‹ Traité pratique des maladies scrofuleuses et tuberculeusesChapitre 56 sur 98 · III. Parasites de la peau · texte numérisé non relu

III. Parasites de la peau

1er ordre. Parasites de nature animale. C'est ici qu'il faut placer la gale dans laquelle les vésicules et autres formes d'altération de la peau sont produites par la présence d'un petit animal , le sarcopte , l'acarus de la gale qui , déjà connu des anciens , n'a été bien étudié que de nos jours. Quant au petit animal acaro'ïde de la tribu des tardigrades que M. G. Simon a trouvé dans les pustules de l'acné sebacea, et qui a surtout pour siège de prédilection l'enveloppe du bulbe des cheveux , nous n'oserions pas encore décider si sa présence produit réellement une altération morbide , ou si, analogue aux poux de la tête , il habite plutôt la gaîne des cheveux comme simple parasite sans exciter autour de lui des troubles de circulation , de sécrétion et de nutrition.

2e ordre. Parasites de nature végétale. Depuis que l'attention des naturalistes et des médecins a été dirigée sur la possibilité du développement et de la germination de sporules végétales à la surface de la peau des animaux vivants , on a constaté l'existence de ces productions cryptogamiques comme constante dans plusieurs affections de la peau et des membranes muqueuses ; mais de toutes

les maladies colle dans laquelle leur existence est la plus importante, comme cause essentielle de l'affection morbide, c'est la véritable teigne faveuse. Dans celle-ci les petits corps que l'on a décrits comme des croûtes du favus , sont entièrement composés de réceptaoles végétaux qui renferment des fils et des sporules 5 leur présence sur le cuir chevelu provoque souvent des éruptions secondaires qui débutent par des pustules plus ou moins enchâssées dans le derme , et se terminent par la formation de croûtes plus ou moins épaisses. On a bien souvent confondu ces éruptions secondaires et consécutives avec la maladie primitive qui avait donné lieu à leur développement. Nous montrerons bientôt qu'avec quelque soin on parvient ordinairement à distinguer la vraie teigne de la fausse teigne , dans laquelle les vésicules sont l'élément primitif et essentiel , tandis que dans la première ce sont les petits champignons du favus.

Nous terminons ici cette esquisse générale très abrégée de notre classification des dermatoses, dans laquelle nous n'avons du reste nullement la prétention d'être complet. Nous espérons cependant avoir démontré que l'application des lois générales de la physiologie pathologique fait bien mieux comprendre la nature intime de ces maladies que les classifications empiriques tirées simplement de leur aspect extérieur.

Nous arrivons à présent à l'anatomie et à la pathologie des affections de la peau chez les scrofuleux; on les comprendra bien plus aisément après les généralités que nous venons d'exposer. Nous nous dispenserons , du reste, de décrire dans tous leurs détails des maladies déjà fort bien analysées dans les nombreux ouvrages spéciaux sur les maladies de la peau , parmi lesquels les plus importants , sans contredit, sont ceux de Willan , Bateman, Biett, Cazenave, Alibert, Fuchs, etc. , et celui que nous estimons le plus, l'ouvrage de M. Rayer (1). Nous nous bornerons ici à indiquer seulement les points les plus importants pour l'objet de notre travail.

S Anatomie et pathologie des maladies de la peau chez les scrofuleux.

Nous avons déjà dit plus haut que les maladies de la peau chez les scrofuleux n'offraient rien de tout à fait spécifique. Elles ont cela de commun avec la syphilis , qui peut aussi se montrer à la peau sous bien des formes diverses ; la rougeur cuivrée , regardée comme seul

(4) Traité pratique des maladies de la peau , Paris , 4 835 , 3 vol. in-8*. fi8-

signe caractéristique , y manque certainement aussi souvent qu'elle existe. Nous avons recueilli de nombreuses observations sur les maladies cutanées de l'enfance, et nous n'avons guère désigné dans nos notes comme affections scrofuleuses de la peau que celles dans lesquelles il y avait en même temps d'autres manifestations de ce vice constitutionnel, telles que des caries osseuses, des engorgements des articulations , des maux d'yeux , etc. Nous verrons plus tard, dans nos analyses numériques, que ces complications n'ont pas été notées chez tous ; mais alors il y avait eu antérieurement les mêmes affections scrofuleuses diverses qui, chez les autres, existaient encore au moment où la dermatose était le plus prononcée.

Nous ne pouvons pas passer sous silence ici l'opinion d'un auteur allemand, M. Fuchs , qui, dans un ouvrage très détaillé et très répandu sur les maladies delà peau (1). établit que les maladies de la peau des scrofuleux ont des caractères spécifiques et forment une famille à part, qu'il désigne sous le nom de scrofuhses. Nous ne pouvons pas partager cette manière de voir. Jetons un coup d'œil sur les preuves qu'il donne, et examinons-en la valeur.

