LYMPHANGITE, PHLÉBITE, GANGRÈNE
cet état est des plus variables ; très-intense dans certains cas où elle s’accompagne de rougeur et de douleur vive, elle est nulle dans d’autres. Les seuls symptômes consistent alors dans la présence des cordons durs et indolents et l’intumescence ganglionnaire.
La résolution est la terminaison à peu près constante de ces lymphangites. Exceptionnellement on voit des noyaux d’engorgement se former sur le trajet des vaisseaux et suppurer. Cette lésion, du reste, serait par elle-même insignifiante, si elle ne produisait parfois des décollements assez étendus pour exiger une surveillance attentive.
L 1 angioleucite diffuse ou réticulaire affecte, en général, la forme érysipélateuse. La peau du pénis se gonfle, se boursoufle; l’extrémité supérieure, au niveau du gland, devient énorme et se renfle en forme de massue ou de battant de cloche; la sensibilité est très-grande, les douleurs vives ; la miction, souvent gênée par le rétrécissementœdémateux de l’orifice préputial, les érections, sont horriblement douloureuses ; les ganglions présentent une tuméfaction considérable et sont très-sensibles. Cette inflammation atteint son maximum d’intensité en très-peu de temps, et détermine le plus souvent des troubles généraux inquiétants (fièvre, malaise, inappétence, délire léger); puis bientôt sous l’influence du traitement ou même spontanément, la résolution se produit brusquement.
D’autres fois, cependant, l’angioleucite se termine par la formation d’abcès et même, exceptionnellement, par le phlegmon diffus.
Phlébite. — La phlébite des veines de la verge est un accident rare.
Quand la dorsale est isolément enflammée, elle forme, une corde dure et tortueuse que l’on peut suivre jusque sous le pubis ; le prépuce est tuméfié, l’organe est parfois dans une demi-érection. La peau est rouge comme dans la lymphangite, mais on observe un empâtement de la région plus prononcé. Il n’est pas possible de saisir et de soulever la veine avec les doigts, comme on le fait pour les lymphatiques. Déplus, on n’observe guère avec la phlébite de retentissement ganglionnaire.
L’inflammation des veines caverneuses a, jusqu’à présent, peu fixé l’attention des praticiens. Aussi serait-il difficile d’en tracer le tableau symptomatique. M. Richet a rapporté plusieurs laits d’une lésion qui se caractérise par la présence de caillots au sein
SYMPTOMATOLOGIE.
du lissu érectile. Chez un vieillard de soixante-quinze ans il vit survenir un gonflement indolent et progressif des corps caverneux, qui finit par déterminer, après quelques jours, une sorte d'érection à laquelle la portion spongieuse restait étrangère. Le gland restait flasque et comme flétri au devant des corps caverneux, turgides, roidiset dirigés horizontalement. Une incision pratiquée sur l’un des corps caverneux ne donna d’abord issue qu’à unsangcaillebotté et infect. Les jours suivants on put retirer par cette ouverture la totalité du tissu érectile mortifié. Cet homme ayant succombé à une infection purulente, on trouva à l’autopsie les veines caverneuses oblitérées par des caillots qui se prolongeaient jusque dans les plexus vésicaux et prostatiques remplis de pus.
Chez un autre malade qui présenta aussi les phénomènes de l’érection, mais complète, c’est-à-dire portant à la fois sur les corps caverneux et spongieux, on trouva les caillots oblitérant non-seulement les veines caverneuses, mais la dorsale de la verge.
Quoique de tels fails n’aient pas été consignés en tant que complication de la blennorrhagie, nous avons tenu à les rapporter. Quelquefois, en effet, le lissu spongieux du corps de la verge présente des nodosités plus ou moins étendues pendant le cours des écoulements uréthraux, etsemble être le siège d’une inflammation plus ou moins vive. Or ce n’est peut-être là qu'un degré moins avancé de l’état que nous avons décrit sous le nom de cordée , et dans lequel ce corps spongio-vasculaire et le tissu cellulaire sousmuqueux de l’urèthre sont douloureux et inextensibles.
Phlegmon «le la verge. — 11 survient spontanément, par la propagation de l’inflammation uréthrale, dans quelques cas fort rares, mais plus souvent sous l’influence d’un traumatisme (rupture de la corde, excès vénérien, etc.). Dans le plus grand nombre des cas, le mal reste borné à la peau et aux couches sous-cutanées, particulièrement au prépuce, mais il envahit parfois le lissu spongieux des corps spongieux ; toutes les parties qui composent la verge entrent alors en suppuration.
