V. — Lésions des bourses séreuses
Signalée par Verneuil, bien étudiée en France par Moreau et Petit, la synovite tertiaire des bourses séreuses a fait l’objet d’un mémoire très-complet publié en 187G par E. L. Keyes (de New- York); cet auteur désigne cette affection sous le nom simple et commode de tertiary bia'sitis,A ont il est permis de regretter que la nomenclature française ne nous offre pas l’équivalent.
C’est un accident tardif que celui que nous allons étudier; s’il s’est montré en effet au dix-huitième mois et vers la deuxième année de l’infection, plusieurs des malades dont nous connaissons les observations n’en furent atteints qu’au bout de cinq, six, sept et huit ans. L’un d’eux môme faisait remonter la date de l’accident primitif à vinq-quatre ans. Dans le tiers des cas l’apparition de l’accident fut déterminée par une cause occasionnelle traumatique ; aussi est-ce particulièrement sur le genou, que sa position rend éminemment vulnérable, que s’en fait la localisation. L’observation prouve en outre que la lésion est souvent double. Sur quatorze sujets, en effet, nous trouvons les bourses rotuliennes treize fois atteintes, celles du demi-tendineux trois fois, celles de la tubérusité du tibia, de la malléole, de l'olécrane, chacune une fois; enfin, dans deux autres cas, c’était à la paume de la main et dans une bourse accidentellement développée sous un cor.
Au point de vue de l’anatomie pathologique, nous retrouvons sur les bourses séreuses les lésions des synoviales et des tissus fibreux périarticulaires ; il s’agit là en effet d’une prolifération gommeuse dans les parois épaissies de l’organe. De là, production de tumeur résistante, et quelquefois aussi fluctuation, car il y a presque toujours une certaine quantité de liquide dans la cavité.
Le début est insidieux et ne s’accompagne généralement d’au-
cune souffrance ; plusieurs malades avaient supporté la lente progression du néoplasme pendant six, sept et huit ans; un traumatisme amenant l’inflammation de la région ou bien l’envahissement de la peau par la gomme peuvent changer ces caractères d’indolence et de stagnation et conduire à rétablissement d’un ulcère peu vaste mais profond.
Quoi qu’il en soit, rien n’est mieux démontré que l’heureuse influence de l’iodure de potassium et du mercure sur ces lésions. Grâce au traitement mixte, et sans qu’il soit besoin d’user d’aucun topique, on peut obtenir la résolution rapide.de ces lésions et la restiiutio ad integrum de l’organe malade, si la néoplasie s’est bornée aux couches sous-cutanées. Dans le cas contraire lorsque l’ulcération a détruit une partie de la peau, on ne doit pas compter sur la guérison sans oblitération de la bourse et son remplacement par une cicatrice déprimée.