L'auteur place le siège de cette affection dans le chyle et dans le sang ; il admet de plus l'existence d'une matière scrofuleuse de nature acide qui , jetée dans le torrent de la circulation, en est ensuite excrétée, et forme ainsi les localisations des scrofules. Les maladies scrofuleuses de la peau offrent d'après lui une rougeur particulière d'un bleu rosé, et une tendance à l'empâtement œdémateux; les pustules, que M. Fuchs désigne sous le nom de fruits exanthématiques , offrent d'après lui un halon d'un rose livide ; leurs croûtes présentent l'odeur d'urine de chat, et renferment en outre des fils végétaux que l'auteur regarde comme propres aux dermatoses scrofuleuses ; il est conduit par là à envisager les formes pustuleuses comme contagieuses.

Malheureusement les preuves qu'allègue M. Fuchs pour appuyer sa doctrine ne sont que des assertions : c'est ainsi , par exemple, qu'il passe complètement sous silence les raisons qui lui font placer le siège des scrofules dans le chyle, et qui lui font envisager le vice scrofuleux comme de nature acide. Or, des assertions pareilles, lorsqu'elles ne sont pas basées sur des expériences exactes et d'un résultat incontestable, ne sont que des hypothèses gratuites. La

(1) Die krankhaflen veranderungen der haut undihrer Anhange, Gottingue, 4 840 , 3 vol. in-8°.

teinte bleu-rosé des dermatoses scrofuleuses n'est ni constante ni spécifique. La couleur de ces affections de la peau diffère selon le siège et selon la nature de la maladie. Elle n'est pas la même au cuir chevelu, à la figure, aux membres; elle varie selon la profondeur de l'affection : une vésicule d'eczéma , par exemple, offre une base moins colorée qu'une pustule d'impétigo ; la teinte de l'ichthyose et du pityriasis est bien différente de celle du psoriasis. En un mot, la teinte n'offre rien de constant ni de caractéristique. L'empâtement œdémateux manque bien plus souvent qu'il n'existe. L'auteur parle de fruits exanthématiques. Mais qu'est-ce qu'il entend donc par là? quel rapport y a-t-il entre un soulèvement épidermique qui cache du pus, et les fruits de quelque nature qu'ils soient? Ce sont de ces analogies de l'école de philosophie naturelle , qui , à force de viser à l'esprit, manquent à la fois de justesse, de profondeur et de vérité.

Quant à l'odeur soi-disant spécifique, ressemblant à celle de l'urine des chats , nous avouons que nous nous méfions en général de la séméiologie olfactive.

Nous ne pouvons pas être non plus de l'avis de l'auteur qui regarde les fils végétaux que l'on observe dans plusieurs maladies de la peau, comme exclusivement propres aux scrofules ; car on les rencontre dans des circonstances trop diverses et chez un trop grand nombre d'animaux pour que ce faitpuisse avoir la valeur séméiologique qu'il lui accorde. Est-on, par exemple, en droit de regarder comme scrofuleuses les salamandres qui portent à la surface de leur queue des touffes d'achlya-prolifera, ou les vers à soie atteints de la muscari dine? Le muguet, qui s'accompagne du développement de nom- ! breux fils végétaux, est-il de nature scrofuleuse ? Que penser enfin I de ces productions végétales, de ces algues que tout lé monde porte I sur la partie postérieure de la langue, productions que j'ai observées | le premier, et qui ont ensuite été décrites et figurées dans l'excellent travail de mon ami Ch. Robin sur les végétaux parasitiques

* chez l'homme et chez les animaux.

1 La contagion des formes pustuleuses des dermatoses scrofuleuses

• repose également sur une erreur d'observation, vu que l'auteur a ç confondu les champignons du favus avec des pustules, ce qui lui a il fait croire que les fils végétaux ne se formaient que dans les croûtes : M cette erreur était pourtant facile à éviter; il n'aurait pas même été I nécessaire pour cela d'armer les yeux d'une loupe ; mais il eût suffi

| de regarder avec des yeux non prévenus , et avec un esprit dégagé

1 de toute hypothèse.

Cette courte esquisse suffit pour démontrer combien peu l'opinion

de M. Fuchs repose sur une observation sévère et sur des preuves bien établies.

En général , les maladies de la peau chez les scrofuleux ont une tendance prononcée à la production du pus , à l'ulcération et à l'hypertrophie ; aussi trouvons- nous plus rarement chez eux les éruptions squameuses et papillaires que celles qui sont accompagnées d'une sécrétion séro-purulente , telles que la dermatite exsudative superficielle ou même profonde.

