chapitre m
L'infection générale, que nous avons reconnue dès l’apparition de l’accident primitif, s’accuse plus nettement encore pendant la période secondaire. L’agent morbide, qui est dans le sang et dans le système lymphatique, a été porté au contact des organes qui témoignent, par une série de symptômes non équivoques, du trouble que la présence de ce principe délétère apporte à leur fonctionnement. Nous allons passer en revue ces premières conséquences de l’intoxication virulente.
Nous ne reviendrons pas sur l 'état du sang. 11 est permis d’affirmer que la diminution des globules rouges et l’accroissement numérique des leucocytes, seuls traits saisissables de son altération, persistent pendant une bonne partie de la période secondaire, peut-être autant que les manifestations cutanées. Ainsi que nous l’avons dit précédemment, nous sommes loin d’être fixés sur la pathogénie de ce phénomène; il est logique cependant de croire qu’il s’agit dans ce cas, non d’une destruction globulaire, mais d’une formation insuffisante. Ce qui donne une singulière vraisemblance à cette hypothèse, c’est qu’à ce moment de la maladie, c’est dans les différents organes qui composent le système hémato-poiétique que se développent, que s’accumulent les lésions viscérales les plus accentuées et les plus durables.
Lympiiadcnopathic. — La leucite doit être signalée en première ligne. C’est à Trastour que l’on doit la première mention de cette lésion, décrite plus tard par Bazin etSigmund. A la partie supérieure des cuisses et des bras le toucher fait reconnaître de minces cordons noueux en forme de chapelets ; il est rare de les voir s’étendre vers les extrémités des membres. Cependant en 1875 j’ai vu à Saint-
LYMPHADÉN0PATI1IE.
Louis, dans le service de E. Vidal, une femme qui, trois mois après l’infection syphilitique, souffrait d’un engorgement généralisé de tc-us les ganglions et de tous les troncs lymphatiques, coïncidant avec une éruption tuberculeuse. La lymphite aboutit du reste à sa terminaison habituelle, la résolution. Cet accident ne se révèle dans les cas ordinaires par aucun signe bien apparent ; c’est un symptôme qu’il faut chercher, mais il est tellement significatif et le diagnostic peut en tirer un tel parti, qu’on serait impardonnable d’en négliger la constatation.
11 n’en est pas de môme de l 'adénite, qui, loin d’être un symptôme latent, peut sauter aux yeux et afficher, en présence même des moins expérimentés, l’état d’infection de celui qui en est atteint. Il est peu de syphilitiques qui échappent à ces stigmates de la période secondaire. Chez 20 sujets observés par Campana, voici quelles étaient par ordre de fréquence les localisations de l’adénopathie : les aines 20 fois, les côtés du cou 13, la nuque 8, les régions sous-maxillaire 5, crurale 3, axillaire 2, parotidienne 2, épitrochléenne 2 et sous-mammaire 2. Cet auteur dit en outre avoir reconnu des engorgements glandulaires dans des points où l’anatomie ne décrit pas de ganglions, au-dessous de l’extrémité externe de la clavicule, au tiers moyen de la face antérieure de la cuisse, et enfin dans la région du gastroenémien gauche, à environ •i pouces au-dessous du pli poplité. Au reste, aphlegmasiques, mobiles sous la peau, de consistance dure et d’apparence lobulée à la palpation, ces adénites ne diffèrent point de celles que la période primitive nous a montrées comme satellites du chancre initial. Notons cependant cette particularité que, tandis que ces dernières correspondent fatalement à un accident cutané, celles de la période secondaire peuvent se montrer indépendamment de toute lésion tégumentaire, par la seule action de présence du virus dans les ganglions. On a beaucoup discuté pour savoir s’il convenait de regarder ce glandage comme dépendant de l’infection générale ou comme symptomatique d’éruptions mucoso-cutanées. Sur ceite question comme sur tant d’autres, les exclusifs se trompaient. Assurément, lorsque les ganglions se tuméfient au voisinage de points antérieurement malades, ce serait téméraire que de mé^ connaître la relation de cause à effet qui unit ces deux manifesta-^tions; mais d’autre part, il est incontestable que la lésion ganglionnaire se montre fréquemment la première, et quelquefois même suit son cours isolément; nous en avons observé des faits indéniables. Nous en conclurons que les deux processus doivent être admis, car la pratique nous offre des exemples de tous deux.
L’adénopathie secondaire présente toujours une assez longue durée et ne disparaît que tardivement par résolution. Exceptionnellement elle peut aboutir à la transformation syphilo-strumeuse et à la suppuration. On voit les ganglions s’accroître, atteindre le volume d’une noix, d’un marron, quelquefois même d’un œuf de poule; le toucher fait constater de l’empâtement dans leur masse eL à leur périphérie ; la peau qui les recouvre participe à l’inflammation et rougit. Lorsque la thérapeutique a été impuissante à enrayer ce processus, un abcès se forme; qu’une suppuration chronique succède à son ouverture spontanée ou artificielle, et l’on pourra voir s’établir des fistules, des cicatrices déprimées, de tous points semblables à celles que produit lascrofule. — Ces écrouelles secondaires , ainsi qu’on les a très-justement nommées, ont habituellement pour siège les ganglions sous-maxillaires, sus-hyoïdiens, cervicaux, au-devant et au-dessous du sterno-mastoïdien, et peut-être aussi ceux de la région rélro-pharyngienne dans lesquels il faudrait peut-être localiser certains abcès que l’on observe assez fréquemment à cette période de la syphilis. Bien il que, d’une façon générale, le lymphatisme et la scrofule favorisent le développement de ces complications, nous ferons remarquer qu’on les rencontre fréquemment chez des sujets exempts de tout antécédent strumeux. — Pour ce qui est du pronostic, l’expérience a montré qu’une adénopathie intense présageait en général j des manifestations d’une certaine gravité; on peut notamment remarquer sa coïncidence avec la syphilide pustuleuse aenéique. Rien de plus rationnel du reste, étant connu le rôle des lymphatiques dans la. genèse des globules blancs et consécutivement des globules de pus.
Lésions des tissus lymphoïdes. — La rate , glande vasculaire sanguine, en si intime rapport de structure et de fonction avec le m système lymphatique, peut être atteinte pendant celte phase de la véroie, au même titre que les ganglions. C’est à A. Weill (de Heidelberg) et à Werver que nous devons la première mention de ce fait (1874). Le gonflement qui en révèle la lésion se montre 7,5 fois sur 100 environ, soit au début, soit seulement pendant le cours de la période secondaire; ses proportions peuvent être telles, que l’organe atteigne ou dépasse l’extrémité antérieure des fausses côtes et s’élève jusqu’à 10 ou 12 centimètres dans la direction de l’aisselle; cet accident a paru en général de peu de durée. Les symptômes physiologiques qu’il entraîne sont de deux ordres : les uns ont trait à la composition du sang et nous sont connus, les autres se traduisent par des désordres stomacaux. On sait en effet que c’est I