‹ Traité pratique des maladies vénériennesChapitre 189 sur 262 · VIII. — Lésions du foie · texte numérisé non relu

VIII. — Lésions du foie

C’est à Gubler que nous devons d’avoir décrit le premier, en 1852, les lésions hépatiques liées à la syphilis héréditaire. N’oublions pas cependant que Wagner, de Baerensprung en Allemagne, Thiry en Belgique, Diday, Testelin et Parrot en France, ont puissamment contribué à l’étude de celte importante question.

Les lésions du foie, extrêmement fréquentes chez le nouveauné syphilitique, débutent, selon toute vraisemblance, dès les premiers temps de la vie intra-utérine. Celte précocité du prc-

SYl'IlILIS HÉRÉDITAIRE.

cgssus moi bide est peut-être la cause de certaines malformations congénitales de 1 organe. Dans un cas, par exemple, sous un foie très-petit pendaient deux tumeurs, rattachées par un pédicule gièle a la masse hépatique, dont elles offraient la structure, et comme elle farcies de productions gommeuses; or n’est-il pas rationnel de considérer la sclérose intra-utérine comme responsable d’une pareille anomalie? (Riegel.)

L’enveloppe de l’organe est très-généralement atteinte; elle paraît dépolie, comme fardée, quelquefois fort augmentée d’épaisseur, interrompue çà et là par des plaques fibreuses circonscrites. Mais, bien plus souvent, elle est parsemée de petits grains blancs, semblables à de la semoule ou à de petites villosités, dont le volume varie de un demi à deux millimètres de diamètre. Celte périhépalile est constante quand le parenchyme est lésé et peut même se montrer isolément.

Le foie est presque toujours augmenté de volume; au lieu de constituer, comme chez le nouveau-né sain, la vingt-cinquième partie du corps, son poids en représente parfois la quinzième, la treizième et même la douzième partie (Zeppel, Parrot].

Les lésions du parenchyme se présentent sous deux aspects différents, constituant : a , la forme circonscrite, et b, la forme gommeuse.

a. Dans la forme circonscrite , de beaucoup la plus rare, l’organe présente une bu plusieurs masses jaunâtres, de la grosseur d’une noisette ou même d’une noix, et le microscope permet de constater qu’elles offrent la composition ordinaire des tumeurs gommeuses (Prévost, Lancereaux, Coupland, Trémeau de Rochebrune).

b. Dans la forme diffuse , nous retrouvons les petits grains de semoule disséminés dans toute l’étendue de l’organe, mais surtout près du bord tranchant du foie, dans le lobe de Spigel et vers le ligament supérieur. Le meilleur moyen de les bien voir, est de plonger le tissu dans de l’alcool, qui déprime par rétraction le parenchyme environnant et leur fait faire une saillie comparable à celle des poils quelques heures après la rasure ; c’est là, ainsi que nous le verrons plus loin, une lésion du stroma fibreux. A la coupe, le parenchyme est dur, élastique, non friable, repoussant le doigt qui essaye d’y pénétrer, et rebondissant lorsqu’on le jette sur un corps dur. Au lieu d’offrir ces granulations qui irrégularisent la surface des sections à l’état normal, il est brillant, lisse et poli comme une vitre. Sa couleur uniforme, dans les points altérés, a été comparée très-justement à celle de la pierre à fusil (Gubler), quelquefois à l’ocre ou à la cannelle ; plus rare-

SYMPTOMATOLOGIE. — ANATOMIE PATHOLOGIQUE.

ment l’organe offre une teinte ictérique vert bronzé. -A la pression on en fait sourdre un liquide d’apparence gommeuse, qui se coagule comme l’albumine. Au voisinage des taches circonscrites, orsque l’altération n’est pas généralisée, la substance propre peut être absolument saine. Enfin les parois des vaisseaux sont considérablement épaissies ; le plus souvent même, les injections n’y peuvent pénétrer.

Voici maintenant ce que nous apprend le microscope. C’est par la charpente fibreuse que les lésions commencent. Les grains de semoule, constitués par des noyaux nucléolés réunis en petits amas dont le centre opaque subit la régression granulo-graisseuse, ne sont autre chose que de petites gommes, des syphilomes miliaires , développés dans le tissu interlobulaire, particulièrement au voisinage des vaisseaux artériels. Quant aux éléments propres, aux cellules hépatiques, on les voit devenir indécises, nuageuses, puis granuleuses, se segmenter et disparaître. C’est à cette série d’altérations qu’est dû l’aspect silex.

De par la syphilis, elles ne subissent jamais de dégénérescence graisseuse ; mais elles en sont fréquemment atteintes lorsque le nouveau-né souffre d’alhrepsie.

Les symptômes d’un tel état ne se constatent pas aisément. L’amaigrissement, la teinte jaune terreuse, les vomissements, la météorisation de l’abdomen, la diarrhée et la constipation signalés par les auteurs ne sont nullement pathognomoniques, et l’on n’observe pas d’ictère. En revanche, il ne saurait y avoir doute lorsque, chez un enfant reconnu syphilitique, on découvre une hypertrophie plus ou moins considérable du foie.

