II
t7i Maladies dues a gm AuaiimitATfoii dc L*BxciTAtioN nerveuse.
Les came$ de cette névrose peuvent être communes anxdeai sexes, ou particulières, soit i la fenune^ soit i Thomme exdosivement, en mison de l'influence sympathique de certains organes propres i l'un ou i l'autre sexe.
Les causes générales sont celles de toutes les névralgies, savoir, les prédispositions héréditaires reçues de parents affectés eux-mêmes de maladies et de névroses des voies urinaires, de diathèses rhumatismale, goutteuse ou herpétique. Ces vices du s^ng ont en eifet une propension marquée, dans leur localisation métastatique, à porter leur influence sur l'appareil urinaire ; et, bien que les reins soient les organes le plus souvent affectés par la dyscrasie goutteuse, par exemple, qui a une action directe sur leurs fonctions, le réservoir de Turine n'en est pas absolument exempt. — Le col de la vessie pst d'ailleurs, relativement aux causes morbides, d'une irritabilité singulière, hors de toute proportion avec ce que la physiologie permettrait de supposer, même en tenant compte du nombre et de l'importance des nerfs fournis à son muscle sphincter. Cette irritabilité par rapport à la maladie est, du reste, couverte de ce voile mystérieujk, qui dérobe à nos investigations les causes de la sensation voluptueuse développée dans la région prostatique par réjaculaliou spermalique, et celles de cette sympathie non moins surprenante que les émotions révèlent, entre le cerveau et le col vesical. Qqi ne sait, en effet, que certains sujets s'efforcent eu vain d'uriner devant témoin, et que d'autres, au contraire, le font involontairement quand une impression imprévue les domine!
Les causes physiquesde la névralgie vésicale sont nombreuses; je mentionnerai, entre autres, l'action d'une basse température, et du refroidissement des extrémités inférieures, réagissant sur les nerfs du col. J*ai constaté ce fait d'une manière frappante, chez des gardes civiques formant la haie à la rentrée des ceud^e^ de Napoléon l", et obligés de roster lougtempsen place, par une température de lô à 20 degrés au-dessous de zéro. Plusieurs d'entre eux, sollicités par un pressant besoin, tentèrent vainement d'uriner, et furent pris de douleurs qui s'aggravèrent par le fait même de cette dysurie accidentelle et momentunée. Pareib résultats se constatent trop fréquemment à un moindre degré
.BlÉVltALGlB OB LA VB88IB. STft
pour qu'il soit oéGeawire d^en rapporter des observalious détaillées.
Les causes communes aux deux sexes sont encore les névralgies déjà depuis longtemps établies, principalement celles du grand sympathique abdominal et des nerfs sciatique et fémoral; et plus fréquemment encore les entéralgies et les néphralgies, qui, i la longue, se propagent au plexus nerveux vésical. 11 est fait mention dans la première édition, d'une jeune fille de neuf ans, qui avai( déjà présenté Texemple frappant de presque toute la série des antécédents névralgiques, surtout ceux de la ciiw quième paire, et qui fut prise, au plus haut degré, de cette névralgie de la vessie. Ce ne fut qu'au bout de quelques heuresi. pt quand on commençait à se préoccuper sérieusement de la distension de la vessie par l'accumulation de Turine, queladour leur, cédant tout à coup, permit l'évacuation régulière et convr plètedu liquide. Cette enfant qui, depuis lors, est devenue adulte, a présenté un nombre encQr^ plus grand d'accidents névralgiques, sans être reprise de névralgie vésieale.
Si nous passons maintenant en revue les causes propres àcha^ que sexe, nous trouvons, cjiez la femme, comme prédispositions â la névralgie vésieale, la chlorose, la dyspepsie etsurloutl'hystérie. — J*ai en ce moment sous les yeux deux hystériques qui sont tourmentées par une vive hyperalgésie du col de la matrice. Chez Tune d'elles, le sang a peine à prendre son cours aux époques menstruclU'S, et j*ai d*abord cru, ainsi que M. Âran, appelé en consultation, qu'il y avait obstacle matériel à Técourlement des règles; mais des sondes d*un assez gros calibre et le cathéter de Simpson ayant pénétré dans la cavité utérine, noua ont démontré, avec une entière évidence, que Tobstacle était purement spasmodique et nerveux.
