C. Derrière les oreilles
8 cas.
D. Lupus.
Nez et son pourtour. . ....
9 cas.
Joues , diverses parties de la figure 6
Figure et cou 2
Sur ces 91 cas le mal était borné à la tête dans 83, il y avait en même temps des éruptions sur d'autres parties du corps dans 8 cas.
Dans 25 cas seulement la tête était complètement exempte , le mal ayant son siège soit sur le tronc , soit sur diverses parties des membres. Sur ces 25, il y eut 3 lupus.
Ainsi sur 116 cas de maladies cutanées chez des scrofuleux, 83 n'avaient mal qu'à la tête, 8 à la tête et sur d'autres parties du corps et 25 sur le tronc et les membres.
Il est donc bien constaté que les maladies éruptives chroniques chez les scrofuleux ont pour siège de prédilection la tête, soit le cuir chevelu, soit la figure, soit le pourtour des oreilles , et parmi les diverses parties de la figure ce sont essentiellement le pourtour du nez, ses cartilages et l'entrée des narines qui sont le plus fréquemment atteints. Il serait, du reste, bien difficile de trouver dans la structure anatomique de toutes ces parties la raison pour laquelle les scrofules s'y localisent de préférence.
Nous avons noté l'âge dans ces 116 cas. Nous ne trouvons pas , en général, ici de différence bien marquée pour les deux sexes. Si nous envisageons en premier lieu les cas de scrofules pures sanscomplication tuberculeuse, nous rencontrons dans les 92 cas : 9 avant la cinquième année, c'est-à-dire pas tout à fait C'est entre 5 et 10 ans que nous observons la plus grande fréquence, savoir 35 cas, ce qui fait plus de §. Entre 10 et 15 ans, nous observons encore 26 cas , ainsi une fréquence également bien marquée correspondant à peu près aux f . De 15 à 20 ans , nous ne rencontrons que 14 cas, savoir un peu plus de ~ ; après 20 ans , nous n'observons en tout que 8 cas.
Tableau synoptique de ces 92 cas scrofuleux non tuberculeux.
A-ge.
Total.
4 à 5 ans
Voyons à présent quels sont les rapports correspondants chez les scrofuleux atteints do tubercules glandulaires externes et autres :
Il y a une fréquence à peu près égale depuis la deuxième jusqu'à là vingtième année, savoir 23 cas sur 24, et nous n'en avons qu'une Seule après 20 ans.
Tableau sijnoplique des scrofuleux atteints de tubercules.
Aee.
Total.
1 à 5 ans
Si nous comparons la fréquence différentielle selon l'âge, sans séparer les deux catégories sus-indiquées , nous trouvons alors sur les 116 cas 15 avant 5 ans , savoir Un peu plus de { ; entre 5 et 10 s'observe la plus grande fréquence, savoir 40 ou un peu plus de ~ ; entre 10 et 15, il y en a 31, ce qui fait encore passé } ; entre 15 et 20 ans , nous trouvons 21 cas , plus de | et après 20 ans , nous ne rencontrons en tout que 9 cas.
Tableau synoptique des 116 scrofuleux atteints de maladies de la peau (avec ou sans complication tuberculeuse ).
Scrofuleux.
Scrofuleux-tuberc.
Total.
5 ans
^ La durée des maladies éruptives chez les scrofuleux a été notée 52 fois , 19 fois chez les hommes et 33 fois chez les femmes; elle
n'offre, du reste , rien de bien particulier sous le rapport du sexe Nous ne l'avons notée que trois fois au-dessous de six mois. Dans 9 cas, plus de f, elle était au-dessous d'un an; le chiffre le plus élevé se trouve entre 1 et 2 ans, c'est 17, à peu près {. Entre 2 et trois ans , nous trouvons encore 10 cas , c'est-à-dire juste Entre 3 et 4 ans le nombre diminue déjà notablement ; il n'est plus que de 4 ; nous retrouvons ensuite ce même chiffre entre 5 et 6 ans. En tout 13 cas, un quart avait duré au-delà de 3, jusqu'à 11 ans.
Tableau synoptique pour la durée.
Durée.
Hommes.
Femmes.
Sommes.
3 à 6 mois
6 mois à 4 an
4 à 2 ans
Nous avons constaté proportionnellement assez souvent l'habitus • scrofuleux , savoir 24 fois en tout, 9 fois sur les hommes et 15 fois sur les femmes. Ce chiffre pourrait tromper, si on ne tenait compte de ce que beaucoup de malades atteints d'affections cutanées scrofuleuses avaient en même temps des ophthalmies ou des engorge- ments glandulaires tuberculeux , en sorte, que ce n'est pas un chiffre ■ à ajouter à ceux précédemment indiqués, mais qu'au contraire, une*, partie de ceux déjà mentionnés se reproduit ici, et se trouve ainsi compté dans des catégories différentes. Il suffit de noter cette circonstance pour éviter qu'on n'en tire de fausses conclusions.
Nous avons noté chez 11 jeunes filles la première apparition de la menstruation. Nous confirmons ici notre remarque sur le retard de cette fonction chez les filles scrofuleuses. Une des jeunes filles avait été réglée pour la première fois à l'âge de 13 ans , une à 15 , 5 a I 16, une à 17 ans, une à 19 , une de 16 ans n'était pas encore réglée.
ÀNATOMIE PATHOLOGIQUE.
Tableau synoptique.
Pas encore réglée 1
Dans 104 cas, les complications avec d'autres formes scrofuleuses ont été notées ; nous ne reviendrons plus ici sur la complication avec des tubercules glandulaires, vu qu'il en a été déjà question ailleurs. En général, ce chiffre de 104 prouve que rarement l'affection cutanée est la seule manifestation du vice scroful eux.
Le plus souvent, 73 fois sur 104, il n'y avait, outre la derma- Itose, qu'une seule des autres affections scrofuleuses principales. En I thèse générale, la complication de beaucoup la plus fréquente était ll'ophthalmie, en tout 42 fois sur 104, ce qui fait à peu près les f. La (plus fréquente ensuite était celle des maladies du système osiseux. Elle existait 12 fois , ainsi presque \ ,• le plus souvent c'éttait la carie simple ou multiple, notamment celle des extrémités; plus rarement celle du tronc et des vertèbres ; plusieurs fois mous avons noté des déformations rachitiques et une fois une excroissance osseuse assez curieuse. C'était chez une jeune fille de 16 lans qui portait sur la partie inférieure et interne du fémur une exos- Itose mince, allongée, comme pédiculée, d'environ 3 centimètres de longueur sur 1 à 2 de largeur ; de temps en temps les parties molles tenvironnantes étaient le siège de douleurs assez vives. Les engorge- Iments glandulaires sympathiques du cou se sont rencontrés neuf fois Pur des individus atteints d'affections chroniques de la peau qui, layant leur siège à la tête ou à la figure, avaient tout naturellement produit de l'irritation dans les ganglions lymphatiques voisins. D'après les caractères différentiels indiqués plus haut, il ne serait pas lifficile d'établir le diagnostic entre ces glandes et les glandes réellenent tuberculeuses . Nous avons pris occasion d'en parler de nouveau ici , parce que c'est souvent de ce genre de tumeurs glandulaires }u'il s'agit dans les relevés des pathologistes qui notent une très
Réglée à 13 ans 16
grande fréquence des maladies des ganglions lymphatiques , et qui. prétendent que presque tous les srrofuleux en sont affectés.
L'otorrhée a été notée 5 fois comme complication des dartres scrofuleuses. Nous trouvons en outre 4 cas d'ulcères et abcès, un; de tumeurs blanches et 7 d'affections diverses en dehors des 73 cas mentionnés , vu que dans ces 7 la complication ne rentrait pas dans les formes ordinaires des scrofules ; c'était chez les hommes : une fois une hypertrophie des amygdales , une fois une hypertrophie deir glandes lymphatiques confirmée par la dissection , et une fois une surdité assez complète sans othorrée. Chez les femmes c'était dan* les 4 cas : 1° une dyspepsie avec catarrhe pulmonaire ; 2° une bronchite chronique très tenace mais non tuberculeuse ; 3° un relâchement très curieux de l'articulation coxo-fémorale, et 4° une irri-j tation gastro -intestinale chronique.
Dans presque | des cas , 17 fois les malades étaient atteints de deux formes de localisation des scrofules a la fois., outre la derma-: tose ; c'étaient les combinaisons suivantes : abcès et carie , mau): d'yeux et carie , tumeurs blanches et affections des os , ophthalmii et engorgement glandulaires, ulcères et otorrhée , abcès et tumeur blanches.
Six fois seulement la complication était triple , savoir : 1° ulcèm autour du genou , tumeur blanche du genou et nécrose du fémur 2° blépharite, engorgement du coude, carie de plusieurs doigts e de la malléole interne; 3° blépharite , ulcères aux jambes et engor-: gement du tibia; 4" ophthalmie , tumeur blanche du coude et cari du deuxième métacarpien ; 5° ophthalmie , ulcères à la figure e otorrhée ; 6° ulcères à la cuisse , tumeur blanche du pied droit e . carie du pied gauche.
