CHAPITRE V
Les maladies des articulations sont une des manifestations fréquentes et , sans contredit , les plus graves de la diathèse scrofuleuse. Une arthropathie est- elle ou n'est-elle pas de nature scrofuleuse? On peut quelquefois rester dans le doute lorsqu'elle est la. seule localisation des scrofules. Mais en éliminant même de notes statistique ces cas douteux , un assez grand nombre encore offrent l'élément étiologique scrofuleux d'une manière tellement incontesJ table, que l'on peut parfaitement tracer, d'après eux, leur histoirtnjj anatomique et pathologique. Ici encore, nous sommes forcés d'ei II convenir, il n'y a aucune spécificité dans ces caractères , et s'il esaj vrai que dans les articulations , comme partout ailleurs , les inflamiij mations scrofuleuses aient une tendance pyogénique , on observai cependant chez les scrofuleux toutes les formes possibles de la mat I ladie connue sous le nom de tumeur blanche.
Nous diviserons ce chapitre en trois parties : l'anatomie , la paal thologie et la thérapeutique.
§ I" ' . Anatomie des arthropathies des scrofuleux.
Comme les anatomistes sont loin d'être d'accord sur tous lejl points de l'anatomie normale des parties qui concourent à la formai! tion des articulations, il nous paraît nécessaire de rappeler ici J grands traits les points essentiels de leur anatomie générale et chl rurgicale ; la pathologie des articulations n'est compréhensible quJI cette condition.
Les parties molles de la surface , la peau et le tissu cellulai ; sous-cutané , n'offrent guère d'importance pour les fonctions des al ticulations ; rappelons cependant que leur richesse en vaisseaux l j: rend par cela même aptes à devenir le siège d'une phlegmasie piJ'j mitive ou secondaire, ainsi que d'une hypertrophie fibro-plastiqu Les muscles , les aponévroses et les tendons ne présentent d'autrl particularités qu'une disposition à se racornir et à se rétract
ANATOMIE DES ARTH HOPATHIES. 3G9
d'autant plus marquée qu'ils se trouvent plus rapprochés de la capsule articulaire.
La capsule fibreuse et les ligaments , tissés de fibres tendineuses serrées , ne contiennent pour ainsi dire point de vaisseaux , ni à l'état normal , ni à l'état pathologique , tout au plus les voit-on parfois traversés par quelques vaisseaux rares ; ces tissus blancs ne sont donc pas susceptibles d'inflammation , car sans vascularité, point de phlegmasie possible. Ces parties blanches , au contraire , empêchent plutôt pendant quelque temps la propagation de la synovite aux parties superficielles.
La membrane synoviale joue le rôle de beaucoup le plus important dans les phlegmasies articulaires chroniques ; nous devons donc nous expliquer sur la place que nous croyons devoir assigner à ces membranes dans l'anatomie générale ; question sur laquelle notre opinion diffère de celle qui est généralement adoptée , et qui tend à les identifier aux membranes séreuses.
La membrane synoviale se compose de trois parties : d'une couche de tissu cellulaire riche en vaisseaux qui recouvre sa surface externe , d'une couche d'épithélium pavimenteux à sa surface interne, et entre les deux d'une couche fibrillaire non vasculaire qui constitue le tissu propre , pour ainsi dire , de la synoviale. Elle envoie des [prolongements entre les attaches musculaires et tendineuses du (pourtour de l'articulation , et elle s'y termine en cul-de-sac, oppoj sant ainsi un obstacle au frottement direct des parties dures , élastiques et molles.
L'existence de la membrane synoviale au-devant des vrais cartilages articulaires a été depuis longtemps un sujet de discussion enj tre les anatomistes : les uns prétendaient qu'elle se continuait intégralement au-devant des cartilages; d'autres ont émis l'opinion qu'elle passait derrière eux sur toute la surface de jonction, entre l'os et le cartilage d'encroûtement ; d'autres encore ont prétendu qu'une simple couche épithéliale se prolongeait au-devant du cartilage. Une dernière opinion enfin , la plus conforme à la vérité , d'après nous , veut que la membrane synoviale ne se continue pas sur les cartilages , et cesse tout à fait à leur niveau.
