SIMPLE
Comme 1 est à 1,27
1870 (2° semestre).
1874 Scrv. Mauriac.
Comme 6, 4 est à 1
— 6, 3 est à 1
1 Charles Mauriac (clinique de l’hôpital du Midi), Rareté actuelle du chancre simple, p. 17. Paris, 1870.
ÉTIOLOGIE.
De pareils chiffres témoignent d’une grande mobilité dans les causes qui président au développement du chancre, et laissent supposer que, le jour où l’hygiène aura su les reconnaître toutes, son intervention sera d’une grande efficacité dans la prophylaxie. Personne n’a mis' ce fait en relief avec plus de rigueur scientifique, une plus grande richesse d’arguments, que Charles Mauriac, dans le mémoire auquel nous avons emprunté les chiffres précédents.
Essayons-nous d’approfondir les circonstances qui dominent l’étiologie du chancre simple , l’examen des statistiques recueillies à ce sujet nous ramène invariablement h l’idée de la nécessité d’une contagion. Examinons brièvement, en effet, grâce au tableau suivant, que nous devons à l’obligeance de M. Le Fort, auprès de quelles femmes se contractent le plus souvent les diverses maladies vénériennes. La blennorrhagie, qui, nous l’avons vu, peut se produire sous l’influence de nombreuses causes vulgaires, et la syphilis, dont les accidents éclatent parfois après ^ une longue période de guérison apparente, sont fréquemment transmises par les femmes dont la moralité offre le plus de garanties; il n’en est pas de même du chancre simple, qui, dans une énorme proportion, se contracte auprès de prostituées isolées ou clandestines, c’est-à-dire auprès des femmes, qui, s’exposant journellement à la contagion, en sont les agents le plus ordinaires.
Tel est aussi, à quelques différences près, le résultat auquel est arrivé Mauriac dans l’intéressante étude qu’il a consacrée au chancre mou. 579 chancres de celte espèce, observés pendant les années 1869 et 1870 (1er semestre), furent notés comme ayant été communiqués, 432 par des filles insoumises et 117 par des filles soumises. Sur les /i32 insoumises, il y avait 303 coureuses et 129 varia. Sur les 117 soumises il y avait 59 femmes en cartes et 58 femmes en maisons. Ces deux dernières catégories de femmes sont sur la même ligne. Il est facile de voir combien elles offrent plus de garanties que les précédentes. On peut donc rationnellement considérer la prostitution clandestine comme une des causes qui agissent le plus puissamment pour la propagation du chancre simple.
Quant aux hommes, nous n’avons pas pour les catégoriser de contrôle semblable. Les statistiques hospitalières constituant nécessairement sur ce point tous les renseignements sur lesquels nous puissions nous appuyer, ne nous éclairent que sur les aptitudes morbides d’une seule partie de la population; mais, pour le cas qui nous occupe, nous ne saurions douter que ce ne soit celle qui est le plus communément et le plus sérieusement frappée.
Tableau résumant par catégories le nombre des femmes accusées par les vénériens d'être la source
de leur maladie.
DU CHANCRE SIMPLE
ÉTIOLOGIE.
Voici relativement à l’influence des professions quelques chiffres, que nous devons encore à M. Le Fort- Nous avons relevé sur un tableau, qui ne comprend pas moins de 967 observations, la liste des professions qui nous paraissent avoir été le plus éprouvées.
Journaliers
Cordonniers
Serruriers
Mécaniciens
Boulangers
Garçons de café
Ébénistes
Peintres en bâtiment
Ajusteurs
Employés de commerce Tailleurs . .
Cochers
Sculpteurs
Bijoutiers
Bouchers
Garçons marchands de
vin . .
Garçons de magasin
Garçons de restaurant .
Coiffeurs
Charretiers
Selliers
Comme on le voit,
le chancre mou sévit avec d’autant plus d’in-
tensité sur les ouvriers (qui composent exclusivement la clientèle des hôpitaux), qu’ils sont moins élevés dans l’éclielle sociale. Ces derniers en effet peu soucieux pour la plupart des soins corporels, sont les hôtes ordinaires des repaires clandestins où se perpétuent les restes de cette affection.
Quant à la question de savoir si tous les hommes sont également susceptibles de subir l’action du virus chancreux? Hübbenct (de Kiexv) dit avoir rencontré deux individus chez lesquels l’inoculation, tentée à plusieurs reprises, resta constamment négative. Ce sont les seuls fait d’immunité naturelle que nous connaissions.