Quand cette hyperalgésie acquiert sa plus grande acuité, elle se propage au col de la vessie, et la malade, en proie à de fréquents besoins d'uriner, ressent à la fois, dans le museau de tanche ei dans le col vésical, des contractions douloureuses, qui reviennent toutes les cinq ou dix minutes, et simulent les plus vives douleurs de Taccouchement. Lorsque Tépoque menstrueUa est passée, la névralgie abandonne l'utérus et reste exclusive-
S70 MALADIES DUES A ONE AUGMENTATIUN DR L*EX€ITATIO!f NERVEUSE
ment sur le col vésical, où elle devient une cause de souffrances diverses; car, d'une part, la imottade tié peut, sans éprouver les plus vives douleurs, satisfaire leheNin^ miction qui la presse, et, d'autre part, si elle résiste à cette raipérieuse nécessité de vider la vessie, la distension de oélierCl irrite le col vésical, en réveille Thyperesthésie et entretient lanévrosité dans un degré de violence intolérable. Il est, d'ailleurs^' facile de comprendre que les urines ainsi retenues en abondance dans la vessie, que ces douleurs incessantes, produites, soitpar leur séjour, soit par leur épancbement, émoussent à la longue la sensibilité de cet organe et en déterminent la paralysie. — Le cathétérisme devient alors nécessaire, et j'ajoute qu'il est toujours fort douloureux.
J'ai également vu à l'hôpital de la Charité plusieurs hystériques présenter l'ensemble de ces phénomènes et passer ainsi de la névralgie spasmodique du col vésical à la paralysie de la vessie.
Les malades albuminuriques, dont parle M. Hamon dans l'article remarquable publié par YUnian médicale (juillet 1859), appartenaient probablement à cette classe de névropathiques. L'atonie vésicale était sans doute chez elles non primitive, mais secondaire. Ce même confrère pense que la névralgie de la vessie est presque exclusivement propre au sexe féminin. La femme serait doublement à plaindre, si, déjà aflectée des nombreuses maladies dont l'appareil utérin peut être le siège, elle souffrait encore plus que l'homme de l'hyperesthésie vésicale. La vérité est que les névralgies de la vessie chez l'homme ne le cèdent en rien en fréquence et en gravité à celles de cet organe chez la femme. En effet, cette affection trouve chez l'homme, indépendamment des causes générales communes aux deux sexes et énumérécs plus haut, des causes nombreuses et spéciales. Telles sont les maladies nerveuses ou autres des testicules, réagissant plus ou moins directement sur la vessie, puis celle du canal de 1 urèthre.
La névralgie du testicule est, en effet, une prédisposition a celle de la vessie. Je pourrais citer un exemple remarquable de ce phénomène, chez un vieillard auquel je donne mes soins, et qui me met trop souvent à même de le constater. Il souffre toujours plus ou moins dans le cordon spermatique et le testicule
gauche, et quand, par hasard, il cherche à exciter une sensibilité que rage et les abus ont émoussée, la névralgie se propage infailliblement au col vésical et provoque des envies d*uriner fréquentes et douloureuses, surtout pendant la nuit.
Certains névropathiques ne peuvent laisser l'urine remplir la vessie sanç que son col en soit irrité, sans qu'il survienne pendant la nuit des érections fatigantes, qui cessent aussitôt que la miction s'est opérée, pour se reproduire peu de temps après.
On est d*ailleurs fréquemment exposé à croire à l'existence d'une névralgie essentielle quand il n'y a que cystalgie, et cela se conçoit : une névralgie vésicale persiste rarement pendant quelques mois, sans être une cause de congestion pour le réservoir urinaire, ainsi que pour les organes qui ont avec lui des rapports anatomiques ; et quand l'observateur constate à la fois une altération des urines, un engorgement de la prostate, une hypertrophie de la valvule du col et des douleurs vésicales, ilest naturellement conduit à faire dépendre les troubles nerveux de la lésion organique; mais il importe, dans ces cas, de bien étudier la marche de la maladie afin de remonter à sa cause réelle, et de savoir si les douleurs vésicales ont précédé ou suivi les désordres organiques; car, dans la première hypothèse, on aurait sous les yeux une névralgie essentielle a laquelle se serait ajoutée une cystalgie pure et simple. ]
[Symptômes. — Les causes de la névralgie vésicale étant connues, il est facile d'en déduire l'ensemble de ses symptômes, et de prévoir sa marche, sa durée et sa gravité.
Autre est la névralgie produite par une simple perturbation nerveuse, par un hypereslhésic momentanée, et celle qui se rattache a une constitution névrosique, aux diathèses rhumatismale ou herpétique, ou qui est le résultat secondaire des troubles organiques localisés dans d'autres régions de l'économie.
La névralgie de la vessie, simple, essentielle, a pour symptômes du ténesme, des douleurs vésicales, qui provoquent de fréquents besoins d'uriner, douleurs plus aiguës pendant le premier ou le dernier jet d'urine. Ces besoins satisfaits, il reste dans les régions lombaire, hypogastrique, sacrée, périnéale, un sentiment de malaise, un excès de sensibilité, que les marches forcées, Tacte
278 MALADIES DUES A UNE AU6MElfTATI01« HB L^EXClTATIONIfERTECSE.
.de la défécation, les rapprochements sexuels et le travail congestif menstruel font facilement passer à l'état névralgique.
