‹ Traité pratique des maladies vénériennesChapitre 24 sur 56 · RÉSUMÉ THÉRAPEUTIQUE · texte numérisé non relu

RÉSUMÉ THÉRAPEUTIQUE

OU

EXPOSÉ DES MÉTHODES DE TRAITEMENT QUI m’oNT LE MIEUX RÉUSSI A l’hOPITAL DES VÉNÉRIENS.

D’après ce titre, et comme je l’ai annoncé au commencement de cet ouvrage, mon intention n’est pas de donner un traité complet de thérapeutique des maladies vénériennes, mais bien d’indiquer les moyens qui m’ont paru les plus efficaces et que j’emploie habituellement.

Dans l’application des méthodes que j’ai suivies , j’exposerai toujours , avec le plus de détails possibles , les indications d’après lesquelles je me suis dirigé, sans entrer dans l’histoire des symptômes , ce qui sortirait du cadre que je me suis tracé.

Et d’abord ,• disons qu’on doit entendre par

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maladies vénériennes tonies celles qui se contractent habituellement dans les rapports sexuels ou vénériens , et quî commencent ordinairement par les organes; génitaux, bien qu’elles puissent naître dans d’autres circonstances, ou débuter par toute autre région.

Dans cette grande classe se présentent deux ordres bien distincts : le premier, renfermant le chancre avec toutes ses conséquences d’empoisonnement général, et dont la cause est le virus vénérien : ordre auquel le nom de syphilis doit être conservé; le second, comprenant les affections non virulentes , telles que la blennorrhagie et ses suites, qui ne sont jamais dépendantes de l’infection constitulionnclle , ainsi qu’un grand nombre d’autres symptômes : ulcérations simples, phimosis, ])ar‘apbimosis , orchite blenuorrhagique , etc. A ce dernier ordre pourrait être rapporté le nom de pseudo-sjplfdis.

Après celte division, qui est basée sur l’observation rigoureuse des faits, j’aborde de suite le sujet de cette troisième partie par un court exposé de la prophylaxie en général.

THAITEMRXT PROPIlVLACTIOtE.

TRAITEMENT PROPHYLACTIQUE

nEs

MALADIES VÉNÉRIE^îKES PRIMITIVES.

Si l’art de prévenir les maladies doit être mis en première ligne, dans tous les cas, il faut ajouter que la négligence on les préjugés qui peuvent faire omettre les soins prophylactiques méritent plus que des reproches , surtout lorsqu’il s’agit de certaines affections si terribles dans leurs conséquences.

Mais quels contrastes dans la science et dans ceux qui la pratiquent! car, tandis que les plus beaux encouragements sont donnés d’un coté, de l’autre, le blâme, ou tout au moins le ridicule, sont les seules récompenses. Ainsi, lorsquechaque année on étale une liste nombreuse de médailles que l’Académie royale de médecine accorde â ceux ([iii, en propageant la vaccine, s’oîiposent aux ravagies de la petit.!. -vérole, on voit la même

Académie éprouver une sorte de gène lorsqu’on vient offrir à son jugement quelque remède pour arrêter un fléau bien autrement affreux. Sans doute, dans les moyens proposés pour prévenir la vérole, les Coupables spéculations du charlatanisme ont eu, jusqu’à présent, la plus grande part ; mais est-ce à dire qu’il en a toujours été ainsi, et qu’il en sera toujours de même? Non sans douté, et, dans le siècle où nous sommes, et auquel nous devons appartenir, les SUttes préventions d’une prétendue morale fausse et mesquine ne nous permettent plus de regarder les mâladies vénériennes comme une punition que le Ciel a réservée au libertinage, et que l’homme sage doit respecter. Le créateur de toutes choses, qui a si généreusement placé l’instinct de conservation en opposition à tout ce qui peut attaquer notre existence, n’a pas voulu sans doute que le génie de l’homme, si fécond en ressources conservatrices, restât inactif et muet en face du plus grand des dangers, de celui qui menace sa vie dans tous ses instants et jusque dans sa source. Non, le véritable sage, le moraliste vertueux et philanthrope dira, avec de Home, qu’il faudra regarder comme le véritable bienfaiteur du monde, comme le conservateur de l’espèce la plus respectable, la plus faible et la plus souvent sacrifiée, celui qui découvrira le véritable secret

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de nous préserver de la contagion la plus terrible qui ait jamais menacé rimmanité.

