NÉVRALGIE DES REINS
La névralgie deê reins n'est pas très commune, si Ton prend soin d*en écarter toutes les lombalgies, toutes les néphrites, avec ou sans ciilculs rénaux : deux sortes d'affections beaucoop plus communes que la maladie dont je parle ici et qui, par leur siège et la vivacité des douleurs qu'elles peuvent causer, seront souvent capables d'induire les médecins en erreur.
Les névralgies des reins que j*ai vues m'ont présenté les caractères suivants : Douleur de nature névralgique, rcconnaissable pour les malades qui ont éprouvé d'autres accidents de la même espèce-, sensation très pénible dans la région rénale, sensibilité excessive au toucher de toute cette région, sans chaleor. sans tuméfaction appréciables de Torgane; un peu de malaise de l'estomac analogue à la vomiturition et à la défaillance; vomissements faciles a provoquer; urines claires, nerveuses, comme on dit, rendues souvent, et en abondance dans le plus grand nombre des cas, troubles et épaisses par exception ; apparition brusque, capricieuse de la douleur; intensité arrivant immédiatement an summum ; puis des intervalles sans douleur et presque comparables à la santé; point de pissement de sang, de tuméfaction des reins, de chaleur vers cette partie, réaction fébrile nulle on presque nulle, c'est-à-dire bornée à la petitesse, Tinégaiité, la vitesse du pouls, (fui se retrouvent dans beaucoup de névralgies bien caractérisées •, persévérance assez longue des accidents, sans que des désordres matériels se manifestent, même dans h nature des urines; guérison ou soulagement tout à fait comparables ire qui arrive dans les autres névralgies ; complication fréquaoïe
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avec les maladies de même nature ; hérédité névralgique bien prononcée.
Une affection inflammatoire des reins, un calcul déposé dans cet organe, des abcès ou des suppurations de quelqu'une de ses parties, la formation de graviers de quelque nature que ce soil, auraient donné de tout autres caractères.
Dans quelques cas intenses ou aigus de névralgie des rdns , j'ai observé certaines particularités dont jedois avertir le lecteur. Ainsi, les vomissements ont pris un développement fort grave, fort pénible pour les malades et môme presque alarmant ; le pouls a montré pendant un paroxysme une lenteur et en même temps une faiblesse remarquables. J'en viens d'observer un cas dans lequel les pulsations étaient réduites à moins de AO pour une minute ; puis dans l'intervalle des douleurs, il se relevait de force et de fréquence, sans jamais devenir fébrile ; enfin, les urines, de claires et légères qu'elles sont, peuvent passer à une couleur foncée et à une véritable apparenee d'épaississement, parce qu'elles finissent par se charger abondamment d'urée et d'acide rosacique qui se déposent dans le vase.
Ceci se rencontre, par exception, dans quelques cas aigus. Je dois ajouter, pour les cas chroniques, que la névralgie des reins, quand elle se prolonge pendant longtemps, pendant des semaines et même des mois, comme j'en ai vu des exemples, finit par produire une sorte de néphrite. Mais cette néphrite légère , superficielle, si je puis ainsi dire, diffère essentiellement des véritables phlegmasies de ces organes. On en triomphe très facilement, et les choses se réduisent ainsi bien vite à leur condition primitive.
La névralgie rénale réclame un régime relâchant et doux, et surtout une série particulière de précautions. On devra rendre le plus possible les urines alcalines, dans le but de diminuer l'irritation de l'organe chargé de la sécrétion urinaire. On y réussit parfaitement en faisant usage des eaux et des pastilles de Vichy, aux repas et en dehors des repas, ou de boissons chargées d'une petite dose de bicarbonate de soudei ainsi qu en pre^ nant des bains alcalisés avec 250 grammes de sous*carbonate de sottdst ou (Oft^ grammes de bicarbonate de la même base.
Ce premier point obtenu, les urines devenues claires, lirapides, alcalines, on s'efforce de calmer les douleurs, et pour y arriver la méthode endermique est encore la meilleure. On applique sur la région des reins, avec Tammoniaque, de petits yésicatoires extemporanés* que Ton panse avec du cérat chargé de 5centigr. de chlorhydrate de morphine. On répète ces applications matin et soir si c^est nécessaire. En même temps on fait prendre à l'intérieur de petites doses d'extrait de belladone, 5 centigrammes ou mieux 25 milligrammes qu'on peut renouveler dans les vingtquatre heures; et en quelques jours une amélioration est obtenue.
Je recommande dans ces cas, l'extrait de belladone à l'intérieur plutôt que la morphine, parce que je crains l'espèce d'irritation que cette dernière substance ne manque guère de porter sur les voies urinaires; je la redoute moins pour l'usage endermique, parce que Texpérience m*a prouvé que, introduite par cette voie, elle a pour effet immédiat de calmer la douleur; et il est bien rare qu'elle irrite les organes dont je parle. Si d'ailleurs cet effet se faisait sentir, on remplacerait la morphine dans le pansement des vésicatoires par l'extrait de belladone.
Quand les douleurs sont calmées, on remplace les vésicatoires, pansés avec la morphine ou la belladone, par des frictions au moyen de pommades dans lesquelles ces substances sont incorporées ; on continue l'usage journalier des bains alcalins, des boissons ou des pastilles de bicarbonate de soude ; et s'il reste après l'emploi de ces moyens quelque exaltation de la sensibilité, on recommande des frictions douces avec une pommade composée de 10 centigrammes de strychnine, de 30 grammes d'axonge et de 16 grammes d'huile d'amandes douces.
A l'aide de ce traitement suflisammenl continué, d'un régime bien entendu, c'est-à-dire dirigé toujours d'après le même plan, de précautions convenables quant à la température, l'exercice et le repos, on arrive en quelques semaines, à une guérison satisfaisante.
La névralgie des reins présente une circonstance particulière, il propos de laquelle je crois nécessaire de donner quelques cclaircissements au lecteur. Dans les moments les plus doulou-
reux de cette affection, les reins s'enflamment un peu. On en juge par la sensibilité locale et profonde au toucher de la partie, par les douleurs qu*éveillent la marche et les mouvements d'ensemble du corps, par un peu de réaction fébrile et par le trouble deTexcrétion urinaire. Dans cescas, une application de vingt ou trente sangsues sur la région du rein malade, soulage immé^ diatement, la sensibilité locale profonde diminue, les urines redeviennent claires, la fièvre tombe« et Ton se retrouve dans les conditions simples de la névralgie. On suit alors, sans en* trave, le traitement dont j'ai dessiné les principaux traits.