Cette hyperesthésie peut se rencontrer chez les sujets déjà antérieurement affectés de névralgies céphalique, faciale, iléudcrolale^ au début de la grossesse* surtout chez les hystériques
.tourmentées par la névralgie lombo-abdominale, et, à fortiori, par rhystéralgie. Elle n'est point permanente; la localisation de la douleur vers une autre région, les variations de température, quelques précautions purement hygiéniques, une médication appropriée, opèrent ou son déplacement ou sa disparition momentanée. Mais déjà à ce degré, la névralgie vésicale est pour les malades une cause de sérieuses préoccupations : leur imaginalion facile à s'alarmer redoute les plus graves complications, surtout s'ils constatent quelque changement dans l'éialdes urines; aussi la plupart d'entre eux sollicitent-ils des explorations qui, généralement, augmentent et la fréquence et l'inleiisité de leurs douleurs.
La marche de cette névralgie est subordonnée à la cause qui l'a produite. Si le vice syphilitique y prédispose, elle est périodique et sa plus grande acuité se fait sentir pendant la nuit ; si elle est de nature rhumatismale, le temps, les saisons ont sur elle une influence marquée, à ce point qu'on Ta vue reparaltrf annuellement et à la même époque; quand, enGn, elle se relie à l'existence d'une diathèse herpétique, on constate un rapportd^aj;* gravation ou de calme dans l'intensité des douleurs» suivant l'étal permanent ou transitoire d'une affection cutanée sécrétante.
Dans les névralgies vésicules plus graves, passées à leUt chronique, compliquées, non-seulement tous ces troubles nerveux existent, mais ils sont plus aigus, plus fréquents^ et les fonctions génito-urinaires sont loin de se remplir suivant l'étal physiologique. Les malades se plaignant de douleurs qu'ils rap* portentaux reins, au canal de Turèthre, à la marge de l'anus, eU\ Leurs urines sont claires et abondantes, ou bien elles formenl, en se refroidissant, des dépôts plus ou moins considérables. Dans d'autres circonstances, ils jouissent de quelque repos, mais, dfi que l'urine accumulée dans la vessie dépasse le nsveau du col, où l'hyperestbéaie est surtout localisée, les coutraclions ik>
KiYRALGIB DE LA VES81B. 370
parois vésicales sont excitées, et la névralgie se fait de nouveau sentir. Quelquefois, enfin, la vessie frappée d*atonie, dilatée outre mesure, est impuissante à surmonter Tobslacle qu'oppose le col spasmodiquement contracté, et ce n*est qu'après des efforts réitérés et de violentes douleurs, que Turine est enfin évacuée.
En général, à ces symptômes s*en ajoutent d'autres dus i Faction sympathique et réflexe du système nerveux ; tantôt les fonctions digeslives participent aux désordres de Tappareil vésical, la gastralgie et l'entéralgie troublent la nutrition, la langue est blanche et large, il y a dispcpsie, et consécutivement Tanémie et la chlorose deviennent une nouvelle prédisposition à Tintensité des douleurs névralgiques. Tantôt Temboopoint se conserve; c'est le cerveau qui reçoit rinflueilce sympathique et morbide, et Ton voit insensiblement se développer une perturbation morale égale, sinon supérieure aux troubles physiques, les malades redoutant d'être frappés d'impuissance dans des fonctions dont la perte est pour Phomme une véritable déchéance.
Ces riévropathiques sont en proie aux plus poignantes inquiétudes ; ils perdent le sommeil, l'entrain, la galté, dans leurs rapports sociaux ; ils deviennent tristes, misanthropes, lypémaniaques; quelques-uns même vont. jusqu'au suicide. Cet état moral rend leur traitement d'une extrême difficulté. La moindre amélioration dans leur souffrance est une guérison définitive ; ils enfreignent la sévère hygiène qui leur est prescrite, et retombent plus malades qu'ils ne l'étaient auparavant. Ou bien, au contraire, la moindre aggravation du mal durant le traitement, en est, à leurs yeux, la condamnation; ils s'abandonnent au découragement et se résignent, pour quelques jours seulement, il est vrai, aux souffrances que la nature leur a imposées. Tel fut l'état de J.-J. Rousseau pendant la plus grande partie de sa vie (1).
