‹ Traité pratique des maladies scrofuleuses et tuberculeusesChapitre 44 sur 98 · TRAITEMENT DES SCROEUT.ES · texte numérisé non relu

TRAITEMENT DES SCROEUT.ES

6° Les amers et les ioniques , beaucoup plus employés par les anciens dans le traitement des scrofules , sont peut-être trop abandonnés de nos jours. Nous leur reconnaissons une utilité réelle dans les cas où une disposition pyogénique prononcée affaiblit les malades par la formation fréquente d'abcès et par une suppuration habituelle et abondante. C'est donc dans les scrofules qui se localisent sous forme d'abcès et d'ulcères provenant du tissu cellulaire souscutané , ou des os , ou des régions articulaires, que leur usage est plus particulièrement indiqué ; c'est dans ces mêmes circonstances que , parmi les iodures, nous administrons de préférence le sirop d'iodure de fer. Nous reconnaissons aussi de l'efficacité, dans ces cas, au protocarbonate de fer en pilules ; sa dose peut être successivement portée jusqu'à un gramme par vingt-quatre heures et audelà. En fait d'amers , la décoction de houblon, l'infusion de petite centaurée ou de quassia, la teinture de gentiane, et par- dessus tout les préparations de quinquina, sont celles quel'on doit mettre en usage. La tisane de feuilles de noyer, si vantée de nos jours, se rapproche des toniques.

7° Les bains ont de tout temps joué un grand rôle dans le traitement des scrofules , et , sans vouloir nier leur utilité réelle , nous croyons pourtant qu'une bonne partie de leur utilité est due au déplacement, au changement d'air et de conditions hygiéniques qu'entraîne leur emploi (1). Abstraction faite de ces circonstances, il s'agit encore de bien choisir et surtout de ne pas recommander un seul genre de bains contre les scrofules. C'est ainsi que des bains sulfureux conviennent surtout dans les maladies éruptives, dans la carie des scrofuleux, en général lorsqu'il y a des ulcères. La poussée des bains , dont on a si étrangement exagéré l'importance , est parfois suivie d'une amélioration réelle , et celle produite, par exemple, par les bains de Loëche , constitue quelquefois une véritable révulsion cutanée. Nous n'avons guère trouvé les bains, quelle que fût leur composition, d'une grande utilité dans l'ophthalmie des scrofuleux; les bains salés domestiques , ainsi que les bains de mer, sont utiles dans les formes légères des scrofules et combattent plutôt la diathèse scrofuleuse qu'ils ne constituent un moyen puissant de guérir les localisations graves. Les bains iodés ont eu , à ce qu'il paraît , de beaux succès entre les mains de M. Baudelocque, à l'ouvrage duquel nous renvoyons volontiers pour tout ce qui a rapport à la thérnpou-

(1) Voyez Bulletin de l'Académie de médecine , t. VIT! , p. 2fi3.

I0/| THÉRAPEUTIQUE GÉNÉRALE DES SCBOFULES ET DES TUBERCULES, tique des scrofules. Les bains salés, renfermant des sels d'iode et de brome, tels qu'on les prépare avec les eaux- mères des salines, ont fait la fortune des eaux de Kreutznach ; malheureusement les médecins qui dirigent cet établissement en ont singulièrement exagéré l'action antiscrofuleuse. Nous avons nous-même employé les eauxmères de Bex, aux bains de Lavey, pendant assez longtemps pour avoir une opinion arrêtée sur leur mode d'agir; nous les avons trouvées utiles chez les scrofuleux peu disposés à l'état aigu ou sub-aigu des phlegmasies locales, et chez lesquels il n'existait ni abcès ni ulcères ; ils paraissent exercer une action salutaire sur la santé en général; mais leur effet local sur les plaies n'est bon que lorsqu'il y a tolérance , ce qui, à Lavey au moins, n'était pas le cas le plus ordinaire. Les bains préparés avec les eaux-mères nous paraissent donc utiles, mais d'une utilité secondaire. Les eaux de Lavey, soit pures, soit mélangées avec les eaux-mères de Bex , constituent cependant une bonne ressource balnéo-thérapeutique contre les maladies scrofuleuses.

8° L'hydropathie , d'après le système de Priessnitz , a été , dans ces derniers vingt ans, une panacée universelle pour les enthousiastes et les spéculateurs. Réduite aujourd'hui à sa juste proportion, on a reconuu son utilité réelle mais restreinte : les observations sur son action antiscrofuleuse ne sont pas généralement entourées d'assez de preuves, et surtout de preuves assez convaincantes, pour que la valeur réelle de cette méthode, dans le traitement des scrofules, puisse déjà être j âgée. Parmi ses partisans les plus distingués, nous plaçons au premier rang M. Bonnet, de Lyon, dont le talent d'observation et la haute impartialité sont connus dès longtemps. Le peu d'essais que nous avons faits nous-même sur l'application de l'hydropathie, dans ces maladies, nous disposent en sa faveur , et nous décrirons, dans le chapitre des tubercules glandulaires, une méthode hydropathique nouvelle que nous avions commencé à mettre en usage pendant les derniers temps de notre séjour en Suisse, et que nous avons appelée hydropathie médicamenteuse , vu que la méthode vulgaire de Priessnitz y est combinée avec l'emploi des médicaments les plus actifs contre les maladies dont il s'agit, médicaments que les malades prennent en forte dilution pendant qu'ils transpirent sous les couvertures.