Ces lésions sont surtout graves parles troubles gastro-intestinaux qu’elles peuvent causer, même tardivement ; dans un cas elles n’amenèrent la mort qu’au vingt-deuxième mois (Parrot). Cependant elles peuvent guérir; chez un enfant traité par le protoïodure, on a pu constater une cicatrice au siège des anciennes lésions (Cullerier). Et, d’autre part, il est logique de rattacher aux suites du processus qui vient de nous occuper certains cas d’oblitération de la veine porte, que l’on rencontre sur des sujets de dix à quinze ans ; un argument en faveur de cette interprétation est fourni par celte remarque que chez ces enfants toutes les voies collatérales propres à régulariser la circulation de la veine porte paraissent établies de longue date, comme si le foie avait déjà eu à lutter contre cette altération pendant son développement.

JULL1EN.

SYPHILIS HÉRËÜlïAlHIi.

IX. — Lésions du thymus, de la rate et des capsules surrénales.

En 1850, Paul Dubois attira l’attention sur la présence de pus, sous forme de foyers disséminés, dans le thymus des nouveau-nés syphilitiques; ses observations furent bientôt confirmées par Weber, Spath, Vedl, Hecker. Toutefois, semblable altération de cet organe paraît avoir été constatée chez des sujets exempts de la diathèse; aussi convient-il de n’être point trop affirmatif relativement à la nature de cette infiltration purulente, surtout si l’on se rappelle que la suppuration n'est pas le propre de la syphilis. Nous accordons plus de valeur aux faits signalés par Depaul et Lehmann. Le premier de ces auteurs a rencontré dans chacun des lobes delà glande une cavité remplie d'une matière grumeleuse, jaunâtre, épaisse, qu’il est permis de considérer comme une collection gommeuse; le second a signalé un cas dans lequel le thymus, le foie, la dure-mère, étaient le siège de tumeurs formées par du tissu conjonctif ayant subi la métamorphose graisseuse.

Lésions de la rate. — Elles sont constantes chez le nouveau- né syphilitique; aussi faut-il s’étonner qu’elles aient passé inaperçues jusqu’en 1854, époque où pour la première fois elles furent signalées par Baerensprung,1 et qu’aujourd’hui encore, malgré les travaux de Samuel Gée (1867), Barlow, Zeppel et Parrot (1872), la plus grande obscurité n’ait cessé de régner sur leur véritable nature.

Nous signalerons d’abord la périsplénite, qui, soit généralisée, soit circonscrite, se rencontre à peu près dans tous les cas. On la reconnaît à l’aspect dépoli de la surface, quelquefois aux pseudomembranes qui tachètent la capsule de l’organe, et, dans les cas où la lésion est plus ancienne, à la présence de petits îlots cicatriciels blanchâtres et coriaces.

Le volume de l’organe est toujours augmenté. Il en est de même de son poids. Comparé à celui du corps chez le nouveau-né sain, il est en moyenne, suivant Zeppel, comme 1 est à 340,3, et, chez le syphilitique, ce rapport devient comme! esta 97,2. Les recherches de Parrot donnent des résultats plus frappants encore.

1 Lu môme année, Fuscherer (d’Iéna) publiait un travail sur la pléthore de l<i rate et disait l’avoir observée fréquemment chez les nouveau-nés. 11 est probable que, dans beaucoup de cas, cette pléthore n’était autre chose que 1 alléiation dont nous allons nous occuper.

SYMPTOMATOLOGIE. — ANATOMIE PATHOLOGIQUE.

Chez l’enfant sain.

Chez l’enfant syphilitique.

Un avorton de 7 mois (?)

De 5 à lOjours après la naissance, en moyenne.

De 10 à LOjours

De 2 à 30 jours

De 30 à 40 jours

Un enfant d’un an (cas exceptionnel)

Un enfant de deux ans

Le même auteur, déterminant le rapport du poids de la rate à celui du corps, a trouvé :

Ces ch i tires nous apprennent que cette hypertrophie peut se montrer dès les premiers temps de la vie intra-utérine, et que, d’autre part, elle peut persister après la naissance, pendant un an et même deux ans; nous ajouterons que ces derniers cas sont exceptionnels.

Quant aux lésions proprement dites de la substance splénique, leur élude est encore à faire; le parenchyme tendu, ferme, résistant, se laisse découper en tranches lisses, d’aspect grisâtre, avec taches marbrées, mais nous ne saurions dire encore en quoi consistent ces altérations.

On devra s’efforcer de distinguer cet état syphilitique des lésions paludéennes , fréquentes chez les nouveau-nés, mais qui produisent rarement un accroissement de volume aussi considérable. Chez les leucocythémiques, on observe de grosses rates (Parrot en a vu une de 119 grammes chez un enfant d’un an; mais les lésions du squelette et du tégument font défaut; cette circonstance permettra le plus souvent d’arriver au diagnostic.

Lésions des capsules surrénales. — VircllOW, Huber ( I 870), Henning (1872) ont vu les altérations syphilitiques des capsules chez le nouveau-né syphilitique, mais ont méconnu leur véritable nature, qu’ils rapportèrent, les deux premiers à la stéatose, le dernier à la transformation gélatiniforme de leur parenchyme. Tel n’est pas l’avis de Baerensprung, Ollivier, Ranvier et Parrot, pour lesquels ces organes ne sont atteints que d’un processus de sclérogénèse spécifique, analogue à celui que nous avons décrit pour les autres organes.

Comme 1 est à 83 chez un syphilitique de 6 jours.

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