Les phlegmons qui se développent au niveau du prépuce ont une grande tendance à détruire la muqueuse et à se vider du côté du gland (Ch. Hardy). Lorsque l’abcès est vidé, le prépuce revient sur lui-même, la tension disparaît, les douleurs cessent et l’on constate que la peau tendue au-dessus du foyer est très-amincie. Souvent même cet amincissement est tel, qu’après avoir présenté diverses teintes du rouge au violet, elle finit par tomber en gan-
LYMPHANGITE, PHLÉBITE, GANGRÈNE.
grène. II en résulte une perforation, sorte de fenêtre au fond de laquelle on peut apercevoir le gland (voyez fîg. 12, page 152).
L’inflammation d’un corps caverneux se reconnaît à la tuméfaction fusiforme que présente le pénis du côté correspondant, et à la douleur profonde que les malades ressentent en cette région. Elle n’aboutit pas toujours à la suppuration, mais il est rare qu’elle ne détermine pas, au sein des aréoles caverneuses, un épanchement de lymphe plastique, qui met dans la suite un sérieux obstacle à leur fonctionnement.
La formation de pus au sein du corps érectile est toujours une lésion d’une extrême gravité. Enfermé dans une coque inextensible, le tissu tuméfié, gorgé de pus, subit à brève échéance un étranglement qui le frappe de mort, et trop souvent l’incision par laquelle on croit mettre fin aux accidents ne donne issue qu’à des lambeaux mortifiés.
Gangrène. — La gangrène peut être la conséquence des divers étals que nous venons d’énumérer. Elle survient parfois coïncidemment avec la phlébite caverneuse ou de la veine dorsale de la verge. Plus souvent on la voit compliquer le phimosis ou le paraphimosis ; elle reste alors limitée au prépuce.
Nous avons précédemment (page 36) étudié l’influence que les affections aiguës exercent sur la blennorrhagie; c’est ici qu’il convient de mentionner une des conséquences les plus graves qui puissent naître de cette complication : la gangrène. Boyer nous en a laissé trois observations du plus haut intérêt.
La première a trait à un garçon de vingt-deux ans, qui fut porté à l’hôpital de la Charité pour une fièvre adynamique. Au bout de quelques jours on s’aperçut qu’il avaitle prépuce un peu enflammé; l’inflammation fit des progrès, et à la rougeur pourprée succéda bientôt une eschare gangréneuse située à la partie supérieure du prépuce. L’usage des antiseptiques les plus puissants n’empêcha pas la gangrène de faire des progrès; elle s’étendit jusqu’au delà du milieu de la verge, où ellese borna. Les extrémités se détachèrent; une partie du gland et des corps caverneux fut détruite ; les parois de l’urèthre tombèrent aussi en partie, et il resta une plaie inégale, anfractueuse, que le passage des urines et les pansements rendaient fort douloureuse. Boyer pratiqua l’amputation. Lorsque le malade eut recouvré la connaissance qu’il avait perdue pendant le cours de la fièvre, il déclara qu’il avait contracté une blennorrhagie quelque temps avant sa maladie ; en sorte qu’il est probable que l’irritation causée par la blennorrhagie avait été la cause dé-
PRONOSTIC
terminante de l’inflammation gangréneuse qui a servi de crise à la fièvre adynamique.
Un homme âgé d’environ trente-six ans contracta une blennorrhagie, et quelque temps après fut atteint d’une fièvre ataxique pour laquelle on le transporta àla Charité. Bientôt la verge s’enflamma et •devint d’un rouge livide, la gangrène ne tarda pas à s’en emparer; elle fit même des progrès rapides et ne se borna entièrement que lorsque les symptômes de la fièvre éprouvèrent une diminution sensible. D’abord elle parut n’attaquer que la peau, mais bientôt le gland et les corps caverneux présentèrent des signes non équivoques de corruption, et la verge fut entièrement détruite. Les parties gangrénées se détachèrent par lambeaux, et leur chute totale laissa une plaie conique, dont la guérison fut très-lente.
