GG LÉSIONS SYPHILITIQUES DES MEMBRANES PROFONDES DE L’OEIL
bien voulu mettre à notre disposition ses intéressantes observations.
$2. — ÉTIOLOGIE.
Les lésions que nous allons décrire sont à la fois secondaires et tertiaires, ou pour mieux dire, elles doivent être rattachées à cette période intermédiaire qui a reçu le nom de secondo-tertiaire. La phase des accidents cutanés superficiels, des sy phi I i d es résolutives est passée; et, débarrassé de cette première attaque du virus sur l’organisme, le malade se croit enfin guéri, quand éclatent, le plus souvent isolément, les accidents profonds de l’œil1. Assurément, il peut arriver qu’on les observe plus tôt ou plus tard, coïncidant avec les éruptions bénignes, ou survenant à la longue à une phase avancée de la période ultime, mais ce sont là des cas exceptionnels. Au reste, tardifs ou précoces, ni leur nature ni leurs caractères ne varient guère; ces lésions spécifiques n’ont d’autre origine, ne reconnaissent d’autre cause anatomique que la prolifération syphilomateuse; au sein des membranes oculaires naissent et se développent de petits néoplasmes gommeux analogues à ceux que nous avons décrits sur l’iris, sur la peau, sur les muqueuses, et qui, de la première à la dernière, constituent le fond commun de toutes les manifestations syphilitiques.
L’affection attaque rarement les deux yeux simultanément; le plus souvent cependant, au bout d’un temps variable, l’œil resté sain finit par être atteint à son tour.
L’observation montre que les femmes y sont plus sujettes que les hommes. Leurs travaux plus délicats, plus appliquants, tels que la broderie, la couture, qui provoquent et entretiennent dans les yeux une certaine congestion, en sont peut-être la raison.
On a constaté que, sauf des cas exceptionnels que je mentionnerai plus loin, ces lésions ne se montrent pas dans le cours des véroles malignes; on remarquera en effet que, par elles-mêmes, elles ne comportent aucune gravité, et que, si elles sont redou-
' 24 cas observés par J. Hutchinson se répartissent de la façon suivante en ce qui concerne l’époque d’apparition. L’intervalle entre le chancre primitif et le début de la lésion oculaire a été de :
De 4 à 5 mois 7 fois
De 8 à 12 mois : 4
De 1 an à 3 ans 6
De 5 ans 1
ce qui donne une moyenne de 15 mois.
SYMPTOMATOLOGIE GÉNÉRALE.
tables, ce n’est que par l’importance fonctionnelle des tissus dont elles compromettent l’intégrité.
Deux fois sur trois au moins, selon de Wecker et Fœrster, la chorio-rétinite aurait été précédée d’iritis ; plusieurs auteurs pensent au contraire qu’il n’existe pas de relation saisissable entre les manifestations externes de la syphilis oculaire et celles que peuvent présenter les membranes profondes; à l’appui de cette manière de voir, nous citerons la statistique de Drouin qui, dans 55 cas, n’a noté l’existence d’une iritis antérieure que 5 fois.
§ 3. — SYMPTOMATOLOGIE GÉNÉRALE.
Nous passerons successivement en revue les lésions du nerf optique, delà rétine, de la choroïde et du corps vitré.
Nerf optique. — Existe-t-il de par la syphilis d’autre altération du nerf optique que celle qui succède à la compression produite par les tumeurs spécifiques intra-crâniennes, ou névrite descendante? Le fait est contesté par quelques ophthalmologistes, contre lesquels s’élève Abadie dont les idées sont exposées dans la thèse de Drouin. Quoi qu’il en soit, voici les caractères assignés à cette variété de névrite. — Les lésions du nerf optique sont appréciables à l’ophthalmoscope par les troubles de son segment oculaire, c’est-à-dire de la papille. On voit d’abord sa surface hyperhémiéc prendre une teinte foncée, et ses contours perdre de leur netteté; les artères comprimées à leur entrée dans le globe oculaire sont amincies, les veines au contraire, sont un peu augmentées de calibre.
À une période plus avancée, la papille rouge sombre se distingue à peine du reste du fond de l’œil; elle est diffuse et n’a pour ainsi dire plus de bords; les artères sont devenues filiformes.
Si le mal n’est pas enrayé, c’est à l’atrophie de la papille qu’il aboutit fatalement, c’est-à-dire à la sclérose des fibres nerveuses et du tissu cellulaire interstitiel. Cette dernière phase se reconnaît à la disparition presque totale des vaisseaux qui deviennent filiformes, à la teinte blanc nacré de la papille et à la diffusion deses bords irréguliers et quelquefois déchiquetés, caractère qui distingue l’atrophie consécutive à la névrite de l’atrophie simple essentielle.
La névrite s’accuse uniquement par des phénomènes d’obnubilation intermittente, toujours assez peu prononcés au début pour ne point s’opposer, aux travaux ordinaires des malades. Après une série de poussées congestives, le trouble reste stationnaire; c’est