Une seule fois , 4 formes de complications existaient en mêmp: temps que la dermatose, c'était un cas de blépharite avec ulcère i la jambe , abcès au pied , tumeur blanche du genou et carie du tibii et du pied.
Nous voyons donc se confirmer de plus en plus le fait que la mul: tiplicité , indépendante des rapports de continuité , est un des carac tères les plus fréquents et les plus essentiels des scrofules , qu< l'on ne pourrait pas confondre davantage avec les inflammation; chroniques simples qu'avec les tubercules ; car dans les inflammations idiopathiques simples nous ne voyons guère un certain nom bre de parties bien différentes et éloignées les unes des autres . êtn atteintes à la fois ou successivement du même mal. Les lésions mul
tiples clans les tissus et organes dépourvus d'affinités de structure, ne se montrent guère que dans les maladies dont la cause est générale et constitutionnelle , comme dans la syphilis, par exemple, ou dans des maladies générales plus aiguës , dans l'intoxication purulente ou dans la morve. Lorsque des inflammations moins spécifiques, telles que celles par cause rhumatismale, offrent un caractère vague et multiple, il y a toujours affinité physiologique entre les parties atteintes , comme entre les diverses articulations , entre celles-ci et la dure-mère, l'endocarde , le péricarde, etc.
Tableau synoptique des lésions qui ont compliqué les dermatoses scrofuleuses.
Total.
Complications simples. — Yeux
— Maladies des os
— Engorgements glandulaires simples. . . .
— Otorrhée
— Ulcères et abcès
— Tumeurs blanches
Complicat. doubles. — Ulcères, carie, ophthal-
mies , tumeurs blanches , engorgements
glandulaires simples , otorrhée
Complications triples. — Les maux précédents
combinés à trois .......
Complications quadruples. — Ophthalmies, ul-
cères , tumeurs blanches et carie
Complications diverses
Pronostic. Les maladies de la peau chez les scrofuleux, doivent ître comptées parmi les localisations les plus bénignes. Suscepti- )les de faire souffrir, d'amener même des difformités irrémédiable» lupus), elles ne compromettent cependant guère l'existence des naïades.
Le pronostic de ces affections doit être envisagé sous le double wint de vue de la manifestation du vice scrofuleux , et sous celui du jual local. Sous le premier rapport nous avons rencontré plus souvent es dermatoses chez les enfants qui n'étaient nullement atteints défections très graves que dans des circonstances plus fâcheuses [ et luoique nous ayons signalé leur coexistence avec les maladies des irticulations et du système osseux , nous avons cependant cru re<-
22i MALADIES DE LA PEAU CHEZ LES SCROFULEUX.
marquer que lorsqu'il existait en même temps une inflammation exsudative à la surface du derme, la marche des autres formes de scrofules en était plutôt favorablement influencée.
La disparition prompte de la maladie de la peau était plusieurs fois suivie d'une aggravation sensible dans l'ensemble de la santé , mais en cas pareil il ne faut pas conclure légèrement à une métastase, et en observant avec impartialité on sera souvent bien embarrasse: de décider si la disparition de l'éruption a été la cause ou l'effet , ou. une simple coïncidence avec le développement d'une autre affection plus grave.
La forme de la dermatose ainsi que son siège modifient sensiblement le pronostic. C'est ainsi, par exemple, que les éruptions du euh;; chevelu, sont toujours beaucoup plus tenaces que celles qui siègent., à la figure ou sur les membres. L'impétigo des narines et l'eczéma* derrière les oreilles , résistent également quelquefois pendant longtemps aux meilleurs traitements. L'eczéma chronique, en général, sul; quelque partie du corps qu'il se montre , nous a paru un nfai fort opiniâtre, aussi bien chez les scrofuleuxque chez ceux qui ne le sont pas:> il est surtout difficile à guérir lorsque la peau est devenue épaisse e^ crevassée, qu'il s'y est formé de nombreuses petites ulcérations qui.ij dépouillées de leurs croûtes , laissent suinter sur une multitude de points une sérosité limpide qui bientôt se concrète à la surface.
Le lupus est de toutes les affections chroniques de la peau che^j les scrofuleux , l'affection qui commande comparativement le pronostic le plus fâcheux, vu que c'est une affection très longue, très tenace et qui amène souvent des pertes de substance constituant de graves difformités. C'est pour cela que celui qui a son siège auj nez est du pronostic le plus mauvais. Le lupus de la vulve , au contraire , amène des accidents graves par une cause opposée, par une trop forte pullulation de substance. C'est ainsi qu'à une période avancée de son développement il peut devenir le siège d'ulcérations, d'hémorrhagies et amener la mort après avoir simulé quelques uns des principaux symptômes du cancer.
Les inflammations exsudatives superficielles ou profondes guérissent le plus souvent lorsque la diathèse scrofuleuse générale paraît éteinte , tandis que le lupus continue souvent à suivre sa marche . quand bien même ce changement favorable s'est opéré dans toute le : constitution .
§ III. Thérapeutique des dermatoses chez les scrofuleux.
Avant d'entreprendre le traitement de ces maladies , il faut avant tout se rendre compte s'il y a opportunité ou non de les guérir ; car il y a des cas , pas très rares, dans lesquels il vaut mieux les aban donner à la nature que de les attaquer par un traitement actif. Il faut surtout tenir compte de ce précepte lorsque des affections graves des articulations ou des os , des ulcères et abcès multiples , des engorgements tuberculeux nombreux des glandes ont existé ou persistent encore ; car si dans ces circonstances une éruption se développe , nous avons vu plus haut que cela pouvait influer favorablement sur la marche des autres affections scrofuleuses beaucoup plus sérieuses. Si ces malades sont fortement incommodés par des dé- Imangeaisons , par de la douleur, de la tension et d'autres symptômes qui accompagnent les dartres , on peut bien calmer ces malaises par des bains simples , des onctions huileuses , des pommades adoucissantes , une hygiène appropriée ; mais il faut éviter les siccatifs , Iles astringents, en un mot les moyens qui guériraient tropprompteiment la localisation cutanée des scrofules , et même lorsque cette [prompte guérison a eu lieu naturellement, ou par un traitement malentendu , il devient parfois nécessaire de faire revenir les éruptions [par les pommades de garou, ou de tartre stibié , ou d'y suppléer par (des dérivatifs cutanés tels que les vésicatoires, ou par une dérivation jsur les intestins au moyen de purgatifs répétés. Nous avouons que inos craintes sur ce point sont peut-être un peu théoriques, mais jusqu'à preuve du contraire, la prudence nous paraît toujours une des premières règles en thérapeutique.
Lorsque l'appréciation de toutes les circonstances qui accompagnent la maladie , autorise à s'occuper d'une manière active de la guérison de l'affection cutanée, il est prudent de commencer toujours par le traitement général en combinant les remèdes désignés comme dépuratifs avec les purgatifs , si toutefois l'état du tube digestif ne s'y oppose pas ; mais il faut toujours se rappeler qu'il n'existe de spécifiques bien avérés , ni contre les scrofules , ni contre les dermatoses chroniques en général. Quant aux antipsoriques de l'école îomœopathique , on sait aujourd'hui à quoi s'en tenir sur le mode d'observer et de conclure de cette école. 11 faut par conséquent être pénétré de l'idée que si les divers moyens que nous allons analyser, et qui ont été préconisés par de bons praticiens , peuvent bien à la
longue modifier favorablement la constitution en général et l'affection cutanée en particulier, il ne faut pas cependant s'attendre à des effets prompts et constants.
Parmi les remëdes locaux que l'on met en usage avec succès contre ces affections , les mercuriaux jouent un grand rôle : lorsqu'on: les emploie pour les dermatoses très étendues , il faut en surveiller soigneusement l'effet pour éviter la salivation que nous avons vue survenir par l'usage inconsidéré de l'onguent citrin. Un autre moyen plus actif encore dont on se sert souvent pour détruire les affections les plus rebelles de la peau , est l'arsenic d'un usage surtout fréquent dans le traitement du lupus. Il est très essentiel encore ici de ne pas appliquer la pâte arsenicale sur une surface trop étendue , dépassant 12 à 15 millimètres carrés , on évite ainsi les accidents d'empoisonnements auxquels l'absorption cutanée de ce métal a donné lieu plusieurs fois.
Le praticien prévenu de la lenteur avec laquelle agissent les meilleurs moyens dans le traitement des dartres scrofuleuses, doit par cela même mettre beaucoup de suite et de méthode dans l'emploi des remèdes , et les administrer , autant que possible , sous une forme simple. Chaque fois qu'il faudra changer, après un usage assez prolongé du même médicament on devra laisser quelque temps d'intervalle entre les deux remèdes , vu que bien souvent un traitement montre ses effets salutaires plutôt après sa cessation que pendant son usage.
Tous les praticiens savent , p arexemple , qu'une cure de bains qui, pendant le séjour du malade aux eaux, a paru peu efficace, peut par la suite être couronnée du meilleur succès.
J'ai enfin une dernière remarque à faire, c'est que la base de tout traitement des dermatoses , chez les scrofuleux , doit être le traitement des affections chroniques de la peau en général , modifié cependant par l'emploi des moyens reconnus utiles dans le traitement des scrofules en particulier.
Nous allons passer à présent aux détails du traitement.
