'administration de cet agent de manière i ne pas gêner les petits repas que ma malade faisait par force, et à ne pas incommoder l'enfant qui tétait encore. En deux jours, la sécrétion laiteuse s'était presque complètement supprimée ; et la malade, qui savait mon opinion bien arrêtée contre l'allaitement qu'elle voulait continuer, resta persuadée que, connais* sant bien cette propriété de la belladone, je l'avais employée avec rintention de tarir le lait dans sa source. J'eus beau m'en défendre, elle me remerciait toujours d'avoir fait passer ses névralgies; mais elle ne me pardonnait pas de lui avoir joué le mauvais tour de supprimer son loit. Ce fait m'avait donné a ré- I. 7
fléchir, et, dans roccasîon, j'ai voulu vérîBer si la belladone aurait en effet celte propriété. PlusieursJois depuis je m'en suis servi avec avantage dans les mêmes conditions. En cas pareil. J'hésite d'autant moins que je regarde cet agent thérapeutique comme un des meilleurs calmants du système nerveux en général. [Des faits nouveaux publiés dans les journaux de médecine ont, postérieurement à ma première édition, et sans que les auteurs aient tenu compte de mon observation, également démontré que la belladone entravait la sécrétion lactée. ]
Nous avons raconté plus haut par quels désordres nerveux est signalé l'âge qm clôt la vie de la femme mère , et en même temps nous avons fait pressentir entre quels écueils le médecin aurait alors à marcher. Pléthore sanguine d'une part, et, d'autre part, désordres nerveux, avec quelques nuances seulement capables de désigner à son attention l'un de ces états plutôt que l'autre. Tout l'art consistera dès lors à tenir constamment la balance en équilibre de l'un comme de l'autre côté. Nous ne pouvons que rappeler les tègle^ générales que nous avons posées, et redire au médecin avec quelle attention il devra les suivre et les appliquer, tout en se faisant une loi d'aider la nature dans la transformation qu'elle prépare, et de ménager toutes les secousses qui ne manqueraient pas d'arriver, s'il venait étourdiment à donner la prédominance aux accidents de pléthore sur ceux des nerfs ou réciproquement.
Ai -je besoin de faire remarquer cpie l'état nerveux par chlo" rose chez l'homme, présente les mêmes indications et appelle les mêmes médicaments que chez la femme?
Dans l'un comme dans l'autre sexe, des pertes trop répétées de sperme pour les hommes, etde5«ny, surtout pour les femmes, occasionnent souvent un état nerveux assez grave et chet tous les deux une sorte de chlorose. Je me suis presque toujours bien trouvé de la combattre dans les deux sexes par l'usage habituel des préparations ferrugineuses. [J'y ajoute l'usage delalupuline, du bromure de potassium et surtout des bains froids, quand il s'agit de pertes séminales, et l'administration commune de lavements froids et camphrés. ] Chez les femmes, je cherche à arrêter les perles utérines dès le troisième jour de leur apparition, et j'y réussis presque toujours en ordonnant un gramme de seigle
ergoté en une ou deux doses chaque jour. Ordinairement la perte est arrêtée dès le second ou le Iroisiènne jour de cette médication ; et la femme rentre alors dans les conditions générales contre Tétat nerveux par anémie ou par chlorose.
Quant aux abus^ aux excès de toute nature, une seule règle de prophylaxie doit être conseillée, celle de s* abstenir ; des conseils sages, éclairés, des avertissements sur les dangers probables , des obstacles , créés autant que possible , contre les tendances individuelles ou contre les possibilités physiques , voilà tout ce que le médecin peut faire , surtout en ce qui regarde les aliments, les excès, les abus de veilles, de fatigues, de coït, de masturbation, les incitations dangereuses. Puis ensuite il faut tâcher de réparer le mal, de remonter les forces détruites, de modifier les fonctions altérées, de changer, de détouroer, de remplacer les mauvaises habitudes. C'est de Fhygiène générale qu^il faut sévèrement appliquer au cas présent.
