CHAPITRE PREMIER
DES CARACTÈRES PHYSIQUES, MICROSCOPIQUES ET CHIMIQUES DE LA MATIÈRE TUBERCULEUSE.
§ Ier. Caractères des tubercules examinés à l'œil nu.
1° Dès que la matière tuberculeuse devient appréciable à l'œil nu, elle se montre sous trois formes différentes : celle de granulation grise demi-transparente, de granulation jaune, et d'infiltration tuberculeuse.
a. Granulation grise demi-transparente . La granulation grise demi-transparente est , dès le principe , une production franchement tuberculeuse. Cependant nous ne l'envisageons point comme seul point de départ du tubercule 5 nous l'avons rencontrée dans les poumons , dans les membranes séreuses et dans le système glandulaire lymphatique; nous ne l'avons pas trouvée, jusqu'à présent, dans les os, dans lesquels M. Nélaton a signalé son existence.
b. Granulation tuberculeuse jaune. Nous avons observé dans les poumons et dans les glandes lymphatiques des tubercules jaunes si petits qu'on les voyait à peine à l'œil nu ; dans les glandes surtout on ne les apercevait qu'à l'aide d'une loupe grossissant dix à quinze fois ; ayant ensuite pris des tranches fines de la substance qui contenait ces très petits tubercules , la dissection sous le microscope simple, et ensuite l'examen avec de forts grossissements du microscope composé, nous ont donné la conviction que nous avions affaire à de la véritable matière tuberculeuse. Il nous paraît donc logique d'admettre que le tubercule peut, dès le début, paraître sous la forme du tubercule jaune, et ne doit pas nécessairement passer par l'état
c.ARACTi-nrs nrcs Tiniuucuu.s kx aminés a t.'of.ii. ntj. 3 irris demi-transparentr. Nous avons bien souvent constaté le fait que Je tubercule demi-tr&nspareïrf devenait jaune et trouble d'abord dans son centre , et ensuite dans sa totalité. Nous signalerons plus tard le mode et le mécanisme de ce ebangement.
Quant au tubercule jaune, plus volumineux, il se forme par le dépôt successif et circonscrit de matière tuberculeuse autour d'un point qui en a été primitivement le siège.
c. Infiltration tuberculeuse. L'infiltration tuberculeuse aune origine analogue, seulement le dépôt s'y fait d'une manière moins régulière et plus diffuse , ce qui tient quelquefois à la rapidité et à l'abondance de l'excrétion tuberculeuse dans une partie assez peu étendue.
2° Forme du tubercule. La forme des tubercules est en général plus ou moins ronde , surtout là où ils sont déposés en certain nombre sans qu'il y ait confluence. C'est par cette confluence que le tubercule prend la forme de masses circonscrites irrégulières de tubercules volumineux et isolés , ou celle d'infiltration. Il ne faut, du reste, pas se méprendre sur le mot de confluence ; nous entendons par là : dépôt des molécules tuberculeuses sur des points très rapprochés.
3° Couleur du tubercule. Nous avons dit plus haut que le tubercule était ou de couleur grise demi -transparente ou d'une teinte jaune terne et pâle; ajoutons que quelquefois cette teinte jaune prend un aspect légèrement luisant que nous avons observé quelquefois dans les glandes cervicales et dans le testicule. Jamais nous n'avons vu la couleur du tubercule prendre une teinte qui se rapprochât du jaune orange ou du jaune ocré. Nous insistons beaucoup sur ce point, vu que nous avons été plusieurs fois témoin d'erreurs commises dans le diagnostic de la matière tuberculeuse , parce qu'on n'avait pas assez fixé son attention sur la teinte particulière du tubercule. Nous avons surtout vu commettre cette erreur pour les os et les environs des articulations , où l'on a pris pour de la matière tuberculeuse du tissu cellulaire et graisseux , dont la teinte est cependant d'un jaune plus foncé et la coupe beaucoup plus luisante que dans le vrai tubercule; en faisant des incisions dans cette substance non tuberculeuse, on graisse le scalpel, ce qui n'a pas lieu pour le vrai tubercule. Malgré ces caractères physiques qui ne nous paraissent pas sans valeur, nous n'aurions pas osé décider la question sans l'aide du microscope; celui-ci l'a tranchée d'une manière positive. Observons enfin que le tubercule n'offre non plus en général la teinte blanche crémeuse et légèrement luisante que l'on trouve dans le pus
h CARACTÈRES DE LA MATIÈRE TUBBBCULEUBE,
concret, et notamment dans celui des poches prévertébrales de la carie de l'épine dorsale.
4° Consistance du tubercule. La consistance du tubercule en voie de formation ou arrivé à son développement complet, avant son passage au ramollissement ou à l'état crétacé, a été souvent comparée, et avec raison , à celle du fromage. Elle est plus ferme et plus élastique clans la granulation grise demi-transparente à cause du tissu fibro-cellulaire des organes qui la renferment et qui ne sont pas de nouvelle formation , mais se trouvent englobés dans le dépôt primitif de la matière tuberculeuse. Même dans le tubercule d'une bonne consistance et dans tous les organes on peut, à l'aide de la pointe d'un scalpel, en enlever un certain nombre de grumeaux qui, délayés dans de l'eau, ou séparés avec deux aiguilles, se disjoignent sous forme de petits morceaux minces et irréguliers , sans communiquer à l'eau une teinte trouble et lactescente, comme c'est le cas, par exemple , pour le suc qui infiltre des productions cancéreuses. Lorsque le tubercule se ramollit, sa consistance devient de plus en plus grumeleuse , pour passer peu à peu à l'état liquide , et alors il faut avouer qu'il offre beaucoup de ressemblance avec le pus , lors même qu'il n'y en a point de mêlé avec le tubercule ramolli. Du reste, nous verrons que la matière tuberculeuse ramollie se trouve souvent mélangée avec le pus. Nous reviendrons avec plus de détails sur ce point , ainsi que sur le tubercule crétacé , dont nous ne faisons qu'indiquer ici la consistance plâtreuse plus ou moins liquide.
5° Siège du tubercule. On a souvent débattu la question du siège du tubercule. Il faut convenir qu'il varie beaucoup , suivant les parties bien diverses dans lesquelles il se rencontre. En effet, dans les poumons nous l'avons rencontré tantôt dans le tissu cellulaire intervésiculaire, tantôt dans les vésicules pulmonaires, tantôt dans les parois des petites bronches capillaires. Dans le cerveau, nous l'avons vu au milieu de la substance , ainsi que dans les méninges ; dans la pie-mère, il s'observe de préférence dans le voisinage des arborisations vasculaires ; dans les glandes lymphatiques, nous l'avons plutôt vu au milieu de la substance glandulaire , tandis que dans le foie et les reins il se trouve plus souvent dans le tissu cellulaire de leur surface. Nous reviendrons, du reste, sur le siège du tubercule, en suivant ce produit morbide dans les divers organes ; mais nous pouvons dire , en thèse générale , qu'il a une prédilection de siège poulies interstices des fibres cellulaires , soit du tissu cellulaire proprement dit, comme, par exemple, le tissu sous-muqueux et sous-