Pour m'éclairer sur ce point j'ai examiné un certain nombre d'articulations tant chez l'homme que chez plusieurs animaux , et je suis arrivé aux conclusions suivantes : 1° La membrane synoviale ne se prolonge pas derrière le cartilage d'encroûtement. 2° On ne trouve pas à la surface libre de ceux-ci de tissu cellulaire vasculaire.
3° L'épithélium que l'on voit à la surface s'y trouve accidentellement, et appartient au liquide synovial qui contient toujours des feuillets détachés d'épithélium , et qui, en baignant les surfaces du cartilage, peut y déposer quelques uns de ces feuillets. 4P On remarque quelquefois à la surface libre de ces cartilages une couche membraneuse fibroïde. Appartient-elle au cartilage ou provient- elle de la synoviale 1 C'est ce qui ne m'est pas nettement démontré. 5° Nos recherches nous conduisent donc à admettre l'interruption de la synoviale au niveau des cartilages d'encroûtement, opinion, du reste, déjà défendue avec beaucoup de sagacité par M. Richet, dans son excellent travail sur l'anatomie pathologique des tumeurs blanches. [Annales de la chirurgie française , 1844, t. XI, p. 5, 129.)
Cette disposition de la membrane synoviale est importante à con- • naître sous le rapport pathologique ; elle démontre en effet que cette surface libre , lorsqu'elle paraît recouverte par une synoviale en- flammée , ne l'est qu'en apparence, et que la synoviale de sa circonférence recouvre seulement une partie de la périphérie des cartilages sans y adhérer. Comme, d'un autre côté, le cartilage lui- même ne contient point de vaisseaux , il en résulte que la surface I du cartilage , aussi bien que son intérieur, ne sont point susceptibles^ de s'enflammer. La conséquence anatomique de cette interruptionn de la membrane synoviale est bien plus importante encore ; car ce : fait seul la différencie complètement des membranes séreuses. Maisun autre point de différence encore plus essentiel entre les deux^j ordres de membranes, c'est la diversité de la composition chi--l mique et microscopique de leur sécrétion. Le liquide exhalé par les J membranes séreuses à l'état normal est tout à fait limpide , et sâ consistance ne diffère guère de celle de l'eau ; le microscope n'yi fait découvrir aucun élément appréciable , si ce n'est parfois des granules moléculaires très fines composées probablement d'albumine. Le liquide synovial, au contraire, présente déjà au premier aspect une consistance beaucoup plus gluante, une teinte tirant légèrement sur le jaune; il est très riche en albumine dont il renferme jusqu'à 6 p. 100 , d'après Valentin ; le microscope y montre ! de plus , outre les nombreuses lamelles d'épithélium et les granules moléculaires , une quantité assez notable de gouttelettes graisseuses, j Voilà donc des différences anatomiques , chimiques et microscopiques I assez essentielles pour séparer les membranes synoviales des membranes séreuses ; il nous paraît plus rationnel d'en faire un groupe de membranes à part. Nous pourrions ajouter aux points difTérèti-
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tiels indiqués, encore d'autres points de dissemblance ; mais cela nous entraînerait trop loin dans un travail qui a bien plus en vue la pathologie que l'anatomie; ajoutons seulement que la nature spéciale des membranes synoviales pourrait déjà être admise à priori d'après la spécialité de leurs fonctions. La synovie a pour but essentiel d'empêcher le frottement que produirait sans cela la pression dans le vide des surfaces appliquées les unes contre les autres ; ces fonctions sont bien différentes de celles d'un liquide qui doit seulement faciliter le glissement respectif des deux feuillets des membranes séreuses qui ne revêtent que des parties molles. Nous verrons bientôt, en outre, que la pathologie de la membrane synoviale, et surtout