Pour ce qui regarde V hérédité^ nous sommes forcés de convenir que nous n*y pouvons rien empêcher. Seulement nous devons, et nous le pouvons, lutter à Tavance par une éducation hygiénique bien entendue, contre les prédispositions des enfants ainsi désignés à notre attention. Nous arriverons peut-être, sinon à détruire, au moins à atténuer et a changer le mal. C'est encore quelque chose.
Enfin, pour citer encore un cas possible, il arrivera peut-être, et ce fait n'est pas rare, que l'état nerveux prenne quelque chose àù périodique. Outre les médications conseillées par l'état présent du malade et de ses organes, il y aura alors une indication capitale qui sera révélée ; celle que fournit toujours invariablement la périodicité. Celle-là remplie, et tous les médecins savent que la quinine y satisfait, toutes les autres ne seront que des accessoires de plus ou moins d'importance. Les autres moyens ne seront plus que ce qu'on appelle en posologie des adjuvants.
Tai rapporté, dans l'article Dëlibe du Supplément au Dietimnaire de médecine, de Fabre, en 8 vol. in-8% l'histoire d'une jeune fille tourmentée gravement, à la suite d'une vive affection morale, des accidents d'un état nerveux incontestable compliqué de chlorose. Elle était prise tous les jours d'un délire de
100 MALADIES NERVEt'SES GÉNÉRALES.
forme somnambulique, durant depuis cinq ou six heures du soir jusqu'au milieu de la nuit. Les intervalles étaient remplis paries accidents ordinaires de la chlorose et de Tétat nerveux. Le sulfate de quinine, convenablement administré, diminua, puis fil, à la longue, disparaître les accès de délire nerveux périodique. Les préparations ferrugineuses, aidées de Tusage de la magnésie et d'un bon régime, mirent fin aux autres désordres sur lesquels était enté ce singulier délire.
Ces exemples auront suffi, je pense, pour faire voir comment ce sujet peut être envisagé ; avec ce que j'en viens de dire, et ce qui s'en retrouvera nécessairement dans le cours de cet ouvrage, je ne doute pas qu'un médecin attentif ne sache sérieusement tout ce qu'il <levra faire pour le traitement de l'état nerveux ordinaire ;
Il ne nous reste plus qu'à dire un mot des névropathies dont nous avons fait mention.
On comprend que le traitement 'dont elles sont l'occasion se compose nécessairement de deux choses :
1° Les indications et les moyens de guérison de l'état nerveux, auquel s'ajoutent les névropathies ; 2** La curalion des névropathies elles-mêmes. En ce qui regarde la première partie de ce traitement, je renvoie à ce que je viens de dire sur l'état nerveux ; comme d'ailleurs les névropathies sont une expression mieux dessinée de la maladie, il importe de suivre avec plus de ténacité le traitement qu'on aura jugé le meilleur.
Pour la seconde partie, le traitement de Télat névropathique actuel, quelques indications spéciales surgissent. J'y insisterai peu, parce que j'aurai plus lard occasion d'y revenir avec plus d'importance, surtout à propos des névralgies dont on rencontre ici comme un premier degré. J'espère cependant que les malades me sauront gré de quelques conseils appropriés au mal dont je parle.
Là^ où la douleur se montre, il importe de la combattre, c'est-à-dire de la calmer ou de la déplacer. A ce point de vue, les révulsifs sont souvent employés avec bonheur. La sensibilité si variable de la peau se prête merveilleusement par ses divers degrés à toutes ces indications. Suivant la nature, la place, l'îii-
lensité, la portée de la douleur, on peut aller depuis la plus simple friction, la rubéfaction superficielle, jusqu^à Tustion du derme, depuis la simple conservation de la chaleur au moyen d*un corps isolant convenable, jusqu'à la sensation de la brûlure. La matière médicale est riche en moyens de ce genre, de manière à ne jamais faire défaut. Des frictions sèches avec une brosse de laine, avec une flanelle chargée de vapeurs aromatiques, avec des liniments plus ou moins camphrés et volatils, des applications immédiates de corps gras étendus sur la peau, avec ou sans addition de narcotiques, de teinture decantharidesou de tartre stibié en pondre, la rubéfaction locale â un feu clair; certaines opérations de massage, certaines applications de réiectricité, peuvent faire disparaître pour un temps plus ou moins long, souvent pour toujours et avec une grande rapidité, beaucoup de douleurs nerveuses.