A. Traitement général médicamenteux et hygiénique.
Nous n'entrerons pas ici clans de nouveaux détails sur l'emploi des remèdes utiles contre la cause scrofuleuse des dermatoses. Ce nue nous avons dit à ce sujet dans le traitement général des scrofules et dans celui des tubercules glandulaires, s'applique également
ici, ces remèdes devant toujours être alternés avec ceux qui agissent plus particulièrement sur les dartres ; ce sont donc surtout ceux-ci que nous allons passer en revue en soumettant leur valeur réelle à quelques remarques critiques.
1° Les alcalis ont été recommandés par beaucoup de praticiens , soit l'eau de chaux avec du lait à la dose d'une à deux chopines par jour, soit le muriate de baryte et le muriate de chaux ; le premier de ces deux moyens a paru à quelques praticiens doué d'une action spéciale contre les dartres d'origine scrofuleuse , mais nous n'avons jamais pu constater une efficacité réelle des divers remèdes alcalins dans le traitement de toutes ces maladies.
->2° Le soufre est d'un usage fréquent dans les maladies éruptives chroniques de l'enfance, surtout lorsqu'elles occupenfla tête ; ce moyen nous a paru utile en pareille circonstance et nous l'avons bien souvent employé soit sous forme de fleurs de soufre , soit sous celle de soufre précipité : nous en faisions mêler 15 gram. avec au- ( tant de magnésie ou de crème de tartre; on divise cette dose en 15 là 30 paquets, selon l'âge des malades, et ils prennent trois ou quatre ide ces paquets par vingt-quatre heures; ce moyen a encore l'avanjtage d'être légèrement purgatif : dans ces cas-là le sirop sulfureux, (recommandé par Biett , nous paraît également fort bien indiqué. I Voici sa composition :
Sirop de fumeterre 375 grammes.
— de pensées sauvages ... 125 — Sulfite sulfureux de soude ... 8 —
A p» endre par cuillerées à bouche matin et soir.
| 3" L'iode, dont nous avons déjà longuement analysé le mode d'emploi , ■ loit toujours être pris d'une manière intercurrente dans le traitemen l ries maladies de la peau de longue durée ; c'est surtout le sirop d'induré de fer et plus rarement la teinture d'iode ou la solution d'iodrre de potassium que nous prescrivons dans ces circonstances.
4° Le Brome a été recommandé comme un très bon moyen dans le traité! n mt de la teigne par M. Prieger, médecin des eaux de Kreuznarl , Voici sa formule :
Bromate de mercure 30 centigrammes.
Éther sulfurique 4 2 grammes.
A pren ire 1 0 à 20 gouttes dans de l'eau , une à deux fois par iour.
5° L'erantimoniaux sont sans contredit les remèdes les plus généralement vantés contre les éruptions chroniques de l'enfance. Le vin d'antimoine, vin slibié, est administré à la dose de trente à quarante gouttes trois t'ois par jour. Le soufre doré d'antimoinejouit surtout d'une très grande vogue sous la dénomination de poudres ou de pilules1 de Plummer, très usitées en Allemagne. Voici leur formule : * e
Soufre doré d'antimoine \
Calomel ( ^ centlSrammes
■■n j , • ( de chaque.
Poudre de ciguë J ^
Sucre pulvérisé 2 grammes.
Divisez en 4 2 paquets; à prendre \ matin et soir.
La forme des pilules de Plummer est :
Protochlorure de mercure. . . . \ 2 grammes •Deutosulfure d'antimoine. . . . j de chaque.
Divisez e'h 20 pilules ; 2 à 3 par jour.
Nous parlerons tout à l'heure des sels dans lesquels l'antimoine et le mercure. se trouvent combinés ensemble : mais nous avouerons que notre propre expérience n'a guère confirmé cette action spéciale des antimoniaux. Les poudres de Plummer nous ont paru plutôt agir par la propriété purgative du calomel qu'elles renferment. En général, un traitement purgatif prolongé et bien dirigé constitue, à notre avis , un des meilleurs modes de traitement de toutes ces affections. Nous avons déjà indiqué dans un autre passage les détails de leur emploi, et nous y reviendrons encore plus loin.
6° Les mercuriaux tout en constituant comme moyen local une des plus puissantes ressources contre les dartres , n'ont pas dans ces cas , employés à l'intérieur , une action bien prononcée. Le deuto-chlorure ainsi que le proto-iodure de mercure ne sont véritablement utiles que lorsqu'il existe une complication syphilitique. Le proto-iodure de mercure a été recommandé par Blasius contre les diverses formes de lupus. Ne l'ayant pas employé dans cette maladie , nous nous abstenons d'en juger la valeur.
Les combinaisons de mercure et d'antimoine, le sulfure d'antimoine et de mercure ainsi que le sulfure noir de mercure , jouissent également d;une certaine réputation en Allemagne dans le traitement de la teigne , et des diverses dermatoses chroniques ; on les
THÉRAPEUTIQUE. w. 229
donne a la dose de 30 à 50 centigrammes, 3 à 4 fois par jour. Quoij qUe n0us ayons employé souvent et avec suite ces médicaments, I nous avouons que nous n'en avons guère obtenu de succès bien | marqués.
7° Métaux divers. Il y a encore divers métaux très fort préco- | nisés, tels que le graphite donné à la dose de 2 ou 3 grammes par I jour; l'oxyde de manganèse à la dose de 30 à 50 centigrammes 2 à ! 3 fois dans les vingt-quatre heures. Nous manquons d'expérience I propre sur la valeur anti-herpétique de ces deux moyens , ainsi que I sur celle du muriate d'or recommandé par Rust contre le lupus. Un I autre moyen que nous ne pouvons passer ici sous silence, est la i combinaison de la potasse avec la poudre de charbon de terre , remède connu sous le nom d'anthra kokali vanté il y a quelques an- I nées comme spécifique contre les dartres , par M. Polya, médecin à I Prague ; il le donne à la dose de 50 centigrammes par vingt-quatre heures, seul ou combiné avec les fleurs de soufre , la magnésie, etc. 8° Les acides ont été recommandés par des auteurs du premier | mérite , tels que Biett, Bateman , Cazenave , etc., contre les dermatoses les plus rebelles, surtout lorsqu'elles sont accompagnées de démangeaisons vives et d'une abondante sécrétion séro-purulente. Dans plusieurs circonstances , j'ai^pu constater leur action salutaire; il me serait cependant difficile a en préciser les indications. Une des formes les plus usitées pour l'administration des acides est la limonade nitrique ou sulfurique : on ajoute 2 à 4 grammes d'acide sulfurique ou nitrique à un demi ou un litre de limonade au citron ; pour ma part, j'ai employé les acides, surtout l'acide chlorhydrique à la dose de 5 à 10 gouttes, trois fois par jour, prise chaque fois dans une tasse de décoction d'orge ou de gruau. Lorsque les malades ne sont pas assez prudents et attentifs pour compter exactement les gouttes, on peut mettre 12 à 15 grammes de ces acides dans 200 à 300 grammes d'eau distillée, et en faire prendre une cuillerée à café et jusqu'à une cuillerée à bouche dans une tasse de l'une des décoctions mucilagineuses indiquées.
9° L arsenic est regardé par un grand nombre de bons praticiens ' comme le souverain remède contre les maladies de la peau les plus rebelles : c'est surtout Biett et son école qui en ont généralisé l'emploi (1). Ce serait certainement une exagération que de vouloir nier l'utilité de ce médicament. Nous avons observé plusieurs cas d'ec-
<-i4) Ysyez, ^fM^/etm de l'Académie de médecine , t. IX, p. 1026.
zéma chronique, de lichen et de psoriasis, dans lesquels l'emploi méthodique de la solution de Fowler ou des pilules asiatiques nous a paru réellement utile; mais, en revanche, nous avons fondé bien souvent un vain espoir sur son efficacité , et nous déplorons à cette, occasion, comme une des grandes lacunes dans la thérapeutique des maladies chroniques en général , le manque de précision dans les ! indications. Il nous est arrivé mainte et mainte fois de traiter pap Ues mêmes moyens deux affections en apparence fort semblables Yl'une guérissait tandis que l'autre n'en éprouvait aucune action. iNous sommes convaincu que les praticiens expérimentés ont souvent fait la même remarque que l'on a soin pourtant de ne jamais indi-" quer dans les livres de thérapeutique. Voici les formes et les doses» de l'emploi interne de l'arsenic ;
A. La solution de Fowler renfermant 5 grammes d'acide arsé-à nîeux dans 500 grammes d'eau distillée , à laquelle on a ajouté 5 grammes de carbonate de potasse et 1"6 grammes d'alcool de' mélisse composé, se donne à la dose de 3 à 15 gouttes par jour, prises en deux ou trois fois ; il va sans dire qu'il ne faut augmenter la quantité que lentement, et surveiller toujours attentivement les organes de la digestion.
B. La solution de Pearson, se composant d'un gramme d'arséniate de soude cristallisé dissous dans 550 grammes d'eau distillée» se donne à la dose de 20 à 30 gouttes par jour.
C. La liqueur arsenicale de Biett , composée de 4 décigrammes: d'arséniate d'ammoniaque dissous dans 250 grammes d'eau distillée,* se donne à peu près aux mêmes doses que la précédente solution.
