‹ Traité pratique des maladies nerveusesChapitre 70 sur 96 · NÉVRALGIE DORSO- INTERCOSTALE · texte numérisé non relu

NÉVRALGIE DORSO- INTERCOSTALE

[Je considère la névralgie dorso-intercostale comme la plos fréquente de toutes les névralgies : cette opinion, nettement tranchée, diffère de celle émise par tous les auteurs qui m Mt précédé, et je dois dire tout de suite sur quelles raisons elle est fondée.

Ceux qui ont écrit sur la névralgie intercostale en ont méconnu la cause essentielle la plus commune : les uns, coinnie nous le verrons, en ont fixé le point de départ dans la aïoelk épinière, et l'ont considérée comme le résultat d^une irritation spinale, sans la rattacher à un état nerveux général ; d'autirs, l'ont acce|)tée comme une névralgie ordinaire et produite ftt l'ensemble des causes propres à ces hyperesthésies ; un petit nombre ont entrevu, et parmi eux, Isaac Parish, qu'elle pouvait être de nature hysléri(iuc, mais très secondairement, car c'est encore à l'irritation spinale qu'ils accordaient le priocipil rôle dans sa production.

Cette névralgie est la plus fréquente, parce qu'indépeodtflh

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mentde toutes les circonstances qui peuvent la provoquera titre de névralgie ordinaire, elle s*observe sans exception chez tous les hystériques ; et comme Thystérieest une maladie déjà fort commune» on conçoit sans peine que la névralgie intercostale se présente à l'observation dans des circonstances aussi nombreuses que variées.

Siège anatomique. — Ou sait que les nerfs spinaux naissent de la moelle, par deux racines dans une région toujours plus élevée que le niveau de leur sortie du canal rachidien, en sorte qu'ils parcourent un certain espace dans ce canal, espace d'autant plus long que les nerfs sont plus inférieurs. Les deux racines antérieure et postérieure réunies en un ganglion forment le cordon nerveux spinal qui se divise en Irois branches :

1' Les branches spinales postérieures;

V Les branches spinales antérieures ;

3* Les branches spinales ganglionnaires,

La branche spinale postérieure donne une branche externe ou musculaire qui se distribue aux muscles des gouttières vertébrales, et une branche interne ou musculo-cutanée qui traverse le muscle grand dorsal et le trapèze, pour se distribuer à la peau du bord interne de l'omoplate.

Les branches antérieures sont la continuation du tronc principal, et se dirigent dans la partie moyenne de l'espace intercostal ; à une distance égale du sternum et du rachis, elles se divisent en branche intercostale et branche perforante ou cutanée. La branche intercostale continue son trajet jusqu'à l'extrémité antérieure de la côte, où elle fournit le rameau perforant antérieur, dont les dçux filets se distribuent au muscle grand pectoral et à la peau. Le rameau perforant cutané donne deux ordres de filets nerveux aux téguments des parties antérieures et latérales de la poitrine et de l'épigastre.

Le premier nerf intercostal est lié au plexus brachial par la première paire dorsale; le rameau perforant cutané se rend à la peau de la partie postérieure du bras ; la mamelle et les téguments du thorax sont abondamment pourvus de filets nerveux intercostaux, enfin les rameaux intercostaux à partir du huitième espace se terminent dans la paroi du ventre, et le rameau

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perforant culanc des sixième et septième nerfs, à la région é^gastrique (Valleix etBassereau).

Les auteurs dont les écrits ont contribué à faire connaître la névralgie dorso-intercostale sont SicboIJ, cité par Chaussier (1). Nicod (2), qui en a donné une description assez complète» a compris qu'elle n'est point une névralgie ordinaire, qu'elle dépend souvent d*une aberration deja sensibilité sans inflammation, et qu'elle est souvent compliquée de névralgies épigaslriques, intestinales et de Tappareil utérin; mais il n*a pourtant pas constaté qu'elle se rattache souvent a des troubles nerveux hystériques. Fouquier a maintes fois attiré l'attention des élèves qui suivaient sa clinique sur la fréquence de la névralgie inler* costale; il la traitait par Temploi des narcotiques.

Oliivier (3) rapportait cette névralgie ainsi que les troubles nerveux décrits par Nicod et par des médecins anglais et américains, sous le nom de spinal disease, à une congestion sanguine d'une portion de la moelle épinière.

Brown (A) a fait la description d'une affection nerveuse qui serait produite par l'irritation des nerfs rachidiens, et qui n'est autre que la névralgie dorso-intercostale. Il attribue la douleur à la contraction spasmodique des muscles spinaux qui déplaceraient légèrement quelques vertèbres, ou qui comprimeraient les nerfs spinaux à leur sortie des trous rachidiens.

