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CHAPITRE IV

DES AFFECTIONS DES ORGANES DES SENS ET DE L'ÉTAT DES MEMBRANES MUQUEUSES CHEZ LES SCROFULEUX.

Nous traiterons surtout avec beaucoup de détails dans ce chapitre les maladies des yeux que l'on observe chez les scrofuleux ; nous passerons ensuite en revue les maladies de l'oreille, les affections de la muqueuse nasale, celles de la muqueuse de la vulve, et nous terminerons par quelques remarques sur l'état de la membrane mu queuse des organes digestifs et respiratoires chez les scrofuleux.

§ Ior. De l'ophtbaltnie des scrofuleux.

Malgré les nombreux matériaux que la science possède sur cette maladie (1), nous nous en tiendrons essentiellement ici aux résultats de notre propre expérience.

Y a-t-il ou non une ophthalmie scrofuleuse 1 Voilà une question que nous nous sommes posée et à laquelle nous croyons qu'il est impossible de répondre par l'affirmative lorsqu'on tient compte de l'ensemble des faits que nous allons présenter.

Mais avant d'aborder ce sujet, il faut que nous nous expliquions sur les caractères spécifiques des ophthalmies en général.

Pendant que nous faisions nos études médicales, l'ophthalmologie a été pour nous un sujet de prédilection parce que la disposition des parties malades permet de voir ce qui s'y passe. Mais déjà à cette époque nous reconnûmes que l'école allemande , à laquelle nous avons puisé notre instruction pour cette spécialité , exagérait singulièrement la spécificité des ophthalmies. On appelait, par exemple, ophthalmie catarrhale une simple conjonctivite; on désignait comme ophthalmie rhumatismale la simple phlegmasie de la sclérotique ou plutôt de ses tissus voisins; on prétendait voir dans l'ophthalmie syphilitique une vascularité toute particulière.

(\) Voyez entr'autres la discussion qui a eu lieu dans le sein de l'Académie de médecin» sur cette maladie (Bulletin de l'Académie de médecine, t. IX, p. 907 et suiv.).

En examinant alors attentivement les faits qui s'étaient présentés dans les cliniques , nous arrivâmes à la conclusion qu'il n'y avait point de spécificité dans toutes ces formes, et que cette prétendue spécificité était principalement constituée par les divers modes de nutrition et de distribution naturelle des vaisseaux dans les membranes de l'œil; comme, en général , l'arrangement des vaisseaux capillaires influe sur l'aspect et la nature des inflammations et des exsudations. Par rapport à l'ophthalmie scrofûleuse, nous aimerions mieux lui substituer le nom d'ophthalmie des scrofuleux. pour exprimer ainsi que, tout en reconnaissant la fréquence des maux d'yeux chez les sujets scrofuleux , nous n'y admettons cependant aucun caractère spécifique. Passons à présent en revue les diverses parties de l'œil malade chez ces individus.

Les paupières sont très souvent le siège de l'inflammation scrofûleuse, à peu près dans les f des cas. Au début, il n'y a qu'une injection plus vive, de la rougeur et du gonflement des parties glandulaires. Bientôt il s'établit une sécrétion d'abord as^ez transparente, qui devient ensuite trouble et puriforme, et qui a surtout lieu pendant la nuit; ces malades se réveillent ordinairement le matin ayant les paupières un peu collées; plus tard, les glandes de Meibomius s'engorgent et donnent à la face interne des paupières un aspect granuleux; quelquefois même elles deviennent le siège d'une hypertrophie qui ensuite , en augmentant , prend les caractères de ce que l'on a décrit comme tumeur enkystée des paupières; d'autres fois une ou plusieurs de ces glandes s'enflamment ou suppurent, et forment ce qu'on a appelé un orgelet [hordeolum). Une seule fois nous avons trouvé de la matière tuberculeuse dans une de ces glandes.

Après des rémissions plus ou moins longues , la blépharite devient chronique et habituelle. C'est alors que le bord libre des paupières s'épaissit, il s'y forme des croûtes sous lesquelles on voit de petits ulcères creux. Les cils , d'abord collés ensemble par groupes, se recourbent en dedans et irritent l'œil; plus tard, leur bulbe s'atrophie , ils tombent et ne sont qu'incomplètement remplacés par de petits poils très fins et blancs. Le bord des paupières présente alors un aspect rouge, noueux, chauve ; parfois il se développe même un ectropion.

Bientôt la conjonctive palpébrale s' hypertrophie dans une plus grande étendue ; elle prend un aspect boursouflé et charnu, et quelquefois l'ectropion devient alors beaucoup plus complet; cependant il ne faut pas confondre ce genre d'ectropion avec celui que nous

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avons observé plusieurs fois chez les scrofuleux , qui provient d'une carie ou nécrose de l'os temporal ou de l'os malaire, et dû alors à des adhérences cicatricielles. On a prétendu que plus les paupières étaient malades, moins le globe de l'œil participait à l'inflammation. Ce fait est loin d'être généralement vrai , car nous avons plusieurs fois vu des malades atteints d'ophthalmie fort grave avec abolition de la vision, qui présentaient encore, après que les yeux étaient flétris, des blépharites fort intenses. Il faut cependant convenir que chez les scrofuleux , les paupières peuvent être malades assez longtemps sans que l'œil se prenne, tandis que les paupières restent rarement saines lorsque le globe de l'œil s'enflamme.