D. Les pilules asiatiques se composent d'acide arsénieux 5 centi-*: grammes 5 poivre noir pulvérisé, 66 centigrammes ; gomme arabique pulvérisée , 10 centigrammes ; eau commune , quantité suffisante.' Mêlez avec le plus grand soin en triturant pendant longtemps ; divi-a sez en douze pilules ; une à deux chaque jour.
Nous n'avons analysé jusqu'à présent que les remèdes provenant du règne minéral ; mais le règne végétal n'a pas fourni un contingent moins nombreux à la thérapeutique des dermatoses chroniques : nous allons passer en revue les plus importants.
10° La salsepareille a surtout été vantée comme un puissant dépuratif. On l'emploie en décoction à la dose de 10 à 15 grammes par jour, cuite dans un litre d'eau jusqu'à réduction d'un demilitre, ou en infusion froide en faisant macérer la poudre de salsepareille pendant vingt- quatre heures dans de Veau froide. Le
sirop de salsepareille , enfin , est très en vogue aussi dans les dermatoses ; on en donne deux à trois cuillerées à bouche par jour. On combine souvent la salsepareille avec le gaïac , le sassafras, le bois de réglisse, la squine, etc., combinaison que l'on connaît sous ]e nom des bois sudorijiques ; mais l'action tant vantée de ces moyens me paraît fort contestable : j'en ai obtenu quelquefois d'assez bons effets en y ajoutant des feuilles de séné ; mais comme ces sudorifiques employés seuls n'exerçaient point une action bien positive, nous serions en droit d'admettre qu'en pareil cas l'effet salutaire était dû à l'action purgative.
11° L'herbe de violette tricolore (pensée des jardins, herba jacece des Allemands), est un des remèdes les plus usités dans le traitement de la croûte de lait, de l'impétigo du cuir chevelu et de la figure, et c'est aussi en Allemagne qu'on s'en sert surtout depuis plus d'un demi-siècle. Ce n'est, en effet, que dans ces affections-là |que ce moyen nous a paru utile chez les scrofûleux, tandis que son [action était à peu près nulle contre le lupus , l'éczema étendu et invéttéré, etc. Ce moyen est d'autant plus commode à employer qu'on peut très bien le combiner avec la nourriture des jeunes enfants. Au lieu de leur donner pour leur déjeûner et leur goûter du café de s , comme nous avons l'habitude de le faire pour les scrofûleux en général, nous leur faisons prendre un thé préparé avec cette plante lont 8 à 12 grammes sont infusés dans deux à trois tasses d'eau )ouillante ; les enfants en prennent la moitié le matin , coupée avec lu lait, et l'autre moitié le soir; il va sans dire que la plante doit ître ou fraîche ou au moins séchée depuis peu de temps, ce qui malîeureusement n'existe pas dans les pharmacies pour bon nombre de remèdes végétaux et ce qui a beaucoup contribué à les discréditer.
12° La douce amère jouit encore aujourd'hui d'une grande 'éputation clans le traitement des maladies de la peau : on en emploie les tiges pas trop desséchées , l'extrait ou le suc fraîcheoent exprimé; les premières en infusion, en employant 12 à 15 jrammes par jour, le second en pilules à la dose de 1 à 2 gram. dans es vingt-quatre heures, et le suc à la dose de 8 à 12 gram. par jour. Vlais pour cette plante encore, j'avoue que je ne puis nullement lui îccorder les éloges que j'ai trouvés sur son compte dans plusieurs tuteurs.
Quant à une autre solanée, la morelle [solanum nigrum), elle a surtout été employée à l'extérieur 5 on en a aussi fait usage à l'intéleur en donnant la poudre à la dose de 10 à 20 centigram. deux
fois par jour. Je n'en ai jamais fait usage; j'en dirai autant d'un autre remède végétal qui jouit d'une certaine faveur dans le traitement les dermatoses chroniques , c'est l'écorce d'ormeau dont on emploie 8 à 15 grammes par jour en décoction.
13° La tisane de Zittmann a été recommandée comme un des moyens des plus énergiques dans le traitement des dermatoses scrofuleuses les plus rebelles, même dans le lupus. Peu usitée en France, elle compte parmi ses partisans en Allemagne beaucoup de grands praticiens. Nous citerons parmi ceux qui l'ont le plus recommandé, dans les maladies qui nous occupent ici, les Hufeland, les Chélius, les Rust, etc. Nous manquons, du reste, d'expérience personnelle suffisante sur son efficacité dans ces circonstances. Nous croyons toutefois utile d'en reproduire ici la formule pour en faciliter l'expérimentation aux praticiens français qui voudraient là prescrire.
Tisane de Zittmann n° \ .
Salsepareille iOO grammes.
Faites digérer pendant vingt-quatre heures dans :
Eau 24,000 grammes.
Ajoutez :
Sucre d'alun (sucre et alun, parties
égales) 50 —
Calomélas doux 15 —
Cinabre 5 —
Faites bouillir jusqu'à réduction d'un tiers, et ajoutez :
Feuilles de séné 1 00 grammes.
Racine de réglisse 50 —
Anis. 15 —
Fenouil .< 15 —
Laissez infuser quelques instants, passez; f litre matin et soir. Tisane de Zittmann, décoction faible, n° 2.
Résidu de la décoction précédente , plus :
Salsepareille 200 grammes.
Faites bouillir dans .
Eau M00 —
Ajoutez :
Écorce de citron \
Cardamome I 10 grammes
Cannelle î de chaque.
Réglisse J
Passez ; i litre au milieu du jour.
14° L'eau de goudron a été vantée aussi comme utile dans ces affections : on fait macérer une partie de goudron dans seize parties d'eau en remuant souvent et en filtrant ; les malades en prennent demi ou un litre par jour, seule ou coupée avec du lait.
15" Remèdes végétaux divers. Il nous reste enfin à faire ici l'énumération d'un certain nombre de plantes que l'on a recommandées comme très salutaires dans ces maladies : nous n'en faisons mention que pour les signaler à l'attention des praticiens qui voudraient les expérimenter. Ce sont les plantes suivantes : le tussilage [Tussilago farfara), recommandé par Goelis , P. Frank et Alibert ; les jus d'herbes recommandés par Hufeland ; la décoction de bourgeons de sapin très usitée en Allemagne ; l'extrait et l'herbe de fumeterre , plutôt en usage parmi les praticiens français ; la bardane assez employée en Suisse ; la pulsatilla nigra, recommandée par Frank ; le sumac, soit l'indigène [Rhus ioxicodendron), soit le rhus radicans de l'Amérique du nord, recommandé par M. Dufresnoy; l' arrête-bœuf [ononis spinosa), la primevère (primula veris et officinalis); l'orobanche de Virginie usitée en Amérique d'après Eberle ; la cassia sophoraen usage contre les dartres dans le Bengale, d'après Freer, etc.
16° Le règne animal n'a, pas fourni des moyens bien actifs dans le traitement des dermatoses chez les scrofuleux. L'huile de foie de morue, si utile dans d'autres formes de scrofules, ne m'a jamais rendu de grands services dans les dartres. L'huile animale de Dieppel, donnée à la dose de 6 à 25 gouttes par jour, a été vantée dans le traitement du lupus. J'ignore quelle est dans ces cas sa valeur réelle.
17° Méthode dèrivative. Avant de passer au traitement local, il nous reste, après l'énumération des remèdes sus-indiqués que l'on pourrait désigner comme remèdes modificateurs empiriques des affections cutanées, à parler d'une autre méthode de traitement assez usitée, méthode qui peut être considérée comme dèrivative et qui comprend les purgatifs , les diurétiques et les exutoires. Elle trouve surtout son emploi dans les cas d'inflammation chronique étendue,
23fr MALADIES DE LA PEAU CHEZ LES SCROFULEUX.
accompagnée d'une suppuration abondante. Son usage est bien plus répandu en Angleterre et en Suisse qu'en France et en Allemagne.
A. Les jmrgatifs, dont l'utilité est incontestable dans ces maladies, lorsqu'ils sont employés à la fois avec beaucoup de suite et avec prudence, peuvent être mis en usage de deux manières ; on peut donner tous les trois ou quatre jours, ou moins souvent, une purgation active qui n'agit que pendant un seul jour, ou faire prendre pendant quinze jours consécutifs des purgatifs d'une action douce, provoquant deux à quatre garderobes par jour, en laissant ensuite un intervalle de dix à quinze jours pour recommencer ce traitement et pour le continuer, avec ces intermissions périodiques , pendant deux mois et au-delà. Nous avons déjà plusieurs fois parlé avec détail de" ces moyens ; nous répéterons seulement ici, que lorsque nous ne voulons donner un purgatif que de temps en temps, le calo'mel etlejalap, ou du calomel le soir et de l'huile de ricin le lendemain matin, sont les moyens que nous préférons. Pour purger à la longue, on peut employer les sels neutres ; par exemple 10 à 15 gram. de sulfate de soude pris tous les jours dans la matinée dans un demi-litre de limonade, ou les pilules suivantes :
Résine de gaïac "\
Poudre de rhubarbe [1 gramme
Extrait d'aloës 1 de chaque.
