LE PAYSAGE
Le paysage à la gouache, à de très rares exceptions près, n’a pas jusqu’ici tenu le rang qu’il devrait occuper, et c’est surtout chez les décorateurs de théâtre que ce procédé est le plus en usage. Pourtant, que de ressources pour le paysagiste ! Il nous a été donné de voir des maquettes exécutées par Chéret le père qui constituaient de véritables chefs-d’œuvre , tant elles étaient poussées au point de vue de l’exécution, du rendu , enfin de l’effet décoratif. Gustave Doré s’en servit aussi pour ses grandes pages dites d’aquarelle et qui, en réalité, n’étaient autres que des peintures à la gouache. Ainsi, seuls les décorateurs s’en sont servis, et pourtant, je le répète, le procédé de la gouache serait un aide puissant, appliqué aux études d’après nature.
Depuis quelques années, nos paysagistes emploient le pastel, parce que, disent-ils, on
peut toujours arriver au ton juste. Or, la gouache n’est guère autre chose qu’un pastel employé à l’état liquide; sans doute on n’y trouve pas toutes faites les innombrables couleurs du pastel, mais quel attirail d’emporter avec soi une boîte qui souvent ne contient pas moins de quatre cents crayons en plusieurs compartiments qu’on risque à chaque instant de jeter à terre ; ajoutez à cela la difficulté du transport des études, et vous conclurez que j’ai grandement raison. Je ne veux cependant pas médire du pastel, les œuvres d’iwill et de Pointelin seraient là pour réfuter tous mes arguments, mais je dis que pour l’amateur la gouache serait autrement pratique, et qu’en l’étudiant un peu on arriverait presque à la même fraîcheur de tons.
La palette du paysagiste en gouache doit être assez complète et comporter les vingt-deux tons suivants :
Noir d’ivoire Gris de Payne Sépia colorée Vert minéral Brun de Madder Cadmium foncé Jaune indien
Laque jaune Rouge de Saturne Vermillon Ocre jaune
Laque de garance foncée Terre de Sienne brûlée Brun Van Dyck
Stil de grain brun Bleu minéral Outremer Bleu de cobalt
Laque de garance rose
Vert émeraude Cendre verte Blanc d’argent
Outre les pots de gouache, il est bon d’avoir
les mêmes couleurs en pastilles ou en pains, ce qui constitue deux palettes identiques. En effet, le mélange des gouaches ne doit jamais se faire avec le même pinceau, sous peine de voir bientôt les pots de gouache former la plus affreuse bouillie multicolore. On doit, à l’aide d’un pinceau propre, prendre un ton, le poser sur une assiette blanche ou une palette de porcelaine en tôle peinte en blanc, puis, avec un autre pinceau, prendre un second ton et faire le mélange hors des pots : mais il arrive le plus fréquemment qu’un ton premier n’a besoin d’être modifié que très légèrement, et une simple touche de pinceau sur une des couleurs de l’aquarelle donnera cette modification. C’est là un moyen essentiellement pratique, en usage chez presque tous les peintres à la gouache.
Les grandes teintes du lavis en gouache sont assez difficiles et demandent une dextérité, un