ORDRE I-. — AFFECTIONS VIRULENTES
SECXIOA' — SyPHiEJS PilUiETlVE.
TRAÏTEMEKT DU CHAKCRE.
Les soins prophylactiques du chancre étant, le plus souvent, mal compris, mal appliqués, la plupart des imprudents c|ui s’exposent à sa contagion en sont ordinairement victimes.
Avant d’entrer dans l’étude du traitement curatif du chancre, établissons, d’une manière absolue, que Fulcère syphilitique primitif peut guérir fréquemment seul, sans aucun secours et même en dépit de tant de mauvaises médications que, trop souvent, on lui oppose. Cependant, comme la guérison spontanée du chancre est, le plus souvent, incertaine et tardive, que le malade reste, tant qu’il dure, exposé à l’infection générale et aux chances d’accidents locaux fâcheux, l’art, mais bien entendu et consciencieux, ne doit jamais rester inactif, et tous ses efl'orts
doivent tendre à l’éteindre au débuts ou, dans tous les cas, à en raccourcir la durée.
Mais, chose étrange et malheureuse ! tandis que tout le monde est d’accord lorsqu’il s’agit d’un poison tout autre que le virus syphilitique, et qu’il n’est personne, par exemple, qui ne veuille arrêter sur place et à l’instant même le venin de la vipère; que les règles de l’art les plus formelles prescrivent d’attaquer sans retard et avant les désordres généraux la morsure d’un animal enragé; pour le chancre, si analogue sous tant de rapports, dans son principe et ses conséquences , pour lui qui laisse encore plus de temps pour agir, des illusions faciles et malencontreuses , des théories absurdes et des raisonnements faux viennent, aidés de grands noms, jeter des doutes et de l’incertitude sur les moyens à lui opposer.
Cependant, pour bien apprécier le traitement du chancre, pour qu’il soit rationnel et efficace, examinons cette affection à ses différentes phases, à l’étalrégulieroudévié, avec ou sans complications.
Le chancre, au début, quelle que soit la forme qu’il affecte, réclame impérieusement la méthode abortive.
Je soutiens, en faveur de ce précepte si important, qu’il n’y a pas d’observation authentique d’ulcères qiii, détruits avant les cinq premiers jours qui suivenbuu coït infectant, ou tout
autre mode de contagion, aient donné lieu ensuite à des symptômes secondaires, si toutefois ces ulcères existaient seuls, et sans autres complications actuelles.
S’il est incontestable, pour tout esprit juste et qu’une saine observation dirige, qu’on doit détruire les chancres le plus promptement possible, il restera évident que les mêmes moyens ne sauraient convenir dans tous les cas, et que l’appréciation de ceux qui ont été proposés et qui sont : l’excision, la cautérisation directe et la cautérisation médiate ou perturbatrice, méritent ici de fixer un moment notre attention.
Huhter, qui est tout à fait d’opinion qu’on doit promptement arrêter les chancres, sans établir les distinctions qu’ils peuvent présenter à leur début, dit qu’on doit préférer la cautérisation à \ extirpation , quand ils existent sur le gland, dont la sensibilité moins viv-e excite moins de douleur et expose moins à l’hémorrhagie; tandis qu’au contraire l’excision avec l’instrument tranchant convient mieux toutes, les fois que la peau sera affectée , et que le caustique aura de la peine à atteindre les limites du mal. Toutefois, quelque bons que soient les préceptes du grand praticien anglais, et auxquels M. Ribes père vient encore prêter son autorité, il est possible d’en mieux préciser l’emploi, en tenant
550 TROISIÈME PARTIE. - THERAPEUTIQUE.
compte des différences que les cliancres présentent à leur origine.
1°. Pustule au début. PxitXXA forme , la plus rare dans la contagion ordinaire, et qu’on peut aisément confondre, dans les premiers jours, avec Feczéma ou Flierpès, cède, lorsqu’on l’attaque de bonne heure, à une cautérisation bien faite.
La cautérisation de la pustule, qui feut certainement précéder L’ulcère sjpJdliiique , et à laquelle M. Ratiea* donne le nom de méthode ecirollque, aurait été moins contestée si, d’une part, Fauteur de cette méthode avait donné une description vraie de l’époque d’apparition, du mode de développement et des conséquences de la période pustuleuse du chancre, et si, d’une autre part, on ne s’était pas contenté d’en voir nier l’existence par des hommes, savants du reste, mais qui ne donnaient pour raison que leur défaut d’expérience ou leur manque d’observation.
Toutes les fois donc que, dans les premiers jours qui suivront un coït suspect, on trouvera, sur les organes soumis à la contagion une pustule, de quelque nature quelle soit, et sans quon ait besoin d’un diagnostic rigoureux, il faudra la diviser et cautériser profondément les parties qui en forment la base. En effet, quel mal y auraitil à s’être trompé et à avoir cautérisé des pus-
tules d’iierpés ou d’eczema? Serait-il possible de mettre en parallèle la petite douleur qu’on aurait occasionnée avec les chances contraires d’avoir laissé se développer un chancre?
Le caustique auquel on doit donner laj^fet^ rence dans cette forme, où. la maladiiflst encore peu étendue dans les premiers jour® est incontestablement le nitrate d’argent, tail» en crayon assez pointu pour atteindre le fond « se glisser sous les bords du petit ulcère , que la^upture de la pustule met à découvert.
