VII. — Lésions des poumons
En 1851, Uepaul fit, le premier, connaître l’accident dont nous allonsnous occuper; par ses observations, qui remontaient à 1837, cet auteur était arrivé à constater l'existence de lésions pulmonaires spéciales chez les nouveau-nés syphilitiques et en tirait d’importantes conclusions au point de vue du pronostic et du traitement. Vinrent ensuite les travaux de Devergie, Lebert, Lorain, Robin, Foerster, Ranvier, Virchow, et plus récemment ceux de Lancereaux, Daniel Mollière etParrot.
Dans une première forme, qui s’observe surtout chez les enfants n’ayant pas encore respiré, les poumons sont lourds et l’on voit à leur surface, principalement au sommet, des bosselures à divers degrés de développement. Les unes, petites, dures, n’olfrent à l’incision qu’une masse grisâtre, à peine ramollie au centre ; les autres, plus volumineuses, pouvant atteindre la grosseur d’une noix, sont formées par une coque de tissu compacte jaune grisâtre, au sein duquel se trouve soit la matière caséeuse, soit un liquide séro-purulent (Depaul). Dans le cas de congestion intense, complication qui n’est point rare, ces lésions présentent un aspect un peu différent. Sur le poumon, d’une coloration rouge vermillon, sont disséminés des noyaux d’un noir intense, de volumes divers, distincts des ecchj-
SYMPTOMATOLOGIE. — ANATOMIE PATHOLOGIQUE.
moses sous-pleurales, laissant sourdre à la pression une matière brune, visqueuse. L’organe est imperméable à l’air (Tremeau de Rochebrune). — Une autre forme est caractérisée par la présence d’indurations diffuses non limitées, constituant une véritable hépatisation. Le parenchyme est remarquable, dans ce cas, par sa dureté, sa résistance à la pression et sa coloration blanche. Ces trois caractères suffisent à établir le diagnostic entre ce processus et celui qui conduit à l’hépatisation grise ordinaire. Non-seulement ces parties sont dépourvues d’air et plongent rapidement quand on les soumet à la docimasie, mais encore elles résistent à l’insufflation. A la coupe, le tissu est blanchâtre et crie sous le scalpel (Devcrgic).
Le microscope nous apprend que l’altération prédominante, dans ces différents cas, est l’hyperplasie du tissu conjonctif. Daniel Mollière, auquel nous devons un des meilleurs travaux sur celte question, a nettement indiqué les phases successives de ce processus. A la congestion pulmonaire et à la prolifération, marquée par le développement de petites cellules rondes, au sein d’une trame fibrillaire qui se produit surtout autour des petites bronches et sous la muqueuse de ces dernières, succéderait une oblitération de ces canaux aériens, soit par les nodus sous-muqueux, qui soulèvent graduellement l’épithélium, s’ulcèrent et bouchent leur orifice, soit par une bronchite de voisinage, dont ces dépôts d’éléments embryonnaires serait la cause prochaine. Surviendrait en dernier lieu l’atélectasie des vésicules correspondant à ces bronches. Enfin, particularité curieuse, et qui avait conduit quelques auteurs à désigner sous le nom d’épithélioma la lésion qui nous occupe, on trouve des vésicules gorgées de masses épithéliales et, dans quelques-unes mêmes, des éléments agglomérés rappelant la disposition des globes épidermiques (Charles Robin).