Savon de Venise J
Divisez en 20 pilules ; argentez. A prendre 2 ou 3 par jour.
Nous avons souvent alterné avec les purgatifs actifs les tisanes dépuratives sus-indiquées de salsepareille, de gaïac, de douce-amère, de sassafras, 8 gram. de chaque, avec addition de 4 gram. de feuilles de séné, à infuser dans un litre d'eau et à boire dans la journée, tisane légèrement laxative.
Il faut naturellement modifier les purgatifs selon l'âge des individus. Chez les très jeunes enfants, par exemple, le mélange de magnésie , de fleurs de soufre et de rhubarbe ; ou chez des enfants un peu plus âgés, celui d'une poudre composée de magnésie calcinée, de résine de gaïac, de rhubarbe et de sulfure noir de mercure dont les malades prennent deux fois par jour une demi-cuillerée à café, m'a paru souvent utile.
Nous ne pouvons pas enfin passer sous silence la vogue ancienne d'un purgatif drastique très vanté dans le traitement des dartres j
rufiiïA Pi.iTiorr:. 235 c'est lu teinture, la poudre ou l'extrait d'hellébore blanc. Un autre drastique d'origine plus moderne, également très répandu et populaire, est le remède Leroy, relégué aujourd'hui dans les campagnes parmi les paysans à tube digestif robuste. Cependant, je dois avouer que j'ai vu des malades atteints de dartres que j'avais traités en vain, et qui ont été guéris plus tard par un charlatan qui leur avait indiqué ce remède. Si mes souvenirs ne me trompent pas, M. Delaharpe, médecin de l'hôpital de Lausanne, praticien instruit et éclairé, a employé avec succès ce remède dans son service d'hôpital pour le traitement des dartres rebelles.
■ B. Les diurétiques peuvent être alternés avec succès avec les \ purgatifs pour ne pas surexciter le tube digestif, et pour stimuler fortement la sécrétion urinaire que l'on regarde, je ne sais si c'est à tort ou à raison, comme exerçant une action antagoniste sur les sécrétions de la peau. Nous manquons , du reste, ici encore, d'une expérience suffisante pour juger de leur valeur, nous savons seulement que Biett et son école , d'une autorité si imposante clans toutes ces questions , ont obtenu de beaux résultats de l'emploi interne de la teinture de cantharides donnée à la dose de cinq à vingt gouttes par vingt-quatre heures. On ne saurait certainement pas expliquer l'action de ce médicament autrement que par ses propriétés diurétiques. Un célèbre praticien d'Allemagne, M. Bérends, qui a été une des i illustrations médicales de l'école de Berlin de notre époque, vante les diurétiques et surtout l'usage prolongé de la scille, comme fort utiles contre les dartres.
C. Les exuioires dont on a singulièrement abusé dans le siècle )assé , imbu qu'on était encore des doctrines de Galien, et porté à voir des humeurs altérées partout , sont peut-être trop négligés de n >s jours. Les vésicatoires au bras entretenus pendant quelque temps peuvent être fort utiles lorsqu'une suppuration abondante à la tête ou à la figure a existé pendant longtemps, et que les scrofules de la peau se suppriment pour faire place à des formes plus graves , les scrofules des yeux, des articulations ou des os.
Nous rejetons comme inutile, dans l'immense majorité des cas ie dartres scrofuleuses , l'application des cautères au bras. L'éta- )lissement d'un séton à la nuque m'a été plusieurs fois fort utile dans les cas d'impétigo très rebelle de la figure. J'ai observé, entre aures , un cas dans lequel un enfant de cinq ans , atteint depuis plus le trois ans de cette affection, et ayant perdu un œil par suite d'une phthalmie scrofuleuse, avait été traité sans le moindre succès par
plusieurs praticiens habiles. Je lui établis un séton à la nuque qui, au bout de six semaines , avait opéré la guérison à peu près complète de la dartre scrofuleuse de la figure. Au bout d'un an et demi, on fit tarir le séton , et très peu de temps après , le mal revint avec son ancienne intensité ; cet enfant étant alors soigné par un autre médecin, et habitant une ville assez éloignée, de mon domicile, je l'ai complètement perdu de vue.
18° Traitement de quelques symptômes.. Nous ne pouvons abandonner ce que nous avons à dire sur le traitement général des dermatoses chez les scrofuleux, sans parler des, soins à donner pour quelques uns des principaux symptômes que l'.on.y observe fréquemment. Parmi les plus incommodes il faut compter. les démangeaisons. Dans les dartres humides, ce symptôme est. généralement bien moins incommode que dans celles qui ne sont, point accompagnées de suppuration. Comme elles se font surtout- sentir lorsque les malades sont au lit, il en résulte souvent des insomnies prolongées; il devient parfois nécessaire alors de prescrire des narcotiques ; en outre , les enfants se grattent alors souvent avec une telle force, que leur mal en est considérablement augmenté; le meilleur moyen pour les calmer est de leur donner une à^deux cuillerées à café de sirop diacode. Quant aux adultes jeteur* fais prendre , avant le coucher, une pilule de 3 à 5 centigrammes.jd'extrait gommeux d'opium, ou du sirop de codéine à la dose.de 10 à 15 grammes; parfois la teinture de stramonium ou des pilules de camphre et d'extrait de laitue , 10 centigrammes de chaque , m'ont paru utiles. Nous parlerons plus loin du traitement local des démangeaisons. Un second symptôme assez incammode est un état inflammatoire assez prononcé dans les parties atteintes de dartres. La rougeur alors est plus intense, la tension. plus prononcée, la démangeaison assez vive, le pouls tendu. et accéléré. Cet ensemble de symptômes se rencontre , il est vrai , bien plus rarement chez les scrofuleux que chez ceux qui ne le sont. pas.; cependant nous avons été plusieurs fois forcé de pratiquer des. saignées générales à des malades qui, malgré la cause scrofuleuse ,de leurs dartres, présentaient des signes d'un travail phlegmasique assez prononcé ;. le plus souvent, du reste,. une application de ventouses scarifiées sur les portions de la peau fortement irritées , est suffisante et même préférable.
19» L'hygiène des scrofuleux atteints,, de .dartres ne diffère pas beaucoupudes ^éceptes généraux donnés..pour. lesscrofules en. géne-
ral, le régime doit être nourrissant et doux, il faut surtout éviter les aliments épicés , les viandes salées , le fromage , les spiritueux , etc. Le thé de violette tricolore alterné avec le café de glands fera partie du régime. Il est avant tout essentiel de surveiller les fonctions de la peau. Ces malades ne doivent pas être trop chaudement vêtus , Ils ne doivent surtout pas porter de laine sur les parties atteintes de dartres. Des lotions d'eau froide pratiquées chaque jour sur toutes les parties du corps , sont, sans contredit , le meilleur moyen de régulariser les fonctions de la peau.
B. Traitement local.
Si le traitement général, 'dans les dermatoses chroniques de cause spécifique , telles que les scrofules et la syphilis , doit toujours être réglé , avant tout, avec le plus grand soin , il n'est pas moins vrai qu'on obtient rarement une guérison complète sans un traitement local convenable. En général, la sage appréciation de la valeur relative des moyens locaux et généraux , est un des attributs les plus essentiels du bon praticien.
Le nombre des moyens proposés pour le traitement local des dartres , aussi bien pour les dartres scrofuleuses que pour celles qui tiennent à une autre cause, est tellement considérable, qu'au lieu d'en tirer des préceptes utiles Oh n'y trouverait que trouble et confusion , si on les passait en revue tels qu'ils sont indiqués dans la plupart des traités de thérapeutique. Il n'est cependant pas difficile de porter de l'ordre dans ce chaos. On n'a qu'à classer les moyens d'après les indications qu'ils doivent remplir, et d'après leur mode d'agir 5 lorsqu'on compare ensuite entre eux ceux qui se trouvent dans la même catégorie, on peut tantôt les ranger selon leur plus ou moins grande activité , tantôt selon les nuances particulières de leurs effets ; il sera aisé alors d'y reconnaître , comme dans une collection bien rangée , à la fois l'ensemble et les détails des ressources thérapeutiques. L'étude pathologique des dermatoses montre , par exemple , les symptômes inflammatoires tantôt bien prononcés , et réclamant les antiphlogistiques ; tantôt plus modérés , demandant un traitement plus doux , soit émollient', soit réfrigérant. Lorsque ces affections ont duré pendant un certain temps , il faut avoir recours à des moyens modificateurs spéciaux de lapeau malade. Enjetantun coup d œil sur ces remèdes altérants , on trouve que les uns sont tirés de la classe des narcotiques, les autres , doués d'une action plutôt ex~
citante, font parfois cesser une inflammation chronique en provoquant une irritation plus aiguë. D'autres agissent comme astringents en faisant cesser une trop grande plasticité , ou des sécrétions morbides trop abondantes : il y a enfin des maux locaux de la peau qui ne sont plus susceptibles de guérison, et qu'il faut détruire par les caustiques. Les bains qui agissent sur toute la surface du corps . ont une action généralement plus douce que des remèdes appliqués sur ries surfaces moins étendues , ils peuvent cependant être classés aussi d'après leur mode d'agir et leur composition.
