II. — Lésions des muscles, g 1. — ÉTIOLOGIE
Aux noms que nous avons cités précédemment dans l’historique de la contracture (page 667) il convient d’ajouter ici ceux de Bouisson, de Nélaton, de Virchow et de Lancereaux qui ont étudié avec beaucoup de soin les tumeurs gommeuses des muscles, et surtout celui de Haldane d’Edimbourg, auquel nous devons sur leur structure microscopique les détails les plus circonstanciés.
Je n’ai rencontré la myosite tertiaire que six fois sur deux cent quatorze cas de syphilis tertiaire, soit 2, 8 sur 100. C’est donc une affection relativement rare. J’ajoute qu’elle fait partie du stade moyen de la période tertiaire ; si en effet nous exceptons une observation où elle parut dès le deuxième mois de l’infection, l.àge de la vérole consigné dans les autres est le suivant : 8 ans, ■4 ans, 4 ans et I /2, 5 ans et 1/2 et 7 ans.
Pour son siège nous noterons la prédisposition des muscles longs; trois de nos malades portaient des gommes des masses fémorales; chez d’autres, le mal siégeait dans celles de l’avant-bras et delà jambe. Viennent ensuite les muscles du tronc, le trapèze, le sterno-mastoïdien, le grand pectoral, les fessiers, puis les muscles internes, ceux de la langue, du larynx, le cœur, le diaphragme (Murehison).
Les aponévroses sont souvent envahies par le même processus. Enfin il n’est pas rare d’observer ces lésions symétriquement sur les membres.
g 2. — anAtomie pathologique.
Comme dans tous les autres tissus, la néoplasie syphilomateuse peut être diffuse ou circonscrite.
Diffuse , la myosite spécifique consiste dans les phénomènes suivants : d’abord infiltration des éléments conjonctifs qui forment
la charpente du muscle, par de petites cellules arrondies, et de lù, gonflement de l’organe, c’est le premier stade; puis ces cellules embryonnaires s’organisent en un tissu fibreux inodulaire, très-rétractile. A ce moment le muscle s’indure, s’atrophie, se rétracte; ce dernier stade peut aussi aboutir surtout au niveau des extrémités musculaires à la transformation osseuse ou cartilagineuse des fibres musculaires. Ricord a donné à cette première forme de la myosite le nom de dégénérescence plastique. A l’œil nu l’altération se présente sous la forme d’un tissu jaunâtre, aux confins duquel on voit manifestement les fibres saines se contourner avec les fibres distinctes encore qui parcourent ce néoplasme lardacé.
Circonscrite , la myosite se caractérise par le développement de véritables tumeurs dans la charpente du muscle. Le microscope permet d’y retrouver la structure classique de la gomme, un amas de jeunes cellules au sein d’une masse fîbrillaire. Sur la limite de la lésion on peut voir, à la surface de libres, paraissant saines à l’œil nu, une prolifération abondante des noyaux du sarcolemme. Au bout d’un temps variable on observe l’organisation fibreuse, la sclérose dunéoplasme, ou plus souvent encore sa régression graisseuse qui le ramollit et le change en une masse de consistance caséeuse, quelquefois fluctuante, au milieu de laquelle se voient les débris des fibres musculaires.
L’incrustation calcaire est dans ce cas une terminaison exceptionnelle. Ces nodosités ont le volume d’une noix ou d’une noisette, dans quelques cas celui d’un œuf, et une couleur rose pâle ; à l’état de ramollissement elles sont jaunes et ressemblent beaucoup au tubercule, lésion avec laquelle bien des auteurs les ont confondues et les confondent encore.
g 3. — SYMPTOMATOLOGIE. — TRAITEMENT.
Pour la lésion diffuse nous renvoyons à ce que nous avons dit de la contracture, page 667.
Cliniquement la gomme musculaire se présente avec tous les caractères d’une tumeur globuleuse, se déplaçant avec le muscle, très-résistante au début, de consistance molle quand elle est arrivée à une période plus avancée, quelquefois au contraire beaucoup plus dure lorsqu’elle s’est transformée en cartilage ou en os. — Douleur légère, au moment des contractions ou pendant la nuit, très-influcncée par l’état hygrométrique de l’air; rétraction rare dans cette forme de myopathie 1 .
1 Les myopathies cardiaques seront étudiées plus loin dans un chapitre spécial.