‹ Traité pratique des maladies vénériennesChapitre 68 sur 262 · Turati · texte numérisé non relu

Turati

Plusieurs jours après le début

Malade revu seulement deux

de 5 chancres indurés. mois après, grosse papule

ulcérée caractéristique.

C’est particulièrement pendant la période secondaire, dont la durée est indéterminée, que le rôle de l’immunité relativement â la fréquence du chancre syphilitique est considérable. L’expérimentation, aussi bien que la clinique, ont cependant démontré la possibilité d’une réinfection à cette période, comme nous venons de le voir pour la précédente, comme nous le verrons pour la dernière.

Bien que nombre d’auteurs : Bartho.lomeo Maggi (1550), Brassavole (1550), Antoine Lccoq (1550), Yidus Vidius (1542), Trajan Petronius (1545), Colles (1844), l’aient connu et décrit, c’est â Bicord (1845), Follin (1854), Poche (1854), Delestre (1860), mais surtout à Diday (1860), que nous devons les premières études approfondies sur le phénomène de la réinfection. Dans un Mé-

JULLIEN. ot

moire fort important [Archives générales de médecine ), et, plus tard, dans son Histoire naturelle de la syphilis (1862), ce dernier auteur présenta 32 observations, qu’il semblait permis de considérer alors comme des exemples absolument probants de réinfection. Ces cas étaient répartis de la façon suivante :

1° Chancre et vérole pour effet de la première contagion ; chancre seul pour effet de la seconde : 19 cas.

2° Chancre et vérole pour effet de la première contagion; chancre et vérole atténuée pour effet de la seconde : 10 cas.

3° Chancre et vérole pour effet de la première contagion; chancre et vérole plus forte pour effet de la seconde : 3 cas.

Le mémoire de Diday fut le signal d’un grand nombre de travaux, parmi lesquels il convient de citer ceux de Hugenberger (1863), Corten (1865), Scarenzio (1866), Kobner (1872), et plus récemment de Gascoyen (1875). Mais de toutes les recherches qu’il suscita, il n’en fut pas de plus fructueuses que celles de A. Fournier sur le pseudo-chancre induré des sujets syphilitiques (Archives générales de médecine , 1868).

Étudiant les lésions qui jusqu’alors avaient été prises pour des chancres indurés de récidive, Fournier montra qu’elles pouvaient se développer en dehors de toute contagion nouvelle, et ne constituer que des manifestations spontanées de l’infection ancienne.

Assurément, il serait inexact de soutenir qu’on doit rapporter à des pseudo-chancres les observations qui forment la seconde et la troisième catégorie de Diday, et dans lesquelles nous voyons la lésion dont il s’agit suivie d’accidents généraux, bien qu’à la rigueur on puisse soutenir pour quelques-unes d’entre elles que ces accidents reconnaissent leur cause dans l’évolution de la syphilis préexistante. Mais on ne saurait guère conserver de doutes à l’égard des 19. cas d’ulcération non suivie d’effets constitutionnels qui, selon toute probabilité, sont justiciables de l’interprétation donnée par Fournier. De 32, le nombre des observations de Diday descend donc approximativement à 13.

Gomme on le voit, la fréquence des contagions doubles est singulièrement moins considérable qu’on ne le croyait il y a quelques années; mais leur existence est incontestable. Du reste, dût-on mettre en doute les faits cliniques, les résultats de l’expérimentation suffiraient à établir la réalité des réinfections. "Wallace inocula le produit de sécrétion des plaques muqueuses à un syphilitique parvenu à la période secondaire, et obtint, après vingt-six jours d’incubation, un chancre induré caractéristique. Tel fut aussi le résultat de l’inoculation pratiquée le 20 juin 1851,

ÉTIOLOGIE.

par Bouley, à un tertiaire; un chancre parut le 12 juillet suivant, et trente jours après se montrèrent les manifestations générales.

Nous venons de voir l’immunité produite chez un sujet par le développement du chancre huntérien se prolonger à travers la phase des poussées éruptives jusqu’à celle des manifestations ultimes. Mais la syphilis peut éprouver dans sa marche de longues périodes d’intermittence; souvent même, bien que les pronostics bénins les plus rationnels soient parfois déjoués par l’apparition tardive d’accidents graves, la maladie semble avoir épuisé son action; car aucun acte morbide ne révèle qu’elle dure encore. Elle survit cependant, bien que latente; un seul de ses elfets persiste et atteste la modification qu’elle imprime toujours à l’organisme : c’est l’immunité. Le raisonnement conduit à supposer que cette immunité même doit avoir un terme, si reculé soit-il, comme celle de la variole et de la plupart des maladies infectieuses; mais l'expérience n’a que fort exceptionnellement confirmé les données de l’analogie ; aussi ne saurait-on nier que, dans l’immense majorité des cas, l’aptitude pour un sujet à contracter la syphilis ne soit à jamais éteinte dès l’apparition de l’ulcère initial. •

Bien plus, pour certains auteurs, loin qu’elle soit temporaire, cette immunité se continuerait par transmission héréditaire chez les descendants des sujets frappés; de là les cas assez fréquents d 'immunité naturelle , congénitale , indépendante de tout phénomène morbide préexistant, sur lesquels nous allons maintenant porter notre attention.