Avant d'aller plus loin, nous ferons remarquer que nous traiteront ici l'anatomie et la pathologie simultanément, vu que pour la peau . comme en général pour les parties qui se trouvent directement à la surface externe du corps, ces deux ordres de faits s'observent le plus souvent ensemble. Nous en ferons par conséquent autant pour les deux chapitres suivants, celui des ulcères et des abcès scrofuleux, et celui des scrofules des organes des sens, surtout des yeux.

La dermatite exsudative superficielle, l'eczéma chronique, est très fréquente pendant le temps du développement des scrofules en général , et on la rencontre surtout à la tête sous la forme de fausse teigne, et à laflgure sous la forme d'eczéma impétiginodes ; fréquemment elle a son siège autour du nez et derrière les oreilles, moins souvent aux membres inférieurs. On rencontre du reste chez les scrofuleux toutes les formes intermédiaires entre la dermatite exsudative superficielle et profonde : des pustules plus ou moins jaunes et enflammées à leur base, des croûtesjminces ou plus épaisses , une altération plus ou moins étendue de la peau ambiante, etc. ; le pus des pustules impétigineuses chez les scrofuleux ne montre que ses globules ordi* naires; de plus, beaucoup de granules moléculaires et quelques ce]£ Iules épidermiques peu développées. Les croûtes offrent toujours un mélange d'éléments de pus et d'épiderme avec prédominance du pus desséché dans l'impétigo, et celles de feuillets épidermiques dans l'eczéma, différence simplement quantitative.

Si l'inflammation exsudative superficielle ou profonde , l'eczéma chronique et l'impétigo , ont été généralement bien décrits dans les traités spéciaux, il nous reste cependant quelques remarques à faire sur ces affections lorsqu'elles ont leur siège à la tête, soit sur le cuir chevelu, soit à la figure. Il est surtout essentiel d'établir le diagnostic entre la vraie et la fausse teigne : la première, le favus, est de nature végétale, et n'a rien de commun avec les scrofules, vu qu'elle se rencontre bien plus souvent chez les individus non scrofuleux que chez ceux qui sont en proie à cette affection. La seconde, l'inflammation exsudative du cuir chevelu, est au contraire une des plus fréquentes

parmi les dermatoses que l'on observe chez les scrol'uleux ; nous avons étudié cette maladie avec d'autant plus de soin qu'elle est souvent des plus rebelles aux traitements en apparence les plus rationnels.

Chaque fois qu'un malade atteint d'une affection du cuir chevelu s'est présenté à notre observation, surtout à l'hôpital de Lavey, nous avons commencé par faire raser complètement les cheveux des portions de peau malade, après avoir détaché préalablement les croûtes au moyen de cataplasmes et de lotions émollientes. La peau du crâne ainsi bien appropriée , nous avons pu observer journellement la marche de ces maladies, et pour empêcher la coagulation des liquides nouvellement sécrétés, nous recouvrions la tête de taffetas ciré , qu'il a cependant fallu quelquefois mettre de côté, parce qu'il irritait trop la peau. En pareil cas, on pourrait se servir du moyen proposé par Bateman, lequel consiste à recouvrir la tête d'un bonnet de soie huilée.

Nous avons pu ainsi acquérir la conviction qu'au moyen de ces ^précautions, du reste salutaires en elles-mêmes pour les malades, on pouvait toujours observer le développement des formes primitives et arriver ainsi plus aisément au diagnostic.

La tête étant bien nettoyée, on observe d'abord dans la dermatite lexsudative de nombreux ulcères très petits, superficiels, ou s'étendant un peu plus profondément dans le tissu du derme 5 bientôt en outre on voit paraître de nouvelles éruptions sous forme de petites pustules tantôt enchâssées dans la peau, d'autres fois plus volumineuses et saillantes. En les piquant avec une aiguille fine, on en voit sortir une gouttelette d'un liquide séro-purulent qui, au microscope, accuse distinctement la présence des globules du pus. Bientôt la surface des pustules se flétrit et forme des croûtes qui quelquefois restent minces et jaunâtres, et qui d'autres fois deviennent épaisses , cassantes, et d'une teinte plus foncée; différence qui dépend de l'étendue en profondeur de l'inflammation. En détachant ces croûtes, on trouve au-dessous d'elles dn nouvelles petites ulcérations.

Dans la teigne faveuse, on voit immédiatement après la chute des croûtes d'origine inflammatoire et des vrais champignons faviques, un grand nombre de fossettes, de creux parfaitement lisses, qu'on dirait tapissés par une membrane fine et homogène et qui, quelle que soit du reste leur étendue, se comblent et disparaissent avec une étonnante rapidité. Lorsqu'on enlève avec une spatule des favus même volumineux, on peut se ccnvaincre qu'aucune adhérence di-

recte ne les lie aux creux du derme dans lesquels ils sont comme enclavés ; seulement, dans l'endroit où le bord renversé du favus touche la peau qui entoure le creux, quelques feuillets épidermiques et parfois des croûtes minces et écailleuses s'accolent au rebord du petit ! champignon.