Ici encore, toutes les fois qu’une pustule douteuse, dans les circonstances que nous avons signalées, siégera sur des tissus mobiles et faciles à isoler, on pourra pratiquer l’excision à laquelle nous donnerions alors la préférence, si, le plus souvent, les malades ne manifestaient une grande répugnance pour une opération de ce genre, cpielque légère qu’elle soit. Toutefois, lorsqu’on aura recours à cette opération, que j’ai pratiquée bien souvent avec succès, il faudra employer des ciseaux courbes et exciser plutôt un peu plus qu’un peu moins, afin de porter dans les tissus sains, qui se cicatrisent ensuite avec une grande rapidité.
2“. Ulcération ou chancre d'emblée. Cette forme, qui est la plus commune, à cause des conditions ordinaires des parties qui s’infectent
55â TROISIÈME PARTIE, - THERAPEUTIQUE.
et de la facilité avec laquelle la pustule se rompt, à peine formée, dans la plupart des cas, ne présente pas de différence pour le traitement abortif, et, de meme que toute pustule douteuse, doit être cautérisée ou excisée; toute ulcération, dans les mêmes Conditions, exige un semblable traitement.
3*’. Abcm/vivuleuts. Le chancre peut succéder à un abcéJprécédé d’un travail phlegmoneux, et avoir pfur siège un follicule, le tissu cellulaire, un vaisseau lymphatique ou un ganglion.
Toutes les fois qu’à la suite d’une des conditions dans lesquelles se contractent les chancres, les parties soumises à l’infection présenteront un engorgement d’un ou de plusieurs follicules, il faudra , sans hésiter, en pratiquer l’excision , qu’on fera suivre d’une application de nitrate d’argent.
Lorsque déjà on aura affaire à un abcès folliculaire, et que les parties malades seront encore limitées, on aura recours au même procédé ; dans le cas contraire, on ouvrira pour donner issue au ])us et cautériser profondément le foyer.
Il en sera de même dans les petits abcès circonscrits du tissu cellulaire et qui se développent, par voie d’imbihition, au voisinage d’un chancre, ou par un des procédés que nous avons déjà décrits.
Lorsque la maladie aura pour siège le système lymphatique (vaisseaux et ganglions)^, les moyens que nous venons d’indiquer ne pourront plus être appliqués, et c’est à ceux qu’on emploie pour faire avorter les bubons qu’il faut avoir recours, ainsi que nous le verrons à l’article Bubon.
Mais, soit que les malades vous consultent trop tard, soit que les moyens que nous venons d’indiquer n’agissent pas assez profondément, il arrive souvent qu’on a de la peine à détruire d’emblée toute la partie infectée, de telle façon que le chancre s’établit et se développe quand même. Alors, quels que soient son temps dedurée et la forme par laquelle il a pu débuter, tant que son siège et ses limites le permettent, il faudra chercher à le détruire le plus promptement possible. Ce précepte, que nous ne saurions trop répéter, et contre hquel luttent en vain de malheureux préjugés, découle, comme on pourra s’en convaincre, de l’observation journalière. En effet, dans les relevés que j’ai été à même de faire chez les sujets affectés de vérole constitutionnelle, jamais les chancres n’avaient duré moins de dix, douze ou cjuinze jours; dans les cas les plus rares, et dans la grande majorité, ils s’étaient prolongés trois, quatre, cinq, six semaines et pins.
55i TROISIÈME PARTIE. — THÉRAPEÜTIQUE.
Si nous ajoutons, à ce qui précède, qu’il faut, comme nous l’avons dit ailleurs, des conditions individuelles pour que l’infection .générale ait lieu, et que ces conditions peuvent d’abord manquer, pour se montrer plus tard, dans le cours de la durée du chancre, il restera évident que, tant qu’on le laissera persister, les chances de l’empoisonnement existeront. Ajoutons encore, et toujours en opposition avec les préjugés reçus, que, s’il est certain que les accidents secondaires ne sont pas en rapport avec la rapidité de la guérison , le traitement local auquel celle-ci est due n’exerce sur eux aucune influence, et qu’on peut dire que le traitement, quel qu’il soit, qui guérit le plus vite l’accident local, est, en définitive , le meilleur antisyphilitique.
Cependant, pour peu que les tissus où siège le chancre soient engorgés, qu’il ait acquis lui-même une certaine étendue, le nitrate d’argent n’agit plus assez profondément, et l’excision peut porter dans des tissus déjà infectés. C’est dans des cas de ce genre où , imitant ce que produit la gangrène, qui, comme on le sait, quand elle affecte franchement un chancre, le réduit à l’état de lésion simple, que j’ai pu obtenir de grands succès par l’emploi de la potasse caustique et mieux encore par celui de la pâte de Vienne. Ce dernier escarotique, auquel je donne la préférence.
TRAITEMENT Dü CHANCRE.
doit être employé avec précaution, afin de n’emporter c|ue la partie malade et les tissus sains à une ligne ou deux au delà. Une objection à faire à cette méthode, c’est qu’il est, à la vérité, un très grand nombre de cas dans lesquels l’étendue nécessaire de la eautërisation, en emporte-pièce ^ si je puis m’exprimer ainsi, expose des parties voisines qu’on a intérêt à ménager; autrement, toutes les fois c[u’elle sera applicable et qu’on aura le soin de la bien diriger, elle donnera les plus heureux résultats. Un autre point de pratique, que je ne dois point passer sous silence, c’est qu’il arrive souvent qu’a la suite de l’emploi de ces caustiques les parties cautérisées devieiment œdémateuses et s’enflent beaucoup, ce qui doit les faire rejeter encore , dans les cas où il faudrait cautériser un chancre à la face interne du prépuce ou sur le gland d’un individu alFecté à un degré plus ou moins fort de phimosis; mais, à part cela, je le répète, c’est une médication à ne pas négliger.