Honneur aussi à la Société des sciences médicales et naturelles de Bruxelles, qui n’a pas craint de mettre au concours cette importante question f « Quelles sont les mesures de police médicale les plus propres à arrêter la propagation de la maladie vénérienne ? « ,

Je fais ici le vœu que cet exemple ne soit pas perdu, et que des questions semblables soient de nouveau posées" et moins restreintes ; car il est certain que les moyens qui sont et devront être les plus efficaces resteront presque toujours en dehors de céüx qui sont exclusivement du ressort de la police médicale proprement dite.

Dans l’état actuel de la science, quels sont les moyens prophylactiques à opposer aux accidents primitifs? Mon but n’est certes pas ici de passer en revue et de faire la critique des mille et un moyens que la crédulité et l’ignorance ont mis en pratique, d’examiner une à une les théories plus savantes qu’utiles qui ont été émises par les hommes les plus recommandables; c’est à l’étude pratique que je veux seulement m’arrêter.

H est évident qu’il faut, par tous les moyens connus et permis, isoler les personnes malades^ les avertir du danger qu’elles courent et du mal qu’elles peuvent donner; qu’il est du devoir du

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médecin qui se charge d’nne mission aussi délicate, d’examiner avec la plus scrupuleuse attention celles qui peuvent devenir des foyers d’infections sans fin, telles que les filles publiques. Ici l’examen ne doit être ni léger ni illusoire ; non seulement les parties externes doivent être soigneusement inspectées, mais encore les organes intérieurs et cachés. C’est souvent, en eftêt, dans les profondeurs du vagin et sur le col de la matrice, ou dans sa cavité même, que se trouvent les sources du poison que l’on veut éviter, et alors ni la vue extérieure ni le toucher ne sauraient suffire, et c’est le spéculum seul qui peut avertir du danger. L’application du spéculum à l’étude des maladies vénériennes, et en particulier comme mesure de police médicale, est un grand service que je crois avoir rendu, et dont la science me tiendra toujours compte. Mais, pour que les visites des filles publiques, à l’aide du spéculum ou autrement, soient données comme une garantie, il faut qu’elles soient répétées au moins tous les trois jours, l’expérience m’ayant appris qu’au troisième jour de l’inoculation le pus du chancre était contagieux, et quelquefois même dés le second. D’après ce qui précède, on concevra l’insuffisance et le danger des visites qu’on fait subir, à Paris, aux filles publiques divisée.s en deux catégojûes s les unes

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dites en carte, et qui vivent isolément, et les autres réunies dans des lieux de prostitution : les premières sont examinées une fois par mois, les autres tous les huit jours !

En fait de prophylaxie , il faut mettre en ligne tous les moyens de traitement qui, en éteignant les foyers, diminuent la propagation : tels sont, entre autres, les hôpitaux et les consultations gratuites dont s’occupe avec tant de sollicitude la sage administration des hôpitaux de Paris. C’est, en effet, en favorisant les moyens de gérison et en indiquant ceux ([ui peuvent prévenir la maladie , qu’on devra surtout réussir. La peur du mal retient moins, et les châtiments corporels ou moraux n’ont, le pdiis souvent, produit que de très mauvais résultats; car ni la séquestration au bourg Saint-Germain- des-Prés , ni le fouet des Petites-Maisons de Bicêtre n’avaient eu des conséquences heureuses au bon temps où on les pratiquait; loin de là, le nombre des victimes à exiler et le rang de ceux qu’il aurait fallu fouetter étaient devenus tels, qu’ils ont dû faire tomber ces us en désuétudeJ L’anecdote suivante ne sera peut-être pas déplacée ici : On sait cjue beaucoup de pères regardent comme un complément d’éducation morale une visite faite dans un hôpital de vénériens, où iis puissent dire à un fils qui va faire son entrée dans le monde : « Re-

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garde, et si tu ne erains pas Dieu, crains la yérole.M Un jour, je reçus une visite semblable, et, dans le but de donner une bonne leçon à son fils, le père m’engagea à montrer les maladies les plus graves. A la fin de la visite, le jeune homme me dit : « Vous avez ici de jolies femmes bien souffrantes et des hommes bien malheureux; mais on s’en va tranquille, en pensant que vous les guérirez \ » Ces réflexions n’ont pas besoin de commentaire. En général, la peur du mal empêche peu de s’y exposer , elle ne sert qu’à tourmenter après coup, et à donner lieu à la syphilophobie, espèce de vésanie presque aussi fâcheuse que la réalité.

Mais, dans les soins prophylactiques directs, il est deux conditions distinctes dont il faut tenir eompte ; 1“ l’individu qui peut communiquer; 2° celui qui craint de prendre.