Isaac Parish (5) a publié en 1832 un mémoire dans lequel il cherche à démontrer que les douleurs thoraciques n'ont pas leurs causes dans les maladies de la moelle, mais dans un principe névralgique, surtout chez les femmes, car chez elles l'affeclion prend un caractère hystérique très marqué; mais le docteur américain, craignant d'avoir été trop loin, met bientôt des res-

(1) Table synoptique de la névralgie, an XI.

(2) Observ. de névr. thoraciques (Nouveau journal de médecine et dêchkwgit pratiques f 18t8).

(3) Diclionn. de médecine en 2t vol., 1826, t. XV, et Traité des ntalaéies de la moelle.

(4) The Glascow med. Journ., 1828, n" 11.

(5) On irritation of the spinal morrow as connectée wiUi nervous diseate^ (TAf American Journal, 1832^

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triclions à sa manière de voir el ne donne qu'une importance très secondaire à Télat nerveux hystérique, en tant que cause de la névralgie.

Les docteurs Griffln (1), Thomas (2), Malone (3), Told (4), Ems (5), Isaac Porter (6), qui* ont laissé des écrits sur les douleurs dprso-thoraciques, les attribuent à une irritation spinale, comme la plupart des auteurs déjà cités.

M. Bassereau a fait dans sa thèse (7) une description de la névralgie dorso-intercostale plus complète qu*on ne lavait fait jusqu'alors, mais en la considérant, à l'exemple de Fouquier et de Cruveilhier, comme symptomatique de quelques affections viscérales.

EnGn, Valleix a publié sur cette névralgie, dans les Archives générales de médecine^ un mémoire qu'il a plus tard reproduit en substance dans son Traité des névralgies déjà tant de fois cité.

Comm^ on le voit, la névralgie dorso-intercostale a été Tobjet d'un grand nombre de travaux^ sa fréquence» les conditions particulières et si variées dans lesquelles on Tobserve, expliquent ces études multipliées. Chacun a voulu remonter à sa cause essentielle et asseoir ainsi le traitement sur une connaissance plus précise de la nature de la maladie. Nous voudrions pouvoir dire que tant d'écrits ont rendu son histoire complète, mais nous n'avons point cette satisfaction.

Ce qui a tant préoccupé les auteurs, ce qui les a surtout excités à chercher à cette névralgie des causes spéciales, c'est qu'ils la voyaient survenir dans des circonstances exceptionnelles. La névralgie dorso-intercostale se présente, en effet,rarement à l'occasion des troubles fonctionnels qui sont les causes les plus communes des névralgies \ d'autant plus rarement que certaines dou-

(t) ObservatioM on the functioncU affections ofthe spinal chord. LoDdon, 1834.

(2) Observations sur l'irritation spinale {North American ArcMv,^ 1834).

(3) Remarques sur l'irritation spinale {the American Journal, 1835).

(4) The Cyclopœdia af practical medicine, Londoo, 1834.

(5) RusCs Magazin fur die gesammte Heilkunde, 1835.

(6) The American Journal of the médical science, 1838.

(7) Essai sur la névralgie des nerfs intercostaux, considérée comme symptomatique de quelques affections viscérales. Paris, tSiO.

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leurs très probablement de nature névralgique, la myosalgieja pleurodynie^le prétendu rhumalismemusculairc,parexemple, ont été considérés comme des maladies d^un autre genre. Quoi qu'il en soit, le fait étrange de voir cette névralgie se montrer àréiit permanent, chez des sujets qui n'étaient point exposés aux influences extérieures qui d*ordinaire provoquent les névralgies, fit supposer qu*elle était le résultat d*un état pathologique da centre nerveux, duquel les nerfs intercostaux tirent leur origine; et le mot irritation spinale paraissant le mieux répondre aux vagues théories propres à rendre compte des phénomènes morbides, on imagina que la névralgie dorso* intercostale était principalement produite par Virritation de la moelle.

Cependant quelques auteurs moins disposés à se payer de mots, M. Bassereau entre autres, contestèrerit la réalité de celle irritation spinale, et attribuèrent cette névralgie aux (roubles fonctionnels des viscères. Celte étiologie était plus rationnelle, elle pouvait conduire à une interprétation plus physiologique des phénomènes, à la condition, cependant, de n*en pas exagérer l'importance. C'est le danger que ne sut point éviter M. Bassereau ; il établit une telle dépendance entre les lésions deTutérus et la névralgie dorso-intercostale, qu'une altération organiquede la matrice ou de ses annexes, affectant plus spécialement lecdté droit ou le côté gauche, pouvait déterminer une névralgie dans le côté du corps correspondant. Ce rapport entre une métrite, par exemple, et la névralgie, avait lieu par Tintermédiaire des filets du nerf grand sympathique qui allaient exciter dans les nerCs spinaux les douleurs caractéristiques de la névralgie. Faire dépendre la névralgie dorso-intercostale d'une affection de la matrice, comme le font ceux qui placent la cause première de rhystérie dans des lésions organiques ou fonctionnelles de l'utérus, c'était vaguement pressentir le rôle, non pas de l'utérus, mais de l'hystérie elle-même comme cause de cette maladie. Quoi qu'il en soit, on peut affirmer que Véiai nervetuH surtout Vétat hystérique^ en taiit que cause principale de la névralgie dorso-intercostale, ont été méconnus, et il est important d'apprécier à sa juste valeur cet élément étiologique dans la question qui nous occupe.