Chez d'autres sujets, l'action réflexe s'étend des organes génito-urinaires à la moelle épinière, puis aux membres inférieurs, et les névralgies sciatique et fémorale deviennent une cause de nouvelles souffrances. Quelquefois à cette hyperalgésie succèdent des paralysies de la sensibilité et de la molilité, sur-
(I) Explication de la maladie de J.-J. Rousseau et de l'influence qtteUe a eue sur son earaclère et tmt ses écrits^ p«r Aug, Mercier. Parli, 1S59.
tout lorsque la névralgie vésicale se complique de pertes séminales, de consomption nerveuse, du tabès dorsalis. La névralgie prend même les proportions d'une grave infirmité, quand des maladies aiguës telle qu'une blennorrhagie, une cystite ou une orchite surviennent intercurremment, car leur guérison dé&ni* tive est en quelque sorte impossible.
Notons enfin, pour compléter l'exposé des symptômes, qu'un trouble nerveux plus général, qu'une fièvre nerveuse s*ajoute quelquefois aux phénomènes névralgiques locaux. Cette fièvre, la plus haute expression de la névralgie du système nerveux ganglionnaire, prend d'ailleurs tous les types; jeTai vue continue, intermittente et larvée. ]
Diagnostic. — [Il résulte de la description des symptômes que le praticien peut être «nppelé à porter son diagnostic, soit sur une névralgie vésicale simple, purement nerveuse, soit sur une cystolgie, c'est-à-dire sur des douleurs résultant de quelques maladies antécédentes, ou de lésions organiques.
Il pourra conclure que la névralgie est essentielle, si quelques viceshéréditaires,si la constitution et les antécédents du malade, si les dialhèses goutteuse, rhumatismale, herpétique ou syphilitique paraissent seules Tavoir prédisposé à l'hyperesthésie vésicale. La conclusion sera la même si les douleurs se font sentir de préférence à certaines heures, et sans que rien n'explique cette intermittence, ou si elles semblent provoquées par des refroidis* sements ou par des excès habituels ou passagers, si enfin les urines rendues après les crises nerveuses sont claires et abondantes.
Si, au contraire, le malade, prédisposé ou non à l'algésie par les causes générales que je viens d'énumérer, accuse dans le passé des blennorrhagies qui ont précédé la localisation des douleurs vésicales ; si, surtout, à ces renseignements se joignent des éléments de diagnostic fournis par les altérations des urines, dont les caractères chimiques et microscopiques corroboreront l'opinion qu'on se sera faite de ces maladies accidentelles, on en conclura qu'il y a cystalgie et non névralgie essentielle.
Le diagnostic porté sera le même, si des filaments ténus et plastiques, détachés par Turine de la surface des érosions de la
muqueuse, reslent en suspension dans le verre qui aura reçu le liquide ; et surtout, si une érosion d'un pli longitudinal étant soupçonnée, on introduit avec ménagement, dans le canal, une bougie en cire et flexible. Dans ce cas, le passage de la bougie sur la fissure produira une douleur incisive, et quelquefois à ce point intolérable que des malades en tombent en syncope, comme je Tai constaté à plusieurs reprises chez Tun de mes clients. Lorsque Thyperesthésie est portée à ce point, la bougie ne peut être laissée à demeure même quelques secondes; lorsqu'elle est moins exagérée, le cathéter ne réveille la douleur qu*au moment où on le retire. Il arrive alors quelquefois que rinstrument porte l'empreinte de Térosion, et marque, par quelques indices, la place réelle que celle-ci occupe dans le canal.
Si la douleur du col est due à une trop vive excitation du corps de la vessie, l'introduction de la bougie^ dont Textrémité peut d'ailleurs être obtuse, effilée ou terminée en boule, ne produira pas cette pénible sensation de déchirement, et d'ailleurs le mode d'excrétion urinaire, sa fréquence ou sa rareté éclaireront sur la nature de la maladie.
Si l'on suppose l'existence d'une hypertrophie de la luette vésicale, d'une valvule, s*opposantà la miction et provoquant secondairement du ténesme, puis de la cystalgie, le cathétérismc dissipera encore l'incertitude. — Si la prostate, si une fissure anale, dont le siège est quelquefois très élevé, paraissent être le point de départ de la maladie, le toucher rectal leconstatera facilement.
Chez la femme, le médecin fixera son attention sur certains catarrhes utérins compliqués de nymphomanie, qui, indirectement, excitent l'hyperesthésie vésicale.
