CHAPITRE XXX
SYPHILIS HÉRÉDITAIRE g 1. — HISTORIQUE.
Les prsmiers écrivains de la vérole n’ont guère reconnu de la syphilis infantile que l’infection post partum : « in pueris lactantibus prima infectio apparet in ore aut in facie, écrivait Torella, et hoc accidit propler mammas infectas. » Cependant peu à peu, des doutes surviennent; Georges Vella les exprime en ces termes: « Quare parentes non générant prolem infectam, cum maleria
quæ subjicitur pro generationc spermatis sil infecta? » puis finalement se rattache à la négative. C’est à Paracelse que revient l’honneur d’avoir le premier nettement affirmé la transmission héréditaire delà maladie : « Fit morbus hereditarius, écrit-il, et transit a paire ad filium. »
Plusieurs contemporains acceptèrent cette manière de voir; citons : Theodosius, Augier, Ferrier, qui précise les trois manières dont peut s’opérer l’infection dans le sein delà mère. « Cum in utero morbus conlrahitur, tanquàm bæreditarium fit malum, et lanquàm corruplum elementum unà cum paterno vel materno semine infunditur ; aut si mater a die conceptionis in morbum incidcrit, communicatio fœtus, vitiosis infectisque humoribus. »
P. lJaschardius dit de même: «Transmiltitur per generationem, quoniàm hic morbus humorcs vitiat et corrumpit; undc semen corruplum qui sic affecti sunt emiltunt, et ex hoc proies vitiata ac cdrrupta crealur. » G. Fallope (1555), ltondelet (1560), ne se contentent plus de déductions théoriques et parlent en cliniciens des nouveau -nés infectés héréditairement. Le premier caractérise leur habitus de magistrale façon, en un seul mot : « Præterea viuebitis puerulos nascentes ex fæminà infeclâ, et ferunt peccalum parentum qui videntur semi-cocti. » La description de Rondelet, bien que tout aussi brève, ne saurait laisser place au doute : « Ego-vidi pucrum nasci tolum coopertum pustulis morbi gallici. »
Mais, dans l’étude de cette question ardue, aucun auteur n’a fait preuve de plus de sagacité qu’Ambroise Paré. « Souvent, écrit-il, on voit sortir les petits enfants hors le ventre de leur mère, ayant cette maladie, et tost après avoir plusieurs pustules sur leur corps; lesquels estans ainsi infectez, baillent la vérole à autant de nourrices qui les allaictent. » Mais il a vu également la contamination qui se fait après la naissance : « Aucuns prennent la vérole de leur nourrice, parce que icelle maladie, comme avons dit, est contagieuse. » Et il relate à ce propos l’observation suivante, qu’à plus d’un litre on nous saura gré de reproduire : « Une honneste et riche femme pria son mary qu’il luy permist d’ôtre nourrice d’un sien enfant : ce qu’il luy accorda, pourveu qu’elle print une autre nourrice pour la soulager à nourrir l’enfant. Icelle nourrice avait la vérole, et la bailla à l’enfant, et l’enfant à la mère, et la mère au mary, et le mary à deux autres petits enfants qu’il faisait ordinairement boire et manger, et souvent coucher avec luy, non ayant connaissance qu’il fust entaché de ceste maladie. Or la mère, considérant que le petit enfant ne profitait aucunement et qu’il estait en cry perpétuel, m’envoya quérir pour connoistre sa maladie, qui
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ne fust difiicile à juger, d’autant qu’d estait couverl de boutons et pustules, et que les testins de la nourrice estaient tous ulcérez : pareillement ceux de la mère ayant sur son corps plusieurs boutons, semblablement le père et les deux petits enfants, dont l’un était aagé de trois et l’autre de quatre ans. Lors déclaray au père et à la mère qu’ils estaient tous entachez de la vérole, ce qui estait provenu par la nourrice : lesquels j’ai traicté, et furent tous guaris, reste le petit enfant qui mourut, et la nourrice eut le fouet sous la custode, et l’eut eu par les carrefours n’eust esté de crainte de déshonorer la maison. » (Livre XIX, chapitre il)