1 Examinons d’abord les faits expérimentaux. Le docteur Rattier* s’inocula vainement le liquide sécrété par des accidents secondaires de forme variée; il en fut de même de Cullerier; mais nul ne s’est soumis à des essais plus nombreux et plus décisifs que le docteùr Sarrhos. Ce dernier, n’ayant jamais eu la syphilis, s’inocula trente fois environ, avec résultat négatif, le liquide provenant de diverses éruptions spécifiques. Lalagade (d’Albi) n’a pas été moins heureux dans ses expériences sur la contagiosité du sang pendant la période secondaire; à plusieurs reprises il recueillit de ce liquide sur des sujets syphilitiques et le porta au contact de points dénudés, d’érosions dont son tégument était le siège; l’accident primitif ne parut point.

Bien qu’il soit moins facile, en général, de les contrôler, les exemples que nous offre la clinique ne sont pas moins significatifs.

C est un fait îeconnu, que certains individus bravent impunément la contagion. Un jeune homme d’excellente constitution,

vierge de toute infection, m’affirmait récemment avoir exercé le coït avec une femme dont les parties génitales étaient le siège de tubercules muqueux, saillants et suintants, et s’être maintes fois exposé de même sciemment, sans qu’il ait jamais eu à s’en repentir.

Je tiens de Mauriac le fait d’un malade atteint d’une ulcération primitive, caractéristique, suivie dans les délais normaux d’accidents constitutionnels fort graves, et qui n’interrompit pas un seul jour ses relations avec sa maîtresse. Cette dernière se fit examiner par tous les syphiligraphes de Paris, et fut reconnue saine; bien que prévenue du danger, elle se livra avec frénésie à son amant, dont elle voulait partager la maladie. Mais ce fut en vain qu’elle recourut aux pratiques les plus étranges, buccales ou autres, pour arriver à ses tins; elle resta saine.

Henry Lee voit dans l’immunité de ces sujets la conséquence d’une infection chez leurs ascendants. S’il est vrai qu’un malade ne peut avoir qu’une seule fois la syphilis pendant sa vie, il n’est pas moins vrai que certains enfants naissent avec une souillure héréditaire, qui ne se manifeste parfois que bien tardivement (voyez Syphilis héréditaire), et peut aussi demeurer toujours latente. Or il n’est pas douteux que ces sujets ne soient, dans une large mesure, à l’abri de la contagion. Que si, leur immunité s’étant épuisée, ils viennent cependant à contracter la syphilis, on peut du moins légitimement inférer qu’elle ne se développera qu’imparfaitement chez eux, de même que des graines s’étiolent, de génération en génération, dans un même terrain, la fécondité du sol ne tardant pas à s’épuiser pour des semences de même espèce.

A l’appui de cette opinion, nous rapporterons les remarques suivantes, faites par deux chirurgiens anglais, Fergusson et Rose. Le premier ayant observé, en Portugal (1818), l’affaiblissement croissant de la syphilis chez les habitants du pays, tandis qu’elle sévissait avec une grande intensité sur les Anglais, recourut pour expliquer ce fait à ce grand principe de pathologie générale, que toutes les maladies accidentelles, c’est-à-dire celles qui ne sont pas innées, sporadiques ou endémiques, semblent marcher naturellement vers la guérison quand elles restent confinées dans le milieu où elles ont été introduites; mais que, lorsqu’elles apparaissent dans un nouveau milieu où elles trouvent de nouvelles conditions de développement, elles recouvrent leur puissance première et donnent naissance aux maux qu’elles produisirent dès leur apparition. De même, Rose, chirurgien de l’hôpital Saint-Georges, fut conduit par une expérience très-étendue à traiter sans mercure la vérole, généralement fort bénigne, des

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simples soldais. Mais il n’éprouva qu’insuccès dès qu’il essaya de guérir sans spécifiques les officiers des régiments dont les soldats s’accommodaient si bien d’un traitement simple; il en fut de même pour les malades de sa pratique privée. L’explication de ces faits n’est point douteuse. La syphilis maltraite les classes élevées, parce qu’elle y est relativement plus rare, et qu’elle trouve en elles ce terrain vierge si favorable à l'épanouissement de toutes ses propriétés nocives. Si elle épargne les sujets d’origine inférieure, c’est que ceux-ci, pour la plupart, ont été vaccinés dans la personne de leurs ascendants, et n’offrent plus à son développement qu’un sol aride et stérilisé.

Indépendamment des cas dont nous venons de nous occuper, on peut observer certains individus qui, sans jouir de l’immunité en face de l’inoculation, restent réfractaires aux causes ordinaires de la contagion; c’est dans la résistance des épithéliums qu’il faut en chercher la cause, sur laquelle nous n’avons, du reste, rien à ajouter à ce que nous en avons dit dans un chapitre précédent (voyez page 319).

Siège «lu chancre. — 11 n’est pas de région du tégument où ne puisse se développer le chancre syphilitique. Voici à ce sujet les renseignements que nous offrent les statistiques. En additionnant celles qu’ont publiées Martin (Zi5 cas), Carrier (130 cas) et Bureaux (163 cas), nous obtenons, chez la femme, un total de 270 chancres qui se répartissent de la façon suivante :

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