Il est encore un grand nombre de maladies qui peuvent donner le change, et faire prendre pour une névralgie des douleurs symptomatiques produites par de petits graviers arrêtés dans la région prostatique, par des calculs en voie d'agrégation dans la vessie, par des rétrécissements du canal de l'urèthre, par des tumeurs variqueuses ou fongoldes du col, etc. Le diagnostic présente parfois de telles difficultés; qu'un de nos confrères de Paris, affecté d'une simple névralgie, a été opéré de la taille par un ex-chirurgien de l'Hôtel-Dieu, bien connu par l'aveu de
282 MALADIES DUES A UNE AUGMENTATIOI^ DE L*fiXCITATIO!« NERVCCSE.
ges erreurs. On ne devra donc négliger aucune source d*in£cations, aucun mode d*expIoralion, dans le but de connaître la cause réelle de la névralgie essentielle.
Il faudrait d* ailleurs, pour asseoir le diagnostic et le traitement sur une base solide, réunir en sa personne l'expérience et la sagacité du physiologiste, du médecin et du chirurgien, c*e$tà-dire posséder une universalité de connaissances que l'extension de notre science rend aujourd'hui impossible. Aussi devonsnous nous résigner à l'avance à voir la médication dont je vais m'occuper, manquer quelquefois de ces indications rigoareosement rationnelles qui seules en assurent le succès. ]
[Je crois opportun, avant d'exposer l'ensemble du traitement, de reproduire une lettre qui m'a été adressée par un de nos confrères de province, et la consultation que j'ai rédigée sur st demande ; car aucune observation ne saurait mieux montrer les difficultés que présente quelquefois le diagnostic. Void It lettre du malade, ma réponse suivra.
Antécédents, — Mon grand père est mort de catarrhe vésical, ma mère est douée d'une névrosité extrême, mon père est rhumatisant ainsi que ma sœur qui a été prise d'érythème noueux à dix-neuf ans.
Je suis né en 1826, et j'ai aujourd'hui trente-deux ans. A denx ans, je retenais difficilement mes urines, j'avais le ventre volamineux, l'imagination ardente, expansive, accessible a la peur, aux frayeurs nocturnes, à une irritabilité nerveuse qui a persisté jusqu'à ce jour. — A quinze ans, j'avais déjà bu & la coupe des plaisirs, et j'avais trop souvent en secret imité Onan. Ces exc« firent naître, dans le testicule gauche, une douleur qui, deux ou trois jours après, passa dans la jambe gauche, avec sentiment de chaleur s'irradiant dans toutes les régions du corps pour revenir dans les jambes. Ces douleurs diminuèrent peu à peu de violence, mais elles persistèrent jusqu'à ce que j'eusse atteint Tàge de vingt-six ans. A cette époque et pendant oies études médicales, je fus pri?? d'une blennorrhagie légère, devenue rapidement chronique, et f|ui fut acompagnée de violeolfl) douleurs au col de la vessie, à la vessie elle-mèaieY puis «u
NÉTRALGie DE LA YESSIK. 28S
reins, enfin d*une fièvre internriittente double quotidienne dont la durée fui de quinze à vingt jours. Traité dans une maison de santé, j*en sortis soixante jours après nnon entrée, emportant mon écoulement et une névralgie intermittente régulière, rêve* oant tous les jours à (Quatre heures et demie, au moment de me mettre à table. Quelques semaines après, la blennorrhagie redevint plus aigud qu'elle ne lavait jamais été et je la jugulai par le nitrate d'argent. Elle disparut momentanément, mais la névralgie se reporta sur les jambes. A vingt-huit ans, }e contractai une nouvelle blennorrhagie qui ne tarda pas à faire renaître les douleurs du col de la vessie et des reins, en même temps qu'il y eut une recrudescence dans les accès de fièvre intermittente déjà signalés. Cependant un mois de traitement diminua l'intensité de ces accidents généraux, et me permit d'entreprendre vin voyage. Je passai une nuit en voiture, j*y eus très froid, et fus pris de nouveau de toutes mes douleurs de l'appareil urinaire, ainsi que de la fièvre d'accès. La belle saison améliora mon état, et je pus me faire recevoir docteur.
J'ai été, vous le pensez bien, mon premier client. Ma blennorrhagie était incomplètement guérie: j'avais, à la moindre fatigue, mes douleurs de vessie et de reins, ainsi que des accès de fièvre. De temps iautre, mes douleurs redevenaient erratiques, mobiles, se fixant sur le gros intestin et les nerfs du plexus lombaire, surtout à gauche.