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Je dois dire auparavant que je considère comme douleurs névralgiques dorso-intercostales, non-seulemenl celles qui sont localisées sur les trois points désignés par Valleix et correspondant aux trous de conjugaison, au milieu de Tare décrit par les côtes, puis au dehors du sternum, mais aussi celles qui se fixent sur les masses musculaires dans une étendue et à une profondeur plus ou moins grandes. Cette extension donnée à la névralgie élargit également le cadre des causes qui peuvent la produire.]

[Les causes prédisposantes, telfes que Tàge, le sexe, la constitution, le tempérament, l'alimentation, Thabîtation, ont ici une réelle importance. En effet, celle névralgie s'observe surtout de quinze à trente-cinq ans et principalement chez les femmes. Le tempérament nerveux y prédispose, et quand à ces conditions générales s'en joignent de particulières, qui entravent le libre développement du corps ou altèrent simplement les qualités du sang, l'état nerveux se constitue, puis l'état hystérique avec tout son cortège de troubles fonctionnels psychiques, utérins, gastriques, etc., états qui sont essentiellement favorables au développement des névralgies en général, et plus particulièrement à celui de la névralgie dorso-intercostale ; et cela, en raison, non pas d'une irritation spinale que rien ne démontre, mais d'une disposition spéciale dont Texacte appréciation nous échappe.

On peut concevoir qu'une lésion organique de la matrice propage et entretienne par action réflexe, une hyperesthésie qui se localise dans les nerfs intercostaux, et qu'il y ait un rapport physiologique entre ces deux points éloignés du système nerveux. Mais quant à donner l'explication de Thyperesthésie des nerfs spinaux dans les états nerveux et hystérique sans lésions viscérales, nos connaissances d'aujourd'hui nous pcrmellraient difficilement de le faire. Je pourrais facilement imaginer dans cette vue diverses hypothèses, mais elles auraient probablement poiir les esprits sérieux, l'importance et la valeur de V irritation spi)ia/e des médecins anglais et américains. Je préfère constater purement et simplement que celle névralgie a bien la forme typique des douleurs nerveuses essentielles, qu'elle n'est point le résultat d'une inflammation de la moelle épinière ni des troncs nerveux^

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qu'elle esl la conséquence de rélal général du sang, el ensuite de celui du système nerveux, car on guérit cette névralgie sans traitement local, en modifiant la composition du sang et Tétat anomal des centres nerveux. Telles sont les causes les plus ordinaires de la névralgie intercostale permanente, observée chez les hystériques. Quant aux névralgies intercostales d'une autre nature, pleurodyniques, rhumatoldes ou autres, situées soit sur la branche antérieure des nerfs spinaux, soit sous la plèvre dans la première partie de son trajet, soit enfin sur les branches musculain>s terminales, leurs causes sont celles des névralgies eo général, et les refroidissements, les lésions traumaliques coa« servent ici toute leur importance.

Il est des douleurs névralgiques qui coïncident avec des altérations organiques des poumons, de la plèvre ; et des auteurs (M. Beau) y ont puisé un signe diagnostique de la phlhisie.

Enfin, certaines maladjes de peau font naître des névralgies, mais, comme Ta fait remarquer M. Rayer, il n'en est aucune où la relation de la cause à TetTet soit plus manifeste que dans le zona. La douleur intercostale est telle dans cette éruption cutanée, qu^elle devient un moment la maladie principale, celle dont le malade réclame avant tout la guérison.

Romberg cite au nombre des causes de la névralgie dorsointercostale, Tinflucnce de voisinage exercé dans les trous de conjugaisons, par les vaisseaux sanguins dont la dilatation et les altérations morbides peuvent agir plus ou moins sur les nerfs qui les accompagne. Henle aurait démontré que les plexus veineux des quatrième, cinquième, sixième, septième et huitième nerfs intercostaux du côté gauche, trouvent une difficulté relativement plus grande à déverser leur sang dans le tronc de la veine cave. Est-ce là une des causes de la plus grande fréquence de la névralgie à gauche ?

Symptômes. — La névralgie dorso-intercostale, quand elle est passagère, accidentelle, due à une cause fortuite, non constitutionnelle, présente tous les caractères des névralgies en général. Ainsi la douleur peut être permanente, contusive, ou accompagnée d'élancements, surtout quand la névralgie a pour siège la portion de la branche antérieure située sous la plèvre,

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