son inflammation chronique , diffère essentiellement de celle des membranes séreuses. Pour n'en citer ici que deux points essentiels , nous rappellerons que , toute proportion gardée , les synoviales tendent bien moins à l'exsudation purulente abondante que les séreuses , et que le tissu sous-synovial offre une tendance prononcée à l'hypertrophie fibro-plastique , tendance qui manque complètement au tissu cellulaire sous-séreux. Une des principales analogies invoquées en faveur de l'identité de nature des membranes sVnovialéS et séreuses, est la fréquente coïncidence entre l'endocardite ou la péricardite avec le rhumatisme articulaire aigu. Mais ici nous insistons sur le mot coïncidence , car nous n'y découvrons aucune liaison de cause à effet, pas même une preuve de grande analogie de structure et de fonctions. Ne voyons-nous pas assez : fréquemment un rhumatisme articulaire aigu survenir dans le cou- ! rant d'une gonorrhé? Serait-on , pour cela, en droit d'admettre une analogie de structure et de fonction entre la membrane muqueuse de l'urètre et les membranes synoviales? C'est bien aux analogies , ces sources si communes d'erreur quand elles font oublier les différences , que peut s'appliquer ce mot de Descartes : — - Ce qui n'est que vraisemblable , est la plupart du temps faux. »
Les cartilages et les ligaments interarticulaires , les premiers destinés à amortir et à distribuer sur une plus large surface la pression des os, les seconds destinés à en limiter les mouvements, sont constitués, comme les ligaments externes et la capsule, par un tissu essentiellement fibreux , dense et non vasculaire , ce qui leur ôtela faculté de s' enflammer; aussi les principales altérations qu'elles peuvent subir ne sont-elles dues qu'au ramollissement, et en outre pour les parties fibreuses à un changement de nutrition, à la transformation fibro-plastique.
Les parties osseuses qui concourent à la formation des articulations , se composent des cartilages d'encroûtement et des extrémités osseuses. Ici il y avait pour moi surtout un point essentiel à étudier, le point de jonction entre le cartilage et l'os; je voulais voir si réellement la membrane synoviale pouvait se continuer entre les deux; mais il n'y a réellement là qu'un accolement intime et étroit entre l'os et le cartilage : il n'existe pas de trace de tissu cellulaire entre les deux ; les vaisseaux de l'os ne se continuent pas dans le cartilage : une couche de tissu osseux compacte les en sépare. Parmi les nombreux faits que je pourrais citer à l'appui de cette manière de voir, il y en a un surtout tiré de l'anatomie comparée qui m'a paru i très concluant. En faisant dernièrement quelques recherches sur le système osseux des batraciens, j'ai trouvé dans l'extrémité inférieure de l'humérus un prolongement cruciforme de substance osseuse au milieu du cartilage épiphysaire : eh bién , ici l'aspect de coupes fines examinées par transparence à l'œil nu , à la loupe et au microscope, montrait partout l'os immédiatement entouré des éléments cartilagineux , sans qu'aucun vestige du tissu cellulaire y fût interposé ; nous verrons , du reste , bientôt quelle a été la source de l'erreur de ceux qui ont pu croire, d'après quelques pièces pathologiques , que la membrane synoviale se prolongeait derrière les cartilages.
Cette courte esquisse anatomique met hors de contestation les points suivants :
1° Le tissu cellulaire péri-articulaire , le tissu sous-synovial et l'extrémité articulaire des os sont seuls susceptibles d'un travail phlegmasique.
2° Les parties ligamenteuses articulaires et interarticulaires , les ligaments externes , la capsule, les ménisques et les ligaments interarticulaires, dépourvus de vaisseaux, ne peuvent point s'enflammer, mais bien s'altérer par macération ou devenir le siège de l'hypertrophie.