Je passe aux altérations que les urines ont présentées. Avant la localisation de la maladie nerveuse sur les voies urinaires, avant les blermorrhagies^ je rendais des uricies rouges, donnant des dépôts considérables de mucus et d'urée après le moindre excès de régime ou de coït. Ces dépôts étaient parfois composés de mucus et de sels blancs ou grisâtres. Depuis la localisation, les sels sont moins abondants, et le mucus est plus considérable, mes urines en sont toujours chargées. Quand la névralgie ou le rhumatisme s'est localisé au col de la vessie, après la biennorrhagiej'ai constaté^ dans les premiers jets d'urines^ quelçues vermisseaux de mucus, lesquels ont augmenté en nombre rapidement. Plus tard, la première partie des urines et la dernière sont aussi devenues troubles, le catarrhe est devenu
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général. Les calices et les bassinets des reins, ce me semble, fournissaient aussi quelques débris de leur épîthélîum. Il y avait au début quelques globules purulents dans les urines, plus tard, j*y trouvai du muco-pus. L^acidité des urines a insensiblement diminué, elles sont depuis longtem^is alcalines. — La vessie pleine était très douloureuse, et la pression exercée sur elle, i cet état, provoquait immédiatement des frissons qui me parcouraient tout le corps. Quand je souiïrais peu dans la vessie, je n'urinais pas plus fréquemment qu'un homme en santé; quand la névralgie du col augmentait d'intensité, j'urinais toutes les heures, et je ressentais des pesanteurs dans la région anale. Une sonde pénétrait sans douleurs jusqu'à la région prostatique, mais arrivée la, son passage me causait une vive douleur. — Le coït diminuait le spasme, mais je ne pouvais le répéter deux fois sans aggraver mes souffrances. — Je n'ai jamais eu de pertes séminales. — Je pisse gros et fort et a bonne distance^ j'avais de bonnes érections, et a Fexception delà localisation des douleurs sur les reins, ces organes n ont jamais acctisé une sensibilité anormale y par la percussion ^ la palpationet t ébranlement de la région en masse; jamais mes urines n*ant eanienu d'albumine. — La prostate est a l'état normal quant à son volume.— La première localisation de la névralgie au col a été si vive, si douloureuse, que le dernier jet d'urine renfermait du sang.
Arrivons au traitement. Après mille médications infructueuses, j'ai dû consulter les spécialistes les plus recommandables par leurs travaux, sur les voies urinaires. M. le docteur C... introduisit une grosse sonde qui me fit éprouver une vive douleur à la région prostatique, au col, puis il me dit : Vous n'avez rien de sérieux, le canal est libre, à cela près qu'il existe une légère valvule au col. Cette consultation était fort tranquillisante, mais deux heures après, je ressentis une horrible douleur suivant te trajet de l'uretère et du plexus lombaire gauche. Cette douleur ne se calmait que par l'effet d'une pression forte et prolongée. Incomplètement satisfait du diagnostic et du pronostic portes par M. C..., j'allai consulter M. le docteur M..., il constata la présence d'une valvule, me palpa les reins, et s'informa deTétat des urines et me dit : Vous avez une néphrite, placez deux eau-
NÉVRALGIES DE LA VESSIE. 28d
lères sur les reins. Les cautères appliqués ont reproduit lo long de la fosse iliaque, la douleur éprouvée lors de Tintroduction de la sonde. Nullement soulagé par ce traitement, je demandai avis au docteur S... qui diagnostiqua une inflammation chronique de la région prostatique du canal, et qui crut une cautérisation nécessaire. Son confrère le docteur M... déjà consulté, la pratiqua avec le nitrate d'argent solide, et me fit six injec* lions avec une solution de nitrate d'argent, 3 grains poifr 60 grammes d*eau.
J'ai eu à la suite de toutes ces cruelles épreuves de violentes douleurs au col de la vessie, et puis j*ai été repris de mes fièvres d'accès qui ont résiôté à l'action du sulfate de quinine. Voulant à tout prix guérir, je n'en suis pas resté là: j'ai appliqué cinq emplâtres stibiés sur les reins, et deux autres sur la région vésicale, sans résultat sensible : sept larges vésicatoires sur les reins et deux également sur la vessie, sans ressentir Taclion des cantharides. — J'ai mis un séton au pubis et au périnée pendant deux mois, avec quelque profit ; mais le séton enlevé, les douleurs se sont de nouveau localisées au col de la vessie, avec accès de fièvre intense. — J'ai passé nombre de bougies dans le canal , j'ai pris de fortes doses d'opium sans soulagement marqué. La morphine employée suivant la méthode endermique, a été plus eflBcace. J'ai dû plus de soulagement encore à la belladone prise soit en injections, soit en pilules, soit en lavements. Je me suis soumise un traitement hydrothérapique, mais pendant huit jours seulement et sans suite. — J'ai passé une saison à Aix (Savoie), sans résultat.