9° Le traitement antijjhlogistique n'a point de prise directe sur la diathèse scrofuleuse : nous le croyons cependant utile et même indispensable contre les inflammations aiguës ou sub-aiguës aux-

TRAITEMENT DES SCROFULES. 105 quelles donnent si souvent lieu les diverses localisations scrofuleuses , et nous blâmons la pratique des médecins qui, dès qu'il s'agit d'une inflammation par cause scrofuleuse , s'opposent à toute émission sanguine. On a rarement besoin de saignées générales, mais on se sert avec avantage ou de sangsues ou de ventouses scarifiées ; les sangsues nous ont souvent rendu de bons services dans les exacerbations aiguës de l'ophthalmie et de l'arthrite des scrofuleux; les ventouses scarifiées nous ont paru convenir plutôt dans les engorgements chroniques du système osseux et dans les dermatites chroniques qui s'accompagnent d'une hypertrophie plus ou moins étendue d'une partie de la surface du corps; nous donnerons, du reste, dans chaque chapitre spécial, des détails très circonstanciés sur l'opportunité de l'emploi des antiphlogistiques.

10° Les purgatifs tiennent le milieu , par leur action , entre les antiphlogistiques et les dérivatifs; ils constituent eux-mêmes une véritable révulsion sur le tube digestif. Les scrofuleux sont très peu sujets aux inflammations gastro-intestinales , mais cette membrane muqueuse est facilement viciée dans ses sécrétions . Les embarras gastriques sont fréquents chez eux et cèdent souvent très promptement à un vomitif ou à des purgatifs répétés. Une purgation prolongée ne serait pas par elle-même capable de modifier la constitution scrofuleuse , mais elle peut rendre de grands services dans quelques unes des formes locales , parmi lesquelles nous plaçons au premier rang les maladies de la peau et des organes des sens.

11° Les exutoires ont été employés de tout temps contre les scrofules, et vers la fin du siècle dernier ainsi qu'au commencement de celui-ci, on avait l'habitude d'établir des cautères au bras à tous les enfants scrofuleux ainsi que des sétons à la nuque, lorsqu'il s'agissait d'une ophthalmie rebelle.

Nous n'avons pas pu constater, pour notre compte , une action bien positive des cautères sur les scrofules en général. Le petit nombre de cas , dans lesquels ils nous ont paru réellement utiles , étaient de ceux dans lesquels nous entretenions une suppuration assez abondante en mettant plusieurs pois à chaque pansement. Les cautères dans lesquels on place un grand nombre de pois nous paraissent constituer le meilleur exutoire dans la carie vertébrale. Les vésicatoires volants conviennent surtout dans les affections articulaires légères , qui , lorsqu'elles sont plus intenses , réclament l'emploi énergique des moxas ou des raies de feu. Le meilleur révulsif, dans l'ophthalmie des scrofuleux , est la pommade stibiée , dont il

faut cependant bien surveiller l'usage, et il est bon de ne pas oublier que les pustules produites par le tartre stibié laissent des marques indélébiles, considération surtout sérieuse pour les jeunes filles , qui en sont vraiment défigurées lorsque ces marques se trouvent derrière les oreilles ou au haut de la nuque, et dont elles garderont généralement plus de rancune au médecin qu'elles ne lui conserveront de reconnaissance de les avoir guéries de leur ophthalmie.

Nous pourrions passer en revue, parmi les remèdes réputés antiscrofuleux , un assez grand nombre d'autres médicaments, tels que les antimoniaux, la ciguë , le sirop antiscorbutique , les tisanes dépuratives, la salsepareille, le gayac, la décoction deZittmann, etc. ; mais leur utilité est pour nous encore trop problématique pour que nous leur assignions une place dans cette esquisse abrégée de thérapeutique générale. Nous n'ajouterons que quelques mots sur une pratique superstitieuse dont l'usage remonte à plus de huit siècles ; c'est la guérison des scrofules par l'attouchement d'une main royale. L'ouvrage de M. Philipps (1) contient des documents curieux qui prouvent que cette pratique a été en usage, dans des temps très reculés, chez les rois Scandinaves , et qu'elle a été exercée longtemps par les rois d'Angleterre avant que les rois de France ne fussent investis de ce privilège. La foi populaire dans ce merveilleux attouchement n'est pas d'une crédulité plus naïve que la confiance qu'accordent beaucoup de modernes aux m justification s dont nous régalent journellement les magnétiseurs et les homœopathes.

Page 1