Peu de temps après que la tête des individus atteints de teigne s faveuse a été nettoyée, la peau du crâne reprend un aspect lisse et l uni, et un observateur inexpérimenté pourrait alors croire à une guérison complète ; mais il ne reste pas longtemps dans cette illusion, , car au bout de très peu de jours , on voit reparaître de très petits corps ayant à peine le volume d'une tête d'épingle , légèrement «aillants, arrondis , d'un jaune terne couleur de soufre. On peut facilement les énucléer avec la pointe d'une épingle, un petit poinçon, un instrument pointu quelconque , et on voit alors en -petit les mêmes creux lisses etrougeâtres que nous venons de décrire. Déjà, à cette î époque de son développement peu avancé-, le petit champignon fa- • vique n'a aucune adhérence organique avec la peau qui le cache ?j et l'entoure, et sous la surface de laquelle il a germé avant de seJ montrer au dehors. Jamais, au contraire, on n'enlèverait intactes une véritable pustule ; on peut vider son contenu , mais sa base fait u partie intégrante de la peau.

Nous arrivons à présent à un point important et difficile de l'ob- -I servation dans ces circonstances, c'est l'apparition d'une éruption il secondaire, d'une inflammation exsudative consécutive au développe- J ment des champignons dans la peau du crâne, et il faut regarder de w près et se servir surtout de la méthode d'énucléation pour pouvoir toujours distinguer les petits champignons des pustules naissantes m qui à leur tour suivent la marche des inflammations, et se terminent i| parla formation de croûtes et de petits ulcères, comme nous l'avons <i{ indiqué dans l'inflammation exsudative primitive du derme.

Nous venons de passer en revue le premier développement de la vraie et de la fausse teigne ; nous avons vu que dans l'une, des corps • étrangers composés d'une enveloppe commune, de fils et de sporules de nature végétale , germaient à la surface de la peau , et que ces ■ corps., quelle que fût leur étendue, étaient toujours susceptibles -I d'être énucléés intacts. La comparaison des deux maladies nous a t montré de plus que dans la fausse teigne, dans l'inflammation exsudative du cuir chevelu, le mal commençait par de nombreuses pustules • faisant partie intégrante du derme, et se transformant plus tard en croûtes et en petits ulcères. 11 faut donc avoir égard aux trois points

ANATOMIE PATHOLOGIQUE. 209 suivants qui sont les plus essentiels pour le diagnostic : 1° la présence de corps d'un jaune soufre et énucléables caractérise le favus ; 2° la présence de pustules , de croûtes et d'ulcères est propre à l'inflammation exsudative ; 3° la présence simultanée des éléments des deux catégories précédentes indique que le favus primitif a excité une inflammation pustuleuse secondaire.

Mais pour être toujours sûr de reconnaître exactement à laquelle de ces affections on a affaire, il est non seulement nécessaire d'observer leur premier développement , mais il est essentiel aussi de pouvoir les reconnaître à une période plus avancée, car, lorsque les malades se présentent à l'observation, la tête n'étant pas rasée, l'aspect du mal local est bien plus compliqué.

Nous ajouterons en conséquence , pour éclairer ce point si important pour le praticien, quelques nouvelles remarques sur les éruptions du cuir chevelu ; nous puiserons une partie de ces renseignements dans le mémoire que nous avons publié dans notre Physiologie pathologique (tome II, pages 477 à 498), sur la nature et les diverses phases d'évolution de la teigne.

Dans le favus bien développé toute la tête est recouverte d'une espèce de croûtes qui ne sont autre chose que des champignons confluents et très développés , recouverts par places de feuillets minces d'épiderme; leur surface libre et sèche, d'un jaune très pâle, montre souvent une disposition d'anneaux irrégulièrement concentriques, leur forme est toujours assez arrondie, et lorsqu'il y a dans [leur voisinage de véritables croûtes produites par l'inflammation secondaire , celles-ci offrent une teinte plus foncée, un aspect plus irré- Igulier, des éléments non méconnaissables de pus et de sang coagulé, iqui se trouvent plutôt sur les bords des productions faviques que sur ileur milieu : ici encore le moyen le plus sûr pour arriver au dignostic lest de détacher un certain nombre de ces croûtes. Lorsqu'elles sont id'origine pustuleuse, leur surface inférieure est irrégulière et répond à une ulcération superficielle; lorsque la croûte, au contraire, était un champignon favique, sa face inférieure est parfaitement lisse, (convexe , solide, sa couleur est d'un jaune pâle ressemblant beaucoup à celle du soufre précipité ; le creux de la peau que l'on met |ainsi à nu est le moule exact de la face inférieure convexe du chamfpignon. Il est à remarquer en outre que tant que les favi, dont le •diamètre peut varier entre un et 15 millimètres , sont petits , de 3 à 16 millimètres de diamètre en moyenne , ils montrent une dépression len forme de godet dans leur milieu , et ce n'est que plus tard , en