Mais il était dit qu’en matière de syphilis, la vérité, entrevue dès l’abord par quelques-uns, ne serait pas de longtemps fécondée. De Blegny, Boerhaave, Astruc, Sanchez, n’ajoutèrent rien à nos connaissances sur la syphilis héréditaire, et finalement Hunter la nia. C’est en France, à Paris, où fut créé le premier hôpital spécial pour les femmes enceintes affectées de syphilis (hôpital de Vaugirard), que la question fut de nouveau reprise et étudiée par de consciencieux cliniciens L
Doublet inaugure cette période d’observation par son Mémoire sur les symptômes et le traitement de la maladie vénérienne dans les enfants nouveau-nés , lu à l’assemblée particulière de la Faculté de Médecine en 1781. Mahon publie ensuite l’ouvrage intitulé : Histoire de la médecine clinique depuis son origine jusqu' à nos jours, et recherches importantes sur l’existence , la nature et la communication des maladies syphilitiques dans les femmes enceintes, dans les enfants nouveau-nés et dans les nourrices (1804). Enfin en 1810 paraît le célèbre Traité de la maladie vénérienne chez les nouveau-nés, les femmes enceintes et les nourrices , de Bertin. Ce remarquable travail, « écrit au flambeau de l’expérience », suivant l’expression de Portai, présentait un nombre considérable de faits et jetait sur les points
1 En 1790, la Société royale de médecine proposa le prix suivant, qui ne fut jamais décerné.
« La Société a proposé, dans sa séance publique du 31 août 1790, pour sujet d’un prix de la valeur de 600 livres, dont 480 livres sont fournies par l’intérêt annuel d’une somme de 12 000 livres que le trésor de la Société a reçue en 1787 d’un citoyen qui n’a pas voulu se faire connaître, la question suivante :
Déterminer s'il ij a des signes certains par lesquels on puisse reconnaître que les enfants naissent infectés de la maladie vénérienne ; dans quelles circonstances elle se communique des mères infectées aux enfants, de ceux-ci aux nourrices cl réciproquement ; quelle est la marche de celle maladie, comparée avec celle dont les adultes sont atteints et quel doit en être le traitement.
La Société désire que les concurrents appuient leur doctrine sur des faits nouveaux, bien observés et scrupuleusement recueillis... »
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les plus obscurs les lumières d'une discussion vraiment scientifique. Plus tard liicord, Depaul, Trousseau, Cazeaux agitèrent ces difficiles problèmes à la tribune de l’Académie de médecine, et Gubler attira l’attention sur les lésions des viscères. En même temps, la Société de médecine de Bordeaux couronnait un travail de Uiday , intitulé Traité de la syphilis des nouveau-nés et des enfants ci la mamelle , ouvrage resté classique depuis 1851. A tous ces, noms joignons encore ceux de Desruelles, Roger, Charrier, l.anglebert, Mireur, Nolla, Gailleton, Violet, Madier Champvcrmeil, Mollière, en France; Casati, Gamberini, Cerasi et Profeta, en Italie; Baerensprung, Mayr, Auspitz, Zeissel, Caspary, Forster et Lewin, en Allemagne; Macdonald, Hutchinson, Lee, Dunn, en Angleterre; Taylor, en Amérique; Limas, à Lisbonne, et Owre à Christiania. Ajoutons que de nos jours, la question a été portée sur le terrain de l’observation microscopique et de l’histologie, par Ollivier, Ranvier, Waldeyer et Kobner.
En terminant, citons enfin les belles recherches de Parrot. Ceux qui ont pu écouter ses leçons cliniques, ceux qui ont pu suivre le développement et l’enchaînement si logique de ses découvertes, comprendront qu’il n’y a pas d’exagération à considérer l’œuvre vraiment originale de ce maître comme l’un des plus beaux travaux dont puissent s’enorgueillir à la fois et la syphiligraphie et l’anatomie pathologique.