C'est d'après ces principes de classification que nous passerons successivement en revue les remèdes locaux antiphlogistiques. émollients , réfrigérants , les altérants narcotiques , excitants , astringents, les caustiques et les bains tant végétaux que minéraux, ou même animalisés par l'addition delà gélatine.
1° Antiphlogistiques . Nous avons déjà parlé plus haut des indications de la saignée, nous ajouterons seulement qu'il devient parfois nécessaire d'appliquer quelques sangsues derrière les oreilles dans les éruptions du cuir chevelu et de la figure, accompagnées de beaucoup de gonflement et de rougeur, et dans lesquelles les pustules sont très rapprochées. Les ventouses scarifiées appliquées au nombre de 10 à 12 à la fois et répétées de temps en temps , conviennent surtout dans l'eczéma des membres accompagné d'épaississement de la peau , de crevasses et d'une vive démangeaison ; elles sont également salutaires dans le lichen très étendu , affection , du reste, assez rare chez les scrofuleux.
2° Les émollients ne conviennent guère qu'au début des dermatoses chroniques, lorsque les vésicules ou pustules sont entourées d'une rougeur vive, et sont le siège d'une tension douloureuse. Ils conviennent également dans les exacerbations intercurrentes , pas très rares dans ces maladies; maisnousblâmons, en thèse générale, l'abus qu'on fait de ces moyens, soit dans l'inflammation exsudative des membres et surtout l'usage habituel des cataplasmes, soit dans la teigne ; car, loin d'être utiles , ces moyens souvent ne font qu'injecter et gonfler les tissus et perpétuer la suppuration. Nous allons passer en revue les principaux émollients. On s'en sert sous forme de fomentations , de lotions et de cataplasmes ; nous parlerons des bains séparément. Quant aux fomentations , il est bon de ne pas laisser trop de liquide dans les linges imbibés du principe émollient , et de les entourer de tallètas ciré et d'une bande ou d'un mouchoir pour en concentrer l'action, et pour garantir de l'humidité le lit ou les vêtements du
malade. Les substances dont on peut se servir sont: une infusion de feuilles et de Heurs de mauve, une décoction de fleurs de verbascum. une décoction de racine de guimauve, une décoction de graines de lin , le lavage avec une émulsion d'amandes , le mucilage de semences de coing. De tous ces émoll ion ts, celui que nous préférons c'est la décoction de guimauves seule ou avec addition de têtes de pavots. L'émulsion d'amandes amères et le mucilage de coing, sont surtout commodes pour la figure. M. Berends (de Berlin) , recommande dans son traité de pathologie , un émollient assez curieux , c'est le mucus des colimaçons; il conseille défaire ramper ces animaux sur les endroits affectés de dartres. Nous serions curieux de savoir s'il a rencontré beaucoup de personnes qui aient trouvé ce remède de leur goût. Les corps gras sont également de fort bons émollients, utiles en même temps contre les démangeaisons : on a recommandé pour cet usage les huiles d'amande , d'olives, de pavot, de camomille, de lin, l'huile camphrée, l'huile de Behen, etc. ; nous préférons l'huile d'amandes douces à toutes les autres ; on l'applique tout simplement avec une barbe de plume sur les endroits irrités et affectés de démangeaisons. Le lait de nourrice est un remède populaire très en usage contre les éruptions de la face. M. Cazenave recommande de faire jaillir le lait de nourrice sur la figure des enfants atteints de croûtes de lait. L'huile ou le cérat simple sont les meilleurs émollients lorsqu'il s'agit de les appliquer à l'entrée de quelque cavité , telle que les narines , le conduit auditif, la vulve. Nous ne nous servons de cataplasmes que lorsqu'il se forme un abcès phlegmoneux dans le derme ou le tissu cellulaire sous-cutané : ce qui arrive quelquefois dans la teigne, ainsi que dans d'autres éruptions chroniques. Quant aux substances employées pour faire les cataplasmes , on se sert généralement de farine de lin , de mie de pain avec du lait, de riz , de gruau d'avoine, de fleurs demélilot et de sureau , de fécule de pommes de terre délayée avec une décoction de guimauve, etc. C'est à ce dernier surtout que nous donnons la préférence. Nous nous sommes très bien trouvé récemment de son emploi dans un cas d'eczéma chronique autour du genou, dans lequel une exacerbation aiguë de l'éruption produisit un engorgement de l'articulation qui se dissipa en qi elques jours sous l'influence du repos, I d'onctions huileuses et de cataplasmes de fécule; ceux de pain et fie lait sont surtout applicables sur des surfaces très peu étendues.
3° Les réfrigérants. Les Médecins et le public ont généralement I tellement peur de se brûler à la lumière de la vérité , qu'ils préfèrent
le plus souvent des moyens compliqués et d'un succès douteux aux remèdes simples, et d'une action salutaire facile à constater. On ne trouvera pas cette assertion exagérée lorsqu'on réfléchiraque ce n'est que dans ces derniers temps qu'on a su apprécier à toute leur valeur, les ressources thérapeutiques qu'offre l'emploi judicieux de l'eau froide. C'est non seulement un fort bon moyen dans le traitementcles dartres sub-aiguës, mais même dans bien des formes de dermatoses tout à fait chroniques. Il diminue les démangeaisons , la douleur et la tension, et parfois même il contribue à la cicatrisation des nombreux petits points ulcérés dans la dermatite superficielle. Comme', en appliquant de l'eau froide , on tient surtout à l'action du froid et non à celle de l'humidité, il est essentiel de bien exprimer les linges trempés dans de l'eau très froide; il faut en continuer chaque foife l'application pendant plusieurs heures en changeant toutes les quinze à vingt minutes, et en mettant par dessus le linge mouillé un linge sec ou du taffetas ciré. J'ai observé dans plusieurs cas de dartres tout à fait rebelles , d'heureux effets de cet emploi longtemps prolongé de l'eau froide. Lorsque les dartres sont accompagnées d'une sécrétion séro-purulente abondante, on ajoutera à l'eau froide, dont on imbibe les compresses , ~ ou | d'eau de Goulard , ou une à deux cuillerées à café de sous-acétate de plomb liquide par demi-litre d'eau ; mais comme ce moyen a une action locale parfois passablement active, il est bon de ne l'employer que lorsqu'il}' a réellement opportunité de guérir promptement cette manifestation locale des scrofules.
4° Altérants narcotiques . De tous temps on a cherché des modificateurs spéciaux pour le traitement des dermatoses chroniques à cause de l'insuffisance fréquente des méthodes rationnelles. On a recommandé dans le traitement des dartres plusieurs narcotiques, pris dans la famille des solanées : ce sont le tabac, la morelle. la doùce-amère, la belladone, la jusquiame, etc. Ne pouvant pas partager la bonne opinion qu'ont sur l'action salutaire de ces plantes beaucoup de praticiens célèbres, je me bornerai à en indiquer le mode d'emploi.
A. Le tabac, surtout vanté par Wendt, P. Frank, etc., est employé en fomentations ou en lotions; on infuse 30 à 60 grammes de l'herbe sèche dans 1000 grammes d'eau ; quelques auteursy ont ajouté des alcalins, d'autres du sublimé; mais alors l'action locale du tabac n'est plus simple ni susceptible d'être bien observée. Voici la formule du cérat de tabac très vanté par P. Frank dans le traitement delà
THÉRAPEUTIQUE. '2k\ teigne, contre laquelle aussi l'infusion a été principalement recommandée :
Suc de tabac ) 90 grammes.
Cérat jaune i de chaque.
Résine de pin 45 grammes.
Térébenthine. , 30 —
Huile de myrrhe q. s. pour faire du cérat.
Ce mélange, que l'auteur désigne sous le nom de ceraium tabaccinwn, s'applique principalement sous forme d'emplâtre.
B. La morelle noire [solarium ni grum) compte aussi de nombreux partisans; on l'emploie sous forme de cataplasmes ou d'onctions faites avec le suc frais. Plusieurs auteurs, et entre autres Chélius , |le recommandent dans le traitement des dartres ulcéreuses de la figure, idansla forme serpigineuse du lupus.
C. La belladone a été prescrite en infusion, 1 partie sur 32 d'eau, en cataplasme ou sous forme de suc frais ; son extrait a été ajouté à diverses pommades. Cette dernière forme est parfois utile contre les démangeaisons. X
D. La clouce-amère s'emploie essentiellement comme plante fraîche appliquée en substance ou comme suc frais ; quant à ses tiges desséchées telles qu'on les trouve dans presque toutes les pharmacies , elles ont à peu près autant de vertus que le bois à brûler. Nous passons sous silence les autres narcotiques, vu que leur action est à peu près nulle dans le traitement des dartres.
5° Altérants d'une action excitante. Parmi les altérants excitants, mous trouvons toutes les gradations entre une action très douce, comme celle des carbonates alcalins, jusqu'à une action presque caustique comme celle du deuto-iodure de mercure. Il y en a plusieurs aussi qui font le passage aux astringents, et même pour plusieurs de ces moyens, nous serions assez embarrassé de savoir s'il faut les classer parmi les excitants, les astringents ou les caustiques, car le même agent peut produire tous ces divers effets, selon la dose plus ou moins forte que l'on met en usage. Nous allons passer successivement en revue les principaux altérants de cette classe.