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grandissant , que leur surface prend un aspect irrégulièrement annulaire : on y voit toujours distinctement le point de passage des cheveux ; mais en les enlevant on se convaincra aisément que le bulbe du cheveu se trouve bien plus profondément implanté dans la peau que l'extrémité lisse et arrondie du favus; l'intérieur de celuici est encore caractéristique par son aspect sec et grumeleux , d'un jaune très pâle.

Nous avons indiqué plus haut la composition microscopique des croûtes inflammatoires ; elle est on ne peut plus différente dans les i champignons du favus , dont la surface est composée d'une mem- • brane d'enveloppe d'un jaune de soufre , dans laquelle le microscope fait voir une substance homogène et finement ponctuée. L'intérieur, d'un blanc pâle , est poreux et formé de grumeaux entièrement composés de sporules (graines des cryptogames), et de fils simples ou ramifiés. Ces éléments ne sont pas renfermés dans des tubercules particuliers, ni delà surface, ni de l'intérieur. Dans le principe les favi sont recouverts par l'épidémie dont on détache des lamelles en les enlevant, mais desquelles on peut cependant les séparer aisément.

Les sporules qui occupent de beaucoup la plus grande partie de l'intérieur des réceptacles , ont une forme ou ronde ou plus habituellement ovale , ayant des bords très marqués et un intérieur homogène, légèrement opalisant. Les plus jeunes ont 0mm,005 de diamètre ; celles qui sont plus développées offrent sur cette même largeur une longueur de 0mm,005 à 0mm,0125. On voit beaucoup de ces sporules groupées ensemble , et de plus un certain nombre qui se sont allongées davantage , et offrent un étranglement au milieu ; d'autres qui ont une forme presque triangulaire à angles tout à fait arrondis; d'autres plus allongées encore ont également plusieurs étranglements ; quelques unes paraissent enfin composées de sporules confluentes qui ont fini par former des fils dans lesquels des parois d'intersection dénotent la séparation primitive des globules. Ces fils peuvent montrer plus tard des ramifications qui quelquefois ressemblent dans leur groupement aux fils conjugués dezygnœma; d'autres fils , ramifiés ou simples, renferment des granules fins ; outre les fils de 0mnI,005 delargeur, on en voit de très fins ayant à peine 0mm,0025. Tout autour des fils et des sporules on aperçoit une quantité notable de granules moléculaires de 0mm,001 à 0mm,002, qui ne sont probablement autre chose que des sporules très peu développées. Quelques sporules bien formées paraissent avoir une double membrane

d'enveloppe , et d'autres ont même jusqu'à un certain point dans leur intérieur l'apparence d'un noyau.

On est souvent consulté par des malades qui se présentent avec la tête couverte de croûtes , les cheveux collés ensemble , le tout présentant un aspect confus : au premier abord il paraît très difficile de se rendre compte de la véritable nature de la maladie; cependant on peut reconnaître qu'elle n'a eu pour orgine qu'une inflammation pustuleuse , lorsque les caractères sus-indiqués du favus manquent ; les croûtes alors sont d'un jaune d'ambre , ou d'un gris terreux ou noir. Rien de plus irrégulier que leur surface; très souvent la vive démangeaison que le mal en lui-même fait éprouver, et qui est due en partie aussi aux poux très nombreux dans cette affection , fait que les malades se grattent jusqu'au sang. L'absence de tous champignons faviques prouve alors que le mal n'est qu'une inflammation exsudative simple.

Leporrigo scutulata est une espèce de forme bâtarde dans laquelle les croûtes inflammatoires prédominent beaucoup ; un certain nombre d'entre elles ont à leur face inférieure des champignons faviques qui , bien moins développés que dans le porrigo favosa, présentent quelques particularités qui me les ont fait regarder dans le temps comme une espèce particulière par leur petitesse, par leur position sous-épidermique et par l'absence du godet. M. Ch. Robin, dans son excellent Mémoire sur les végétaux qui croissent sur V homme et sur les animaux vivants (Paris , 1847 ) , a adopté cette manière de voir, et il a même décrit ce petit champignon sous le nom â'Achorion Lebertii : mais j'avoue qu'aujourd'hui je ne regarde ce champignon que comme une variété de celui du favus ordinaire , n'ayant éprouvé un arrêt de développement que par suite de la grande prédominance de l'inflammation exsudative et des croûtes.