Des moyens analogues appliqués sur la partie postérieure de la poitrine, soulagent a chaque instant beaucoup d*étoufl'ements nerveux- On use quelquefois des mômes ressources avec avantage, en les promenant sur les extrémités, quand les organes centraux menacent de se trouver, par le fait de la névropathie, dans un état de congestion.
Quelquefois néanmoins cette indication remplie n'arrive pas complètement au but, et il y a nécessité de travailler, soit simultanément, soit isolément, à calmer le système nerveux. C'est alors que Ton invoque avec avantage les calmants spéciaux suivant le point, la partie ou la fonction sur lesquels la névropathie se fait sentir. Je n'ai pas besoin de rappeler ici ce que j'en ai dit en parlant de l'état nerveux; il suffit d'ajouter qu'il m'est souvent arrivé de calmer de ces névropathies d'une manière frappante par des applications sur la peau des narcotiques par excellence, l'opium et ses composés.
remploie pour cela ou l'extrait aqueux d'opium qu'on étend en emplâtre sur du diachylon gommé, ou de la thériaque que j'administre de la même manière, ou bien du chlorhydrate de morphine, soit seule et étendu sec sur un peu d'onguent de Vigo, soit incorporé avec de l'axongc et formant ainsi une pommade dont on frictionne le point douloureux. On ne risque rien sous ces formes en forçant un peu les doses du médicament; la plus
petite partie seule en est absorbée; mais c*en est assez pour faire disparaître d'une manière incontestable toutes sortes de ces maux nerveux, qui persécutent sans relâche certains sujets malheureusement disposés.
Comme moyens de calmer des douleurs locales, la thérapeutique moderne à acquis certaines ressources qu'on ne peut trop recommander. Telles sont, par exemple, les onctions avec une pommade contenant un trentième ou un quarantième de vératrine, sur laquelle M. Aran surtout a appelé Tattention, toutes les fois qu'il s'agit de calmer la sensibilité locale trop exaltée même par une inflammation. Telles sont, mieux encore, les applications de chloroforme, soit qu'on remploie en frictions sur la partie soufi^rante, soit qu^on Fy maintienne au moyen de compresses convenablement imbibées, soit enfin qu*on veuille ôter à une partie souffrante la sensibilité, au moyen d'un courant de chloroforme lancé convenablement avec Tappareil inventé par M. Guérard et si heureusement utilisé par M. Richer pour les opérations superficielles de la chirurgie.
[On a conseillé dans ces derniers temps, le dégagement de Tacide carbonique dans le vagin, comme moyen de traitement contre les douleurs utérines, ayant pour point de départ le coi de la matrice. Celles dont le siège est moins nettement localisé cèdent ordinairement aux moyens généraux que j*ai indiqués et particulièrement aux bains froids. ]
Je suis beaucoup plus heureux contre les coliques nervetises. Qu'elles soient ou non accompagnées de ballonnement du ventre, elles cèdent presque toujours, comme par enchantement, à l'apposition de quelques ventouses sèches sur la partie endolorie. Je n'ai jamais rencontré de cas où ce moyen ait manqué son effet, quand la colique occupait le gros ou le petit intestin *, le ballonnement de l'abdomen, s'il en reste après, disparaît par des applications de cataplasmes froids, quand elles sont possibles. Si les coliques nerveuses partent de l'estomac, on les guérit sûrement parles moyens dont je parlerai, quand je traiterai de la gastralgie.
A propos des névralgies, nous compléterons d'ailleurs l'histoire des névropathies déjà fort avancée par les détails relatifs à l'état nerveux, qui les relient naturellement aux affections plus graves de même nature.
^AT NERVEUX. lOS