Cependant le chancre qu’on n’a pas pu attaquer par ces procédés, ou qui, en dépit d’eux, conserve encore son caractère spécifique, réclame d’autres soins.
1'’. Bien qu’en général un ulcère, une plaie ne doivent pas être trop fréquemment pansés, pour ne pas déranger le travail de cicatrisation, il faut
556 TROISIÈME PARTIE. — THÉRAPEDTIQÜE.
se garder d’en faire autant pour le chancre à la période de progrès : on doit ici se rappeler que la matière de la sécrétion devient une cause permanente de la maladie, et qu’il importe de ne pas la laisser séjourner. Les pansements donc seront répétés, selon l’abondance de la sujjpuration , trois ou quatre fois par jour.
2°. Comme il est de précepte, sauf les exceptions que nous indiquerons plus tard, que les parties malades soient a découvert, il faudra, pour les chancres cutanés , avoir bien soin de ne pas les laisser se couvrir de croûtes sous lesquelles le pus croupit et creuse.
3°. Tant que le chancre restera à la période d’ulcération, il faudra répéter la cautérisation, avec le nitrate d’argent, aussi souvent qu’à la chute des escarres produites on retrouvera, soit pour le fond ou les bords , les caractères qui appartiennent à cette période; mais, dès que la réparation aura lieu , on s’abstiendra de porter le caustique sur les parties en voie de guérison, pour en continuer l’emploi sur les points encore .à l’état d’ulcération spécifique.
A°. Si les corps gras sont, le plus ordinairement, nuisibles dans le traitement du cbancre, on peut dire cpueles pommades mercurielles, sauf les cas exceptionnels, le sont encore davantage. Rien de
TRAITEMEKT DU CHAKCRE. 557
plus commun que de voir les chancres se multiplier, s’étendre ou s’enflammer lorsque, exempts d’induration , on les panse avec l’onguent mercuriel.
5“. Si, comme nous l’avons dit , il est bon de ne pas laisser le pus du chancre en contact avec la surface qui le sécrète, il est aussi bien avantageux d’en diminuer la sécrétion. La charpie sèche, en formant en quelque sorte éponge, remplit une de ces indications ; mais un des traitements qui donnent les guérisons les plus rapides, les cures les plus promptes, c’est l’emploi du vin aromatique, d’après la formule du Codex. Voici la manière dont j’emploie ce médicament :
Les malades ont soin de bien laver l’iilcératioii avec ce liquide , sans cependant la fatiguer ou la faire saigner; ensuite ils la recouvrent d’un peu de charpie fine qui en est assezimbibée pour rester humide sans couler; car, lorsqu’elle est trop mouillée, l’espèce de macération qui en résulte en retarde les bons effets. A chaque pansement, on a soin, pour détacher la charpie, de l’imprégner du même liquide, afin de ne pas déchirer les parties auxquelles , en se séchant un peu, elle pourrait adhérer.
Toutes les personnes qui suivent ma clinique à riiôpilai des Vénériens ont pu se convaincre des bons effets de ce traitement, à la suite du-
558 TKOlSlÈUli PAIITIIÎ. — THÉRAPEUTIQUE.
quel, à moins qu’il ne soit, mal appliqué , il n’arrive jamais de chancres successifs, comme cela a si souvent lieu avec les autres pansements. Le vin aromatique diminue la sécrétion purulente, tend à faire cicatriser l’ulcère virulent en modifiant sa surface , et , en agissant sur les parties voisines comme astringent énergique ; il les met dans l’impossibilité de s’inoculer.
J’ai pourtant rencontré des sujets chez lesquels la sécrétion continuait à être très abondante , et alors les pansements faits avec la décoction vineuse de tan ont parfaitement réussi. Lorsqu’il existe de la douleur, et c|ue le vin aromatique l’augmente , en le faisant additionner de huit à dix grains d’extrait gommeux d’opium par once, il redevient encore, le topique le plus avantageux. Il est bon de faire observer, toutefois, que des sujets qui continuent à souffrir, chez les uns les douleurs disparaissent en augmentant la dose de l’opium, tandis que chez les autres il faut la diminuer.
Il est cependant des cas où l’on doit suspendre momentanément le vin médicamenteux , ou même y renoncer complètement. C’est ainsique, chez quelques malades, la suppuration venant à se tarir, fulcère reste stationnaire; alors uu pansement avec une décoction émolliente ou du cérat opiacé doit être employé pendant quelques
TRAITEMÉM Dü CIIASCUE.
jours, pour reprendre ensuite ie vin; chez d’au-tres, l’iilcére étant accompagné d’induration, il L’accroît, et la cicatrisation ne peut avoir lieu. Mais, k part ces circonstances si faciles à saisir et à suivre, c’est la méthode générale de pansement à laquelle je donne la préférence.
6^ Toutefois, lorsque la période de réparation arrive , tant qu’elle marche avec régularité , il faut continuer ie pansement au vin et ne reprendre la cautérisation que lorsqu’il devient nécessaire de réprimer des bourgeons charnus exubérants. Enfin il arrive souvent qu’il ne manque, en quelque sorte, que l’épiderme pour compléter la cure ; la surface de l’ulcère, arrivée au niveau des parties voisines, reste rouge et n’est presque plus couverte de sécrétion , et cependant ne guérit pas ; alors l’application superficielle du nitrate d’argent, de manière à blanchir la surface , sans cautériser en profondeur , suffit pour terminer.
