TRAITEMENT DES AFFECTIONS TUBERCULEUSES
volumineux et d'abcès par congestion surtout. Dans ces derniers cas, la méthode sous-cutanée de M. J. Guérin est de beaucoup la meilleure. Dans le traitement des ulcères scrofuleux , la chirurgie nous offre deux ressources également précieuses : la cautérisation par le nitrate d'argent, qui doit être répétée tous les deux ou trois jours; l'excision de toutes les portions de peau décollée , qui , abandonnées à elles-mêmes, ne se recolleraient jamais et ne serviraient qu'à recouvrir du pus croupissant. Les cicatrices difformes doivent aussi être excisées, et les bords de la plaie seront, dans ces cas, réunis par la suture entortillée. L'emploi des caustiques est principalement indiqué dans le lupus , qui peut aussi réclamer les opérations autoplastiques capables de réparer les pertes de substances qui, dans la figure surtout, donneraient lieu à des difformités fort désagréables. La ténotomie et l'orthopédie opératoire ont rendu, dans ces dernières années, de grands services entre les mains de MM. Guérin, Bonnet (1), Dieffenbach, Stromeyer, etc., pour les rétractions articulaires consécutives à l'arthrite des scrofuleux.
L'enlèvement des séquestres peut également être très utile, en faisant tarir la suppuration entretenue par la présence de l'os détaché devenu corps étranger. La règle la plus générale , dans ces cas, est de ne pas faire l'extraction avant que le travail de réparation ne soit assez avancé pour que l'os malade conserve un degré suffisant de solidité.
Nous ajouterons un dernier mot sur les amputations, qui, chez les scrofuleux , doivent être pratiquées le plus rarement possible, et ne constituent une ressource que lorsqu'elles sont devenues indispensables.
§ II. Traitement des affections tuberculeuses.
Les règles hygiéniques générales , que nous avons données pour le traitement des scrofules, s appliquent en tous points aussi à celui des tubercules, et nous avons d'autant moins besoin d'y ajouter quelque chose ici , que les deux chapitres spéciaux qui traitent , l'un de la tuberculisation externe, l'autre de la phthisie, renferment, sur ce sujet, les plus grands détails.
Le traitement est naturellement différent pour l'affection tuberculeuse des glandes lymphatiques externes et pour la tuberculisation interne; celle-ci entraîne un pronostic bien autrement grave et se
(1) Traité des maladies des articulations, Paris, 1845, 2 vol. in-8.
108 THÊRAPBUTlQltR GÊNERAI E L)KS SCROFULES ET DES TUBKKCIjLLS. modifie beaucoup moins sous l'influence des divers médicaments.
Si, d'un côté , nous admettons que la tuberculisation glandulaire externe est susceptible de guérison, qu'elle guérit même souvent, et qu'un traitement convenable peut, dans ces cas, modifier avantageusement toute la constitution, nous avons cependant la conviction que, dans l'état actuel de la science, nous ne possédons aucun moyen capable défaire résorber lamatière tuberculeuse ; et, lorsque, sous l'influence d'un traitement ioduré, général et local, nous voyons diminuer les engorgements glandulaires, une observation attentive démontre que le tubercule n'est nullement modifié par ces agents, mais que la diminution notable qui survient dans le volume de ces tumeurs tient à la cessation de l'inflammation chronique et à la diminution de l'exsudation , qui avaient lieu tout autour du tubercule. Les iodures, dans ces maladies, semblent améliorer aussi l'état général de la santé. L'huile de foie de morue nous a paru exercer peu d'action sur des tubercules externes. Le calomel et les purgatifs peuvent modifier l'inflammation circonvoisine autour des glandes, et conviennent surtout lorsque cette inflammation prend un caractère aigu ou sub-aigu. Les amers et les toniques sont utiles lorsque de nombreux abcès et ulcères glandulaires fournissent une suppuration abondante , ou lorsque les malades vivent dans de mauvaises conditions hygiéniques qu'il n'est pas au pouvoir du médecin de faire changer. Le café de glands et la tisane de feuilles de noyer sont de bons adjuvants hygiéniques. Les bains salés, iodés et bromures conviennent surtout lorsque les tubercules existent à L'état de crudité dans les glandes, ou qu'il n'y a qu'un petit nombre de fistules ou d'ulcères , surtout chez des malades d'une constitution torpide. S'il y a de nombreux ulcères , et si l'affection glandulaire affecte la tendance à des phlegmasies sub-aiguës répétées, les bains faiblement sulfureux conviennent mieux (Lavey).
Parmi les pommades résolutives employées dans cette affection , celle de deuto-iodure de mercure, renfermant de 20 à 30 centigrammes de ce sel sur 30 grammes d'axonge, est plus active que les pommades mercurielles ou iodurées pures ; elle irrite assez fortement les téguments , mais l'inflammation érythémateuse , qu'elle provoque, ne se termine point par suppuration; elle n'est que très passagère et paraît favoriser l'action résolutive qui s'opère autour des dépôts tuberculeux.
