PRONOSTIC. — TRAITEMENT
autres conclusions. El d’abord, la syphilis se retrouve, dans près des deux tiers des cas, comme antécédent de l’ataxie locomotrice, et bien qu’à la rigueur on s’explique que la syphilis, fruit ordinaire du libertinage, précède dans un grand nombre de cas une maladie qui est elle-même une conséquence fréquente des excès vénériens, cette coïncidence, avouons-le, donne singulièrement à réfléchir. En second lieu, on a vu l’ataxie se développer en même temps et suivre les mêmes oscillations que d’autres accidents manifestement syphilitiques. Enfin, chez ces malades, on a pu quelquefois, bien rarement, il est vrai, enrayer la marche si fatalement inexorable de la myélophthisie au moyen de l’iodure de potassium ou du mercure. Plusieurs cas, dus à des observateurs d’un mérite incontesté, placent ces faits au-dessus de toute discussion. Sans parler des documents publiés par Fournier, nous rapporterons brièvement une observation que nous a communiquée Gaillelon. Un jeune homme qu’il avait soigné antérieurement pour des accidents syphilitiques présenta à un moment donné tous les signes de la sclérose des cordons postérieurs. Tel fut du moins le diagnostic porté par un confrère s’occupant spécialement d’affections nerveuses. Eh bien, cet homme, soumis aux spécifiques, revint presque complètement à l’état normal ! Voilà, certes, un cas des plus probants. Quelle objection, en effet, pourrait-on élever contre l’interprétalion du professeur lyonnais? peut-être insinuer que ce malade n’élait pas atteint d’une véritable ataxie locomotrice ; qu’on explique alors en quoi elle en différait et ce qui aurait pu produire la méprise de deux praticiens expérimentés, qui aflirment n’avoir reconnu aucun caractère différentiel.
En résumé, il y a disparité complète entre les données fournies par l’anatomie pathologique et celles de la clinique, que nous venons d’apprécier impartialement. Souhaitons donc que de nouveaux travaux viennent bientôt éclairer ce problème, et suspendons scientifiquement notre jugement.
g 5. — PRONOSTIC. — TRAITEMENT.
Les considérations dans lesquelles je suis entré dans le cours de ce chapitre me dispensent de revenir longuement sur le diagnostic et le pronostic général de la syphilis nerveuse. Qu’il me suffise de rappeler que la gravité du syphilome dans ce cas dépend surtout de l’incurabilité des lésions vulgaires qui se développent fatalement à sa périphérie. Contre le syphilome nous sommes pour ainsi dire tout-puissants, tandis qu’en face
LESIONS DU SYSTÈME NERVEUX
des lésions vulgaires nous nous trouvons désarmés. — On guérira donc les accidents récents, et, souvent sans qu’il reste trace de leur passage : c’esL là la véritable pierre de touche du diagnostic. Qui ne sait, en effet, que la plupart de ces lésions sont incurables quand elles relèvent des causes vulgaires. Aussi peuton dire en clinique : heureux les syphilitiques, ou du moins heureux les épileptiques, les paralytiques qui le sont de par la vérole; car ceux-là reviendront peut-être à la santé. Mais, en dépit de quelques succès particuliers, la pratique générale est bien décourageante quand elle s’attaque à des manifestations invétérées, et le malade devra s’estimer satisfait qui aura vu s’enrayer la marche progressive des accidents et s’en tirera avec une guérison imparfaite, tronquée, une guérison avec infirmité. Encore devra-t-il se tenir en garde contre les récidives, aussi graves que fréquentes, dont il est bien rare qu’il ne devienne pas tôt ou tard la victime.
Dans bien des cas, il n’y a même pas eu d’amélioration, et l’infortuné infirme est idiot, muet, aveugle, ou lésé à la fois dans toutes ses facultés, irrévocablement frappé. Combien n’en avonsnous pas vu de ces « invalides de l’intelligence ou du mouvement » encombrant les salles des hôpitaux spéciaux, passant et repassant d’un service dans un autre, changeant d’hôpital, usant et épuisant les ressources les plus variées delà thérapeutique, sans arriver môme à un soulagement éphémère!
Il en est dont le mal a pu évoluer à l’abri de la thérapeutique spéciale; et ceux-là sont plus nombreux qu’on ne le pense! Soit qu'ils aient perdu le souvenir de leur contamination, soit que, frappés dans l’intelligence ou la parole, il ne leur ait pas été possible d’en faire l’aveu, l’unique chance de salut leur échappe. Nous sommes persuadé que beaucoup meurent ainsi du fait de la syphilis, sans que celte diathèse ait été soupçonnée. Qu’on se reporte au cas de folie guéri par hasard par Benjamin Bell, qu on songe à l’apoplectique que A. Fournier a presque miraculeusement rappelé à la vie, et l’on comprendra toute l’exactitude de cette assertion.
La mort qui est causée par la syphilis cérébrale survient soit par crise aiguë, phénomènes congestifs, apoplexie, coma, soit par épuisement progressif et cachexie. Les paraplégiques succombent souvent aux néphropathies et aux eschares sacrées.
Lé traitement est essentiellement mercuriel et ioduré. Sans que nous puissions nous en bien rendre compte, nous avons \u dans certains cas les accidents résister à l’un de ces spécifiques pour céder à l’autre. Aussi serait-ii prudent de les associer, car le plus
BIBLIOGRAPHIE
souvent le temps manque pour faire l'expérience de chacun d’eux; il faut agir le plus promptement et le plus énergiquement possible. Le mercure sera surtout donné en frictions (de 5 à 15 grammes d’onguent mercuriel double), l’iodure par l’estomac ou en lavement, à la dose minima de 3, 4, 5 grammes, que l’on élèvera graduellement. Broadbent est ainsi arrivé à donner 30 gramm'** par jour de ce médicament. On continuera ce traitement longtemps, pendant toute la durée des accidents et après; mais il sera bon de le varier incessamment pour lui maintenir toute sa puissance.
Comme adjuvant de la thérapeutique spéciale, on pourra lui associer la plupart des moyens employés contre les névropathies vulgaires, et sur lesquelles je n’insisterai pas ici (bromure de potassium, révulsifs, électricité et surtout hydrothérapie).
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