7". Dans le chancre régulier, sans complication , le traitement local suffit lorsqu’il ne laisse après lui aucune induration au point cpii a été affecté. On doit se contenter, pendant ce traitement, de faire garder au malade le plus de repos possible , en le soumettant à une hygiène eu J’apport avec sa constitution. En effet, sous ce point de vue , il ne faut pas de système absolu ;
un régime débilitant, la diète même, les boissons délayantes et l’appareil des antiphlogistiques locaux et généraux qui sont indiqués chez des individus forts et portés à rinflammation , seraient on ne peut plus nuisibles chez des sujets faibles, lymphatiques et qui ont déjà quelquefois souffert d’une mauvaise alimentation. Ici, un régime tonique modéré et , en général , tout ce qui peut corriger les déviations du tempéçament, ou remédier à un état maladif concomitant , doit être soigneusement employé; car il faut se rappeler que , d’une mauvaise constitution ou de maladies actuellement existantes, résultent les complications et la marche vicieuse que peuvent prendre les chancres.
Lorsque le chancre régulier est cicatrisé, que les tissus sur lesquels il siégeait sont complètement revenus à l’état normal, le malade peut, après quelques jours de guérison , se livrer de nouveau et sans crainte aux rapports sexuels; il n’en est pas de même lorsqu’il reste des indurations sur lesquelles des cicatrices se sont faites, et qui , en se rompant , ne manquent pas de donner lieu à des récidives; aussi faut-il, dans ce cas, recommander, sans restriction, une continence absolue jusqu’à plus parfaite guérison.
Examinons maintenant, sous le rapport thé-
TKAITEJIEKT DU CÜAlNCflE. Ô6i
rapeiuique, les principales variétés du chancre que nous avons admises.
Chancres larvés. Lorsque Turètre est le siège du chancre , que des symptômes de blennorrhagie aiguë accompagnent et compliquent celui-ci , c’est au traitement antiphlogistique qu’il faut d’abord recourir : sangsues au périnée , au pénil; bains locaux émollients > opiacés ; bains généraux; boissons abondantes. Pour éviter les érections, qui distendent les surfaces malades , leséraillent, les déchirent et augmentent l’ulcération, je fais prendre tous les soirs, deux pilules opiacées camphrées.
Si de petits abcès se forment sur les points du canal occupés par le chancre, il faut avoir le soin de les ouvrir de bonne heure. Quand les complications inflammatoires sont calmées, on fait pratiquer dans Furctre des injections de vin aromatiquemélangé d’abord, à parties égales, avec une décoction de têtes de pavot, puis employé pur, s’il ne produit pas d’irritation. On peut souvent, dès le début, quand les symptômes blennorrhagiques ne sont pas trop intenses, avoir recours à la cautérisation avec le nitrate d’argent, porté à Faide de l’instrument de M. le professeur Lallemand de Montpellier. Cette cautérisation de l’urètre devient très avantageuse, et agit ici comme sur les chancres extérieurs.
562 TIIOISIÈMK PAUTIE, - THÉRAPEUTIQUE.
Lorsque l’ulcère a son siège à l’entrée du canal et qu’il est visible, le traitement indiqué pour les autres chancres lui est tout à faitapplicable; seulement il est très utile, dans les cas où les malades peuvent le supporter, de tenir un petit cylindre imprégné des matières du pansement entre les lèvres du méat urinaire , pour les empêcher de se toucher.
La blennorrhagie qui, dans ces circonstances, accompagne le chancre, disparaît avec lui, lorsque seul il en est cause, ou cède aux antiblennorrhagiques , qu’il faut, en même temps, employer quand elle ne constitue qu’une affection concomitante.
Bans les cas où les chancres siègent dans les profondeurs du vagin, sur le col utérin ou dans sa cavité, le spéculum doit les mettre à découvert à chaque pansement , pour les cautériser et faire les applications topiques nécessaires ‘ Quant à ceux de la partie inférieure du rectum et de l’anus , ils réclament les plus grands soins de propreté et des pansements répétés. Les garde-robes doivent être rendues faciles, en les faisant précéder, autant qu’on le pourra , d’un quart de lavement fortement mucilagineiix, pour que des matières trop dures ne viennent pas érailler les parties malades. Ce ne serait que dans le cas où la canule, du reste en gomme élastique.
TR.vrrrMiL.N’ï du chancre. 583
produirait plus de douleur que le passage des fèces j qu’il faudrait renoncer à ces soins presque toujours indispensables. Les pansements . seront ici maintenus à l’aide d’une petite mèche ou portés par des injections , et seulement appliqués à plat, lorsque la présence d’un corps étranger dans le sphincter pourra déterminer trop de spasme et de douleur. Il faut bien se garder, comme nous l’avons vu faire, de prendre des ulcères de cette nature pour des fissures simples, et de pratiquer une incision , qui ne manquerait pas d’étendre la maladie.
2". Chancres superficiels. Dans la majorité des cas, ces chancres ne présentent aucune indication particulière. Lorsqu’ils siègent sur le gland ou sur le prépuce, et qu’en même temps il y a des symptômes de balanite, on peut les confondre , quand ils ne sont point indurés , avec les érosions simples qui accompagnent cette inflammation catarrhale. Il suffit alors d’une cautérisation superficielle et de l’interposition d’un linge fin et sec entre le gland et le prépuce,- pour les faire disparaître en peu de jours; mais, s’ils résistent, on doit leur appliquer letraitement complet indiqué plus haut.
