‹ Traité pratique des maladies vénériennesChapitre 177 sur 262 · DE LA SYPHILIS MALIGNE § 1. — ÉTIOLOGIE · texte numérisé non relu

DE LA SYPHILIS MALIGNE § 1. — ÉTIOLOGIE

On dit qu’une vérole est maligne quand elle se fait remarquer à la fois par la rapidité de sa marche et par la gravité de ses symptômes ; aussi emploie-t-on également pour la désigner les expressions de maligne précoce ou acutissima. Comme on le voit, l’infection maligne est toujours grave, mais un accident grave n’est dit malin qu’à la condition d’être précoce.

C’est à Bazin et à son élève Dubuc que nous devons la première étude complète sur cette forme de la maladie, fort rare de nos jours, qui n’avait cependant point échappé à Carmichael, et qu’ont bien étudiée récemment Mauriac, Ory, Horteloup, Taylor, etc.

Je ne m’étendrai pas sur l 'étiologie de la syphilis maligne, les considération présentées plus haut (p. 625) sont entièrement applicables aux cas qui vont nous occuper. En somme, notre ignorance sur ce point est à peu près complète; nous admettons que, dans beaucoup de cas, l’état général du sujet, dépendant soit d’une constitution débile, soit d’une mauvaise hygiène, soit de l’influence du climat, etc., nous rend compte de la sévérité des accidents ; mais, quoi qu’on en ait dit, il en est quelques-uns, et j’en ai vu bon nombre pour ma part, où tout semblant d’explication nous échappe, et il est peu probable qu'il faille accuser en pareil cas la nocivité particulière de la graine virulente. Restons dans le doute sur ce difficile problème, e( attendons ; sa solution viendra peut-être de l’anatomie pathologique.

g 2. — SYMPTOMATOLOGIE.

Jusqu’ici nous avons vu la vérole progresser régulièrement, quasi mathématiquement dans l’organisme, les éruptions discrètes succéder aux poussées exanthématiques, bénignes, puis, après

SYMPTOMATOLOGIE.

un stade d’apaisement, survenir des désordres plus graves, les lésions désorganisatrices des tissus superficiels et des viscères. Dans la vérole maligne plus de gradation dans les symptômes, plus de poussées se suivant après un intervalle prévu, plus de stades succesifs ; les périodes sont devenues subintrante% à. moins que le sujet ne semble entrer de plain-pied dans la période tertiaire ; le chancre dure à peine depuis quelques jours, que la peau se couvre de boutons ulcéreux ; en môme temps se déclarent des ostéites, des ophthalmies, des accidents viscéraux graves, des lésions du foie, des reins, des encéphalopathies, etc.; la ûèvre est intense, le malade est plongé dans une prostration voisine de l’état typhoïde. Il peut arriver qu’il accuse les plus atroces douleurs, le long des membres, dans les os, dans les muscles, ces douleurs si rares de nos jours, mais qui tiennent une si grande place dans les descriptions des premiers syphiligraphes.

Je ne reviendrai pas sur les désordres des muscles, des os, ni des viscères, dont la description a été faite dans les pages qui précèdent; mais ceux des téguments méritent une description spéciale, car, sans constituer une forme particulière des lésions, ils représentent le plus haut degré des complications tant inflammatoires que phagédéniques, auxquels sont exposées les syphilides.

Les éruptions dont se couvre le tégument sont de diverses sortes; mais toutes présentent comme caractère commun d’ôtre humides et d’aboutir à des ulcérations. Comme les syphilides exanthématiques du début, elles sont généralisées, mais sévissent surtout sur le visage, le cuir chevelu et les membres inférieurs; le plus souvent elles se font par poussées successives, aussi présentent-elles le caractère polymorphe.

La syphilide puro-vésiculeuse offre les plus grands rapports avec le rupia ; il s’agit, comme dans cette éruption, d’infiltrations tégumentaires à la surface desquelles la nécrobiose se produit entraînant l’exsudation d’un liquide Lrès-concrescible. De là, formation par couches stratifiées de croûtes noires verdâtres, les unes simples, peu saillantes, plus comparables à celles de l’impétigo, les autres proéminentes, ostréacées, véritablement rupioïdes (voy. fig. 79, p. 787). Les ulcérations qu’elles recouvrent exhalent une odeur fétide sui yeneris et sont le siège de cuissons, môme de douleurs, ne laissant au patient aucun répit, surtout pendant la nuit, el l’épuisant par la privation desommeil. Au bout d’un certain temps, la sécrétion se tarit, le fond bourgeonne, la perte de substance se comble, les croûtes se reproduisent

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