‹ Traité pratique des maladies scrofuleuses et tuberculeusesChapitre 36 sur 98 · ÉTUDE CHIMIQUE DU SANG. M · texte numérisé non relu

ÉTUDE CHIMIQUE DU SANG. M

Si l'on compare les résultats de ces analyses avec les chiffres suivants, que MM. Andral etGavarret ont établis comme types de la composition normale du sang :

Globules

Fibrine 3

Substances dissoutes dans le sérum .... 80

Eau ; 790

il est facile de reconnaître les altérations notables que le sang éprouve dans sa composition élémentaire sous l'influence de la diathèse strumeuse. On voit que ces altérations portent spécialement sur les globules et la fibrine, dont le poids, chez certains sujets, diminue de moitié , tandis qu'au contraire la portion de l'eau augmente constamment , mais d'une quantité relative moins considérable. Quant aux substances que le sérum tient à l'état de solution, elles ne présentent pas de modifications remarquables.

Une conséquence générale qui ressort de l'ensemble du tableau synoptique ci-dessus , c'est que la diminution des proportions de globules et de fibrine , et l'accroissement de la proportion de l'eau , paraissent marcher concurremment et se trouver en rapport.

Suivant l'auteur, l'examen microscopique s'accorde avec l'analyse chimique pour signaler une altération profonde dans les globules du sang des scrofuleux ; en effet , ces globules sont rares , pâles et irréguliers.

M. Nicholson fait remarquer avec raison que les résultats auxquels il est arrivé dans ses analyses sont en opposition directe avec l'opinion assez généralement admise que la pléthore sanguine , ou mieux la surabondance des matériaux solides du sang , est la condition organique la plus favorable au développement des inflammations. En effet, une condition tout opposée , celle qui forme le trait caractéristique de la scrofule , paraît bien plutôt disposer puissamment aux phlegmasies , ainsi que le prouve la fréquence des ophthalmies , des affections cutanées, des arthrites, etc., chez les individus où prédomine cette diathèse.

En analysant ces trois documents, nous trouvons d'abord dans le travail de M. Andral le plus d'ordre logique : cet auteur a surtout bien su séparer les trois périodes de la phthisie ; dans toutes les trois il a signalé une diminution du volume du caillot; dans la première, une diminution notable des globules et un chiffre à peu près normal de la fibrine. Dans la seconde et dans la troisième période les glo-

hï ÉTAT DU SANG DANS LES AFFECTIONS RCROFUr, ET TURERCULEUSES. bules continuent à diminuer, mais non pn proportion des progrès de la maladie; ils n'atteignent surtout pas l'abaissement que les globules éprouvent dans la chlorose ; la fibrine augmente ou oscille pendant la seconde et la troisième période , suivant le degré des inflammations secondaires qui accompagnent le ramollissement et la fonte des tubercules; en général, la fibrine augmente pendant ces deux périodes.

Si les travaux de M. Andral, si bons et si complets sur tous les autres points de ce sujet , ne donnent pas à beaucoup près assez de détails sur l'état du sérum dans le sang des tuberculeux, cette lacune est comblée , comme on vient de le voir, par les travaux de MM. Becquerel et Rodier, qui ont trouvé une diminution de densité et une diminution des parties solides dans le sérum, mais, par contre, une élévation du chiffre des matières grasses extractives et des sels libres. Nous leur reprochons cependant de ne pas avoir assez nettement séparé le résultat de leurs recherches pour les diverses périodes de la phthisie. Aussi l'analogie qu'ils ont trouvée entre le sang des affections tuberculeuses et des affections inflammatoires perd , par cela même , beaucoup de sa valeur ; nous nous rangeons plus volontiers à cet égard à l'opinion de M. Andral , qui n'a point trouvé le sang tuberculeux analogue au sang inflammatoire pendant que le tubercule était à l'état cru, et qui a seulement trouvé de la ressemblance lorsque l'altération des tubercules et les progrès de la maladie avaient amené des inflammations secondaires , ce qui est bien plus conforme aux résultats de toutes les autres méthodes d'investigations pratiquées d'une manière impartiale.

M. Nicholson a trouvé dans le sang des scrofuleux une diminution assez notable des globules et de la fibrine , une diminution peu notable dans les substances dissoutes dans le sérum , et une augmentation très appréciable de l'eau contenue dans le sang. Malheureusement nous ne connaissons pas la définition que M. Nicholson donne du mot de scrofules, et nous savons combien il règne de vague dans la science sur ce point; cependant l'auteur, en parlant de la fréquence des ophthalmies , des affections cutanées , des arthrites, etc., chez les individus qui sont atteints de scrofules, montre qu'il n'a point identifié les affections scrofuleuses et tuberculeuses. Toutefois , pour que ces résultats aient quelque force probante , il faudrait savoir dans laquelle des deux classes de maladies il place les engorgements glandulaires tuberculeux des scrofuleux.