3°. Chancres phagédéniques. Lorsqu’un chancre phagédénique, quelle que soit sa variété, a détruit le frein , produit un trajet üstuleux, dé-
5(î4 TROiSiÊJÏiï PARIJK- — TUÉilÀrEUTîQUR,
taché des portions de parties molles, il faut les diviser ou les exciser; car ainsi décollées et affectées d’uleérations qui se touehent, elles se trouvent dans des conditions qui ne permettent pas l’adhérenee. Pour le frein, par exemple, quand il est perforé, on guérit moitié plus vite en en faisant l’exeisioii à l’aide de petits ciseaux courbes , dont on glisse une des lames dans l’ouverture, pour couper d’abord prés du gland et ensuite réséquer la portion adhérente au prépuce, en ayant le soin, après coup, de cautériser toute la surface de l’ulcération sous-jacente ainsi mise à nu et les points saignants résultant de l’opération.
A. Chancres phagédéniques pultacés, diphtériques. Il faut ici étudier avec soin les circonstances qui ont pu y donner lieu. Souvent l’habitation du malade est malsaine, froide et humide, et alors, s’il en change, on voit le mal s’améliorer : c’est ainsi que des chancres contractés dans des pays chauds et transportés dans des climats du nord s’aggravent si souvent d’une manière effrayante, et que, dans les conditions opposées , on les voit fréquemment atteindre avec rapidité un terme heureux; ce qui expliquerait peut-être, pour le dire en passant, certains effets obtenus du transfert d’un iiôpital dans un autre
OU des villes du nord dans celles du midi plus heureusement situées.
Danscette variété du chancre, on trouve, le plus ordinairement, quelque affection viscérale concomitante sous l’influence de laquelle elle semble se développer. Ainsi que nous l’avons déjà dit, c’est le plus souvent un mauvais état des voies digestives qui l’entretient ou la favorise , et c’est alors contre cette cause qu’il faut principalement agir; si on la laisse persister, ou qu’une mauvaise médication l’aggrave , il ne faut pas espérer guérir l’ulcère syphilitique qu’elle tient sous sa dépendance.
En remplissant t&utes les indications thérapeutiques que peuvent présenter les différents états pathologiques qui accompagnent et compliquent le chancre dans la variété qui nous occupe ici, il faut se garder d’en attribuer la marche fâcheuse et rapide à la nature de la cause spéciale, à la plus grande intensité du virus; c’est üne erreur commune et qui cause beaucoup de mal , en engageant les praticiens fauteurs exclusifs de l’ancienne doctrine à recourir, avec promptitude et énergie , à l’usage du prétendu spécifique, et à administrer le mercure à des doses proportionnées à la force de la cause spéciale qu’ils veulent neutraliser.
Qu’on se rappelle que le principe des maladies
syphilitiques est toujours identique , comme celui de la variole , et que les différences ne tiennent qu’aux condilions individuelles, et alors on fera, pour ces maladies, corn me. pour toutes les autres , de la médecine rationnelle.
depuis affirmer qu’a part un très petit nombre d’exceptions , l’usage banal des pansements mercuriels et celui des préparations raercurielies à l’intérieur sont on ne peut plus nuisibles dans le chancre phagédénique pultacé ou diphtérique, et cela , d’autant plus que , n’étant point accompagné d’induration, il l’est d’accidents inflammatoires et d’irritabilité nerveuse. Il n’est pas rare même de voir de. ces ulcérations, sur le point de passer à la période de réparation, éprouver, sous l’influence du mercure, de fâcheuses recrudescences, et des chancres, primitivement 1'.liiités et réguliers , devenir phagédéniques par le seul fait d’un traitement mercuriel.
Quelle qu’ait été l’origine de la variété que nous étudions , qu’elle ait succédé à un chancre de la peau , des muqueuses, ou à un bubon virulent, la médication la plus favorable, celle qui a été le plus souvent et le plus promptement suivie de succès , a consisté encore dans l’emploi combiné des cautérisations et des pansements faits avec le vin aromatique : ici les cautérisations doivent être profondes et répétées, dans quelques
TRAITEMENT Dü CHANCRE.
cas, deux fois par jour, pourxsuivre le mal dans ses progrès; il doit en être de même des pansements ; car la sécrétion morbide, étant très abondante , doit être souvent abstergée. Il est des malades chez lesquels t’ulcéiTition ne s’est fermée qu’après l’emploi presque continu d’une sorte d’irrigation.
Il faut aussi avoir le soin de ne pas érailler ou déchirer les bords de l’ulcère, en renouvelant les pansements; car chaque écorchure s’inocule, chaque soulèvement de la peau favorise l’imbibition du pus virulent et le progrès du mal î
Quand l’inflammation locale est très vive, on a conseillé d'appliquer dans ces chancres quelques sangsues; pour moi, je suis très sobre de cette pratique , dont les résultats sont loin d’avoir les avantages que quelques praticiens semblent lui accorder. Outre la difficulté de faire mordre ces animaux sur les points ulcérés, leurs piqûres sont une cause d’accroissement de rulcère dans tonte la profondeur des tissus que la morsure a divisés. Toutefois , s’il est rarement permis de mettre des sangsues dans le fond de Tulcère luimême, il faut encore plus se garder d’en appliquer auprès ; car chaque piqûre que le pus vient à loucher forme une nouvelle ulcération. Lorsque l’inflammation locale nécessitera une évacuation sanguine, les sangsues devront être appliquées à
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une certaine distance, dans des points non déclives , et leurs piqûres garanties ensuite par des compresses imbibées d’eau blanche, de manière à ce qu’elles ne soient pas souillées par le pus, jusqu’à complète cicatrisation. Dans ce cas encore de complication inflammatoire, les pansements avec des décoctions émollientes et narcotiques, l’emploi des cataplasmes de fécules ou de semoule au lait, aidés de l’usage des bains tiédes, mucilagineux ou de gélatine , ne tardent pas, avec une diète proportionnée à l’état général et local, le repos absolu et les boissons délayantes , d’amener d’heureux résultats.