Dans la vraie teigne , aussi bien que dans la fausse , lorsqu'elle a duré pendant un certain temps , les cheveux subissent presque toujours une altération , et l'œil exercé reconnaît même souvent par le simple aspect des cheveux l'existence antérieure de la teigne. La crue des cheveux s'affaiblit, et ceux qui restent sont plus secs, plus cassants, se laissant bien plus facilement décomposer dans leurs fi- | briller ou petits cylindres longitudinaux. Les bulbes ne sont généra - | lement pas altérés; cependant ils satrophient quelquefois, et occasion- I nent ainsi la chute des cheveux; mais il est certain que ni les pustules, ni les champignons ne prennent leur origine dans ces bulbes. Nous terminons ici nos remarques sur la teigne qui , nous l'espé-

rons , auront un peu contribué à éclairer le diagnostic précis du favus et de l'inflammation suppurative du cuir chevelu. C'est moins dans un but thérapeutique qu'à un autre point de vue , que nous ayons insisté sur cette différence ; le traitement des deux affections n'est pas assez varié pour qu'une erreur puisse avoir des conséquences graves ; mais ce qui mérite notre attention , c'est que le favus est contagieux , tandis que l'inflammation pustuleuse simple ne l'est pas. Il faut par conséquent prendre pour la première des précautions tout à fait indispensables qui seraient inutiles pour la seconde : dès lors on comprendra combien il importe qu'on ne s'y trompe pas.

Il nous reste à dire deux mots sur les éruptions de la figure chez les scrofuleux.

Parmi les diverses formes de dermatoses exsudatives que l'on y observe, il y en a bien peu qui se rencontrent de préférence chez les enfants scrofuleux. Quant à l'eczéma, l'impétigo, l'eczéma impetiginode, et en général toutes ces affections que l'on désigne sous le nom de croûtes de lait, elles n'ont rien de caractéristique par rapport aux scrofules ; il m'a seulement paru qu'elles étaient plus tenaces chez les enfants à constitution détériorée. Nous pouvons par conséquent nous dispenser d'en donner ici la description ; faisons seulement observer que l'eczéma derrière les oreilles , et l'impétigo du pourtour du nez et de l'entrée des narines, sont plus fréquents chez les scrofuleux que chez les enfants qui ne le sont pas. Cette dernière affection est parfois très rebelle chez eux , et il se forme des ulcères superficiels qui se recouvrent toujours à nouveau de croûtes que les malades arrachent continuellement; mais il est à remarquer que lors même que ce travail ulcératif a duré passablement longtemps, il peut, au moyen d'un traitement convenable, disparaître sans laisser de traces. Nous faisons tomber les croûtes au moyen de l'huile, et nous faisons ensuite recouvrir les petites ulcérations d'une pommade préparée avec 4 grammes d'oxide de zinc sur 30 grammes d'axonge, que l'on applique sur les parois des narines au moyen d'un pinceau. Cette guérison ordinairement complète, et sans perte de substance, même après une longue durée du mal , prouve combien cette inflammation pustuleuse diffère du lupus.

Il nous reste quelques remarques à faire sur cette dernière affection, qui est une des plus essentielles à connaître parmi les dermatoses dont les scrofuleux peuvent être atteints. Il est hors de doute que cette maladie se rencontre de préférence chez eux , surtout lors-

qu'elle a son siège à la figure; nous avons cependant observé plusieurs cas de lupus dans lesquels un examen attentif n'a nullement fait découvrir une prédisposition scrofuleuse.

On a décrit sous le nom de lupus , nom qui en lui-même est peu significatif, des affections assez distinctes les unes des autres. Un des caractères les plus essentiels des affections qui appartiennent à cette classe, est que le mal ici reste circonscrit et strictement localisé, tandis que la plupart des autres dermatoses offrent ordinairement un caractère plus ou moins diffus et fugace ; et telle partie de la peau , qui pendant quelque temps a été le siège de l'inflammation, de la suppuration et de la formation des croûtes , peut ensuite guérir si complètement , qu'il en reste à peine des vestiges : clans le lupus , au contraire , la même portion de derme reste souvent malade pendant de longues années , et ne revient même presque jamais entièrement à son état primitif et physiologique. Cette affection si strictement localisée offre un aspect tout autre, selon la place du corps qu'elle occupe. Sous le rapport du siège, on l'observe le plus souvent à la figure, et surtout sur les ailes du nez et les joues. Nous l'avons cependant aussi rencontrée au cou et sur les membres, et même chez les femmes, nous l'avons vue plusieurs fois se développer sur les parties externes de la génération, mais toujours après la puberté. Les caractères généraux du lupus sont les suivants : une rougeur plus ou moins prononcée , ordinairement foncée et un peu livide, d'une portion circonscrite de la peau avec épaississement de la couche épidermique et hypertrophie du derme, tantôt superficielle, tantôt plus profonde , s'étendant alors vers le tissu cellulaire sous- | cutané. La couche épidermique altérée est, dans une des formes, le siège d'une desquamation pelliculeuse continuelle ; dans une autre forme, il s'y établit une ulcération superficielle qui peu à peu étend ses limites, et constitue l'ulcère qu'on adésigné sous lenom deserpigineux; parfois, des pustules ressemblant à celles de l'impétigo précè- ! dent la formation des pellicules et des ulcères. Ces derniers se recou- ! vrent volontiers d'une croûte très adhérente, brunâtre , peu épaisse, ! et moins irrégulière à sa partie supérieure que les croûtes de la der- I matite exsudative. Lorsque le derme lui-même est le siège de la ma- I ladie , on trouve au milieu d'une hypertrophie générale peu étendue, Ides tubérosité.s dures, assez rapprochées les unes des autres, et dont lia surface peut rester intacte, mais qui , le plus souvent , s'ulcèrent I assez profondément sous une croûte adhérente et noirâtre , laquelle i cache pendant quelque temps les ravages du travail ulcéreux.