A. Les carbonates alcalins conviennent surtout dans les affections sub-aiguës accompagnées d'une grande irritabilité de la peau ; on les prescrit en lotions en dissolvant 4 à 8 grammes de carbonate de soude ou de potasse dans 500 grammes d'eau; on peut aussi employer ces mêmes moyens, ainsi que le c arbonate de chaux, sous forme de pou-
2/l2 MALADIES DE LA PEAU CHEZ LES SCROFULEUX.
dre, en en saupoudrant les dartres. M. Rademacher dit avoir guéri des dartres opiniâtres de la figure, en les saupoudrant de magnésie. Les Anglais emploient souvent dans le traitement des maladies de la peau le Uniment de chaux composé de parties égales d'eau de chaux • et d'huile d'olives.
B. Le muriate de chaux ou le chlorure de protoxide de calcium s'emploie en lotion à la dose de 4 grammes sur 250 grammes d'eau, . ou comme liniment, en mêlant une partie de chlorure de chaux liquide avec deux parties d'huile d'olives, ou sous forme de pommade, à la 3 dose de 6 à 8 grammes sur 30 grammes d'axonge.
C. Le chlorure de protoxide de sodium, la liqueur de Labarraque, a été recommandé aussi contre les dartres 5 on en mêle une partie avec 8 à 16 d'eau. Disons de. suite que nous n'avons guère constaté une action salutaire de ces divers alcalins .
D. Le sulfure de potassium, par contre, est d'une utilité incontestable aussi bien dans les dartres d'origine scrofuleuse que dans celles: qui tiennent à une autre cause. Il a une action bien plus énergique 1 sur la peau que les alcalins carbonatés; il convient surtout dans la: dermatite chronique suppurative ainsi que dans quelques formes • d'affections squameuses. Nous l'employons bien plus généralement sous forme de bains que comme application locale. Cette substance ( est cependant fort utile en lotions dans les affections qui ont leur siège à la figure ou au cuir chevelu. Nous faisons dissoudre 1 partie dans: 32 d'eau. C'est au sulfure de potassium que les lotions sulfuro-al câlines de Biett doivent leur action salutaire. Il en est de même des lotions de Barlow qui ont acquis une grande célébrité dans le traitement de la teigne ; en voici la formule :
Sulfure de potassium 12 grammes.
Savon d'Espagne 4 —
Eau de chaux 250 —
Esprit-de-vin rectifié 8 —
On lave trois fois par jour avec ce mélange toutes les portions malades du cuir chevelu.
E. Le soufre sublimé ou précipité en pommade à la dose de 1 à 2 parties sur 8 d'axonge ne m'a jamais paru d'une utilité bien reconnue dans les dartres scrofuleuses. Je me suis plusieurs fois assez bien trouvé dans les dartres rebelles de la figure d'emplo}- er le soufre précipité en lavage. J'en fais mêler 8 grammes avec 200 grammes
(U itZ^L >UUc XiL- *éJ ^ yu--
THÉRAPEUTIQUE. 2l['S
d'eau; après avoir secoué ce liquide, on l'applique en lavage sur la li<mre, et comme le lait de soufre ne se dissout pas dans l'eau, toutes ses paillettes restent à la surface de la figure en contact avec les parties malades. On fait ce lavage le soir, et on enlève le reste le lendemain matin avec de l'eau savonneuse ; c'est une manière de saupoudrer la figure de soufre finement divisé ; en général , ce mode d'emploi des substances minérales actives sous forme pulvérulente mérite d'être bien plus généralement employé dans le traitement des dartres et des ulcères. C'est à ce mode d'action que les lotions de Hufeland doivent leur action salutaire dans le traitement de Y arme rosacea ; elles sont composées de soufre précipité et de camphre mêlés avec de l'eau.
F. L'iodure de soufre, surtout recommandé par Biett dans le traitement de la teigne ainsi que dans celui de l'impétigo et de l'eczéma opiniâtre de la figure, mérite les éloges que lui donne ce grand praticien. J'ai pu constater plusieurs fois son utilité réelle, quoique dans d'autres circonstances, en apparence semblables, il m'ait paru complètement manquer d'action. Rien de plus bizarre, en effet, que la susceptibilité individuelle , l'idiosyncrasie , pour ainsi dire de la » peau, chez les diverses personnes.
G. L'iodure de potassium ne m'a paru doué d'aucune action spéciale sur les dartres, et, à priori, j'en aurais pensé autant du bromure; cependant un auteur allemand, qui a beaucoup étudié l'action médi-
. cale du brome, M. Prieger de Kreuznach, recommande le bromure de potassium sous forme de pommade à la dose de 4 grammes sur 30 d'axonge, comme topique utile contre la teigne et d'autres formes de dartres : on fait matin et soir des frictions sur une surface assez restreinte qui ne dépasse pas l'étendue d'une pièce de 5 francs.
H. Les pommades de graphite et d'oxide de manganèse ( 1 partie sur 4 à 8 d'axonge) n'ont pas encore été suffisamment expérimentées pour qu'on puisse porter sur leur valeur un jugement définitif.
J. Les sels de mercure constituent à notre avis, sans contredit, de beaucoup les meilleurs altérants locaux pour les maladies chroniques de la peau, et on trouve parmi eux toutes les actions intermédiaires depuis la plus douce jusqu'à la plus énergique. La thérapeutique n'a pas toujours tiré de ces remèdes tout le parti qu'elle pouvait en obtenir. Les charlatans ont mieux su les utiliser, et il est certain que la plupart des pommades vantées contre les dartres par ces empiriques, ont pour base et pour parties actives des sels de mercure et surtout le nitrate. L'action salutaire des pommades mercurielles
244 MALADIES DJ2 LA PEAU CHiiZ LEà SCBOFULEUX,
est bien loin de se borner uniquement aux dartres syphilitiques : mais il faut toujours se mettre en garde contre la salivation , lorsqu'on en fait usage pendant un temps prolongé et sur des surfaces étendues.
a. L'onguent napolitain est trop peu employé dans le traitement des maladies chroniques de la peau; je l'ai mis en usage soit seul , soit mêlé avec la racine d'hellébore dans les cas d'épaississement de la peau avec croûtes, crevasses, etc., dans l'eczéma et le lichen des membres. Lorsque les démangeaisons étaient très vives, j'y ai ajouté soit de l'extrait de belladone, soit du camphre (1 sur 8).
b. Le 'protochlorure ammoniacal de mercure (le précipité blanc) est surtout très usité en Allemagne ; c'est une préparation mercurielle à la fois douce et active, qui convient surtout. dans les formes de dermatite exsudative pas trop invétérées : sa dose ordinaire est de 2 à 4 grammes pour 30 d'axonge. Biett.l'emploie surtout sous la forme suivante:
Protochlorure ammoniacal de mercure. 2 grammes.
Camphre S0 centigrammes.
Cérat blanc 30 grammes.
M. Rademacher, un vieux praticien allemand très expérimenté, quoique tout à fait empirique, raconte qu'il a vu du temps des guerres de l'Empire un chirurgien de l'armée française guérir en Hollande, où son corps d'armée se trouvait à cette époque , des dartres très rebelles avec la pommade suivante :
Précipité blanc 4 grammes.
Carbonate de plomb } 4 5 grammes
Axonge j de chaque.
La dose du carbonate de plomb nous paraît un peu forte dans cette composition-, et devrait être modifiée si on en faisait usage.
c. L'oxids rouge de mercure, le précipité rouge, ne nous a donné de bons résultats que dans les ulcères dartreux, surtout dans le lupus serpigineux de date récente, mais il faut l'employer à dose un peu forte. On sait que dans les pommades ophthalmiques on n'emploie guère qu'une partie sur 30 d'axonge ou de cérat : dans le lupus, il faut au moins 1 gramme sur 16, et aller jusqu'à 4 grammes sur 30 d'axonge.
d. Le protochlorure de mercure est un altérant résolutif qui nous
a surtout réussi dans les affections papuleuses et tubéreuses de la peau ; nous l'avons bien moins employé dans la dermatite exsudative ; nous le prescrivons à la dose de 2 à 4 grammes sur 30 grammes d'axonge seul ou avec 1 à 2 grammes de camphre, lorsqu'il y a de vives démangeaisons, ce qui est surtout le cas dans le lichen. Les médecins anglais emploient aussi le calomel suspendu dans de l'eau de chaux.
e. Le deuiochlorure de mercure, le sublimé corrosif ', m'a aussi paru utile dans les affections papuleuses accompagnées d'une vive démangeaison, dans le prurigo et le lichen. Quelques auteurs le regardent comme très utile dans l'eczéma du cuir chevelu. On s'en est servi en frictions (1 sur 30) ; mais la forme sous laquelle j'en fais habituellement usage, est une solution de 1 décigramme sur 30 grammes d'eau; le sublimé doit être préalablement dissous dans un peu d'alcool.