Lorsque ces chancres sont accompagnés de beaucoup d’irritabilité et de douleur, circonstances qui peuvent exister avec ou sans beaucoup d’inflammation , il faut , aussi longtemps que ces conditions prédominent, avoir recours aux préparations opiacées, tant à l’intérieur que localement. Les pansements seront faits alors avec une solution d’opium.
Ici encore, la cautérisation avec le nitrate d’argent constitue un puissant auxiliaire. Il faut bien se garder, par de fausses doctrines, de se laisser arrêter par la douleur ou l’inflammation. Le plus souvent, le nitrate d’argent est le sédatif le plus efficace et l’antiphlogistique le plus certain , quand ori sait bien l’appliquer. Tous les
TaAITtMEXT DU CIIAXCRE.
jours, les élèves qui suivent ma clinique peuvent se convaincre de cette vérité et voir les malades eux-mêmes réclamer la cautérisation. La douleur vive qu’elle excite au moment de l’application ne tarde pas à se calmer, pour faire place à un mieux cju’on clierclie en vain par d’autres médications. A cette règle, quoi qu’on en dise, il y a peu d’exceptions dans lesquelles il faille momentanément renoncer à ces moyens combinés , pour avoir recours à des pansements faits avec des corps gras, et plus particulièrement avec le cérat opiacé.
Cependant, le chancre pliagédénique peut continuer à faire des progrès ou rester dans un statu quo et ne point marcher vers la guérison. Dans ces cas rebelles, où l’on ne peut saisir la cause du mal, on a vu quelquefois réussir les cataplasmes faits avec des carottes, la cire fondue, les Onguents digestifs. On a eu recours aux caustiques lés plus puissants : au beurre d’antimoine ; à la potasse à l’alcool ; au fer rouge, appliqué d’une manière directe ou comme cautère objectif. J’ai employé avec succès la pâte de Vienne et des moyens bien moins violents : le vésicatoire et la poudre de cantharides.
Toutes les fois que, malgré le nitrate d’argent, les émollients , les antiphlogistiques, les narcotiques , ou les pansements avec le v in, le chancre
570 TROISIÈME PARTIE. — > TnÉRAPEL'TIQüE.
continue à faire des progrès ou reste stationnaire, voici la médication que j’emploie : Tulcération est-elle à découvert partout, j’applique dessus un vésicatoire, ou bien je la saupoudre de cantharides; est- elle, au contraire, profonde a-t-elle succédé à un bubon virulent dont elle oecupe le foyer, si la peau décollée est encore assez épaisse, j'ai également recours au vésicatoire et, en même temps, à la poudre de cantharides introduite dans la cavité suppurante : ce pansementest laissé vingt-quatre heures. Le lendemain , on applique de la charpie fine imbibée de vinaro; matique, et l’on continue comme dans les chancres ordinaires. Sous l’influence de ce traitement, Fulcératicn se délerge bientôt, et les bourgeons charnus de la période de réparation ne lardent pas à se montrer; enfin, s’il existait un foyer, il se remplit de granulation et la peau se recolle. Cependant, chez quelques malades, il faut répéter l’application du vésicatoire et la poudre de cantharides ; mais on ne révient au premier que tout autant qu’il n’a pas atteint son but au moment où il est sec, tandis que, pour la poudre, on en remet tous les trois ou quatre jours, jusqu’à ce qu’on voie farrivée des bourgeons charnus.
Si le traitement dont il vient d’être question, et qu’une expérience journalière m’autorise h re-
commander , venait à éclioiier , et que la maladie continuât à faire des progrès, c’est à la cautérisation avec la pâte de Vienne qu’il faudrait donner la préférence , pour appliquer ensuite un des pansements indiqués selon les conditions locales, après cette cautérisation.
Dans cette variété de chancre pliagédénique , les bords de l’ulcération sont souvent tellement décollés et amincis, que c’est perdre du temps que de chercher à en .solliciter une adhérence alors impossible. Ces tissus trop altérés doivent être détruits. Pour agir d’une manière efficace et prompte, il est important d’établir des distinctions. Lorsqu’une ulcération a surtout succédé à un abcès, il peut y avoir beaucoup de décollement et la peau être fort mince par le seul fait du séjour du pus et sans que la plaie ait pris la marche phagédénique , dans le sens que nous attachons à cette expression; tandis que, d’autres fois, elle peut avoir subi cette déviation. Dans, le cas où cette forme n’a pas lieu , c|uelie que soit l’étendue des tissus dont on a â. faire le sacrifice, on peut employer l’instrument tranchant et de préférence les ciseaux courbes, pour les réséquer nettement et de manière à leur donner la forme la plus favorable pour la cicatrisation. Il faut songer à éviter, le plus ]x»ssible, les difformités qui , dans certaines ré-