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Beaucoup d’enlauls apportent la syphilis en naissant. Par quelle voie, par quel mécanisme leur est-elle transmise? tel est le problème que nous devons élucider; pour arriver à sa solution, nous allons examiner successivement l’influence des deux géniteurs.
Influence de la mère. — Les rapports intimes qui unissent la mère au produit de la conception font admettre à priori la contamination de l’œuf par sa seule influence. Mais les faits ne manquent pas pour appuyer cette donnée; les plus probants sont fournis par l’histoire de la syphilis des nourrices. Après avoir eu un ou plusieurs enfants sains, une femme prend un nourrisson qui lui donne un chancre, peu après, elle devient enceinte et accouche prématurément ou à terme d’un petit vérolé. De quelle évidence n’est pas une telle observation, si le mari a été préservé de la contagion, ce dont il est toujours facile de s’assurer! Tel est le type des faits très-concluants publiés par divers observateurs (Cazenave, Lallemand, Bertherand, Bardinel, Bergeret). On
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peut encore citer les exemples des femmes qui, infectées par un premier mari, ont contracté une nouvelle union avec un homme sain et, bien que ne lui ayant rien communiqué, n’en ont pas moins continué à mettre au jour des enfants syphilitiques (Vassal, etc.). Donc, rien n’est mieux établi: la syphilis du fœtus peut dériver uniquement de celle de la mère.
Essayons maintenant de préciser les limites de cette nocivité maternelle.
Par cela même qu’une femme a eu la syphilis, ce n’est pas à dire qu’elle ne puisse plus qu’avorter ou enfanter des syphilitiques. La clinique nous montre au contraire que les effets du virus sur l’œuf vont s’amoindrissant (voyez plus haut l’histoire des avortements syphilitiques , p. 654). En pleine période secondaire, en puissance d’accidents, il n’est guère admissible qu’un fœtus puisse arriver à terme sain et sauf; mais nous avons vu des femmes en proie à des lésions tertiaires fort graves accoucher d’enfants sains après des grossesses normales. Sous ce rapport, il faut noter particulièrement l’influence de la thérapeutique; rien n’égale l’efficacité du mercure en pareil cas. Telle femme a subi des fausses couches successives et ne peut donner le jour qu’à des morts nés ou à des cachectiques; qu’elle se soumette aux spécifiques, et vous pouvez presque sûrement lui présager une couche' plus heureuse dans un avenir plus ou moins rapproché.
Supposons maintenant le cas où la femme, indemne au moment de la conception, est contagionnée pendant la grossesse. On a beaucoup discuté sur ce point, mais les efforts pour déterminer une époque précise au delà de laquelle le fœtus n’aurait plus à redouter les effets d’une syphilis gagnée par sa mère sont restés infructueux. Tout ce que l’on peut dire c’est que, passé le septième mois, il a de grandes chances d’échapper; mais encore n’est-ce point là une certitude, je n’en veux pour preuve que l’observation suivante due à Chabalier (de Lyon), Un mari part en voyage laissant sa femme enceinte; vers la fin du septième mois, le 28 août, il la revoit pendant un seul jour, et lui donne la vérole qu’il a contractée pendant son absence. Des chancres se déclarent, et la femme suit un traitement pendant les derniers jours de la grossesse; mais elle n’en accouche pas moins le 30 octobre d’un enfant syphilitique. — Il est de toute évidence que, dans ce cas, le produit de la conception est moins gravement atteint que lorsqu’il a eu à compter originairement avec la vérole; tout au moins son développement a-t-il pu se faire sans entrave pendant une bonne partie de la vie intra-utérine; aussi est-il rationnel
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de supposer, et la clinique ne dément pas cette donnée, que cette infection tardive participe de la bénignité des véroles acquises dans le premier âge. C’est à cette catégorie de syphilis infantile que Cazenave proposait d’appliquer la dénomination de congéniale, en l’opposant à la syphilis héréditaire proprement dite.