f. Le nitrate de mercure est parmi les sels mercuriels celui qui est doué de l'action la plus énergique contre quelques formes de dartres; son usage convient surtout dans les cas d'eczéma chronique rebelle, dans le psoriasis, dans l'impétigo ulcéreux, etc. Tout le monde connaît l'action énergique de l'onguent citrin dans le traitement de la gale. On peut s'en servir, ou pur ou avec partie égale d'axonge, pour faire matin et soir des frictions sur les parties affectées de dartres. On peut aussi incorporer directement 1 à 2 gram. de protonitrate de mercure dans 30 gram. d'axonge. Dans un cas très rebelle d'eczéma chronique des jambes, je me suis bien trouvé du mode d'emploi suivant : Je faisais mêler la valeur d'une cuillerée à café de proto-nitrate acide liquide de mercure avec 500 gram. environ d'une infusion de fleurs de sureau ; des compresses imbibées de ce mélange furent appliquées autour des jambes , et recouvertes extérieurement de taffetas ciré et maintenues en place par une bande roulée; ces compresses, laissées à demeure , ne furent renouvelées que 2 à 3 fois par vingt-quatre heures.
g. L'iodure de mercure , soit le proto-iodure , soit le deuto-iodure , l'un à 1 gram., l'autre à 60 centigram. pour 30 gram. de pommade, sont de bien puissants résolutifs qui, d'après Biett, conviennent dans le traitement de diverses formes de dartres très invétérées avec atonie de la peau. La vive irritation que provoque le deuto-iodure peut parfois agir en substituant une inflammation aiguë à une inflammation chronique. Un chirurgien distingué d'Allemagne , M. Blasius (de Halle) , recommande un mélange de 15 gram .
2(l6 MALADIES DE LA PEAU CHEZ LES SCROFULEUX.
(l'onguent napolitain avec 1 gram. d'iodure de potassium dans les cas d'eczéma invétéré, et dans le traitement du lupus serpigineux; cette pommade peut également être regardée comme composée d'io dure de mercure.
Les altérants plus ou moins excitants tirés du règne végétal sont bien moins nombreux , et il n'y en a parmi eux qu'un petit nombre de réellement actifs ; en voici les principaux :
A. Le goudron , beaucoup employé dans le traitement des dermatoses squameuses , le psoriasis , la Iepra vulgaris , etc. , a bien moins d'action sur la dermatite exsudative. On met une partie de goudron avec 3 à 4 d'axonge; mais comme cette pommade est très salissante, et par cela même d'un emploi désagréable, il vaut mieux employer l'huile empyreumatique de goudron, le pyrélaïne de goudron à la dose d'une partie sur 6 à 8 de cérat ; l'action de la suie employée dans les mêmes proportions que le goudron a une action très analogue.
B. Les huiles essentielles dissoutes dans de l'alcool, huiles pour la plupart tirées de la famille des labiées , ont été recommandées comme utiles par quelques praticiens. Le camphre qui se rapproche par sa nature et ses propriétés physiques des huiles volatiles dont nous venons de faire mention, n'a pas d'action spéciale sur les dartres ; mais c'est, comme nous l'avons déjà vu, un bon adjuvant pour calmer l'irritation et surtout la démangeaison. Nous ne savons pas jusqu'à quel point plusieurs plantes préconisées dans le traitement des maladies chroniques de la peau, telles que la rue , lapédiculaire, le capsicum et diverses espèces de poivre, méritent d'être prises en considération.
C. La racine d hellébore (veratrum album) est un des excitants les plus énergiques parmi les altérants végétaux; on l'emploie à la dose de 4 gram. sur 20 à 30 gram. d'axonge ; c'est un des bons moyens dans le traitement de la teigne invétérée.
6° Altérants astringents. Ces remèdes d'un emploi externe très général dans le traitement de toutes les affections qui s'accompagnent d'une forte exsudation purulente , sont avec raison très employés dans le traitement des dartres scrofuleuses , et se montrent surtout utiles dans l'eczéma et l'impétigo. Nous allons jeter un coup d'ceil sur les principaux d'entre eux.
A. Le borax , le sous-borate de soude , est d'une action astringente très peu irritante; on l'a surtout mis en usage dans les éruptions chroniques de la figure. Pittschaft, Callisen et d'autres, le
prescrivent en pommade (1 sur 8) , mais son application la plus fréquente est en solution à la dose de 1 à 2 grammes sur 100 grammes d'eau distillée; nous y ajoutons quelquefois 10 à 15 grammes de mucilage de semences de coing. C'est en même temps un bon cosmétique.
B. Le sulfate d'alumine , un des meilleurs astringents que nous possédions, a été peu employé dans ces affections. Il mérite cependant d'être soumis à l'expérimentation.
C. Les sels de plomb doivent être comptés parmi les astringents les moins irritants et en même temps les plus actifs. Ainsi que le borax , ils peuvent être employés lors même que des signes phlegmatiques persistent encore dans les dartres. L'eau de Goulard, l'onguent préparé avec l'acétate de plomb liquide (1 sur 8 à 4 d'axonge) , le carbonate de plomb en poudre ou en pommade sont les formes les plus usitées.
D. Les sels de zinc , surtout l'oxyde de zinc , ont une très bonne action siccative dans les cas où une dermatite chronique produit de nombreuses petites ulcérations qui se recouvrent de croûtes , et qui, celles-ci tombées, sécrètent toujours de nouveau des matières purulentes. Après avoir fait tomber les croûtes , on étend sur tous les points malades une pommade composée de 4 grammes d'oxyde de zinc sur 30 à 40 gram. de cérat blanc, et on répète ce pansement 2 ou 3 fois par jour. Quoique, même dans les circonstances indiquées j'aie vu échouer cette pommade, j'en ai cependant obtenu d'assez nombreux succès pour pouvoir la recommander aux praticiens. La solution de sulfate de zinc à la dose de 15 à 20 centigram. par 30 gram. de liquide est moins généralement employée. Rademacher recommande l'acétate de zinc. Bredow préconise l'usage d'iodure de zinc dont les doses sont à peu à près les mêmes que celles de l'oxyde.
E. Les sels de cuivre ont été employés avec succès dans le traitement des affections du cuir chevelu : le sulfate de cuivre s'applique en solution à la dose de 4 gram. sur 120 à 180 d'eau. Guthrie recommande une pommade composée de 1 gram. d'acétate de cuivre sur 30 gram. d'axonge. Heineken, praticien à Brème , vante l'utilité de la liqueur de cuivre ammoniacal de Kœchlin.
F. Le nitrate d'argent en solution, en substance ou en pommade, n est bon que comme caustique pour amener la cicatrisation des ulcérations dartreuses superficielles. La pommade faible, 1 gram. sur 32, ainsi que la solution faible à la dose de 10 centigram. sur
30 grain, d'eau, ont été préconisés comme modificateurs altérantsmais cette action est loin d'être confirmée par l'expérience.
G. Les acides fortement étendus , une partie sur 16 à 32 d'eau, ont une action à la fois excitante et légèrement astringente; mais leur usage peut toujours être remplacé par des moyens d'une action plus sûre. Parmi les moyens de ce genre qu'on ne doit cependant pas négliger, nous comptons l'onguent oxygéné composé d'unepartie d'acide nitrique sur huit parties d'axonge. L'acide acétique employé déjà comme moyen populaire sous forme de lotions vinaigrées, pourra trouver par la suite une plus large application dans le traitementdes dermatoses chroniques. Il est certain que c'est le moyen par excellence pour dissoudre les feuillets épidermiques, et les globules du pus dont il ne reste en ce cas comme résidu que leurs très petits noyaux. Cette action dissolvante des principaux éléments que l'on rencontre dans les produits d'exsudation des dermatoses chroniques, mérite d'être utilisée par la thérapeutique. Alibertr a fait un emploi bien ingénieux des acides minéraux fortement étendus dans le traitement des dartres. Ayant observé les bons effets que la poussée des bains produisait souvent dans les affections cutanées les plus rebelles , il a cherché à remplacer cette éruption par une poussée artificielle pour les personnes qui ne pouvaient pas aller au loin suivre un traitement par les eaux minérales naturelles ; cette poussée est provoquée au moyen de lotions répétées faites avec des acides étendus d'eau. Nous avons vu la teinture de cantharides étendue d'eau produire un effet semblable.
H. Le tannin recommandé principalement , si je ne me trompe , par M. Cazenave , nous paraît parmi les astringents végétaux le plus rationnel; on l'emploie en pommade à la dose de 1 sur 30; pour notre compte nous ne l'avons pas employé sous cette forme jusqu'à présent.
7° Les altérants destructeurs , les caustiques trouvent essentiellement leur emploi dans le traitement des hypertrophies locales et circonscrites, ulcérées ou non qui, ayant duré depuis longtemps, ont résisté à tous les autres moyens. Nous reviendrons avec détail sur leur mode d'emploi , quand nous parlerons du traitement du lupus ; nous allons seulement les passer en revue ici, en mettant sous les yeux du lecteur une classification qui, d'un seul coup d'œil , fera ressortir quelques uns des principaux caractères de leur composition et de leur nature intime.
Voici ce tableau synoptique de leur classification.
[. Acides concentrés.
A. Acides minéraux.
\° Acide sulfurique pur ou solidifié.
go — nitrique.
30 — chlorhydrique.
B. Acides végétaux.
1° Acide acétique.
50 — pyrolignique.