3° Les cartilages d'encroûtement ne peuvent devenir le siège d'un phlegmasie, soit primitive, soit secondaire. Leurs principales altérations proviennent de la macération et de l'imbibition. Nous verrons tout à l'heure combien ces conséquences, tirées de l'anatomie normale, sont conformes aux notions fournies par l'anatomie pathologique , et à quel point toute incompatibilité pathologique reconnaît pour dernière cause une impossibilité anatomo-physiologique.
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Nous arrivons à présent à l'anatomie morbide des arthropathies chez les scrofuleux. Le nom de tumeur blanche , sous lequel on désigne la plupart des affections articulaires chroniques , est malheureusement un terme trop vague , parce qu'on y comprend des maladies très diverses, telles que les affections inflammatoires, hypertrophiques , tuberculeuses, cancéreuses des articulations.
Cette tuméfaction articulaire, en outre, est bien loin d'être blanche dans la majorité des cas , et il est rare que ces parties , affectées de phlegmasie chronique , ne montrent pas à l'extérieur un étatcongestif ou même un travail phlegmasique. En outre ces engorgements des articulations n'offrent pas plus de teinte blanche à l'intérieur qu'au dehors. Il faut donc , en général, rejeter le terme de tumeur blanche , et pour ce qui a rapport aux affections que nous allons décrire, il peut parfaitement être remplacé par celui d'arthrite chronique : peut-être en séparera-t-on par la suite l'hypertrophie non phlegmasique de plusieurs des parties qui concourent à la formation des articulations. Si cependant il nous arrivait quelquefois de nous servir du terme de tumeur blanche , ce serait pour ne pas répéter trop souvent les noms d'arthrite , de phlegmasie articulaire , etc.
On peut admettre trois espèces d'arthrites : 1° l'arthrite périarticulaire; 2° l'arthrite synoviale; 3° l'arthrite osseuse. On désigne ainsi le point de départ de la phlegmasie , point qui, lorsque le mal est un peu avancé , n'est du reste pas toujours facile à déterminer.
\° Altérations des parties superficielles.
La peau et le tissu cellulaire sous-cutané sont souvent le siège
d'abcès, d'ulcères et de fistules , qui , rarement primitifs lorsque la ■ cause de la maladie est de nature rhumatismale , peuvent cependant I se montrer comme lésion essentielle chez les scrofuleux. Les ulcères
ont quelquefois alors une assez grande étendue. 11 faut, dans ces 1 cas, distinguer deux formes : la première, pyogénique et ulcéreuse,
nous occupera surtout ici ; quant à la seconde, l'altération fibro-plasi tique, nous y reviendrons plus tard. Ces ulcères et abcès sont ordi- « nairement superficiels ; en y introduisant une sonde, on ne peut sou- \ vent les suivre que dans les parties molles. Les ulcères scrofuleux i autour des articulations offrent, du reste, les caractères de ces mêmes
ulcères dans d'autres parties : des bords décollés et violacés, un fond \ blafard, recouvert de produits d'exsudation et d'un puspeu lié. Ce- | pendant le décollement des bords y est moins prononcé que dans
î!lk MALADIES ARTICULAMES CHEZ TES SCROl'ULEUX.
d'autres parties, comme, par exemple, au cou, ce qui tient à ce qu'autour des articulations la peau est moins mobile et moins lâche. On constate quelquefois l'existence de plusieurs ulcères assez rapprochés les uns des autres ; d'autres fois c'est un seul ulcère qui s'étend de plus en plus, et produit ainsi des pertes de substance assez notables dont les cicatrices plus tard sont fort incommodes et très sujettes à s'ulcérer de nouveau. Les altérations extérieures de la peau et du tissu cellulaire correspondent néanmoins le plus souvent à des lésions plus profondes, surtout à celles des os, et plus rarement à une affection de la synoviale. Celle-ci, après s'être érodée sur un point, épanche le pus dans le tissu cellulaire sous-cutané, qui s'ulcère ainsi à son tour, et donne lieu plus tard à une ouverture fistuleuse.