Quant au traitement chirurgical , nous protestons contre les préceptes trop exclusifs sur l'ouverture des abcès que quelques chirurgiens pratiquent de bonne heure et que d'autres conseillent d'aban-
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donner à la nature. Nous verrons dans le chapitre spécialement consacré à ces maladies par quelles raisons ni l'un m l'autre de ces préceptes ne saurait trouver une application générale. L'excision des bords décollés des ulcères doit toujours être faite à mesure que le décollement se produit ; la cautérisation fréquente des surfaces suppurantes est également de rigueur. L'extirpation des glandes tuberculeuses, enfin, ne nous paraît indiquée que quand le mal local persiste comme seul résidu d'une affection plus générale et qu'il constitue ou une difformité dont les malades tiennent à se débarrasser, ou une véritable gêne pour les vaisseaux et les nerfs du cou.
Le traitement de la tuberculisation interne est à la fois plus compliqué et bien moins souvent suivi de résultats heureux que celui des tubercules glandulaires externes. Quant aux prétendus spécifiques que le charlatanisme ou l'observation inexacte ou optimiste ont prônés contre cette cruelle maladie, une analyse plus sévère dans l'appréciation des faits, aidée d'un diagnostic précis, en ont toujours démontré la vanité.
L"art ne possédant pas plus de spécifique contre la phthisie qu'il n'en possède contre les scrofules, il faut, avant tout, se rendre compte des indications que la thérapeutique peut et doit remplir. 11 faut bien se pénétrer du fait que les tubercules ne sont nullement le produit direct d'un travail phlegmasique, mais un produit spécial, dont la réaction sur les parties qui l'entourent devient fâcheuse par les altérations secondaires de structure et de fonctions qu'ils provoquent ; que , de plus , les tubercules internes ont une tendance prononcée à débiliter la constitution tout entière et à provoquer, dans sa seconde période surtout, des phlegmasies ulcéreuses sur diverses muqueuses, et, vers la fin, des évacuations colliquatives, soit par la transpiration, soit par les selles. Le rôle assigné au médecin dans le traitement de cette cruelle maladie consiste donc à maintenir la santé générale en bon état pour lui donner la force de lutter, et à surveiller ou à modifier les effets fâcheux de la réaction locale des tubercules. 11 faut , de plus , soulager les malades à mesure que les souffrances se manifestent et progressent. Il est bon , enfin , de mettre en harmonie toutes ces diverses indications et surtout de ne pas chercher à remplir l'une au détriment des autres. Voici quelques uups des méthodes les plus accréditées.
1° Les altérants, auxquels on attribue la vertu spéciale d'agir directement sur la tuberculisation , ne nous paraissent guère doués de cette efficacité ; nous en parlerons avec beaucoup de détails à
l'occasion du traitement de la phthisie, il serait inutile, par conséquent, d'en donner ici une analyse.
Nous nous bornerons donc à jeter un coup d'œil sur quelques unes des méthodes générales les plus usitées dans cette thérapeutique.
2° Les aniiphlogistiques sont d'une utilité réelle , mais restreinte dans le traitement de la phthisie ; mais s'imaginer que l'on peut guérir une phthisie par des saignées répétées, serait une erreur funeste. Leur usage n'est indiqué que lorsque l'organe tuberculeux est ou très congestionné, ou le siège d'une inflammation locale intense. On pratique volontiers aussi une ou deux saignées dans le début de la phthisie à marche aiguë et fébrile. L'hémoptisie en réclame également l'usage. Les émissions sanguines locales, sangsues ou ventouses scarifiées, doivent remplacer la saignée chaque fois que celle-ci n'est pas nécessitée par une vive réaction sur l'état général.
3° Les narcotiques font la base d'un grand nombre de médicaments prônés contre la phthisie , et sont , en effet , indispensables dans son traitement. L'opium surtout est, de tous les médicaments, celui qui, sans jamais guérir les tubercules, combat le mieux quelques uns des symptômes les plus pénibles , tels que les quintes fatigantes de toux, les douleurs locales, l'insomnie, l'oppression, etc.
Les autres calmants et sédatifs ont une action bien moins énergique. Nous possédons, du reste, aujourd'hui un si grand nombre de préparations opiacées , qu'en les maniant habilement , on peut les adapter à des exigences thérapeutiques bien diverses.
4° Les dérivatifs ont joué de tous temps un grand rôle dans le traitement de la phthisie. Je les crois, en effet, bien plus utiles que les émissions sanguines. Je les ai vus souvent amener du soulagement, tantôt passager, tantôt plus prolongé , et je n'ai pas constaté de leur part le même effet débilitant que par les émissions sanguines. Les dérivatifs sur le tube digestif, les purgatifs surtout, diminuent, parfois , assez bien les congestions locales et relèvent l'appétit ; cependant, il faut être sobre de leur emploi dans la seconde période, à cause de la fréquence des tubercules sous-muqueux des intestins. En fait de révulsifs, les sinapismes ont une action prompte, mais très passagère , et ne conviennent , par conséquent , que lorsqu'on veut obtenir un effet révulsif rapide. Les vésicatoires volants mis en assez grand nombre , soit sur les parois de la poitrine , soit entre les épaules , constituent un fort bon dérivatif ; nous préférons en mettre successivement plusieurs que d'en entretenir un. Les moxas, établis au moyen de la pâte caustique de Vienne ou par le caustique de