Mais du moins le chancre simple, qui, comme le vaccin, se manifeste par des éléments éruptifs localisés aux points mêmes de l’insertion du virus, crée-t-il une immunité contre les inoculations ultérieures? Nul problème n’a donné lieu à des discussions plus passionnées que ce dernier; non pas que l’on mît en doute la réinoculabilité chancreusc immédiate, fait à ce point évident, que nul ne le pouvait nier; mais quelques auteurs, se battant de trouver dans le pus du chancre simple le vaccin de la syphilis, annoncèrent, qu’après un certain nombre de reproductions sur le même individu, le virus n’y rencontrait plus un terrain favorable à son développement. Or, comme à les en croire, les deux chancres, lesimple et l’infectant, dérivaient d’un même principe, par cela même qu’un sujet devenail réfractaire à l’inoculation du premier, ils en concluaient que la vérole n’avait plus de prise sur son organisme (Auzias Turenne, Boeck, Sperino). C’était là une double erreur. A la vérité, chez quelques sujets, les ulcères, en se succédant, semblaient diminuer d étendue, et le pus qui en résultait y perdre
DU CHANCRE SIMPLE
quelque chose de sa virulence ; quelquefois il se produisait, au point de vue de l’aptitude à l’ulcération, une sorte d’épuisement d’une région donnée, qui finissait par ne plus se prêter à la fructification du virus; encore ce résultat exceptionnel n’était-il guère durable. En tout cas, cette saturation locale ne pouvait-elle, et c’est là surtout que gisait l’aveuglement des syphilisateurs, s’opposer qu’à une infection locale, celle du chancre simple ; la réceptivité pour la syphilis n’en était pas atteinte. Plusieurs observations prouvèrent en effet qu’après avoir supporté l’inoculation d’un plus ou moins grand nombre de chancres simples, les patients n’étaient nullement défendus contre le pus syphilitique. Tel fut en particulier le cas du célèbre docteur Lindmann. Cet homme généreux se prêta à l’expérimentation la plus étendue; plus de 2700 chancres simples se développèrent sur son corps; il n’en contracta pas moins par inoculation un chancre infectant, qui fut suivi de toutes les conséquences de la vérole.
Si le chancre simple ne préserve pas de la vérole, il n’est pas plus vrai de dire que la vérole préserve du chancre simple; la pratique nous en rend témoins tous les jours, et ce n’est pas un faible argument en faveur de la dualité des virus, que de voir chacun d’eux se comporter sur les sujets déjà contaminés par l’autre comme si leur organisme en était indemne. Voici à ce propos une statistique, communiquée par M. Le Fort, qui résume les antécédents vénériens de 967 malades atteints de chancres mous.
MALADIES VÉNÉRIENNES CONTRACTÉES ANTÉRIEUREMENT PAR DES SUJETS ATTEINTS DE CHANCRES MOUS (967 CAS).
Uréthrites simples 210
— avec orchite 13
— multiples 27
Uréthrites et chancres mous 24
Uréthrites et syphilis 14
Uréthrite, chancres mous et syphilis 1
289 soit 29,8%.
Chancres mous 74
Chancres mous et uréthrite 24
Chancre mou et chancre syphilitique 1
Chancre mou, uréthrite et syphilis 1
700 soit 10,2 %
Chancre syphilitique 5.5
Syphilis et uréthrite 20
Syphilis et chancres mous 1
Syphilis, chancre mou et uréthrite 1
75 soit 7,7 %•
ÉTIOLOGIE.
Nous avons dit qu’il n’existait aucun préservatif absolu, naturel ou acquis, contre l’inoculation du chancre simple. Tout médecin a pourtant observé des sujets qui se font un jeu de braver la contagion, et l’on a depuis longtemps noté l’immunité presque absolue, que beaucoup de prostituées acquièrent avec l’exercice de leur fonction. C’est à dessein que je rapproche ces faits, car ils dérivent d’une même cause, la résistance des épithéliums. Chez la femme publique, les muqueuses insensibilisées, tannées par l’usage des astringents et les frottements, acquièrent souvent une telle épaisseur qu’on a pu les comparer à des fibro-cartilages 1 ; il en est de même pour certains débauchés; de même aussi pour quelques individus, qui ont naturellement le gland à découvert. Inversement les sujets dont les muqueuses sont délicates, et qui portent un prépuce développé, sous lequel les liquides nocifs peuvent pénétrer et^ séjourner en dépit d’ablutions, présentent une redoutable réceptivité. Parmi ces derniers il importe de compter les arthritiques et les herpétiques. S’il faut en croire M. Nystrôm, de Copenhague, ces vices diathésiques entretiennent chez ces sujets unebalano-posthite incessante, eteréent ainsi, en supprimant ou tout au moins en amoindrissant la barrière que lui offre l’épithélium, de nombreuses bouches d’absorption pour le virus. (Voir le chapitre de la balano-posthite , page 156). C’est dans ce cas seulement, c’est-à-dire agissant sur ces tissus délicats, macérés au contact des sécrétions balano-préputiales, que nous admettons la pénétration possible du virus, sans déchirure préalable.
d« siège du chancre simple. — Le siège habituel du chancre simple est la région génito-anale. Les statistiques suivantes en font foi.
L — Statistique de Debauge ( de Lyon), 206 cas, femmes.
Fourchette, fosse naviculaire 78
Grandes lèvres 19
Petites lèvres 16
Méat urinaire (de ces 21 chancres, 19 se prolongeaient dans
l’urèthre ) 21
Voisinage du méat 2
Vestibule 4
A reporter 140
1 Adrien Charpy, Des organes génitaux externes chez les prostituées (Annales de dermatologie et de syphiliographie de Doyon t. III, p. 269).