Le tissu fongueux, dont nous parlerons tout à l'heure avec détail, se développe souvent aussi dans le tissu cellulaire sous-cutané ; mais dans ces cas il a ordinairement pris son origine dans le tissu soussynovial.
Les muscles qui entourent les articulations malades subissent quelquefois des altérations, soit que leurs tendons se racornissent et contractent des adhérences anormales , soit que la substance des muscles eux-mêmes subisse la transformation graisseuse , effet fréquent de leur inaction.
2° Altérations des parties blanches et fibreuses des articulations.
S'il est certain que ces parties ne sont pas capables de s'enflammer, elles peuvent cependant subir des altérations très fâcheuses : la perte de leur élasticité, des adhérences pathologiques, l'infiltration œdémateuse ou purulente, une hypertrophie de leurs éléments fibreux avec interposition d'éléments fibro-plastiques ; tels sont les changements de texture qui finissent par les rendre , à la longue, fort peu propres à maintenir les rapports normaux des articulations, et par permettre même des mouvements beaucoup plus étendus qu'à l'état de santé. La capsule, les ligaments et les faux cartilages interarticulaires changent naturellement d'aspect à mesure que leur structure se détériore. Leur teinte blanche et brillante se perd d'abord et devient jaune et terne; leurs fibres , dans le principe étroitement unies, s'écartent, et peu à peu ces parties peuvent prendre l'aspect lardacé ou j gélatini forme du tissu fongueux de nouvelle formation qui entoure ! toute la jointure ; la structure fibreuse primitive disparaît alors de
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plus en plus et semble bientôt comme plongée dans un tissu fongueux dont des traînées se prolongent parfois entre les divers muscles à une certaine distance de l'articulation. C'est ainsi que nous avons vu, dans un cas où M- Velpeau a pratiqué l'amputation pour up.e tumeur blanche du genou, des traînées de ce tissu fibro-plastique infiltrées de pus entre les muscles du moignon de la cuisse, masses fongueuses qu'il a fallu enlever séparément après l'amputation.
3° Altérations de la membrane synoviale.
En parlant de la membrane synoviale , nous y comprenons en même temps le tissu cellulo-vasculaire sous-synovial qui la double à sa face externe. Nous avons eu occasion d'observer plusieurs fois des synovites récentes, ce qui nous a permis de compléter par l'observation directe nos connaissances sur les premières altérations que subit cette membrane dans l'arthrite chronique. Dès que la membrane synoviale devient le siège de la phlegmasie , elle prend une teinte d'un rouge pâle, soit homogène , soit montrant , sur un fond rose , une série de petites éminences papillaires d'un rouge plus foncé. Dans la première forme, on voit , au moyen de faibles grossissements microscopiques , un développement uniforme de vaisseaux; dans l'autre, on le trouve circonscrit et disséminé sur une foule de points dans lesquels on reconnaît des anses vasculaires entrelacées , tortueuses et gorgées d'un plasma sanguin. Ces éminences papilliformes sont entourées d'interstices très peu vascularisés. Quand on mesure la largeur de tous ces vaisseaux, on peut se convaincre qu'il y a une dilatation notable des capillaires, car les plus fins ont un soixantième de millimètre de largeur, c'est-à-dire, presque le triple du calibre de ces vaisseaux à l'état normal. Ainsi vascularisée, la membrane synoviale perd bientôt son aspect lisse et poli , résultat dû à la disparition d'une bonne partie de son enduit épithélial ; en même temps la trame fibreuse s'épaissit, s'infiltre de sérosité et se transforme peu à peu en tissu fibro-plastique. Dans des cas rares et exceptionnels , on peut saisir le moment où la couche épithéliale, avant de disparaître, a plutôt augmenté de volume : les feuillets épithéliaux sont alors très nombreux et se trouvent souvent infiltrés de granules graisseux. La consistance de la synoviale pendant la première période de la synovite est ferme , elle ne subit une diminution que plus tard. Ce que nous venons de dire a été confirmé
par les expériences de M. Richet (1), que nous aimons à citer pour tout ce qui a rapport à l'anatomie morbide de l'arthrite chronique; il a produit artificiellement la synovite sur des chiens , et il a pu ainsi suivre pas à pas les progrès de la maladie.