D'après ce qui précède, nous admettons donc trois formes principales de lupus : 1° une inflammation chronique diffuse de la portion superficielle du derme, de quelques centimètres carrés d'étendue, présentant à sa base une rougeur plus ou moins foncée], et à sa surface des pustules et le plus souvent des ulcérations qui fournissent habituellement un pus peu épais, et se recouvrent d'une croûte adhérente ; ces ulcères sont toujours superficiels : c'est le lupus serpigineux. 2° Le mal est plus circonscrit encore , mais l'ulcération ronge en profondeur, il y a tantôt un, tantôt plusieurs ulcères; c'est cetteforme qui détruit si souvent le bord inférieur des cartilages du nez, , en laissant ordinairement les os intacts ( ceux-ci sont plus souvent , détruits par des affections syphilitiques ) ; c'est le lupus rongeant. 3° Dans la troisième forme , il n'y a guère de suppuration à la sur- ■ face, seulement une desquamation plus ou moins active de l'épi-derme ; en même temps les parties plus profondes de la peau sont lesiège d'une hypertrophie diffuse ou tubéreuse ; c'est le lupus hyper- • trophique, épidermique ou tubéreux, selon sa profondeur. Il est! essentiel de savoir que ces trois formes diverses peuvent se combiner i entre elles de toutes les façons. Le lupus est donc, dans sa nature intime, une dermatite chronique circonscrite, à forme ulcéreuse superficielle ou à forme ulcéreuse rongeante, ou à forme hyper trophique, , tantôt superficielle, tantôt plus profonde et tubéreuse. Dans cette? dernière forme, le microscope fait toujours reconnaître le développement d'une certaine quantité de tissu fibro-plastique, tandis que dans> les autres on ne trouve que les éléments normaux du derme et de? l'épiderme hypertrophiés ou mêlés avec les produits de l'inflammation, tels qu'une vascularité plus prononcée ou du pus avec ses glo-i bules intacts sur les ulcères , mais altérés et comme desséchés danssi les croûtes : celles-ci renferment en outre de l'épiderme], et parfois? les fibres du derme, ce qui rend en partie compte de leur résistanceet de leur adhérence.

Le siège du lupus n'est pas sans influence sur la forme qu'il affecte. Le lupus rongeant s'observe surtout là où les tissus sur lesquels il aa établi son siège sont minces et peu vasculaires ; c'est pour cela qu îlii détruit souvent les ailes du nez, tandis qu'il ne fait guère de ravages ? profonds lorsqu'il occupe les lèvres, les joues, la peau des membres. C'est dans ces endroits qu'on voit plutôt le lupus serpigineux ou. hypertrophique : cette dernière forme, enfin, ne se montre nulle part avec un développement aussi exubérant que sur les partiesexternes de la génération chez la femme, et ici encore c'est la struc-

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ture anatomique de ces parties qui se prête à merveille à cette hypertrophie étendue et profonde.

Les cicatrices du lupus sont également importantes à connaître. Ordinairement indélébiles , celles des formes plus superficielles ont assez de ressemblance avec les cicatrices des brûlures, comparaison du reste déjà faite parles meilleurs auteurs qui se sont occupés de l'étude de cette maladie.

