‹ Traité pratique des maladies vénériennesChapitre 203 sur 262 · J U LU EN · texte numérisé non relu

J U LU EN

HERPÈS général.

est chez l’homme son siège le plus fréquent ; à côté du feuillet interne du prépuce, nous noterons la surface du gland, principalement vers la couronne, comme venant en seconde ligne; toute autre localisation chez l’homme est exceptionnelle. Nous ne reviendrons pas sur les signes cliniques offerts par l’herpès balanopréputial qui a servi de type à notre description.

L’herpès peut-il se développer sur la muqueuse uréthrale? La chose est fort probable. 11 est certain d’abord qu’on observe parfois des vésicules sur les lèvres du méat; mais il y a plus, quelques malades accusent parfois un senliment de brûlure au niveau de la fosse naviculaire et môme au delà, et sont pris pendant vingtquatre ou quarante-huit heures d’une urélhrorrhée qui disparaît ensuite spontanément (Boucaud). Ce phénomène s’observant souvent chez les individus sujets à l’herpès, il y a lieu de se demander s’il n’est pas lié à une éruption intra-uréthrale. Cette manière de voir demanderait à être appuyée sur de nouvelles observations.

Chez la femme, la zone vulnérable est plus étendue. Sur toutes les parties des organes génitaux externes, l’herpès peut se développer; citons surtout les grandes lèvres sur lesquelles les vésicules se recouvrent souvent de croûtes melliformes, et les petites lèvres où elles persistent souvent à l’état érosif. On l’observe aussi sur les parties circonvoisines, aux cuisses, aux fesses, sur la marge de l’anus, et même sur l’orifice du rectum. Étudions brièvement les modifications qu’il présente en quelques-uns de ces points.

Sur la muqueuse vaginale , l’herpès se dissimule facilement, et doit être cherché. Les vésicules y persistent, s’affaisent, en raison de l’humidité constante qu’entretiennent les sécrétions ; et le fond ulcéré se recouvre parfois d’un exsudât blanchâtre. La coexistence d’un herpès vulvaire devra être considérée comme un indice précieux. Au reste, on se rappellera que le vagin n’est que trèsrarement atteint de chancres.-

Même altération de la forme primitive quand l’herpès se localise sur le col. Bien que la vésicule et même la phlyctène, résultat de la fusion de plusieurs éléments, s’y puissent rencontrer, on l'y observe surtout sous forme d’érosions superficielles, rouges quand elles sont à nu, gris blanc quand l’épithélium macéré les recouvre encore. N’oublions pas le contour parfaitement circulaire de ces petites pertes de substance qu’il est aisé de reconnaître quand elles sont très-nombreuses et criblent le col en lui donnant un aspect comme chagriné, mais qui, dans certains cas, peuvent simuler le chancre syphilitique. On évitera cette erreur par 1 exa-

DIAGNOSTIC

men du fond, qui est constitué dans le chancre par une pseudomembrane épaisse, difficile à détacher, d’un aspect lardacé, et dans l’herpès, par une pellicule caduque sans consistance. Qu’on se rappelle aussi que le chancre est le plus souvent unique, que ses limites sont marquées par un rebord rouge, très-net, et que sa marche, quoique rapide, est lente relativement à celle de l’herpès. Enfin il est vrai que le chancre est fréquemment accompagné de vésicules à la vulve; mais on peut considérer comme une donnée clinique incontestable, qu’il n’y a pas d’herpès cervical sans herpès vulvaire; en l’absence de ce symptôme de voisinage, on pourra donc sûrement rejeter le diagnostic d’herpès utérin.

A la marge de l’anus, les vésicules sont rapidement érodées et se transforment souvent en ulcération chancriforme , surtout quand les soins de propreté font défaut. On a quelquefois observé Y herpès intra-anal , développé soit sur les plis normaux de la muqueuse, soit sur un des bourrelets condylomateux ou hémorrhoïdaires. La présence de vésico-pustules, lenticulaires, aplaties, de débris épidermiques blanchâtres, et, dans la majorité des cas, la coexistence d’autres groupes éruptifs sur les muqueuses de la zone génitale sont les principaux éléments du diagnostic.

Avant tout, l’herpès doit être distingué des lésions traumatiques, gerçures ou déchirures, qui surviennent souvent chez les individus à épiderme délicat, et qui parfois se multiplient d’une façon trèspersistante à la suite de la blennorrhagie ou des ulcérations vénériennes du gland. La connaissance des antécédents du malade, la constatation de la forme fissuraire que présente la lésion, et son siège dans des points particulièrement exposés aux frottements et aux chocs vénériens, tels que le frein, la couronne, et chez la femme la fourchette, devront guider, dans ce cas, le praticien ; on notera, en outre, que l’érosion a nimio coita n’est point comme celle qui dérive de l’herpès, entourée d’une aréole inllammatoire.

A la période érosive, l’herpès du gland pourrait passer pour une balanite , mais celte erreur sera évitée s’il reste à sa périphérie quelques lambeaux de l’épiderme soulevé parles vésicules, et surtout si l’on se rappelle que la balanite ne donne lieu qu’à une exulcération, à une sorte d’usure très-superficielle du tégument, que les bords de cette lésion sont irréguliers, vaguement arrondis, très-justement comparés à ceux des cartes géographiques, sans qu’on y puisse découvrir la présence des fragments de petits cercles qui

HERPÈS GÉNÉRAL

bordent l’érosion herpétique. La présence d’une vésicule isolée est toujours, en pareil cas, un signe d’une grande valeur.