572 TROlSliîME PARTIE. - TnÉUAPEÜTIQüE.
gions, restent comme des signes accusateurs indélébiles d’un mal dont on a toujours intérêt à cacher même d’anciennes atteintes. Mais, lorsqu’on a affaire à une ulcération qui continue à s’étendre, dans les dispositions dont il a été question, l’emploi de l’instrument tranchant est on ne peut plus nuisible; loin de limiter le mal , il l’aggrave et l’augmente , à moins de cautériser de suite la plaie qu’on vient de produire; aussi vaut-il mieux, dans ce cas, avoir seulement recours au caustique et toujours en. première ligne , à la pâte de Vienne. Non seulement, avec ce caustique, on peut limiter nettement les parties qu’on veut enlever , mais on court la chance de détruire encore complètement la surface virulente , ou , tout au moins , d’affranchir d’une inoculation trop rapide les nouveaux bords de l’iilcère , par l’interposition d’une escarre et par une sorte de réaction vitale dont l’absence , dans quelques cas, est une des principales causes des progrès de l’ulcération.
Cependant, d’après ce que j’ai dit autre part, faut-il ici, sans retour et dans tous les cas, renoncer aux mercLiriaux et aux différents moyens conseillés comme antisyphilitiques? S’il est absolument vrai de dire que, dans la grande majorité de ces cas, le mercure, les sudorifiques, etc., sont beaucoup plus nuisibles qu’utiles, il est ce-
TKAITESIEÜÏ Dü CITAJiCRE. 573
pendant des circonstances où, seuls, ils ont produit de bons résultats ; c’est mi fait que prouve bien souvent encore la pratique de ceux-là même qui ont voué le plus de haine aux mercuriaux î Mais il est impossible, dans l’état actuel de la science, d’indiquer d’une manière précise les circonstances dans lesquelles le mercure, par exemple, est très utile ou même indispensable? Pour moi, je n’en reconnais aucune, et ce n’est qu’à un empirisme raisonné que je m’abandonne alors. Ainsi, si la maladie marche quand même et en dépit des moyens indiqués plus haut, en désespoir de cause, j’ai recours au médicament si longtemps et si souvent regardé commespécifique: d’abord en pansements, en applications locales , puis, comme agent général, à l’intérieur ou par la peau, selon les circonstances que nous examinerons plus tard. D’après les effets obtenus, les pansements seuls, le traitement général seul, ou les deux moyens à la fois, sont continués, s’il y a amélioration, ou suspendus . si , sous leur influence , le mal empire. Dans le cas où l’on croirait, selon les anciens errements, devoir débuter par les mercuriaux, ce que je ne conseille pas, il faut, au moins, bien se garder d’un entêtement aveugle et s’arrêter aussitôt qu’on verrait des résultats fâcheux.
Quant aux autres agents dits antisyphilitiques.
574 TROISIÈME PAUTIE. TilÊRAPE UTIQüE.
ils pourraient trouver leur emploi dans la nécessité des toniques généraux, des stimulants particuliers du tube digestif, de la peau, des voies urinaires, etc., comme aussi, bien souvent, les adoucissants, les antiphlogistiques locaux ou généraux seront parfaitement indiqués et seuls efficaces dans les mains qui, libres de préjugés, auront su convenablement les employer.
B. Chancres phagédéniques indurés. L’induration , Fun des caractères essentiels du chancre classique huntérien , est une condition qu’il ne faut jamais perdre de vue, sous le rapport du traitement; car, s’il est inccntestable qu’on puisse guérir ces chancres par une foule de moyens , ou que même la guérison se fasse quelquefois seule, il n’en est pas moins vrai que, le plus souvent, après la cicatrisation, la dureté persiste, et l’on sait alors ce qui peut arriver. Le plus fréquemment, dans ce cas, l’induration, tendant à s’accroître, non seulement s’oppose à la formation de la cicatrice, mais encore, en déterminant une gangrène moléculaire, parle fait de la compression interstitielle qu’elle exerce, elle donne à l’ulcération la forme phagédéni([ue.
11 est rare, dans ce cas particulier, qu’il y ait beaucoup d’inflammation ou de douleur; aussi est-ce plutôt à l’induration que doivent, en quelque sorte, s’adresser les médicaments.
TRAIÏEMEJiT DU CUA?fCRE.
Dans les circonstances les plus simples de chancres indurés indolents, on doit faii’e les pansements deux ou trois fois par jour, avec de la charpie fine sur laquelle on met une légère couche de pommade au calomel et à l’opium , ou de cérat mercuriel.
Si la suppuration est forte, on fait précéder le pansement d’une lotion avec le vin aromatique. Si môme elle reste par trop abondante, on fait le pansement avec le vin seul.
Mais, s’il y a de l’irritabilité nerveuse et de l’inflammation, cjue la gangrène moléculaire fasse des progrès, c’est à la solution concentrée d’opium qu’il faut donner la préférence, jusqu’à ce qu’on .ait ramené le mal à un état simple, par l’emploi simultané des émollients et des antiphlogistiques.
Dans le chancre induré d’un peu d’étendue, la cautérisation, qui ne peut dépasser les limites du mal, a beaucoup moins d’efficacité que dans les autres circonstances; mais cependant le nitrate d’argent trouve encore son application : il modifie favorablement la surface, arrête souvent les progrès de la gangrène, et, dans la période de réparation, réprime convenablement les bourgeons charnus qui, dans cette forme, ont quelquefois delà tendancê à devenir fongueux ou à vé-
â76 THOISlfejIE PARTIE. — THÉRAPErnQUE,
géter. On peut dire qu’ici le nitrate d’argent n’cst nuisible qu’autant qu’il est mal appliqué.
