LÉSIONS DES TISSUS LYMPHOÏDES
la rate, avec les vaisseaux courts veineux qu’elle envoie à la grosse tubérosité de l’estomac, qui est chargée de pourvoir à la sécrétion des glandes à pepsine. Aussi les lésions, même passagères, de la rate retentissent-elles communément sur les phénomènes digestifs. Dans le cours de la fièvre intermittente, les malades souffrent tantôt d’une faim insatiable, tantôt d’une véritable anorexie, phénomène que l’on ne peut expliquer qu’en tenant compte des variations correspondantes de la fonction splénique (G. Baccelli). Frappé par l’évidence de ces faits, il me semble rationnel de rattacher à la lésion dont nous nous occupons certains troubles gastriques que l’on observe chez les syphilitiques et qui, jusqu’à présentant été rapportés exclusivement à l’état nerveux. Quelques sujets présentent une diminution, d’autres une abolition de l’appétit ou môme de la répugnance pour les aliments. Cependant leur langue n’est pas saburrale. Le sentiment de la faim s’exagère au contraire chez d’autres et, s’accroissant progressivement, peut aboutir à la voracité. Les malades en sont tourmentés non-seulement au moment des repas, mais pendant le reste de la journée et môme pendant la nuit. La polyclipsie n’accompagne pas toujours celte boulimie et peut quelquefois se montrer seule.
La digestion des substances ingérées se fait en général normalement ; mais, dans quelques cas, leur masse trop considérable occasionne des vomissements, des coliques, de la diarrhée. Au reste Y entérite n’est point rare à celte période. Conséquence possible des troubles généraux, malaise, courbature, fièvre, embarras gastriques qui inaugurent la phase secondaire, il n’est pas douteux pour nous que ce symptôme ne doive être rattaché, dans un grand nombre de cas, à l’influence du virus sur les follicules clos de la muqueuse intestinale, lesquels ne sont en définitive que de petits ganglions lymphatiques. Chez un homme de cinquante et un ans qui succomba pendant le cours d’une syphilide maculcuse, Oser (de Cracovie) a constaté le long de l’intestin grêle, depuis le jéjunum jusqu’à la valvule iléo-cæcale, de nombreuses ulcérations répondant aux plaques de Peyer. Au niveau de ces ulcérations, le péritoine était recouvert de nodules gris blanc manifestement en rapport avec les vaisseaux lymphatiques dilatés. Peut-être aussi faudrait-il voir dans ce trouble des fonctions intestinales un effet de l’adénopathie mésentérique et rétro-péritonéale qui doit exister fréquemment, au début de l’infection. Nous ne pouvons, on le comprend, nous appesantir sur des phénomènes qui ne nous sont encore que très-imparfaitement connus ; toutefois, nous ne saurions trop le répéter, c’est du côté de l’appareil lymphatique que
doivent être dirigées les recherches, c’est dans les lésions réelles, mais à peine entrevues jusqu’ici, des organes lymphoïdes que l’on trouvera, nous en avons la certitude, la cause des faits très-dignes d’attention qui viennent de nous occuper.
Amygdales. — L’hypertrophie des tonsilles au début de la syphilis était connue des anciens auteurs, notamment d’Ambroise Paré qui écrit au chapitre IV de son dix-neuvième livre, en énumérant les maux des vérolés : « Leur survient aussi tumeurs aux amygdales, qui les garde de bien parler et avaller leurs viandes, et mesme leur salive. » Tombé depuis dans l’oubli, ce symptôme a été de nos jours signalé par R. Carmichael et par F. Clerc et trèscomplètement étudié par V. Tanturri (de Naples).
C’est un fait d’observation que, sous l’influence de la dyscrasie syphilitique, les follicules clos de la muqueuse bucco-pharyngienne peuvent subir une tuméfaction de tous points comparable à celle des ganglions lymphatiques. Les amygdales prennent parfois un accroissement considérable ; chez une femme de vingtdeux ans on les a vues offrir le volume d’un œuf de pigeon. Leur forme est généralement oblongue et leur surface divisée par des sillons plus ou moins profonds. Les follicules engorgés forment à la base de la langue jusqu’aux bords des ligaments glossoépiglottiques un champ de petites tumeurs rougeâtres, d’une dureté élastique. Nul doute que, dans sa généralisation, ce processus ne puisse atteindre les éléments lymphoïdes qui parsèment la muqueuse voisine de la trompe d’Eustache, et peut-être ce fait n’est-il point étranger aux troubles de l’ouïe qui se produisent parfois au début de la période qui nous occupe.
Le lymphome de l’arrière-bouche est une lésion fréquente et d’allure assez caractéristique pour qu’on puisse le considérer comme une des plus précieuses ressources de la diagnose. Car il peut préexister et survivre à tout accident cutané et devenir ainsi un indice précieux de la syphilis latente. Au reste il ne saurait être élevé d’objection relativement à sa nature; ses éléments constitutifs sont ces petites cellules rondes, nucléées, que nous avons rencontrées déjà tant à la base du chancre qu’au sein des ganglions primitivement engorgés.
Quelquefois le néoplasme subit une régression ; çà et là se forment des foyers de dégénérescence où s’accumulent les éléments cellulaires déformés. En même temps la trame parenchymateuse de l’organe perd de sa consistance et de son volume, le réticulum semble se désagréger, et les follicules s’entourent d’une zone de granulations pigmentaires. Comme on le voit, il ne s’agit point la