État présent. — Tant de souffrances causées par ma maladie et parles traitements, n'ont point porté une atteinte apparente à masanté: jemangeavcc appétit, je jouis detoutes mes facultés, et passe aux yeux du commun des gens pour être doué d'une bonne santé. Mon état physique ne laisse rien à désirer, la musculation et la charpentcsont très développées, et cependant je souffre aujourd'hui comme depuis nombre d'années de douleurs erra*^ tiques, qui se portent tantôt sur tout l'appareil urinaire, tantôt sur les jambes. L'état des urines varie : tiu moment des grandes crises, elles sont abondantes, le plus souvent claires, d'autres
S8d MALADtEd DtJES A t)Ni iUGllENt AtlON DE L^BYClTAtlOM MERVEtSK*
fois rouges; en temps ordinaire, elles sont troubles et blanches. — La névralgie qui autrefois allait des jambes aux voies urinaires et aux intestins, se fixe quelquefois au cerveau; j'ai en plus maintenant de la céphalalgie, des vertiges, et quelquefois dans les doigts des mains et des pieds de vifs élancements comparables à des piqûres d'aiguilles, et accompagnés de courbatures générales, de brisement et du retour des urines à Tacidité. — Quand la névralgie se fixe sur l'intestin, elle provoque de h diarrhée, et les voies urinaires vont mieux. J*ai toujours» et concurremment avec ces névralgies locales, des fièvres d'accès régulières et quotidiennes ou à forme larvée. Enfin, depuv deux on trois mois sont apparues au pied droit des plaques de psoriasis. •
Observations générales. — Les temps d'orage réveillent souffrances -, dans ces circonstances, les douleurs névralgiq atteignent rapidement leur summum d'intensité à la vessie eiaa col ', il faut de huit à douze heures pour qu'elles soient ausî vives dans les reins.
Pendant les trois premières années, j'éprouvais dans les cas de localisation des douleurs au col de la vessie, des déchargep dans les muscles, simulant des convulsions cloniques. — Je ne peux entendre un morceau de musique dans un appartement chaud, sans frissonner et sans être bientôt baigné de sueur.— Autrefois, et même encore aujourd'hui, le fait de recevoir ui ami, un étranger, me donne un frisson suivi de sueurs, ainsi que Tappréhension de recevoir une nouvelle importante. — Ma langue est toujours blanche et d'autant plus blanche que ks douleurs des voies urinaires sont plus vives. Je suis enclin à la tristesse et j'ai poussé quelquefois Thypocbondrie jusqu'à U lypémanie. — 11 me vient souvent à Tesprit que la moelle est malade, ou du moins ses enveloppes : ce qui me fait émettre cette idée, ce sont les fourmillements que j'éprouve dans ks talons, la plante et les doigts de pied, quand je me baisse un peo longtemps, ou (|uand je m'assieds sur un corps dur ayant les pieds et les jambes relevés.
J*ai peu de foi médicale. Fuissiez-vous en faire naître cliez
moi !
MéVRàLgib de la vessie. 287
Réponse. — Mon cher confrère,
J'ai iu et relu avec toute l'attention qu'elle mérite votr« longue et intéressante observation, qu'il serait plus exact d'appeler un long article de martyrologe... Et tout d'abord, prenez courage, nulle altération des centres nerveux ou de leurs enveloppes ne s'est encore produite. Tout est essentiel, c'est de rbyperalgésie directe ou réflexe. Des hystériques soufl'rent de Iputes vos douleurs, et certes, sans lésions matérielles des centres nerveux. — Une appréciation des principaux symptômes et surtout de leur marche, mettra ce diagnostic et ce pronostic en tpute évidence. Résumons les faits :
i*" Un grand père mort de catarrhe vésical ; père rhumatisant^ mère et sœur névropathiques.
2'' Dans Tenfance, difficulté de retenir les urines; impressionnabilité nerveuse excessive.
S"" A quinze ans, névralgie du testicule gauche (irritable testis de Gowper), puis névralgie sciatico-fémorale. — Altération des urines.
b!" A vingt-six ans, blennorrhagie légère, algésie vésicale et rénale; fièvre intermittente; dernier jet d*urine douloureux et mêlé de sang; altération des urines. Injections au nitrate d'argent^ déplacement de la douleur.
5^ A vingt-huit ans, nouvelle blennorrhagie; cystalgie, néphralgic et fièvre intermittente ; névralgies erratiques; urines troubles, muco-purulentes, alcalines, avec filaments dans le premier jet, miction fréquente pendant les crises, mais toujours facile. Introduction d'une algalie volumineuse possible et douloureuse seulement à la région prostatique; région rénale non douloureuse à la palpation, point d'albumine dans les urines.— État nerveux habituel.
&" Traitement par MM. C, M... et S... — Cathétérisme douloureux. Cautères sur la région des reins, cautérisation et injections au nitrate d'argent ; aggravation des accidents locaux et généraux, et de la fièvre d'accès. Emplâtres stibiés , vésicatoires, sétons au pubis et au périnée. Morphine et belladone procurant un soulagement marqué.