Pour en finir avec la question de l’influence maternelle, nous rappellerons les deux propositions que nous avons déjà formulées plus haut : 1° Un nouveau-né affecté de syphilis héréditaire , bien qu'il en porte des accidents à la bouche même , ne fait jamais venir d’ulcération au sein qu’il tète , si c’est sa mère qui l’allaite , tout en restant capable d’ infecter une nourrice étrangère. Cette loi, formulée en 1844 par Colles, confirmée par Diday et nombre d’observateurs, nous semble dominer l’étiologie de la syphilis héréditaire. Nous ne lui connaissons pas d’exception ; et dire que toute mère d’enfant héréditairement vérolé est réfractaire à l’inoculation du virus, cela n’impose-t-il pas celte conclusion : Pas de syphilis héréditaire sans infection de la mère; et comme corollaire : Impossibilité pour le père de transmettre la syphilis à son enfant sans contamination de la mère. Nous reviendrons plus loin sur cette dernière proposition. 2° Inversement un enfant reconnu sain, né d’une femme syphilitique, ne court aucun danger d'infection, soit par l’ allaitement, soit par les baisers de sa mère, si transmissibles que soient en réalité les accidents dont cette dernière est atteinte. Mais plus tard , quand l’ organisme a été renouvelé de fond en comble par la croissance, cet enfant perd son invulnérabilité en face de la syphilis. Celle loi qu’il est juste d’appeler loi de Prol'eta, n’est point encore aussi inébranlablement assise que celle de Colles; nous la tenons cependant pour vraie, et sommes heureux d’apporter à son appui l’opinion si autorisée du professeur Gailleton (de Lyon). 11 y a quelques années, on n’eût point manqué de lui opposer les prétendus cas d’infection au passage; mais aujourd’hui, on sait bien que cette vue théorique d’un chancre gagne pendant l’acte de l’accouchement par l’enfant venu au contact des svphilides maternelles n’a jamais été démontrée par la clinique (Violet); cette objection ne saurait donc être admise.
Influence du père. — Nous la croyons extrêmement rare, exceptionnelle même. Et d’abord il n’est pas de praticien qui ne connaisse parmi ses amis et ses clients un nombre considérable de syphilitiques qui s’étant mariés, plus ou moins bien guéris, mais assez avisés pour ne pas contagionner leurs femmes, ont pu donner le jour à des enfants exempts de toute souillure. Bien plus,
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dans de nombreuses observations, nous voyons l’union se contracter en pleine période secondaire, la conception s’accomplir alors que le père offrait les accidents les plus caractéristiques; et cependant, la mère restée indemne, accoucher après une grossesse normale d’enfants parfaitement constitués, et sur lesquels, malgré une surveillance de plusieurs années, aucune trace de syphilis ne peut être constatée (Langlebert, Cullerier, Notta). Quoi déplus caractéristique, par exemple, que le fait d’un homme qui eut à la fois de sa femme légitime infectée par lui un avorton cachectique, et d’une maîtresse restée saine un bel enfant frais et bien portant, son fils, à n’en pas douter, car il présentait une conformation spéciale du pouce, héréditaire dans sa famille (Charrier). Mais, dira-t-on, la syphilis peut éclater longtemps après la naissance et rien ne prouve que ces enfants, sains et saufs au berceau, ne soient point en puissance d’une souillure qui se manifestera ultérieurement. Nous répondrons en citant le fait suivant. Un syphilitique se marie malgré l’avis de son médecin, devient père d’un très-beau garçon, son fidèle portrait, et, deux ans plus tard, ayant un accident labial récidivé, lui communique la syphilis en l’embrassant, par un chancre induré labial; or, si cet enfant n’était point réfractaire à la syphilis, c’est qu’il n’en avait point souffert pendant la vie inlra-utérine (Langlebert).