Enfin un autre malade attaqué à la fois d’une blennorrhagie et d’une fièvre adynamique eut aussi la verge atteinte de gangrène; mais ce malade fut moins maltraité que les deux autres, car il en fut quitte pour le prépuce : sa fièvre, à la vérité, fut accompagnée de symptômes moins graves que celle qu’éprouvèrent les deux premiers.
g 2. — PRONOSTIC.
Les suites des lésions que nous venons d’énumérer sont, d’une façon générale, moins graves que l’on ne serait tenté de le croire. On est souvent étonné de voir les malades survivre aux plus épouvantables délabrements; bien plus, les tissus de cette région font preuve d’une puissance de réparation singulière.
Les anfractuosités se remplissent, grâce aux bourgeons charnus. Les fistules se comblent, les organes mis à nu se recouvrent et la
santé se rétablit le plus souvent avec une grande rapidité '.
1 II est peu de faits qui, sous ce rapport, présentent un ensemble de circonstances aussi remarquables que celui que relate Foreslus dans son xxvi0 livre. Il s’agit d’un individu auquel une affection vénérienne difficile à déterminer compromit à tel point la v italilé du pénis, que l’organe tout entier fut enlevé un jour, adhérent à un catasplasme. A tous égards on nous saura gré de reproduire ici celte intéressante observation. « Inflammatione pénis laborabat sartor quidam, virproccrus nis « ger et robustus. Quam infiammationem cum ex vcncre cum mulicrc infoctàcon- « traxisset, primum non magni faciens, habens uxorein, matri (quæ etiam medi-
« castra erat) ut secretum manerct aperuit Intra très dies totum verelhrum ad
« esthiomenum pervenit... Verum adeo putrefactio aucta est, totum membrum vi- « rile tandem ila pulrefactvm, ut cataplasmati adherens exiderit et ablatum fuerit...
« Ad eum modum, licet scrotum corruplum foret, ac testes denudati cernerenlur
« et virga tota usque ad pubem ablata, ulcus profondum spectaretur, tamen na-
188 LYMPHANGITE, PHLÉBITE, GANGRÈNE.
Certains auteurs, pour expliquer le volume parfois étonnant que présentent encore les organes génitaux après des mutilations considérables, ont même cru à la possibilité d'une régénération contre laquelle protestent toutes nos notions d’anatomie et de physiologie pathologique. Dans notre travail sur l’amputation du pénis, nous avons du reste essayé de réduire ces assertions à leur juste valeur.
Quand l’intégrité des organes érectiles a été compromise, leur forme, soit à' l’état de flaccidité, soif surtout pendant l’érection, présente souvent de grandes irrégularités.
Au sein ou à la surface des corps caverneux, on constate des nodosités plus ou moins étendues qui les interrompent et semblent les barrer. 11 en résulte que les parties lésées ne reçoivent plus la quantité de sang indispensable à la turgescence, et conservent leur volume pendant que les autres se développent. De là les plus singulières déformations.
Un malade se plaint de la distorsion de son pénis. Chez un autre le corps de la verge se dirige en bas, tandis que le gland ainsi que la partie antérieure se tournent en haut, les deqx parties étant ainsi à angle obtus. Chez d’autres, l’organe présente une concavité supérieure inférieure ou latérale. Est-il besoin d’ajouter que cette infirmité qui, sans priver complètement le malade du coït, l’oblige à des efforts plus pénibles et le rend parfois ridicule, est une cause fréquente d’hypochondrie.
L’angioleucite laisse quelquefois après elle un état variqueux des lymphatiques qui peut avoir pour siège les troncs ou les réseaux sous-cutanés et cutanés.
La région des organes génitaux est en effet le lieu de prédilection de cette lésion. Le tégument présente un état rugueux mamelonné qui le fait ressembler à une peau d’orange ou à du maroquin; pas de douleur, mais un sentiment de gêne mécanique.
« tura islis remediis adiuta, et optimà chirurgi diligentiâ, profunditas ilia carne « tamen repleta fuit; et foramine parvo permanente, per quod deinde mingebat, « carneque putrida prius amota testes (quod dictu mirum est) denuo carne nova « accrescente vesliti sunt. Hic, aulem œger egregiè curatus, ex ventre per foramen « urinam emittens, cum mentula carerel tentigine quàdam Veneris, ob testes, qui « et postca sanati sunt irritatus, et ncscio quo furorc agitalus aliam uxorem duxit, « quà tamen uli non poterat, ncc veneri sacrificare. Verum ille paulo post, una « cum aliis ut Harlemum ab obsidionc liberarent, prosectus, extinelus est : atquc , « uxor, quœ cliamnum vivit, alio deinde viro copulata, multas proies peperit. (Observalionum et curationum mcdicinalium sive mcdicincæ Tbeoricæ et practicæ, ltbri XXVIII, auctore Petro Foresto, Alcmariano, med. Delphensi, E. Paltheniana Nobilis Francofurti officinà, MDCII, t. II, 569).