288 MALADIES DUES A UNE AUGMENTATION DBVeXCITATION NERVEUSE.
7* Fonctions digestives bonnes-, embonpoint conservé, névralgie plus générale, cérébrale, fourmillements dans les extrémités supérieures et inférieures; fièvre intermittente ; psoriasis.
8° Ëréthisme nerveux porté au plus haut point.
Tels sont les principaux symptômes à noter. Nous en pouvca^i conclure que vous étiez héréditairement prédisposé aux affections des voies urinaires, au rhumatisme et aux maladies nerveuses. A quinze ans, quelques excès développent une névralgie du testicule ; à vingt-six ans, une blennorrhagie légère et qui aurait guéri sans complication chez un autre sujet, est pour vous et avant tout traitement local irritant, la cause occasionnelle, peut-être d*une cystite, mais à coup sûr d'une cystalgie portant sur la vessie, sur son col et sur les reins, et d'une fièvre intermittente. Plus tard, une nouvelle blennorrhagie aggrave tous ces symptômes locaux et généraux, augmente la fréquence des douleurs, rend plus manifeste leur action réflexe, soit sur les membres inférieurs, soit sur Tabdomen ; vous tentez une guérison radicale et vous échouez. Il en devait être ainsi. Une blennorrhagie même légère pouvait être pour vous le point de départ de tous les désordres constatés : aucune inflammation des voies urinaires n*eût apparu que vous auriez très probablement sous rinttuence de causes générales, et par prédisposition héréditaire, rhumatismale ou autre, souiïert à une époque quelconque, dans le libre fonctionnement de cet appareil. Une cause directe 5*est produite, et la prédisposition morbide a trouvé son aliment fatal.
Les deux inflammations du canal se sont-elles étendues à la vessie, l'altération des urines en a-t-elle été la conséquence? C*est possible, mais il est encore plus probable que le réservoir urinaire et les reins ont été d'abord névralgiquement affectés, de même que le testicule Tavait été antérieurement. La névralgie de la vessie peut être sans action sur la composition des urines qu elle renferme, mais il n^en saurait être de même pour les reins, quant à TurinequMIs sécrètent. Us peuvent, sansalte^ ration organique et parle seul fait d'une névralgie, verser dans la vessie une urine douée de propriétés chimiques morbides.— La névralgie des glandes en général trouble prof6kidément leurs
fonctions, et pourquoi, ce qui est vrai pour le foie, les glandes lacrymales, ne le serait*il pas pour les reins ?
On a attribué vos douleurs à des altérations organiques de la région prostatique, de la vessie ou des reins ; on a cru à Texistence d*une valvule gênant la miction, provoquant des douleurs aux premières et surtout aux dernières contractions du sphincter, n*en soyons pas surpris. Le diagnostic était difficile à établir; il est probable qu'un malade affecté des mêmes accidents locaux et généraux consulterait demain les mêmes confrères, qu'il serait encore soumis au même traitement. Quoi qu'il en soit, je me rends compte de tous les phénomènes sans admettre l'existence d'une cystite ou d'une néphrite. S'il y avait eu cystite, vous n'auriez pas éprouvé de soulagement dans les douleurs vésicales, alors seulement que l'élément douleur se déplaçait. S'il y avait eu néphrite, la palpation en masse de la région rénale eût été douloureuse, et vous auriez^ à certains moments y rendu de r albumine. — Quant aux altérations de l'urine elle-même, l'excès des sels phosphatiques, la présence du mucus, leur alcalinité peuvent s'expliquer sans la supposition d'une inflammation. J'en ai la preuve dans plusieurs exemples remarquables qui se trouvent en ce moment sous mes yeux; un dyspeptique entre autres, rend des urines troubles, chargées d'un excès de sels et de mucus, qui donnent, en les chauffant, un dépôt qu'on pourrait croire albumineux, si l'on ne faisait la contreépreuve avec de l'acide nitrique. Cette perversion dans la sécrétion rénale, est d'ailleurs une cause d'épuisement analogue sous quelques rapports à celle qu'accuse la présence de l'albumine, et dans ce cas, il n'y a aucun signe de néphrite ou de
cystite.
D'autre part, le traitement énergique qui vous a été conseillé dans l'hypothèse d'une inflammation aiguë ou chronique, n'a point apporté ce soulagement qu'on en attendait, et il nous éclaire, pour sa part, sur la nature de vos souffrances.
Je me rends compte de vos douleurs si violentes du col, sans
faire jouer un rôle à une valvule hypertrophiée : vous avez eu,
à l'occasion de votre première blennorrhagie, et par le fait de
l'inflammation qui s'est étendue jusqu'à la région prostatique,