La conjonctive oculaire est souvent malade chez les scrofuleux. Nous avons pu confirmer la disposition partielle de l'injection vasculaire de cette membrane chez ces malades. Bien des fois, en effet, nous avons vu plusieurs faisceaux vasculaires se diriger vers le bord cornéal de la conjonctive et laisser entre eux des espaces non injectés de cette membrane; souvent aussi nous avons confirmé l'observation que ces faisceaux se terminaient par une phlyetène remplie d'abord de sérosité et ensuite d'un liquide purulent. Tantôt il n'y en a qu'une, tantôt plusieurs. M. de Walther dit en avoir observé jusqu'à onze sur le même œil. Voici l'explication que nous donnons de ces phlyctènes : les vaisseaux artériels se divisent , au bord cornéal de la conjonctive, en capillaires dont les réseaux se réunissent pour former des veinules. La circulation est ralentie dans ces réseaux terminaux ; or, lorsque l'injection n'est que partielle, le reflux du sang affluant rencontre des obstacles, ce qui à son extrémité produit des épanchements , dont, la conséquence est naturellement le soulèvement de quelques lamelles conjonctivales à son bord libre. Rien pourtant ne pourrait autoriser à trouver dans cette conjonctivite partielle des caractères spécifiques pour l'ophthalmie des scrofuleux, et on s'exprime plus correctement en se bornant à dire que chez les scrofuleux la conjonctive oculaire présente souvent des inflammations partielles.

La sclérotique, ou plutôt les vaisseaux qui se trouvent à la surface interne de la sclérotique, qui elle-même est très pauvre en vaisseaux, et la cornée se prennent assez souvent dans l'ophthalmie des scrofuleux. La sclérotique montre plutôt une injection d'un rouge violacé au bord libre de la cornée ; cette membrane est trop épaisse et trop dense pour s'ulcérer et pour suppurer. Dans la kératite, par contre, la vascularité, quoique moins évidente, donne à la cornée un aspect terne et comme cendré plutôt qu'injecté. Les vaisseaux remplis par

l'afflux inflammatoire rencontrent entre les lamelles de la cornée une moins forte résistance que dans la sclérotique ; aussi voyons-nous assez souvent sur la cornée de légères érosions se former, qui bientôt passent à l'état d'ulcères superficiels autour desquels on reconnaît des vaisseaux. Ces ulcères peuvent se cicatriser, et, selon leur plus ou moins grande étendue , ils laissent ou de légers nuages , ou des facettes, ou des taches sur la cornée, quelquefois même des cicatrices difformes connues sous le nom de leucômes. En les étudiant au microscope , on y trouve une substance granuleuse opaque entre les lamelles de la cornée, et dans les cicatrices plus opaques encore une couche épithéliale de nouvelle formation. Lorsqu'un seul œil est le siège d'une tache, il se produit quelquefois une amaurose apparente; les malades, voyant plus difficilement de cet œil, s'habituent bientôt à ne fixer les objets qu'avec l'autre œil, ce qui affaiblit notablement celui sur lequel se trouve la tache. Nous avons vu M. Sichel guérir cette amaurose que l'on pourrait appeler amaurose par paresse, en faisant simplement bander l'œil sain durant un assez long espace de temps, et en forçant ainsi l'œil trouble à reprendre l'habitude de la vision. L'ulcère perfore quelquefois la cornée : il y a alors procidence de l'iris, adhérence partielle, et c'est dans ces cas que se forme souvent plus tard le staphylôme opaque qui , en se développant , tient ; les paupières écartées, produit une blépharite chronique et nécessite par cela même l'excision. Il est à remarquer que l'épanchement du ; pus entre les lamelles de la cornée ou dans la chambre antérieure (l'onyx et l'hypopyon) survient assez rarement chez les scrofu— leux.

La photophobie est souvent un des symptômes des plus tenaces ■ et des plus désagréables de l'ophthalmie scrofuleuse ; nous l'avons ■ vue persister pendant des mois entiers. En général, elle n'est point" liée à une ophthalmie profonde et grave, et lorsqu'elle n'est pas accompagnée d'une abondante suppuration des paupières, les malades montrent souvent plus tard , en ouvrant les yeux, à peine de légers nuages sur la cornée.

La photophobie paraît plutôt être une affection spasmodique que le résultat de l'inflammation. Dans notre pratique nous l'avons souvent combattue avec avantage par une forte décoction d'herbe de jusquiame (12 à ]6 gram. pour 240 gram. de liquide avec addition de 3 à 4 gram. de borate de soude) , et ce qui nous confirme dans l'opinion que la photophobie n'est qu'une affection spasmodique ■ c'est que nous avons vu M. Angelstein . chirurgien A l'hôpital &

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