Elles sont ridées , inégales et plus ou moins saillantes au-dessus du niveau de la peau ; lorsque cette saillie est considérable, qu'elle dépasse une épaisseur de 3 à . 4 millimètres, lorsqu'elles sont molles, d'une teinte rouge violacée , il faut s'en méfier, parce que la maladie peut reparaître avec intensité, lors même qu'elle a paru éteinte depuis longtemps. Rien ne donne à la figure un aspect plus hideux que les cicatrices d'un lupus serpigineux qui a successivement occupé la presque totalité du visage ; cette forme n'est malheureusement pas très rare. La peau offre alors une teinte rouge plus ou moins foncée, parsemée d'inégalités par l'alternation de cicatrices blanchâtres ridées, de lambeaux écailleux d'épiderme et d'une teinte rouge livide de quelques portions de la peau. Des pustules ou des ulcères superficiels , par places, attestent que ce mal tenace et insidieux n'a pas encore perdu tout son venin ; l'épaississement général de la peau fait que tous les traits de la figure sont difformes et ont perdu la grâce du profil linéaire ; les yeux enfoncés sont entourés de paupières épaisses, rouges et écailleuses, et ces malades offrent un aspect si repoussant qu'une d'elles, entre autres, dont nous avons recueilli l'observation, nous a affirmé que les autorités de la petite ville d'Allemagne qu'elle habitait, lui avaient défendu de sortir pendant le jour. Qui ne pense ici involontairement au malheureux lépreux de la cité d'Aoste dont le spirituel et gracieux Xavier de Maistre nous a tracé une si touchante description.

Après ces remarques sur les diverses formes des maladies chroniques de la peau que l'on observe chez les scrofuleux, il nous reste à étudier dans quelles circonstances et dans quelles combinaisons avec d'autres formes de scrofules on les rencontre. Ajoutons seulement que si les affections que nous venons de passer en revue sont celles que l'on trouve le plus fréquemment chez eux, on en rencontre cependant bien d'autres encore, telle que l'ecthyma dont on a voulu à tort établir une forme particulière sous le nom d'erfkyma cachecticum. Nous avons en outre observé, le lichen, le psoriasis, etc. En un mot, un y a point de forme d'affection cutanée que l'on ne puisse constater chez les scrofuleux.

51 fi MALADIES DE LA PEAU CHEZ LES SCROFULEUX.

Nous trouvons dans nos notes 116 cas de dermatoses observées sur des srroluleux , ce qui constitue plus du cinquième de nos 614 observations d'individus atteints de scrofules ou de tubercules glandulaires. En défalquant les 77 cas de tubercules non compliqués de scrofule, nous arrivons à la proportion de 116 à 537, ou à peu près les f- du nombre total.

Si nous comparons à présent dans ces 116 cas le nombre des scrofuleux atteints d'une complication tuberculeuse avec ceux qui en étaient exempts, nous arrivons à la proportion de 24 à 92, ou à peu près de j de sujets scrofuleux et tuberculeux à la fois, tandis que les trois autres quarts ne présentaient point de complication tuberculeuse. ,

Nous trouvons une différence assez marquée pour la fréquence de ces éruptions chroniques chez les deux sexes. Les femmes sont au nombre de 72, tandis qu'il n'y avait que 44 hommes : ainsi un bon tiers de plus chez les femmes. Voici le tableau synoptique de ces diverses proportions.

Scrofuleux. Scroful. atteints de tubercule?. Total.

Hommes. ... 33 11 44

Femmes. ... 59 13 72

Voici le relevé de nos notes sur le siège et la nature de ces éruptions dans ces 116 cas, classés d'après la terminologie ordinaire de Villan et de Bateman, modifiée par Biett :

Impétigo 42 cas.

Eczéma 23

Lupus 20

Eczéma impétiginode 41

Furoncles nombreux, eczéma et impétigo, 2 cas de

chaque ' *

Herpès, acné, ecthyma , éry thème , psoriasis, pithy-

riasis , lichen , 1 cas de chaque 8

Plusieurs affections chez le môme individu.

Herpès, eczéma, urticaria , ecthyma 4

Impétigo et ecthyma

Impétigo , lichen , psoriasis *

A reporter. . . H 4

Report 4 4 4 cas.

Eczéma , ecthyma , tumeurs kéloïdes

Diathèse érysipélateuso

Éléphantiasis et oczéma

Pemphigus, eczéma , herpès

Herpès et pithyriasis

Il y a donc, sur 116 cas , 90 cas d'inflammation exsndative superficielle ou plus profonde (eczéma, impétigo), 20 d'hypertrophie circonscrite avec ou sans ulcérations (lupus), et 6 cas seulement d'affections papillaires ou squameuses.

Sur ces 116 cas, 91 avaient leur siège à la tête, au cuir chevelu ou à la figure. Voici le tableau détaillé du siège dans ces 91 cas :

A. Cuir chevelu.

Impétigo 4 9 cas.

Eczéma 6

Eczéma impétiginodes 6

(Les cas de favus n'ont pas été analysés dans ces notes).

B. Figure.

Impétigo au nez

20 cas.

Eczéma au nez

Impétigo sur diverses parties de la figure. . .

Eczéma étendu

Ecthyma ,

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