Le chancre mon se distingue de l’herpès par son ulcération profonde, à fond jaune, vermoulu, déchiqueté; de plus, lorsqu’il y a plusieurs chancres mous, au lieu d’être groupés sur un point ’ limité, comme les éléments de l’herpès, ils sont presque toujours plus espacés.

Nous ajouterons que le bubon est la règle dans un cas et l’exception dans l’autre, enfin que le chancre survient toujours à la suite d’un coït impur, et qu’il est toujours le résultat de la contagion. Enfin l’inoculation fatalement positive du pus chancreux est un des caractères les plus tranchés de cette lésion.

Le diagnostic du chancre syphilitique et de l’herpès offre parfois des difficultés étonnantes. Entre un chancre nain, peu ulcéré, de ceux qui ont été appelés à si juste titre érosions chancriformes, et l’herpès creux, quelquefois solitaire, à longue durée, surtout lorsqu’il a été déformé par des traitements irritants, il y a si peu de différence, que la lésion vésiculaire a mérité la qualification d’herpès chancriforme. Qu’on n’oublie pas cependant que l’herpès est souvent précédé ou accompagné de cuissons, d’algies, d’excitation locale, tandis que le chancre est généralement aprurigineux ; que l’ulcération, très-souvent multiple et peu profonde dans le premier cas, est entourée d’une petite zone inflammatoire qui n’existe pas dans le second, où d’ailleurs la lésion est presque toujours solitaire. Mais surtout qu’on examine attentivement les bords; leur caractère microcyclique dans le cas d’uicération herpétique est un élément de la plus grande valeur; que l’on interroge la consistance de l’ulcère à sa hase, et l’on reconnaîtra le plus souvent l’induration parcheminée, papyracée ou conique daviforme qui décèlera le chancre. Enfin, qu’on tienne le plus grand compte de l’état du système lymphatique; si l’induration manque sous le chancre, il est un point où elle ne fait jamais défaut, c’est dans les ganglions. Je n’ai pas à rappeler ici ses caractères qui, mis en présence de ceux que l’on constate dans l’adénopathie herpétique, complication d’ailleurs assez rare, sont de nature à dissiper toute incertitude. Dans les cas où, malgré tant d’arguments, le praticien croiradevoir rester dans le doute, il peut compter pour lui dicter à la fois le diagnostic et le traitement sur le critérium infaillible fourni par la marche de la lésion.

L’herpès ulcéré ou irrité par des caustiques présente certains rapports avec les papules muqueuses syphilitiques érodées. Pour l’en distinguer, on se basera, indépendamment des commémora-

TRAITEMENT

tifs, sui' : 1° la coïncidence des vésicules bien caractérisées ; 2° le décollement épidermique des bords de l’érosion herpétique et leur caractère non-seulement polycyclique, mais surtout microcyclique (on sait en effet que les syphilides offrent presque toujours un contour un peu saillant, et que, si leur fond est borné par des segments de cercle, ceux-ci dépassent généralement la dimension d’une vésicule d’herpès) ; 3° la couleur plus vermillonnée, plus jaune de l’herpès, tandis que la papule ulcérée est d’une teinte vineuse, d’un gris rosé, chair de jambon presque caractéristique; 4° la marche aiguë de l’herpès, qui s’accompagne quelquefois de fièvre, de démangeaison, de prurit, de troubles nerveux, qui évolue en quelques jours sans impressionner le système lymphatique d’une façon durable. Inversement, ne sait-on pas que les syphilides peuvent atteindre un développement considérable sans exciter aucun phénomène subjectif, aucun trouble circulatoire, mais qu’il est rare que les ganglions de la zone génitale soient restés indemnes.

$ 4. — TRAITEMENT

Contre la lésion locale, peu de chose à faire; on usera avec avantage de la poudre de riz et d’amidon, qui suffit à la protéger contre les violences qui, en la privant de son opercule épithéliale, la transforment en érosion. On peut également prescrire la glycérine étendue, additionnée ou non de tannin. A la période exulcéreuse, j’ai eu ii me louer tout particulièrement de la poudre de camphre rendu impalpable par dissolution dans l’éther ou l’alcool (Mireur) ; je n’ai observé, il est vrai, qu’un petit nombre de faits, mais la rapidité de la guérison a été fort remarquable.

Mais c’est peu de cicatriser la lésion existante, il faut s’attacher surtout à en prévenir les désolantes récidives. Pour arriver à ce résultat, voici ce que nous enseigne l’observation : de moyens locaux, il n’y en a pas ! C’est en vain qu’on a vanté tour à tour les frictions destinées à fortifier l’organe; la cause de l’accident est constitutionnelle, et c’est par un traitement général qu’il faut l’atteindre. Or, il n’en est pas de plus efficace que l’eau chlorurée sodique, sulfureuse d’Uriage. Les observations rapportées à ce sujet par Doyon et Diday sont si concluantes et si nombreuses que l’on peut considérer un séjour à cette station comme un spécifique presque assuré.

Bazin, Leçons sur les affections génériques de la peau, p. 412, 1862. —

Doyon, P5 l'herpès génital, Paris, 1861. — IJouaud, Expériences sur

Page 1