Pour le premier, à part les visites dont il a été plus haut question, et qui devraient s’étendre, pour atteindre leur but, aux hommes qui peuvent infecter les femmes publiques , il faut recom^ mander les soins de propreté, les lotions, les injections. Qui ne sait qu’une femme peut recevoir dans ses organes la matière de la contagion, de manière à la transmettre, sans qu’elle-même en

* Arden tlonue ce conseil trop néglige'.

TRAITEMKNT PfiüRHyLACTlyUE. 543

ait été contaminée. Si les femmes , en général, étaient plus propres , plus soigneuses d’ellesmêmes , les maladies vénériennes seraient bien moins communes !

Pour la personne encore qui craint de trans^ mettre la maladie, ou de laquelle on doit se méfier, les chlorures, le savon et tous les moyens qui peuvent le mieux nettoyer et désinfecter, en altérant chimiquement les matières des sécrétions morbides, doivent être employés ; on ne doit pas craindre ici de décaper, comme on Fa dit; plus les tissus suspects seront abstergés et propres, moins on aura à redouter l’infection.

Quant à l’individu qui s’expose et veut se garantir, les moyens prophylactiques ne sauraient être les mêmes avant, pendant et après l’acte vénérien.

Avant l’acte, un examen scrupuleux des parties devrait donner la certitude qu’il n’existe actuellement aucune solution de continuité. Ici les soins de propreté, surtout les lotions alcalines ou savonneuses, sont nuisibles et exposent, en mettant à nu des surfaces que garantissaient souvent le smegma ou des mucosités; mais si des lotions de ce genre sont peu rationnelles, il n’en est pas de même de celles qui, faites quelque temps d’avance, agissent sur les tissus comme astringents. C’est ainsi que les solutions d’alun, d’acétate de

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plomb, et surtout l’usage du vin seul, du vin aromatique ou uni au tan, sont des moyens dont l’efficacité ne saurait être douteuse, quand ils sont bien et assez longtemps appliqués. Nous aurons plus tard l’occasion de démontrer, dans le traitement curatif du chancre, l’utilité du vin sous ce rapport. Les corps gras employés seuls sont bien plus infidèles.

Il est un moyen que la cause finale de tout rapprochement sexuel légal repousse, que la morale a toujours dû blâmer, mais que certaines circonstances et la nécessité peuvent faire tolérer quelquefois; je veux parler du condom.

Le condom, qui ne permet qu’un coït médiat, n’est souvent, comme l’a si bien dit Astruc, qu’une garantie illusoire; fréquemment, en effet, il se déchire; d’autres fois, son tissu reste perméable, ou bien, ayant préalablement servi, il a été mal lavé, et enfin, dans le cas où il est de bonne qualité et reste intègre, il ne garantit réellement que les parties qu’il recouvre, laissant exposés la racine de la verge, l’angle rentrant des bourses, les aines, le scrotum , etc. En définitive, le condom, dans ses conditions les plus favorables, ne prévient d’une manière absolue que l’infection blermorrhagique.

Pendant l’acte , avons-nous dit, certaines pré-

TUAIXliSIEM’ PKOPHVLACTIQUE.

cautions ne sont pas indifférentes. C’est ainsi que les rapports ne doivent pas être prolongés volontairement, comme le disait, d’une manière si pittoresque , feu Cullerier, et qu’il est nécessaire que l’éjaculation s’effectue. Il est incontestable, quoi qu’on ait pu dire, que c’est dans le temps qui précède l’émission du sperme que l’infection urétrale se fait, et que, dans les circonstances heureuses où ce canal échappe à la contagion, le passage brusque et rapide de ce fluide, qui constitue une véritable injection expulsive, est une des conditions favorables' qui s’y opposent peut-être le plus. C’est dans ce sens que l’émission de l’urine après le coït offre tant d’avantages.

Quoi qu’il en suit, c’est après l’acte que la prophylaxie doit être attentive et prompte; ici il faut redoubler les soins d’une propreté minutieuse, explorer chaque repli et ne rien laisser de douteux, pratiquer des lotions . alcalines ou savonneuses, surtout avec les chlorures faiblement étendus, de manière à ne pas agir comme irritants, mais assez forts pour conserver la propriété de décomposer les matières morbides dont on pourrait être souillé. Enfin toute solution de continuité, quelle qu’elle soit, devra être immédiatement cautérisée. Ce précepte me paraît d’une si grande importance, il doit avmir tant d’influence sur l’avenir des maladies vénériennes

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et sur leur diminution possible et si facile à obtenir, si l’on y mettait un peu de bonne volonté, que je voudrais presque, avec M. RatieP; qu’il fût affiché partout où l’on {'-eut courir des dangers.

ÏRAITEMENT Dü CHANCBE.

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