Après la cicatrisation du chancre, quels qu’aient été sa forme de début et son siège , l’in* duration peut persister, et cette induration, étant le plus souvent le signe d’accidents avenir, a dû et doit occuper le praticien. Quelques médecins, et Delpech entre autres, ont donné le conseil d’en faire l’excision. Cette opération, qui a pu être suivie de résultats héiireux, a cependant été si souvent la cause d’un nouvel ulcère vénérien dans le point opéré, qu’on ne pourrait y avoir recours que dans les cas de peu d’étendue et parfaitement limités , ou bien encore dans ceux où l’induration a subi une sorte de transformation cartilagineuse, indépendante de la cause spécifique et qui en fait une espèce de corps étranger adhérent aux muqueuses ou à la peau, mais souvent mobile dans le tissu cellulaire sousjacent.
Quant aux pommades mercurielles employées contre les. indurations après la cicatrisation, si elles réussissent fréquemment sur la peau, il faut savoir qu’il est des circonstances dans lesquelles, appliquées sur des surfaces muqueuses, elles ne tardent pas, le plus ordinairement, à produire de rirritation et le retour de la période ulcéra-
TRAITEaJENT î)ü CHAKCBE.
tive, surtout quand on emploie Fongueiit mercuriel rance.
Lorsque l’induration occupe une grande étendue, on peut encore, par d’autres moyens locaux, en obtenir la guérison. Les caustiques profonds, la dissection des parties indurées dont nous venons de parler , lés troclnsques escaroliques devront être plus rarement employés, si Ton sait mettre à profit les bons effets de l’usage combiné du vésicatoire pansé alors avec l’onguent mercuriel et ceux de la compression.
Malheureusement ce traitement si puissant, et dont l’efficacité l’emporte incontestablement sur tous les autres, ne saurait convenir dans tous les cas ; ce n’est guère, comme nous le verrons plus tard, que dans les indurations qui accompagnent ou suivent les bubons , qu’on peut réellement en tirer parti; car dans celles qui siègent plus spécialement aux organes génitaux et que couvrent surtout les membranes muqueuses , on $e voit forcé de renoncer à son bénéfice.
Quoi qu’il en soit, si un traitement local bien dirigé amène assez souvent la guérison complète des chancres indurés, cette guérison se fait le plus ordinairement longtemps attendre, pour u’être alors qu’imparfaite. La difficulté de guérir radicalement le chancre induré par les moyens
578 rnoisiÊ-UE i>artik — tiiérapeutique.
ordinaires) et les bons elFets des mercuriàiix dans son traitement, ont été les principaux arguments qui l’ont fait considérer compie seul type de la vérole primitive, et le mercure comme seul spécifique à lui opposer.
Sans entrer ici dans des discussions qui m’entraineraient hors du cadre que je me suis imposé, il est bien certain que, si le mercure n’a pas une action spécifique incontestable dans cette forme particulière du chancre , c est au moins un des agejits thérapeutiques les plus puissants qii on puisse lui opposer, il n’est aucune médication, jusqu’à l’heure, qui en amène plus promptement la guérison.
Si, avec la doctrine physiologiqpé, on fait partir la guérison d’un chancre du jour où l’ ulcération est cicatrisée, sans s’inquiéter de ce qui reste après, elle sera quelquefois en apparence plus rapide par le traitement simple, et, dans les hôpitaux, les malades seront moins longlempsen traitement; mais si , pour dire un malade guéri, on attend cjue toute induration ait disparu, on trouvera la dilTérence énorme en faveur du traitement mercuriel, riiiduration, dans le premier cas, restant souvent pendant des tempjs fort longs, et mieux encore juscpu à production bien plus fréquente d^accidents secondaires . Pour moi donc, tout en reconnaissant à d’autres médicaments des pro-
TRAlTJÎMfiXT DU CHAXCRE.
priéfés peut-être analogues, mais comme étant l’un des plus puissants et des plus sûrs, j’ai recours au traitement mercuriel, toutes les fois qu’un certain degré d’induration accompagne un chancre, rempêclie de se cicatriser , ou persiste après sa guérison superficielle, et, à plus forte raison, lorsque, par son excès, elle tend à lui donner une forme phagédénique. Autant le mercure est souvent nuisible dans les autres variétés, autant il est avantageux ici.
C. Chancres phagédéniques gangreneux par excès d’inflammation. L’inflammation qui donne ici au chancre cette forme particulière est le point principal contre lequel on doit diriger le traitement. 11 faut, et l’on ne saurait trop le dire, oublier un moment la cause première du mal. Que d’accidents , en effet , n’avons-nous pas vus résulter, dans ces cas, du traitement mercuriel appliqué d’une manière empirique , intempestive et dirigé contre la cause spécifique, en dépit de la complication qui venait lecontre-indiquer? Je le répète, l’élément à combattre, l’épiphénomène qui, pour le moment, constitue la maladie principale, c’est l’inflammation , et c’est contre -elle que tous les moyens doivent être employés en les proportionnant à son intensité.
Si, malgréles effortsd’imemédecinerationnelle
5S0 TROîSîiilîE TAUT. — TnKRAP."— THAIT. DU CHANCRE.
et sage, ia gangrène survient, celle-ci ne réclame pas d’autre traitement que dans les cas ordinaires et étrangers à la syphilis. Ce n’est qu’aprèsque cet accident a disparu, que d’autres indications se présentent , et que le chancre , dans une des conditions déjà indiquées, est, le plus souvent , remplacé par une plaie simple que les moyens locaux ordinaires conduisent à une rapide cicatrisation.