Ces faits nombreux et précis, sur lesquels aucune espèce d’objection ne saurait être élevée et dont il ne serait pas difficile de multiplier les exemples, nous prouvent tout au moins que, en la supposant démontrée, la transmissibilité paternelle serait bien loin de s’exercer dans tous les cas. Mais est-elle démontrée ? A cette question, si rationnelle que nous paraisse la négative, nous ne répondrons qu’avec réserve; mais, avouons-le, cette manière devoir nous est bien plutôt commandée par le nombre et l’autorité des auteurs qui croient à l’influence du géniteur, que par la vajeur de leurs observations. En effet, tandis que la loi de Colles peut être considérée comme inattaquable et que nous défions d’infirmer les faits cités plus haut, nous ne pouvons nous empêcher de remarquer combien ceux qu’on nous oppose prêtent le flanc àlacritique. Beaucoup de circonstances fort douteuses y sont données comme certaines; dans un cas, c’est un ulcère non suivi d'éruption que l’on lient pour un chancre syphilitique (Campbell); dans un autre, c’est un avortement à G mois, que l’on impute gratuitement à la vérole; ou bien on proclamera la mère indemne parce qu’au moment d’un examen souvent tardif, elle n’offre nulle trace d’accident, alors que la pratique multiplie sans cesse sous nos
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yeux les exemples de femmes infectées sans le savoir. Ajouteronsnous que, dans quelques cas, le diagnostic des lésions des nouveaunés ne semble pas à l’abri de toute suspicion légitime. Encore dans la plupart de ces histoires cliniques l’interprétation se heurte à l’hypothèse et le moindre postulatum qu’elles renferment exige que l’on croie les yeux fermés à la fidélité de toute mère de famille. En somme, sans nier l’hérédité paternelle en matière de syphilis, nous ne croyons point nous éloigner de la vérité en ne lui assignant qu’un rôle fort restreint; nous ne croyons point être injuste en demandant que son inlluence soit démontrée par des faits empreints d’une plus grande rigueur.
Influence du fœtus sur lanière; syphilis par conception. — La loi de Colles, ai-je dit, nous apprend qu’il n’y a pas d’hérédité syphilitique sans contamination maternelle; mais un important problème a été soulevé par Diday: cette contamination, qui, dans les circonstances les plus ordinaires, se produit chez la femme du lait du mari et se transmet ensuite de la mère au fœtus, ne pourrait-elle dans certains cas, rares d’ailleurs, provenir du sperme impur fécondant l’ovule et passer ainsi, non pas de la mère au fœtus, mais du fœtus à la mère? Cette influence se bornerait dans le plus grand nombre des cas à produire chez la femme une sorte de vaccination, d ’ irréceptivité. Mais, dans d’autres cas, et voici le point particulièrement intéressant signalé par Diday, elle suffirait à faire naître une infection réelle avec accidents secondaires généralisés, en tout semblable aux infections ordinaires, n’était l’absence de l’accident primitif. Cette syphilis par conception , dont les symptômes apparaîtraient en moyenne vers le 05e jour, pourrait même être le résultat d’un contact éphémère entre le sperme et l’ovule; de là les véroles nées sans chancre, avec coïncidence d’avortement, quelquefois même d’une aménorrhée passagère ou d’un retard à peine remarqué. Il faut avouer que cette manière de voir, fort ingénieuse, donnerait la clef de bien des problèmes. Toutefois, et si admirablement qu’ait été exposée cette théorie, nousavouons que la lecture des observations ne nous semble pasde nature à entraîner une conviction absolue. En pareille matière et sur un sujet aussi délicat, le maître lyonnais nous pardonnera de faire preuve d’une exigence scientifique que lui-même nous a enseignée.
A ce propos, nous devons rappeler l’opinion émise, il y a quelques années, par P. Aubert (de Lyon). Se plaçant à un point de vue théorique et s’appuyant sur le grand principe formulé par Ricord :
« Hors l’hérédité, pas de vérole sans chancre, » cet auteur soutient que la syphilis par conception devait s’expliquer par l’existence