TRAITEMENT
Une des conséquences de celle dilatation est la formation de phlyctènes ou de vésicules.
Quand la lésion a atteint les troncs, on les voit ramper sous la peau, tortueux, transparents, pouvant atteindre jusqu’au volume d’une plume de corbeau, quelquefois cylindriques, d’autres fois moniliformes. Enfin dans quelques cas une petite dilatation ampullaire se forme sur leur trajet, fluctuante, dépressible, transparente, et éminemment vulnérable; il est bien rare que, spontanément ou sous l’influence d’une déchirure accidentelle, elle ne s’ouvre pas pour donner lieu à une fistule. La lymphorrhagie qui en est la conséquence est parfois extrêmement abondante.
g 3. — TRAITEMENT.
Contre les accidents inflammatoires, phlébite, lymphangite, phlegmon, on usera des antiphlogistiques : la glace et les lotions résolutives; onctions belladonées et mercurielles au début, plus tard cataplasmes émollients. Dès que la suppuration se manifeste on débridera. Donner de bonne heure issue au pus, c’est mettre un terme aux douleurs, protéger les parties voisines, les préserver du danger de la compression, prévenir la gangrène dans certains cas, et, dans presque tous, abréger la durée de la maladie.
La mortification s’est-elle produite, on désinfectera les parties en les tenant constamment couvertes de poudre de charbon et de quinquina, sans qu’il y ait même besoin de placer un bandage contentif. Cet excellent pansement pourra être appliqué pendant tout le temps qu’emploiera la plaie pour se déterger, et même quand les bourgeons charnus auront paru. Plus tard on le remplaçera par du vin aromatique.
Les difformités qui ont leur point de départ dans les noclas des corps caverneux sont le plus souvent incurables. Certains auteurs prétendent cependant avoir obtenu d’heureux effets en administrant Y iode et les mercuriaux à l’intérieur et à l’extérieur.
Les varices lymphatiques ne sont pas moins rebelles. Contre la lymphorrhagie, on emploiera la compression; contre les fistules, on aura recours à la cautérisation.
Boyer, Traité des maladies chirurgicales et des opérations qui leur conviennent, t.X, p. 355 et seq. Paris, 1825. — Richet, Grangrène des corps
caverneux ( Archives générales de médecine, t. Il, p. 319). — Kirby,
Sur une affection rare du pénis ( Dublin medical Press, nov. et déc.,
ADÉNITE.
Gaz. méd., p. 676, 1850). — Galligo, Di qualche spécial tumore det pene ( Gazzetta medica Italiana Toscana, oct., nov., déc., anal, in Gaz. méd. de Paris, 1851). — Binet, Fistule lymphatique de la verge (Archives générales de médecine , p. 223, 1858). — Nélaton, Éléments de pathologie chirurgicale, t. Y, p. 67G. Paris, 1859. — Vidal (de Cassis), Traité de pathologie externe et de médecine opératoire, t. V, p. 265, 3e édition. Paris, 1861. — Melchior Robert, Nouveau traité des maladies vénériennes, 2e édition. Paris, 1864. — Ch. Hardy, Des abcès blennorrhagiques. Paris, 1866. — Fournier, Nouveau dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques, art. Blennorrhagie lymphangite, p. 185. Paris, 1866. — Augé, Un cas de réparation étonnante apres une perte de substance de l'urèthre ( Union médicale, p. 91, 1872). — Louis Jullien, De l'amputation du pénis, p.,83 et seq. Paris, 1873. — Viguier, Des varices et fistules lymphatiques, thèse de Paris, 1874. — Remarquât, De la régénération des organes et des tissus, p. 282. Paris, 1874. — Vladan Gjorgewjk, Des varices lymphatiques (Arcliiv fur klinische Chirurgie de Langenbeck, band. XII; Nepyeu, Arch. de médecine, trad. de 1875).