Le résultat final de toutes ces recherches est donc celui-ci :

CAUSE DES AFFECTIONS SCROFliMSUSES. A3

1° Le chiffre des globules diminue dans le cours des maladies tuberculeuses et scrofuleuses sans cependant atteindre l'abaissement qu'il éprouve dans la chlorose.

2° L'eau augmente dans l'une et l'autre des deux maladies , et en général en proportion de la diminution des globules.

3° Si les deux premières conclusions ne montrent que de l'analogie , celle-ci constituerait une différence , savoir : que dans les maladies tuberculeuses la fibrine ne diminue pas au commencement, et augmente plus tard pendant le ramollissement , tandis que pour les scrofules M. Nicholson a signalé une diminution de la fibrine assez notable.

4° L'examen microscopique du sang dans les tubercules et les scrofules n'a pas fourni des résultats assez positifs et assez satisfaisants pour qu'on puisse en déduire des conclusions sur l'analogie ou la différence entre les tubercules et les scrofules.

§ III. De la question : Si la dernière cause des affections scrofuleuses et tuberculeuses réside dans le sang ou non ?

C'est là une question qui a souvent été débattue, et qui se présente tout naturellement à l'occasion de l'examen des propriétés du sang dans les deux affections.

Si nous nous en tenons d'abord à l'observation directe, il faut avouer que nous n'avons trouvé dans le sang ni la matière tuberculeuse ni la matière scrofuleuse. Cela n'a rien d'étonnant pour les scrofules , puisque nous n'admettons point une matière scrofuleuse particulière. Quant à la matière tuberculeuse, nous l'avons bien cherchée dans le sang liquide et dans les caillots du cœur et des vaisseaux, mais nous n'y en avons jamais rencontré de trace. Une seule fois , il est vrai , nous avons vu de la matière tuberculeuse entre les parois d'une petite artère; mais ce cas ne prouve rien, vu que la matière tuberculeuse y a été déposée de la même façon que partout ailleurs , c'est-à-dire par exsudation à travers les vaisseaux intacts que Ton trouve entre les parois des artères , et sans que leur origine soit due à une transformation directe et immédiate du sang en tubercule. On nous a souvent adressé la question s'il n'y avait pas moyen de retrouver dans le sang , au moyen de l'investigation microscopique, la matière tuberculeuse et la matière cancéreuse, et encore dernièrement nous avons lu dans la Gazette des hôpitaux le compte rendu d'une leçon d'un professeur très distingué de chirurgie

kU ÉTAT DU SANG DANS LES AFFECTIONS SCROFUL. ET TUBERCULEUSES.

qui exprimait le désir que l'on trouvât lu cellule cancéreuse dans le torrent de la circulation, parce que, disait-il , elle devait nécessairement y exister, et qu'on ne pouvait pas se rendre compte autrement de la multiplicité des dépôts cancéreux. Eh bien, nous avons la conviction que , pour que les dépôts multiples de la matière tuberculeuse ou cancéreuse puissent avoir lieu, les globules élémentaires de ces substances ne peuvent point se trouver, comme tels , dans le sang lui-même; car quiconque a étudié sous le microscope la structure des capillaires, et médité sur leurs fonctions , saura que les vaisseaux capillaires peuvent bien laisser passer à travers leurs parois un liquide parfaitement homogène , et qu'il y a , dans ce cas , combinaison du vis à tergo et des lois d'endosmose et d' exosmose; mais les globules que renfermerait un liquide quelconque contenu dans un vaisseau ne pourraient pas filtrer à travers ses parois intactes, et ne pourraient en sortir que par leur rupture. Cela doit être , du reste , car sans cela les globules sanguins , qui , chez l'homme, dépassent de peu le volume de 1/200 de millimètre, sortiraient constamment des vaisseaux à travers les parois intactes des capillaires , à la suite du moindre trouble circulatoire. Ainsi les lois de la physique vivante viennent tout à fait à l'appui de notre manière de voir. Il faut donc admettre que si réellement la matière tuberculeuse préexiste dans le sang avant son dépôt local , elle doit s'y trouver à l'état de dissolution et d'homogénéité parfaite, et ne peut par conséquent point y être démontrée par le microscope.

Faut-il pour cela rejeter l'opinion que la dernière cause des tubercules et des scrofules réside dans le sang1? Nous ne le pensons pas. On ne peut pas ériger cette opinion en doctrine parce qu'il est impossible de la prouver ; mais c'est une hypothèse qui a pour elle beaucoup de probabilité. Nous allons appuyer cette proposition par quelques raisons.

1° D'abord, pour qu'un dépôt multiple ou des affections morbides nombreuses , même sans matière morbide spécifique, puissent avoir lieu sur des points éloignés les uns des autres , et dans des organes qui n'ont guère entre eux d'affinités physiologiques , il faut admettre qu'il y ait pour cet élément morbide une source commune. Or, quelles sont ces sources communes1? Ce sont le système nerveux et le système circulatoire, y compris les lymphatiques, qui n'en sont qu'une succursale. On ne peut pas admettre raisonnablement que ce soit le système nerveux qui constitue la source des dyscrasies, car on sait que, par ses fonctions , il préside surtout à la transmission

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