Bientôt la membrane synoviale devient inégale et légèrement rugueuse à sa surface interne ; elle se couvre d'une quantité de petites saillies d'un à deux millimétrés de largeur , d'un demi à un millimètre d'élévation ; elle prend une teinte d'un rouge plus ou moins vif et un aspect comme velouté ; par places on reconnaît même des ecchymoses dans sa substance. La synoviale , d'abord nettement interrompue au niveau des cartilages d'encroûtement , dépasse bientôt la circonférence de ceux-ci et peut , dans quelques cas , les recouvrir en grande partie ; il est cependant toujours aisé de se convaincre qu'il n'existe point d'adhérences avec la surface du cartilage. A mesure que la membrane synoviale s'épaissit, on observe, sur plusieurs points de sa surface , des prolongements comme polypiformes formant des saillies dont la longueur varie entre quelques millimètres et un centimètre. C'est alors que la synoviale s'épaissit en même temps à sa surface externe et qu'une hypertrophie fibroplastique de plus en plus considérable se développe dans la couche sous-synoviale. Mais avant de décrire avec détail ces altérations, il nous paraît nécessaire de jeter un coup d'œil sur les produits de sécrétion de la membrane synoviale et sur leurs altérations pendant tout ce temps.
La synovie, liquide gluant et presque transparent à l'état normal, change de bonne heure d'aspect ; elle devient, dès le principe, trouble, et se trouve souvent mêlée avec une sérosité rougeâtre ; parfois elle a notablement augmenté de quantité ; elle est alors plus riche en parties albumineuses et contient même de la fibrine. On a affaire, dans ces cas, à une véritable hydarthrose inflammatoire. Une altération plus grave que les précédentes est l'épanchement purulent dans la cavité articulaire. Outre l'aspect trouble d'un blanc jaunâtre qu'offre alors la synovie , on remarque bientôt des flocons pseudomembraneux sur un grand nombre de points de la surface interne de la synoviale fortement injectée; ces fausses membranes augmentent d'étendue, et lorsque l'arthrite, qui heureusement est loin d'être toujours accompagnée de suppuration, a persisté pendant quelque temps
(1) Recherches pour servir à l'histoire des tumeurs blanches (Annales de la chirurgie française, t. XI , p. 5 , 1 29 et suiv.).
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sous cette forme pyogénique, on trouve parfois plusieurs couches de fausses membranes superposées les unes aux autres. Pour nous, nous ne les avons jamais trouvées adhérentes et vascularisées , comme on l'observe si souvent pour celles de la surface de la plèvre pulmonaire. Nous sommes , du reste, loin de nier la possibilité de l'organisation de ces fausses membranes articulaires 5 mais nous ne pouvons partager l'opinion de quelques auteurs qui regardent le tissu fongueux et lardacé , un des produits de l'arthrite chronique, comme une transformation directe des fausses membranes organisées. L'examen microscopique de ces pseudo-membranes articulaires montre la même structure de fibrine renfermant des globules purulents que nous leur reconnaissons partout ailleurs. Quant au pus liquide , nous l'avons vu ordinairement mêlé à de la synovie gluante et filante, ce qui fait qu'il n'offre guère sa consistance ordinaire ; les globules purulents y sont souvent dépourvus de noyaux (globules pyoïdes) . On trouve enfin dans ce pus des concrétions caillebotées et des éléments de graisse. Quand aux globules du sang, nous en avons constaté parfois la présence et l'abondance par l'examen microscopique, bien que le liquide synovial n'offrît point de teinte rougeâtre. Dans quelques cas rares , les fausses membranes articulaires subissent une transformation comme crétacée et contiennent alors des [masses minérales amorphes.
