Traité pratique des peintures à la gouache
La peinture en gouache est à Faquarelle ce que la peinture en détrempe ou à la colle est à la peinture à l’huile : il y a entre ces deux procédés non pas une ressemblance, mais une simple analogie, en ce sens que tous deux sont des peintures faites à l’aide de couleurs préparées et broyées à l’eau d’abord , puis mises en usage à l’aide d’un adjuvant qui, pour la détrempe, est une colle, pour la gouache, une gomme : toutes deux présentent un aspect mat après l’application.
Donc, et bien qu’il ne faille pas les confondre,
la gouache est une peinture en détrempe dont les couleurs sont toutes préparées et s’emploient à froid, et qui, au contraire de celle-ci, ne change pas d’aspect avant et après complète siccité.
Mais, dans l’emploi, la gouache emprunte à l’aquarelle nombre de ses . procédés ; aussi le matériel est-il à peu près le même que celui de l’aquarelliste, puisque certains artistes traitent la gouache en employant des couleurs d’aquarelle ordinaire, mélangées au blanc de gouache qui leur donne l’opacité voulue. Ce système est, croyons-nous , défectueux , et doit tout au plus être employé pour les rehauts, et n’être ainsi qu’un accessoire, un secours, généralement proscrit par les aquarellistes de tempérament, et avec juste raison également répudié par les véritables gouachistes qui défendent à bon droit l’existence de leur procédé et ne veulent pas le laisser confondre avec celui de l’aquarelle.
La gouache en effet est un genre tout particulier où certains tempéraments se révèlent , comme il en va pour le pastel, dont il a les douceurs veloutées, et la superficie charmeresse sans en avoir la fragilité. 11 faut cependant faire exception en faveur des portraits en miniature.
Lettre ornée d’un manuscrit du xv® siècle.
ou la gouache employée en rehauts non seulement est admise , mais où il semble que le plus éminent artiste ne saurait s’en passer, tant il y a que rien n’est absolu et que toutes les théories peuvent se défendre. Nous devons cependant constater que, dans les œuvres de petite dimension seules, l’alliage de ces deux procédés est admissible : dès qu’on dépasse la mesure des œuvres qui doivent être vues à la main , il faut opter : se servir uniquement de l’aquarelle , ou peindre à la gouache pure.
Gomme on le verra plus loin, la gouache offre des difficultés matérielles assez grandes, lorsqu'il s’agit de coucher des teintes d’une certaine étendue, et ces difficultés, on n’arrive à les surmonter qu’avec une certaine habitude du procédé, en travaillant toujours dans les mêmes teintes encore humides, qu’il faut par conséquent mener pour ainsi dire d’un trait à l’effet définitif. On peut cependant revenir sur une teinte sèche, mais on n’obtiendra d’abord jamais la même teinte, la nouvelle sera plus montée de ton, et l’on risque toujours de détremper la teinte de dessous, ce qui laisse des taches ineffaçables. On voit par là, avec quelle dextérité de main le
peintre à la gouache doit opérer lorsqu’il veut obtenir une teinte unie et légère d’aspect, je
Gouache représentant le temple de Salomon tirée d’un manuscrit daté de 133],
n’ose dire trans-parente , parce que c’est la matité des tons qui fait le charme de la g-ouache.
Mais , une fois ces teintes de dessous obtenues , que de ressources pour l’artiste ! Tout ce qui est lumière s’obtient par empâtement sans difficulté , et la palette de gouache offre alors toutes les ressources de la peinture à l’huile.
Aussi, dès que l’artiste veut faire usage
de la gouache non plus comme auxiliaire, mais comme véritable moyen, doit-il avoir un outillage tout spécial et notamment en ce qui concerne les couleurs de gouache toutes préparées et dans tous les tons, c’est le seul moyen pratique d’arriver à parfait résultat, parce qu’avec les couleurs toutes préparées on est sûr de la valeur des tons composés, laquelle est toujours sujette à baisser si l’on emploie le mélange des couleurs à l’eau mêlées à la gouache blanche.
Grotesque tiré d’un manuserit flamand du XVI* siècle.
Page de manuscrit orné , moderne.
Styles assemblés (Composite).
Scènes comiques tirées d’un bréviaire du xvi® siècle.