Revenons aux altérations de la membrane synoviale et du tissu sous-synovial. Ces parties subissent ordinairement, au bout d'un certain temps, cette transformation particulière que l'on a décrite comme une transformation fongueuse ou lardacée et qui n'est qu'une simple hypertrophie fibreuse et fibro-plastique , conséquence si fréquente de l'inflammation chronique. Nous avons déjà donné plus fiaut la description des cellules fibro-plastiques et des diverses formes Intermédiaires entre la cellule et la fibre que l'on rencontre dans ce fissu; nous répéterons seulement ici qu'on trouve tous ces éléments groupés d'une manière bien diverse , groupement duquel dépendent -t son aspect extérieur et ses principaux caractères physiques. Son ispect le plus habituel autour des articulations malades est d'un aune pâle ; il offre alors une consistance élastique; en comprimant
tissu, on en fait sortir un suc jaunâtre transparent. On y trouve *u microscope une trame fibreuse dans laquelle alterne un tissu imposé de corps fusiformes avec un tissu plus franchement fibreux : p- suc montre les éléments fibro-plastiques divers mêlés de graisse 'ous la forme de liquide ou de vésicules.
378 MALADIES ARTICULA IMS CIJEZ LES SCKOFULEUX.
Le tissu fibro -plastique peut devenir beaucoup plus blanc, grâce à une transformation fibreuse plus complète; il peut, d'un autre côté, prendre un aspect d'un jaune rosé, ou d'un rose plus marqué, ou même d'un rouge couleur de chair musculaire. Cps divers aspects tiennent essentiellement au plus ou moins grand développement des vaisseaux sanguins et ne correspondent point à des phases diverse* de développement des éléments fibro-plastiques eux-mêmes.
Les parties graisseuses qui entourent les articulations et qui se trouvent quelquefois en quantité assez notable, même sur la surface interne de la membrane synoviale, deviennent aussi parfois le siège d'une infiltration fibro-plastique ; elles montrent alors quelque ressemblance avec la matière tuberculeuse; cette erreur du moins es\ souvent commise par ceux qui veulent voir du tubercule dans toutes les affections scrofuleuses. Nous avons indiqué plus haut les caractères distinctifs entre ces masses graisseuses fibro-plastiques et la véritable matière tuberculeuse. Répétons ici que la couleur des premières est d'un jaune plus foncé et d'un aspect plus luisant ; de plus, cette substance molle et élastique graisse le scalpel, et le microscope y montre des éléments adipeux et fibro-plastiques non douteux au lieu des globules tuberculeux.
M. Bonnet, de Lyon, dans son excellent Iraitè des maladies articulaires, rapporte, sur la nature de ces tissus , quelques expériences par lesquelles il croit prouver que les fongosités sont formées par la fibrine et la sérosité pénétrées de vaisseaux capillaires. Voici ce passage : « Après avoir enlevé par l'amputation des tumeurs non ulcérées , et dont la synoviale était tapissée par des couches fongueuses, je détachai celles-ci et les soumis à l'analyse chimique. Leur solution dans l'eau froide contenait de l'albumine, des extraits de viande, des hydrochlorates de soude et d'ammoniaque; en m mot, les éléments de la sérosité du sang.
» La décoction dans l'eau bouillante leur enlevait encore quelque, uns de ces sels et de ces extraits ; il ne se formait pas de gélatine. L'éther et l'alcool, agissant sur la masse restante, dissolvaient ur peu de matière grasse du sang. Enfin, la partie insoluble dans l'eai froide, l'eau bouillante, l'alcool et l'éther, avait les caractères de If fibrine.
» Toutes les substances séparées dans cette série de décoctions se réduisant à celles que contient un mélange de sérosité et d« fibrine, la matière que nous avions recueillie à la surface de la syno viale avait donc la même composition que les fausses membranes